Troll : après le Royaume Uni, quand Philip Morris proposera-t-il d’aider notre Assurance maladie ?

Bonjour

Paradoxe : les industriels du tabagisme ne manquent vraiment pas d’air. On a peine à y croire et pourtant. C’est une information de The Independant reprise par Slate.fr : « Philip Morris trolle la sécurité sociale britannique ». Le géant mondial du tabac vient de s’adresser au secrétaire d’État à la SantéMatthew Hancock et aux responsables du National Health Service (NHS) : il propose son aide dans la lutte contre le tabagisme en faisant la promotion de son IQOS, un système de tabac « chauffé »  présenté comme étant à « moindre nocivité » par rapport au tabac « brûlé ». Une affirmation contestée au Royaume-Uni mais qui laisse les responsables sanitaires français sans voix.

Mark MacGregor, directeur des affaires générales de Philip Morris au Royaume-Uni et en Irlande s’adresse ainsi à ses correspondants :

«Pour fêter le soixante-dixième anniversaire du NHS, nous sommes ravis de vous proposer nos services afin d’aider les 73.000 fumeurs de votre institution à arrêter. Ce serait une campagne collaborative: vous fourniriez les conseils nécessaires pour arrêter d’être dépendant à la nicotine et pour ceux qui n’arriveraient pas à arrêter nous les aiderions à passer à un produit alternatif sans-fumée.»

Philip Morris (dont le siège opérationnel est à Lausanne) affirme que cette initiative est « totalement en accord » avec les règles de l’OMS. « Nous sommes convaincus que nous pouvons jouer un rôle essentiel afin de prodiguer des conseils et de permettre aux fumeurs de se tourner vers des alternatives comme les cigarettes électroniques ou le tabac chauffé». Pour sa part la sous-secrétaire d’État à la Santé, Steve Brine, a notamment affirmé, lors d’un débat à la Chambre des communes que l’action de Philip Morris était « totalement inappropriée et contre le protocole de l’OMS ». Pour certains activistes ces propos ne sont pas assez forts.

Communication honteuse

Des militants anti-tabac voient là un « coup de com’ honteux » et rappellent que les  règles de l’OMS disposent que « l’industrie du tabac n’a le droit d’être le partenaire d’aucune initiative allant dans le sens des politiques de santé publique étant donné que ces intérêts sont en conflit direct avec les objectifs de ces politiques.»

Il faut voir ici  la suite d’une stratégie méthodique. En janvier dernier Philip Morris avait acheté des espaces publicitaires dans un certain nombre de quotidiens britanniques. Il y vantait sa bonne résolution pour la nouvelle année : « nous essayons d’abandonner la cigarette ».  L’affaire avait alors intéressé au plus haut point le site des buralistes français – site qui s’est fendu d’une traduction de la publicité britannique :

« Philip Morris est connu pour ses cigarettes. Chaque année, beaucoup de fumeurs s’en débarrassent. C’est à notre tour, maintenant. Notre ambition consiste à arrêter de vendre des cigarettes au Royaume-Uni. Cela ne va pas être facile. Mais nous sommes déterminés à faire de notre ambition une réalité. Il y a 7,6 millions de fumeurs adultes au Royaume-Uni. La meilleure décision qu’ils peuvent prendre est d’arrêter de fumer. Beaucoup vont y arriver. »

« Mais beaucoup vont continuer de fumer. C’est pourquoi nous voulons remplacer la cigarette par d’autres produits, la cigarette électronique ou le tabac chauffé, qui représentent un meilleur choix pour les millions d’hommes et de femmes, au Royaume-Uni, qui néanmoins ne voudraient pas arrêter de fumer. »

Et le vieux géant toxique d’expliquer avoir investi 2,5 milliards de livres sterling en R & D pour son tabac « chauffé ». Et d’afficher, sur le sol britannique, ses engagements pour 2018 : lancer et promouvoir un site web – smokefreefuture –  visant à informer les fumeurs souhaitant arrêter ou se tourner vers des alternatives à la cigarette ; proposer notre aide aux autorités locales dans les zones où les taux de prévalence tabagique sont les plus élevés ; obtenir une autorisation gouvernementale pour insérer, directement dans nos paquets de cigarettes, des informations pour arrêter de fumer où se convertir à des produits alternatifs ; développer la disponibilité de nouveaux produits alternatifs au Royaume-Uni.

