Médecine et Gilets Jaunes : pourquoi ne pas interdire aux personnes âgées de manifester ?

Bonjour

Geneviève Legay, 73 ans, est une militante d’Attac. Une enquête vient d’être  ouverte à Nice sur les circonstances dans lesquelles cette femme a été grièvement blessée, samedi 23 mars, lors d’une charge de la police contre une manifestation de « Gilets Jaunes ». Voici les faits, tels qu’ils sont rapportés par Attac :

« Geneviève Legay, 74 ans, porte-parole d’Attac 06 et militante infatigable pour la paix, a été grièvement blessée par une charge policière, lors de l’acte XIX des Gilets Jaunes le samedi 23 mars à Nice.  Samedi vers 11 h, les CRS ont procédé à une violente charge au cours de laquelle Geneviève est tombée au sol, sa tête heurtant un poteau métallique. De multiples images montrent Geneviève, gilet jaune sur le dos et drapeau arc-en-ciel ‘’Pace’’ dans les mains, avec une attitude totalement non violente, scander ‘’Liberté de manifester’’ peu avant la charge policière.

« Alors que les précédentes mobilisations des Gilets Jaunes à Nice n’avaient pas entraîné de dégradations, Christian Estrosi, maire de la ville, avait demandé et obtenu une interdiction de manifester dans une grande partie de la ville. L’interdiction par le préfet des manifestations et rassemblements dans une grande partie de Nice est illégitime et ne peut justifier d’utiliser la force contre des citoyenˑneˑs qui se rassemblent pacifiquement pour exprimer leurs opinions.

« Attac France condamne la répression des rassemblements pacifiques qui ont eu lieu ce samedi et s’indigne de la grave restriction des libertés publiques actuellement en cours en France. Ce n’est pas par la répression et les violences policières qu’Emmanuel Macron répondra à la légitime demande de justice sociale qui s’exprime partout dans le pays. Attac France exige que toute la lumière soit faite et que les responsabilités de ces actes de violence à l’encontre de Geneviève Legay soient clairement établies. »

Flaque de sang

On a vu ce qu’a fait la police. Et ensuite ? Le procureur de Nice, Jean-Michel Prêtre, a déclaré qu’il avait ouvert « une enquête classique en recherche des causes des blessures ». « J’ai ordonné la saisie des images vidéo, par ailleurs d’excellente qualité, et fait des réquisitions auprès de l’hôpital Pasteur, a ajouté M. Prêtre qui a aussi fait ausculter Geneviève Legay. Elle a été prise en charge par les pompiers avec une qualification d’urgence relative et, à son arrivée à l’hôpital, elle s’est retrouvée avec une appréciation médicale montée d’un cran, qualifiée de pronostic réservé. Quand on se maintient dans une manifestation après les sommations réglementaires pour dire que les gens doivent se disperser, c’est un délit. Pour elle, ce n’est pas si net : là où ça s’est passé, c’était presque en dehors de la place, dans un mouvement confus des forces de l’ordre et des manifestants. »

Ce sont les pompiers qui avaient évacué la blessée. Une flaque de sang restait visible au sol provenant d’une blessure au niveau de la tête, avaient pu constater des journalistes de l’AFP. Elle souffrirait, selon l’une de ses filles, de plusieurs fractures au crâne et d’hématomes sous-duraux.

Et puis ces propos, que l’on peut trouver curieux, tenus par la ministre de la justice, Nicole Belloubet :

« Je trouve tout de même curieux que lorsqu’une manifestation est interdite, comme c’était le cas à Nice, quelqu’un aille absolument avec la volonté de manifester à cet endroit-là. Il y avait quelques périmètres, dans certaines villes, où les manifestations étaient interdites. A la suite de sommations, une personne qui y reste est susceptible de commettre un délit et c’est dans ce cadre là que les événements se sont passés ».

La famille de Geneviève Legay annonce, par le biais de son avocat Me Arié Alimi, vouloir porter plainte « pour violences volontaires en réunion avec arme par personnes dépositaires de l’autorité publique et sur personne vulnérable » Où l’on en vient, en écoutant Mme Belloubet et en songeant à la vulnérabilité de la victime, à se demander si on en viendra, sous peu, à interdire de manifester aux citoyen.ne.s trop âgé.e.s.

