La politique de lutte contre le sida en France ? C’est simple : la situation est «inacceptable»

Bonjour

Ce sera, pour Agnès Buzyn, une douche froide, massive et brutale. A quelques jours de la « Journée mondiale de mobilisation » un document officiel 1 émanant d’une commission indépendante chargée d’évaluer la politique française en matière de lutte contre le sida vient de rendre un avis cinglant sur les résultats de la France en matière de dépistage et de prévention. Extraits (nous soulignons) :

« La lutte contre l’épidémie en France est ainsi à un moment critique. La situation actuelle est inacceptable alors que tous les outils permettant d’enrayer l’épidémie sont disponibles, allant du dépistage du VIH (sérologies conventionnelles, TROD, autotests) aux traitements antirétroviraux : TasP (Treatment as Prevention), PrEP (Prophylaxie pré-exposition) et TPE (traitement post-exposition). Alors que la lutte contre le VIH fait l’objet d’une mobilisation internationale importante, notamment de la part de la France, une remobilisation forte s’impose sur le plan national pour dépasser les obstacles qui perdurent en matière d’accès au dépistage et aux outils innovants de prévention.

« En dépit d’efforts récents, les indicateurs épidémiologiques disponibles restent globalement stables au cours des dernières années, sans montrer une réduction de l’épidémie en France, alors que des baisses significatives d’incidence et de prévalence sont décrites depuis plusieurs années à l’étranger, dans des villes et des pays aux contextes similaires à ceux de la France. Même si certaines données publiées récemment en France peuvent suggérer l’amorce d’une inflexion qui devra être confirmée avec davantage de recul, ces résultats marquent un échec.

« Les objectifs dits «3 x 95 » que la France s’était fixés d’ici à 2020 ne seront pas atteints. L’analyse des données épidémiologiques montre, d’une part, que l’épidémie se poursuit en France au sein de populations exposées telles que les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), les femmes et les hommes nés à l’étranger, en particulier en Afrique sub-saharienne, qui pour beaucoup se contaminent en France. Ainsi, les primo-infections concernent pour 70 % des HSH, et 42 % ont eu lieu en région parisienne. »

« Concernant les découvertes de séropositivité , le nombre reste stable : autour de 6 400 par an depuis 2010 jusqu’en 2017. Ces infections touchent les hétérosexuels nés à l’étranger (42 %) et les HSH (41 %).5 De plus, d’autres données mettent en évidence le fait que l’accès au dépistage demeure un enjeu majeur pour infléchir l’épidémie. Ainsi, parmi les personnes nouvellement diagnostiquées, 52 % n’avaient jamais fait de tests auparavant et 30 % présentaient un stade avancé de la maladie. »

Aux antipodes des assurances officielles données sur le sujet

Les auteurs de ce document  rappellent qu’en 2016, environ 24 000 personnes infectées ignoraient leur infection en France, dont 50 % étaient nées à l’étranger. « Sur ce total, les HSH représentaient plus de 9 000 personnes, soit 38 % des personnes non diagnostiquées, ajoutent-ils. Il était ainsi estimé qu’au sein de la population HSH vivant en France, environ 3 % étaient infectés et ignoraient leur infection, ce taux atteignant environ 5 % parmi les HSH nés à l’étranger. »

Ce n’est pas tout : la grande disparité du niveau de l’épidémie de VIH selon les territoires est un élément essentiel à prendre en compte pour adapter les actions à mettre en place. En métropole, la région de loin la plus touchée est l’Île-de France, qui à elle seule concentre notamment plus de 40 % de l’ensemble des personnes non diagnostiquées. Elle est suivie, à un degré moindre, par les régions PACA et Rhône-Alpes. Dans les départements et régions d’Outremer (DROM), la situation est extrêmement préoccupante et nécessite sans aucun doute une réponse spécifique adaptée. »

On peut le dire autrement : tout ou presque, dans ce document est aux antipodes des assurances données sur le sujet par Agnès Buzyn et par celles et ceux qui vantent haut et fort les mérites (pourtant discutés)  de la PrEP. Et maintenant ?

A demain @jynau

1 Il s’agit ici d’une ‘Note valant avis’ qui a été adoptée par le Conseil national du sida et des hépatites virales, réuni en séance plénière le 21 novembre 2019, à l’unanimité des membres présents ou représentés. MEMBRES DE LA COMMISSION « DÉPISTAGE » : Carine FAVIER, présidente,  Christiane COUDRIER, Philippe ARTIÈRES, Hugues FISCHER,  Christine ROUZIOUX, Christine SILVAIN, Gilles RAGUIN, Patrick YENI. Rapporteur : Michel CELSE

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