Narcissisme. Quand Emmanuel Macron remet la Légion d’honneur à l’auteur de «Soumission» 

 

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Emmanuel Macron remettra ce jeudi 18 avril la Légion d’honneur à Michel Houellebecq. La cérémonie se déroulera au Palais de l’Elysée en présence de nombreux amis du célèbre écrivain… dont l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy. Le sujet est traité dans Paris Match (Bruno Jeudy) :

« Finalement Nicolas Sarkozy sera présent à la remise de légion d’honneur à son «ami» Michel Houellebecq (il avait été invité à son récent mariage) L’agenda de l’ancien président s’est finalement libéré et il sera à l’Elysée ce soir pour honorer le célèbre écrivain. En revanche, son épouse Carla Bruni-Sarkozy sera absente. L’ex-chef d’Etat y croisera les nombreux invités personnels de l’auteur de «Sérotonine». Parmi eux : le philosophe et académicien Alain Finkielkraut, l’écrivain Frédéric Beigbeder, le journaliste David Pujadas, le chanteur Jean-Louis Aubert (ex-Téléphone), le directeur de la rédaction de «Valeurs Actuelles» Geoffroy Lejeune et la journaliste Charolotte d’Ornellas. »

« Comme le veut la tradition, Emmanuel Macron prononcera un discours pour retracer la carrière du décoré. Le chef de l’Etat connaît Michel Houellebecq depuis plusieurs années. Leur première rencontre date de l’époque où le futur président de la République était ministre de l’Economie. Il avait reçu le romancier à Bercy. Les deux hommes se tutoient. Parmi les sept romans publiés par l’auteur de ‘’Sérotonine’’, Emmanuel Macron a une préférence pour ‘’La carte et le territoire’’ récompensé par le prix Goncourt en 2010. Le chef de l’Etat a pris l’habitude d’ailleurs de qualifier l’écrivain ‘’d’entomologue de la société française’’. »

Un minimum de culture et de connaissance historique

Le sujet est aussi traité dans Le Monde – sous un angle différent, le quotidien vespéral ouvrant ses colonnes à Jean-Philippe Domecq, romancier et essayiste (« L’amie, la mort, le fils » (Thierry Marchaisse, 2018) et « Exercices autobiographiques » (La Bibliothèque, 2017) :

«  Sauf à considérer qu’une récompense républicaine n’a plus de sens, on ne peut laisser sans discussion l’octroi de la Légion d’honneur à Michel Houellebecq. D’autant que, d’ordinaire, les cérémonies de décoration honorifique à l’Elysée sont collectives et que celle-ci sera entièrement dédiée à l’auteur de ‘’Sérotonine’’ (…) Est-il possible de faire entendre enfin, malgré le concert de louanges qui accueille la parution de chaque roman de Michel Houellebecq, qu’il y a un décalage, profond mais passé sous silence, entre la ferveur médiatique dont il bénéficie et l’appréciation critique que beaucoup de lecteurs ont de son œuvre ? Tout un lectorat qui n’a pas de leçon d’ouverture d’esprit à recevoir a fort bien perçu que chaque narrateur des romans de Houellebecq exprime son dégoût de l’émancipation.

« Souvenons-nous : pourquoi et quand Céline a-t-il sorti son sinistre fonds de commerce politique ? Dès l’instant où Céline s’est confondu avec Bardamu, son narrateur. Ceux qui invoquent sans cesse la pertinente et nécessaire distinction entre narrateur et auteur pourraient s’aviser que, de roman en roman, le narrateur de Michel Houellebecq a la même attitude à l’encontre des conquêtes de la modernité européenne ; cela finit par faire des romans porte-voix, et porte-voix d’une idéologie nauséabonde. Evidemment, l’auteur est un malin, chaque fois il se dérobe derrière son narrateur et échappe aux mains qui le veulent bien. C’est qu’il les soulage, il leur signifie que tout est permis dans les opinions.

