Tracking contre Covid-19 : êtes-vous favorable à l’utilisation obligatoire de votre portable ?

Bonjour

02/04/2020. Et, déjà la silhouette d’un Big Brother sanitaire. C’est un sondage édifiant réalisé les 26 et 27 mars auprès d’un échantillon représentatif de plus de 1 000 Français possédant un téléphone mobile. Il nous apprend qu’une nette majorité de Français seraient favorables à l’utilisation d’une application enregistrant leurs interactions sociales ; une application les avertissant s’ils ont été en contact avec une personne malade du Covid-19 – ou prévenant ceux qu’ils ont côtoyés s’ils sont eux-mêmes infectés.

Il faut toutefois savoir ici que, comme le souligne Le Monde (Martin Untersinger) cette étude a été commandée par une équipe de recherche de l’université britannique d’Oxford qui, précisément, travaille sur ce type d’application pour lutter contre la pandémie  (contact : christophe.fraser@bdi.ox.ac.uk).

De quoi parle-t-on ? Ces chercheurs ont modélisé mathématiquement l’effet d’une application de pistage permettant d’identifier immédiatement les personnes risquant d’être infectées – et ce avant même qu’elles présentent des symptômes du Covid-19 – ce qui n’est pas sans faire songer à Minority Report. Ils ont estimé qu’une telle application était de nature à « contrôler l’épidémie sans avoir besoin de recourir à des mesures prolongées et très coûteuses de confinement général ». Des travaux qui viennent de faire l’objet d’une publication dans la prestigieuse revue Science.

En pratique : une application, installée sur un smartphone et utilisant la technologie sans fil Bluetooth, capable de détecter si un autre téléphone mobile équipé de cette même application se trouve à proximité immédiate. L’application, telle qu’elle est envisagée n’accède à rien d’autre qu’au Bluetooth (pas d’accès au répertoire, aux messages…) et ne permet pas de géolocalisation : elle se borne à enregistrer les appareils munis de la même application ayant été dans son environnement immédiat pendant au moins quinze minutes – situation tenue pour présenter un risque infectieux vis-à-vis du SRAS-CoV2.

« Dans le système présenté aux sondés, lorsque le possesseur d’une telle application est diagnostiqué positif au Covid-19, ceux que le malade a côtoyés sont avertis immédiatement et il leur est demandé, par les autorités sanitaires, de se mettre en quarantaine stricte, explique Le Monde. Les personnes ainsi alertées ne savent pas qui leur a fait courir le risque d’être contaminé, ni où ».

Proposer ou imposer ?

Nous serions ainsi près de 48 %  à l’installer « sans aucun doute » et 31 % à le faire « probablement ». Huit personnes sur dix envisagent donc directement d’installer une telle application. Sans surprise cette probabilité augmente dans le cas où une infection se déclarerait dans son entourage : nous serions alors presque deux tiers à l’installer « sans aucun doute ». « Paradoxalement, plus de 93 % des personnes interrogées respecteraient la consigne de quarantaine reçue de l’application – soit davantage que de personnes qui installeraient l’application en premier lieu, observe Le Monde. Une part qui augmente si, à cette quarantaine, est assortie la possibilité d’être testé positive. »

Les chercheurs notent qu’en Allemagne, au Royaume-Uni et en Italie (où des sondages ont également été effectués, les résultats sont « très similaires » à ceux observés en France. Ailleurs dans le monde des projets d’applications censées identifier les individus risquant d’être infectés pour avoir côtoyé un malade se multiplient et la Chine comme Singapour ont déjà mis en œuvre cette approche.  

Qu’en sera-t-il en France ? Interrogé à l’Assemblée nationale mercredi 1er avril, le Premier ministre a laissé entendre qu’un dispositif de suivi pourrait être envisageable s’il reposait sur la base du volontariat. « Nous n’avons pas aujourd’hui d’instrument légal et nous ne travaillons pas aujourd’hui sur des instruments qui rendraient obligatoire ce tracking. La question peut être posée de savoir s’il pourrait être volontaire et produire des effets dans ce cas. C’est une question qui, à ce stade, reste encore ouverte », a déclaré Edouard Philippe.

