Le lobby alcoolier vient-il aujourd’hui d’entrer en majesté dans le Palais de l’Elysée ?

Bonjour

Est-ce une simple conseillère affûtée ou le lobby alcoolier qui fait une entrée en majesté à l’Elysée ? Sommes-nous confronté à un conflit majeur d’intérêts face auquel la ministre de la Santé (et des Solidarités) apparaît comme désarmée ? Toujours est-il qu’Audrey Bourolleau, 37 ans, a été nommée, lundi 22 mai, « conseillère agriculture, pêche, forêt et développement rural » auprès du président de la République. Mme Bourolleau était il y a peu encore déléguée générale de « Vin et société ». C’est là un organisme particulièrement actif chargé de défendre les intérêts de la filière viticole française et dont nous avons été souvent amené à parler sur ce blog. Le Monde fait observer que cette nomination a été saluée par un communiqué de « Vin et société » :

« Audrey Bourolleau avait rejoint Vin & Société en tant que Déléguée Générale en novembre  2012. Sa mission était de mettre en  œuvre les actions sociétales et politiques de la filière  viticole. Audrey Bourolleau a  conçu et  mis en œuvre le volet consommation responsable, éducation et œnotourisme de Vin & Société. Elle a en particulier lancé le portail de la prévention en ligne, piloté la 1ère campagne d’information sur les repères de consommation en décembre 2015 (…) Audrey s’était mise en disponibilité le temps de la campagne présidentielle  durant laquelle  elle était référente agricole pour le mouvement En Marche !.  Elle a choisi de quitter ses fonctions le 2 mai dernier. »

Heineken

Diplômée de l’ESC de La Rochelle, Mme Bourolleau ne s’est pas passionnée que pour le vin. Le Monde rapporte qu’elle a (jusqu’ici) fait l’essentiel de sa carrière dans le monde du vin et de la bière. D’abord chez Baron Philippe de Rothschild France Distribution, puis chez Heineken, avant de prendre la direction de l’Union des Côtes de Bordeaux.

« L’un de ses principaux faits d’arme a été d’obtenir, lors de l’examen de la loi santé en 2015, le détricotage de la loi Evin qui encadre la publicité sur les boissons alcoolisées en France depuis 1991, ajoute le quotidien vespéral. Les parlementaires avaient fortement assoupli les conditions dans lesquelles il était possible de faire la promotion du vin en dépit de l’opposition de la ministre de la santé Marisol Touraine. Une mesure qui avait reçu la bénédiction du chef de l’Etat François Hollande et de son ministre de l’économie, Emmanuel Macron.» 

On se souvient peut-être des critiques d’une particulière virulence exprimées (dans L’Humanité) par l’actuelle ministre de la Santé, Agnès Buzyn – alors présidente de l’Institut national du cancer. Une vive polémique avait aussi opposé la Haute Autorité de Santé (qu’allait présider Mme Buzyn) à l’association « Vin et Société ».

Grain de raison

Audrey Bourolleau avait par ailleurs magistralement piloté une campagne de communication fin 2015 qui avait elle aussi suscité de très vives polémiques. Sous le slogan « Aimer le vin, c’est aussi avoir un grain de raison », cette opération se proposait de donner aux Français les « repères de consommation » de vin, baptisés « 2.3.4.0 ». Soit deux verres maximum par jour pour une femme, trois verres pour un homme, quatre en une seule occasion et 0 un jour par semaine. Des repères aujourd’hui revus à la baisse par les autorités sanitaires sur lesquelles la ministre de la Santé a la tutelle. Puis, l’été dernier, l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie avait accusé « Vin et société » de mensonges.

Est-ce une simple conseillère dynamique, compétente et affûtée ou le lobby alcoolier qui fait une entrée en majesté à l’Elysée ?

A demain

 

Déserts : à Laigneville (Oise) il est interdit de mourir à domicile (arrêté municipal)

 

Bonjour

Jusqu’où ne pas aller avec la symbolique des déserts ? Nous sommes dans celui de Laigneville, département de l’Oise. A mi-chemin de Paris et d’Amiens – sur une voie jadis empruntée par le jeune Emmanuel Macron. Entre quatre et cinq quatre mille habitants. Le maire se nomme Christophe Dietrich. Une affaire rapportée par Le Parisien.  

Sans étiquette le maire de Laigneville vient de prendre sa plume et de rédiger un arrêté : « Il est interdit aux Laignevillois de décéder en leur domicile ». Pourquoi en arriver à cette extrémité ? Pour, via les médias, « interpeller les pouvoirs publics ».

