A qui faut-il demander quand, et comment, nous serons-nous tous totalement déconfinés ?

Bonjour

07/04/2020 Hier encore inconnu, désormais omniprésent, le mot brûle les lèvres de l’exécutif.  Interviewé une fois encore par Jean-Jacques Bourdin sur RMC/BFMTV, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé a déclaré «Le confinement durera aussi longtemps qu’il sera nécessaire qu’il dure». «C’est à chacun de nous, dans notre comportement quotidien, d’être capable de comprendre qu’en restant chez nous on sauve des vies. Nous devons être patients. Notre patience sauve des vies».

Interrogé sur un probable prolongement de ce confinement, le ministre a répondu : «Ce n’est pas à moi de vous apporter [cette réponse] et je n’ai pas encore la totalité des informations permettant au président de trancher. Vous aurez la réponse rapidement». Puis, face à l’insistance du journaliste, le ministre a déclaré qu’il y aurait «peut-être» une intervention «dans la semaine» du président de la République, du Premier ministre «ou des deux» lors de laquelle la question de la durée du confinement pourrait être abordée.

«Il ne faut pas trop parler du déconfinement, sinon on a l’impression que c’est fini. Nous sommes encore en phase d’aggravation. (…) Il est trop tôt pour parler du déconfinement», a par ailleurs insisté Olivier Véran, qui a cependant rapidement évoqué la cellule chargée «d’étudier toutes les pistes, toutes les solutions» créée au sein de son ministère et dirigée par Jean Castex. C’est ici la troisième structure scientifique crée en quelques semaines et en charge de conseiller l’exécutif  sur des sujets essentiels.

 » C’est un couteau suisse !  »

Les Français vont ainsi, après les Prs Jean-François Delfraissy et Jérôme Salomon, apprendre à découvrir Jean Castex devenu « Mr Déconfinement » : énarque, 54 ans, passé par la Cour des comptes et dernièrement réélu triomphalement maire LR de Prades (Pyrénées-Orientales) quand la France n’était pas encore confinée comme elle l’est désormais. .«Un haut fonctionnaire qui connaît parfaitement le monde de la santé et qui est redoutable d’efficacité», l’a encensé Édouard Philippe. « Jean Castex est un roc, un grand serviteur de l’État qui connaît le monde de la santé sur le bout des doigts » (Gilles Boyer, député européen).

« Depuis longtemps, Jean Castex, un intime d’Alexis Kohler, le plus proche collaborateur d’Emmanuel Macron à l’Élysée, entretient aussi de solides liens d’amitié avec l’entourage du Premier ministre: son directeur de cabinet, Benoît Ribadeau-Dumas, l’adjoint de celui-ci Thomas Fatome ou encore le complice de toujours Gilles Boyer » observe Le Figaro (Marion Mourgue).  «C’est un couteau suisse!», salue Xavier Bertrand qui l’a repéré il y a quinze ans sur les conseils de Philippe Douste-Blazy. 

« Quelques années plus tard, c’est au tour d’Emmanuel Macron de le repérer. Le chef de l’État, qui le reçoit en octobre 2018, songe très sérieusement à Jean Castex pour le ministère de l’Intérieur, croit savoir Le Figaro. Le poste lui échappe de peu: certains ténors de la majorité s’y opposent, voyant en l’élu LR la main invisible de Nicolas Sarkozy. En 2010, l’ancien chef de l’État l’avait choisi comme conseiller aux affaires sociales, en remplacement de Raymond Soubie, puis comme secrétaire général adjoint de l’Élysée. »

Emmanuel Macron avait aussi pensé à ce haut fonctionnaire pour prendre la tête de la SNCF. Il l’avait finalement choisi pour organiser les Jeux olympiques de 2024. Si l’on osait nous dirions qu’il lui reste encore quelques haies à sauter.