Vieux Continent

Peter Nixon (Managing Director de Philip Morris Limited) avait alors adressé un courrier à Theresa May, Premier ministre britannique, pour confirmer l’implication de son entreprise dans son nouveau message : « Nous sommes persuadés que nous avons un rôle important à jouer pour contribuer à rendre le Royaume-Uni un pays sans tabac (…) Les engagements que nous annonçons représentent des étapes pratiques qui peuvent contribuer à parvenir plus vite à cet objectif ».

On attend des initiatives similaires sur le Vieux Continent. Pour quand ? Philip Morris s’adressant aux dirigeants de notre Assurance maladie, à Agnès Buzyn, à Emmanuel Macron au nom de la prévention ?

Sans doute peut-on attendre. A la différence du Royaume Uni (où le nombre de fumeurs a été drastiquement réduit grâce notamment à une politique active de promotion de la cigarette électronique) la France demeure l’un des premiers consommateurs de tabac en Europe. Ne s’y sentant pas directement menacé Philip Morris peut se satisfaire de l’état actuel du marché.

Où l’on en viendrait presque, paradoxe, à souhaiter que ce cigarettier à la triste figure en vienne, après le Royaume-Uni, à chercher à démarcher nos responsables sanitaires et notre Assurance maladie.

A demain

 

 

Bonbons «alcoolisés » : Agnès Buzyn et la Direction Générale de la Santé vont-ils frapper ? 

Bonjour

Face à la perversité, ne pas désespérer de l’action de la presse généraliste. Ainsi Le Parisien (Elsa Mari)  : « Bonbons, sirops… le coup de gueule des médecins contre la mode du goût alcool ». Ou le retour, actualisé, d’un grand classique : appâter au plus tôt en masquant le goût alcoolique derrière un paravent sucré. L’équivalent du tabagisme via les cigarettes en chocolat – avec une puissance tragiquement démultipliée.

« Sur les emballages, un grand verre inondé de glaçons rafraîchissants, de feuilles de menthe et de citron, piqué d’une paille. Ce sont toujours les mêmes images. Pourtant, il ne s’agit pas de cocktails, encore moins d’alcool, mais de jus de fruits au goût mojito. Des parfums que l’on retrouve jusque dans les cornets de glace, les gels douche et les crèmes pour le corps.

 « Un véritable phénomène qui surfe sur les boissons alcoolisées tendance de l’été, vendues dans les enseignes et boutiques françaises, bien loin des zincs. D’autres industriels déroulent la carte des bars le long des rayons de supermarchés en proposant des sirops caïpirinha, margarita, gin-fizz. »

Perversité : « Anormalité de la conduite générale et spécialement des comportements à l’égard d’autrui et de la société conduisant à des actes asociaux et inhumains accomplis avec indifférence affective à l’égard de la souffrance d’autrui, absence complète de culpabilité et satisfaction personnelle ».

Le Parisien/Aujourd’hui en France : « La marque Lutti, n°2 du marché du bonbon, vient même d’annoncer le lancement de sa gamme spritz et pina colada, qui se répand cet été après le succès de sa sucrerie au mojito, née l’an dernier. Au dos du paquet, on peut lire : « Pas envie d’attendre vendredi soir pour le prochain mojito ? Emportez votre mini-dose (sans alcool) partout… » »

Mami Nova « saveur pina colada »

Ces images publicitaires peuvent-elles avoir un impact sur le public et, surtout, les enfants ? Évidemment, répondent les addictologues, indignés. « En matière de santé publique, c’est d’une bêtise folle, déclare au Parisien le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Les souvenirs d’enfance jouent un rôle une fois adulte. Cela les conduira plus tard à sous-estimer le risque de l’alcool, c’est la même farce qu’avec le Champomy. »

Liste (non exhaustive) des produits « goût alcool » selon Le Parisien : Sodas. Schweppes a lancé, à l’été 2016, le « virgin mojito » et le « virgin cosmo », référence au cosmopolitan, à base de vodka, destinées « au grand public ». Cosmétiques. La chaîne britannique The Body Shop vend chaque été, depuis deux ans, des gels douche au mojito et à pinita colada, à base de noix de coco et d’ananas, et des beurres corporels. Un succès commercial. Yaourts. La célèbre grand-mère de Mamie Nova prend un coup de jeune et s’encanaille avec des yaourts « saveur mojito », « pina colada » et même « copacabana », cocktail à base de champagne rosé ou cognac selon les versions.

