Comprendre le «mal-être» hospitalier français? Deux conseils de lecture pour Olivier Véran

Bonjour

Agnès Buzyn partie, ils ne désarment pas. Olivier Véran arrivé, la lutte se poursuit. Douze collectifs et syndicats de soignants hospitaliers et d’usagers 1 réclament à nouveau à Matignon l’ouverture de « négociations urgentes » pour sortir de la crise de l’hôpital. Ou comment mettre immédiatement la pression sur le nouveau ministre de la Santé.  

Dans une virulente tribune publiée sur le site de « France Info » et relayée par Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez) les douze organisations écrivent notamment: 

« Olivier Véran prévient d’emblée qu’il n’y aura pas de « tour de chauffe » et nous n’en avons aucun doute, puisqu’il a été un rapporteur zélé du projet de loi de financement de la Sécurité sociale et l’un des plus actifs parlementaires sur le domaine de la santé. Il est dès lors, très surprenant que sa première mesure puisse être une enquête sur le mal-être des hospitaliers, monde qu’il dit « si bien connaître ». Cette disposition apparaît comme une provocation et une manœuvre dilatoire alors que la situation empire sur le terrain et que l’heure est à l’ouverture d’urgence de négociations avec les organisations ainsi que les différents acteurs de terrain. »

« Soigner, la chose est ingrate, laborieuse, elle prend du temps »

Pour les signataires aucun doute : le départ d’Agnès Buzyn doit permettre à son successeur de « se saisir de l’opportunité de sa nouvelle fonction et de ses nouvelles responsabilités pour faire sortir de la crise l’hôpital et les établissements de santé et d’action sociale ».

« Toute autre attitude conforterait l’idée que ce grand ministère n’est finalement qu’une coquille vide sans marges de manœuvre, budgétaires et politiques, pour gérer les urgences sociales et humaines que traversent les établissements du sanitaire, médico-social et social de métropole et des territoires ultramarins, écrivent-ils encore. Toute autre attitude conforterait, in fine, la légitimité de notre démarche visant à négocier auprès du Premier ministre. »

Un an après le début de la grève des urgences des hôpitaux publics les signataires estiment que les mesures comptables du pouvoir exécutif relèvent d’une « prestidigitation arithmétique, là où il faudrait des humains 2 ». Ils reprochent aussi au gouvernement de continuer à fermer des lits  – voire des structures entières dans le cas de la psychiatrie. Agnès Buzyn n’avait apparemment que fort mal compris le « mal-être » de soignants hospitaliers avec lesquelles elle ne travaillaient plus depuis longtemps. Pourquoi Olivier Véran, qui il y a peu encore exerçait encore au CHU de Grenoble, a-t-il, sur ce thème besoin d’une « enquête » sur un monde qui lui est tout sauf étranger ?

Si, entre mille-et-un amendements au projet de loi de réforme des retraites (et en attendant le 49-3), le ministre de la santé dispose de quelques instants, il (re)découvrira avec profit l’opuscule de combat 2 signé par la psychanalyste Cynthia Fleury. Sans oublier celui, redoutable, (« L’Hôpital est une industrie ») de son confrère neurochirurgien Stéphane Velut où il se penche sur le foisonnement, rarement exploré, du langage managérial qui a envahi et étouffe l’hôpital public français. Où l’on retrouve quelques-unes des perversités de la novlangue imaginée par George Orwell dans son 1984. Une langue que le nouveau ministre ne saurait, sans danger, manier.

A demain @jynau

1 Action praticiens hôpital (APH), Association des médecins urgentistes de France (AMUF), la CFTC, la CFE-CGC, la CGT, le comité de défense des hôpitaux, le collectif inter-blocs, le collectif Inter-urgences, le collectif inter-hôpitaux, le Printemps de la psychiatrie, SUD et l’UNSA

2 « Le soin est un humanisme »  de Cynthia Fleury Collections Tracts, Editions Gallimard

« Soigner, la chose est ingrate, laborieuse, elle prend du temps, ce temps qui est confisqué, ce temps qui n’est plus habité par les humanités. Ici se déploie une tentative de soigner l’incurie du monde, de poser au cœur du soin, de la santé, et plus généralement, dans nos relations avec les autres, l’exigence de rendre la vulnérabilité capacitaire et de porter l’existence de tous comme un enjeu propre, dans toutes les circonstances de la vie.
« Cynthia Fleury expose une vision humaniste de la vulnérabilité, inséparable de la puissance régénératrice des individus ; elle conduit à une réflexion sur l’hôpital comme institution, sur les pratiques du monde soignant et sur les espaces de formation et d’échanges qui y sont liés, où les humanités doivent prendre racine et promouvoir une vie sociale et politique fondée sur l’attention créatrice de chacun à chacun. »

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