Coronavirus : est-il encore bien raisonnable de vouloir freiner une épidémie « inarrêtable » ?

Bonjour

Le Pr Éric Caumes est l’un des gardiens de la vieille et précieuse tradition de l’infectiologie au sein du sanctuaire de La Pitié-Salpêtrière. L’homme parle assez peu et très clair. Il ne craint pas, non plus, de tenir un discours politiquement incorrect (comme sur la PrEP et le VIH).

On vient de le voir, face à face avec Emmanuel Macron lors de la visite présidentielle dans son service. Sobre, efficace. On le retrouve aujourd’hui dans les colonnes de Libération (Eric Favereau) et, du Quotidien du Médecin (Damien Coulomb). Extraits mêlés de deux entretiens essentiels (nous soulignons) :

1 « On ne sait finalement pas grand-chose du SARS-CoV-2  car le manque de recul n’est pas de nature à permettre la production de données scientifiques fiables. On a d’ailleurs vu un grand nombre d’opportunistes profiter de l’actualité pour publier des études de mauvaise qualité. Par exemple : la première étude chinoise qui prétendait que le taux de mortalité de l’infection était de 14 % était complètement fausse. Un certain nombre d’informations sont néanmoins confirmées : c’est une pathologie qui ne tue pas les enfants et les jeunes adultes. Son taux de mortalité est faible, et son R0 (contagiosité) est entre 2 et 3, c’est-à-dire à peu près celui de la grippe. Contrairement à cette dernière, il existe des individus « super-spreaders » comme pour le SRAS ou le MERS‐CoV. C’est notamment ce qui a pu être observé dans des milieux confinés comme à bord du Diamond Princess. »

2 «  Il y a deux choses qui sont gênantes dans cette affaire, à commencer par les transmissions entre patients et soignants. Cela indique que les règles les plus élémentaires d’hygiène – le port du masque par le patient ET le soignant – ne sont pas respectées. L’autre problème est le fort taux de personnes infectées mais asymptomatiques, de l’oredre de 35 à 50 % selon les études. Une maladie avec autant de cas asymptomatiques est inarrêtable

« Il est probable qu’il y ait une épidémie en France. D’ailleurs, le gouvernement n’est pas dans une logique d’arrêt de l’épidémie mais plutôt de canalisation. Leur principale crainte n’est pas liée à la mortalité de l’épidémie, assez faible du reste, mais de voir le système de santé et les hôpitaux submergés face à cette nouvelle contrainte, alors même que nous sommes complètement débordés et sous tension. »

3 « Aucun traitement curatif ne fonctionne, ni le ritonavir, ni le remdesivir. La chloroquine semble donner de bons résultats in vitro, mais je ne suis pas du tout convaincu pour l’instant par ce qui a été publié par les médecins chinois chez les patients. En ce qui concerne les traitements symptomatiques, les antipyrétiques, les antalgiques et le paracétamol peuvent être utilisés. »

4 « Nous sommes dans une phase où l’on ne peut plus faire face si nous maintenons les mêmes standards de soins, avec les mêmes prises en charge. Par exemple, il est dit de mettre les patients dans des chambres à pression négative, c’était le dogme de la prise en charge. Aujourd’hui, elles sont toutes pleines, nous avons dû mettre deux patients dans l’une de ces chambres. Et la question se pose : a-t-on raison de les mettre dans des chambres ainsi ? Non. On ne sait plus pourquoi on le fait, car cette infection est moins contagieuse et beaucoup moins grave qu’une tuberculose résistante. Il faut mettre les patients dans des chambres normales avec une pression normale, mais des chambres où l’on peut ouvrir les fenêtres pour aérer. Or, dans les hôpitaux, beaucoup des fenêtres ne sont plus ouvrables surtout dans les hôpitaux ‘’modernes’’.

5 « J’ai été parmi les médecins chefs de service qui ont démissionné. Mais avec les événements, je suis revenu sur ma démission. L’administration nous aide. Ce n’est pas elle la responsable de la situation, c’est l’Etat qui a entraîné l’asphyxie de nos hôpitaux. Là, on nous donne les moyens, mais combien de temps cela tiendra-t-il ? J’ai toujours dit qu’une épidémie, dans un système de soins en difficulté, peut tout faire déborder. Pour l’instant, on tient, cela résiste mais on risque de manquer vite de personnel soignant.

6 « Le génie évolutif des épidémies est imprévisible. Cela étant dit, le plus probable est que l’on va avoir des mois de mars et d’avril assez pénibles, voire très difficiles. En mai et en juin, cela devrait baisser, et puis arrivera l’été et les infections respiratoires n’aiment pas trop l’été. Mais ce n’est qu’une hypothèse. En tout état de cause, aujourd’hui ce que l’on peut dire, c’est que le taux de mortalité va baisser. De plus, on sait prendre en charge les malades, il y a juste un cap difficile à passer pour certains patients. Ce n’est pas, comment dire, une maladie grave pour tout le monde

7 « Le danger à venir,d’une certaine façon, n’est pas médical sauf en cas d’explosion épidémique. Il est social. Car il peut y avoir des conséquences économiques bien embêtantes. En plus, il faut gérer l’irrationnel, et au passage se battre contre la dictature des normes et des règlements qui ont été, pour la plupart, conçus pour combattre des épidémies très méchantes mas peu importantes en nombre. Or, nous sommes confrontés à l’inverse : une épidémie qui se répand assez vite mais qui n’est pas très grave. Ce n’est pas la peste ! Il ne faut surtout pas que l’on reste prisonnier de procédures. Et on doit s’adapter au jour le jour. »

A demain @jynau

4 réflexions sur “Coronavirus : est-il encore bien raisonnable de vouloir freiner une épidémie « inarrêtable » ?

  1. « Coronavirus : est-il encore bien raisonnable de vouloir freiner une épidémie « inarrêtable » ? »

    Je m’étonne de la question. La réponse est dans sa formulation. Elle n’est que freinable.

    Bien sûr !

    Le but étant d’étaler les (5 à 10 millions de ??) de contaminations attendues, afin que le système de santé et la société en général puissent absorber et faire face.

  2. C’est exactement ce que tout le monde de fait comprendre ; arrêtons la psychose et concentrons nous sur les règles d’hygiène !
    Merci pour cet article .

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