Le Covid-19 et l’explosion statistique : Pékin tiendra-t-il longtemps au four et au moulin ?

Bonjour

13 février 2020. Ainsi donc il suffisait de modifier la méthode diagnostique pour bouleverser la réalité épidémique et ses conséquences politiques.

Selon le dernier décompte, plus de 60 000 cas, près de 1 500 morts. Pékin annonce aujourd’hui, pour un seul jour, 15.000 contaminations supplémentaires, un « bond record » justifié par une nouvelle définition des cas d’infection. Dorénavant, les autorités locales comptabiliseront les cas « diagnostiqués cliniquement » – ou plus exactement sans recours à la confirmation virologique (que les médias généralistes nomment « test d’acide nucléique »). En d’autres termes les images pulmonaires confirmant les symptômes cliniques suffiront à décréter que le patient est infecté par le COVID-19.  

Comment comprendre ? D’une part les kits des tests virologique n’étaient pas disponibles en quantité suffisante et, de l’autre, leur fiabilité était de plus en plus souvent remise en question. mais nombre de médecins remettaient leurs résultats en cause. Selon le Financial Times, (Yuan Yang and Nian Liu in Beijing) Tong Chaohui, un expert qui conseille le gouvernement, aurait révélé aux médias locaux que, dans les bons hôpitaux du Hubei, les résultats des tests étaient fiables une fois sur deux. Et parfois une fois sur dix.

On sait d’autre part que le Pr Neil Ferguson, spécialiste d’épidémiologie à l’Imperial College de Londres, estime que seuls 10 % des cas sont détectés. A la disponibilité et à la fiabilité des tests il faut ajouter les contraintes inhérentes à leur mise en œuvre, au nombre croissant des patients, à la saturation des services hospitaliers et à la fatigue des soignants.

« Malgré la censure sur l’information, de nombreux témoignages montrent que des personnes qui, selon leur médecin, sont porteuses du virus, sont jugées négatives à l’issue du test et envoyées chez elles, observe Le Monde (Frédéric Lemaître).  Quitte à contaminer leur entourage. Qui plus est, seules les dépenses des personnes reconnues porteuses du virus sont prises en charge par l’Etat. Pour les autres, la facture se monte à plusieurs milliers voire dizaine de milliers d’euros. »

Notre confrère ajoute qu’entre les chiffres rassurants publiés depuis peu chaque jour à la baisse et des témoignages contraires diffusés sur les réseaux sociaux, l’écart devenait insupportable. « Sans compter que plus de quarante avions se sont posés lundi 10 février sur l’aéroport de Wuhan, officiellement fermé, précise-t-il. A bord, plusieurs milliers de médecins et d’infirmières, venus de toute la Chine prêter main-forte aux équipes médicales locales débordées… et souvent, elles-mêmes contaminées par le virus. »

Pernod-Ricard, L’Oréal, la France

Trop tardive, la transparence a un coût plus élevé. Pékin va devoir rassurer la population et la communauté internationale en affirmant que la situation est sous contrôle avec des chiffres qui diront précisément le contraire. Les premiers symptômes politiques sont déjà là : le 12 février, à la suite d’une réunion du comité permanent du bureau politique du Parti communiste (PCC)  Ying Yong, jusqu’ici maire de Shanghaï et considéré comme un proche du président Xi Jinping, a été nommé secrétaire du Parti dans le Hubei. Il y remplace Jiang Chaoliang. Quant au secrétaire du PCC à Wuhan, le vrai patron de la ville, a également été limogé.

Loin de Pékin, on enregistre d’autres chiffres. A Paris le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a fait ses comptes : l’épidémie de coronavirus pourrait amputer la croissance française de 0,1 point de pourcentage en 2020. «Admettons que nous ne soyons pas trop loin du pic (sic) » de l’épidémie, «notre évaluation, c’est que l’impact sur la croissance chinoise sera de l’ordre de un point sur l’année», a déclaré le ministre au micro de RMC/BFMTV. «Ce qui voudra dire 0,2 point de croissance en moins au niveau mondial et 0,1 point de croissance en moins pour la France».

Au même instant, à Marseille Pernod Ricard, géant mondial des boissons alcooliques annonçait abaisser sa prévision de croissance sur l’exercice 2019-2020, estimant que la flambée épidémique liée au coronavirus en Chine risquait de peser sur ses performances du troisième trimestre. Qui savait que le deuxième plus grand groupe de « spiritueux » au monde réalise 10% de ses ventes en Chine ? Ricard, prudent,  explique « ne pas pouvoir estimer pour l’instant la durée et l’impact de cette crise sanitaire ». Sans doute en va-t-il de même pour le géant L’Oréal.

Ils ne sont pas les seuls à trembler. Non loin de Pékin Yoshiro Mori, président du comité d’organisation des Jeux olympiques de Tokyo (24 juillet-9 août) a assuré, jeudi 13 février, que l’événement sportif ne serait « ni annulé ni reporté ».   Il a dénoncé les «rumeurs irresponsables». Yoshiro Mori a-t-il bien pris la mesure de ses responsabilités ?

A demain @jynau

 NB. Le Mobile World Congress (MWC), grand-messe de la téléphonie attendue à Barcelone du 24 au 27 février est annulé à case de l’épidémie de Covid-19 Les nouvelles défections de gros opérateurs européens comme Deutsche Telekom et Vodafone ont finalement imposé cette décision. Le 12 février la ville de Barcelone et les autorités espagnoles ont tout fait pour empêcher l’annulation de cet événement qui devait rassembler près de 110 000 participants. Mais, au terme d’une réunion de crise qui s’est déroulée par téléphone (sic), avec la participation d’Orange qui préside le GSMA, la décision a été prise. Le plus grand salon mondial des télécoms est annulé en raison de l’épidémie de coronavirus.

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