Agnès Buzyn face à la colère hospitalière: curieuses confidences au Journal du Dimanche

Bonjour

La tempête gronde et nous vivons des temps médiatiques dominicaux ambigus.  Hier cette annonce à la veille de la manifestation nationale de jeudi 14 novembre des médecins et des personnels de l’hôpital public : « N’en jetez plus, la coupe est pleine. Chirurgiens, médecins, infirmières, psychologues… Dans trois tribunes publiées sur le site du Journal du Dimanche, ils jettent un regard cru sur l’évolution de leurs conditions de travail.

1 – « Notre mission de service public est de tout faire tout le temps, mais le gouvernement ne nous en donne pas les moyens. […] En épuisant les soignants, on les a fait fuir : spirale sociale infernale », écrivent Patrick Pelloux et treize praticiens de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf).

2 – Faute de personnel suffisant, « les blocs opératoires dysfonctionnent, au point que de nombreuses interventions programmées des mois à l’avance sont annulées le jour même », déplorent quinze praticiens réunis par Michel Tsimaratos de l’hôpital de la Timone à Marseille dans une lettre ouverte adressée aux parlementaires.

3 – Plus que de « malaise », Remy Nizard, chef de service du service de chirurgie orthopédique à l’hôpital Lariboisière à Paris, préfère parler « de désespérance ». Il s’interroge : « comment pouvons-nous collectivement accepter d’être l’un des pays de l’OCDE qui paye le moins bien ses infirmiers? »

A quoi joue le quotidien dominical ? Parallèlement aux trois tribunes il annonce « dévoiler les efforts d’Agnès Buzyn pour obtenir les moyens d’apaiser la fronde ». Cela donne, en Une « La guerre secrète d’Agnès Buzyn » (sic). Puis « Traitement de choc (Anne-Laure Barret et Hervé Gattegno avec le service politique) . Dévoiler ? Comment ? Extraits (nous soulignons) :

« Pour Agnès Buzyn, c’est l’heure de la revanche. Alors que médecins et soignants hospitaliers organisent jeudi une manifestation nationale, point d’orgue du mouvement né en mars, la ministre de la Santé semble avoir remporté un bras de fer engagé contre Bercy pour desserrer l’étau budgétaire. En septembre, ses annonces avaient fait un flop. La contestation n’a pas faibli depuis, au point d’inspirer à Emmanuel Macron la crainte d’une « coagulation » de la fronde des soignants avec celle des opposants à la réforme des retraites, à un mois de la grève reconductible du 5 décembre. C’est pourquoi la crise des urgences est redevenue une urgence.

« Les arbitrages n’étaient pas encore rendus samedi mais la décision essentielle est prise : l’exécutif va « ouvrir les vannes » (dixit une source gouvernementale) pour améliorer l’ordinaire des soignants et le fonctionnement des hôpitaux. « Primes », « investissements », « revalorisations » : ces termes ont fait leur réapparition dans les discussions entre les cabinets d’Agnès Buzyn et de Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics, qui ont multiplié les réunions ces dernières semaines sous l’égide d’Edouard Philippe.

« S’y ajoute l’idée, étudiée à Bercy, d’une reprise (totale ou partielle) par l’Etat de la dette astronomique des hôpitaux – 30 milliards d’euros! Objectif : redonner de l’oxygène au système de santé et permettre aux directeurs d’établissements d’investir à nouveau dans les équipements et le matériel, dont la dégradation alimente la frustration des personnels au quotidien.

Ce qui a changé? Le climat social, qui s’est durci, principalement autour de la question des retraites. La radicalisation du mouvement hospitalier, aussi, sur laquelle Buzyn a plusieurs fois attiré l’attention de Macron et de Philippe, allant jusqu’à comparer les blouses blanches au Gilets jaunes : « Les syndicats sont d’accord avec moi mais la base ne veut rien entendre, leur a-t-elle dit. Ils sont complètement débordés. » Sans oublier l’inquiétude des élus locaux, toutes couleurs politiques confondues, qui s’alarment à 4 mois des élections municipales de voir la crise s’enraciner dans leurs hôpitaux, souvent les premiers employeurs de leur ville.