A demain @jynau

A lire, sur Slate.fr : « À quoi ressemblera le grand déconfinement ? Pour lever le confinement, les expert·es ne disposent d’aucune certitude. Aussi le gouvernement est-il confronté à une situation sans précédent, à très haut risque sanitaire et politique ».

La guerre contre l’épidémie nous fera-t-elle oublier celle pour la survie de l’hôpital public ?

Bonjour

07/04/2020. Mémoire: songer à ne pas la perdre. C’est un épisode de campagne qui, soudain, nous rappelle où nous étions encore il y a quelques semaines. Vendredi 2 avril lors d’une conférence de presse téléphonique concernant la situation épidémique dans le Grand Est, Christophe Lannelongue a expliqué, foi du charbonnier, qu’il n’y avait « pas de raison de remettre en cause » le comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers. Un « COPERMO ». Ce dernier prévoit notamment la suppression sur cinq ans de 174 lits (sur 1 577 en 2018) et de 598 postes au CHRU de Nancy (sur environ 9 000). « Nous aurons quelques semaines de retard mais la trajectoire restera la même », a-t-il osé.

C’est peu dire que ces propos ont suscité la colère dans une France qui découvre les vertus des soignants et celles de l’hôpital public ; une France qui réinvente chaque soir les rites de la communion laïque et solidaire. Sur les réseaux sociaux, les déclarations de M. Lannelongue ont déclenché une vague indignée :  de réactions outrées : « incompréhensible », « inadmissible », « irresponsable », « inhumain », « monstrueux ».

Olivier Véran a vite pris le pouls de cette ire : le ministre des Solidarités et de la Santé a dû tweeter le dimanche 5 avril : « à Nancy comme partout, l’heure est à la mobilisation de tous pour faire face au #COVID19 ». « L’heure viendra de tirer les enseignements de cette crise sans précédent & de refonder notre Hôpital. Tous les plans de réorganisation sont évidemment suspendus à la grande consultation qui suivra ».

« Coûte que coûte »

Maigre tweet qu’il lui a fallu développer dès le lendemain, lors d’une nouvelle conférence de presse. Où l’on entendit le ministre annoncer, avec l’emphase minimale qui est parfois la sienne, la nécessité de « suspendre la portée » des projets et réorganisations hospitalières engagées avant la crise due au Covid-19, – et ce jusqu’à la réalisation de « l’inventaire de l’épidémie avec les soignants ».

« La crise du Covid-19 change la donne hospitalière. Ce changement s’inscrira, à n’en pas douter, dans la durée. Pour sortir de la crise, il conviendra donc, au-delà de l’indispensable reconnaissance due au personnel hospitalier, […] de réinterroger en profondeur nos réflexes et nos manières de penser en matière de gestion hospitalière, pour préparer grand plan d’investissement de notre système de santé » a-t-il annoncé ; il faisait ici référence au « plan massif » pour l’hôpital après la crise sanitaire promis le 25 mars, à Mulhouse, par Emmanuel Macron.

« D’ici là, il convient de considérer avec humilité les projets, les réorganisations engagées avant cette crise, et d’en suspendre toute la portée, jusqu’à ce que l’inventaire de cette épidémie, tout l’inventaire, ait pu être effectué avec tous les soignants. Car l’hôpital devra s’armer pour répondre avec résilience aux épidémies, tout en poursuivant ses missions fondamentales, notamment vis-à-vis des maladies chroniques ou des pathologies fonctionnelles. »

Où l’on retrouve, dans les mots ministériels, le redoutable concept d’humilité. Il tranche désormais radicalement avec les certitudes assénées, sous les ors de la République, hier encore, par l’exécutif en général, le sanitaire en particulier. Quand il fallait « coûte que coûte » réduire le nombre des lits pour mieux voguer vers « l’hôpital-entreprise ». Quand on avait oublié la réalité du risque épidémique. Il conviendra de s’en souvenir.

