L’hôpital public s’écroule et Emmanuel Macron reste sourd à la grande colère hospitalière

Bonjour

Combien seront-ils demain 15 novembre en France, soignants et patients, à manifester pour sauver une institution chaque jour un peu plus en crise – un hôpital public français qui s’écroule sur ses fondations ?

Beaucoup a été dit, aujourd’hui sur France Inter par Tiphaine Morvan, infirmière à l’hôpital Saint-Louis (AP-HP), et Rémi Salomon, chef de service à l’hôpital Necker-Enfants malades (AP-HP). Beaucoup, à commencer par l’insupportable au quotidien ; ne pas pouvoir répondre à l’idée que l’on se fait de son métier de soignant ; ne pas pouvoir répondre à l’idée que l’on se fait de ce que l’on doit à ses patients ; observer, impuissants, au début de l’écroulement d’un système hospitalier qui depuis plusieurs décennies jouissait d’une renommée internationale tout en concourant puissamment à la cohésion nationale.

Et puis, dans la même journée, en écho, cette tribune publiée par Le Monde signée par soixante-dix (sur soixante-dix-sept) directeurs médicaux des départements médico-universitaires de l’AP-HP 1 : « L’hôpital public s’écroule et nous ne sommes plus en mesure d’assurer nos missions ». Une nouvelle et spectaculaire manière de dire au pouvoir exécutif que l’on se rapproche de l’effondrement. Extraits (nous surlignons) :

«  Nous, directeurs médicaux des départements médico-universitaires (DMU), nouvelles structures au sein de l’AP-HP, chargés de coordonner les services hospitaliers et piloter les projets hospitalo-universitaires, souhaitons vous informer des difficultés croissantes au sein de l’hôpital public, qui font craindre un point de rupture irréversible.

« L’hôpital public français a acquis depuis des décennies une réputation d’excellence et une renommée internationale assurant des missions de soins les plus modernes, pour les enfants et les adultes, accessibles pour tous, ainsi que les missions de recherche et de formation. Nous vous alertons car ce système s’écroule et nous ne sommes plus en mesure d’assurer nos missions dans de bonnes conditions de qualité et de sécurité des soins.

« Des centaines de lits d’hospitalisation de médecine et de chirurgie, des dizaines de salles d’opération à l’hôpital public fermés, et chaque semaine des unités de soin ferment. Les conséquences : des conditions d’accès aux soins dégradées, la qualité et la sécurité des soins sérieusement menacées.

« L’accès au diagnostic et aux soins médicaux et chirurgicaux à l’hôpital public est extrêmement difficile, et les équipes soignantes démotivées. Les délais de programmation des interventions s’allongent, les soins urgents ne sont plus réalisés dans des délais raisonnables. Les usagers sont de plus en plus obligés de se tourner vers les établissements privés. Trop peu de recrutements de soignants sont en vue pour espérer un retour à la normale du « système sanitaire ».

« Des centaines de postes de soignants (pourtant budgétisés) ne sont pas pourvus ; et, plus grave encore, des soignants quittent l’hôpital public. Cela concerne les infirmiers dans les services médicaux et chirurgicaux de l’hôpital (IDE), les infirmiers anesthésistes, de bloc opératoire, les aides-soignants, les professionnels de rééducation dont les masseurs-kinésithérapeutes, les manipulateurs en radiologie, en médecine nucléaire et en oncologie radiothérapie, les techniciens de laboratoire et les préparateurs en pharmacie. Cela concerne aussi les médecins dont les médecins anesthésistes-réanimateurs, les biologistes et d’autres catégories professionnelles.

« Le résultat est une surcharge de travail quotidien croissante et un épuisement des soignants restants ainsi que des cadres de santé, chargés de gérer au quotidien des équipes de soignants sous tension. Pour maintenir les lits ouverts et poursuivre l’accueil des patients, il est nécessaire de faire appel aux soignants restants en leur demandant de réaliser des heures de travail supplémentaires ou à des personnels soignants intérimaires extérieurs appelés au fil de l’eau pour combler les manques mais sans expertise dans les spécificités des différents services. La qualité de vie au travail est devenue un enjeu prioritaire des établissements de santé, car 49 % des professionnels de santé sont exposés au burn-out ; le manque de ressources et la surcharge de travail, les transports sont pour 64 % responsables de ces risques psychosociaux.

« La diminution chaque année de la valeur financière des séjours hospitaliers a obligé à « produire » toujours plus de séjours et à raccourcir leur durée. Cela a été aggravé par des plans d’efficience annuels successifs, avec réduction progressive des effectifs paramédicaux des services hospitaliers pour maintenir le budget de chaque hôpital.