L’addition de ces causes a fini par produire son effet. « Le Président veut absolument tenir sur sa réforme, donc il est prêt à lâcher sur le reste ; Buzyn a poussé son avantage », analyse un ministre influent. Après un échange vif en réunion, Darmanin lui a fait porter un bouquet de roses. Cadeau de bienvenue dans le grand bain de la politique? La suite a plutôt tourné à l’avantage de Buzyn. (…) »

On n’en saura guère plus. Sinon qu’il n’est pas question, bouquet de roses ou pas, de toucher au « point d’indice de la fonction publique ». Pas question de satisfaire la revendication majeure et préalable du Collectif Inter Urgences (300 euros d’augmentation de salaires) : cela représenterait « 9 milliards d’euros par an ». Guère plus sinon que la ministre « n’aurait pas été très loin d’une menace de démission » si elle n’obtenait pas gain de cause sur le déremboursement de l’homéopathie – ce qui ne manquera pas d’étonner quand on connaît un tant soit peu le dossier 1.

Guère plus sinon qu’elle serait parvenue à « trouver les arguments pour convaincre Macron, fils d’un professeur de neurologie du CHU d’Amiens » (sic) – notamment en lui narrant le « rôle néfaste de grands mandarins » tout en plaidant pour redonner du pouvoir aux médecins dans la direction des hôpitaux qui, comme chacun sait, sont devenus des entreprises depuis dix ans et la loi Bachelot. Agnès Buzyn aurait eu ce mot à l’attention du fils du neurologue : « Il faut à tout prix éviter que l’hôpital sorte de son lit. Sinon on ne l’y fera pas rentrer ».

C’est métaphoriquement dit : l’heure est à la contention hospitalière. Et à la relecture des trois tribunes médicales dominicales.

A demain @jynau

Pédophilie : l’Eglise de France, son étrange échange en reconnaissance de la souffrance.

Bonjour

Quel bien étrange échange. Comment le comprendre ?  Les évêques français viennent de voter, à Lourdes, le principe d’une « somme forfaitaire » qui sera donnée aux victimes des actes de pédocriminalité. Pourquoi ? Cette somme est destinée à la « reconnaissance de la souffrance » a expliqué Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France (CEF). Quel montant ? Il n’a pas (encore) été fixé. Quelques milliers d’euros par cas, laisse-t-on entendre. Quelle origine ? Un appel aux dons semble-t-il.

Ce serait là « un geste qui se veut fort » à l’égard des victimes des prêtres pédophiles. Une reconnaissance de l’« agression subie » mais aussi, dans la foulée  le « silence, la négligence, l’indifférence, l’absence de réaction, de mauvaises décisions ou de dysfonctionnements au sein de l’Eglise ». Un mea culpa qui ne saurait être que sonnant et trébuchant ?

Les années 1950, 1960, 1970 …..

est désormais établi, via la « commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise »  (Ciase) que la « majorité des abus sexuels se sont produits dans les années 1950, 1960, 1970, beaucoup plus que dans les décennies ultérieures ». En cinq mois, « 2 800 signalements » ont été réalisés, par des appels téléphoniques, des e-mails et des courriers ; 800 personnes ont répondu à un questionnaire détaillé et une vingtaine de victimes ont été entendues.

Ces précisions chiffrées ont été apportées par Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président du Conseil d’Etat aujourd’hui à la tête de la Ciase qui  réunit une vingtaine de membres chargés de faire la lumière sur les crimes commis par des clercs ou des religieux depuis les années 1950. Elle doit rendre des préconisations début 2021. Dans l’attente, quel bien étrange marché que cette « somme forfaitaire » donnée en « reconnaissance de la souffrance ».