A demain

@jyau

 

 

La médecine à la découpe. Le pharmacien promu « prescripteur » et #balancetondéputé

Bonjour

Les prémices d’un grand délitement. Comme la fin d’une époque. L’amorce d’une catastrophe. Ou du moins c’est ressenti comme tel par une large proportion de la profession. On parlera peut-être, dans l’histoire, de la victoire du Dr Thomas Mesnier, jeune urgentiste macronien venu de la Charente à Paris. Et qui aura, via l’Assemblée nationale permis aux pharmaciens de délivrer sans ordonnance (et sous conditions) des médicaments sous prescription médicale obligatoire pour des pathologies « bénignes », comme des « cystites aiguës » ou des « angines ».

Oubliant quelque peu les règles de la confraternité le Dr Mesnier, rapporteur d’un projet de loi simplement intitulé « relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé » était aussi l’auteur d’un amendement « pharmacien » qui suscite l’ire des médecins – un amendement finalement voté malgré la mobilisation de l’opposition, qui a dénoncé l’ouverture d’un « droit de prescription » aux pharmaciens d’officine. L’heure est grave puisque’on a entendu ces pots prononcés par le député Jean-Paul Lecoq (PCF, Seine-Maritime).

« Le médecin a l’apanage du diagnostic et de la prescription médicale : il a été formé pour cela au cours d’une dizaine d’années d’études longues et difficiles. Le pharmacien a l’apanage de l’analyse de l’ordonnance, de la délivrance du médicament et de l’accompagnement du patient […] mais il n’est pas formé pour poser un diagnostic. Le glissement de certaines tâches des médecins vers les pharmaciens fait courir le risque d’une médecine à deux vitesses, low cost ! »

Réplique du macroniste charentais :

« Pas question de donner un droit de prescription aux pharmaciens. L’objectif est de lui permettre, dans le cadre d’un exercice coordonné avec d’autres professionnels de santé, de délivrer des médicaments, selon un protocole mis en place par la Haute Autorité de santé, après une formation ad hoc à ces protocoles, et une obligation relative au lien avec les médecins traitants et à leur information [a expliqué le rapporteur, citant une fois de plus en exemple la cystite] « cette infection urinaire simple qui peut se traiter par antibiotique.»

Agnès Buzyn, médecin mais ministre macronienne des Solidarités et de la Santé, embarrassée, assurant qu’un consensus serait trouvé sous ses suspices :

 « Un travail avec les acteurs est encore nécessaire. Je m’emploierai à ce que ce qui a été adopté […] soit bien cadré, afin que tout le monde se sente à l’aise avec le nouveau dispositif ».

Le Dr Jean-Pierre Door (Loiret, LR) :

« Une cystite : cela peut être n’importe quoi, y compris une pathologie qui dissimule quelque chose de grave. Or, le pharmacien n’en sait rien. Il ne s’agit pas seulement de donner au patient le produit qui peut calmer les symptômes, mais de savoir ce qu’il en est. »

Le syndicat CSMF :  « C’est un très mauvais signal envoyé aux médecins généralistes qui sont en mode survie. Faisons confiance aux acteurs de terrain plutôt que d’imposer des mesures dans la loi. Il y a des risques derrière pour la santé des patients. Prenez l’ibuprofène, délivré sans ordonnance : si on ne questionne pas les personnes âgées sur leur fonction rénale, celle-ci peut se dégrader ! »

MG France, au Quotidien du Médecin  : « Les généralistes n’ont pas besoin de cela, mais d’une amélioration de l’attractivité de la profession. Nous serons attentifs à ce que les protocoles soient le plus bordés possible, car c’est une brèche qu’on ouvre, un premier pas vers l’élargissement qui inquiète les médecins. »

La FMF :  « Le gouvernement choisit de dégrader la qualité de la prise en charge des patients, il portera la responsabilité de l’extension de la désertification médicale On s’assoit sur le parcours de soins avec ce genre de mesures, qui vont amener une désorganisation. Il va falloir lancer un #balancetondéputé ! »

Le Syndicat des médecins libéraux : « Les pharmaciens pourront prescrire, modifier la prescription du médecin en cas de rupture, vacciner… À ce rythme, on se demande si la conception des politiques n’est pas d’éloigner les médecins purement et simplement du soin, afin de leur confier la gestion de la paperasse qu’ils sont en train de créer ».

