Cigarette électronique, médias et manquements à l’éthique: questions à propos d’une «rétractation »

Bonjour

Tout n’est pas toujours glorieux en matière de science et de publications scientifiques. Dans ce monde la faute, le manquement à l’éthique a un méchant nom, celui de « rétractation ». En voici un exemple éclairant, parfaitement résumé sur le site vapolitique.blogspot par Philippe Poirson.  

Ainsi donc il aura fallu huit mois pour que le Journal of American Heart Association (JAHA) rétracte une publication centrée sur « le vapotage et les crises cardiaques ». « Le manuscrit de Bhatta et Glantz a fait l’objet d’un examen approfondi et complet au cours des 7 derniers mois et le processus est désormais terminé. Au 18/02/20, JAHA a rétracté le document », a déclaré Michelle Kirkwood, porte-parole de l’American Heart Association (AHA), l’association de cardiologie américaine qui édite la revue JAHA, au site Reason

« Très médiatisée à sa sortie, l’étude 1 affirmait de manière erronée un lien de causalité entre vapotage et crise cardiaque, résume Philippe Poirson. Les chercheurs Stanton Glantz et Dharma Bhatta, de l’Université de San Francisco, avaient comptabilisé dans leurs calculs les crises cardiaques survenues chez des vapoteurs avant qu’ils ne se mettent à vapoter pour incriminer le vapotage. Une violation du principe basique selon lequel la cause précède l’effet. 

Dans un premier temps, Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat, de l’Université de Louisville, avaient mis en évidence l’incohérence. « Les principales conclusions de l’étude Bhatta-Glantz sont fausses et invalides », avaient écrit Rodu et Plurphanswat le 11 juillet au JAHA. La revue avait répondu mollement fin octobre. Le statisticien Pr Andrew Gelman avait ensuite confirmé l’erreur méthodologique. Enfin, début janvier, seize chercheurs de renoms avaient à leur tour écrit à la revue pour demander des clarifications sur cette publication. La plupart des commentaires d’experts se trouvent sur le site PubPeer. »

Aujourd’hui, JAHA rétracte enfin la publication frauduleuse. L’explication des éditeurs est, pour Philippe Poirson,  « confondante » :

« Lors de l’examen par les pairs, les examinateurs ont identifié la question importante de savoir si les infarctus du myocarde se sont produits avant ou après que les répondants ont commencé à utiliser la cigarette électronique et ont demandé aux auteurs d’utiliser des données supplémentaires dans le livre de codes PATH (âge du premier IM et âge de la première utilisation de vapotage) pour répondre à cette préoccupation », explique la revue JAHA

« En d’autres termes, même avant la publication, les  éditeurs et les examinateurs du JAHA ont reconnu qu’il y avait un problème logique à affirmer un lien de causalité entre l’utilisation du vapotage et les crises cardiaques sur la base de cas antérieurs à l’utilisation du vapotage, commente Jacob Sullum sur le site ReasonIls ont demandé à Bhatta et Glantz de résoudre ce problème crucial, et les auteurs n’ont pas réussi à le faire, bien que la base de données PATH contenait les informations nécessaires ».

Et Philippe Poirson de soulever une question bien délicate, celle de la responsabilité des nombreux organes de presse et des organisations qui ont repris les conclusions frauduleuses de cette étude. En premier lieu, dit-il, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), notamment lors du 146e Conseil exécutif devant les délégués à Genève le 4 février.  Et, d’autre part, le « pool santé » de l’Agence France Presse ainsi que « les nombreux médias » qui ont répandu cette désinformation durant ses huit derniers mois, sans tenir compte des critiques fondées contre cette fraude. 

« Que vont-ils faire, demande-t-il, pour réparer les torts causés au public, en particulier aux millions de fumeurs abusés par cette désinformation et qui ont renoncé à arrêter de fumer avec le vapotage ? » C’est une bonne question. Qui y répondra ?