Il y a quelques jours, vers 7h30, Christophe Detrich est appelé : le corps sans vie de l’un de ses administrés, âgé de plus de 80 ans vient d’être découvert à son domicile. Impossible de trouver un médecin pouvant délivrer un certificat de décès. « Puisque les sapeurs-pompiers ont constaté des raideurs cadavériques, le Samu ne s’est pas déplacé, c’est normal » reconnaît l’élu, ancien pompier volontaire. Quant à la famille du défunt, elle ne pouvait pas être disponible avant le milieu de journée.

Le Parisien rappelle que la commune de Montataire avait connu un cas similaire en juin 2015. Il avait fallu attendre plus de cinq heures pour constater le décès d’un homme à son domicile. Depuis, rien n’a changé.

« Je me suis fait balader entre le Samu et l’Agence régionale de santé, peste M. Dietrich. Il a fallu cinq heures pour que cette ARS m’envoie une équipe du Smur de Clermont, dont ce n’est pas le boulot ». Pour sa part le Samu 60 explique avoir contacté quinze médecins, sans succès. Le maire, au Courrier picard :

« Vous imaginez les familles ?! La France devient un désert médical. À Laigneville, nous avons deux médecins. Tous deux partent en retraite et ne sont pour le moment pas remplacés. C’est un vrai problème de santé publique. M. Macron veut, en réponse, développer la télémédecine. Mais ce n’est pas ça qui réglera le genre de problème que je rencontre. »

Certains locaux dénoncent le caractère disproportionné de la réaction de l’édile ; se moquent de sa découverte du désert médical dont sa commune est la victime. L’édile n’en a cure. Dans une vidéo publiée via Facebook il qualifie la situation de « crise sanitaire sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale dans un certain nombre de cantons ». Il explique qu’il a eu des contacts avec des médecins, mais que ceux-ci demandaient à être et salariés et logés. « À part mettre un pistolet sur la tempe d’un médecin, je fais quoi moi ? ».

Nul ne sait, mais dans le désert périphérique de Laigneville, soixante kilomètres de Paris, on prie pour que l’élu n’en vienne pas à cette extrémité.

A demain

Vapotage et citoyenneté : la leçon suisse donnée aux hôpitaux universitaires français

 

Bonjour

Le 31 mai prochain : « Journée mondiale sans tabac ». A cette occasion les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) organisent une conférence sur les risques et opportunités des nouveaux vaporisateurs de nicotine et de tabac ». Elle sera donnée par Jean-François Etter, professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Genève. « Jean-François Etter est un expert mondialement reconnu dans le domaine de la dépendance au tabac, soulignent les HUG. Il est l’un des pionniers en matière de recherche sur les cigarettes électroniques. Il donnera son avis sur ces nouvelles technologies. »

La France compte aussi quelques experts au profil similaire à celui de Jean-François Etter. Les CHU français savent-ils qu’ils existent ? La direction générale de l’AP-HP, premier groupe hospitalier d’Europe, s’intéresse-t-elle à la cigarette électronique, ce nouvel outil de lutte contre la première cause évitable de morts prématurées ?

« Une récente étude sur la consommation de cigarettes non-taxées en Suisse montre que la consommation de tabac est presque deux fois plus élevée que les chiffres habituellement admis, rappellent les HUG. En Suisse, près de 9.000 personnes meurent chaque année de maladies dues au tabagisme. Un décès d’adulte sur dix est aujourd’hui lié au tabac. Le tabac tue prématurément la moitié des personnes qui en consomment et fait perdre en moyenne de 18 à 20 années de vie aux fumeurs. »

Faute d’initiatives hospitalo-universitaires françaises Agnès Buzyn, nouvelle ministre de la Santé (et des Solidarités), parlera-t-elle le 31 mai prochain à ses concitoyens ? Si oui, parlera-t-elle de la cigarette électronique ?

A demain

Marisol Touraine devient un cas clinique pour les observateurs médiatiques et politiques

La Fédération du Parti socialiste d’Indre-et-Loire a saisi mardi la commission des conflits du PS en vue d’une sanction pouvant aller jusqu’à une exclusion du PS de Marisol Touraine

Bonjour

Cette affiche fait aujourd’hui la Une des médias généralistes. Elle est devenue un triple symbole : de la nécessaire évolution politique, de l’opportunisme ou d’une trahison trop tardive pour être pardonnée. Dans tous les cas le fait est là : jusqu’ici protégée des médias l’ancienne ministre socialiste de la Santé est désormais devenue un cas clinique. Placée en observation jusqu’aux élections législatives. Pronostic très incertain.