« ‘’Cette distinction vient récompenser un grand écrivain français reconnu comme tel’’, dit le communiqué de l’Elysée. Un minimum de culture et de connaissance historique permet pourtant de voir qu’il y eut toujours des succès massifs pour la littérature du « ça va mal », du « on a tout perdu ». Des titres comme Les Beaux Draps, de Céline, ou Les Décombres, de Lucien Rebatet, ont donné à qui les lisait le sentiment d’avoir tout compris et qu’’’on se le disait bien’’. Depuis les années 1930, ce tour d’opinion facile n’y va plus si direct ; on est passé du lyrisme paranoïaque à l’ironie perverse-narcissique. »

Ironie ou pas, et bien au-delà du lyrisme de la paranoïa, de la perversité et du Palais de l’Elysée, on ne peut que conseiller, de la psychiatre, psychanalyste et victimologue Marie-France Hirigoyen, le remarquable « Les Narcisse » (Editions La Découverte)

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@jynau

 

Médecine et narcissisme : le Dr Jérôme Cahuzac pourra-t-il exercer avec un bracelet électronique ?

Bonjour

Où l’on retrouve celui que Marie-France Hirigoyen qualifie, dans son dernier et remarquable ouvrage 1, de « Narcisse grandiose ». La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Bastia a, mercredi 10 avril, confirmé l’acceptation d’un aménagement de peine (sous forme de bracelet électronique) du Dr Jérôme Cahuzac, 66 ans. L’ancien ministre doit désormais être « convoqué pour la pose de son bracelet  » et devra « respecter des heures de sortie ».

On se souvient que ce chirurgien passé au politique, personnalité flamboyante, avait été condamné pour fraude fiscale le 15 mai 2018 : quatre ans de prison dont deux avec sursis. Après différents voyages à connotation médicale le Dr Cahuzac (qui a déclaré sa résidence principale en Corse-du-Sud) attendait depuis les modalités de l’application de sa peine. Il faut savoir que la loi française permet (pour toute peine allant jusqu’à deux ans d’emprisonnement, et en l’absence de récidive) la possibilité d’un aménagement immédiat.

En février dernier un juge d’Ajaccio avait accepté cet aménagement « sous surveillance électronique » pour l’ex-ministre. Parmi les arguments retenus, figuraient l’avis favorable du représentant de l’administration pénitentiaire, « les regrets manifestes du condamné », le fait que « le risque de récidive est écarté », « l’implication durable dans différents projets, notamment professionnels » et le fait qu’il avait bel et bien payé son amende de 300 000 euros.

Reprendre le cours de sa vie à l’hôpital de Bonifacio

Mais la haine étatique peut être tenace et le parquet d’Ajaccio avait déposé un appel suspensif, suivi par le parquet général. Ce dernier avait « considéré que le projet avancé par M. Cahuzac au soutien de sa demande (…) ne répondait pas aux efforts sérieux de réadaptation sociale communément exigés pour bénéficier d’une telle mesure ». Et d’assurer que « cette position, au vu des éléments du dossier, aurait été prise à l’identique pour tout autre condamné. »

A l’audience en appel le 19 mars, Me Antoine Vey, avocat de l’ancien chirurgien-ministre avait jugé « regrettable que le parquet s’acharne de la sorte (…) en faisant croire que Jérôme Cahuzac solliciterait une mesure exceptionnelle, ce qui n’est pas le cas ». « Il est normal que Jérôme Cahuzac puisse effectuer sa peine dans le cadre d’un placement sous surveillance électronique », a-t-il réagi, ce 10 avril, l’avocat jugeant que ce n’est là « ni une faveur ni une exception ». « La cour n’a pas cédé à la démagogie », s’est-il félicité, ajoutant que son client de 66 ans « aura droit, une fois cette peine purgée, à reprendre le cours de sa vie ».

Le cours de sa vie ? On attend désormais la décision d’une autre justice, ordinale. Pour d’obscures raisons il doit être prochainement entendu par le Conseil national de l’Ordre des médecins qui décidera de son aptitude à exerxer en tant que médecin généraliste.  Retraité depuis l’an dernier l’ancien ministre n’a plus besoin de travailler pour gagner sa vie . Il aimerait toutefois exercer à l’hôpital de Bonifacio « où les candidats font défaut ».