Le gouvernement a d’ores et déjà inscrit sur la feuille de route de son deuxième conseil scientifique 1  « l’opportunité de la mise en place d’une stratégie numérique d’identification des personnes ayant été au contact de personnes infectées ». Proposer ou imposer ? Les citoyens attentent les conclusions des scientifiques. Et la décision de l’exécutif. Sans oublier le point de vue du Comité d’éthique ?

A demain @jynau

1 Il s’agit du Comité analyse, recherche et expertise (CARE) composé de douze chercheurs et médecins et présidé par le professeur Barré-Sinoussi. Il a notamment pour mission « d’accompagner la réflexion des autorités sur notre capacité à réaliser des tests cliniques, ainsi que sur l’opportunité d’une stratégie numérique d’identification des personnes ayant été au contact de personnes infectées ».

Sa composition : Françoise Barré-Sinoussi (Présidente) : Virologiste, Institut Pasteur/Inserm ; Jean-Philippe Spano : cancérologue. Chef de service du département d’Oncologie médicale à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris) ; Yazdan Yazdanpanah : infectiologue-épidémiologiste à l’hôpital Bichat (Paris). Directeur du consortium Reacting qui coordonne l’essai clinique européen Discovery ; Franck Molina : chercheur au CNRS. Directeur de l’UMR Sys2Diag à Montpellier, spécialiste des technologies de diagnostic et des anticorps monoclonaux ; Dominique Valeyre : professeur de pneumologie à l’hôpital Avicenne à Bobigny ; Bertrand Thirion : chercheur à l’Inria. Directeur de l’institut de convergence DataIA, spécialiste des sciences des données-Intelligence artificielle appliquées au domaine ; Sylviane Muller : chercheuse au CNRS. Immunologiste. Ancienne directrice-adjointe scientifique du CNRS ; Laetitia Atlani-Duault : chercheuse à l’IRD. Anthropologue, expert auprès de l’ONU, spécialiste de la gestion des crises, de l’aide humanitaire ; Marie-Paule Kieny : chercheuse à l’Inserm, infectiologue et ancienne directrice-adjointe de l’OMS ; Muriel Vayssier : Directrice du département santé animale de l’Inra ; Marc Lecuit : professeur d’infectiologie, directeur adjoint du département des maladies infectieuses et tropicales à l’Hôpital Necker, et directeur de l’unité de Biologie des infections à l’Institut Pasteur ; Christophe Junot : chef du département médicaments et technologies pour la santé au CEA.

10 réflexions sur “Tracking contre Covid-19 : êtes-vous favorable à l’utilisation obligatoire de votre portable ?

  1. C’était attendu.

    La Quadrature du net offre quelques éclaircissements sur l’arrière plan des interrogations actuelles du gouvernement. On s’interroge, on laisse dire, l’idée fait son chemin…et puis on ne peut que répondre enfin à une demande sociale.

    Dans un article du 28 mars, la Quadrature du net exposait ceci :

     » [le 23/03/2020 ] Le commissaire européen Thierry Breton, lui aussi, a vu l’occasion d’aider l’industrie qui l’a nourri : il a réuni les huit principaux opérateurs européens (Orange, Deutsche Telekom, Vodafone…) pour annoncer entre grands-techniciens non-médecins leur stratégie pour lutter contre la pandémie en surveillant la population. De quoi mettre en avant leurs offres commerciales….Et justement, de son côté en France, le PDG d’Orange, Stéphane Richard, enchaîne les interventions média avec une stratégie qui semble assez claire : recycler son offre Flux Vision de 2013 pour la crise actuelle. Si Orange peut déjà informer les villes sur les mouvements de leurs touristes, il le pourra aussi pour leurs malades et leurs confinés. Et si Orange joue les bons élèves en temps de crise, il aura ouvert un nouveau marché durable. Il se sera même rapproché d’autres marchés similaires, encore peu avouables, que ce soit pour tracer les manifestant⋅es, les jeunes des quartiers pauvres, les sans-abris…Et que fait la CNIL ? Mediapart nous apprend qu’elle pousse le gouvernement vers certaines solutions qui, en pratique, sont principalement celles d’Orange….Hélas, la CNIL ne se contente pas de faire la promotion des offres commerciales d’Orange. Elle invite aussi le gouvernement à adopter une nouvelle loi dans l’hypothèse où il faudrait des mesures « plus poussées » – par exemple, cartographier chaque malade ou confiné, sans leur consentement. Pourtant, la directive ePrivacy interdit toute loi de ce type : les données de localisation ne peuvent être collectées sans le consentement des personnes que pour lutter contre les infractions (et seulement les crimes les plus graves, d’après les juges de l’UE) et non pour lutter contre la propagation d’un virus3. Contrairement à ce qu’on peut lire dans la presse, le RGPD n’est pas à même d’autoriser le traitement de données de localisation. Seule la directive ePrivacy le pourrait. Elle l’interdit en l’espèce. »