Simple péripétie historique ou début de la fin d’une époque ?

A demain

@jynau

Cannabis, c’est fait: la décision politique catastrophique de l’amende de 200 € est validée

Bonjour

Le Conseil constitutionnel vient de rendre sa décision sur la loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice. Où l’on découvre qu’elle étend à l’usage des stupéfiants « l’amende forfaitaire délictuelle » – un objet pénal non identifié qui dissuade le citoyen de faire valoir ses droits. Et c’est ainsi, en 2019, dans la France macronienne de la prévention que le « délit d’usage de stupéfiants » pourra désormais faire l’objet d’une « amende forfaitaire de 200 € ».

Depuis plus d’un an quinze organisations pleinement au fait de la question 1 se mobilisaient contre ce dispositif porté par le gouvernement d’Edouard Philippe – un dispositif a pour objet « d’automatiser la répression de l’usage de drogues ». Une dynamique politique qui est aux antipodes de la logique de prévention, de réduction des risques et de prise en charge qui devrait prévaloir. « Plus encore, ajoutent les Quinze, ce mode simplifié de traitement ouvre la boîte de Pandore de l’arbitraire et renforcera demain les inégalités que nous connaissons aujourd’hui : ceux qui ont les moyens de payer l’amende pourront continuer de consommer là où les personnes les plus précarisées et les plus marginalisées, qui sont aussi les personnes les plus ciblées par la répression, le seront encore davantage. »

A l’aune de cette annonce constitutionnelle, ces Quinze réaffirment que cette nouvelle disposition « aura des effets catastrophiques et contre-productifs en termes de santé publique et de dommages sociaux ». Et de redire que le cadre pénal français actuel » n’est pas à la hauteur des enjeux posés par la consommation de drogues ». « Il est nécessaire d’en changer et de prôner une nouvelle politique publique visant une véritable régulation de l’usage de drogues et davantage de prévention et de réductions des risques. »

Emmanuel Macron n’avait pas entendu, il y a deux semaines, les trente-cinq grands noms de l’ophtalmologie française. Ils lui avaient adressé un courrier pour qu’au nom du principe de prévention et de la réduction des risques il mette un terme à l’usage du LBD par les forces de gendarmerie et de police. Pourquoi, solitaire en son Palais 2, entendrait-il celles et ceux qui connaissent le mieux la somme des questions sanitaires, économiques et politiques soulevées par la consommation de substances qui modifient les états de la conscience humaine ?

A demain

@jynau

1 Les quinze  organisations signataires représentent la société civile française dans sa diversité (policiers, avocats, magistrats, usagers, consommateurs, citoyens, médecins, professionnels du secteur médico-social, acteurs communautaires). Il s’agit de : AIDES ; ASUD (Autosupport des usagers de drogues) ; CIRC (Collectif d’information et de recherche cannabique) ; Fédération Addiction ; Ligue des droits de l’Homme ; Médecins du Monde ; NORML France ; OIP (Observatoire international des prisons) – Section française ; collectif Police Contre la Prohibition ; Principes Actifs ; Psychoactif ; SAFE ; SOS Addictions ; Syndicat de la Magistrature ; Syndicat SUD-Intérieur – Union syndicale Solidaires

2 Rambaud P. « Emmanuel le Magnifique »  Editions Grasset.

IVG : contre Agnès Buzyn, la gauche réunie réclame la fin de la «clause de conscience»

Bonjour

Agnès Buzyn est aujourd’hui dans une une situation on ne peut plus paradoxale. Car voici la ministre des Solidarités et de la Santé qui fut la belle-fille de Simone Veil, confrontée devant l’Assemblée nationale à une demande qui nous ramène à la loi défendue en 1975 par celle dont elle tient actuellement le maroquin. Et Agnès Buzyn, par ailleurs médecin, est opposée à cette demande présentée comme « le prolongement de la belle œuvre de Mme Veil » par la députée Caroline Fiat (LFI, Meurthe-et-Moselle) première aide-soignante de l’histoire de France à siéger dans l’Hémicycle.

Objet de la polémique : la fameuse « clause de conscience » dont les médecins peuvent se prévaloir pour refuser de pratiquer une interruption volontaire de grossesse. L’affaire s’est nouée dans la soirée du vendredi 22 mars à l’Assemblée nationale où Mme Buzyn défend un projet de loi concernant la Santé.