A demain @jynau

Cigarette électronique et maladie «sans nom»: les vitamines, prises médiatiquement en grippe?

Bonjour

La maladie sans nom ne l’est plus. Les autorités sanitaires américainesont officiellement annoncé vendredi 8 novembre avoir très probablement percé le mystère des maladies pulmonaires « liées au vapotage » : une huile de vitamine E ajoutée dans des recharges au cannabis vendues sur le marché noir. Cette huile et cette pratique étaient d’ores et déjà soupçonnée comme à l’origine d’une pathologie qui a touché plus de 2000 vapoteurs américains et causé 39 décès. Quasi-confirmation aujourd’hui avec la découverte de l’agent chez 29 patients dont les fluides pulmonaires ont été analysés par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC).

« Ces analyses apportent la preuve directe que l’acétate de vitamine E est le principal responsable de lésions dans les poumons » a déclaré Anne Schuchat, directrice adjointe des CDC, précisant qu’aucune autre toxine potentielle n’avait pour l’instant été détectée dans les analyses.

« La vitamine E est normalement inoffensive. Elle s’achète sous forme de gélule à avaler ou d’huile à appliquer sur la peau, mais elle est nocive une fois inhalée ou chauffée. L’acétate est le nom chimique de la molécule, explique Radio Canada. Le porte-parole de Santé Canada Éric Morrissette a déclaré que l’acétate de vitamine E n’était pas autorisé dans les produits de vapotage de cannabis canadiens. Néanmoins, il dit que Santé Canada et l’Agence de la santé publique du Canada surveillent activement la situation de la maladie causée par le vapotage (sic). »

Le Tweeteur intempestif de la Maison Blanche

Le schématisme, la caricature et le réductionnisme médiatiques conduiront-ils sous peu à accuser la vitamine E per se après la condamnation définitive de la cigarette électronique ? Pour sa part l’AFP souligne que cette annonce des CDC intervient quelques heures après l’annonce par le président américain Donald Trump de sa volonté de faire passer l’âge minimum pour acheter des cigarettes électroniques aux Etats-Unis de 18 à 21 ans. La déclaration présidentielle s’inscrit dans un plan plus vaste pour réduire le vapotage chez les jeunes – plan qui sera dévoilé « la semaine prochaine ». « Nous allons annoncer une initiative très importante sur le vapotage. Nous devons particulièrement prendre soin de nos enfants, donc nous allons avoir une limite d’âge de 21 ans environ », a déclaré le milliardaire-président à des journalistes.

Où l’on voit que le concept de la réduction des risques sanitaires est loin d’être perçu et compris par le Tweeteur intempestif de la Maison Blanche. Où l’on observe aussi que le même a fait part de ses inquiétudes sur l’impact que pourraient avoir des restrictions trop lourdes sur l’avenir de cette industrie naissante. Son administration pourrait ainsi revenir sur son projet d’interdire purement et simplement les cigarettes électroniques aromatisées, annoncé en septembre. « Nous devons veiller sur de nombreuses personnes, y compris les emplois [sic], a dit le milliardaire new-yorkais. C’est devenu une grande industrie, nous allons nous en occuper. »

Entre le drame et la farce, tout est politiquement dit.

A demain @jynau

Dix-sept millions d’euros: pourquoi Servier a-t-il ainsi avantagé la presse et les médias ?