 

Sur Slate.fr Jean-Marie Pottier a épinglé Marisol et son affiche dans la catégorie des « candidats mutants ».

« Ministre de la Santé durant les cinq années de la présidence Hollande, elle a gardé l’investiture PS dans l’Indre-et-Loire mais se présente sur son matériel de candidature comme ‘’candidate de la majorité présidentielle avec Emmanuel Macron’’, écrit-il. Résultat : dans sa circonscription, des militants PS ont décidé de la lâcher et d’appeler à voter pour les candidats écologiste ou France Insoumise, tandis que des militants En Marche! ont fait part de leur ‘’dégoût’’ à l’idée de ne pas avoir de candidat(e). »

Exit les oripeaux socialistes

Dans Libération Lilian Alemagna décrypte l’affiche ligérienne : « Son nom est en bleu ciel. Tout comme la mention ’candidate de la majorité présidentielle avec Emmanuel Macron’’, inscrite sur un liseré jaune. Exit le rose, le vert et tous les oripeaux du Parti socialiste. Marisol Touraine a beau s’être inscrite comme ‘’socialiste’’ en préfecture pour la législative de la 3e circonscription d’Indre-et-Loire, les codes couleur choisis pour son matériel de campagne sont très proches de ceux de La République en marche (LREM). »

Et Marisol Touraine (très critiquée localement et sur les réseaux sociaux pour cette prise de distance avec «l’identité» socialiste) dit à Libération qu’elle «assume» :

«Il n’y a aucune ambiguïté sur le fait que je suis socialiste. Il ne faut pas prendre les gens pour des idiots ! Dans ce document, je rappelle que je suis une femme de gauche, que je suis candidate avec mon histoire, avec mon bilan, avec mes regrets, mes projets…»

Certes. Mais alors, pourquoi avoir choisi l’étiquette «majorité présidentielle» alors qu’elle n’est pas LREM. C’est, dit-elle, parce qu’elle « assume clairement » d’aider Emmanuel Macron à avoir une « majorité qui soit stable » et «de gauche ». « Assumer ? ». Lequel ? Marisol Touraine veut-elle dire « Prendre sur soi, à son compte, avec toutes les implications de ce qu’on assume » ou « Prendre mais sans le faire sien, c’est-à-dire se donner ou recevoir à titre d’hypothèse comme base d’une recherche d’un raisonnement » ?

Vinaigre local

Dans les deux cas, localement, l’affaire tourne vinaigre. « L’ex-ministre a changé d’étiquette pour s’afficher “ Macron ”. Au PS, on crie “ à la trahison ” et des militants appellent à voter pour d’autres candidats annonce La Nouvelle République (Olivier Pouvreau et Pierre Calmeilles):

« Marisol Touraine a-t-elle trahi le PS, ses militants, ses électeurs ? Jusqu’à vendredi dernier et la clôture des candidatures, elle est restée dans le  »flou  ». Elle se disait toujours au PS, mais regardait avec bienveillance du côté d’Emmanuel Macron et de ses ‘’Marcheurs’’. Puis, comme par hasard, elle n’a pas eu de candidat investi La République en marche face à elle en Lochois, ce qui lui dégage bien le terrain.

« Et ce week-end, surprise, elle sautait le fossé. Ses affiches ne présentent plus le logo à la rose « PS », et s’intitulent  ‘’Majorité présidentielle, avec Emmanuel Macron’’. (…)  Des militants et cadres socialistes de tout le département ont lancé un « appel » aux électeurs du Lochois ‘’à ne pas voter pour Mme Touraine en portant leurs votes sur les candidats fidèles aux valeurs de la gauche et de l’écologie’’. Officiellement, la fédération ne dit mot, mais c’est bien une grande partie du PS qui s’insurge de cette « trahison », dont le député frondeur chinonais Laurent Baumel. Il parle lui-même d’un « opportunisme scandaleux » de Marisol Touraine. » 

Après Libération l’intéressée, repartie en campagne, a parlé au journal local : « Je me suis enregistrée à la préfecture en tant que socialiste, mais je dis clairement que, face au choix qui est devant nous entre être dans la majorité ou dans l’opposition, j’assume être dans la majorité présidentielle. » La suppression du logo PS sur la désormais fameuse affiche ? « C’est un choix. Personne ne m’a rien demandé. » Opportunisme scandaleux? Evolution ? Trahison ?

