Covid-racket : comment Jean-Michel Blanquer peut-il oser faire payer les masques scolaires ?

Bonjour

22/08/2020. Et voici notre pouvoir exécutif une nouvelle fois embarqué dans une affaire-scandale de masques – une étrange plaie politique dont il aurait pu aisément faire l’économie. Car en annonçant, comme il vient de le faire, que les protections masquées des élèves seraient à la charge des familles, le ministre de l’Education a, en un instant, fait l’unanimité contre lui : parents d’élèves, responsables syndicaux et politiques (de gauche comme de droite), qui réclament à l’unisson, et fort justement, leur gratuité.

On croyait connaître le profil rigoureux de Jean-Michel Blanquer. On découvre progressivement, avec le confinement-déconfinement, des incohérences croissantes dans son discours. «Le masque sera une fourniture comme une autre ; comme on vient avec sa trousse ou ses cahiers.» Sous-entendu : c’est aux familles de les procurer à leurs enfants. Le « masque »  rangé au rayon des gommes, équerres et taille-crayons ? Ces propos du ministre de l’Education, tenus sur France 2, ont aussitôt déclenché la colère des enseignants et des parents d’élèves. «C’est un déni de réalité et une confusion des genres. Le masque n’est pas un outil éducatif. Il ne viendrait à personne l’idée de dire que la Ventoline d’un enfant qui souffre d’asthme est une fourniture», s’est indigné Rodrigo Arenas, coprésident de la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves (FCPE) cité par Libération (Thibaut Ghironi). Et cette fédération de lancer une pétition. Elle réclame que :

« – des masques soient pris en charge gratuitement par la puissance publique, et que des masques FFP2 soient mis à disposition des enfants et personnels fragiles ;

– des personnels soient recrutés pour que les classes fonctionnent en petits effectifs et qu’en cas de fermetures d’établissements les enfants soient pris en charge par ces personnels plutôt que par les parents ;

– des sanitaires mobiles soient installés partout où les équipements sont en nombre insuffisant pour permettre le respect des gestes barrières. »

Voile interdit, masques imposés

Serait-ce trop demander ? En retour, lors de son intervention, Jean-Michel Blanquer a rappelé que l’allocation de rentrée scolaire était augmentée de 100 euros cette année en raison de la crise sanitaire. Comment ne comprend-il pas que l’argument ne pourra pas passer ?  «Les masques représentent 200 euros par mois pour une famille avec deux enfants», estime Rodrigo Arenas. Chez les enseignants, Frédérique Rolet, présidente du Snes-FSU, le syndicat majoritaire dans le secondaire considère que le ministre est hors-sujet : une hausse de l’allocation de rentrée scolaire n’a strictement aucun de rapport avec la question des masques – ne serait-ce que parce que «chaque rentrée voit une augmentation du coût des fournitures et des frais supplémentaires» pour les familles.

Ce n’est pas tout. De plus en plus présent dans les médias le maire EE-LV de Grenoble, Eric Piolle, a estimé sur France Info qu’«aller vers la gratuité et la fourniture de masques dans les collèges et les lycées semble indispensable». Et, cité par Libé,  le député LFI Eric Coquerel a pointé dans un tweet une «faute sanitaire» du ministre de l’Education : «Le principe de l’école est, en théorie, d’être gratuite et obligatoire. Si y aller implique désormais de porter obligatoirement un masque alors il doit être gratuit.» 

L’extrême gauche est ici, une fois n’est pas toujours coutume, dans une certaine logique. Depuis le déconfinement, La France insoumise défend cette position : ses députés avaient déposé une proposition de loi le 28 avril préconisant la fourniture gratuite de masques à tout le monde dans un objectif de santé publique. Depuis l’affaire n’est pas sans convaincre dans les rangs adverses. Valérie Rabault, présidente du groupe PS à l’Assemblée nationale, a demandé la distribution d’un quota de masques gratuits par citoyen le 4 août. Puis le député LR Eric Ciotti a tweeté sur le sujet : «Le coût des masques pénalise les populations les plus précaires. Pour garantir son égal accès à tous, […] j’appelle à sa gratuité.» Sans oublier l’extrême-droite qui s’est elle aussi prononcé pour des masques gratuits.

« Seule la majorité présidentielle reste muette » observe Libé. Sans surprise, comme privée de parole. Une majorité qui se souvient de la métaphore présidentielle sur la situation de « guerre » dans laquelle nous sommes. La France faisait-elle, jadis, payer à ses soldats les guêtres et leurs boutons ?  Sans parler du « verre de lait » offert aux écolier (1954) par Pierre Mendès-France.

Face aux réactions hostiles, Jean-Michel Blanquer a d’ores et déjà – exercice périlleux- tenté de rétropédaler. En déplacement dans une école de l’Oise, nous dit Libé, il s’est dit être «en situation de fournir des masques aux élèves qui en ont le plus besoin» – confirmant une politique au cas par cas. «On regarderait avec l’élève et sa famille la réalité du problème», a-t-il ajouté. On « regarderait » ou on « regardera » ? Dans les deux cas cela donne l’image d’une République à petit bras.

A demain @jynau

5 réflexions sur “Covid-racket : comment Jean-Michel Blanquer peut-il oser faire payer les masques scolaires ?

  1. Bonjour,

    < Dans les deux cas cela donne l’image d’une République à petit bras …
    Ou … fracasse tout … y compris pour la SOLIDARITÉ d'une nation ???

    Mrs des blanquer & coll, devraient jeter un oeil, de comment s'est préparée (pour des mois durant) la rentrée scolaire (pour tous niveaux ) côté Italien …
    S'ils en ont le temps, qu'ils regardent la teneur des clairs protocoles sanitaires, des conduites à tenir, aux cas où … des mesures de mises à disposition des masques … des mesures réfléchies et j'ose dire, pensées … de distanciations ……etc…..

    Rien ne dit que l'Europe ne sera pas à nouveau dépassée par la seconde vague épidémique si bien avancée , mais la communication gouvernementales atteint des sommets qui font furieusement songer à un gouvernement de brise-tout …

    Accessoirement, < confirmant une politique au cas par cas … pour mieux stigmatiser ou humilier les exclus d'offices de 'leur' 'start up nation' … 're-startisés' des licenciés secs, ou perdus aux jamais de la croissance emmmarchée ???

    À combien, … seulement déjà … les chiffres de l'ultra pauvreté … en France ???

    Les cas par cas, … finiront-ils mathématiquement … par donner au final gouvernemental … un Tout- Un ???

    Misères …

      • … Et encore une question, pour ceux qui arriveront à regarder la video suivante jusqu’au bout :

        Une pareille situation, … serait-elle possiblement envisageable … dans un lieu public hospitalier, un service public, voire … dans nos écoles ???

  2. A moins que les Ministères Éducation et/ou Santé financent, déclarer les masques gratuits, c’est mettre dans un grand embarras les élus locaux qui, grâce à l’État, ont de plus en plus de charges et de moins en moins de financements.

    Qui paie les fournitures ? Pour les primaires, les communes. Pour les collèges, les départements. Pour les lycées, les régions.

    Et vu tous les cadeaux faits ces derniers temps … voir celui au cinéaste Bresson.

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