A demain @jynau

Une première large opération de dépistage viral va, enfin, être lancée dans les Ehpad

Bonjour

06/04/2020. Le ministre de la santé Olivier Véran vient de donner le bilan quotidien : 8 911 morts sont dues au Covid-19 depuis le 1er mars en France (le bilan a augmenté  de 833 en 24 heures).Le coronavirus a fait 6 494 morts dans les hôpitaux (605 de plus en 24 heures), et 2 417 morts en Ehpad.

Et le ministre d’annoncer qu’une vaste opération de dépistage va être lancée auprès des personnes les plus vulnérables, « en mettant la priorité sur des personnes âgées, les personnes handicapées, les plus fragiles ainsi que les professionnels qui les accompagnent, en établissements comme à domicile ». Selon Olivier Véran, le principe est de tester dans les Ehpad « tous les résidents et tous les personnels à compter de l’apparition du premier cas confirmé de malades de coronavirus au sein de l’établissement ». 

Pourquoi aura-t-il fallu attendre si longtemps ? Le sujet avait été traité, une nouvelle fois, par le Comité national d’éthique (CCNE) dans un document daté du 1er avril. Un document essentiel qui traitait notamment de la préservation, dans les Ehpad, « d’un espace de circulation physique, même limité ». Une mesure qui, aux yeux des sages du Comité, « semblait impératif en dépit des mesures d’isolement, afin d’éviter que le confinement, quelle que soit sa justification au regard des impératifs de santé publique, ne devienne pour ceux qui n’ont plus la liberté de choisir leur cadre et leur mode de vie, une mesure de coercition. » Extraits:

« Pour les résidents ‘’testés négativement’’, la visite de proches, eux-mêmes contrôlés négativement, pourrait être autorisée, dans des conditions strictes de sécurité sanitaires . Cette proposition exige évidemment que des tests puissent être proposés à grande échelle.

« Concernant les familles et les proches aidants qui souhaitent que le résident puisse au moins temporairement les rejoindre à leur domicile, de telles initiatives devraient être encouragées, après avoir bien entendu recueilli l’assentiment du résident et pratiqué des tests permettant de prévenir des risques de contamination intrafamiliale. Ces préconisations ne peuvent être mises en œuvre que si les établissements disposent de la possibilité d’assurer les tests de dépistage du Covid-19 auprès des personnels et des résidents. »

Et le CCNE de rappeler, alors, « l’impérieuse nécessité de faciliter la mise en place des tests de dépistage dans ces établissements et l’accès aux moyens de protection pour le personnel, comme pour les résidents ». Il semble désormais acquis, du moins pour partie, que les « sages » du CCNE ont été entendus. Sans doute est-il trop tôt pour demander pourquoi il aura fallu attendre si longtemps pour que le gouvernement braque ses projecteurs sur ces établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes.

A demain @jynau

 

Comment un médecin peut-il désigner le patient «qui a le plus de chances de survivre» ?

Bonjour

06/04/2020. Sans précédent. C’est une « prise de position » sans précédent connu. Elle dit tout de la tragédie que certains, soignants, patients et familles traversent aujourd’hui ou pourraient traverser demain. En écho elle résonnera largement au sein d’une société française confinée. Elle est signée du Conseil national de l’Ordre des médecins et sobrement titré : « Décisions médicales dans un contexte de crise sanitaire et d’exception ». Extraits (nous soulignons):

« L’état d’urgence sanitaire actuel en France a des conséquences majeures, par une pression inédite, sur le système de santé, notamment sur l’offre de soins et la prise en charge des patients. La situation dans de très nombreux établissements publics et privés de santé, médicosociaux, comme les EHPAD, voire en ambulatoire atteint un niveau alarmant. Certains n’hésitent pas à l’assimiler à une situation de catastrophe sanitaire.

