Avortement à domicile: Olivier Véran va l’autoriser jusqu’à neuf semaines d’aménorrhée

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11/04/2020. C’est l’une des conséquences les moins attendues de l’épidémie : saisie le 7 avril par Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, la Haute Autorité de Santé (HAS) a, trois jours plus tard, validé la possibilité de proposer aux femmes une interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse à domicile « jusqu’à 9 semaines d’aménorrhée ». 

Ainsi donc, comme on pouvait l’espérer, Olivier Véran avait entendu une partie des demandes formulées dans une courte et forte tribune collective, médicale et politique, publiée dans Le Monde du 31 mars : Près de deux cents spécialistes pratiquant des IVG appelaient à des mesures d’urgence du fait des mesures de confinement  se disaient prêts à défier la loi 1.

Les signataires de la tribune et leurs soutiens souhaitaient notamment que les avortements puissent  être autorisés par voie médicamenteuse au domicile jusqu’à neuf semaines d’aménorrhée (soit sept semaines de grossesse). Cette mesure dérogatoire permettrait selon eux de réduire les sollicitations auxquelles doivent faire face les équipes hospitalières. Aucun danger, expliquaient-elles: cette option est validée par l’OMS et ne présente pas de danger particulier.

Aujourd’hui, en France, l’IVG médicamenteuse ne peut se pratiquer que jusqu’à la fin de la cinquième semaine de grossesse (soit au maximum sept semaines après le début des dernières règles). Cette date limite peut être prolongée jusqu’à sept semaines de grossesse (soit neuf semaines après le début des dernières règles) mais uniquement dans le cas d’une hospitalisation dans un établissement de santé. Les conditions de conservation des médicaments utilisés dans le protocole ad hoc (congélation) ne sont en effet pas adaptées à une prise à charge à domicile.

Dans une « Réponse rapide », la HAS décrit les modalités de cette extension qui  « répond à la nécessité de garantir le droit des femmes à l’IVG durant la période d’épidémie de COVID-19 en évitant autant que faire se peut d’aller en établissement ». 

Changer la loi ou pas ?

La HAS définit ainsi deux nouveaux protocoles médicamenteux. Ils reposent sur l’association d’une antiprogestérone (mifépristone), suivie d’une prostaglandine (misoprostol). Les séquences de traitement recommandées sont une prise de 200 mg de mifépristone par voie orale suivie, 24 à 48 h plus tard, de 800 μg de misoprostol par voie orale, sub-linguale ou jugale ; OU une prise de 600 mg de mifépristone par voie orale suivie 24 à 48 h plus tard, de 800 μg de misoprostol par voie orale, sub-linguale ou jugale.

Ces deux protocoles ont été validés en lien avec le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) et l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) – il faut en effet savoir que  l’utilisation de ces médicaments dans cette indication n’est pas prévue par leurs autorisations de mise sur le marché.  Où l’on observe que l’administration peut parfois, en temps de crise, utilement évoluer

La HAS insiste en outre sur deux nécessités : « prévenir la douleur en prescrivant du paracétamol associé à l’opium où à la codéine au lieu de l’ibuprofène ; et éviter, dans la mesure du possible, que la femme ne soit seule à domicile ». Elle rappelle, enfin, que l’administration de ces médicaments par voie vaginale est à proscrire puisqu’elle peut induire des chocs toxiques et septiques.

Et maintenant ? On peut raisonnablement imaginer que l’avis de la HAS sera suffisant pour permettre au ministre d’agir. «On nous a répondu qu’on ne pouvait pas changer la loi, que c’était compliqué, avait déclaré sur France Inter Ghada Hatem, gynécologue-obstétricienne et fondatrice de la Maison des femmes de Saint-Denis au lendemain de la publication du Monde. Certains politiques, voire des collègues, nous ont même dit que c’était “ignoble” de vouloir profiter de la situation pour faire passer des revendications. On ne profite pas de la situation, on veut juste aider les femmes dans une période encore plus difficile que d’habitude.»

A demain @jynau

1 « Urgences et confinement: respecter ou pas la loi sur l’IVG ? » Slate.fr 6 avril 2020

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