Bonjour

Ainsi donc il ne nous faut pas confondre les « cadeaux » de Big Pharma avec les simples « avantages » qu’il peut octroyer. Coïncidence, cette précision survient alors que le mensuel Prescrire, indépendant de l’industrie pharmaceutique continue son travail « autour du procès du Mediator » 1. Où l’on apprend que Les Laboratoires (« la firme ») Servier verse des millions d’euros d’avantages chaque année à divers acteurs du monde médical en France. « Après le désastre 2 du Mediator°, beaucoup de professionnels de santé et de leurs diverses organisations ont continué à profiter des avantages de la firme Servier, comme si de rien n’était » affirme Prescrire. Résumé :

« Au cours de la période 2012-2018, en France, la firme Servier a été la dixième pour le montant des avantages distribués aux acteurs de la santé. Selon les déclarations de la firme, ce montant s’élevait à 108 millions d’euros, dont 11 millions pour sa filiale Biogaran, spécialisée dans les médicaments génériques. La répartition par bénéficiaires est, par ordre décroissant : les académies, sociétés savantes et organismes de conseil (53 millions d’euros) ; les professionnels de santé (25 millions) ; la presse et les médias (17 millions) ; les étudiants en santé (7 millions) ; et, en fin de liste, les associations de patients (100 000 euros) et les associations d’étudiants (50 000 euros). Les cardiologues ont touché 6,2 millions d’euros pendant la période 2012-2018, soit un quart du total des avantages versés aux professionnels, et des médecins généralistes ont touché 3 millions. »

Entre scandale et désastre

Bien évidemment on aimerait mieux comprendre la ligne budgétaire concernant « la presse et les médias ». Pourquoi 17 millions  entre 2012 et 2018 ? Pour autant tout n’est pas constant. Prescrire observe ainsi « une baisse importante du nombre des avantages déclarés par la firme Servier en 2016, avec une certaine remontée depuis ». Pourquoi ? En partie à cause d’une « diminution très sensible » du nombre de visiteurs « médicaux » décidée dans le cadre d’une réorganisation de la stratégie commerciale de la firme. La firme a ainsi souhaité en effet recentrer ses activités dans certains domaines thérapeutiques comme l’oncologie (avec un nombre réduit de professionnels de santé), renforcer sa promotion dans les pays émergents, et poursuivre son développement de médicaments génériques et biosimilaires.

On observera que l’Académie nationale de médecine a reçu  de la firme 150 000 euros entre 2014 et 2018 – et qu’elle délivre un prix « Académie nationale de médecine – Servier ». « Après le désastre du Mediator°, beaucoup de professionnels de santé et de leurs diverses organisations ont continué à profiter des avantages de la firme Servier, comme si de rien n’était, conclut le mensuel. Alors même que ce procès est en partie celui des conflits d’intérêts et des influences entre firmes et autres acteurs de la santé, aux dépens de la santé des patients. »

A demain @jynau

1 « La firme Servier, un financeur de poids du monde médical » Rev Prescrire 2019 ; 39 (433) : 863-864. (pdf, accès libre)

2 Nous nous interrogions il y a peu sur l’utilisation, par Prescrire, du terme « désastre » concernant l’affaire du Mediator. Un extrait de l’aimable réponse de Pierre Chirac, directeur de la publication :  « Cher confrère, Mediator°, c’est certes aussi un scandale, mais nous parlons de « désastre » parce qu’il y a des dégâts humains… (…) ».

Soins aux immigrés : la hiérarchie macronienne va-t-elle sanctionner treize de ses députés?

Bonjour

Combien de temps l’indignation démocratique durera-t-elle ? Sur RTL Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT vient de saluer la récente prise de position solennelle du Conseil national de l’Ordre des Médecins condamnant le gouvernement. C’est là un double événement  qui nous dit l’essentiel de la double faute, éthique et politique commise (avec son « délai de carence de trois mois ») par la ministre des Solidarités et de la Santé 1, le gouvernement d’Edouard Philippe et le président de la République.  

