Coronavirus contre le pouvoir exécutif français : qui va gagner la grande course-poursuite ?

Bonjour

03/02/2020. Nous nous rapprochons en France d’une étape décisive. Nous saurons, dans quelques jours, si le gouvernement aura ou non gagné l’essentiel de son pari : parvenir à en rester au « stade 2 » de l’épidémie, réussir à maîtriser au mieux la progression du nouveau coronavirus au prix de mesures (plus ou moins) drastiques de confinement et de quelques restrictions des libertés publiques.

Etat des lieux, deux mois après l’annonce officielle, par Pékin, de l’émergence d’un nouvel agent pathogène pour l’espèce humaine:

1 La propagation du SARS-CoV-2 s’accélère en France.  Depuis la fin janvier, 191 cas de contamination (et trois décès) ont été recensés dans l’Hexagone, devenu l’un des principaux foyers de Covid-19 en Europe, avec l’Italie et l’Allemagne. Aujourd’hui 176 personnes demeurent hospitalisées, certaines dans des situations critiques. Trois « foyers-clusters » sont recensés (dans l’Oise, le Morbihan et la Haute-Savoie) où tous les rassemblements sont interdits, la fermeture des écoles imposée jusqu’au 14 mars de même que celles des crèches et et des accueils périscolaires. D’autres cas sont identifiés dans de nombreuses régions pour lesquels les enquêtes épidémiologiques parviennent (ou pas) à retrouver les « chaînes de transmission ».

2 Des membres de l’exécutif placés en quarantaine. C’est là une situation symboliquement forte. Le préfet de l’Oise vient d’être placé à l’isolement. Il « n’a pas encore été testé, mais il est confiné par mesure de précaution parce qu’il a côtoyé le maire » de Crépy-en-Valois, touché par le coronavirus, a déclaré la préfecture de l’Oise, confirmant une information du Courrier picard. « Il est confiné dans son bureau, mais continue de travailler avec ses collaborateurs par téléphone » ou « à une distance raisonnable », a précisé cette même source. Il peut se déplacer entre son bureau et son domicile situé au sein même de la préfecture.

Le sous-préfet de Senlis a également été placé à l’isolement, selon la préfecture, tout comme le directeur de l’Agence régionale de santé (ARS) des Hauts-de-France, Etienne Champion, et son directeur de cabinet.   En Haute-Savoie, le maire du village de La Balme-de-Sillingy, qui compte plusieurs malades, a annoncé être à son tour contaminé avant d’être hospitalisé à Annecy.

3 Emmanuel Macron reste enfermé au Palais de l’Elysée.  Autre mesure symbolique, à la fois compréhensible mais de nature à alimenter bien des rumeurs.  « Compte tenu de l’évolution de [la situation], le président de la République a décidé de modifier son agenda cette semaine afin de se concentrer pleinement sur le suivi de la gestion de la crise », a annoncé l’Elysée le 2 mars.  Emmanuel Macron a ainsi annulé sa particitation au dîner annuel du Crif, reporté un déplacement dans le Gers dans le cadre de la mission menée par Stéphane Bern pour la sauvegarde du patrimoine, et un autre sur le thème de la lutte contre le « séparatisme islamiste ».

« Le président ne va pas aller faire un déplacement patrimoine avec Stéphane Bern au moment où les Français se demandent si on va passer en phase 3 et où des maires sont contaminés. Les Francais ne comprendraient pas qu’on reste sur une gestion “business as usual” » (sic), confie-t-on dans l’entourage du chef de l’Etat français, qui effectuera plusieurs rencontres et visites sur le thème de l’épidémie. Et le Palais de l’Elysée d’assurer que le président n’a pas contracté le nouvel agent pathogène.

4 Le gouvernement saisit le Comité national d’éthique. Encore une mesure plus symbolique qu’opérationnelle. Il s’agit, officiellement, de connaître son avis sur les « mesures contraignantes qui pourraient être prises » dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, explique le Comité confirmant une information de La Croix. Cet avis devra « éclairer le lien entre impératifs de santé publique et respect des droits humains fondamentaux », selon le CCNE.

La Croix voit dans cette saisine « un signe supplémentaire que le gouvernement envisage activement le passage à la troisième phase de l’épidémie de coronavirus, correspondant au seuil d’alerte sanitaire maximale ». Le quotidien catholique est-il, ici, prophétique ?

5 La contagiosité du recours au « droit de retrait ». Après Le Louvre et peut-être avant Versailles des conducteurs de trois réseaux d’autocars franciliens ont, le 2 mars, exercé leur droit de retrait en raison des risques d’exposition au coronavirus. Il s’agit de deux compagnies appartenant à Keolis (filiale de la SNCF) : les Cars Meyer (trente-quatre lignes) dans l’Essonne et les Courriers de l’Ile-de-France dans le Nord de la région. Sur les 200 conducteurs des Cars Meyer programmés ce lundi, 190 ont cessé le travail dans la matinée, ce qui a concerné environ 40 000 usagers quotidiens. Seules quelques lignes scolaires ont été desservies.

6 La coagulation de plusieurs secteurs économiques. D’ores et déjà annulation du « salon Livre Paris » où 160 000 visiteurs étaient attendus du 20 au 23 mars. Le Salon mondial du tourisme de Paris, qui devait se tenir du 12 au 15 mars et accueillir un peu plus de 100 000 visiteurs, est lui aussi annulé. Des interrogations portent désormais sur d’innombrables petites ou grandes manifestations sportives, culturelles ou économiques. Jusqu’aux élections municipales (15 et 22 mars) qui pourraient être perturbées.

Du tourisme au secteur manufacturier, certains secteurs subissent déjà des effets de la propagation de la maladie, résume l’AFP. Le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire a refait ses comptes. Selon Bercy l’impact sur la croissance française serait « beaucoup plus significatif » que ce qu’il prévoyait jusqu’à présent : 0,1 point.

Selon le syndicat professionnel Gni-Synhorcat un tiers des hôteliers-restaurateurs constatent une baisse d’activité depuis 15 jours de l’ordre de 10 à 20%. Pour les discothèques, chaque week-end est « pire que le précédent » et on est déjà à une baisse de 30% de leur activité, tout comme les restaurants asiatiques qui ont été « boudés » plutôt que les autres.

Selon les chiffres de l’Insee, le secteur des foires et salons fait travailler 14.700 personnes. C’est un secteur qui a progressé de 4,7% par entre 2006 et 2016, malgré le trou d’air de 2009.

Ce qui est sûr, c’est que l’impact sur ce secteur du tourisme, des foires et des salons, est de plus en plus lourd chaque jour. Et, si l’on écoute RTL, les professionnels regardent de très près une ville qui les inquiète particulièrement : Lourdes, deuxième ville de France en terme de capacité hôtelière. La ville vit exclusivement du tourisme, du pèlerinage et des séminaires. Si elle devient un foyer de contamination, ce sera une catastrophe économique pour la région disent les professionnels. On attend le reportage de La Croix.

Aller ou non à Lourdes pour les fêtes de Pâques ? Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, a assuré qu’il n’y avait pas « de mesures spécifiques dans le secteur des transports ». « Toutes les activités essentielles à la vie du pays doivent se poursuivre », a-t-elle déclaré avant d’ajouter qu’il n’« était pas question d’arrêter de faire rouler les trains ». Et ce même en cas de passage au « stade 3 » de l’épidémie. La ministre, ici, fait l’économie d’un autre risque, celui des grèves, un risque réémergent depuis le recours, par le gouvernement, au 49-3. Un double risque croqué à merveille, sur Slate.fr par notre confrère Denis Pessin.

A demain @jynau

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