Soignants morts du Covid; les applaudissements survivront-ils longtemps au déconfinement ?

Bonjour

09/05/2020. Le déconfinement signera-t-il la fin des « applaudissements du 20 heures » ? La fin de l’hommage aux soignants ? De quels soignants ? Voici deux cas exemplaires mais dont, déjà, les médias nationaux généralistes ne parlent plus.

Un médecin néphrologue d’un centre de dialyse de Mulhouse est mort du Covid-19 mardi 5 mai indiquait il y peu son employeur, confirmant une information du journal L’Alsace  (C.F.). « C’est l’un de ses collègues, le Dr Abdellatif Benmoussa, qui a fait part du décès, la veille, de son confrère le Dr Abdelmajid Ben Aicha victime du Covid-19, rapportait le quotidien régional. Âgé de 62 ans, il exerçait depuis mars 2015 comme néphrologue au sein du centre de dialyse et de néphrologie privé Diaverum, installé depuis janvier 2014 à l’hôpital Émile-Muller de Mulhouse, où se trouvent également le service de dialyse et néphrologie de l’hôpital ainsi que l’unité de dialyse de l’association Aural. »

Le Dr Abdelmajid Ben Aicha avait auparavant exercé dans le service de néphrologie et de transplantations rénales des HUS (Hôpitaux universitaires de Strasbourg). Hospitalisé depuis le 8 avril dans une clinique strasbourgeoise, il a été transféré en réanimation aux HUS où il est décédé le 5 mai.

« Le 7 avril, il exerçait encore », rapporte le Dr Benmoussa. Crise sanitaire ou pas, les dialyses des quelque 180 patients pris en charge dans ce centre devaient se faire. « Vous savez, nos patients, insuffisants rénaux chroniques, sont très fragiles et par conséquent très touchés par le coronavirus. On ne peut pas arrêter de les soigner, il faut assurer et être là. On a pris les précautions qu’il fallait prendre, mais malheureusement cette maladie est affreuse et peut dépasser, parfois, les barrières », témoigne le Dr Benmoussa, qui rend hommage à son confrère décédé. « Il n’était pas seulement médecin par le titre, il l’était par l’esprit et dans son corps. Il est mort pour une cause noble, au service des patients. »

Selon les informations de L’Alsace, le Dr Abdelmajid Ben Aicha est le cinquième médecin alsacien et le sixième soignant à être emporté par le coronavirus. Le 22 mars, s’éteignaient Jean-Marie Boeglé, gynécologue-obstétricien à la clinique du Diaconat à Mulhouse, et Mahen Ramloll, médecin généraliste colmarien, collaborateur régulier au cabinet médical de Fessenheim. Le 3 avril, le Covid-19 emportait un autre médecin généraliste, le Dr André Charon, qui exerçait à la maison de santé de Folgensbourg, près de Saint-Louis. Le 8 avril, on apprenait les décès du Dr Pierre Gilet, généraliste à Dannemarie, et d’Elisabeth Rolande Adjibodou, aide-soignante à l’Ehpad La Filature à Mulhouse.

Manquements inhérents à une politique de rationnement

Pour sa part Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long) évoque « au moins vingt-neuf médecins libéraux décédés du Covid-19 (estimation de la Carmf au 30 avril). Et de citer le Dr Paul Alloun, généraliste, installé à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) depuis près de 35 ans, et a succombé le 23 avril 2020 à l’âge de 61 ans.

Son fils, Elie Alloun, lui a rendu hommage sur les réseaux sociaux, décrivant un homme passionné et totalement investi pour la médecine. « Mon père faisait de la médecine par passion et il avait une véritable empathie pour ses patients. Cela passait avant tout autre considération », a confié le jeune homme au Quotidien. Le Dr Alloun exerçait seul, sans secrétaire ni femme de ménage, dans un environnement difficile, confronté à la toxicomanie. Mais il se disait très attaché à ce département de Seine-Saint-Denis. « Il avait reçu beaucoup de propositions pour s’installer ailleurs, dans des centres médicaux tout neuf, se souvient son fils. Mais il a toujours refusé préférant exercer dans un HLM, proche des gens qu’il soignait, des oubliés. » 

Elie Alloun change de ton quant aux conditions de travail de son père en début d’épidémie. « On a abandonné les médecins qui exercent seuls comme lui. On les a laissés sans protection, sans consignes précises face à l’épidémie, s’insurge le jeune homme. Il avait demandé à plusieurs reprises des masques à la pharmacie avant même le début du confinement. La réponse a toujours été négative. » Le généraliste ne recevra ses premiers masques chirurgicaux qu’après le début du confinement, alors qu’il avait probablement déjà été contaminé. Son état de santé s’est dégradé vers le 20 mars. Il sera hospitalisé une semaine plus tard à l’hôpital d’Eaubonne, avant d’être transféré à l’hôpital Bichat où il décédera après trois semaines.

Peu avant son hospitalisation, le Dr Alloun avait adressé un message à un ami proche, dans lequel il confiait qu’il « était très malade », qu’« il n’avait pas eu le matériel » qu’il attendait, « pas des FFP2, seulement des masques chirurgicaux, qui sont de vraies passoires ». Le Quotidien du Médecin rappelle aussi que dès le mois de mars, un collectif de praticiens a porté plainte contre l’ex ministre de la Santé, Agnès Buzyn et le Premier ministre Édouard Philippe – pour dénoncer la politique de « rationnement » qui privilégiait la distribution de protections aux hôpitaux.

Filer la métaphore guerrière présidentielle ? Combien, ici, de soignants tombés en première ligne ? Et pourquoi ?

A demain @jynau

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