Deux membres du gouvernement sont infectés. Mais pourquoi donner leur identité ?

Bonjour

14/03/2020. Sans doute ne peut-on plus, désormais sous nos cieux démocratiques, garder certains secrets, protéger comme jadis sa vie privée. Après Franck Riester, Brune Poirson. On apprend aujourd’hui que la secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la transition écologique et solidaire, a été testée positive au coronavirus. Pour autant son état de santé « ne présente pas de signe inquiétant », vient de faire savoir son cabinet. « Conformément aux recommandations des autorités de santé, l’ensemble des cas contacts ont été répertoriés et observent dès à présent une mise en quatorzaine », précise-t-on de même source. C’est la deuxième personne faisant partie du gouvernement a être testée positive, après le ministre de la Culture, Franck Riester.

« Conformément aux recommandations des autorités de santé ». Certes pour ce qui est de l’enquête épidémiologique, de la recherche des contacts possibles, d’établir la « chaîne des contamination ». Mais pour le reste ? Existe-t-il des dispositions réglementaires, une jurisprudence, qui impose de donner le nom des membres du gouvernement ayant contracté le nouveau coronavirus ? Si tel n’est pas le cas, pourquoi le faire ? Et comment songer aux questions soulevées sur le même thème, dans les années qui suivirent l’émergence du VIH ?

Et si oui jusqu’où aller dans une telle démarche d’absolue « transparence » ? Tous les membres du pouvoir exécutif, ceux du législatif, sans oublier le judiciaire ? Le chef de l’Etat en personne ? Et demain le « quatrième pouvoir » ?  Et que faire lorsque les personnes seront hospitalisées ? Faire publier des bilans quotidiens de santé ? Où l’on pressent dès aujourd’hui les dangers de cette quête dévorante. Une alerte lancée il y a quelques jours sur BFM-TV par le Pr Gilles Pialloux. Le chef du service d’infectiologie de l’hôpital Tenon (Paris) avait alors, non sans courage, abordé quelques questions relatives au secret professionnel et aux libertés individuelles.

Qui reposera publiquement ces questions ? Qui et quand ? On lira, dans l’attente, ce que vient d’écrire le Comité national consultatif d’éthique :

« Une exigence à respecter : la confidentialité des données de santé. Des personnes à l’étranger et plus récemment en France ont choisi de révéler publiquement leur état de santé. De telles situations entraînent des élans de solidarité, d’empathie visibles sur les réseaux sociaux. Elles peuvent participer à dédramatiser certaines expériences de confinement à domicile, dans une sorte « d’éducation par le vécu ». Ces décisions doivent en tous les cas être prises en toute connaissance de cause (des propos malveillants peuvent aussi être tenus), sans pression sociale. Cependant, le CCNE recommande qu’il soit rappelé impérativement à tous les acteurs, particuliers, soignants, acteurs publics et médias qu’il existe des textes de loi concernant le respect de la confidentialité des données médicales et l’identité des personnes atteintes et qu’elles doivent prévaloir en situation d’épidémie et de menace pour la santé. »

Ce texte vient d’être écrit par le Comité national d’éthique 1 à la demande d’Olivier Véran, ministre de la Santé  et du gouvernement. Le citoyen aimerait, sur un sujet aussi important, avoir la lecture qu’en fait le Dr Véran et le gouvernement. Les membres de ce dernier sont-ils pleinement libres de révéler leur positivité ? Ou pas.

A demain @jynau

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La contribution du CCNE résulte d’un groupe de travail composé de Sophie Crozier, Jean-François Delfraissy, Pierre Delmas-Goyon, Pierre-Henri Duée, Claire Hédon et Frédéric Worms, ainsi que de Jean-Claude Desenclos, directeur scientifique de Santé publique France et Marie-Christine Simon, directrice de la communication du CCNE. Le projet de texte qu’il a produit a été discuté au sein de la section technique du CCNE, réunie le 12 mars 2020, et transmis à l’ensemble des membres du Comité. Par ailleurs, le groupe de travail a procédé à 4 auditions les 6 et 7 mars 2020 : Mélanie Heard (Docteur en sciences politiques), Emmanuel Hirsch (Professeur d’éthique médicale, Université Paris-Saclay), Grégory Emery (conseiller du ministre des solidarités et de la santé) et Christian Vigouroux (conseiller d’État).

2 réflexions sur “Deux membres du gouvernement sont infectés. Mais pourquoi donner leur identité ?

  1. Nous savons tous que ce virus peut contaminer n’importe qui et que ce n’est pas une maladie « honteuse ». On ne fait pas tant de manières avec la grippe. Par ailleurs, effectivement, la comptabilité au cas près des personnalités n’a strictement aucun intérêt. C’est de la nourriture pour les magazines people, que relaient malheureusement ceux qui se targuent de faire de l’info, la vraie !

  2. Imaginons quelque esprit assez pervers pour se délecter du climat angoissant d’insécurité ambiante.
    Citer des noms de gens connus serait astucieux.
    Dieu merci, cela n’a pas été scientifiquement prouvé que cela existait ces esprits là !
    Il y a un siècle, on risquait sa peau en portant atteinte au moral des troupes.
    Et les journaux ne disaient pas un mot de la grippe qui tuait tant de jeunes femmes – on n’a jamais su pourquoi ce sexisme viral – chez nous.

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