A demain @jynau

1. Bhatta DN, Glantz SA. Electronic Cigarette Use and Myocardial Infarction Among Adults in the US Population Assessment of Tobacco and Health. J Am Heart Assoc. 2019;8:e012317. DOI: 10.1161/JAHA.119.012317.

Réchauffement climatique: mille scientifiques nous exhortent à la «désobéissance civile»

Bonjour

20/02/2020. Sur fond de collapsologie et de violentes colères montantes voici une sombre tribune, sans précédent, mise en ligne sur le site du Monde :

« Nous, soussignés, représentons des disciplines et domaines académiques différents. Les vues que nous exprimons ici nous engagent et n’engagent pas les institutions pour lesquelles nous travaillons. Quels que soient nos domaines d’expertise, nous faisons tous le même constat : depuis des décennies, les gouvernements successifs ont été incapables de mettre en place des actions fortes et rapides pour faire face à la crise climatique et environnementale dont l’urgence croît tous les jours. Cette inertie ne peut plus être tolérée (…).

 « Les sociétés humaines ne peuvent continuer à ignorer l’impact de leurs activités sur la planète sans en subir les conséquences, comme l’ont montré de longue date et chaque jour plus clairement de nombreuses études reflétant le consensus scientifique. Si nous persistons dans cette voie, le futur de notre espèce est sombre.

Notre gouvernement se rend complice de cette situation en négligeant le principe de précaution et en ne reconnaissant pas qu’une croissance infinie sur une planète aux ressources finies est tout simplement une impasse. Les objectifs de croissance économique qu’il défend sont en contradiction totale avec le changement radical de modèle économique et productif qu’il est indispensable d’engager sans délai. »

Les mille signataires 1 dénoncent encore les politiques françaises actuelles en matière climatique et de protection de la biodiversité : elles sont selon eux encore « très loin d’être à la hauteur des enjeux et de l’urgence auxquels nous faisons face ». Et d’ajouter que, loin de confirmer une prétendue opposition entre écologie et justice sociale, le mouvement des « gilets jaunes » « a dénoncé à juste titre l’inconséquence et l’hypocrisie de politiques qui voudraient d’un côté imposer la sobriété aux citoyens tout en promouvant de l’autre un consumérisme débridé et un libéralisme économique inégalitaire et prédateur ».

On connaît les conséquences de ces convictions : « continuer à promouvoir des technologies superflues et énergivores comme la 5G ou la voiture autonome est irresponsable à l’heure où nos modes de vie doivent évoluer vers plus de frugalité et où nos efforts collectifs doivent être concentrés sur la transition écologique et sociale ». Traduction :

« Nous appelons à participer aux actions de désobéissance civile menées par les mouvements écologistes, qu’ils soient historiques (Amis de la Terre, Attac, Confédération paysanne, Greenpeace…) ou formés plus récemment (Action non-violente COP21, Extinction Rebellion, Youth for Climate…). »

Cet appel à la « désobéissance civile » n’interdit pas le respect des règles démocratiques. Les signataires demandent aussi aux pouvoirs publics ede dire la vérité concernant la gravité et l’urgence de la situation » – à savoir que « notre mode de vie actuel et la croissance économique ne sont pas compatibles avec la limitation du dérèglement climatique à des niveaux acceptables ».

Ils appellent les responsables politiques nationaux comme locaux « à prendre des mesures immédiates pour réduire véritablement l’empreinte carbone de la France et stopper l’érosion de la biodiversité ». Ils exhortent, enfin, l’exécutif et le Parlement « à faire passer les enjeux environnementaux avant les intérêts privés (…) ».

Rappel : la « désobéissance civile » est le refus assumé et public de se soumettre à une loi, un règlement, une organisation ou un pouvoir jugé inique par ceux qui le contestent, tout en faisant de ce refus une arme de combat pacifique. Le terme fut créé par l’américain Henry David Thoreau dans son essai La Désobéissance civile (1849). Parlait-on, déjà, de modes de vie devant évoluer à la fois vers plus de frugalité etde respect de la biodiversité ?