On connaît désormais le détail et l’analyse du scrutin organisé en urgence le 7 novembre : « Analyse du scrutin n° 2277 Deuxième séance du 07/11/2019 Scrutin public sur l’amendement n° 2156 (rect.) du Gouvernement après l’article 78 de la seconde partie du projet de loi de finances pour 2020 (première lecture) – Mission Santé »

Nombre de votants : 70 Nombre de suffrages exprimés : 64 Majorité absolue : 33 Pour l’adoption : 50 Contre : 14. On ajoutera que onze députés LREM avaient le même jour, co-signé jeudi 7 novembre une tribune pour s’opposer à la volonté gouvernementale : Jean-François Cesarini, Martine Wonner, Sonia Krimi, Albane Gaillot, Jennifer de Temmerman, Delphine Bagarry, Marion Lenne, Hubert Julien-Laferriere, Jean-François M’Baye, Pierre-Alain Raphan et Nathalie Sarles.

Il apparaît finalement que sur les 304 députés de La République en Marche seuls … 51 étaient présents dans l’Hémicycle. 42 ont votés pour, 5 se sont abstenus, un n’a pas voté (Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale) et 3 ont voté contre. Trois femmes issues de la « société civile » : Delphine Bagarry, 49 ans, médecin urgentiste de formation ; Fabienne Colboc, 48 ans, titulaire d’une licence de sociologie ; Martine Wonner, 59 ans, psychiatre.

Seront-ils tous les treize (onze plus deux) bientôt sanctionnés par leur hiérarchie politique pour avoir, peut-être au nom d’une certaine conception de la solidarité et de la médecine, ainsi enfreint les consignes du parti marcheur ? On en viendrait, presque, à le souhaiter. Pour que, dans notre espace démocratique, l’indignation ne soit pas vaine.

A demain @jynau

1 Extrait du Monde (Manon Rescan) rapportant le vote à l’Assemblée nationale : « Agnès Buzyn a fermement endossé le choix du gouvernement. ‘’Ce que je fais aujourd’hui je le fais avec rigueur, sans rien renier aux fondamentaux auxquels nous sommes tous attachés’’, aplaidé Mme Buzyn. Elle a assuré chercher, avec ces dispositions, à lutter contre une forme de ‘’tourisme médical’’ de personnes qui ‘’rentrent avec un visa touristique en France, qui, en prétextant qu’ils n’ont pas de papiers, demandent l’AME, obtiennent des soins et rentrent chez eux’’ ».

Le Monde n’a pas jugé nécessaire de faire un commentaire.

Soins aux immigrés : Agnès Buzyn devra rendre des comptes à l’Ordre des médecins

Bonjour

On l’avait oublié, le voici. Le Conseil national de l’Ordre des médecins vient de prendre clairement position dans la polémique née de la volonté du gouvernement de restreindre les soins offerts aux demandeurs s’asile (le désormais faemux « délai de carence de trois mois »). C’est un communiqué d’une particulière solennité qui s’adresse au gouvernement – et tout particulièrement au Dr Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé :

« Le Conseil national de l’Ordre des médecins a pris connaissance des annonces du Gouvernement sur l’immigration, en matière de santé. Il tient à alerter les pouvoirs publics sur les conséquences de l’instauration d’un délai de carence de trois mois pour pouvoir bénéficier de la Protection universelle maladie (PUMa).

En 1945 fut consacré aux étrangers irréguliers un même accès à la couverture santé qu’aux Français et étrangers en situation régulière, couverture qui n’a jamais été définitivement remise en cause depuis. Fidèle à sa mission d’assurer le respect de l’éthique et de la déontologie, l’Ordre des médecins ne peut envisager qu’une fraction de la population soit à présent discriminée dans son droit à être soigné, sur le sol français.