A demain

PS: La Fédération du Parti socialiste d’Indre-et-Loire a saisi mardi 23 mai la commission des conflits en vue d’une sanction pouvant aller jusqu’à une exclusion du PS de Marisol Touraine

Post-vérité politique : Marisol Touraine, in fine, vient de larguer ses amarres socialistes

 

Bonjour

Vaut-il  mieux tard que jamais ? Ministre de la Santé Marisol Touraine s’était bien gardée de soutenir un candidat pendant la campagne présidentielle. Pas Jean-Luc Mélenchon, bien sûr. Mais aucun soutien au camarade Benoît Hamon. Et le brouillard entretenu sur d’éventuelles tractations avec Emmanuel Macron. Tractations d’autant plus pressantes que les sondages évoluaient. Puis un appel à voter utile à la veille du second tour.

Pour autant la ministre (depuis cinq ans) de François Hollande avait fait valoir ses droits: elle avait été investie par le vieux Parti socialiste pour les élections législatives dans la 3ème circonscription d’Indre-et-Loire. Gardez-moi de mes amis… Nouvelles tractations souterraines avec le camp triomphant d’En marche ! Et, finalement, libération de la voie menant au « fief « du donjon de Loches : depuis Paris les généraux macroniens retiraient toute forme d’opposition, au grand dam de la soldatesque locale.

22 mai 2017. In fine l’ancienne ministre a désormais choisi son camp: une croix définitive sur son ancien parti moribond et les bras grands ouverts à un nouvel avenir politique sous une nouvelle bannière. Les affiches sont là où Marisol Touraine s’affiche ouvertement « candidate de la majorité présidentielle avec Emmanuel Macron ». Et des tracts revisités qui ne mentionnent plus nul logo, trace ni couleur du PS !

« Je veux m’engager pour que le quinquennat à venir réussisse, lira-t-on dans sa lettre de candidature où le PS est là aussi absent. Pour cela, dès juin prochain, il faut que le président dispose d’une majorité. Sans cela, la France sera livrée au blocage ou à l’instabilité qui feraient le lit de l’extrémisme. La France ne peut se permettre de retomber dans les jeux d’appareil. Il nous faut donc être utile au président de la République. C’est le sens de ma candidature à l’élection législative des 11 et 18 juin prochains. Il n’y a que deux positions : être dans la majorité ou dans l’opposition, il n’existe pas d’autre option. Je serai dans la majorité. »

La candidate de Loches prend soin de souligner qu’elle n’oublie pas d’où elle vient, la gauche réformiste. L’un de ses grands prêtres avait jadis coutume de dire (après le Cardinal de Retz) que l’on ne sort qu’à son détriment des brouillards de l’ambiguïté.

A demain

Quand Agnès Buzin disait la vérité vraie dans L’Humanité (lobbies, alcools et publicité)

 

Bonjour

Toujours relire ses classiques. Le 1er décembre 2015 Agnès Buzyn, future ministre de la Santé (et des Solidarités) accordait un long entretien à L’Humanité (Alexandre Fache). La présidente de l’Institut National du Cancer s’insurgeait alors contre le « détricotage de la loi Evin » : l’élargissement de la publicité pour l’alcool que les députés (majorité socialiste) venaient (officiellement contre l’avis du gouvernement) d’intégrer à la « loi de santé » alors portée par la socialiste Marisol Touraine.

Il faut relire aujourd’hui ce que la future ministre (sociale-démocrate) déclarait au quotidien (communiste). Une lecture d’autant plus nécessaire que le nouveau président de la République n’a nullement caché, durant la campagne, son intérêt marque pour les vins français de grande qualité :  « Alcool et santé publique : Emmanuel Macron a sacrifié au rite bachique et républicain ». Agnès Buzin, réagissant à « l’assouplissement de la loi Evin » :

« C’est un échec grave pour la santé publique et une victoire des lobbies. Clairement, les industriels ont gagné cette bataille sur le front parlementaire, mais cela ne doit pas faire oublier combien l’alcool, consommé avec excès, peut être dangereux pour la santé. D’autant que la publicité dans ce domaine est redoutablement efficace : plus de pub, c’est une consommation qui va s’accroître, avec les conséquences que l’on sait. Or, la consommation moyenne des plus de 18 ans est déjà très haute en France, de l’ordre de trois verres d’alcool par jour.