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@jynau

1 Hirigoyen M-F « Les Narcisse » Editions La Découverte

Imovane® : le médecin prescripteur sera-il tenu pour responsable de la mort de six enfants ?

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Rebondissement dans l’affaire du dramatique accident de Millas : une collision survenue en décembre 2017, sur un passage à niveau de cette commune des Pyrénées-Orientales, entre un autocar transportant des collégiens et une rame automotrice TER.  Autocar coupé en deux, six morts parmi les adolescents, de nombreux blessés. France Info (Delphine Gotchaux) révèle aujourd’hui de nouveaux éléments.

Où l’on apprend que la juge d’instruction du pôle « accidents collectifs » de Marseille a adressé, en novembre dernier, des réquisitions judiciaires au laboratoire pharmaceutique Sanofi. Sanofi fabricant d’une spécialité pharmaceutique à base de zopiclone, un hypnotique commercialisé par le géant français sous le nom d’Imovane®, un médicament pris par la conductrice.

Dans sa réponse (que France Info a pu consulter) Sanofi explique que ce médicament « comporte un pictogramme rouge de niveau 3 considéré comme le niveau le plus élevé et équivalent à une interdiction de conduire ». Le laboratoire joint également une photo de la boite d’Imovane® (telle qu’elle est commercialisée en pharmacie) et sur laquelle est visible un triangle avec une voiture à l’intérieur sur fond rouge, accompagnée d’une mise en garde : « Attention danger : ne pas conduire ! ».

 Où l’on voit que Sanofi ne pourra pas être poursuivi. Sanofi qui précise que l’Imovane « peut influencer de façon conséquente l’aptitude à conduire, avec des risques possibles de somnolence, un allongement du temps de réaction et la diminution de la vigilance, particulièrement pendant les douze heures suivant la prise du médicament ». La prise du médicament risque également, toujours selon son fabricant, de provoquer « une conduite automatique avec amnésie post événementiel ».

Pas plus de quatre semaines

La conductrice du car a été mise en examen dans ce dossier pour « homicides et blessures involontaires ». La responsabilité de la SNCF dans cet accident a été exclue par plusieurs témoins et par les expertises techniques. On se souvient peut-être que l’enquête avait révélé que, pendant les 90 secondes précédant l’accident, la conductrice avait semblé en pilotage automatique. La question de la prise de somnifères avait été soulevée en octobre dernier.

Me Jehanne Collard, l’avocate des victimes de la collision expliquait alors que le comportement de la conductrice résultait su fait qu’à cause «  des médicaments qu’elle prenait, elle a eu un moment d’absence ».  « Elle sera probablement responsable pénalement. Mais elle ne portera pas l’entière responsabilité de cet accident assurait-elle. Ce sont les médecins qui ont fait leur travail avec irresponsabilité, incompétence, manque de conscience professionnelle, qui sont les plus responsables. »

« Face à ces nouveaux éléments, les avocats des familles de victimes envisagent de demander au parquet un réquisitoire supplétif afin de pouvoir interroger le médecin de la conductrice, et éventuellement le mettre en examen, souligné France Info.  La quadragénaire se voyait prescrire le médicament depuis sept ans, dont deux années par le même médecin. Et ce alors que la notice destinée aux patients ainsi que l’Agence nationale de sécurité du médicament spécifient que le traitement ne doit jamais excéder quatre semaines 1. »

Jusqu’où la justice remontera-t-elle dans l’échelle des causalités et des responsabilités ? Evoquera-t-on le rôle des pharmaciens ? Quelle est la proportion, en France, des médecins qui respectent à la lettre les règles de la prescription des somnifères et autres hypnotiques ?

A demain

@jynau

1 Extraits des données officielles concernant l’Imovane®  : « Dans tous les cas, le traitement sera initié à la dose efficace la plus faible et la dose maximale ne sera pas dépassée. d’Imovane® doit être pris en une seule prise le soir au coucher au lit, et ne doit pas être ré-administré durant la même nuit. Le dosage à 3,75 mg est plus particulièrement adapté au sujet âgé de plus de 65 ans et aux populations à risque. Dans tous les cas, la posologie ne doit pas dépasser 7,5 mg par jour.