A demain @jynau

1 Liste des mille premiers signataires.

Conseil de lecture : Debray R. « Le Siècle Vert. Un changement de civilisation » Editions Gallimard, Collection Tracts. «Un autre monde est en train de naître devant nos yeux. Un autre esprit, dans nos façons de penser, d’espérer et d’avoir peur. L’angoisse écologique qui donne sa couleur au siècle nouveau n’annonce rien moins, pour notre civilisation, qu’un changement d’englobant. Ce fut l’Histoire, ce sera la Nature. De quoi prendre le vert au sérieux
Régis Debray.

Un détenu âgé de 17 ans s’est suicidé par pendaison à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis

Bonjour

C’est une tragédie en 300 caractères diffusés par l’AFP :

« Un détenu mineur de 17 ans incarcéré à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne), plus grande prison d’Europe, s’est suicidé lundi soir dans sa cellule, a-t-on appris mercredi auprès du parquet d’Evry. Le corps sans vie de ce jeune mineur isolé marocain a été retrouvé lundi vers 22H00 par les surveillants, pendu dans sa cellule avec ses draps, a indiqué la source. »

Le suicidé avait été condamné le 5 février par un juge des enfants parisien « pour des vols avec violence et maintenu en détention. » Comme à chaque décès en prison, une enquête a été ouverte en «recherche des causes de la mort». Ce décès a représenté «un choc pour les équipes en place», a expliqué à l’AFP la direction de l’administration pénitentiaire.

Les suicides de mineurs en détention sont «rares» précise l’Agence. Il y en a eu un, en France, en 2019. Et le suicide de ce mineur isolé marocain est le premier en 2020. Depuis le 1er janvier, au total, 21 détenus ont mis fin à leurs jours dans les prisons françaises, une hausse importante par rapport à la même période l’année dernière, marquée par onze suicides. Au 1er janvier, il y avait, en France, 804 mineurs détenus sur un total de 70.651 prisonniers.

A demain @jynau

Covid-19 et risque pandémique. Le jour où le virus aura atteint le vaste continent africain

Bonjour

19 février 2020. Bulletin quotidien : 75 200 cas, 2012 morts.Un jour prochain il faudra traiter du continent africain. Et pourquoi pas dès aujourd’hui, comme nous y incite The Lancet avec une publication originale : « Preparedness and vulnerability of African countries against importations of COVID-19: a modelling study » 1 Published Online February 19, 2020 https://doi.org/10.1016/ S0140-6736(20)30411-6

Où il apparaît que l’Egypte, l’Algérie et l’Afrique du Sud sont les pays a priori les plus exposés au risque d’apparition de l’épidémie due au nouveau coronavirus chinois. Mais ce sont aussi les pays qui disposent des systèmes de santé les plus préparés du continent et qui, à ce titre sont les moins vulnérables. Les pays à risque modéré (Nigéria, Éthiopie, Soudan, Angola, Tanzanie, Ghana et Kenya) sont quant à eux moins préparés et plus vulnérables. A ce titre il auraient impérativement ont d’un soutien pour les aider à détecter et à gérer les cas importés de Covid-19.

Ces résultats proviennent d’une étude de modélisation qui estime la préparation (la capacité du système de santé) et la vulnérabilité (les conditions démographiques, environnementales, socioéconomiques et politiques qui pourraient avoir une incidence sur la capacité d’un pays à réagir) des pays africains. Sans oublier leur probabilité d’importer des cas de Covid-19 de Chine. Le risque global d’importation de cas en Afrique est plus faible qu’en Europe mais que la capacité de réponse et de réaction est plus limitée en Afrique.

Il faut ici savoir que la Chine est le premier partenaire commercial de l’Afrique et que l’Algérie, l’Éthiopie, l’Afrique du Sud et le Nigéria ont été inclus dans les treize pays prioritaires identifiés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), sur la base de leurs liens directs et du volume de leurs voyages en Chine. Un premier cas africain officiel de Covid-19  a été confirmé en Egypte le 14 février 2020.