« Les problèmes posés aux médecins concernés s’avèrent effectivement de plus en plus difficiles à gérer, en raison du déséquilibre entre les moyens humains, thérapeutiques, matériels, voire médicamenteux disponibles et les situations, souvent complexes, graves et urgentes, auxquelles ils doivent faire face. Il en résulte pour les médecins des conditions d’exercice en rupture avec le mode normal de prise en charge des patients, qui peuvent les placer devant des interrogations déontologiques majeures et des cas de conscience face auxquels ils se trouvent désemparés. »

L’Ordre des médecins explique « être bien décidé à ne pas les laisser ces médecins seuls devant les choix qu’ils ont à faire, et à les accompagner ». Choix entre

1 d’une part leurs obligations déontologiques, tout spécialement de soins consciencieux, dévoués et conformes aux données acquises de la science, dont il doit être rappelé qu’elles restent les mêmes quel que soit le contexte, y compris en période d’état d’urgence sanitaire, « en toutes circonstances » dit le code de déontologie ;

2  d’autre part la réalité des situations rencontrées, qui conduit nécessairement à des conditions d’application qui en tiennent compte.

On sait que la difficulté se pose tout particulièrement à propos de la question de la priorisation entre des patients à laquelle, dans divers territoires, des médecins pourraient se trouver (ou se trouvent d’ores et déjà) confrontés, du fait de l’impossibilité de prise en charge de leurs malades. L’Ordre :

« Une telle réponse extrême ne saurait être retenue qu’en l’absence avérée de toute autre possibilité et s’il est constaté qu’aucune autre alternative ne se présente au terme d’une appréciation collégiale tracée dans le dossier, fondée sur l’état du patient, prenant en compte notamment ses comorbidités. L’âge du patient, sa situation sociale, son origine, une maladie mentale, un handicap ou tout autre facteur discriminant ne peuvent être l’élément à retenir. »

Puis, après avoir rappelé l’essentiel déontologique et éthique (Des décisions médicales qui doivent rester guidées par l’intérêt du patient ; Les principes éthiques et déontologiques qui entourent toute décision médicale ; L’accompagnement des patients) l’Ordre écrit ceci :

« Dans ce contexte d’exception, et devant une possible situation de rupture, en l’absence de toute alternative, faute de pouvoir faire mieux, le plus douloureux pour un médecin, après avoir épuisé toutes ses ressources, est d’avoir à déterminer, parmi ses patients, non pas une personne, non pas un âge, mais celui d’entre eux qui a le plus de chances de survivre. »

Et d’ajouter :

« Dans ce moment de solitude, même assortie d’une appréciation collégiale, la décision repose sur le médecin et seule peut lui servir de guide sa conscience, éclairée par ses pairs. Nous l’affirmons, aucune contrainte politique, administrative, organisationnelle, ne peut imposer à un médecin des critères de prise en charge pré déterminés par d’autres acteurs. L’Ordre est là pour guider les médecins dans l’intérêt des patients et sera à leurs côtés pour les accompagner. »

Sans précédent.

A demain @jynau

IVG et confinement : le gouvernement autorisera-t-il les soignants à ne pas respecter la loi?

Bonjour

Volontiers prolixe sur son action contre l’épidémie, le pouvoir exécutif peut aussi étrangement garder le silence. C’est le cas face à l’appel de soignant·es et de personnalités politiques qui s’inquiètent du risque qui pèse sur le droit à avorter pendant le confinement.

La demande, comme la situation, est sans précédent : obtenir que l’exécutif donne son feu vert de principe pour que la loi et les règlements sur la pratique de l’IVG ne soient pas toujours pleinement respectés – et ce sans que les soignant·es puissent en être les victimes.

Rien d’extravagant dans cet appel soutenu par cinq anciennes ministres. Et le gouvernement a prouvé qu’il pouvait prendre rapidement des mesures sanitaires rapides (notamment dans le champ des addictions), au nom d’une politique de réduction des risques. Pour l’heure Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé garde le silence. Jusqu’à quand ?

