Mediator®, 1978 : pourquoi n’a-t-on pas compris les écrits prophétiques du Dr Henri Pradal?

Bonjour

C’est, peut-être, le grand mystère de l’affaire-scandale du Mediator®. On le retrouve aujourd’hui dans le numéro de janvier de Prescrire – ce mensuel farouchemnt indépendant dont il faut saluer la mémoire encyclopédique et l’ouverture d’esprit : « Le benfluorex (Mediator°) démystifié en 1978 dans le « Dictionnaire Pradal ». » Où l’on découvre que dès 1978, un ouvrage vendu à des centaines de milliers d’exemplaires en France alertait déjà sur la nature amphétaminique anorexigène du benfluorex.

Le Dr Henri Pradal, cible historique de Big Pharma il y a plus de quarante ans (écouter ici sa Radioscopie de janvier 1980) soit avant la naissance de Prescrire.

« Le désastre du Mediator®, rappelle Prescrire, découle du fait que la nature amphétaminique anorexigène du benfluorex (Mediator®) a été trop longtemps ignorée et niée. Pourtant, dès 1977 dans la revue « Pratiques, ou les cahiers de la médecine utopique », puis au fil des ans dans la revue Prescrire, il y avait matière à prévoir et prévenir ce désastre 2, 3. Nous publions ici des extraits du “Dictionnaire critique des médicaments” d’Henri Pradal, qui en 1978 (soit deux ans après la mise sur le marché de Mediator®) démystifiait le benfluorex et montrait tout l’intérêt d’un esprit critique sur les médicaments et l’“information” des firmes 4. »

Voici ce texte publié en 1978 et vendu à des centaines de milliers d’exemplaires (nous soulignons) :  

« MEDIATOR – Antisurcharges alimentaires. Pour qui sait examiner une formule développée –  mais encore faut-il avoir l’occasion de tomber dessus – le benfluorex, principe actif du Mediator, est un dérivé de la molécule du Pondéral, coupe-appétit bien connu commercialisé par le même laboratoire. “Il arrive qu’un nouveau médicament soit une découverte”, comme on peut lire sur les publicités du Mediator. C’est reconnaître que bien des médicaments “nouveaux” n’apportent rien : phrase dangereuse, surtout lorsqu’on veut vendre une amphétamine modifiée par adjonction d’un radical organique en en faisant “le traitement logique des surcharges lipidoglucidiques athérogènes” … (…)

« Quand on relit la littérature concernant le Pondéral, publiée en tout cas avant que ne sévisse “la censure scientifique” dont se plaint en public son fabricant, on constate qu’il s’agit d’“une thérapeutique rationnelle de l’obésité” puisque “Pondéral augmente l’assimilation périphérique du glucose et accélère la métabolisation des lipides tout en diminuant leur synthèse ”. Le rapprochement de ce texte (Vidal 1974, page 1306) avec les phrases décrivant le mécanisme d’action du Mediator permet de constater que la parenté des deux médicaments n’est pas que chimique. La similitude des axes promotionnels, qui a dû échapper à bien des prescripteurs, aurait-elle pour but d’installer sur l’orbite des antigraisses un coupeur d’appétit appartenant à une catégorie de plus en plus décriée et en voie de ne plus être remboursée par la Sécurité Sociale ?

« Quoi qu’il en soit, si le Mediator était capable, par une sorte de miracle, d’agir aussi bien sur les surcharges lipidiques que sur les surcharges glucidiques dont on connaît l’importance dans la genèse de l’athérosclérose, dans son extension et dans son aggravation, ce serait le médicament du siècle. Il se vendrait dans le monde entier (ce qui n’est pas le cas) et ne serait pas oublié des principaux traités de pharmacologie.

« La somnolence (qui était un effet secondaire curieux du Pondéral) se retrouve avec le Mediator. L’anorexie est évidemment très marquée, personne ne peut s’en étonner. Les douleurs abdominales, les nausées, les vomissements ne sont pas rares. Des vertiges et des intolérances cutanées ont été signalés. Les dérivés de l’amphétamine ne doivent pas être associés aux IMAO (Marplan, Niamide, etc.), aux antidépresseurs tricycliques (Concordine, Laroxyl, etc.). La prise simultanée d’hormones thyroïdiennes est déconseillée. Le Mediator est contre-indiqué en cas de grossesse et de pancréatite chronique. Sa parenté avec les amphétamines devrait rendre très prudent en cas d’hypertension artérielle, d’insuffisance cardiaque, et chez les sujets anxieux ou présentant des antécédents de suicide. Peut-être le Mediator peut-il rendre des services dans le diabète avéré avec troubles lipidiques ? Il s’est montré capable de modifier certaines courbes d’hyperglycémie provoquée dans certains états prédiabétiques. On pourrait admettre ainsi qu’il intervient favorablement dans certaines hyperglycémies génératrices d’hypertriglycéridémie. Tout cela est du domaine de la spéculation intellectuelle et ne doit pas faire oublier l’importance primordiale du régime alimentaire dans les états de surcharge (…). »