« L’objectif national des dépenses d’assurance-maladie (Ondam), montant prévisionnel établi annuellement pour les dépenses de l’assurance-maladie et celui en particulier consacré à l’hôpital public, est revu insuffisamment à la hausse, ce qui aggravera la situation de l’hôpital public et fait craindre le pire pour demain dans un contexte de vieillissement de la population et d’augmentation de la fréquence des maladies chroniques.« L’absence d’attractivité de l’hôpital public  particulièrement est également le fait d’une non-revalorisation salariale des personnels paramédicaux (en premier lieux des infirmiers) depuis plusieurs années. C’est particulièrement vrai à l’AP-HP et plus largement en Ile-de-France, où les salaires actuels ne tiennent pas compte des coûts des loyers, de la vie, propres à la région.

« Les chirurgiens ne peuvent plus opérer faute d’accès au bloc opératoire, et sont de plus en plus nombreux à rejoindre des structures privées. Une disparité des salaires de base et du tarif des gardes (pour assurer la continuité de service toute l’année), de praticiens hospitaliers (PH) entre le public et le privé : jusqu’à trois fois plus dans les établissements privés. La fuite des médecins des hôpitaux universitaires met en péril la formation de toute la profession et, au-delà, le niveau de la santé en France.

« Nos revendications sont les suivantes : réviser à la hausse l’objectif national des dépenses d’assurance-maladie – le Parlement vote actuellement son montant (première lecture le 29 octobre) ; revaloriser le salaire des personnels paramédicaux, infirmiers en premier lieu, et des médecins, en plus de reconnaître et de valoriser les responsabilités exercées par ces professionnels ; améliorer l’attractivité, le maintien des conditions de vie des soignants, en facilitant l’accès aux logements à proximité des lieux d’exercice des agents et en créant des places en crèche.

« Outre ces mesures d’urgence, le collectif appelle à une refonte complète du mode de financement et de la place de l’hôpital public dans notre système de santé.

« Il est urgent de retrouver les effectifs au complet dans les services hospitaliers pour permettre la réouverture des unités d’hospitalisation, des salles d’opération et consolider la sécurité, la qualité des soins et la formation professionnelle. »

L’hôpital public s’écroule. D’autres émissions radiophoniques le diront, d’autres médias, d’autre tribunes. Combien en faudra-t-il avant qu’Emmanuel Macron entende, en son Palais, monter la grande colère hospitalière ?

A demain @jynau

1 Premiers signataires de cette tribune :René Adam, chirurgien hépato-biliaire, DMU maladies et oncologies digestives, nutrition, transplantation, CHU Paul-Brousse, AP-HP – université Paris-Saclay David Adams, neurologue, DMU neurosciences et DMU psychiatrie, nutrition, addictologie CHU Bicêtre, AP-HP – université Paris-Saclay Frédéric Adnet, médecine d’urgence, DMU urgences et métabolisme, GH Paris Seine-Saint-Denis, AP-HP Nord – université de Paris, université-Paris-XIII Yannick Allanore, rhumatologue, DMU appareil locomoteur, AP-HP Centre – université de Paris Sylvie Bastuji Garin, santé publique, DMU santé publique – recherche – vigilances – pharmacie, CHU Henri-Mondor, AP-HP – hôpitaux universitaires Henri-Mondor Johann Beaudreuil, médecine physique et de réadaptation (MPR), CHU Lariboisière-Fernand-Widal, DMU locomotion, AP-HP Nord – université de Paris Liste complète des signataires.

2 réflexions sur “L’hôpital public s’écroule et Emmanuel Macron reste sourd à la grande colère hospitalière

  1. Blizzard, vous avez dit blizzard ?
    En ces temps d’automne l’hôpital se sent perdre sa sève et ses professionnels le sens et la reconnaissance de leur mission.
    Tout n’est pas affaire de rémunération.
    Il y a une accumulation des tensions : capacitaires, RH, économiques, sociales, éthiques… devenues insupportables pour les professionnels, surtout les soignants de par leur position en front office avec la demande croissante de soins, le consumérisme et parfois l’agressivité des usagers.
    Un plan Marshall s’impose, mais co construit avec les professionnels et les usagers.

  2. Enfin une belle lucidité collective clairement énoncée, merci Jean-Yves Nau d’en rendre compte avec force.
    Enfin une vision systémique qui n’est pas brouillée par de multiples aspects catégoriels fort importants.
    C’est le système lui-même qui est mis en cause. Celui de  » L’HOPITAL PUBLIC FRANÇAIS » avec lequel nous vivons depuis 1958.
    Oui, l’explosion est déjà arrivée parce que ce système politico-administrativo-techno-médical est incapable de s’adapter à la réalité humaine de 2019. Infantile,excusez-moi, de penser qu’avec plus de moyens on peut réparer cette inadéquation majeure. Nous sommes en pleine apoptose
    Nous sommes devant une crise de société, une crise de civilisation sans précédent. le secteur dit  » de la santé » n’en est que le détonateur. Nous n’avons qu’une arme disponible : nos cerveaux et le secours de dame Nature qui ne supporte toujours pas le vide.

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