Pourquoi les jeunes homosexuels se feraient-ils vacciner gratuitement avec Gardasil 9® ?

Bonjour

Il aura donc fallu plus de deux ans entre l’autorisation et le remboursement. La multinationale MSD Vaccins annonce la publication au Journal Officiel de ce 7 août de la prise en charge – 135,68€ la dose, taux de remboursement de 65% – du  Gardasil 9® ; « premier vaccin nonavalent indiqué dans la prévention des cancers ano-génitaux et autres maladies causés par les 9 types de papillomavirus humains (HPV) ». Ce vaccin sera dans l’ensemble des pharmacies d’officine d’ici fin août. Et une conférence de presse organisée le 4 septembre à Paris tentera de booster l’affaire.

« Cette mise à disposition fait suite à la recommandation rendue par le Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) le 10 février 2017 d’initier la vaccination par Gardasil® 9 en population générale chez les jeunes filles et les jeunes femmes, souligne MSD. Rappelons qu’en France, ~12 nouveaux cas de cancers ano-génitaux liés au HPV sont diagnostiqués chaque jour chez les femmes et les hommes, soit ~4600 nouveaux cas chaque année »

Depuis plus de dix ans la vaccination contre les HPV est, en France, officiellement recommandée avec le Gardasil quadrivalent chez les jeunes filles et les jeunes femmes. Objectif principal : réduire à terme l’incidence du cancer du col de l’utérus. En 2016, la vaccination avec le Gardasil® quadrivalent a été étendue aux hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH) – avant l’âge de 26 ans et dans le but de réduire l’incidence des lésions précancéreuses et des cancers anaux. Pour le HCSP cette stratégie (par ailleurs controversée) « n’a pas lieu d’être modifiée par la mise à disposition du vaccin Gardasil 9 ®. »

Sexualité, risques et statistiques

Dans le même temps le HCSP n’ignore pas les « réticences à la vaccination contre le HPV » chez les jeunes filles et les « hésitations vaccinales ». Il rappelle que la couverture vaccinale HPV est en constante baisse depuis 2010 et qu’elle se situait, en 2015, sous la barre des 14 % (pour un schéma vaccinal complet). C’est dire l’ampleur de l’échec d’une politique qui visait à l’éradication.

« La faible couverture vaccinale est liée à une hésitation vaccinale incluant une défiance à l’égard de cette vaccination de la part des parents et à une trop faible proposition par les professionnels de santé. Les professionnels rencontrent des difficultés à faire accepter la vaccination aux jeunes filles et aux parents réticents. »

Pour les hommes avant des relations sexuelles avec des hommes, le Haut Conseil recommande qu’un accès au vaccin HPV soit proposé dans les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (Cegidd) et dans les centres publics de vaccination. Il ajoute : « Le bénéfice de cette vaccination sera d’autant plus important que le début de l’activité sexuelle sera récent et que le nombre de partenaires passés sera faible ».  Où l’on voit que la sexualité et ses risques sont, eux aussi, une question de statistique.

A demain

Quel sera le prix du jour de migraine mensuelle évité grâce à Aimovig® 70 mg auto-injecté ?

Bonjour

On attend, déjà, la campagne de publicité qui suivra : à Londres l’Agence européenne du médicament (EMA) vient de donner son feu vert à l’érénumab (Aimovig®). C’est le premier (et pour l’heure le seul) médicament d’une toute nouvelle classe de médicaments qui cible spécifiquement le calcitonine gene related peptide (CGRP). L’affaire est résumée, depuis Bâle, dans un communiqué du laboratoire Novartis.

Autre nouveauté : ce traitement préventif est auto-administré toutes les quatre semaines grâce au stylo injecteur SureClick® toutes les 4 semaines. La décision de l’EMA s’applique aux vingt-huit pays européens membres de l’Union Européenne plus l’Islande, la Norvège et le Liechtenstein. Aimovig® avait déjà été approuvé aux USA, en Suisse et en Australie.

Le site Medscape France (Stéphanie Lavaud) rappelle qu’en juin dernier le Comité des médicaments à usage humain de l’EMA avait donné un avis favorable à la mise sur le marché de l’Aimovig®. Comme la FDA, 15 jours auparavant. L’EMA a retenu les résultats de deux études pivots. L’une a porté sur 667 personnes souffrant de migraine chronique et l’autre sur 995 victimes de migraine épisodique.