Où l’on vit des députées du Parti socialiste et de La France insoumise associées Parti communiste  défendre des amendements pour supprimer cette clause spécifique à l’IVG – clause qui s’ajoute à la clause de conscience pour l’ensemble des actes médicaux. En septembre 2018 une offensive socialiste sur le même thème avait fait long feu devant le Sénat.

« Pouvoir médical »

De quoi parle-t-on ? Le code de la déontologie médicale prévoit dans son article 47 relatif à la continuité des soins (article R. 4127-47 du code de la santé publique) le droit de tou.te.s les professionnel.le.s de santé de refuser, pour des raisons personnelles, de pratiquer des actes médicaux. Les médecins qui ne veulent pas pratiquer une IVG doivent « informer, sans délai » l’intéressée de leur refus et « communiquer immédiatement le nom de praticiens ou de sages-femmes susceptibles de réaliser cette intervention ».

Exposé des motifs idéologiques de celles et ceux qui veulent en finir avec cette clause spécifique :

« Depuis la loi Veil, les adversaires de l’IVG n’ont jamais désarmé, jamais renoncé ; et le droit à l’IVG gratuite, accessible et libre continue de s’exercer sur une ligne de crête. Faute d’obtenir, comme ils le revendiquent, l’interdiction de l’IVG, ils œuvrent, d’une part, à culpabiliser et dissuader les femmes et, d’autre part, à organiser et soutenir, dans les services de santé, les réfractaires à l’IVG. Leur but est explicite : rendre ineffectif le droit à l’avortement.

La clause de conscience est aujourd’hui le symbole d’un pouvoir médical qui s’arroge le droit de contester la loi et continue de se mobiliser pour contrôler le corps des femmes. Elle est une menace constante et insidieuse qui pèse sur la réalité tangible du droit à l’IVG pour toutes les femmes. »

« Superfétatoire »

Hier 22 mars, devant l’Assemblée nationale, Sylvie Tolmont (PS) a fait valoir que cette clause était « superfétatoire » et confortait l’idée que l’IVG était  « un acte à part ». Pour Caroline Fiat (LFI), « cette double clause de conscience » mise « à l’époque pour faire passer la loi Veil » n’a « plus lieu d’exister ». La supprimer, « c’est une belle occasion 44 ans après de prolonger la belle œuvre de Mme Veil », a-t-elle ajouté.

Agnès Buzyn est « fondamentalement » opposée à cette suppression qui, selon elle, est « une fausse bonne idée ». Elle estime que  « compliquerait le parcours des femmes » sans « améliorer  l’accès à l’IVG ».

 « La clause de conscience permet d’afficher quelque part clairement les intentions. Donc ça va éviter aux femmes de prendre rendez-vous avec des médecins qui éventuellement peuvent leur faire perdre du temps s’ils sont contre l’IVG et qu’ils ne sont pas dans la clause de conscience avec l’obligation de trouver un médecin [prêt à la pratiquer]. »

 « La clause de conscience, elle affiche la couleur. Ce n’est pas génial, je suis d’accord, mais je pense que pour les femmes en situation de détresse, ça apporte beaucoup plus de garanties d’un parcours simple ».

En attendant force est de bien de constater qu’en France, depuis quinze ans, le nombre d’IVG est stable. En 2017, 216 700 interruptions volontaires de grossesse ont été réalisées dans l’Hexagone, soit quasiment le même nombre qu’en 2001.

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@jynau

 

«Monstrueux» dit la procureure. L’aide-soignant de l’EHPAD avait expliqué avoir «pété un câble».

Bonjour

15 février 2019. L’affaire fait grand bruit dans les médias. Un aide-soignant d’un Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) d’Arcueil (Val-de-Marne) doit être présenté devant le tribunal de Créteil. Il est accusé d’avoir maltraité et violenté une pensionnaire de l’établissement âgée de 98 ans.

Cet homme âgé de 57 ans est en garde à vue depuis deux jours. Il avait été interpellé à la suite d’une plainte déposée par la famille de la nonagénaire. Soupçonnant des maltraitances, les enfants de la vieille dame avaient installé, début février, une caméra dans sa chambre, dans l’Ehpad « La Maison du Grand Cèdre » (groupe ADEF résidences). Un établissement qui explique par ailleurs développer une « démarche éthique » (« Bientraitance »).