 « Le traitement doit être aussi bref que possible. Il ne doit pas excéder 4 semaines, y compris la période de réduction de la posologie. La durée du traitement doit être présentée au patient : 2 à 5 jours en cas d’insomnie occasionnelle (comme par exemple lors d’un voyage) ;  2 à 3 semaines en cas d’insomnie transitoire (comme lors de la survenue d’un événement grave).

 « Dans certains cas, il pourra être nécessaire de prolonger le traitement au-delà des périodes préconisées ; cette prolongation au-delà des périodes préconisées ne doit pas avoir lieu sans une réévaluation de l’état du patient, puisque le risque d’abus et de dépendance augmente avec la durée du traitement.»

 

«Bouffée délirante» post-cannabis : psychiatrie et addictologie dans l’affaire Sarah Halimi

Bonjour

Ce sont des extraits du dossier Kobili Traoré révélés par Le Parisien/Aujourd’hui en France (Timothée Boutry)  Kobili Traoré  meurtrier présumé de Sarah Halimi, il y a près de deux ans à Paris. Un meurtre qui aura connu un fort retentissement médiatique .  Sarah Halimi, 64 ans, mère de trois enfants et médecin retraitée est rouée de coups puis défenestrée dans des « circonstances imprécises » du haut du troisième étage de son immeuble par un jeune voisin de 27 ans rapidement interné en hôpital psychiatrique. « J’ai tué le sheitan » (démon, en arabe), avait hurlé le jeune homme après son acte.

Trois jours plus tard, le 7 avril 2017,  François Molins, procureur de la République de Paris déclare que ce drame, en l’état de l’enquête, n’est pas un meurtre antisémite, mais que cette piste sera aussi explorée. Le 10 juillet, Kobili Traoré   est entendu par le juge d’instruction. Il reconnaît les faits tout en niant toute motivation antisémite : « Je me sentais comme possédé. Je me sentais comme oppressé par une force extérieure, une force démoniaque ». Il attribue son état à la consommation de cannabis. Et Le Parisien de révéler aujourd’hui que la  perspective d’un procès s’éloigne 2017.

« Selon nos informations, les experts psychiatres qui se sont penchés une troisième fois sur le cas de Kobili Traoré ont estimé qu’il n’était ‘’pas, actuellement, accessible à une sanction pénale’’. Sans le dire aussi explicitement, ils considèrent que son discernement était aboli au moment des faits (…) C’est la seconde expertise à conclure à une irresponsabilité pénale tandis que le premier psychiatre qui avait examiné Kobili Traoré avait considéré que son discernement était simplement altéré. C’est à la juge d’instruction qu’il appartient désormais de renvoyer le suspect devant la cour d’assises ou de prononcer un non-lieu psychiatrique. »

Irresponsabilité

Le Parisien a donc pu prendre connaissance des conclusions des Drs Bernard Pascal, Julien-Daniel Guelfi et Roland Coutanceau. Ces experts indiquent que le jeune homme de 29 ans présentait « une bouffée délirante aiguë d’origine exotoxique » (« c’est-à-dire provoquée par un agent toxique extérieur, en l’occurrence le cannabis dont il était un très gros consommateur » souligne le quotidien).

« Partant de là, ils précisent dans une formule alambiquée que ce diagnostic oriente ‘’plutôt classiquement vers une abolition du discernement […] compte tenu qu’au moment des faits son libre arbitre était nul et qu’il n’avait jamais présenté de troubles antérieurement’’. Ils précisent également qu’il n’aurait pas choisi sa victime à dessein : ‘’ Il n’y a pas, a priori, de capacité de sélectionner sa victime dans une bouffée délirante aiguë. Seule compte la réalité délirante.’’ Ce qui, en creux, semble écarter le choix délibéré de s’en prendre à une femme de confession juive. »

En juillet dernier, les Drs Bensussan, Meyer-Buisan et Rouillon avaient  clairement indiqué que Kobili Traoré était « inaccessible à une sanction pénale » – soulignant  qu’il  souffrait « d’un trouble psychotique chronique […] faisant suite à un épisode délirant aigu inaugural ». Et en septembre 2017, le Dr Roland Zagury, premier expert nommé dans cette affaire, avait lui aussi conclu à une « bouffée délirante aiguë ». Sans pour autant aller jusqu’à l’irresponsabilité ? . « En dépit de la réalité indiscutable du trouble mental aliénant, l’abolition du discernement ne peut être retenue du fait de la prise consciente et volontaire régulière du cannabis en très grande quantité ».

