Remdesivir: le bien peu banal communiqué de Gilead sur son médicament expérimental

Bonjour

05/04/2020. C’est une « lettre ouverte » de Daniel O’Day, CEO de Gilead Sciences, influente société pharmaceutique américaine spécialisée dans les médicaments antiviraux. Elle nous parle aujourd’hui de son  remdesivir, initialement développé contre la maladie à virus Ebola. Une molécule déjà au cœur des espoirs et de polémiques pharmaceutiques autour du Covid-19. Que nous dit le CEO dans sa lettre ouverte datée du 4 avril ?

« Au cours de la semaine dernière, Gilead a travaillé, en collaboration avec les autorités de santé, à la mise en place de programmes d’accès complémentaires pour mettre à disposition des patients, notre médicament expérimental contre le Covid-19, remdesivir, écrit-il. Ces programmes permettent à certains hôpitaux ou médecins de demander l’utilisation de remdesivir pour plusieurs patients gravement malades qui ne peuvent pas participer aux essais cliniques en cours. »

Il ajoute que l’Agence européenne des médicaments a annoncé hier ses recommandations pour la mise en œuvre par les Etats membres de programmes d’accès complémentaires au remdesivir : « EMA provides recommendations on compassionate use of remdesivir for COVID-19 ». Et le CEO de poursuivre :

« En plus de ces programmes, Gilead continue de mettre à disposition remdesivir pour les enfants et les femmes enceintes, sur la base de demandes individuelles d’usage compassionnel. Au total, depuis le début de la pandémie, ce sont plus de 1 700 patients qui ont déjà été traités dans le monde grâce à ces usages compassionnels individuels. »

Avant de faire œuvre de transparence :

« Le remdesivir reste un médicament expérimental qui n’a été approuvé par les autorités nulle part dans le monde. La sécurité et l’efficacité du traitement ne sont pas encore connues et même si nous connaissons l’urgence, notre responsabilité et notre éthique nous imposent de déterminer si ce médicament est efficace et sûr.

« C’est pour cela que de nombreux essais cliniques sont en cours avec le remdesivir, pour des milliers de patients atteints de Covid-19 à travers le monde. Nous savons l’urgence à trouver des solutions larges et efficaces. Ainsi, notre engagement est total et nous mettons tout en œuvre par tous les moyens possibles pour donner accès au remdesivir : essais cliniques, programmes d’accès complémentaires, usage compassionnel individuel.

Encore faut-il que l’intendance suive :

« Pour fournir suffisamment de produit pour les essais cliniques, l’usage compassionnel individuel et le programme d’accès complémentaire, nous avons dû augmenter nos stocks en partant de zéro. Depuis le mois de janvier, nous avons accéléré la production du traitement. Dès que nous avons eu connaissance du fait que le remdesivir pourrait être un traitement potentiel contre le nouveau coronavirus, nos équipes ont travaillé pour mettre en place une production à grande échelle. Et ceci alors même qu’ils existent encore de nombreuses inconnues concernant la durée de l’épidémie, son ampleur et alors même que nous ne savons pas encore si le remdesivir est un médicament sûr et efficace contre le Covid-19. »

A quand une lettre ouverte de Sanofi-Aventis sur son hydroxychloroquine ?

Suit une longue description des efforts consentis par Gilead Sciences pour développer la production d’un médicament qui n’a toujours pas fait la preuve de son efficacité  – « parce que nous devons être prêts au cas où les patients auraient besoin du remdesivir ».

« Nous savions qu’il serait difficile de produire les quantités nécessaires dans un laps de temps si court. L’un de nos défis est le temps nécessaire pour produire le remdesivir. Il s’agit, en effet, d’une production longue, nécessitant de recourir à des techniques chimiques spécialisées comportant de multiples réactions chimiques, dont certaines peuvent prendre plusieurs semaines. Avant d’obtenir des unités de traitements prêts à être administrés aux patients, nous devons nous procurer des matières premières rares et avoir accès à des usines de fabrication en conditions stériles dont les capacités sont limitées au niveau mondial. »

Et dans ce contexte les  équipes de Gilead Sciences sont arrivées à diminuer le temps de production « qui devait être d’environ un an à environ six mois ». Mieux : en deux mois Gilead Sciences a considérablement augmenté sa capacité de production du remdesivir. Son stock s’élève aujourd’hui à 1,5 million de doses individuelles – ce qui pourrait permettre à plus de 140 000 patients d’être traités. Mieux encore :

« Les 1,5 million de doses individuelles seront mises à disposition pour l’usage compassionnel individuel, les programmes d’accès complémentaires et les essais cliniques et seront données pour une distribution plus large, après obtention d’éventuelles autorisations réglementaires dans le futur. Nous sommes, encore une fois, conscients de la responsabilité qui est la nôtre en disposant d’un traitement potentiel et nous pensons que le mettre à disposition des patients gratuitement est une nécessité pour faciliter l’accès aux patients le plus rapidement possible, face à l’urgence sanitaire causée par cette pandémie. »

Plus loin un objectif ambitieux : produire plus de 500 000 traitements d’ici octobre et plus d’un million d’ici la fin de cette année. « Nous maintenons un effort constant et intense, tout en attendant de connaître les données cliniques qui permettront de savoir si remdesivir est un médicament sûr et efficace » conclut le CEO.

Ne pas pécher par naïveté, certes. Mais observer néanmoins, en temps de pandémie, l’évolution rapide de la communication de l’un des géants de Big Pharma. Et attendre que le même phénomène se produise à la direction de Sanofi Aventis, toujours aussi ambiguë quant à l’usage qui peut ou non être fait de son hydroxychloroquine (Plaquénil) contre le Covid-19.

A demain @jynau

6 réflexions sur “Remdesivir: le bien peu banal communiqué de Gilead sur son médicament expérimental

  1. < (…) l’usage compassionnel individuel et le programme d’accès complémentaire … compassionnel …

    Du compassionnel à Albert CAMUS, … voyons le pas :

    « Un jour viendra où vous voudrez crier votre dégoût devant la peur et la douleur de tous.
    Ce jour là, il n’y aura plus de remède que je puisse vous dire, sinon la compassion qui est la sœur de l’ignorance. »

    In: ‘Exhortation aux médecins de la peste’ – Tracts de Crise , GALLIMARD, 4 avril 2020, gratuit et offert, en période de confinement ❕

  2. Je crois que la différence entre Gilead et Aventis est que le premier est maitre du développement en cours de son produit comme antivirl et le connait mieux que personne, alors qu’Aventis n’a certainement pas travaillé sur les propriétés antivirales de la chloroquine depuis des lustres et n’ as grand chose à en dire, pas plus que les chercheurs académiques ou hospitaliers. Alors, parler pour dire quoi ? Mieux vaut certainement se taire que dire de bêtises. Il y en a assez qui courent.

    • Tout à fait d’accord : pas besoin pour Sanofi de s’échiner à écrire ou déclarer quoi que cela soit (surtout si tout ça fait pchittt à la fin), et laisser Jean Marie Bigard, des académiciens « prestigieux » et des politiques célèbres faire la promotion gratuite pour l’hydroxychloroquine … et indirectement pour Sanofi

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