Le Dr Henri Pradal mourut en 1982, à l’âge de 51 ans. Isolé au sein du corps médical, vivement critiqué dans les milieux de l’industrie pharmaceutique, qui lui reprocheront toujours d’avoir bâti sa notoriété en «crachant dans la soupe», mais également désavoué par certains animateurs des courants de l’«anti-médecine officielle», il apparaissait, en dépit de ses succès de librairie, comme un homme seul. Il restait avant tout celui qui prit le risque de vulgariser une information contradictoire sur les médicaments. Cette information ouverte et critique fut par la suite diffusée par de rares canaux, au premier rang desquels le mensuel Prescrire.

Le Mediator® fut, en France, commercialisé et massivement prescrit de 1976 à 2009. Un procès est en cours.

A demain @jynau

1 Nau J.-Y. « Avant Irène Frachon, qui se souvient du Dr Pradal ? » Slate.fr 30 novembre 2016

2 Lire le dossier consacré au procès du Mediator° sur le site http://www.prescrire.org. Extraits de la veille documentaire Prescrire

3 Prescrire Rédaction “Le benfluorex démasqué dès 1977 dans la revue Pratiques, ou les cahiers de la médecine utopique” Rev Prescrire 2019 ; 39 (434) : 946-947.

4 Pradal H “Mediator°” Dictionnaire critique des médicaments, Éditions du Couloir de Gaube 1978 : 610-611.

2 réflexions sur “Mediator®, 1978 : pourquoi n’a-t-on pas compris les écrits prophétiques du Dr Henri Pradal?

  1. Bonjour Monsieur,

    Que dites-vous de cet article de RTL ?
    A vous lire,

    Réchauffement climatique : 74% des médecins observent une hausse des maladies

    RTL
    La minute verte Jean-Mathieu Pernin
    publié le 03/01/2020 à 08:11

    74% des médecins observent une hausse des maladies leur paraissant en lien avec le climat. Malgré un manque de formation, les médecins prennent en compte les conséquences climatiques sur leurs patients.

    https://www.rtl.fr/actu/bien-etre/rechauffement-climatique-74-des-medecins-observent-une-hausse-des-maladies-7799821980

  2. Autre « prophétie » que l’on n’a pas écoutée:
    « si le Mediator était capable, par une sorte de miracle, d’agir aussi bien sur les surcharges lipidiques que sur LES SURCHARGES GLUCIDIQUES DONT ON CONNAIT L’IMPORTANCE DANs LA GENESE t L’ATHEROSCLEROSE dans son extension et dans son aggravation, »

    L’étude de Framingham, réalisée non avec un esprit scientifique ouvert mais avec le but de démontrer une idéed fixe, la responsabilité des graisses animales et du choléstérol (elle échoua à montrer ce dernier point malgré les efforts) fut expurgée des données sur les glucides. Ca n’étonne personne ? Les conséquences sont autrement plus sévères que celles de Pondéral et Mediator.
    De même Ancel Keys poussait encore sa persuasion de la graisse animale en publiant l’Etude des 7 pays et de belles cournes. Un hic: Il y avait 20 pays , il n’a retenu que les 7 qui permettait de conclure comme il le voulait.

    Si vous avez le courage lisez le livre (un peu longuish et pas de version française il me semble) d’un journaliste scientifique américain, Gary Taubes livre édifiant sur le fonctionnement des « scientifiques » et l’origine des politiques de santé pûblique. Good Calories, Bad Calories.

    Une enquète très fouillée, qui nous parle des constatations des médecins de jadis, des médecins missionnaires , ds explorateurs et anthropologues, de Framingham et Ancel Keys, des lobbies, de physiologie , de … Jean Anthelme Brillat-Savarin j’en passe. Un point érudit.

    Après tout, les efforts pour nous détourner des graisses ont changé les habitudes nutritionnelles du monde développé et hélas de l’autre, et pour longtemps, et on constate (on observe , c’est de l’épidémiologie, donc la causalité n’est pas acquise) l’explosion de la part des glucides dans l’alimentation et les boissons, et l’explosion de l’obésité du diabète et du syndrome métabolique, des maladies cardiaques et vasculaires.
    Mediator à côté c’est peanuts.
    Mais c’est très mal quand même.

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