Argent et médicaments : Agnès Buzyn soudain confrontée à l’ire des pharmaciens d’officine

Bonjour

C’est là, oserait-on dire, un nouveau retentissant couac dans la dynamique de l’action gouvernementale. Il concerne, cette fois, les pharmaciens d’officine. Et trouve son origine dans un projet de loi par Olivier Dussopt, ancien néo socialiste aujourd’hui secrétaire d’État auprès de Gérald Darmanin, homme politique de droite aujourd’hui ministre de l’Action et des comptes publics.

Joliment acronymé « Asap » (Accélération et simplification de l’action publique) ce texte a été présenté ce mercredi 5 février 2020 en conseil des ministres. Et il ontient un article qui « vise à assouplir les conditions d’ouverture des plateformes de vente en ligne de médicaments sans ordonnance.

C’est là un domaine où l’on ne plaisante guère. Aujourd’hui, les règles qui autorisent la vente en ligne par des pharmaciens sont strictes – le stock de médicaments devant être adossé à leur officine et chaque pharmacie devant disposer de sa plateforme. Or le projet de loi prévoit la possibilité de vendre des médicaments stockés sur un autre site que celui de la pharmacie.

« Concocté en toute discrétion, le texte présenté en conseil des ministres ce mercredi provoque la colère des pharmaciens, résume Le Parisien (Daniel Rosenweg). ‘’On marche sur la tête, s’insurge Gilles Bonnefond, président de l’Union de syndicats de pharmaciens d’officine (USPO). On vient de remettre derrière le comptoir les Doliprane et autres ibuprofène pour en réduire la consommation, et là on va favoriser leur vente en ligne ! De plus, alors que le ministère de la Santé nous confie de plus en plus de tâches, le texte vise à réduire le nombre légal de pharmaciens adjoints par officine. Avec ce texte, on ouvre la voie à l’ubérisation de la pharmacie, poursuit Gilles Bonnefond. Demain, si Amazon veut s’associer à un ou plusieurs pharmaciens diplômés, il pourra le faire et se lancer dans la vente en ligne de médicaments. On passe au stade de la marchandisation du médicament contre laquelle nous nous sommes toujours battus’’. »

Il faudra un jour prochain que Gilles Bonnefond nous explique la différence qu’il établit entre « ubérisation » et « marchandisation ». Et enquoi le médicament n’est pas consubstantiellement « marchandisé » depuis les géants de Big Pharma jusqu’aux petites pharmacies d’officine.

« Il est clair qu’Amazon, ce n’est pas la vision du gouvernement »

Le Parisien explique encore que dès qu’il a appris l’existence de ce discret article, Gilles Bonnefond a aussitôt adressé aux 25 000 pharmaciens de France un questionnaire. Trois jours plus tard, il avait déjà 4 200 réponses allant toutes dans le même sens : « Plus de 90 % sont hostiles à l’ouverture de plates-formes détachées des officines, et 97 % se disent prêts, s’il le faut, à se battre. Comme en 2014, quand Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie a voulu casser le monopole des pharmacies ». Cette année-là, l’ensemble de la profession avait fermé boutique durant une journée et obtenu le retrait du texte le soir même… »

L’ire monte. Jusqu’à la présidente du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens qui a écrit dans une lettre à la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn et au Premier ministre, Édouard Philippe. « Ce n’est pas le principe de la vente en ligne  qui pose problème, ce qui se fait aujourd’hui nous va bien. Mais ce texte de simplification ne simplifie rien du tout », s’agace Carine Wolf-Thal, qui dénonce une absence totale de concertation. « Il n’apporte aucune garantie de sécurité, par exemple sur l’usage des données personnelles. Et le pharmacien travaillant dans une plateforme de vente en ligne? On ne sait pas s’il devra toujours être rattaché à une officine physique, en dur. Nous sommes très inquiets. J’ai demandé le retrait du texte », conclut la présidente de l’Ordre.

