Coronavirus : l’Italie appelle à l’aide, sourde oreille des Vingt-Six de l’Union européenne

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Ce sera, pour l’avenir, l’un des enseignements majeurs de la crise du coronavirus : l’Union européenne n’existe pas face à une menace sanitaire épidémique. La démonstration de l’absence de toute forme, ici, de solidarité européenne institutionnelle ; une faille éthique témoignant, une nouvelle fois, des fractures majeures du Vieux Continent. Un autre enseignement est d’ores et déjà mis en lumière, au-delà de la crise sanitaire que traverse l’Italie : l’absence de préparation de la plupart des pays face à une épidémie.

« Quarante jours après les premiers cas de coronavirus en Europe, les Etats membres n’ont pas encore tous évalué leurs stocks, besoins et capacités de production en équipements de protection, notamment de leur personnel sanitaire, résume aujourd’hui Les Echos (Yves Bourdillon et Gabriel Grésillon). C’est à cet état des lieux urgent, en vue d’une éventuelle mutualisation, ou mobilisation des capacités industrielles et d’importation qu’étaient conviés les 27 chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union mardi soir. Une vidéoconférence inédite à l’initiative de Paris, au lendemain de la mise en quarantaine de toute l’Italie, tournant historique et dramatique : l’Italie déplore 631 morts et 10.000 cas avérés. »

C’est la progression de l’épidémie sur le sol europée qui aura imposé la mobilisation « expresse » des dirigeants de l’exécutif des Vingt-Sept. Tous les Etats européens sont désormais touchés, après la détection d’un premier cas à Chypre lundi. La République tchèque a annoncé la fermeture de ses établissements scolaires, de même que la Grèce (ainsi que les crèches et universités)  et – sans surprise-  la Pologne renforce les contrôles à ses frontières.

Tous les pays agissent en ordre dispersé, en termes de gestion des frontières (la Slovénie a fermé la sienne avec l’Italie), de suspension de liaisons aériennes (l’Italie est, via les airs, pratiquement coupée du monde) de fermeture d’écoles et restrictions aux réunions publiques, etc.

Dans une tribune publiée par le site Politico quelques heures avant la visioconférence des 27 et titrée « L’Italie a besoin de l’aide de l’Europe », l’ambassadeur italien auprès de l’UE, Maurizio Massari, rappelait que son pays avait demandé à ses partenaires des masques, sans succès. « Seule la Chine a répondu, positivement, écrit-il. Ce n’est pas bon signe en ce qui concerne la solidarité européenne. » Comment dit-on euphémisme, en Italie ?

L’Allemagne interdit l’exportation de ses masques

« Le virus représente un défi majeur pour l’Union européenne, observe encore Les Echos. D’abord, pour la capacité de ses institutions à fonctionner par temps d’épidémie. Peu à peu, les événements sont annulés et la machine institutionnelle s’arrête. Mais c’est surtout le principe de solidarité fondant l’Union européenne qui est rudement testé. A ce stade, les Etats membres n’ont pas apporté de soutien concret à l’Italie. Elle n’a pas obtenu de réponses à sa demande de kits de dépistage. »

Les exemples concrets sont innombrables. La Belgique a demandé des masques à l’Allemagne, qui en a interdit l’exportation. La France a réquisitionné ceux présents sur son territoire. Les gouvernements ont visiblement peur que leur opinion publique ne leur reproche d’avoir fourni aux voisins des équipements venant à manquer ensuite chez eux. Un manque criant d’entraide auquel Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, « semble vouloir s’attaquer ».

« Ursula von der Leyen a eu beau marteler, ces dernières semaines, que  »la coordination entre Etats membres était excellente », les faits n’ont cessé de contredire la présidente de la Commission, observe Le Monde (Virginie Malingre). « Les mesures désordonnées, annoncées par les capitales, ont créé de l’incertitude, voire de l’angoisse chez les citoyens », explique-t-on à l’Elysée. Avant de poursuivre : « Il ne s’agit pas de créer le Gosplan des mesures sanitaires. Mais de mieux partager l’information et de faire des recommandations communes. »

Un seul centre commun européen : « tout mettre en œuvre pour que l’économie européenne résiste à cette tempête » (Ursula von der Leyen). Elle a annoncé le déblocage de 25 milliards d’euros que les Vingt-Sept pourront utiliser pour soutenir, notamment, leur système de santé, les PME en difficulté ou les travailleurs que l’épidémie a provisoirement mis au chômage.

Ce n’est pas tout : le 10 mars, un peu plus tôt dans l’après-midi, l’exécutif européen avait également annoncé la suspension de la règle qui oblige les compagnies aériennes à assurer 80 % de leurs liaisons pour conserver leurs créneaux d’atterrissage et de décollage, ce qui a conduit nombre d’entre elles à faire voler à vide une partie de leurs avions ces dernières semaines.

Des avions qui ne vont plus en Italie. Pas plus qu’ils n’en reviennent.

A demain @jynau

NB Invité de France Inter le 11 mars le Pr Jean-François Delfraissy, président du Comité national d’éthique a indiqué que l’avis demandé par le gouvernement sur ce sujet sera rendu public « au début de la semaine prochaine ». Il devrait notamment traiter du rôle des médias dans le traitement de ce phénomène. A lire : « L’épidémie de coronavirus justifie-t-elle d’attenter à nos libertés ? » (Slate.fr 10 mars 2020)

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