Coronavirus et charité : Pékin donnera-t-il un million d’euros à l’Institut Pasteur de Paris ?

Bonjour

Les scientifiques sont recherchés dans les journaux et sur les ondes publiques. Hier le célèbre Didier Raoult dans les colonnes du Journal du Dimanche (« Ce coronavorus n’est pas si méchant »). Aujourd’hui Christophe d’Enfert, dès l’aube, sur RTL (Alba Ventura). Les questions sont on ne peut plus naïves, les réponses aussi précises que possible. Avec d’emblée, cette mise en abyme médiatique des médias invitant des spécialistes pour leur demander s’ils (« on », « nous », « les médias ») « ne s’emballent pas »… Réponse :

« Je pense qu’on ne s’emballe pas parce que nous avons rarement eu d’exemples récents d’une telle épidémie. On voit en Chine une progression très rapide avec chaque jour 3 000 cas supplémentaires, des décès supplémentaires, donc au niveau de la Chine c’est une véritable problématique. Au niveau international, l’OMS a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale qui reflète la présence de cas de plus en plus nombreux dans les pays. »

« Est-ce qu’il peut y avoir des personnes contaminées qui n’ont pas été prises en charge ? – Il n’y a pas eu d’interdiction d’entrée sur le territoire de personnes venant de Chine dans les 15 et 20 premiers jours de janvier. Là, nous avons confiné les Français qui sont rapatriés, mais nous n’avons pas confiné les personnes qui sont venues avant de Chine, donc il y a effectivement un risque qu’un certain nombre de personnes soient porteuses du virus et puissent être contagieuses. »

« Doit-on porter des masques pour se protéger ?Non, aujourd’hui ça ne se justifie pas, du moins en France, cette épidémie est loin d’être au niveau de celle de la grippe et nous ne conseillons pas à la population de porter des masques. »

« Sommes-nous au début de l’épidémie ou proche d’un pic de cette épidémie ? -On ne le sait pas. Il y a des travaux de modélisations qui sont en particulier réalisés dans nos équipes à l’Institut Pasteur ou par les équipes de l’INSERM. J’ai entendu qu’un pic épidémique pourrait avoir lieu fin mars, début avril […] on ne peut pas prédire exactement comment cette épidémie va évoluer. »

« Quel est le plus dangereux dans cette épidémie, la contagion ou la dangerosité ? – Je pense que sa dangerosité, on le voit aujourd’hui, on est à des niveaux de 2% à 3% de mortalité chez les personnes qui présentent des symptômes sévères, donc ça reste un taux de mortalité relativement faible comparé au SRAS […] par contre, nous avons beaucoup de questionnements sur la contagiosité, là c’est véritablement une inconnue.  On ne connait pas exactement le niveau de contagiosité, en particulier, à partir de personnes qui sont asymptomatiques. S’il y a de la contagiosité de ces personnes-là, on aura des inquiétudes parce que ça facilitera la propagation de l’épidémie. »

«  L’Institut a réussi hier à isoler le coronavirus : que recherchez-vous en priorité ?Nous avons […] quatre directions que nous voulons développer. Le développement d’outils pour détecter la présence d’anticorps qui sont dirigés contre le virus chez les personnes. Cela nous permettra d’avoir des informations sur l’épidémie. Le développement d’un vaccin. La compréhension de la manière dont ce virus est pathogène et comment on peut utiliser ces informations pour développer des approches thérapeutiques et finalement des approches de modélisation de l’épidémie. »

« Avons-nous un traitement ? Nous n’avons pas de traitement, c’est vrai. Il y a actuellement des études cliniques qui sont réalisées avec des antiviraux qui ont été utilisés dans d’autres contextes et dont au saura l’efficacité. Nous savons aujourd’hui que la vaccination est l’approche aujourd’hui la plus efficace pour se débarrasser d’une maladie virale et donc le développement d’un vaccin est quelque chose de crucial.Nous avons estimés que par exemple, sur l’approche que l’Institut Pasteur développe pour mettre au point un vaccin, on pourrait avoir un vaccin disponible, au mieux dans 20 mois. D’autres approches sont développées par des équipes dans le monde qui pourraient permettre d’avoir un vaccin peut être un petit peu plus tôt, mais globalement c’est entre 1 an et 1 an et demi, 2 ans. »

« Est-ce que la crise du coronavirus peut s’arrêter comme celle du SRAS ? -La crise peut s’arrêter. D’un coup, peut-être pas. Dans le cas du SRAS, ce sont des mesures de confinement d’une part, et d’autre part, l’identification du réservoir animal qui ont permis de contenir et de stopper finalement cette épidémie. »

 « Le coronavirus peut-il muter ? Peut-il devenir plus dangereux ou moins dangereux ? Oui. Il peut devenir plus dangereux, il peut aussi devenir moins dangereux. Les virus, en particulier ce type de virus, mutent assez facilement et donc on peut imaginer effectivement qu’il va acquérir des mutations qui vont le rendre peut-être plus contagieux ou plus pathogène. C’est impossible de le prédire. »

« Est-ce qu’il vous faut des financements supplémentaires ? Faites-vous un appel aux dons au nom de l’Institut Pasteur ?Oui, nous avons décidé de lancer une collecte pour financer les travaux que nous réalisons à L’Institut Pasteur sur le coronavirus. Je recommande aux personnes qui nous écoutent de se rendre sur le site pasteur.fr, où elles trouveront comment soutenir notre Institut qui a pour but de lutter contre les maladies infectieuses, et en particulier pour cette épidémie. »

«  De combien avez-vous besoin ?En première approche, nous aimerions collecter 1 million d’euros, mais cela va aussi dépendre de la manière dont les choses évoluent. »

L’entretien est terminé. Au même instant on apprend que la Banque Centrale de Chine (PBOC) vient, pour contrer les conséquences économiques de l’épidémie, d’injecter 1,2 trillion de yuans d’argent frais dans l’économie du pays. Rappel : 1,2 trillion de yuans =  150 milliards d’euros. A retenir : pasteur.fr.

A demain @jynau

Une réflexion sur “Coronavirus et charité : Pékin donnera-t-il un million d’euros à l’Institut Pasteur de Paris ?

  1. Voir la vidéo RTL avec C D Enfert qui se demande ce qui lui arrive avant même le début de l interview! Si les journalistes peuvent manquer de culture scientifique, il faut bien reconnaître que les chercheurs ne sont pas préparés à passer dans les médias. Très rares sont ceux qui « passent » dans la presse, très peu utilisent les réseaux sociaux. Comment alors réconcilier science et société? Vaste question! Un chercheur peut par exemple animer un site d information médicale http://smsp-scarabin.fr/ .. ce n est qu un début bien sûr

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