Diplomatie : le virus de la pandémie est-il ou non désormais détenteur d’un «passeport» ?

Bonjour

27/06/2020. Il n’y aura pas de touristes américains en France cet été. Ni en Europe. Et pas plus de touristes russes. Les ambassadeurs des pays membres de l’Union européenne viennent de parvenir à un accord sur une proposition de réouverture des frontières extérieures à quatorze pays, le 1er juillet. Frontières fermées : celles avec les Etats-Unis, la Russie, Israël, la Turquie et l’Arabie saoudite, la situation de la pandémie de Covid-19 y étant jugée plus grave qu’en Europe. Frontières réouvertes, celles de l’Australie, du Canada, de la Corée du Sud, du Japon, de la Nouvelle-Zélande, du Rwanda, de la Thaïlande, de l’Uruguay, des trois Etats du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie) et des trois Etats des Balkans (Géorgie, Monténégro, Serbie). Comme il fait encore partie de l’UE durant la période de transition, avant le Brexit, le Royaume-Uni serait traité comme un Etat membre. Le cas de la Chine n’a pas encore été tranché.

La liste devait être adoptée avant le 29 juin, à la majorité qualifiée. Cette décision aura-t-elle des conséquences politiques ? Si certaines pressions ont clairement été exercées et si des pays membres avaient d’évidentes difficultés à imaginer le bannissement de certaines nationalités – pour des raisons économiques, stratégiques, voire touristiques – un « engagement fort » a finalement prévalu, a affirmé une source diplomatique à notre confrère Jean-Pierre Stroobants (Le Monde).

« Les Vingt-Sept ont privilégié une prudente approche sanitaire. Ils ont pris en compte la situation épidémiologique dans les pays, l’incidence de nouvelles contaminations, la capacité de tests, les règles de prévention en vigueur, etc. explique-t-il. En retenant la notion de nouvelles infections au cours des quatorze derniers jours, les Européens excluaient de fait le Brésil, la Russie et les Etats-Unis, des pays où cette moyenne est actuellement beaucoup plus élevée que dans les pays de l’UE (16 par 100 000 habitants). »

Un élément génétique à la lisière de la vie et de l’inerte 

 Le principe a été admis à Washington, où le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, déclarait le 25 juin que son pays ne voulait « assurément pas causer des problèmes ailleurs » (sic). Il promettait aussi un travail en commun avec les Européens dans les prochaines semaines, « pour bien faire les choses ». Tout en espérant, ajoutait-il, que leurs décisions seraient bien « fondées sur la santé, sur la science ».

Et la politique ? Comment ne pas se souvenir des discours officiels de février où l’hypothèse de la fermeture des frontières était d’emblée exclue, au nom du danger d’un « repli nationaliste » ; et ce d’autant que cette fermeture était réclamée par le Rassemblement national. D’un côté on avait recours à une bien étrange métaphore humanisant le SARS-CoV-2, cet élément génétique à la lisière de la vie et de l’inerte : « ce virus n’a pas de passeport ». Et les « nationalistes » de répliquer : « ce virus n’a pas de passeport, mais les gens qui porte le virus en ont un ».

Dans sa désormais célèbre « Adresse aux Français » du 12 mars Emmanuel Macron avait malencontreusement lui aussi eu recours à cette métaphore. Tout en restant fort prudent sur le sujet. C’était il y trois mois :

« Ce virus n’a pas de passeport (…) Nous aurons sans doute des mesures à prendre, mais il faut les prendre pour réduire les échanges entre les zones qui sont touchées et celles qui ne le sont pas. Ce ne sont pas forcément les frontières nationales. Il ne faut céder là à aucune facilité, aucune panique. Nous aurons sans doute des mesures de contrôle, des fermetures de frontières à prendre, mais il faudra les prendre quand elles seront pertinentes et il faudra les prendre en Européens, à l’échelle européenne, car c’est à cette échelle-là que nous avons construit nos libertés et nos protections. »

Puis, le lendemain l’Union européenne décidait de fermer ses frontières et celles de l’espace Schengen – en contradiction flagrante avec les règles de l’OMS… Aux épidémiologistes (et à l’OMS), désormais, de devoir répondre à une méchante question : la situation mondiale serait-elle différente si d’emblée, toutes les frontières avaient été fermées ?

A demain @jynau

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