« Plusieurs mesures visant à empêcher l’importation de cas en provenance de Chine ont déjà été mises en œuvre dans de nombreux pays africains, résume The Lancet.  Cependant, la limitation et le contrôle de la transmission après l’importation nécessitent des mesures supplémentaires : surveillance accrue, identification rapide des cas suspects, transfert et l’isolement des patients, diagnostic rapide, recherche des contacts e suivi des contacts potentiels. Ces mesures nécessitent une expertise et des ressources techniques et opérationnelles, qui dépendent fortement des systèmes de santé.

 «Les pays africains ont récemment renforcé leur état de préparation pour gérer les importations de cas de Covid-19, y compris la surveillance des aéroports, le contrôle de la température aux points d’entrée, les recommandations pour éviter les voyages en Chine et l’amélioration des informations sanitaires fournies aux professionnels de la santé et au grand public. Publique. Cependant, certains pays restent mal équipés », explique le Dr Vittoria Colizza (Inserm, Université de la Sorbonne, France) qui a dirigé ce travail.

Elle ajoute :

«Alors que près des trois quarts de tous les pays africains ont un plan de préparation à une pandémie de grippe, la plupart sont dépassés et jugés insuffisants pour faire face à une pandémie mondiale. En outre, malgré les efforts déployés par l’OMS pour améliorer la capacité de diagnostic, certains pays ne disposent pas des ressources nécessaires pour tester rapidement le virus, ce qui signifie que des tests devront être effectués dans d’autres pays.

« Il est essentiel de former, d’équiper et de renforcer les capacités de diagnostic des laboratoires hospitaliers proches des maladies infectieuses et des services d’urgence afin de réduire le délai de livraison des résultats, de gérer plus rapidement les cas confirmés et les contacts, et de préserver des mesures strictes de contrôle des infections. De même, l’augmentation du nombre de lits et de fournitures disponibles dans les pays à ressources limitées est cruciale pour préparer une éventuelle transmission locale après l’importation.»

On peut le dire autrement : nous sommes d’ores et déjà ici confronté à un possible problème de santé publique majeur.

A demain @jynau

1 Marius Gilbert, Giulia Pullano, Francesco Pinotti, Eugenio Valdano, Chiara Poletto, Pierre-Yves Boëlle, Eric D’Ortenzio, Yazdan Yazdanpanah, Serge Paul Eholie, Mathias Altmann, Bernardo Gutierrez, Moritz U G Kraemer, Vittoria Colizza. This study was funded by the EU Framework Programme for Research and Innovation Horizon 2020, Agence Nationale de la Recherche. It was conducted by researchers from Université Libre de Bruxelles, Fonds National de la Recherche Scientifiques, INSERM, Sorbonne Université, Institut Pierre Louis d’Epidémiologie et de Santé Publique, Networks and Services Laboratory at Orange Experience Design Laboratory Chatillion, The Semel Institute for Neuroscience and Human Behavior, David Geffen School of Medicine, University of California Los Angeles, Université de Paris, Bichat Claude Bernard Hospital, Assistance publique–Hôpitaux de Paris, Centre Hospitalier Universitaire de Treichville, Université Félix Houphouet-Boigny, Maladies Infectieuses Dans Les Pays à Ressources Limitées, INSERM U1219, University of Bordeaux, University of Oxford, Harvard Medical School, Harvard University, Boston Children’s Hospital.

