Covid-19: pourquoi n’est-il pas reconnu comme maladie professionnelle chez les soignants?

Bonjour

23/03/2020. Après l’annonce, hier, de la mort du Dr Jean-Jacques Razafindranazy, médecin urgentiste de l’hôpital de Compiègne âgé de 67 ans victime du Covid-19 on apprend  aujourd’hui que deux médecins originaires du Haut-Rhin et de Moselle sont décédés des mêmes causes. Selon la clinique du Diaconat de Mulhouse (Haut-Rhin), le Dr Jean-Marie Boegle, gynécologue-obstétricien de 66 ans, est mort «des suites» du Covid-19, a indiqué dans un communiqué cette clinique, où ce médecin exerçait «depuis 35 ans», faisant preuve d’une «exemplarité sans faille». «Il avait contracté le virus auprès de l’une de ses patientes lors d’une consultation au sein de son cabinet», précise le communiqué de la clinique.

En Moselle, le Dr Sylvain Welling, généraliste de 60 ans, est décédé à l’hôpital de Saint-Avold où il avait été admis pour des «problèmes respiratoires», a indiqué Gilbert Weber, maire de la commune mosellane où ce médecin exerçait. Le maire dit ignorer s’il y avait des cas de Covid-19 dans sa commune de plus de 5.000 habitants, située dans l’est de la Moselle.

Peu après l’annonce du premier décès le Syndicat national français des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs (Snphare) a demandé que l’infection à Covid-19 soit inscrite dans la liste des maladies professionnelles des professionnels de santé. « Nul ne peut affirmer que la contamination dans ce contexte est extraprofessionnelle, d’autant qu’aucune mesure de dépistage n’est effectuée sur le personnel soignant, et que notre collègue a été exposé professionnellement dès le début de la crise sanitaire dans l’Oise, souligne ce syndicat. Les établissements hospitaliers sont responsables de la protection de leurs salariés. La pénurie de masques, toujours présente dans les établissements de santé, impose le contingentement et l’économie au-delà de ce qui est raisonnable. Les solutions hydro-alcooliques manquent aussi. »

Pour le Snphare le précédent de l’épidémie de SRAS (2003) rappelle « que le taux de contamination attendu pour les personnels soignants sera très nettement supérieur à celui de la population générale ». « Il le sera d’autant plus que les mesures de protection sont contingentées et que le port de masque FFP2 est aujourd’hui à négocier au cas par cas. Une partie des patients infectés sont asymptomatiques, les personnels soignants ne sont pas confinés, ils sont au contact des patients et sont à leur tour de puissants vecteurs potentiels de l’infection.  Si le confinement est indispensable, les professions dérogeant à ce confinement dans l’intérêt de la Nation doivent pouvoir être protégées pour limiter la propagation de l’épidémie, et pour leur propre santé, en ville comme dans les établissements de santé. »

« Il est scandaleux que les pouvoirs publics n’aient pas encore anticipé »

C’est pourquoi ce syndicat demande au Président de la République française « de protéger le personnel soignant durant toute cette crise du coronavirus : confinement total de la population, approvisionnement en masques chirurgicaux et FFP2 suffisant pour une pratique médicale et paramédicale conventionnelle, dépistages systématiques répétés ».

 « Depuis le début de la crise sanitaire, médecins, infirmières, aides-soignants, pharmaciens dénoncent le manque de masques, ahuris de devoir travailler sans, d’avoir à se rationner ou de se contenter de simples masques chirurgicaux, pourtant inefficaces pour se protéger d’une contamination, rappelle aujourd’hui Le Monde (service société et service planète). ‘’Comment l’Etat n’a-t-il pas pu anticiper les stocks ? Nous sommes pour la plupart à court de gel hydroalcoolique, nous utilisons des masques FFP2 (protection de référence en cas d’épidémie) périmés, et nos pharmacies n’ont toujours rien reçu. J’ai le sentiment d’avoir été envoyée au casse-pipe’’, s’indigne Maryse Balmy, médecin généraliste dans le Val-d’Oise, testée positive au Covid-19. Lui aussi contaminé, Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France, redoute une ‘’hécatombe’’ parmi les soignants. Furieux de voir la France contrainte de pratiquer une ‘’médecine de catastrophe’’, il tempête contre ‘’l’administration, qui a été en dessous de tout. Elle devra rendre des comptes’’ ».

 Combien de professionnels de santé sont-ils déjà contaminés ? Le Monde précise qu’en Espagne, ils représentent 12 % des cas confirmés mais, qu’en France, « le flou demeure » : aucun chiffre n’a été communiqué au niveau national. Le Pr Jérôme Salomon Directeur général de la santé, Jérôme Salomon, n’y est pas favorable. « Je ne suis pas certain qu’un décompte particulier parmi les soignants [testés positifs] soit une bonne idée, a-t-il explique le 22 mars. Certains n’ont pas envie d’afficher qu’ils ont pu être contaminés. Et beaucoup de gens sont positifs dans d’autres circonstances. » Quant au nombre de soignants malades, il n’est fourni qu’au compte-gouttes par les structures hospitalières. En Ile-de-France, où la situation est tendue, la direction de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a indiqué, le 20 mars, que 345 de ses soignants ont été infectés et dépistés, dont trois sont hospitalisés et deux en réanimation. Au CHU de Stasbourg, 238 soignants qui sont testés positifs au virus, un chiffre qui a doublé en quelques jours.

Reconnaître le Covid-10 maladie professionnelle chez les soignants ? L’heure est amplement venue de soulever la question estime le  Pr Alexandre Mignon, anesthésiste-réanimateur à l’hôpital Cochin (AP-HP) qui vient d’accorder un long entretien aux Echos (daté 20-21 mars 2020). « Les soignants sont les premiers et les plus exposés. Si une large partie d’entre eux tombent malades, aura-t-on encore les moyens humains de soigner tout le monde ? La question mérite effectivement d’être posée. Il est scandaleux que les pouvoirs publics n’aient pas encore anticipé le Covid-19 comme maladie professionnelle, entraînant une indemnisation, explique-t-il. Quand les soignants sont testés, c’est uniquement pour les écarter de la chaîne des soins s’ils sont positifs, afin de ne pas propager le virus. Combien d’entre nous, brancardiers, infirmières, médecins hospitaliers et de ville, etc., vont-ils contracter la maladie ? Plus de 60 %, c’est sûr, d’après moi, plus ! On peut faire sortir de terre un hôpital en quelques jours – à condition d’y mettre les moyens –, on peut importer massivement de Chine des masques, des médicaments ou des respirateurs artificiels. Mais on ne peut pas former une infirmière ou un médecin en quelques jours. »

A demain @jynau

NB https://jeanyvesnau.com/2020/03/23/le-covid-19-sera-bel-et-bien-reconnu-comme-maladie-professionnelle-chez-les-soignants/

Une réflexion sur “Covid-19: pourquoi n’est-il pas reconnu comme maladie professionnelle chez les soignants?

  1. Bonjour,

    < « Je ne suis pas certain qu’un décompte particulier parmi les soignants [testés positifs] soit une bonne idée, a-t-il explique le 22 mars. Certains n’ont pas envie d’afficher qu’ils ont pu être contaminés. Et beaucoup de gens sont positifs dans d’autres circonstances. » … ah bon …

    … redouterait -on peut-être, qu’il y ait quelques menues complications … post infection ❓

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