Coronavirus -pédagogie : à partir de quand Paris devra-t-il fermer sa frontière avec l’Italie ?

Bonjour

24/02/2020. Tout se complique pour les pouvoirs exécutifs. En France le député Eric Ciotti (LR, Alpes-Maritimes)  vient de réclamer un plan sanitaire d’urgence pour son département frontalier de l’Italie – avec mobilisation des hôpitaux et contrôles aux frontières. Il a écrit au Premier ministre, Edouard Philippe, en ce sens. C’est là une réaction-réflexe, contagieuse, face à la rapide et inquiétante évolution de la situation en Italie. La réponse du nouveau ministre français de la Santé n’a pas tardé.

Interrogé au journal de 20 heures de France 2, Olivier Véran a sèchement répondu : une fermeture de la frontière avec l’Italie « n’aurait pas de sens ». « Un virus ne s’arrête pas aux frontières », a fait valoir le ministre. Il a aussi soutenu qu’il « n’y a pas à proprement parler d’épidémie » de l’autre côté des Alpes, les autorités ayant justement pris des mesures de confinement « pour éviter » ce risque. « Nous regardons ça avec énormément d’attention et de précautions, nous sommes en train de regarder l’évolution de la situation heure par heure », a-t-il insisté.

Situation évolutive ou pas Olivier Véran se doit désormais de faire un peu de pédagogie : à partir de quand peut-on parler d’ « épidémie ». Et comment qualifier la situation, rapidement évolutive, qui prévaut en Italie ? Et si un virus ne s’arrête pas, naturellement, aux frontières dressées par les hommes, les hommes ne peuvent-ils pas freiner son passage à ces mêmes frontières ?

« Nous ne transformerons pas l’Italie en lazaret » vient de déclarer le président du Conseil italien Giuseppe Conte cherchant à dédramatiser la situation. « Certes, l’Italie ne vit plus au Moyen Age, à l’époque où les marins en provenance de ports où sévissait la peste étaient placés en quarantaine sur des îles ou dans des établissements isolés appelés « lazarets », le temps d’observer s’ils développaient certains symptômes, explique notre confrère Jérôme Gatheret, correspondant du Monde à Rome. De plus, le virus SARS-CoV-2 est certes très contagieux, mais rarement mortel. Reste que la litanie des nouvelles inquiétantes et des mesures de précaution annoncées durant tout le week-end, à mesure que montait le nombre de malades déclarés, ne pouvait que faire monter dans la population le sentiment d’urgence. »

« La frontière comme vaccin contre l’épidémie des murs » (Régis Debray)

Trois morts. Six cas déclaré le 22 février au matin, plus de cent-cinquante le 23 au soir… Notre confrère explique encore que dans ce pays, où la mémoire historique des grandes épidémies est particulièrement vivace, des places publiques aux murs des églises, « certaines peurs enfouies ne demandent qu’à resurgir… ». Pour l’heure les réseaux sociaux diffusent des photographies montrant des rayons de supermarchés vidés de leurs produits de première nécessité, tandis que se succèdent les annonces d’annulations d’événements en tout genre. Le Monde :

« Onze communes de Lombardie, toutes situées dans la province de Lodi (au sud de Milan) ont été placées en quarantaine : les entrées et les sorties y sont autorisées au compte-gouttes, après contrôles, les lieux publics y ont été fermés et les dessertes de transports en commun ont été interrompues. Du Piémont à Trieste et des Alpes à l’Emilie-Romagne, dans tout le nord du pays, les écoles et les universités resteront fermées, au moins jusqu’au 1er mars. Les offices religieux ont été annulés, de même que la plupart des rencontres sportives, tandis que nombre de monuments, comme la cathédrale et La Scala de Milan, fermaient leurs portes. Dans l’après-midi de dimanche, le maire de Venise, Luigi Brugnaro, annonçait même que le carnaval s’arrêterait le soir même, deux jours plus tôt que prévu, deux cas venant d’être détectés dans la ville, ainsi que d’autres dans les communes des environs. »

Comment comprendre ? « Nous avons fait plus de 4 000 contrôles par prélèvement », explique le chef du gouvernement italien Nous sommes le premier pays d’Europe à avoir décidé de faire des examens plus rigoureux. » Entendre : le nombre de malades ne peut qu’augmenter dans les prochains jours, et d’ailleurs il devrait en être de même dans les autres pays du Vieux Continent.

A Paris, le ministre Véran ne dit rien d’autre aux médias : il  prévoit une augmentation du nombre des cas. Soixante-dix hôpitaux supplémentaires vont être « activés » pour faire face à une éventuelle propagation du coronavirus. L’objectif : avoir au moins un établissement par département en métropole, a annoncé dans la soirée du dimanche 23 février le ministre après une réunion d’urgence de ministres autour d’Edouard Philippe à Matignon.

« Pour accueillir les éventuels malades nous disposions jusqu’à présent de 38 établissements de santé essentiellement les CHU. J’ai décidé en accord avec le premier ministre que 70 établissements siège d’un SAMU seront activés dès demain pour augmenter nos capacités de réponse si c’était nécessaire. Nous agissons vite, nous agissons fort pour faire face à la menace épidémique (…) et nous prenons toutes les mesures qui sont nécessaires pour assurer la sécurité des Français. »,

Le Dr Véran a précisé s’être entretenu avec ses homologues italien et allemand :  « Nous avons convenu d’un prochain entretien réunissant plusieurs ministres de la santé de l’Union européenne probablement la semaine prochaine pour aborder ensemble comment faire face au risque épidémique. »

C’est dit : pour l’heure la France ne fermera pas ses fontières avec l’Italie comme elle a, de fait, commencé à le faire avec la Chine. Où l’on en revient à la question soulevée par M. Ciotti et à la réponse du Dr Véran. Si un virus ne s’arrête pas, naturellement, aux frontières dressées par les hommes, les hommes ne peuvent-ils pas freiner son passage à ces mêmes frontières ? Réduire les risques grâce aux vieilles douanes ? On peut le dire autrement : à partir de quel degré d’évolution de la pandémie l’Union européenne contrôlera-t-elle les entrées à ses frontières ? Et qui, face au virus, doit assurer l’indispensable travail de pédagogie ?

A demain

NB, en écho: « Éloge des frontières » de Régis Debray. Collection Blanche, Gallimard«En France, tout ce qui pèse et qui compte se veut et se dit « sans frontières ». Et si le sans-frontiérisme était un leurre, une fuite, une lâcheté? Partout sur la mappemonde, et contre toute attente, se creusent ou renaissent de nouvelles et d’antiques frontières. Telle est la réalité. En bon Européen, je choisis de célébrer ce que d’autres déplorent : la frontière comme vaccin contre l’épidémie des murs, remède à l’indifférence et sauvegarde du vivant. D’où ce Manifeste à rebrousse-poil, qui étonne et détonne, mais qui, déchiffrant notre passé, ose faire face à l’avenir.»

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