Covid-modestie: voici pourquoi le gouvernement peut nous dire «tout et son contraire»

Bonjour

13/08/2020. Avant-hier, hier, sur franceinfo, le Pr Philippe Juvin usait du concept de « trouille » pour critiquer le manque d’autorité dans la lutte contre l’épidémie conduite par le Premier ministre. Hier, toujours sur franceinfo, on retrouvait le Pr Eric Caumes chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Nouvelle attaque des atermoiements de l’exécutif :

« Santé publique France fait un très très bon travail. On sait où sont les clusters a assuré le Pr Caumes. 50% sont dans des entreprises médicales ou non médicales. Et 22% des clusters sont dans les entreprises privées. Rendons le masque obligatoire dans tous les lieux clos, dont les entreprises privées ! »

Selon lui ce nombre important de foyers de contamination n’est pas dû au protocole sanitaire des entreprises. « Je pense juste qu’il n’est pas appliqué correctement, sinon il n’y aurait pas de souci à se faire, explique le Pr  Caumes. Je pense que c’est un problème d’autodiscipline. C’est la nécessité de ne pas se contaminer entre collègues, donc on devrait y arriver assez facilement. On y arrive dans les hôpitaux, mais nous-mêmes on peut se relâcher donc on peut le comprendre ce relâchement. Mais on ne peut pas se le permettre. » Conséquence pratique, quand la chose est possible : « continuer le télétravail à la rentrée ».

L’intervention du Pr Caumes a marqué : depuis 24 heures, reprises médiatiques en boucle, commentaires en plateau, réactions diverses … C’est, avec l’angoisse du retour d’une « deuxième vague » et la quarantaine « anti-française » décrétée par nos amis britanniques, le grand sujet du jour.

« Lorsque l’entreprise ne reçoit pas de public, les travailleurs ne sont pas obligés de porter un masque à condition que la distanciation physique soit respectée, rappellent les ministères de la Santé et du Travail dans une note intitulée « Mesures de prévention dans l’entreprise contre le Covid-19 – Masques. ». Mais l’exécutif renvoie aussi au Code du travail, qui comporte des règles strictes de prévention des risques, ce qui devrait inciter les employeurs à prendre davantage de précautions. D’autant que depuis le 27 juillet, le gouvernement a recommandé aux entreprises de « constituer un stock préventif de masques de protection de 10 semaines pour pouvoir faire face à une résurgence potentielle de l’épidémie »… »

« Jamais, dans l’Histoire de France, on n’a fait autant de tests »

Autre cible du Pr Caumes, les dysfonctionnements majeurs observés, de manière récurrente, dans le dépistage.  « Pour les testing / tracing, la durée moyenne entre le moment où vous avez les symptômes et le moment où vous êtes testés, c’est trois à quatre jours, déplore-t-il. C’est beaucoup trop long parce que pendant ce temps-là, il y a d’autres chaînes de transmission qui sont amorcées. » Selon lui on teste trop tard et un peu dans le brouillard. A prix d’or. « On fait 90 000 tests par jour. Chaque test coûte 54 euros et est remboursé par la Sécurité sociale, ce qui revient à la collectivité à 450 000 euros par jour. » Pour quels bénéfices ? La collectivité ne le sait pas.

En écho au Pr Caumes, ce matin, invité de France Inter, le Pr Jérôme Salomon. Comme souvent le Directeur général de la Santé ne répond pas directement à la question. Les tests ? Il salue ici « la capacité d’observation » de la France, « devenue très importante ». « Nous faisons aujourd’hui environ 100 000 tests par jour, plus de 600 000 par semaine et nous avons dépassé les 6 millions de tests et cela nous permet de bien mieux observer la situation qu’au mois de mars, affirme-t-il. Il y a une vraie augmentation de l’incidence du virus, ce n’est pas seulement parce qu’on détecte plus. On a, grâce à ces détections de cas et grâce à l’ incitation aux tests, une meilleure confirmation que l’épidémie est en train de repartir. »

Selon lui « jamais, dans l’Histoire de France, on n’a fait autant de tests sur une maladie infectieuse ». Et qu’on le sache : « On s’est beaucoup préparé : il y a tous les outils à disposition pour éviter une deuxième vague ».