Opinion des migraineux

« Après 3 mois de traitement, les patients souffrant de migraines chroniques ont bénéficié d’une réduction de 2,5 jours de migraine par mois en moyenne par rapport au placebo, résume le site. Ceux avec une migraine épisodique ont, quant à eux, connu une réduction de 1,3 à 1,8 jours de migraine, en fonction de la dose prise. L’effet indésirable le plus fréquent a été une réaction au site d’injection, la constipation, des spasmes musculaires et un prurit. »

On pourrait penser qu’une réduction de un à deux jours de crise est une bien maigre avancée. Les migraineux auront sans soute une opinion inverse. En pratique Aimovig® 70 mg ne sera indiqué que pour les personnes souffrant au minimum quatre jours de migraine tous les mois. Elles pourront s’injecter elles-mêmes cet anticorps monoclonal après avoir été formées au geste. Dans un premier temps toutefois la prescription de l’anticorps devrait être réservée aux médecins expérimentés dans le traitement de la migraine.

Aimovig® est le premier « anti-CGRP » commercialisé. D’autres sont actuellement en développement, dirigés contre le ligand (éptinézumab, frémanézumab, galcanézumab). C’est à l’évidence, au vu de la prévalence des migraines handicapantes, un nouveau marché hautement prometteur. Un marché qui sera modulé par les prix à venir, le respect des indications et les données d’efficacité à long terme. Sans oublier l’impact des publicités.

A demain

Canicule, théâtre et politique : les journalistes invités à «tendre leur micro» à la ministre

Bonjour

Trop en faire/Ne pas en faire assez. Ne pas quitter la scène au risque, demain, d’être accusé. A l’heure où ces lignes sont écrites Agnès Buzyn devait se reposer être en Corse. C’était compter sans une météo que le maître des horloges, en notre fort de Brégançon, ne maîtrise pas. Ce qui donne ce mail réservé à la presse. Intitulé : « Déplacement Canicule » (sic). Texte :

« Rencontre de Madame Agnès Buzyn  avec les professionnels de santé libéraux à la Maison de Santé Pluridisciplinaire de Ménilmontant ». Paris 20ème. Ce sera demain mardi 7 août.»   Moins d’une heure, images en boîte et l’affaire sera pliée. 15 h: arrivée à la MSP de Ménilmontant – 22 rue des Plâtrières Paris 20ème ; 15h05: visite et présentation de la structure par le Dr Antonin Mathieu; 15h45 : Point Presse (micros tendus)

Passons au lendemain: 

« Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé, réunira l’ensemble des acteurs concernés par le dispositif canicule lors de la réunion de sécurité sanitaire. Ce sera le 8 août 2018, à 9h00 (ministère des Solidarités et de la santé – 11 bis avenue Lowendal, 75007 Paris. Cette réunion sera l’occasion de dresser un premier bilan de l’organisation du dispositif caniculaire alors que les températures chutent durablement » fait-on savoir dans l’entourage de la ministre. »

 Et encore, à l’attention des journalistes : «  »Tour image » à la fin de la réunion vers 9h55. Micro-tendu à l’issue, à 10h 00 ».

A demain

 

 

 

 

 

 

 

Canicule : en vacances en Corse, Mme Buzyn fait savoir qu’elle ne «débranchera» pas

Bonjour

« Ministres en repos : silence, ne pas déranger». A la sortie du dernier conseil des ministres de la saison, vendredi 3 août, Emmanuel Macron a expliqué au gouvernement que les vacances sont faites avant tout pour « se reposer ». A condition de rester « en veille permanente pour préparer la rentrée ».

« Après une année de travail intense, le président de la République, son premier ministre, Edouard Philippe, et tous les ministres ont donc pris le chemin des villégiatures, explique Le Monde (Virginie Malingre). Loin de Paris et des derniers soubresauts de l’affaire Benalla. A la merci d’un incendie ravageur ou d’une canicule meurtrière, ils savent néanmoins qu’on peut les rappeler à tout moment, si l’actualité l’exige. »

Où l’on voit que des leçons peuvent être tirées. Et que des images de télévision devraient être gravées aux panthéons de la réduction des risques et des écoles de journalisme. Comme celles diffusées au plus fort de la canicule de 2003 où l’on voit le ministre de la Santé, Jean-François Mattei au journal de TF1. Il répond aux questions, vêtu d’un polo, depuis le jardin rafraîchissant de sa maison de vacances, proche de la Méditerranée. Images voulant rassurer.

Corse, la grande misère hospitalière

Images désastreuses qui précéderont bientôt de violentes polémiques politiques et quelques méchants règlements de compte.