Résister « en terrasse »

Nous étions alors peu après les attentats de Paris du 13 novembre.  « Après les attentats, de nombreuses voix ont appelé à résister ‘’en terrasse’’, un verre à la main, observe L’Humanité. Est-ce plus difficile, dans ce contexte, de faire passer un message de prévention sur l’alcool ? »

« Non, parce que nous ne prônons pas l’abstinence, mais la raison. On n’a jamais dit qu’il ne fallait plus boire d’alcool en France. Quand, après les attentats, s’est fait sentir un besoin de réaffirmer notre culture, on ne s’est pas opposé à ce message. Ce que nous tentons de combattre, c’est l’excès d’alcool, ou la consommation quotidienne d’alcool, qui concernent beaucoup de Français et augmentent significativement les risques pour la santé. »

L’Humanité lui demande encore en quoi, précisément, le détricotage publicitaire de la loi Evin pose un problème de santé publique.

« La publicité est déjà très largement ouverte aux alcooliers et les limitations actuelles imposées par la loi Evin sont extrêmement réduites. Cet assouplissement fait tomber les dernières barrières et permettra demain le sponsoring d’émissions de télé par exemple. Or, encore une fois, des études ont montré que chaque euro dépensé en publicité par les alcooliers – et ils en dépensent déjà 460 millions d’euros par an ! – augmente automatiquement la consommation d’alcool : +1% des pubs sur l’alcool, c’est +0,15% de la consommation. C’est d’ailleurs l’objectif de ces publicité s: créer un besoin, qui va accroître la consommation. »

Tourisme et grands alcooliers

Défendre les terroirs viticoles, les vins qui en sont issus et les vignerons qui les élaborent ?

« Franchement, il suffit d’ouvrir n’importe quel hebdomadaire ou supplément dédié à l’alcool, aux terroirs, au tourisme œnologique, pour s’apercevoir que la communication sur ces sujets n’est absolument pas bridée 1 Du moment qu’elles ne font pas l’apologie de la consommation mais qu’elles parlent du goût, de l’odeur, des savoir-faire, ces publicités sont déjà admises. Non, vraiment, on ne peut pas dire que les viticulteurs français soient en peine de communiquer sur leur métier et leurs produits.

« D’ailleurs, cet assouplissement de la loi Evin ne leur profitera pas à eux en premier, mais sans doute plus aux grands alcooliers internationaux, qui ont des moyens bien supérieurs pour investir dans la publicité. C’est donc la consommation de tous les alcools qui augmenterait avec cet assouplissement. On nous parle de relancer l’économie. Mais 500.000 morts en douze ans, plus les malades, les prises en charge, les médicaments, cela ne va pas faire faire des économies à la Sécurité sociale, ça c’est sûr ! »

Agnès Buzyn est aujourd’hui ministre des Solidarités et de la Santé. A ce titre elle a le pouvoir et le devoir d’agir sur la publicité et les comptes de la Sécurité sociale. Va-t-elle décider de retricoter la loi Evin ? L’Humanité lui demandait, le 1er décembre 2015 si l’activisme des lobbies (qui trouvent des oreilles très attentives au Parlement ou à Bercy) était selon elle une fatalité.

« Si je pensais qu’il s’agissait d’une fatalité, j’aurais arrêté de me battre. Mais ce n’est pas le cas. »

Dont acte. Sera-t-elle la ministre de la réduction des risques ?

A demain

1 Dans son édition datée du 23 mai Le Monde publie, dans un « supplément vins », un entretien avec « l’écrivain-dandy » Frédéric Beigbeder. On l’interroge notamment sur ses flacons. Il répond : « Beaucoup de mes vins datent de 1999, l’année de naissance de ma fille. Pour l’instant, elle préfère le mojito. J’ai commencé comme ça aussi. Avec des cocktails. J’ai bu des trucs dégoûtants : du Malibu-ananas, de la vodka-orange, du whisky-Coca… De fil en aiguille, je suis allé vers le vin, mais je ne peux pas dire quel a été le -déclic. Le vin n’existe pas dans les boîtes de nuit ! Tu ne peux pas commander un Pontet-Canet au Montana. »

