Denis Lalanne (1926-2019) journaliste, écrivain, chroniqueur historique du jeu de rugby

Bonjour

Une plume, un style, des combats, une élégance. Il est bien des manières de mourir. « Il m’a envoyé un courriel, il est allé au lit, et il s’est endormi ». Ainsi parle Lucien Mias dans L’Equipe (Philippe Pailhories). Dr Lucien Mias, 89 ans capitaine de l’équipe de France lors de la fameuse tournée de 1958 en Afrique du Sud, Lucien Mias – docteur Pack – grand animateur de troisième mi-temps -spécialiste de gériatrie. Mias nous parle de Denis Lalanne qui vient de mourir, à 93 ans.

Il est bien des manières de « monter à Paris » puis de devenir, de s’imposer, « journaliste sportif ». Né à Pau en 1926, il avait commencé sa carrière à La République des Pyrénées, avant de rejoindre Paris. Passé par Le Figaro, il avait ensuite rejoint L’Équipe, où il allait devenir une référence, couvrant pendant une quarantaine d’années le rugby, le tennis, le golf et parfois l’athlétisme, sport qu’il avait pratiqué. Retraité depuis 1991, il continuait à écrire de délicieuses chroniques pour Midi Olympique.

Denis Lalanne, rappelle L’Equipe, « était également connu et réputé pour ses talents d’écrivain ». En 1958, il avait publié Le Grand Combat du XV de France, livre culte de toute une génération d’amateurs de rugby qui racontait l’épique tournée estivale des Bleus de Lucien Mias en Afrique du Sud. Ce livre est devenu rapidement un best-seller, réédité à plusieurs reprises.

Il avait ensuite notamment écrit La Peau des Springboks, sur la tournée 1964, Le Temps des Boni où il racontait les frères Boniface, Rue du Bac qui évoquait son ami Antoine Blondin, il y a peu, le prophétique Dieu ramasse les copies. Ce roman, son dernier ouvrage, lui avait valu d’être lauréat du Prix de l’Académie Française, qui devait lui être remis le 12 décembre prochain. Ses obsèques auront lieu mercredi 11 décembre à Anglet (Pyrénées-Atlantiques), en l’église Sainte-Marie, à 10h30.

«  Jadis le jeu, aujourd’hui le travail »

Le Dr Lucien Mias a largement inspiré Denis Lalanne dans l’écriture de son best-seller : « Le grand combat du quinze de France ». Les deux hommes ne se sont jamais perdus de vue depuis. L’Equipe (nous soulignons) :

Denis Lalanne a-t-il compté dans votre carrière de rugbyman, lui qui avait écrit à propos de votre fameux match de Johannesburg face à l’Afrique du Sud en 58 (victoire des Bleus, 9-5) : un match comme on n’en joue qu’un dans une vie ? – Pas seulement dans la mienne, dans celle de tous les joueurs de l’équipe de France.

D’abord ceux de 58 ? – Savez-vous qu’il était le seul journaliste français présent en Afrique du Sud ? Il avait cru en nous, je ne sais pas pourquoi, mais il avait eu envie de nous témoigner son soutien alors que tout le monde pensait que l’on ne méritait aucune attention après le Tournoi 57. Là-bas, il était tout le temps avec nous, il a bien vu le comportement de l’ensemble des joueurs lors de cette tournée, et il a dû penser que quelque chose avait changé dans ce beau pays. À partir de là, on est restés copain. À cette époque on jouait au rugby, maintenant on travaille.

Vous avez lu, bien sûr, son best-seller, « Le grand combat du quinze de France » ? – Avant qu’il n’écrive ce livre, ce genre de littérature n’existait que très peu ou alors ne marchait pas du tout. Il a pris ce risque, encouragé par Antoine Blondin (écrivain et chroniqueur de L’Équipe), puis tout le monde s’est ensuite engouffré dans ce sillage. Dans ce livre, quelque part, il nous faisait passer pour des limités du cerveau, mais ça ne nous dérangeait pas.

Étiez-vous toujours en contact ? – Il m’envoyait ses livres afin que je les critique. J’étais à ses 90 ans à Biarritz. C’est la dernière fois que je l’ai vu. La nuit dernière, il m’a envoyé un courriel. Puis il est allé au lit. Et il s’est endormi.

Un courriel ? – On s’échangeait des textes. Il me disait qu’il n’avait pas pu ouvrir mon dernier envoi.

Quelle image allez-vous garder de lui ? – C’était un gentil, comme Jean Cormier qui est parti lui aussi. Cette semaine, j’ai un cousin de 90 ans qui est parti lui aussi. Ce sera bientôt mon tour… Ce qui était paradoxal entre Lalanne et Cormier, c’est que l’un était moins fêtard que l’autre…

Jean Cormier (1943-2018) ou la fraternité. Jean Cormier et Denis Lalanne. Deux plumes, deux styles, bien des combats, deux élégances.

A demain @jynau

PS: Lire, dans Midi Olympique (9 décembre 2019) « La plume s’est envolée » de Jérôme Prévôt.

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