Exécrable cynisme commercial

Interrogé sur l’arrivée de ces « nouveaux bonbons » le Pr Amine Benyamina (président de la Fédération française d’addictologie) estime que ces nouveaux produits aux noms et goûts de cocktails favorisent le passage à la consommation de « vrai » alcool à l’âge adulte. « C’est une campagne exécrable. Ces sucreries mélangent les genres, en surfant sur les boissons à la mode et sur le côté enfantin, la madeleine de Proust. Il ne s’agit pas de fabricants d’alcool et, pourtant, les références sont constantes sur les emballages. Cela donne un côté bon enfant à des produits qui sont régis par la loi. Les industriels jouent sur l’ambiguïté en s’adressant à des adultes, mais il s’agit tout de même de bonbons. On offre de l’alcool sans alcool à des jeunes. »

Perversité ou criminalité ?. Sur RMC-BFMTV le Dr William Lowenstein va plus loin, parlant de « cynisme commercial criminel » – alors même que nous sommes, avec le président Macron, censés être dans le « quinquennat de la prévention ». « Quel est l’intérêt d’initier les mômes au goût alcool avec de telles images ? » Pourquoi pas des sucettes au goût d’ecstasy ?des chewing-gums néo-cocaïnés ?

Totale inconérence. Le président de SOS Addictions attend avec impatience la réaction des tutelles et, tout particulièrement, « celle de la Direction Générale de la Santé ».

A demain

 

Historique : certaines infirmières françaises vont pouvoir effectuer des gestes médicaux

Bonjour

Pourquoi tant et tant d’ingratitude ? Une fois encore Agnès Buzyn omet de saluer le travail préliminaire de Marisol Touraine. Tout au plus se borne-t-elle à évoquer ce qui été « prévu par la loi de modernisation de notre système de santé » : la « pratique avancée » pour la profession infirmière. Pour annoncer à la presse que cette pratique est (enfin) officiellement reconnue en France avec la publication au Journal Officiel de ce jour d’un décret signé Agnès Buzyn.

Il s’agit ici d’une innovation que l’on peut tenir pour majeure : les infirmier.e.s en pratique avancée disposeront de compétences élargies, « à l’interface de l’exercice infirmier et de l’exercice médical ». Ils pourront suivre (avec leur accord) des patients confiés par un médecin de l’équipe de soins au sein de laquelle ils exerceront, sur la base d’un protocole d’organisation établi pour préciser les modalités de leur travail en commun. A l’inverse les infirmiers adresseront à nouveau leurs patients au médecin « lorsque les limites de leur champ de compétences seront atteintes ».

Mandarins

Dans ce cadre les infirmiers en pratique avancée auront la responsabilité du suivi régulier des patients pour leurs pathologies – ils pourront « prescrire des examens complémentaires, demander des actes de suivi et de prévention ou encore renouveler ou adapter, si nécessaire, certaines prescriptions médicales ».

Tout cela nécessitera un nouveau diplôme d’Etat (reconnu au grade de master) délivré à l’issue d’une formation universitaire de deux ans. « Les premiers étudiants seront accueillis dès septembre prochain dans une dizaine d’universités accréditées, dont la liste sera officialisée dans les prochains jours, précise-t-on au ministère eds Solidarités et de la Santé.  Des dispositifs de validation de l’expérience et des connaissances déjà acquises par les infirmiers seront également mis en place par ces universités. »

Corollaire : cette nouvelle pratique et ces nouvelles compétences bénéficieront d’une reconnaissance en termes de statut et de rémunération. Mieux : ceci n’est qu’une première étape. Demain l’exercice infirmier en pratique avancée sera étendu à d’autres prises en charge et à d’autres professions paramédicales.

Une étape majeure ? Sans doute. Une étape historique ? Peut-être. On se souvient de mandarins dans l’âme qui n’auraient jamais accepté une telle évolution. Mais on se souvient aussi de mandarins qui avaient, dans les faits, heureusement autorisés des infirmières hautement compétentes à étendre largement leur champ d’intervention. Pour le plus grand bien de tous.

A demain

Flambées d’IST à gonocoque et Chlamydia : pourquoi le préservatif n’est-il  plus utilisé ?