Quinze ans plus tard. Agnès Buzyn,  ministre des Solidarités et de la santé fait savoir qu’elle quittera Paris que lundi 6 août pour gagner son lieu de vacances en Corse.  Un retard « pour veiller sur les Français en ces temps de fortes chaleurs, souligne Le Monde. Son dernier week-end parisien fut studieux, entre les ‘’Gay Games’’, qui rassemblent des sportifs homosexuels dans la capitale, et une visite au service pédiatrique de Necker 1. Mme Buzyn a déjà prévu de visiter un autre hôpital sur son lieu de vacances, en Corse. Elle n’a pas l’intention de débrancher, ‘’bien au contraire’’, précise son entourage. »

L’entourage ministériel ne dit pas quel hôpital corse la ministre visitera – des hôpitaux (Bastia, Ajacccio,  Castelluccio, etc.)  souffrant de grandes misères et de graves dysfonctionnements (Le Monde, Antoine Albertini). Le même entourage ne dit pas, non plus, quel est l’antonyme politique de « débrancher ». Il reste à inventer. Voilà, repos ou pas, un bien beau sujet.

A demain

1 Sur ce thème, lire le commentaire de U. Ucelli

 

 

 

La vaporisation du cannabis électronique est-elle une contrefaçon de la cigarette du même nom ?

Bonjour

Chauffer vaut-il mieux que brûler ? Dans une France caniculée c’est une information du Parisien (Aurélien Viers et Elsa Mari) – reprise non sans gourmandise par le site des buralistes : « Cannabis : le vaporisateur à herbe arrive en France ». Où l’on apprend que l’on peut se procurer (sur Internet mais aussi « dans quelques magasins de cigarettes électroniques ») des vaporisateurs électroniques portables – des instruments qui chauffent l’herbe de cannabis jusqu’à 190 °C, pour en dégager de la vapeur.

« On aspire ainsi uniquement les principes actifs de la plante » explique-t-on au lecteur – tout en rappelant que cette aspiration est illégale en France. Ce serait là une autre forme de réduction des risques sur laquelle les cerveaux de l’Inserm ne se sont pas encore penchés. Grimhild (le prénom a peut-être été changé) dans son magasin « vap’» du XIe arrondissement de Paris :

« Aujourd’hui, les gens veulent inhaler propre et manger sain. Beaucoup veulent l’adopter et abandonner la cigarette électronique, qu’ils trouvent trop toxique. Sur Internet et dans notre boutique, on en vend jusqu’à 5 à 10 par jour ».

Dans le creux de la main

Certains de ces ressemblent à s’y méprendre à des cigarettes électroniques, d’autres tiennent dans le creux de la main. Les prix varient de 75 à 300 €. « On ne peut pas parler de boom, comme avec la cigarette électronique, mais d’une tendance », assure Nicolas Atlan, de la boutique « Docteur Vaporisateur ».

Qu’en dit la faculté ? Le Parisien a interrogé le Dr Amine Benyamina, addictologue à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif. Il  confirme que si on ne peut pas se passer d’herbe, la vaporisation se révèle « moins nocive » :

« Tous les produits issus de la combustion sont à éviter. Avec ce procédé, on évite le tabac, qui contient plus de 4 000 substances, la plupart toxiques. Ils ont raison de l’utiliser. Cette technique est même indiquée dans le cas de chanvre thérapeutique ».

 Un chanvre thérapeutique qui, en dépit des annonces faites sur le sujet par la ministre Agnès Buzyn, est toujours inaccessible en France.

A demain

 

 

 

Cahuzac : l’ancien ministre doit-il aussi être condamné à ne plus jamais pouvoir soigner ?

Bonjour

Nous l’avions quitté alors qu’il venait d’être embauché, pour un mois, au fin fond de la Guyane – médecin généraliste dans un dispensaire. Et demain ? Haine vigilante, la confraternité va-t-elle le frapper de plein fouet ? Faire de l’ancien ministre prometteur de la République un paria définitif ? Le Dr Alain Choux, un confrère parisien, vient de saisir l’Ordre. Observant que le casier judiciaire de l’ancien brillant chirurgien n’est plus vierge il va engager une action contre lui. L’affaire est rapportée dans Le Journal du Dimanche.

On y explique qu’il ne reste plus au Dr Choux qu’à porter plainte contre ce confrère «  qui a manifestement bafoué les bases de notre exercice médical ». « Bien entendu, après une tentative de conciliation, je saisirai le Conseil disciplinaire de l’Ordre des médecins pour demander une radiation de ce repris de justice ». « Implacable procédurier – il avait obtenu en 2014 un an d’interdiction d’exercer, dont six mois avec sursis, à l’encontre des professeurs Philippe Even et Bernard Debré suite à la publication de leur Guide des 4.000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux, sorti en 2012 » rapporte le journal dominical, repris par de nombreux médias dans une France caniculaire à la recherche d’informations fraîches.