A lire, sur Slate.fr : « Urgences et confinement : respecter ou pas la loi sur l’IVG ? »

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : le gouvernement exhorté à autoriser le traitement du Pr Didier Raoult

Bonjour

06/04/2020. Combien de temps encore ? Hier c’était une lettre ouverte de personnalités médicales réunies à l’initiative de Philippe Douste-Blazy – initiative accompagnée d’une pétition ayant, à ce jour, réuni plus de 210 000 signatures.

Aujourd’hui c’est une tribune publiée par Le Figaro : « L’appel de trois grands noms de la santé en faveur des préconisations du PRaoult ». Une tribune qui surprendra car signée de l’ancien directeur scientifique de l’Institut national du cancer, de l’ancien président de la Haute Autorité de santé et de l’ancien directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Soit Fabien Calvo, Jean-Luc Harousseau et Dominique Maraninchi, respectivement professeur émérite de pharmacologie à l’université de Paris-Diderot, ancien professeur d’hématologie à l’université de Nantes et professeur émérite de cancérologie à Aix-Marseille Université.

Les trois recommandent d’appliquer le traitement élaboré par le professeur Didier Raoult – et ce « dès l’apparition des premiers symptômes du coronavirus ». Extraits :

« (…)  Nous souhaitons apporter notre perception à la controverse: nous avons tous trois été cliniciens ou pharmacologues, et investigateurs d’essais cliniques «randomisés», et deux d’entre nous ont dirigé ou présidé l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et la Haute Autorité de santé (HAS). Ce texte n’est qu’une opinion engagée, que nous voulons contributive à la discussion. Nous savons que les «experts» ont déjà montré qu’ils peuvent se tromper ; la réflexion médicale se doit cependant d’être partagée pour éclairer une décision qui au final sera issue du dialogue médecin-patient. (…)

« La communauté scientifique française et internationale s’est émue que la conception des essais du Pr Raoult ne corresponde pas aux critères classiques de la médecine moderne basée sur les preuves, puisque cette étude n’était pas strictement comparative. Cependant, devant ces premiers résultats «encourageants», et en l’absence de TOUTE autre possibilité dans une crise sanitaire sans précédent depuis un siècle, les autorités françaises ont autorisé l’utilisation de ce traitement chez les malades hospitalisés, donc essentiellement dans les formes graves. La Food and Drug Administration américaine vient de suivre cet exemple pour les patients hospitalisés qui ne participent pas à un essai clinique. (…)

Les auteurs ajoutent que sur la base des dernières observations marseillaises la stratégie serait plutôt « de proposer un traitement précoce avant la survenue de complications respiratoires sévères ». Et ce d’autant que « les cohortes marseillaises rapportées ne montrent pas à l’évidence de survenue d’effets secondaires majeurs liés au traitement, lorsque les règles de prescription et contre-indications sont respectées, après un électrocardiogramme (ECG) et dosage du potassium, ce qui faisait partie des réserves de beaucoup de cliniciens ».

« En l’absence d’autre traitement disponible avéré efficace à ce jour (plus de deux cents essais thérapeutiques enregistrés dans le monde), nous pensons légitime, au vu des résultats préliminaires, de mettre en place une nouvelle stratégie avec, avant tout, un accès élargi aux tests diagnostiques des patients suspects parce que symptomatiques ou ayant été au contact d’un patient infecté. »

Les auteurs vont plus loin : ils demandent  « la mise en place de structures de soins associant les personnels hospitaliers et la médecine de ville pour effectuer le diagnostic, la prescription et la surveillance d’hydroxychloroquine et d’azithromycine chez tous les malades positifs non inclus dans un essai clinique ».