    « Alors que SINGAPOUR [cmqs] propose une application basée sur un PROTOCOLE OUVERT [cmqs] permettant aux personnes de révéler VOLONTAIREMENT [cmqs] leurs déplacements, pourquoi la CNIL défend-t-elle la proposition d’Orange, contraire au droit, beaucoup moins respectueuse de nos libertés et qui, elle, n’a fait aucune preuve de son intérêt contre le virus ? »
    « Pour l’instant, le gouvernement semble insensible aux appels d’Orange, occupé par des choses plus importantes. Bien. Contrairement à la CNIL, nous n’hésiterons pas à l’attaquer s’il cédait aux ambitions hasardeuses des profiteurs de crise. »
    https://www.laquadrature.net/2020/03/28/orange-recycle-son-service-de-geolocalisation-pour-la-pandemie/
    En date d’hier, 1er avril, la QdN publiait un important article sur les drones….

    PS: j’ai regardé l’intégralité de la séance de questions au gouvernement ; sans, et de loin, faire partie du fan club du premier ministre, je dois dire qu’il m’a globalement fait très bon effet. Bien sûr c’est un homme habile, qui a pu esquiver discrètement certaines questions pointues ou trop théoriques. Ce que j’ai particulièrement apprécié c’est son refus de stigmatiser une population plus qu’une autre / respect des règles de confinement.

  2. Juste pour rajouter ceci :à propos de la la séance de questions au gouvernement : tous les participants introduisaient leurs propos par une déclaration de reconnaissance vis à vis des personnes en première/deuxième ligne…Or je me demande comment fonctionnent les ministères chargés de donner aux ministres les moyens de leur réflexion et de leur action : bientôt une enquête, un petit mot au sujet des …fonctionnaires ?

    • Hors de question de me faire espionner avec mon consentement.Aucun accès au data privée par l’appli ? Il y a combien de cons pour y croire ?

  3. Pourquoi jouer les vierges effarouchées ?
    Mr Google, Mme Apple et autres opérateurs téléphoniques le font déjà, peut être même avec votre accord (que vous avez cliqué sans avoir lu les 450 pages de « conditions d’utilisation », et moi aussi j’ai cliqué dessus).
    Sauf que eux le font pour gagner des sous pour eux mêmes, pas pour votre santé ni pour la santé publique

  4. Ethique Scientifique Politique
    Il manque surtout le point de vue Economique.
    Entre un confinement général et un effondrement économique généralisé à la clef, et la possibilité d’avoir un travail et de gagner sa vie sous réserve de télécharger une application, je crois que le choix est vite fait pour toutes les personnes qui travaillent.
    Pour les retraités qui ne travaillent pas, c’est aussi dans leur intérêt vu les risques particulier de cette population.
    Pas d’instrument légal ? Qui fait les lois ?
    Je ne vois pas d’anticonstitutionnalité de principe dans une loi qui imposerait ce genre de choses.

  5. « The group, called East Stratcom and whose mandate includes debunking fake news originating from Russia, said there had been more than 150 cases of pro-Kremlin disinformation linked to the global health crisis since late January. That includes claims that the European Union was on the verge of collapse because of national governments’ fumbled responses to COVID-19. »
    https://www.politico.eu/article/russia-china-disinformation-coronavirus-covid19-facebook-google/

  6. À ma connaissance, il y a encore en France des personnes qui ne possèdent pas de téléphone portable, ou qui n’ont qu’un téléphone-baladeur-qui-ne-permet-que-de-téléphoner-ou-envoyer-un-message-écrit. On les dote d’un « futphone » (smartphone pour ceux qui préfèrent) ou on leur impose de s’en équiper à leurs propres frais? Quid de ceux qui en possèdent un (souvent offert par un proche) mais s’abstiennent de le porter en permanence sur eux?

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