On l’interroge aussi sur le genre du vin : « J’ai remarqué que les femmes que j’ai connues aiment bien le champagne, alors que j’aime les alcools forts. Mais, avec ma femme, Lara, c’est agréable, on boit en couple – rires – Elle aime le vin. C’est elle qui décide. Au début, elle préférait le blanc de Bourgogne et elle vient progressivement au rouge. »

Boit-il chaque jour ? « Oui, je crois : que ce soit au restaurant ou chez moi, j’ouvre une bouteille. Comme dans tous mes livres, où je parle de vin. Je n’aime pas le baratin autour, mais c’est le mode de vie autour du vin que j’aime. C’est un carburant à conversation. Après, pour séduire, il vaut mieux des alcools blancs que du vin rouge. C’est pour cela que toutes les femmes russes sont si belles. »

 

 

Calomnies et sous-entendus : le Formindep nuit-il à la santé des malades hypertendus ?

 

Bonjour

Retour de volée. Et changement de division. Le 10 mai Agnès Buzyn n’était pas ministre de la Santé (et des Solidarités). Ce jour-là, la présidente de la Haute Autorité de Santé (HAS) recevait une lettre de l’association Formindep qui, comme elle sait le faire, dénonçait une situation structurelle de conflits d’intérêts. Et qui, en l’espèce, réépinglait la HAS. Nous avions, le 11 mai dernier, exposé les éléments de ce dossier – dossier symptomatique à bien des égards.

Co-accusés : la HAS et la Société française d’hypertension artérielle (SFHTA). Or cette dernière n’a guère goûté l’initiative de Formindep. Et elle n’a pas tardé à le faire savoir sous la forme d’un communiqué. Elle va jusqu’à parler  d’« accusations calomnieuses » pour ce qui est des reproches de conflits d’intérêts dans la rédaction d’une « fiche mémo » co-réalisée avec la HAS. Ce qui permet de lever un coin du voile de ce secteur d’activité.

 « La SFHTA, société savante, ne reçoit aucun financement public » rappelle-t-elle. « Elle peut être amenée à recevoir des financements en rapport avec la participation des industriels à son congrès scientifique annuel », mais « ces financements sont essentiellement utilisés pour subventionner la recherche française ».

Conséquences de la défiance

« La fiche mémo sur la prise en charge de l’HTA a été élaborée par un groupe de travail constitué de dix-sept membres dont trois étaient membres de la SFHTA, ajoute-t-elle. Douze organismes professionnels et associations de patients et usagers ont été sollicités pour participer à ce groupe de travail. Vingt-huit organismes professionnels ont été ensuite sollicités pour émettre un avis sur le document. Enfin, trois organismes institutionnels, l’ANSM, la CNAM et la DGS ont formulé leurs avis avant publication. La pluralité du groupe de travail et la qualité du circuit de relecture incluant des organismes institutionnels garantissent l’indépendance éditoriale et la qualité du travail élaboré. »

Mais il y aurait plus grave. Cette société savante révèle ainsi que d’autres polémiques récentes « scientifiquement tout aussi injustifiées » ont été « responsables d’une diminution de la prévention et d’une augmentation de la mortalité cardiovasculaire en raison des arrêts de traitements provoqués par ces campagnes de défiance » 1. Dès lors la SFHTA s’inquiète « des conséquences pour les patients hypertendus » des actions répétées du Formindep ; actions « visant à semer un doute illégitime sur la prise en charge de la première maladie chronique des Français, et qui reste la première cause de mortalité ».

Liens d’intérêts sans intérêts

Et la HAS, qu’a-t-elle à répondre ? Interrogée par Le Quotidien du Médecin elle précise que le sujet de la « fiche mémo » n’était pas « une évaluation des médicaments indiqués dans l’hypertension mais son dépistage, sa prise en charge, les stratégies de prise en charge et les problèmes d’observance que rencontrent les médecins ». « Ce sont les classes médicamenteuses, et non pas les noms commerciaux, qui sont citées dans la note. Ces médicaments sont de plus tous génériqués » souligne la Haute Autorité. Elle explique enfin que les liens d’intérêts déclarés par les membres du groupe de travail n’avaient pas « été retenus comme pertinents, compte tenu du périmètre de la fiche mémo ».

Agnès Buzyn n’aura plus à répondre sur ces liens d’intérêts. Elle a abandonné la présidence de la Haute Autorité de Santé pour devenir ministre de la Santé (et des Solidarités) ; un ministère où, à peine entrée, elle est confrontée à d’autres orages.

A demain

1 Question : la SFHTA a-t-elle les preuves d’une telle affirmation ?