« Cette prescription pourrait être réalisée, en l’absence de contre-indication et avec l’accord du patient, dès le diagnostic confirmé, pendant une durée limitée, et accompagnée de la collecte de données simplifiées. De simples modifications des conditions de prescription et de délivrance peuvent rapidement le permettre. Lors de l’arrivée annoncée de tests en plus grand nombre, la surveillance virologique des patients pourra être mieux documentée pendant et à l’arrêt du traitement. »

Devant l’Ordre, un dossier en béton armé

Et les auteurs d’observer, à l’attention des autorités, que les patients français, « légitimement, ne tolèrent pas que le diagnostic sur leur état de santé soit simplement présumé et qu’il leur soit alors seulement recommandé de rester chez eux avec la crainte de complications, alors même qu’une option thérapeutique simple, sous surveillance médicale, peu onéreuse et possiblement efficace pourrait leur être proposée ».

«  L’accès à l’hydroxychloroquine limité aux seuls malades hospitalisés marque aussi une inégalité dans l’accès aux soins, concluent-ils. Le choix de la précaution est aussi un pari politique. » Est-ce là une tribune aux accents prophétiques ?

Parallèlement à ce texte, après deux tribunes dans Le Monde et Le Quotidien du Médecin, le Pr Didier Raoult a accordé une interview fleuve au  Figaro Magazine (Charles Jaigu).

Il y déclare notamment ceci, à l’adresse de l’exécutif et de ses ennemis :

« Je ne suis pas d’accord quand on interdit aux médecins d’utiliser des médicaments qui sont en circulation depuis des décennies. Je ne suis pas d’accord avec l’interférence de l’État dans la relation entre le médecin et le malade. C’est la responsabilité individuelle des médecins. C’est le serment d’Hippocrate. Ce n’est pas du charlatanisme. Il faut donc que l’exécutif se garde de faire de la médecine à notre place.

« Quand il y a faute médicale, quand le médecin n’a pas agi conformément à l’état du savoir, il est puni. Moi, si quelqu’un m’attaque parce que j’ai donné de l’hydroxychloroquine, mon dossier devant l’Ordre des médecins sera en béton armé. Ce n’est pas de la sorcellerie. Je sais qu’on a beaucoup jasé sur le pouvoir médical. Mais à la fin, la médecine, c’est un rapport entre un médecin et un malade. »

A demain @jynau

Remdesivir: le bien peu banal communiqué de Gilead sur son médicament expérimental

Bonjour

05/04/2020. C’est une « lettre ouverte » de Daniel O’Day, CEO de Gilead Sciences, influente société pharmaceutique américaine spécialisée dans les médicaments antiviraux. Elle nous parle aujourd’hui de son  remdesivir, initialement développé contre la maladie à virus Ebola. Une molécule déjà au cœur des espoirs et de polémiques pharmaceutiques autour du Covid-19. Que nous dit le CEO dans sa lettre ouverte datée du 4 avril ?

« Au cours de la semaine dernière, Gilead a travaillé, en collaboration avec les autorités de santé, à la mise en place de programmes d’accès complémentaires pour mettre à disposition des patients, notre médicament expérimental contre le Covid-19, remdesivir, écrit-il. Ces programmes permettent à certains hôpitaux ou médecins de demander l’utilisation de remdesivir pour plusieurs patients gravement malades qui ne peuvent pas participer aux essais cliniques en cours. »

Il ajoute que l’Agence européenne des médicaments a annoncé hier ses recommandations pour la mise en œuvre par les Etats membres de programmes d’accès complémentaires au remdesivir : « EMA provides recommendations on compassionate use of remdesivir for COVID-19 ». Et le CEO de poursuivre :

« En plus de ces programmes, Gilead continue de mettre à disposition remdesivir pour les enfants et les femmes enceintes, sur la base de demandes individuelles d’usage compassionnel. Au total, depuis le début de la pandémie, ce sont plus de 1 700 patients qui ont déjà été traités dans le monde grâce à ces usages compassionnels individuels. »

Avant de faire œuvre de transparence :

« Le remdesivir reste un médicament expérimental qui n’a été approuvé par les autorités nulle part dans le monde. La sécurité et l’efficacité du traitement ne sont pas encore connues et même si nous connaissons l’urgence, notre responsabilité et notre éthique nous imposent de déterminer si ce médicament est efficace et sûr.