Débat politique : MM Christophe Castaner et Olivier Faure se font la guerre sur France Inter

Bonjour

19 février 2020. Jusqu’où descendra-t-on sous la ligne de flottaison ? Les citoyens-auditeurs de France Inter ont, ce matin, dressé l’oreille à la fin de l’échange entre les journalistes et Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur. Tout avait été presque parfait : le ministre expliquait ce qu’avait dit la veille le Président sur les mosquées, l’islam, la laïcité menacée …. Colères et menaces rentrées… Puis, soudain, la fin, explosive, quand on aborda l’affaire Griveaux des vidéos-intimes-à-caractère-sexuel-mises-sur-les-réseaux-sociaux. Politique et morale, morale personnelle et vie publique, intimité et liberté … Erreur ou faute …  Et puis, soudain, cette sortie ministérielle concernant Olivier Faure, premier secrétaire du Part socialiste :

 « Les politiques doivent rester des femmes et des hommes, sinon ils se coupent de la réalité. Je suis un père de famile. (…) J’ai été surpris d’entendre à votre micro Olivier Faure, que je connais bien et que j’ai accompagné dans ses divorces, dans ses séparations … J’ai été assez étonné de ses leçons de morale. ».

Rappel, sur cette même antenne, début février, M. Faure s’était tristement illustré en comparant certains de ses anciens amis politiques socialistes à des « alcooliques anonymes ». Ce n’est pas cette comparaison qui avait semble-t-il heurté l’actuel ministre de l’Intérieur. Mais celle-ci, au même micro matinal, le 17 février, à propos de la vidéo de l’ancien candidat à la mairie de Paris :

« Quand vous êtes un décideur public, un ministre, vous devez prendre toutes les précautions d’usage, pour ne jamais être à portée des maîtres chanteurs. Imaginez une vidéo qui ne serait pas diffusée, et un maître chanteur qui en permanence revient vous voir pour vous faire prendre des décisions sous menace de la diffuser. Il ne faut jamais se rendre vulnérable. »  

Rancœur et ligne de flottaison

Olivier Faure avait alors précisé toutefois qu’il ne souhaiterait pas une telle mésaventure « à son pire ennemi ». Et aussitôt, ce matin, M. Faure de convoquer une conférence de presse pour réagir à la saillie de Christophe Castaner. « L’affaire est trop grave », fait-on remarquer au cabinet du premier secrétaire du Parti socialiste. « Le député de Seine-et-Marne estime qu’une attaque sur la vie privée d’un opposant mérite une riposte et veut ainsi rappeler solennellement quelques principes du débat public » rapporte Le Monde (Sylvia Zappi). Et notre consœur de se souvenir :

« MM. Castaner et Faure se connaissent bien. Avec Benoît Hamon, ils ont tous les deux fait leurs classes chez les jeunes rocardiens et sont restés longtemps proches au sein du PS. Membres des mêmes courants et partageant la même approche sociale-démocrate. Jusqu’à ce que le maire de Forcalquier rompe avec le PS et rejoigne le mouvement En marche d’Emmanuel Macron. Depuis, la rancœur s’est installée. »

Christophe Castaner avait été ciblé par M. Faure après le « moment de détente » que le ministre de l’Intérieur s’était octroyé dans une boîte de nuit parisienne en mars 2019, en plein mouvement des « gilets jaunes ». « Quand on est ministre de l’intérieur, on est 24 heures sur 24 au service de la République. Imaginez qu’à l’heure où il était en boîte de nuit, il y ait eu un attentat. Imaginez qu’on l’ait retrouvé à moitié saoul. Il y a quand même une dignité à assumer jour et nuit », avait-il déclaré.

Aujourd’hui M. Castaner rappelle qu’il a passé la dernière nuit de la Saint-Sylvestre avec les gendarmes, les pompiers et les policiers. Depuis quelques heures de nombreuses personnalités ont critiqué les propos de Christophe Castaner. « Ministre de l’intérieur de la cour de recréation. Franchement, on savait que ça volait pas très haut, mais là on atteint un niveau… », a tweeté Raphaël Glucksmann, député européen élu apparenté PS. « On savait que c’était un mauvais ministre, c’est aussi un mauvais pote ! Et puis sur la morale d’un autre siècle », a enchaîné Elsa Faucillon, députée PCF des Hauts-de-Seine.

