Covid-19 : les médecins devront-ils vraiment effectuer des choix parmi leurs patients ?

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18/03/2020. « Priorisation » 1 C’est un document dont l’existence vient d’être révélé par Le Monde (Chloé Hecketsweiler et François Béguin). Un document demandé par le ministère de la Santé et intitulé « Priorisation de l’accès aux soins critiques dans un contexte de pandémie ». Il a été remis à la Direction générale de la santé (DGS) le 17 mars. Un document qui « vise à aider les médecins à opérer des choix dans l’éventualité d’une saturation des lits de réanimation pour les patients Covid-19 ». Ou comment, pour le dire simplement, prendre des décisions « qui devront combiner respect de l’éthique et principe de réalité ».

« Il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt. Quand on aura une pression énorme pour admettre des patients qui attendront à la porte, la question va se poser franchement », explique au Monde Bertrand Guidet, chef du service de médecine intensive réanimation à l’hôpital Saint-Antoine, à Paris, qui a participé à la rédaction de ce texte. Tout va très vite. « Ce serait catastrophique de devoir en arriver à trier des personnes (…) en réanimation car il n’y a pas de place », déclarait le Pr Jérôme Salomon, Directeur général de la santé, lundi 16 mars, sur France Inter.

« Le document  remis à la DGS présente notamment un arbre décisionnel pour aider les réanimateurs peu habitués à établir un pronostic et à prioriser les malades, précise Le Monde. Il s’appuie sur un indicateur déjà bien connu des soignants, le ‘’score de fragilité’’ – qui classe les patients selon leur état de santé préalable à la maladie – et l’adapte aux spécificités du Covid-19. Il rappelle aussi les principes éthiques déjà établis en réanimation comme la non-malfaisance, le respect de l’autonomie et de la dignité des patients. »

« On trouvera des moyens. Je ne sais pas comment, mais on trouvera… »

Le sujet avait été abordé il y a peu dans la « contribution » demandée au Comité national d’éthique (CCNE) par le gouvernement. Un texte essentiel dans un contexte où, comme le rappelle le CCNE « l’émergence de l’épidémie COVID-19 se déroule aujourd’hui dans des conditions de tension dans les structures hospitalières publiques qu’il ne faut pas sous-estimer, liées à des restrictions budgétaires, des fermetures de lits et une insuffisance du nombre de personnels soignants, conduisant à des pratiques qualifiées parfois de ‘’dégradées’’ ». Extrait de cette contribution :

« Pour les formes graves, il faut envisager l’éventualité que certains moyens techniques et humains deviennent limitants si la crise épidémique s’accroît de façon majeure. Les ressources telles que les lits de réanimation et leur équipement lourd sont déjà des ressources rares qui risquent de s’avérer insuffisantes si le nombre de formes graves est élevé.

« Ainsi, lorsque des biens de santé ne peuvent être mis à la disposition de tous du fait de leur rareté, l’équité qui réclame une conduite ajustée aux besoins du sujet se trouve concurrencée par la justice au sens social qui exige l’établissement des priorités, parfois dans de mauvaises conditions et avec des critères toujours contestables : la nécessité d’un « tri » des patients pose alors un questionnement éthique majeur de justice distributive, en l’occurrence pouvant se traduire par un traitement différencié des patients infectés par le COVID-19 et ceux porteurs d’autres pathologies. Ces choix devront toujours être expliqués et respecter les principes de dignité de la personne et d’équité. Il conviendra aussi d’être vigilant à la continuité de la prise en charge des autres patients. »

 Le CCNE préconise la mise en place de « cellules éthiques de soutien » dans les hôpitaux pour aider les médecins obligés de choisir quels patients soigner en priorité si les services de réanimation étaient débordés. Il faut aussi entendre le Dr Michel Constantin, réanimateur à La Pitié-Salpêtrière, et secrétaire général adjoint de la société française d’anesthésie et de réanimation. Il s’exprime dans Le Parisien  (Elsa Mari et Florence Méréo) : « Il est hors de question que, en France, on refuse de réanimer des patients qui en ont besoin. On trouvera des moyens. Je ne sais pas comment, mais on trouvera… ».

A demain @jynau

1 Priorisation (néologisme et barbarisme) :Action de prioriser, de donner une importance préférentielle à quelqu’un ou à quelque chose

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