Bonjour

C’est donc un combat qui n’en finira pas. Santé publique France vient de publier les derniers chiffres disponibles concernant les infections sexuellement transmissibles (IST). Bilan : le nombre de nouveaux diagnostics d’infections à Chlamydia et à gonocoque est en très nette augmentation – enquête LaboIST.

Cette enquête révèle notamment que les jeunes de 15-24 ans restent particulièrement touchés par ces IST souvent asymptomatiques mais aux conséquences parfois lourdes. Les données montent que le nombre de diagnostics d’infection à Chlamydia et à gonocoque en 2016 a triplé par rapport aux estimations de l’année 2012.

Pourquoi ? « La forte augmentation des diagnostics de ces infections constatée en 2016 peut être due à plusieurs facteurs. Elle peut s’expliquer tout d’abord par une sous-estimation des cas diagnostiqués en 2012 mais aussi par une intensification du dépistage et l’amélioration de la sensibilité des tests utilisés et enfin, par l’augmentation de l’incidence de ces IST elles-mêmes. » précise Florence Lot, responsable de l’unité VIH/sida, hépatites B et C, IST à Santé publique France.

Reste une certitude : chez les moins de 25 ans, la prévalence élevée des infections à Chlamydia et à gonocoque est la conséquence d’un nombre de partenaires plus important couplé à une « utilisation non systématique du préservatif » (sic). « Si la plupart des jeunes utilisent un préservatif lors du premier rapport sexuel avec un partenaire, 48 % des étudiants et 20 % des lycéens déclarent ne pas en utiliser à chaque rapport sexuel, selon l’enquête de la mutuelle Smerep sur la santé des étudiants fin juin citée par Le Monde. De plus, 71 % des étudiants et 80 % des lycéens ne se font pas systématiquement dépister lors d’un changement de partenaire, et même jamais pour respectivement 41 % et 62 % d’entre eux. »

La gratuité pour réduire les risques

Il faut aussi compter avec la résurgence de la syphilis et la poursuite des contaminations par le VIH – environ 6 000 personnes ont découvert leur séropositivité en 2016, selon Santé publique France. Le même phénomène est observé au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Et selon l’OMS plus d’un million de personnes contracteraient, chaque jour, une IST dans le monde.

Que faire d’autre que repartir au combat ? Et, un jour prochain, reposer publiquement la question de la gratuité au nom de la réduction des risques. Pour l’heure Santé publique France lance,  jusqu’au 18 août, une « campagne digitale » pour « promouvoir l’utilisation du préservatif auprès des jeunes ».

« En phase avec leurs codes, cette campagne repose sur le concept du « life hacking », des astuces et des techniques que l’on partage pour faciliter le quotidien, qui sont très répandues sur Internet et très prisées des jeunes. La campagne met en scène de manière ludique le préservatif en démontrant ses qualités intrinsèques (résistance, imperméabilité…). Le but est de faire de lui l’accessoire indispensable du quotidien.

« La campagne se décline sous forme de vidéos dans lesquelles les jeunes pourront découvrir en quelles circonstances, autre que l’acte sexuel, le préservatif peut s’avérer utile comme par exemple : allumer un feu, maintenir ses objets aqua phobiques au sec, faire bouillir de l’eau… Et sous forme de posts créatifs relayant en mode ‘’survie’’ des messages informatifs sur le préservatif et les infections sexuellement transmissibles. Ces « Life cards » seront postées sur Instagram et Facebook pendant l’été dans l’objectif de faire réagir les jeunes. »

Slogan : « Un préservatif ça peut te sauver la vie. Gardes-en toujours sur toi ».

Jusqu’à quand ?

A demain

La « PMA pour toutes » sème zizanie et divisions au sein des députés du président Macron

Bonjour

La bioéthique est aussi (surtout) une affaire politique. Ainsi le dossier de la « PMA pour toutes » avec les premiers couacs majeurs au sein des députés macroniens. L’affaire peut être simplement résumée. Nous rapportions il y a peu le dernier mouvement des troupes présidentielles : « L’élu de la majorité Guillaume Chiche espère élargir aux célibataires et aux lesbiennes la procréation médicalement assistée ».