En effet, les demandeurs d’asile devront désormais attendre trois mois avant d’accéder à une prise en charge des frais de santé. Quelles solutions leur seront proposées pour se soigner durant cet intervalle ? L’institution ordinale ne peut que mettre en garde sur les risques d’une telle décision en matière de santé individuelle pour cette population, mais aussi en matière de santé publique à l’échelle nationale. »

Plus grave encore l’Ordre estime que les annonces gouverneemntales interrogent également « le principe de solidarité qui est le fondement même de notre pays et de notre système de santé ». « Alors que l’hôpital vit une crise sans précédent, il serait par ailleurs incompréhensible d’orienter des patients supplémentaires vers des services d’urgence déjà surchargés, observe l’institution ordinale. Les médecins – qui ont fait le serment de protéger toutes les personnes, sans aucune discrimination, si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité – ont besoin d’explications. »

Question majeure : ces médecins seront-ils contraints, demain, de refuser de soigner cette population ? Préoccupé par cette situation, le CNOM demande au Gouvernement une clarification sur les conséquences à venir dans l’exercice professionnel des médecins, et pour la sécurité sanitaire de toute personne vivant sur notre territoire.

Les comptes sont demandés. Comment pourrait-on justifier que la ministre des Solidarités et de la Santé, qui a fait le serment ici évoqué, ne réponde pas en urgence aux graves préoccupation d’une institution en charge de la déontologie médicale ?

A demain @jynau

Big Pharma prie les médias de ne plus confondre les «cadeaux» et les «avantages» médicaux

Bonjour

Big Pharma vient d’apprendre qu’une étude publiée dans leBritish Medical Journal, (largement relayée par les médias) ose émettre une hypothèse : les médecins qui percevraient des « cadeaux » de la part des entreprises du médicament (Leem) auraient tendance à effectuer des « prescriptions plus chères et de moindre qualité ». Elle tient à préciser que ces entreprises du médicament « font de leurs relations avec les médecins généralistes une priorité absolue » (sic). Aussi émettent-elles « les plus vives réserves sur les conclusions tirées de cette étude et souhaitent apporter des précisions essentielles à sa bonne lecture ».

Tout d’abord que la base www.transparence.sante.gouv.fr inclut « des données composites émanant de plusieurs secteurs d’activité » et qu’elle regroupe sous le terme générique « d’avantages », des invitations à des événements scientifiques ou de formation, des frais d’hébergement, de déplacement ou de restauration… Exemple :

« Un médecin généraliste invité à un congrès orthopédique par une entreprise de dispositif médical et qui n’atteint pas les objectifs de prescription de génériques de l’Assurance maladie, va, selon la méthodologie de l’étude, être considéré exposé à l’influence des laboratoires pharmaceutiques. Pour mémoire, 219 382 avantages ont été accordés par les entreprises du médicament aux médecins généralistes en 2016. Sur ce nombre, seuls 306 dépassent 1 000 euros, ce qui relativise fortement la portée des conclusions de l’étude. »

Restauration de la confiance, alimentation de la suspicion.

Plus généralement le Leem estime que « l’étude ainsi que ses commentateurs entretiennent volontairement une confusion ». Confusion entre la notion de cadeaux [qui sont interdits par la loi depuis 1993] et celle d’avantages [qui sont autorisés, mais strictement encadrés par cette même loi et largement soumis à l’avis des ordres professionnels].

L’étude établit une corrélation entre la perception d’avantages par certains médecins généralistes et leur comportement de prescription ?  Mais comment ne pas souligner (comme les auteurs de l’étude) que cette corrélation n’est pas un lien de causalité – puisque « les données disponibles ne permettent en aucun cas d’établir une relation directe entre la perception d’avantages de la part d’un industriel et la prescription de médicaments proposés par cette même entreprise ». Pour finir :

« Le Leem dénonce fermement ce nouveau dénigrement d’une industrie dont la vocation première est d’apporter aux patients des solutions thérapeutiques toujours plus sûres et toujours plus efficaces. Il souligne que les relations de travail entre les médecins et les entreprises du médicament sont indispensables à une meilleure prise en charge des patients et invite à abandonner les caricatures. Le Leem regrette la vision simpliste et infantilisante des médecins généralistes projetée par certains commentateurs de l’étude. »

Et Big Pharma de souhaiter une restauration de la confiance de préférence à une alimentation de la suspicion.

 A demain @jynau