Jusqu’à la droite où la saillie a choqué. Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat.

 « Olivier Faure a rappelé une évidence : Benjamin Griveaux a manqué de prudence et a commis une faute. En attaquant Olivier Faure sur sa vie privée, Christophe Castaner fait la preuve de la bassesse dont est capable ce pouvoir qui dégrade chaque jour davantage le climat politique ».

Pour sa part Olivier Faure a tenu une conférence presse le même jour à l’Assemblée nationale. «Christophe Castaner a commis une faute grave, a-t-il dénoncé. Dès lors, il appartient au président de la République, garant de nos institutions, de convoquer le ministre de l’Intérieur dans les meilleurs délais et d’en tirer les conséquences.»

Est-ce une nouvelle menace ? Qui nous dira où se situe la ligne de flottaison ? Et qui, le moment venu, écopera ?

A demain @jynau

Covid-19 et croisières : l'OMS, dépassée par les événements, navigue désormais à courte vue

Bonjour

19 février 2020. Bulletin quotidien : 75 200 cas, 2012 morts. A Genève, citant une étude du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies portant sur plus de 72 000 cas, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a précisé que plus de 80 % des patients souffraient d’une forme bénigne de la maladie. Toujours selon ce travail, jusqu’à 39 ans, le taux de mortalité du Covid-19 reste très bas avant 40 ans 0,2 %), puis s’élève progressivement avec l’âge. Que deviennent les 20% souffrant d’une forme « non-bénigne » ? Le patron de l’OMS ne le dit pas.

Jusqu’à présent le principal foyer de contamination hors de Chine demeurait le désormais célèbre paquebot de croisière Diamond-Princess, dont l’évacuation vient de commencer. On se souvient qu’il avait été été placé en quarantaine début février dans le port de Yokohama, près de Tokyo, avec plus de 3 700 personnes à son bord – 2 666 croisiéristes et 1 045 membres d’équipage. Selon le dernier bilan 542 personnes étaient désormais contaminées à bord – soit 88 cas de plus que la veille. A bord, les passagers étaient confinés dans leurs cabines mais pouvaient sortir pour de brèves promenades sur un pont du navire avec l’obligation de porter un masque, des gants et rester à distance des autres croisiéristes. On attend, ici, les témoiganges « vécus ».

La période de quarantaine étant théoriquement terminée aujourd’hui (rappelons que la période maximale d’incubation supposée de la maladie Covid-19 est de quatorze jours) cinq cents passagers ne présentant pas de symptômes (dont les tests se sont révélés négatifs, qui n’ont pas eu de contact avec des personnes porteuses du virus) ont commencé à débarquer mercredi. Une fois libérées, elles ne subiront « aucune restriction à leurs mouvements ». Le débarquement des milliers d’autres passagers devrait se poursuivre durant plusieurs jours, les personnes étant testées négatives au coronavirus pouvant progressivement être évacuées.

« Gestion totalement cahotique de la crise »

Les personnes à bord sont originaires de cinquante-six pays et territoires, dont la moitié du Japon, selon l’opérateur américain Princess Cruises, qui décompte également des centaines d’employés philippins et des centaines de croisiéristes américains. 

Monté à bord du bâtiment, le Pr Kentaro Iwata, spécialiste japonais des maladies infectieuses à l’université de Kobe, a fait grand bruit en qualifiant de « totalement chaotique » la gestion de la crise du coronavirus par Tokyo dans des vidéos vues des centaines de milliers de fois. « Ce navire est totalement inapproprié au contrôle de propagation des infections. Il n’y a pas de distinction entre les zones vertes (saines) et rouges (celles potentiellement infectées) » et « le personnel peut circuler d’un endroit à l’autre, manger, téléphoner », raconte-t-il. « J’ai été en Afrique pour traiter l’épidémie d’Ebola. J’ai été dans d’autres pays pour le choléra, en Chine en 2003 pour m’occuper du SRAS (…). Jamais je n’ai eu peur d’être moi-même infecté, dit-il dans la vidéo en anglais. Mais à l’intérieur du Diamond-Princess, j’ai eu peur (…) car il n’y avait aucun moyen de dire où se trouvait le virus. » Il s’est déclaré si inquiet qu’il s’est placé en quarantaine pour quatorze jours afin de ne pas risquer de contaminer sa famille.

