Mais comment a-t-on réussi à lessiver le corps des soignants hospitaliers? (France Culture)

Bonjour

Il y a le texte, essentiel 1 : le Pr Stéphane Velut, chef de service de neurochirurgie du CHU de Tours éclaire une piste jusqu’ici ignorée (ou très largement sous exploitée) : celle du langage comme symptôme, ce langage « managérial » qui en quatre décennies a envahi la sphère d’un hôpital devenu industrie. Un langage qui l’étouffe 2

« (…) Pourquoi, à l’hôpital, faut-il subir le métalangage du Leader mondial du consulting visant à nous faire avaler un «beau projet»? L’épithète apparaît devant toute perspective risquant de faire grincer des dents. En l’occurrence, il s’agit d’un «nouvel hôpital» dont le nombre réduit de lits devra être compensé par une «optimisation de nos pratiques» qui étaient jusque-là, dit le communicant, «parfaitement inappropriées».

Ce beau projet comportant moins de lits, il faudra concrètement réduire cette fameuse DMS (Durée moyenne de séjour), autrement dit: limiter le stock de gens et en accélérer le flux. C’est pourtant simple. Il nous montre fièrement le plan d’un «hôpital-aéroport». Comment en sommes-nous arrivés là, à devoir subir ce langage repris par l’administration et destiné à nous faire admettre cette perspective intenable? (…) »

« Prière de redimensionner le capacitaire »

Il y a désormais le complément radiophonique 3. Un modèle d’émission où productrice-animatrice laisse (enfin) l’invité parler, accepte ces silences où l’on perçoit la pensée s’élaborer. Trente-trois minutes concentrées durant lesquelles l’auditeur s’approche, au mieux, de la déconstruction en cours du modèle hospitalier français. D’un corps soignant désabusé, puis désenchanté, puis « lessivé », puis en état de désarroi.

Désarroi dont l’auteur redoute qu’il finisse par « avoir raison de son abnégation ». Un monde dont nul ne sait encore s’il résistera au métalangage et à la fabrique du consentement. S’il saura « s’adapter à la transversalité de projet pour parvenir à une meilleure agilité… ». « Se transformer d’hôpital de stocks en hôpital de flux… ». Non pas « réduire le nombre de lits » mais « redimensionner le capacitaire ». Hôpital de demain, hôpital sans humain ?  

A demain @jynau

1 Velut S,  L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme  Editions Gallimard. Collection Tracts. 3,90 euros

2 La novlangue managériale a infesté l’administration hospitalière Slate.fr, 21 janvier 2020

3 Gesbert O, La grande table des idées, Stéphane Velut  France Culture, 24 janvier 2020  Avec la rediffusion du remarquable témoignage du Pr  Agnès Hartemann, chef du service diabétologie de la Pitié-Salpêtrière (16/01/2020)

2 réflexions sur “Mais comment a-t-on réussi à lessiver le corps des soignants hospitaliers? (France Culture)

  1. Il y a un « hic ».

    Les vieux.

    Ces maudits vieux qui ont le don (fourbe) de ne pas avoir les symptômes réglementaires.

    Style genre : fatigue ou mal au dos ou mal de gorge pour infarctus du myocarde, mal de tête sans fièvre pour choc septique, confusion pour infection urinaire grave, chute avec fracture de l’hufémur drauche pour déshydratation, agitation pour rétention urinaire, zozotage pour maladie de Horton.
    Ah les salauds.

    Donc ça commence mal, les vieux.

    Après, parce que nous ne sommes pas des intelligences artificielles algorithmiques bornées télétransmissives suprasoniques, mais parce qu’on réfléchit sans artifice, qu’on touche et parle, on arrive enfin au diagnostic. On soigne. Certains guérissent , lentement. Allez, pressons !

    Ils ne peuvent pas tout de suite rentrer chez eux.

    Mais bon sang ! Il faut les dégager de ce lit , et la DMS (durée moyenne de séjour) ! Et les flux ! et l’optimlisation ! Appelez-moiu l’administrateur ! Mais Monsieur nous sommes samedi. Ah.

    On a une place en moyen séjour ou autre maison de convalescence ? Ben non pas avant 4 jours (miracle) 4 semaines (plausible) 2 mois ?
    On va demander plus loin, à Bourges. Mais quand même la fille ne pourra pas y aller .

    C’est dans l’algorithme ça , coco ?

  2. Ben oui, quelques fous le serinent sur la Toile depuis des années. Il est vital de cultiver ce qui est expression médicale dans tous les domaines : la parole médicale (qui ne peut pas et ne doit pas être unique) est indispensable partout où la santé n’est pas au rendez-vous de la réalité.
    Nous, de la médecine, n’avons pas su la faire respecter en nous laissant enfumer par le jargon administrativocentrique. On est dans une lutte des classes d’un genre inédit. Notre seule arme, compétence comprise, cela va de soi, c’est d’occuper avec intelligence le terrain de l’expression médicale.

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