Dans le courrier qu’il vient d’adresser au président du conseil de l’Ordre des médecins de Corse du Sud (« et que le JDD a pu consulter »), le médecin parisien fait mine de s’interroger : « Sauf erreur ou omission de ma part, lors de mon inscription à l’Ordre des médecins de Paris, j’ai dû fournir une copie certifiée conforme qui confirmait que mon casier judiciaire était vierge de toute condamnation ». L’ancien ministre du Budget a été condamné, en mai dernier, à 4 ans de prison et 300.000 euros d’amende pour « fraude fiscale » et « blanchiment de fraude fiscale ».

Cela impose-t-il, dans la foulée, de ne plus jamais pouvoir disposer d’un caducée ? De ne plus jamais pouvoir visser sa plaque ? De ne plus jamais regarder Knock les yeux dans les yeux ? Ce Knock qui, sur la fin, ne pouvait plus, sans trembler, se regarder dans un miroir.

A demain

Modifier les génomes : les ciseaux thérapeutiques CRISPR sont-ils correctement affûtés ?

Bonjour

Trop simple pour être vrai ? Trop dangereux pour continuer ? « Alors que les premiers essais cliniques de thérapie génique utilisant les ciseaux génétiques CRISPR Cas 9 débutent cette année, une nouvelle étude montre que la technique révolutionnaire pourrait endommager l’ADN qui se situ autour de la zone à modifier, et ce dans des proportions inattendues » résume le site Medscape France.

Ces données a priori inquiétantes viennent d’être publiées dans la revue Nature Biotechnology : « Repair of double-strand breaks induced by CRISPR–Cas9 leads to large deletions and complex rearrangements ». Cette étude, qui a porté sur des cellules de souris et des cellules humaines, établit que la technique CRISPR/Cas9 induit fréquemment des mutations étendues.

On ne présente plus CRISPR/Cas9, outil vanté comme une possibilité quasi-miraculeuse de ré-éditer à la demande les génomes des organismes vivants. Une technique qui fait fantasmer les transhumanistes, dont les brevets sont âprement discutés, utilisée en recherche fondamentale et considérée aujourd’hui comme une nouvelle possibilité dans le champ de la thérapie génique 1.

Pas de panique

« Jusqu’ici, d’après les observations sur plusieurs variétés de cellules, les chercheurs pensaient que les mécanismes naturels de réparation de l’ADN suivant la coupure du Cas9 n’induisaient que des petites insertions ou délétions de moins de 20 paires de bases ou des modifications de quelques centaines de nucléotides dans de rares cas, précise Medscape France (Kate Kelland, Aude Lecrubier). En conséquence, Cas9 a été considéré comme raisonnablement spécifique et des premiers essais cliniques utilisant les ciseaux génétiques Cas9 ont été autorisés (clinicaltrials.gov: NCT03081715, NCT03398967, NCT03166878, NCT02793856, NCT03044743, NCT03164135). »

Et le site d’ajouter une citation du Pr Allan Bradley (Wellcome Sanger Institute, RU), co-auteur de l’étude : « Nous avons observé que les modifications de l’ADN avaient été sérieusement sous-estimées. Toutes les personnes qui pensent utiliser cette technologie pour de la thérapie génique’’ doivent procéder avec beaucoup de précautions et être très attentives ‘’ afin de repérer d’éventuels effets délétères ».

Medscape a aussi interrogé Robin Lovell-Badge, spécialiste des cellules souches au Francis Crick Institute (Royaume-Uni). Selon lui  que ces travaux soulignent l’importance de travailler avec beaucoup d’attention pour « vérifier que les altérations de la séquence ADN sont bien celles qui sont attendues et seulement celles-là ». Il ajoute : « Ces résultats ne doivent pas créer la panique ou faire perdre la foi en ces méthodes lorsqu’elles sont réalisées par des gens qui savent ce qu’ils font ».

Paniquer ? Perdre la foi ? Savoir ce que l’on fait ? En France la technique CRISPR Cas 9 et les usages qui peuvent ou pourraient en être fait n’ont malheureusement pas encore suscité les larges débats éthiques qui, en toute logique démocratique, devraient être menés.

A demain

1 Les papiers de ce blog consacrés au CISPR sont disponible à cette adresse :  https://jeanyvesnau.com/?s=CRISPR