Hypermédiatisée l’affaire du Diamond Princess (comme celle d’autres paquebots de croisière « contaminés ») a bouleversé ce secteur de l’économie touristique. Le nombre et la concentration-promiscuité des passagers associés aux contraintes des mises en quarantaine changent brutalement la donne. Au point que l’OMS elle-même s’interroge.

«  Si nous devons interrompre toutes les croisières du monde au cas où il y aurait un contact potentiel avec un possible agent pathogène, où nous arrêterons-nous ? », vient ainsi de déclarer  le Dr Michael Ryan, directeur des urgences de l’OMS. On se souvient que l’organisation onusienne s’était déjà prononcée contre la restriction brutale des voyages – et que son message avait alors été superbement ignoré. Aujourd’hui les Etats-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont, entre autres,  interdit l’entrée sur leur territoire aux étrangers s’étant récemment rendus en Chine. Jusqu’à la Russie qui vient d’annoncer qu’elle fermait ses frontières aux ressortissants chinois – prenant le risque de réveiller les mânes marxistes-léninistes.  

Des raisons d’espérer ? Face à l’épidémie, Pékin vient d’annonder une exemption des « droits de douane punitifs » qu’il imposait dans le cadre de sa guerre commerciale avec Washington sur certains produits médicaux américains. Des équipements utilisés pour la transfusion de patients ou pour mesurer la pression artérielle seront ainsi exemptés à partir du 2 mars.

A Macao, les célèbres casinos rouvriront sous peu, après la décision des autorités sanitaires de mettre fin à deux semaines de fermeture.

A demain @jynau

Infirmière poignardée : le ministre Olivier Véran aura-t-il le courage de lui rendre hommage ?

Bonjour

Le 13 février une infirmière, âgée de 30 ans, était mortellement poignardée à l’arme blanche par un patient d’une unité psychiatrique à Thouars, dans les Deux-Sèvres. L’infirmière, mère de deux enfants, a été agressée par un patient, âgé de 20 ans, qui cherchait à quitter cette unité psychiatrique du Centre hospitalier Nord Deux-Sèvres. Il lui a porté un coup de couteau au thorax, manquant de blesser également une autre infirmière. Héliportée au CHU de Poitiers, la jeune femme est morte dans l’après-middi.

Ce drame a rapidement suscité une vive émotion dans la communauté nationale des soignants en psychiatrie. D’emblée  Le Monde renvoyait à « La psychiatrie ‘’au bord de l’implosion’’ en France » (18 septembre 2019). Puis vint un texte remarquable du « Printemps de la psychiatrie ». 

« (…) Il est inacceptable qu’une professionnelle de santé meurt dans l’exercice de ses fonctions. Il est inacceptable qu’une personne hospitalisée pour des soins recourt à un tel acte de violence. Il est également inacceptable que toute cette horreur se produisent dans le climat de destruction de l’hôpital public et de la psychiatrie publique en particulier (…)

« Ce que nous savons, de manière générale, c’est que depuis 2008 l’augmentation des moyens en psychiatrie finance exclusivement du sécuritaire (chambres d’isolement, caméras de surveillance, renforcement de la hauteur des murs…). Aucun investissement dans des moyens humains n’a été fait sauf à créer des unités pour malades difficiles et des unités d’hospitalisation spécialement aménagées (UHSA) pour les détenus.

«  Douze ans plus tard, après des mois de lutte, les soignants sont toujours dans la rue pour dénoncer la honte quotidienne dans l’exercice de leur travail, l’indignité des conditions d’accueil et de soins des patients, les tensions régnantes à l’hôpital tant avec l’administration, entre collègues, avec les usagers etc.