Les masques imposés dans les entreprises du Pr Caumes ? « Il faut faciliter l’accès aux masques, reconnaît le Directeur général de la santé sans traiter du sujet précis. Nous sommes très attentifs à leur prix, cela va être un outil utile pour les prochains mois, nous allons devoir vivre avec ce virus et donc avec le masque. Aujourd’hui les productions sont massives et le prix du masque va fortement baisser à la rentrée. Il doit être disponible pour les plus précaires, les plus vulnérables. Les masques français en tissus sont excellents. L’intérêt c’est qu’ils ont un impact bien meilleur sur notre environnement, on peut les réutiliser, on peut les laver, ils sont moins chers, ils sont fabriqués en France, à proximité de chez vous. »

On se souvient que le discours du Pr Salomon sur les masques n’a pas toujours été celui-ci. Bien au contraire. Pourquoi ? Des auditeurs, la journaliste, le disent à leur façon, dénoncent les contradictions de l’exécutif. « Pourquoi nous dit-on tout et son contraire ? ». Réponse, à graver, du Pr Salomon : « On nous dit tout et son contraire (sic) parce qu’il faut rester humble et modeste. Et il faut avouer que nous ne savions rien au mois de janvier, que nous avons appris mais qu’il reste encore beaucoup d’incertitudes scientifiques. Au fur et à mesure que nous en savons plus, nous adaptons notre dispositif ».

Jusqu’à quand ? La rentrée ? « Le virus sera toujours là. Nous devrons vivre avec, parce que nous devons vivre, c’est très important (…) Et appliquer les mesures barrières, c’est le meilleur moyen de vivre bien avec ce virus ».

A demain @jynau

2 réflexions sur “Covid-modestie: voici pourquoi le gouvernement peut nous dire «tout et son contraire»

  1. Si c’est la première fois qu’on teste autant pour une épidémie, alors on ne peut pas affirmer que le nombre de contamination est le signe d’une reprise grave, d’une deuxième vague, puisqu’on a pas de comparaison avec les autres épidémies, pas de comparaison avec la pic vécu ce printemps où évidement il y avait beaucoup plus cas, sans doute, mais non décelés. L’interprétation des chiffres par le gouvernement a changé d’ailleurs depuis qu’on teste: on ne fait plus le solde des entrées/sorties en hospi, et en réa, on donne les chiffres des nouvelles contaminations et les chiffres des nouveaux décès, ( qui restent très bas pourtant) alors que ce qui était l’indicateur de la gravité de l’épidémie autrefois, il y a quelques mois, étaient précisément les chiffres des hopitalisations et les chiffres de réa (et de décès beaucoup plus nombreux qu’aujourd’hui) . Aujourd’hui les courbes concernant ces trois indicateurs ne bougent pas significativement…mais on s’affole et affole quand même la population: au « cas où ».

  2. On continue d’imaginer qu’on est en train de lutter contre une épidémie.
    Or, il est indispensable – quand les émotions tiennent lieu de réflexion – de nommer un chat, un chat. La médecine sait bien le faire depuis toujours.
    L’épidémie se tranforme sous nos yeux en endémie, une maladie avec laquelle nous sommes condamnés à vivre. Comme le paludisme ou la lèpre en Afrique, aux siècles derniers la tuberculose, la rougeole et la syphilis. Jusqu’au jour où les agents infectieux changent de stratégie d’évolution en fonction de l’environnement pour prospérer ou se mettre en sommeil.
    Quant aux différends entre les médecins (ceux qui soignent les malades) et les politiques (dont des docteurs en médecine fonctionnaires ou élus), non seulement ils sont inévitables, mais ils sont un signe de bonne santé d’une société non totalitaire.

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