Charcuteries industrielles: sommes-nous à la frontière politique d’un scandale sanitaire ?

Bonjour

Pas de trêve des confiseurs. Ainsi Le Journal du Dimanche : « Le jambon tue ». « Charcuterie : révélations sur un scandale sanitaire » (Anne-Laure Barret). Une nouvelle charge médiatiquement amplifiée qui, à la veille de Noël et du Nouvel An alimentera les certitudes des complotistes. L’affaire rebondit aujourd’hui sur deux versants, l’un associatif, l’autre politique. Tout d’abord La Ligue contre le cancer qui « part en guerre contre les nitrites dans la charcuterie ». Ensuite « une mission d’enquête qui va être lancée à l’Assemblée ». Pitch : « Les nitrites, ces additifs chimiques sont soupçonnés d’être responsables de milliers de cancers liés à la consommation de charcuterie ».

C’est ici la suite d’une première tentative législative avortée : celle de Richard Ramos député (MoDem, Loiret) – ancien « chroniqueur gastronomique à la télévision (France 3 Centre Val de Loire) dans laquelle il mettait en valeur de nombreux produits régionaux ». Souvenons-nous, c’était en octobre dernier. L’Assemblée nationale examinait le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Au menu, adopté en commission, un amendement visant à instaurer une taxation sur les additifs nitrés en charcuterie. Un amendement adopté malgré les (étranges) réticences du rapporteur général, le Dr Olivier Véran (LRM, Isère). 

Couleur rosée au jambon

Défendu par le député Ramos ce texte entendait instaurer une taxe de 0,10 centime d’euros par kilogramme sur les produits de charcuterie contenant des additifs nitrés (nitrite, nitrate et/ou sel nitrité). Ces derniers allongent les durées de conservation et donnent une couleur rosée au jambon. Extrait de l’exposé des motifs :

« La charcuterie industrielle est le seul produit alimentaire, avec le poisson salé à la mode cantonaise, classé comme agent cancérigène pour l’homme de niveau 1 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis 2015. Le Centre international de recherche sur le cancer de l’OMS évalue que « chaque portion de 50 grammes de viande transformée consommée tous les jours augmente le risque de cancer colorectal de 18 % environ. » Le caractère cancérigène de la charcuterie tient à l’ajout d’additifs nitrés dans les produits de charcuterie (nitrates, nitrites, sel nitrité), alors que ces additifs ne sont pas nécessaires. »

On attendait Agnès Buzyn. Et l’on vit étrangement la ministre des Solidarités et de la Santé juger l’amendement prématuré et inefficace : « Pour l’Agence européenne de la sécurité alimentaire, il n’y a pas d’association entre l’ingestion de nitrates et la survenue de la plupart des cancers. L’effet néfaste serait dû à la transformation des nitrates en nitrite, mais cette conversion dans l’organisme humain est très variable et insuffisamment documentée. »

« Les lobbyistes ont mis LREM au garde-à-vous » avait accusé le député Ramos (dont le parti appartient à la majorité présidentielle). Il avait ensuite déposé un autre amendement visant à obliger les industriels à apposer la mention « contient du sel nitrité » sur les lardons et les rillettes. « Certes, la mention E250 figure sur les produits mais les gens n’y comprennent rien, assurait-il. ‘’Contient du sel nitrité’’, ce sera beaucoup plus clair. » »

Puis avec l’ONG Foodwatch, la Ligue contre le cancer et l’application Yuka vint la pétition intitulée « Stop aux nitrites » (plus de 170.000 signataires). « Quand on a vu l’émoi suscité sur les réseaux sociaux par le rejet de la taxe, on a décidé de ­soutenir le combat du député Ramos, explique au JDD Camille Dorioz, responsable des campagnes chez Foodwatch. L’idée, c’est de transformer un sujet de santé publique en un sujet politique. »

Où l’on retrouve Agnès Buzyn. Le jour du lancement de la pétition, elle a déclaré sur BFMTV : « Je suis un peu troublée que la Ligue contre le cancer, qui normalement s’appuie sur des données scientifiques très robustes, signe ». « Il existe encore un débat scientifique sur le rôle des nitrites dans le cancer. Il y a une suspicion mais il n’y a pas de preuve » estime-t-elle.

Personnalité qualifiée

Robuste réplique d’Axel Kahn, président de la Ligue contre le cancer : « Même si les industriels ont exercé ces dernières semaines une pression intense, il n’y a pas controverse scientifique. Oui, les charcuteries sont cancérogènes, plus que la viande rouge. » « Les nitrites sont les suspects numéro un, assure au JDD Jérôme Santolini, chercheur au CEA-Saclay, responsable de l’équipe Stress Oxydant et Détoxication. On sait depuis les années 1980 que différents types de composés issus de la dégradation des nitrites dans l’organisme sont cancérigènes. L’argument brandi par les défenseurs de la charcuterie, à savoir une confusion entre danger et risque, est une fausse controverse. Ce qui compte, c’est l’exposition d’une ­population à un produit. Il s’agit d’un important problème de santé publique car, dans la vraie vie, nous mangeons tous de la charcuterie. »

En janvier ou février 2020, la Ligue contre le cancer prévoit d’organiser une réunion mêlant scientifiques et fabricants de charcuterie. Agnès Buzyn sera-t-elle invitée en tant que personnalité qualifiée ?  On rappellera qu’en 2009 elle a été nommée membre du conseil d’administration de l’Institut national du cancer (INCa) avant d’en devenir vice-présidente en octobre 2010 puis présidente en 2011. Cette nouvelle fonction la conduisit à présider la délégation française du Centre international de recherche sur le cancer (OMS), organisme dont elle devint vice-présidente en mai 2013. Organisme qui, en 2015, a classé « cancérogène » les viandes transformées (exemples cités par l’OMS : les hot-dogs, le jambon, les saucisses).

A demain @jynau

A suivre : charcuteries et nitrites : un lanceur d’alerte accuse deux experts d’ommission et de tromperie

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