Tout était en place, aucun manquement aux boutons des guêtres macroniennes. Une seule tête. Du moins le croyait-on. Au lendemain du rapport du Conseil d’Etat François de Rugy, du haut du Perchoir déclarait sur BFMTV souhaiter une proposition de loi ; dans la foulée l’entretien accordé par Guillaume Chiche, ancien socialiste, membre de la garde rapprochée de Dominique Strauss-Khan  puis de Jean-Paul Huchon.

Rappelons que, selon Le Monde, le député Chiche est l’un des « janissaires dévoués corps et âme au chef de l’État, qui ne dépendent que de lui, ne rendent de comptes qu’à lui ». Autant dire que l’on ne peut imaginer que M. Chiche avance sans un sauf-conduit discrètement tamponné au Palais de L’Elysée. Un palais qui reste totalement silencieux sur le sujet, le président de la République semblant avoir oublié sa (discrète) promesse de campagne.

Les Bleus et les obscurantistes

La proposition de loi du député Chiche ? « L’ouverture de la PMA à toutes les femmes, y compris aux célibataires et aux couples lesbiens, et le remboursement par la Sécurité sociale». Et le janissaire républicain des Deux-Sèvres de redouter que des « militants obscurantistes » ne cherchent à « refaire le match de la mobilisation contre le mariage pour tous ».  Ces rétrogrades aveuglés, à défaut d’empêcher l’élargissement de la PMA, pourraient selon lui « s’opposer à son remboursement par l’assurance maladie – ce qui aboutirait à une discrimination financière ».

Obscurantistes ? Agnès Thill appréciera. « Fille d’ouvrier, Mme Thill a grandi dans une famille ouvrière chrétienne, dit d’elle Wikipédia. Agnès Thill est divorcée et a élevé seule sa fille. Après avoir été longtemps institutrice dans l’Oise, elle est directrice d’école primaire à Paris. À la suite de son élection, elle se met en disponibilité pour la durée de son mandat. »

Cette députée élue de l’Oise, reproche aujourd’hui ouvertement à son collègue des Deux-Sèvres son initiative. Et elle le fait savoir dans les médias. « Si les Bleus ont gagné c’est parce qu’ils ont joué collectif », réplique la députée férue d’actualité sportive et politique.  « On vient juste de commencer des travaux d’une mission d’information consacrée, entre autres, à ce sujet, les auditions ne sont pas terminées, ajoute-t-elle, agacée, auprès du Monde. Tout cela pose des questions que nous abordons dans le cadre de la mission d’information. Pour moi, l’ADN d’En marche c’est “écoute, bienveillance et consensus”, on n’y est pas !  C’est insupportable, dès qu’on émet une réserve sur ces sujets de bioéthique, on est vus comme des membres de Sens commun ! Si tout est joué d’avance, il faut nous le dire. »

Qui le dira à la députée Thill ?

A demain

 

Agnès Buzyn va-t-elle bientôt interdire l’utilisation des masques «antipollution» ?

Bonjour

C’est un rapport assez dérangeant. Un document nettement plus politique que ce que laisse penser son titre : « Évaluation du bénéfice sanitaire attendu de dispositifs respiratoires dits antipollution ». Rendu public aujourd’hui par l’Anses ce rapport établit que rien ne permet, raisonnablement, de recommander l’utilisation des masques dits « antipollution ». Au terme d’une longue « expertise collective » les auteurs concluent ainsi à l’insuffisance de données disponibles pour attester d’un bénéfice sanitaire lié au port de ces masques par le grand public.

Deux points principaux. La plupart des dispositifs proposés à la vente sur le marché français sont conçus pour protéger des particules présentes dans l’air ambiant et ne protègent pas contre les substances présentes à l’état gazeux. Plus grave : le port d’un masque dit « antipollution » peut donner un faux sentiment de protection à son utilisateur et entrainer des comportements conduisant éventuellement à une surexposition aux polluants dans l’air.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail avait été saisie de cette question par les ministères en charge de la santé et du travail. Il s’agissait notamment d’évaluer le bénéfice sanitaire potentiel du port de tels masques pour la population générale et en particulier les personnes les plus sensibles à la pollution de l’air.

Ressort politique

Conclusion : « l’Agence ne recommande pas aux pouvoirs publics d’encourager le port de tels dispositifs ». A dire vrai l’Anses va plus loin, dépasse la frontière technique et s’aventure dans le champ politique. Elle rappelle que la pollution de l’air ambiant représente aujourd’hui, selon l’Organisation mondiale de la santé, le principal risque environnemental pour la santé dans le monde – et  que l’exposition à la pollution dans l’air est (notamment) responsable du développement de pathologies respiratoires et cardiovasculaires.

