Olivier Véran, la réduction des risques et la Française de la Dépendance aux Jeux

Bonjour

Ainsi donc Olivier Véran, 39ans, nouveau ministre des Solidarités et de la Santé. A peine nommé que, déjà, les médias commencent à brosser son portrait. On oublie l’ancienne hématologue parisienne, on se penche sur le neurologue grenoblois. On interroge ses confrères, on confirme son appétit pour la politique, on regrette son aisance à manier la langue technocratique. Et quelques uns de se féliciter de la nomination de l’un des rares responsables politiques de la majorité à manifester un intérêt pour la réduction des risques – et notamment pour la réduction des risques tabagiques via la promotion de la cigarette électronique. Sovape et SOS Addictions rediffusent ainsi son intervention lors du « Sommet de la vape  2019 » :

Saisissons cette occasion pour reprendre une question majeure, au croisement de l’addiction, de l’argent et de l’exercice de la politique. On la trouve aujourd’hui parfaitement exposée sur Slate.fr 1 : « Pourquoi les gagnants au loto ou aux jeux de hasard dilapident-ils leur argent? ». Et la réponse y est apportée par Sébastien Chaumont, docteur en mathématiques appliquées et probabilités à l’université Nancy I-Henri Poincaré:

« En tant que mathématicien, je ne peux moi aussi que m’étonner devant des gens qui gaspillent leur argent en face de cette ridicule probabilité de gain, confie-t-il. Ces personnes achètent du rêve, etc. Oui c’est vrai, c’est clair. Mais j’avoue que la meilleure explication m’avait été donnée par un biologiste-comportementaliste, il y a longtemps. Il faisait le parallèle avec un dispositif expérimental qu’on appelle la boîte de Skinner.»

Boîte de Skinner ? C’est très simple, nous explique-t-il. On met une souris dans une boîte dont elle ne peut pas s’échapper. Il n’y a qu’un seul objet dans la boîte. Un bouton, ou levier, et un dispositif qui fournit de la nourriture lorsqu’on appuie dessus. On s’arrange pour que l’occupant de la boîte ne puisse pas voir ou entendre ce qui se passe à l’extérieur. Ce dispositif sert à étudier le comportement. Il y a des variantes, mais je fais au plus simple.

Mettons-nous, avec notre mathématicien, à la place de la souris joueuse.

« I Si le dispositif fonctionne normalement (à chaque fois qu’on appuie sur le bouton, une boulette de nourriture tombe dans la boîte où vous êtes enfermé), alors vous allez appuyer plusieurs fois, le temps de comprendre comment ça marche. Puis vous allez simplement appuyer quand vous aurez faim. Point.

II Si on débranche le dispositif et qu’on ne le rebranche jamais (vous aurez beau appuyer sur le bouton, ça ne marche plus, rien ne se passe), qu’allez-vous faire? Ben, vous allez paniquer et compulsivement appuyer sur le bouton. Des dizaines de fois, des centaines peut-être. Et, au bout d’un moment, vous allez arrêter. Vous êtes convaincu que ça ne sert plus à rien. De temps en temps, de plus en plus rarement, vous allez appuyer une fois, au cas où. Et vous allez juste vous laisser mourir, pleurant sur cette source de nourriture définitivement épuisée.

III Si le dispositif est débranché « au hasard ». Qu’allez vous faire si maintenant on débranche aléatoirement le dispositif de manière totalement imprévisible. Une fois que vous aurez compris comment ça marche, vous allez appuyer sans cesse sur le bouton. Quand il fonctionne, et quand il ne fonctionne pas. Sans limite, sans avoir faim et sans considération de ce dont vous avez besoin sur le moment –pour profiter des moments impossibles à prévoir, où vous pouvez obtenir de la nourriture. Et pour éviter d’avoir faim et de ne plus avoir de nourriture à un moment où le dispositif ne fonctionne plus. C’est terriblement logique. Cela correspond à la peur du manque provoquée par le hasard. »

Conclusion du mathématicien: « en face d’un système dont le résultat est aléatoire (imprévisible), on «devient fou», dans le sens où l’on adopte des comportements irrationnels, dans la mesure où l’on croit que c’est la seule façon d’obtenir ce qui est important pour nous». Ou comment réduire le citoyen à une forme d’esclavage.

Morale: Offrez sans limite: les gens ne prendront que ce dont ils ont besoin. Ne donnez rien: personne ne viendra vous voir Donnez un peu, aléatoirement: les gens seront accro.

C’est le mécanisme mis au point et développé massivement et de manière croissante par la Française des Jeux. Rien n’interdit de l’élargir au champ politique et au concept sanitaire de la réduction des risques. Coment ne pas entrer dans la boîte ? Ou comment parvenir à en sortir sans les soignants spécialisés en addictologie? Et, aujourd’hui, d’espérer en une action d’un ministre qui, à la différence de la quasi-totalité de ses prédécesseurs, adopterait la logique plein et entière de la réduction des risques.

A demain @jynau

1 Pourquoi le loto rend-il accro ? Slate.fr

2 réflexions sur “Olivier Véran, la réduction des risques et la Française de la Dépendance aux Jeux

  1. Quand les capacités de rêver un avenir idéal autre que cousu d’or, une civilisation touche du doigt sa pauvreté. Chez les souris, je ne sais pas. Chez les humains, j’en suis persuadé.
    Il y a là une écologie de l’esprit incontournable : sans rêve il ne nous reste plus qu’à mourir de désespoir, nous qui avons pleine conscience que nous devons mourir.
    Se soigner d’une addiction, avec ou sans aide extérieure, c’est engager l’énorme chantier de se construire son chemin de vie. Pas reconstruire, construire ce qui n’existait pas avant qu’on a tenté, en vain, de remplacer par un comportement, un produit, une idéologie.
    FMM

  2. Oui mais (FDJ) ….

    Aucun non joueur n’a jamais gagné et ne gagnera jamais au loto (à part ce qu’il n’y dépense pas) .

    La probabilité de gangner est en effet minuscule et les boules ne connaissant pas le nuléro qu’elles portent la combinaison 1-2-3-4-5 -6-7 a autant de chance de sortir que n’importe quell autre.
    Les boles n’ont pas de mémoire et la même combinaison sortie la semiane passée a autant de chances de sortir que toute autre.

    On voit bien qu’on a peu, très peu de chances de gagner.

    Mais en jouant on paie des impôts …. C’est bien.

    Et on peut conseiller au fumeur et à la fumeure (?) de consacrer son budget tabac au loto.

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