Sur les vidéos, on voit l’aide-soignant tirer par les jambes la nonagénaire au sol pour la remettre dans son lit, lui donner des coups de pied, des gifles, la tirer par les cheveux. « Tu me fais chier, espèce de vieille salope  !»« Ferme ta gueule ! », lui dit-il à plusieurs reprises, selon une source proche du dossier. « Comment tu veux que je fasse ? », « Pitié pour moi ! », le supplie la vieille dame.

L’homme a d’abord nié les faits – jusqu’à la confrontation avec les images vidéos. Il a alors évoqué des « actes isolés », déclaré avoir « pété un câble ». D’autres familles de pensionnaires ont été entendues dans le cadre de l’enquête, notamment celles résidant au même étage, mais personne n’a, pour l’instant, fait état d’autres violences. ADEF résidences (34 Ehpad) déplore un « acte de violence insoutenable » et a mis à pied son salarié « dès connaissance des faits ».

22 mars 2019. Tribunal de Créteil. Pour la procureure, « il s’est comporté de manière monstrueuse ». « Qu’y a-t-il de pire que ce qu’il a fait ? », a-t-elle dit, pour justifier son réquisitoire. « On a envie de détourner les yeux, de se boucher les oreilles » en voyant la vidéo – diffusée à l’audience mais à huis clos –, a dit la procureure. Elle parle des « cris qu’on entend toute la nuit », de la vieille dame que l’on jette sur le lit « comme une poupée de chiffon », du « manque d’empathie » de l’aide-soignant, qui a présenté ses excuses mais reste impassible dans le box.

« Je ne me reconnais pas, je ne peux expliquer », s’est-il seulement justifié. Il a été condamné, vendredi 22 mars à cinq ans de prison ferme. Interdiction définitive d’exercer la profession d’aide-soignant. Le tribunal a été plus loin que la procureure, qui avait requis quatre ans de prison ferme et un avec sursis.

On ne commente pas les décisions de justice.

A demain

@jynau

 

Où se procurer, dans l’Union européenne, un véritable embryon humain pour 3 600 euros ?

Bonjour

Le  sujet ne fait partie ni du Grand Débat français ni des élections européennes. On le découvre , ce 22 mars 2019, en page 9 du Parisien/Aujourd’hui en France (Christine Mateus) : « L’adoption d’embryons, vous connaissez ? ». Où l’on retrouve l’Institut Marquès de Barcelone 1. L’Institut catalan et sa « plate-forme mondiale de cession d’embryons humains abandonnés ».

En Espagne, « après deux relances sans réponses de la part des patients » les embryons conçus par fécondation in vitro « sont à disposition des cliniques, qui peuvent opter pour leur destruction ou les conserver pour la recherche ou bien les donner à d’autres couples ». Pour sa part l’Institut Marquès a choisi, depuis 2004, cette dernière possibilité, en lançant à Barcelone « le premier programme d’adoption d’embryons du monde ».

Religion et consanguinité

Aujourd’hui, explique-t-on, des « patients du monde entier » se rendent en Espagne afin d’adopter des embryons disponibles et plus d’un millier d’enfants sont nés grâce à cette initiative. 62% des couples français qui choisissent l’option d’adopter des embryons à l’Institut Marquès, le font car ils n’ont pas réussi à obtenir une grossesse avec d’autres techniques de reproduction assistée ; 28% des adoptants français sont des femmes sans partenaire qui veulent devenir mères, certaines d’entre elles après avoir été un certain temps sur liste d’attente pour une adoption standard ; 10% des adoptants d’embryons s’avèrent être des personnes qui par croyances éthiques ou religieuses écartent les autres techniques de procréation médicalement assistée.

A Barcelone l’attribution des embryons se réalise via un système informatique qui assure que chaque enfant naîtra dans un pays (ou dans une communauté) distinct de celle des autres embryons conçus lors du même cycle. « Pour éviter les consanguinités futures ». Nouvelle donnée, dans Le Parisien, le prix facturé : « 3 600 euros environ ». Les affres de la marchandisation concurrentielle du corps humain ne font partie ni du Grand Débat ni des élections européennes.