«  Depuis plus d’une dizaine d’années, les rapports du contrôleur général des lieux de privation de liberté indiquent la déshumanisation globale qui règne dans la psychiatrie publique, le sous-effectif, le manque de formation, les maltraitances ordinaires… Quand allons-nous arrêter ces politiques criminelles qui sont un terrain propice à ce que le pire surgisse ? »

Partager la peine de la famille endeuillée

Nous sommes le 19 février et l’on parle à nouveau de la mort de l’infirmière poignardée. C’était à l’Assemblée nationale lors des questions au gouvernement. Caroline Fiat, 43 ans, est une députée « insoumise » élue de Meurthe-et-Moselle. Elle est aussi la première aide-soignante à siéger dans l’Hémicycle. Caroline Fiat a ; hier, voulu rendre hommage à l’infirmière poignardée en réclamant une minute de silence, démarche à laquelle s’est opposé le président Richard Ferrand (LREM).

 «Nous avons passé le week-end à n’entendre parler, bien malgré nous, que de l’élection municipale à Paris, occultant toute l’actualité, notamment le 14 février où le personnel hospitalier s’est mobilisé pour clamer son amour à l’hôpital public, a-t-elle expliqué. Pire encore, a été passé sous silence le meurtre d’une jeune collègue (…) poignardée à mort par un patient. »

On attendait, ici, un consensus, une preuve, fût-elle fugace, de cette humanité qui avait tant manqué aux députés marcheurs lors de l’affaire du congé parental après le deuil d’un enfant. C’était oublier le macronien Richard Ferrand, ancien socialiste devenu président de l’Assemblée nationale.

Caroline Fiat : « Alors que je propose de rendre hommage à une professionnelle de santé assassinée en observant une minute de silence à sa mémoire, le Président de l’Assemblée nationale me retire la parole ! Ce refus n’honore pas notre Assemblée. #DirectAN #psychiatrie #QAG Or dès qu’un fonctionnaire d’Etat décède dans l’exercice de ses fonctions, il est d’usage de lui rendre hommage par une minute de silence dans cet Hémicycle.»

 Richard Ferrand :  «Mme Fiat, nous sommes tous sensibles à l’émotion provoquée par le drame que vous venez d’évoquer, mais ainsi que je l’ai indiqué au président de votre groupe, l’usage limite la pratique des minutes de silence à des cas exceptionnels et solennels, et il ne peut y avoir dans cet hémicycle de minutes de silence à l’initiative d’un député ou d’un groupe» 

«Permettez-moi aussi de vous dire que sur tous les bancs siègent des professionnels de santé et que chacun ici partage la peine de la famille endeuillée», a-t-il poursuivi, avant de retirer parole à Caroline Fiat. La députée insoumise était debout, les larmes aux yeux.

Agnès Buzyn n’est plus ici pour donner son point de vue, elle qui, un instant, parla de redonner un souffle à la psychiatrie française. Aujourd’hui elle entend conquérir Paris, fait la une du Parisien (« Je n’ai peur de rien !») 1. A sa place, sur le banc du gouvernement, l’hyperactif Dr Olivier Véran. Aura-t-il le temps de partager la peine de la famille endeuillée, de rendre hommage à l’infirmière poignardée ?

A demain @jynau

1 Interrogée sur le fait qu’elle a quitté le ministère « en larmes », Agnès Buzyn répond :

« J’ai dû prendre ma décision d’être candidate en 24 heures. C’est normal d’avoir de l’émotion quand on quitte des gens qu’on aime. Partir d’un ministère dans lequel on a été pleinement engagée, qui correspond à ce que je suis en tant que femme, en tant qu’ ancien médecin, cela m’a obligée à évoluer en un temps très court. Ça n’enlève rien à mon envie d’exercer le mandat de maire. C’est le plus beau mandat. »