Coronavirus : la France a inventé la mise en quarantaine «médicale, agréable et conviviale»

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30 janvier 2020. L’avion qui évacue deux cents Français de la ville chinoise de Wuhan épicentre de l’épidémie cingle vers les Bouches-du-Rhône. L’annonce en a été faite aux passagers dans la nuit du 30 au 31 janvier par un représentant du ministère français des Affaires étrangères. L’appareil militaire envoyé par la France à l’aéroport de Wuhan, devrait se poser vendredi dans la journée sur le sol français. L’ensemble des passagers sera alors placés en période de confinement pendant quatorze jours.

Outre les pilotes, le personnel de bord et les personnes évacuées l’avion transporte « une équipe médicale d’une vingtaine de personnes ». D’ores et déjà, en France, les rédactions enquêtent pour découvrir le lieu de mise en confinement 1. Combien de temps Agnès Buzyn et ses services pourront-ils garder le secret ? Seule certitude, selon la ministre il s’agira d’un « lieu d’accueil convivial, agréable pour les familles et sous la surveillance médicale H24 ». Ce sera là une grande première internationale.

 Sur les mises en quarantaine, leur histoire, leurs limites, leurs impasses, leur symbolique, on se reportera avec le plus grand intérêt à l’ouvrage de l’historien Patrick Zylberman « Tempêtes microbiennes Essai sur la politique de sécurité sanitaire dans le monde transatlantique » (Editions Gallimard, 2013). Extrait :

« (…) Les quarantaines n’ont pas pour fonction de stopper la dissémination d’un germe respiratoireÞ; fût-elle possible, la chose nécessiterait des restrictions d’une sévérité telle qu’elles en deviendraient vite insupportables et donc impraticables. Le but des quarantaines est de réduire l’incidence en retirant momentanément certains individus du «pool» des personnes susceptibles. Par bonheur, depuis le XIVe siècle, la palette des moyens de lutte et d’endiguement s’est considérablement enrichie. À la vaccination et la thérapeutique (pour parler de la grippe) s’ajoutent maintenant couvre-feux volontaires, suspension d’activités collectives (écoles, spectacles), fermeture des réseaux de transports en commun et masques jetables, tous moyens aux implications moins explosives que les détentions et autres cordons sanitaires.

« Aussi, afin de ne créer aucune confusion, certains auteurs recommandent-ils d’éviter de classer ces méthodes de « contrôle » dans la catégorie des quarantaines (…) La langue chinoise ne connaît que l’«isolement à domicile» ou la «détention à domicile» (…) Il importe pourtant de bien distinguer ces deux termes. L’isolement s’entend comme la ségrégation, durant la période contagieuse, des personnes infectées (cas probables ou suspects) dans un environnement susceptible de prévenir toute transmission (chambre d’isolement) ; par contre, les quarantaines, individuelles ou collectives, désignent la restriction de certaines activités chez des personnes asymptomatiques ayant été exposées à un germe (contacts) afin de prévenir la transmission de l’infection pendant la période d’incubation ; elles peuvent impliquer des restrictions sur les déplacements à partir de ou vers certaines zones tenues pour contaminées.

«  En fait, la définition des cas contacts est assez élastique, laissant aux autorités tout loisir de détendre ou de resserrer le filet. Dans la pratique, au moment du SRAS, la notion de sujets contacts a recouvert : les personnels soignants ne portant pas de protections individuelles au moment du diagnostic ou du traitement des malades ; les membres de la famille soignant un malade ; les collègues travaillant à moins de trois mètres d’une personne atteinte ; les amis d’un malade (à l’appréciation des services de santé) ; les élèves ou professeurs ayant suivi un cours d’une heure ou plus dans une classe comptant un malade ; les passagers d’un avion assis dans les trois rangs devant ou derrière une personne atteinte ; les voyageurs et les chauffeurs ayant voyagé une heure et plus dans le même bus ou le même train qu’un malade ; et enfin les personnes ayant des contacts avec d’autres personnes placées en quarantaine dans un site où plusieurs cas d’infection se sont déclarés.

«  La quarantaine moderne conjugue ainsi dilatation de son champ d’action et obsession du barrage contre tout ce qui surgit, prolifère, envahit et s’infiltre. En elle se mêlent extension de la contrainte étatique et asphyxie de la vie sociale. (…).»

A demain @jynau

1 Enquête terminée : ce sera un centre pour vacanciers situé à Carry-le-Rouet (Bouches-du-Rhône). Hospitalisations programmées, le cas échéant, à l’hôpital de la Timone, Marseille.

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