A demain

@jynau

1 L’Institut Marquès se présente ainsi : « Un centre barcelonais à la renommée internationale dans les domaines de la gynécologie, l’obstétrique et la reproduction assistée, présent à Barcelone, Londres, Irlande (Dublin et Clane), Italie (Rome et Milan) et Kuwait. Ce centre, spécialisé dans les cas qui présentent une difficulté particulière, aide les personnes dans plus de cinquante  pays à réaliser leur rêve de devenir parents. L’Institut Marquès offre les meilleurs taux de grossesse, avec 89% de réussite par cycle de fécondation in vitro avec don d’ovocytes. Leader en innovation, il développe une importante ligne d’investigation sur les bénéfices de la musique lors des débuts de la vie et la stimulation fœtale. Aussi, engagé pour la cause environnementale, l’Institut Marquès réalise depuis 2002 des études sur le rapport entre les toxiques environnementaux, la stérilité et les traitements de reproduction assistée. »

 

 

Il est désormais possible de radiographier les os pour déterminer l’âge des jeunes étrangers

Bonjour

« M. Adama S. [Examens radiologiques osseux aux fins de détermination de l’âge] » Décision n° 2018-768 QPC du 21 mars 2019. « Jugé par le Conseil constitutionnel dans sa séance du 21 mars 2019, où siégeaient: M. Laurent FABIUS, Président, Mme Claire BAZY MALAURIE, M. Alain JUPPÉ, Mmes Dominique LOTTIN, Corinne LUQUIENS, Nicole MAESTRACCI, MM. Jacques MÉZARD et Michel PINAULT. »

Ainsi donc le Conseil constitutionnel vient de valider la pratique des examens osseux pour (tenter de) déterminer l’âge exact des jeunes migrants isolés. Une affaire à haute teneur polémique. Et une décision à laquelle s’opposaient  Médecins du monde et le Secours catholique, ainsi que la Ligue des droits de l’homme, le Syndicat de la magistrature et la Cimade qui réclamaient l’interdiction de ces tests, dénonçant notamment  « l’absence de pertinence scientifique et éthique de ces tests et leur caractère attentatoire aux droits de l’enfant » – sans parler de « l’exposition d’enfants à des rayons irradiants, potentiellement dangereux pour la santé, sans aucune finalité thérapeutique ».

L’Académie nationale de médecine, le Haut Comité de santé publique, le Comité national d’éthique avaient auparavant tous affirmé qu’un tel examen n’est nullement fiable pour établir l’âge civil d’une personne aux confins de l’enfance et de l’âge adulte – avec une marge d’erreur se situant entre dix-huit et vingt-quatre mois. Et d’autres encore jugeaient que  le détournement d’examens médicaux pour une finalité administrative, bien loin de protéger, risquait d’empêcher d’obtenir un droit au séjour, et constituait de ce point de vue une faute éthique.

Boule de cristal

Mais il s’agissait ici, via une QPC, de juger du caractère constitutionnel ou pas d’une telle pratique. Les « sages » ont certes reconnu que ces examens « peuvent comporter une marge d’erreur significative ». Mais ils ont dans le même temps jugé « qu’il appartient aux autorités administratives et judiciaires compétentes de donner leur plein effet à l’ensemble des garanties » prévues par la loi. Or la loi française impose la mention de cette « marge d’erreur » dans les résultats des tests. De plus, selon la loi, ces examens ne peuvent à eux seuls permettre de déterminer si l’intéressé est mineur.

« Si nous n’obtenons pas l’interdiction du recours aux tests osseux, ce qui est une déception, pour autant le Conseil affirme clairement que l’intérêt supérieur de l’enfant est une exigence constitutionnelle, a aussitôt réagi Me Patrice Spinosi, avocat de la Ligue des droits de l’homme. Il demande par conséquent aux autorités judiciaires et administratives de s’assurer que le doute sur sa minorité lui profite bien. C’est un signe positif qui doit guider les juges vers la plus grande protection de l’enfance. »

« On est extrêmement déçus, a commenté Clémentine Bret, de Médecins du Monde, citée par l’AFP. On aurait aimé que la France s’honore à suivre les décisions des Cours espagnole et anglaise qui ont banni ces tests (…) Ces tests n’ont rien à voir avec l’intérêt supérieur de l’enfant, ils sont aussi fiables qu’une boule de cristal  et on continuera à demander leur interdiction. »

A demain

@jynau