Quel sera le vrai coût de la «PMA pour toutes» ? La Croix contredit gravement le gouvernement

 Bonjour

Quand l’économique rejoint la bioéthique. C’est une enquête menée par La Croix (Loup Besmond de Senneville). Un travail aux conclusions dérangeantes quant aux conséquences pratiques de l’extension à « toutes les femmes » des techniques de procréation médicalement assistée. Résumons le sujet.

Selon le quotidien catholique on compterait, au moins, « 2 400 femmes lesbiennes en couple ou célibataires se rendent chaque année en Belgique et en Espagne pour recourir à une PMA ». Une évaluation qui laisse présager une demande bien supérieure à celle estimée par le gouvernement lorsque la loi de bioéthique permettra la « PMA pour toutes ».

Jusqu’à présent on estimait – sans grande précision – entre 2 000 et 3 000  le nombre des femmes qui pourraient chaque année demander à recourir à une PMA « étendue ».  Et c’est sur cette estimation que s’est fondée l’étude d’impact du gouvernement pour chiffrer le coût d’extension de la PMA : entre 10 et 15 millions d’euros.

Conviction renforcée par les chiffres

Pour établir ce chiffre, le gouvernement s’est fondé sur la seule étude quantitative sur la question : les travaux du chercheur belge Guido Pennings qui s’était penché sur la période 2005-2007, estimant à 760 par an le nombre de femmes françaises allant en Belgique à cette fin.

Pour y voir plus clair, La Croix a tenté d’établir ses propres chiffres, en s’intéressant aux deux pays qui accueillent le plus de Françaises dans leurs cliniques et hôpitaux de procréation médicalement assistée : la Belgique et l’Espagne. On lira la méthode de l’enquête centrée sur les Françaises ayant recours à un don de sperme.

« Impossible de savoir avec certitude, dès aujourd’hui, combien de femmes célibataires ou en couple lesbien recourront à la PMA en France si celle-ci leur est ouverte. Mais tous les professionnels de la procréation anticipent une hausse des demandes. Une conviction renforcée par nos chiffres » explique le quotidien catholique.

« On peut raisonnablement penser que les femmes qui vont à l’étranger représentent 30 % de celles qui en ont les moyens ou osent le faire, analyse Nelly Frydman, pharmacienne-biologiste et responsable du laboratoire de FIV à l’hôpital Antoine-Béclère à Clamart. Est-ce que le nombre de femmes qui vont demander à accéder à la PMA va être multiplié par deux ? Par trois ? ». Que penser, dès lors, de l’étude d’impact gouvernementale, qui estimait le nombre de nouvelles demandes à une fourchette comprise entre 2 000 et 3 000 ? « Ce chiffre est évidemment totalement en dessous de la réalité », répond Nelly Frydman. Pour sa part, Nathalie Rives, présidente de la Fédération française des Cecos, anticipe une multiplication de la demande actuelle par 2,5 ou 3 – et ce en s’appuyant sur le cas du Royaume-Uni, qui a « étendu » la PMA en 2008.

La commercialisation des cellules sexuelles humaines

« Pour ces deux spécialistes, les centres français de PMA pourraient être confrontés à une demande de 3 000 à 7 000 femmes supplémentaires. Une fourchette à comparer aux 1 812 couples hétérosexuels à s’être inscrits pour bénéficier d’un don de sperme en 2017, souligne La Croix. Dans ce cas, le coût de l’extension ne s’élèverait alors plus à 10 à 15 millions comme l’indique l’étude d’impact du gouvernement, mais plutôt à une fourchette comprise entre 20 et 50 millions d’euros. Dans tous les scénarios, le schéma belge pourrait se reproduire : dans ce pays, près de 88 % des PMA avec tiers donneur bénéficient à des couples de femmes ou à des femmes célibataires. »

Conséquence pratique immédiate : le manque de dons de sperme – et ce alors qu’avec 404 donneurs en 2017, l’offre couvre actuellement tout juste la demande. « La demande va forcément dépasser l’offre », prévoit Nelly Frydman, qui demande que les pouvoirs publics organisent rapidement des campagnes pour recruter de nouveaux donneurs. « Sans cela, les gens continueront à aller à l’étranger ».  Dès lors, autre menace : l’appel aux banques (commerciales) de sperme étrangères – comme c’est le cas en Belgique ou au Royaume-Uni.  

« Le risque de marchandisation existe, prévient Nathalie Rives, qui appelle aussi à intensifier les campagnes de recrutement. Sans quoi, nos principes éthiques risquent fortement d’être bousculés. Et pourquoi avoir passé autant de mois à réfléchir sur la révision des lois de bioéthique si c’est pour les abandonner ? » Comment mieux prévenir ?

A demain @jynau

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