Olivier Véran pourra-t-il résister aux pressions politiques dans l'affaire de la chloroquine ?

Bonjour

22/03/2020. L’urgence n’explique et n’excuse pas tout – a fortiori quand on est un responsable politique. Bruno Retailleau, patron des sénateurs Les Républicains a exhorté dimanche 22 mars le gouvernement à ne pas «prendre de retard» sur le traitement du coronavirus – et ce en généralisant dès maintenant le recours aux prescriptions d’hydroxychloroquine (Plaquenil).

On sait que ce médicament antipaludéen alimente depuis plusieurs semaines une controverse médicale – et que son efficacité fait l’objet, en urgence, d’un essai clinique respectant les règles en vigueur dans ce domaine. Ne sont jusqu’ici connus que quelques éléments des résultats (non publiés) obtenus par le Pr Didier Raoult (Marseille) – sur un échantillon de 24 patients seulement et avec une méthodologie qui ne permet en aucun cas d’extrapoler quant à l’efficacité et aux possibles effets secondaires

 «La chloroquine, pourquoi ne l’utilise-t-on pas »  s’est emporté sur France Inter M. Retailleau. » Et d’ajouter : « Elle a un avantage, elle n’est pas chère. Est-ce que c’est parce que les grands labos aimeraient se faire de l’argent sur le dos de nos concitoyens?». Bruno Retailleau a plaidé pour «qu’on n’attende pas ce que les milieux académiques peuvent attendre, c’est-à-dire des règles standards, académiques, de la recherche de risques». «Peut-être faut-il simplement le prescrire en milieu hospitalier. Mais on élargit tout de suite la prescription. Et il faut que le directeur général de la Santé dise à tous les hôpitaux de France: allez-y ! De toutes façons qu’est-ce qu’on risque ? Les gens meurent », a-t-il encore insisté. «On a eu suffisamment de retard sur les masques, les tests, le confinement, pour qu’on n’en prenne pas sur le traitement».

« L’histoire de maladies virales est peuplée de fausses bonnes nouvelles »

M. Retailleau n’est pas seul à faire pression. Le député Julien Aubert, ainsi que cinq autres de ses collègues du groupe LR, a écrit une lettre au président de la République allant dans le même sens. Leur courrier (dont Le Figaro a eu connaissance)  ajoute notamment : «Serons-nous les derniers à nous décider à lutter efficacement contre la maladie ?»

Le maire de Nice, Christian Estrosi (LR), lui-même contaminé par le coronavirus, a également demandé le même jour sur Radio J qu’il a «envie qu’on fasse confiance» (sic) à Didier Raoult. «L’hôpital de Nice aujourd’hui a été approvisionné avec Sanofi [en hydroxychloroquine], comme d’autres établissements hospitaliers de notre pays (…) il y a des protocoles et à partir du moment où le médecin hospitalier se tourne vers les familles en demandant si elles sont d’accord, eh bien tant mieux», a souligné Christian Estrosi.

Olivier Véran, ministre de la Santé résistera-t-il a une telle pression, phénomène sans précédent dans l’histoire conjointe de la politique, de la médecine et des épidémies (à l’exception, en octobre 1985, de l’affaire de la ciclosporine contre le VIH) ? Particulièrement bien informé du sujet Olivier Véran a déclaré, hier et aujourd’hui avoir tout mis en œuvre pour que l’étude préliminaire menée par le Pr Raoult «puisse être reproduite à plus large échelle dans d’autres centres hospitaliers, par d’autres équipes indépendants». Une démarche selon lui indispensable ne serait-ce que parce que «jamais aucun pays au monde n’a accordé une autorisation de traitement sur la base d’une étude comme celle-ci».

«Je suis ça d’extrêmement près. Mais aujourd’hui je n’ai aucune donnée suffisamment validée scientifiquement, médicalement, pour tendre à une recommandation», a répété Olivier Véran, qui espère des résultats d’ici une quinzaine de jours. Si les résultats étaient concluants, «tout est prêt» et «nous pourrions aller vers une voie thérapeutique», a encore précisé le ministre de la Santé. Et ce dernier d’ajouter : «Mais l’histoire de maladies virales est peuplée de fausses bonnes nouvelles, peuplée de déceptions, de prises de risques inconsidérées aussi». Olivier Véran pourra-t-il résister ?

A demain @jynau

NB Contrairement à ce qui avait été initialement annoncé l’hydroxychloroquine sera intégrée à l’essai clinique européen destiné à évaluer différents traitements expérimentaux pour lutter contre le coronavirus et qui vient de débuter (annonce, dimanche 22 mars de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale. Inserm).

L’essai DISCOVERY démarre avec cinq modalités de traitement :

  • soins standards
  • soins standards plus remdesivir,
  • soins standards plus lopinavir et ritonavir,
  • soins standards plus lopinavir, ritonavir et interféron beta
  • soins standards plus hydroxy-chloroquine.

L’attribution des modalités de traitement se fera de façon randomisée, c’est à dire aléatoire, mais patients et médecins sauront quel traitement est utilisé (on parle alors d’essai ouvert). L’analyse de l’efficacité et de la sécurité du traitement sera évaluée 15 jours après l’inclusion de chaque patient.

3 réflexions sur “Olivier Véran pourra-t-il résister aux pressions politiques dans l'affaire de la chloroquine ?

  1. en ce qui concerne les effets secondaires cela fait plus de 60 ans que ces molécules sont utilisées et le traitement ne dure que quelques jours à des doses faibles. Bien entendu on peut imaginer des complications liées à des maladies preexistantes et d’autres medicaments. Il y a aussi des essais cliniques en Chine…

  2. Franchement , l’affaire est sérieuse, que les gamins à la Retailleau retournent à la cour de récréation

    Le niveau zero de la preuve enfourché par d’immondes politicards qui comme Trump se croient « smart guy » soit des mecs intelligents.

    Niveau zero mais brandi partout comme un fait établi alors que c’est un signal qui n’a pas été testé scientifiquement.

    Meme Trump dut la même chose (louche non ? ) qui s’est fait corriger par Anthony Faucy.
    Un pro.

    Il est extrêmement souhaitable que ce médicament marche.

    Néanmoins on fait de la publication sélective dans les médias de cette petite étude préliminaire.

    On oublie notamment que six patients ce qui fait une signifiante partie de l’effectif, ont été exclus de la comparaison.

    Comme d’ailleurs les auteurs le reconnaissent.

    Or sur ces 6, 3 sont admis en réanimation et 1 est décédé.

    Alors que parmi les 16 “témoins” , non traités, il n’est pas signalé de décès ni aggravation.

    C’est rigoureux ça de retirer les 4 aggravations cliniques dont un mort de la comparaison ?

    Quant aux politiques qui n’y comprennent rien:
    Sutor : nec supra crepidam !
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Sutor,_ne_supra_crepidam

    Il est vrai que le nombre de morts doublant tous les 2-3 jours on est pressé de savoir le résultat … qui ne sort que dans 15 jours au plus tôt .

    En attendant 4 aggravations dont un mort parmi les 26 traités pas d’aggravation ni de mort chez les non traités.

    Ce qui confirme qu’il faut des études sérieuses avec des groupes comparables donc tirés au sort et se baser sur le résultat clinique (ressenti par le malade) . Si c’est miraculeux comme effet ça peut se voir avec un petit nombre pour autant que les groupes soient comparables.

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