« C’est pour cela que de nombreux essais cliniques sont en cours avec le remdesivir, pour des milliers de patients atteints de Covid-19 à travers le monde. Nous savons l’urgence à trouver des solutions larges et efficaces. Ainsi, notre engagement est total et nous mettons tout en œuvre par tous les moyens possibles pour donner accès au remdesivir : essais cliniques, programmes d’accès complémentaires, usage compassionnel individuel.

Encore faut-il que l’intendance suive :

« Pour fournir suffisamment de produit pour les essais cliniques, l’usage compassionnel individuel et le programme d’accès complémentaire, nous avons dû augmenter nos stocks en partant de zéro. Depuis le mois de janvier, nous avons accéléré la production du traitement. Dès que nous avons eu connaissance du fait que le remdesivir pourrait être un traitement potentiel contre le nouveau coronavirus, nos équipes ont travaillé pour mettre en place une production à grande échelle. Et ceci alors même qu’ils existent encore de nombreuses inconnues concernant la durée de l’épidémie, son ampleur et alors même que nous ne savons pas encore si le remdesivir est un médicament sûr et efficace contre le Covid-19. »

A quand une lettre ouverte de Sanofi-Aventis sur son hydroxychloroquine ?

Suit une longue description des efforts consentis par Gilead Sciences pour développer la production d’un médicament qui n’a toujours pas fait la preuve de son efficacité  – « parce que nous devons être prêts au cas où les patients auraient besoin du remdesivir ».

« Nous savions qu’il serait difficile de produire les quantités nécessaires dans un laps de temps si court. L’un de nos défis est le temps nécessaire pour produire le remdesivir. Il s’agit, en effet, d’une production longue, nécessitant de recourir à des techniques chimiques spécialisées comportant de multiples réactions chimiques, dont certaines peuvent prendre plusieurs semaines. Avant d’obtenir des unités de traitements prêts à être administrés aux patients, nous devons nous procurer des matières premières rares et avoir accès à des usines de fabrication en conditions stériles dont les capacités sont limitées au niveau mondial. »

Et dans ce contexte les  équipes de Gilead Sciences sont arrivées à diminuer le temps de production « qui devait être d’environ un an à environ six mois ». Mieux : en deux mois Gilead Sciences a considérablement augmenté sa capacité de production du remdesivir. Son stock s’élève aujourd’hui à 1,5 million de doses individuelles – ce qui pourrait permettre à plus de 140 000 patients d’être traités. Mieux encore :

« Les 1,5 million de doses individuelles seront mises à disposition pour l’usage compassionnel individuel, les programmes d’accès complémentaires et les essais cliniques et seront données pour une distribution plus large, après obtention d’éventuelles autorisations réglementaires dans le futur. Nous sommes, encore une fois, conscients de la responsabilité qui est la nôtre en disposant d’un traitement potentiel et nous pensons que le mettre à disposition des patients gratuitement est une nécessité pour faciliter l’accès aux patients le plus rapidement possible, face à l’urgence sanitaire causée par cette pandémie. »

Plus loin un objectif ambitieux : produire plus de 500 000 traitements d’ici octobre et plus d’un million d’ici la fin de cette année. « Nous maintenons un effort constant et intense, tout en attendant de connaître les données cliniques qui permettront de savoir si remdesivir est un médicament sûr et efficace » conclut le CEO.

Ne pas pécher par naïveté, certes. Mais observer néanmoins, en temps de pandémie, l’évolution rapide de la communication de l’un des géants de Big Pharma. Et attendre que le même phénomène se produise à la direction de Sanofi Aventis, toujours aussi ambiguë quant à l’usage qui peut ou non être fait de son hydroxychloroquine (Plaquénil) contre le Covid-19.

A demain @jynau