Les quelques «primes» concédées pourraient amplifier la colère des soignants hospitaliers

Bonjour

20 novembre 2019, c’est fait : Edouard Philippe, Premier ministre (accompagné d’Agnès Buzyn) vient de dévoiler le « Plan d’urgence [sic] pour l’hôpital ».  « Des primes, une rallonge budgétaire et une reprise de la dette : les mesures du plan pour l’hôpital public, résume Le Monde (François Béguin). Le gouvernement a présenté son plan d’urgence pour aider des établissements hospitaliers exsangues après des années de restrictions budgétaires. »

Aider les établissements ou les soignants ? Exemple des mesures : les 40 000 infirmiers et aides-soignants travaillant à Paris à Paris, dans les Hauts-de-Seine, en Seine-Saint-Denis ou dans le Val-deMarne et gagnant moins que le salaire médian (environ 1 950 € net par mois) toucheront une prime annuelle de 800 euros par an – soit 66 euros par mois. Cela correspond à un quasi-doublement de l’indemnité de résidence en Ile-de-France aujourd’hui d’un montant moyen de 55 euros par mois.

Plus tard, les hôpitaux « auront à leur main des enveloppes pour valoriser, selon des critères qu’ils auront eux-mêmes définis, l’engagement et l’investissement des personnels ». « Cela représentera en moyenne une prime annuelle d’environ 300 euros. Cette prime pourrait concerner à terme jusqu’à 600 000 personnels, précise l’exécutif.  Elle n’obéira pas à des critères financiers, mais à des critères de qualité des soins et de prise en charge, au niveau de chaque service.

Trésor national hospitalier en péril

Toujours plus tard, Afin d’améliorer, pour les aides-soignants, les perspectives de fin de carrière, il sera mis en place un grade de débouché en catégorie B qui pourra bénéficier à plus de 10 000 professionnels par an. En outre, la formation destinée à renforcer les connaissances et les besoins spécifiques de la prise en charge des personnes âgées exerçant en service de gériatrie sera plus accessible. Une prime de 100 € mensuels nets sera mise en en place pour les personnels formés, soit à terme 60 000 professionnels.

Et puis il y a les grosses masses :  300 millions d’euros supplémentaires vont être accordés aux hôpitaux dès la semaine prochaine ; une reprise progressive par l’Etat de la dette des hôpitaux à hauteur d’un tiers (dix milliards sur trente) ; une hausse de 2,45 % en 2021 et 2022 de l’Objectif national de dépenses d’Assurance-maladie (Ondam ) jusque-là prévue à 2,3%. L’Ondam dévolu spécifiquement à l’hôpital passera à 2,4 %, contre 2,1% fixé initialement.

L’exécutif ne saisit pas que le mal est autrement plus profond. Que ces ruissellements ne suffiront pas à mettre un terme à la crise identitaire désormais grande ouverte chez tous les soignants hospitaliers. « La situation est encore plus grave que celle que nous avions analysée » reconnaissait il y a quelques jours  Emmanuel Macron prenant paradoxalement le risque de justifier et d’amplifier la colère hospitalière – un chef de l’Etat allant jusqu’à parler de conditions de travail « qui sont parfois devenues impossibles ».

Comment, dès lors, le gouvernement pouvait-il être raisonnablement à la hauteur des attentes soignantes ? Comment, pour reprendre la formule  Mme Buzyn, sauver en urgence ce « trésor national » qu’est l’hôpital public ? Les premières réactions aux « annonces du 20 novembre » laissent penser que ce trésor est encore loin, bien loin d’être sauvé.

A demain @jynau

2 réflexions sur “Les quelques «primes» concédées pourraient amplifier la colère des soignants hospitaliers

  1. Je ne pense pas que ces miettes suffiront à attirer dans les hôpitaux des très grandes villes ou la region parisienne (en fait Lyon et Marseille pas concernés pas la prime de 800 euros ? ) des infirmières ou Aides soignantes. (IDE et AS) .

    Ouvrir des lits n’est possible que si on a les IDE et AS en nombre suffisant.

    On n’en aura pas ou pas avant longtemps.

    Nos « vieux » vont devoir se contenter du brancard encore longtemps.

    On nous rapporte que les bébés de la région parisienne doivent parfois aller en réanimation à Reims ou Amiens. Il faudra attendre que ça tombe sur les familles des gouvernants ou puissants ?

    Et ça ne retiendra pas les médecins.

    J’avais démissionné de mon poste hospitalier, il y a plus de 15 ans, non pas pour des € (et j’y perds au point de vue retraite… et sans regret) , mais en raison des conditions de travail et de soins, indignes et dangereuses. Déja on transférait en gériatrie aiguë à des dizaines de kilomètres dans l’indifférence générale de l’ARS et de la direction. Ca c’est aggravé nettement depuis. Mes collègues qui y restent ont bien du mérite. Les chirurgiens, radiologues urgentistesn réanimateurs et anesthésistes notamment.

    Mais il est vrai qu’existent des hôpitaux qui ne sont pas en déficit et qui soignent bien. Bizarre. Je pense à l’hôpital St Joseph à Paris dirigé par un ancien de l’APHP , il y en a d’autres.

  2. J’oubliais:
    « Et en même temps » ou « pour autant » pour (mal) parler style-genre , l’Etat ne peut donner à l’Hôpital sans donner à la Police aux Pompiers ou à la Justice, autres secteurs sinistrés. Et ce n’est pas le moment de rogner sur la Défense.

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