Agnès Buzyn ? Comment pourrait-elle se désolidariser de MM Dussopt et Darmanin ? Son entourage indique que cet assouplissement de la réglementation de la vente sur Internet « est une condition nécessaire au développement de la vente en ligne, notamment dans les zones urbaines où le foncier est plus rare et cher ».  Invitée une nouvelle fois sur RMC et BFMTV elle vient de s’employer à rassurer les pharmaciens. « Il est clair qu’Amazon, ce n’est pas la vision du gouvernement. Nous ne souhaitons pas que des plateformes vendent des médicaments comme on vend des livres », a affirmé la ministre de la Santé. La locataire de Ségur a insisté sur le fait que la vente en ligne doit rester à la main des officinaux. « Je compte énormément sur la profession des pharmaciens dans leur rôle de santé publique, de conseil. Ils sont indispensables à l’accès aux soins et ils peuvent être totalement rassurés sur le fait que je serai à leurs côtés pour éviter toute dérive de cette vente en ligne. »

Il faudra un jour prochain qu’Agnès Buzyn nous explique qu’elle est ici la « vision du gouvernement ». Et pourquoi, à ses yeux, le beau métier de libraire est  à ce point moins important que celui de pharmacien.

A demain @jynau

« Couac » :  Onomatopée du cri du corbeau et, par analogie, d’autres oiseaux.  Cri du corbeau ou cri analogue à celui du corbeau. « Il [le policierlui fout alors un coup de boule tellement sonore et placé, que le cureton, il en fait couac!… Il s’écroule! Il parle plus » (Céline, Mort à créd.,1936, p. 529).

Note fausse, discordante, produite par un instrument à vent ou un chanteur. « Des sons éraillés, brisés qu’on nomme vulgairement couacs » (Berlioz, À travers chants,1862, p. 296).  « Le train s’ébranle lentement aux sons de la « Polka des Roses », exécutée par des instruments de cuivre, avec une bouffonne profusion de couacs » (Gide, Journal,1939, p. 413).

2 réflexions sur “Argent et médicaments : Agnès Buzyn soudain confrontée à l’ire des pharmaciens d’officine

  1.  » le texte vise à réduire le nombre légal de pharmaciens adjoints par officine »
    JE ne comprends pas. Serait-ce le nombre minimal de pharmaciens adjoints ?

    Est-ce que cette idée de ASAT * est venue toute seule à ce Monsieur Olivier Dussopt ?
    OU des gens intéressés la lui auraient-ils suggérée ?

    J’ai une autre idée pour Olivier Dussopt: autoriser la publicité pour les médicaments sur ordonnance, comme aux USA et en Nouvelle Zélande. Comme ça les malades peuvent directement demander au médecin ignorant du progrès le dernier médicament « vuhalatélé » pour lequel une publicité très factuelle honnête et claire aura été faite.
    D’ailleurs indirectelment ça se fait déja.
    Je suppose qu’il y a défilé de visiteurs médicaux chez les généralistes pour une nouvelle vitamine D plus mieux bien ou un dosage. Sinon pourquoi cette « publicité disant en gros « le déficit en vitamine D parlez-en à votre médecin .

    * c’est un peu lent ils auraient pu faire un « STAT » —> « Statim (also « stat »), medical shorthand used following an urgent request »

  2. Çà en dit long sur la cohérence de la politique de l’Etat. Un jour le ministère de la santé fait de la prévention de la iatrogène médicamenteuse, en prenant une décision qu’elle aurait pu prendre il y a plus de 20 ans, un autre Bercy prend une décision qui risque de ruiner ses efforts. La santé publique doit primer. Dans le cas présent à qui profite la décision sinon aux lobbies du net ou financiers. En tout cas certainement pas à la santé de nos concitoyens. La réponse de l’Ordre est à mon sens beaucoup trop mesurée. Mais ce n’est qu’un avis de médecin

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