Coronavirus et gros sous : quand les économistes pèsent le prix de la vie humaine en quarantaine

Bonjour

Le Covid-19 se répand partout –  jusque dans les pages furieusement économiques des Echos. Où l’on croise les angoisses des acteurs capitalistes face à une vague épidémique née en Chine et dont personne (à commencer par le ministre français de l’Economie) ne connaît la date du « pic » et le prix à payer pour les retombées.

Les Echos, donc, datés des 21 et 22 février 2020. Page 9, une tribune intitulée « Coronavirus : le choc d’offre de la quarantaineL e coronavirus affole la planète ». Un texte signé Augustin Landier, professeur à HEC et David Thesmar, professeur au MIT. Deux fortes sommités. Passons sur leurs généralités épidémiologiques. Cœur de la réflexion des deux auteurs : les incertitudes des « décideurs économiques et/ou politiques » confrontés aux « mises en quarantaine » – quarantaines qui « créent de l’incertitude » en ce qu’elles signalent « que l’Etat s’inquiète ».

 Ils nous expliquent ceci :

« En décidant à quel moment le coût économique de la quarantaine devient trop élevé, le décideur public doit prendre en compte l’incertitude sur la durée d’incubation et la détection des malades. Cela le force à expliciter son aversion au risque, c’est-à-dire le poids qu’il met sur les pires scénarios envisageables. Il doit prendre en compte le fait que le virus terrasse des personnes fragiles, dont l’espérance de vie est déjà plus faible. Il doit aussi mettre en balance la privation de liberté imposée aux individus mis en quarantaine. (…)

De plus, l’Etat doit choisir le bon niveau de transparence : cacher la vérité pour éviter la panique à court terme crée la défiance de long terme, comme on l’a vu en Chine ces dernières semaines  (…) Le pari des économistes est d’expliciter ces arbitrages peu ragoûtants (sic) pour éviter le piège de l’irrationnel. L’objectif des quarantaines n’est évidemment pas la croissance économique, mais de sauver des vies. Mais là aussi, des arbitrages économiques sont bien présents : dans la pratique des décisions publiques, la vie humaine n’a pas un prix infini. »

« La vie humaine n’a pas un prix infini », donc. Certes. Les deux auteurs ne nous renseignent pas sur l’élasticité potentielle des prix actuel du marché. S’ils.elles lisent Les Echos, les mis.es en quarantaine ne pourront que le regretter.

A demain @jynau

Une réflexion sur “Coronavirus et gros sous : quand les économistes pèsent le prix de la vie humaine en quarantaine

  1. « [L’État] doit prendre en compte le fait que le virus terrasse des personnes fragiles, dont l’espérance de vie est déjà plus faible. Il doit aussi mettre en balance la privation de liberté imposée aux individus mis en quarantaine. » Voilà le plus atrocement choquant. Dans les analyses médico-économiques, on parle d’années de vie sauvées, et non pas de personnes sauvées. C’est pour prendre des décisions concernant le panier de soins disponible, ne pas mettre en place des soins hyper coûteux si en même temps il sauvent mal ou peu de gens ET empêchent (de par leur coût) d’en sauver bien ou beaucoup. Pas pour décider qui peut bien mourir et qui ne devrait pas, comme dans le contexte épidémique où il faut au contraire considérer que l’unité est la personne, et non pas le nombre d’années, ajustées ou non sur la « qualité de vie » (les hideux QUALYS). Plus le temps passe, et plus je pense fort que chacun a devant lui la totalité de son espérance de reste de vie. Une et indivisible. Sinon, on devrait prendre moins cher en années de prison pour avoir tué et détroussé une dame âgée impotente qu‘un jeune adulte potentiellement si tellement plus heureux. Et productif. L’ignorance morale et philosophique des économistes et des politiciens qui les écoutent me tue.

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