Pour l’Anses l’important est d’agir en priorité à la source, et ce « en limitant les émissions polluantes pour réduire les impacts sanitaires ». De plus, elle préconise « d’améliorer l’information de la population et des personnes sensibles sur les comportements à adopter afin de limiter l’exposition quotidienne ». Concernant les travailleurs exposés à la pollution de l’air ambiant, l’Agence recommande aux acteurs de la prévention « de se saisir de la problématique et de l’inclure dans leur démarche d’évaluation des risques ».

Quant aux masques l’Anses recommande au pouvoir exécutif « d’améliorer la transparence sur les revendications d’efficacité des produits mis sur le marché ». Et ce « afin de s’assurer que les dispositifs vendus soient conformes aux obligations requises et que les utilisateurs de ce type de protection soient dûment informés ».

En d’autres termes il faudra expliquer aux acheteurs potentiels, inquiets pour leur santé, que ces masques sont, au mieux, inefficaces  et, au pire, dangereux. Expliquer que la solution contre la pollution atmosphérique est, avant tout, du ressort quasi-exclusif du politique.

A demain

Cannabis : Agnès Buzyn doit nous dire si les buralistes seront les distributeurs exclusifs

Bonjour

Denis Sommer est a priori un homme très sympathique. « Ouvrier et syndicaliste pendant 15 ans chez PSA Sochaux, j’ai choisi de reprendre mes études à l’âge de 35 ans pour m’ouvrir de nouvelles portes professionnelles, dit-il de lui. Dès lors, mon rapport à l’entreprise et au monde du travail en a été profondément bouleversé. J’ai exercé plusieurs métiers, dont celui de gestionnaire d’entreprise, avant d’enseigner l’économie et la gestion d’entreprise au lycée. Fondateur et animateur du MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’amitié entre les Peuples) dans le Pays de Montbéliard, j’ai toujours pensé que la solidarité s’exprimait avant tout par des actes. Aussi, ma famille et moi avons accueilli des enfants du Secours Populaire pendant les vacances d’été. Nous avons hébergé des réfugiés pendant plusieurs mois à notre domicile, notamment une famille dont les enfants étaient scolarisés ici, alors qu’ils étaient sous la menace d’expulsion. »

Denis Sommer, 60 ans, a été élu le 18 juin 2017 député macronien de la 3e circonscription du Doubs – et ce après avoir quitté le PS dont il a porté les couleurs comme élu local pendant plus de quinze ans. Il n’est pas, on le sait, le seul à avoir effectué un tel voyage sans espoir, dit-on, de retour.

On retrouve aujourd’hui M. Sommer dans les colonnes du Journal Officiel, posant une question à la non moins macronienne Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé :

« M. Denis Sommer interroge Mme la ministre des solidarités et de la santé sur l’ouverture croissante d’échoppes qui vendent du cannabis légal appelé « CBD », substance dépourvue des principes actifs inscrits sur la liste des stupéfiants. En effet, ce produit contient moins de 0,2 % en THC et il doit être obtenu à partir de variétés et de partie de plantes autorisées.

« Or celui-ci est vendu par n’importe quel commerçant alors même que l’appellation « cannabis » peut avoir un effet pervers sur le comportement des usagers, notamment des adolescents. La prévention qui est un axe fort de la politique de santé, porte semble-t-il ses fruits concernant la lutte anti-tabac avec le passage au paquet neutre ainsi que par l’augmentation progressive du prix du paquet de cigarette.

« Cette prévention nécessaire a entraîné une perte substantielle des recettes pour le réseau des buralistes. Or, actuellement, il n’existe pas de règlementation fixant un cadre à la vente du cannabis légal. Il serait toutefois important pour le consommateur de connaître la provenance, la traçabilité et la qualité des produits qu’il consomme, tout en encadrant les prix.

« Aussi, il lui demande si un cadre législatif est prévu pour la vente du cannabis légal et quel est son horizon. Il lui demande par ailleurs s’il est envisagé que le réseau des buralistes soit le distributeur exclusif de celui-ci. »

Nous sommes quelques-uns, buralistes ou plus largement citoyens, à attendre les réponses d’Agnès Buzyn.

A demain