Contestation des conclusions

Me Francis Szpiner, avocat des enfants de la défunte a commenté, pour Le Parisien, cette nouvelle conclusion d’experts :

« Cette expertise nous surprend. Le premier expert avait indiqué que la prise de drogue, qui fait office de déclencheur de la bouffée délirante, était un acte volontaire. Il avait donc conclu à la responsabilité pénale du suspect. Les conclusions du dernier collège d’experts sont donc, selon nous, très contestables. 

«À partir du moment où tous les experts ne sont pas d’accord, je pense que c’est à la juridiction de jugement, en l’occurrence à la cour d’assises, de se prononcer et de trancher. En dépit des conclusions de cette troisième expertise, je continue à espérer qu’il y aura un procès. C’est à la juge d’instruction qu’il appartient de se prononcer. Et même si elle rend une ordonnance de non-lieu, nous ferons bien évidemment appel. »

Où il conviendra, alors, de revisiter toute la bibliographie disponible sur les rapports entre consommation de cannabis et émergence des étranges et toujours spectaculaires « bouffées délirantes».

Interné d’office depuis son geste Kobili Traoré est aujourd’hui pris en charge à l’ « unité pour malades difficiles » de Villejuif (Val-de-Marne).

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@jynau

Cigarette électronique : Agnès Buzyn ne saisit pas l’intérêt de la réduction des risques

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Invitée, le 17 février, du «Grand Jury » RTL, Le Figaro, LCI Agnès Buzyn ne s’est pas limitée à l’improbable corrélation « temps de travail- espérance de vie ». Elle s’est aussi expliquée, pour la première fois peut-être, sur la cigarette électronique. Quelques observations en forme de lieu commun : « Aujourd’hui, les gens qui s’engagent dans le vapotage sont clairement des personnes qui souhaitent s’arrêter de fumer ». « Tout laisse à penser quand même que la cigarette est nettement plus toxique que le vapotage ». Une préférence : « Je préfère que les gens arrêtent de fumer avec les substituts nicotiniques ». Et une explication sur le fond (à partir de 32’ 20’’):

« Pour ceux qui souhaitent s’arrêter nous pensons que c’est un bon outil, mais nous ne connaissons pas les toxicités à long terme.

– Comment se fait-il que nous ne les connaissions pas ?

– Mais la cigarette il a fallu trente ans pour comprendre qu’elle donnait le cancer.. plus que ça même.. cinquante ou soixante-dix ans…

– Alors il va falloir attendre cinquante ans pour en savoir plus sur les effets  du vapotage ? C’est là où on ne comprend pas

–  Ecoutez, c’est la science… Pour connaître les effets à long terme d’un produit, il faut avoir suffisamment de  recul. Nous savons aujourd’hui par exemple que certains produits créent un peu d’inflammation cellulaire. Est-ce que cette inflammation est suffisante pour donner dans dix, vingt ou trente ans des pathologies, des maladies ? Nous ne le savons pas ».

La science c’est aussi, c’est surtout, se donner les moyens de comprendre et d’anticiper. Et sur ce point force est bien de constater que depuis l’émergence et le ras-de-marée du vapotage le pouvoir exécutif concerné au premier chef (Marisol Touraine et Agnès Buzyn) n’a rien fait.

Où l’on voit comment un recours à une conception dévoyée du principe de précaution permet de ne pas mettre en œuvre une véritable et salutaire politique de réduction des risques.

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@jynau

Les « éthylotests anti-démarrage » sont annoncés dans tous les tribunaux français

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Un an après, c’est fait. En janvier 2018 un conseil interministériel de sécurité routière avait prévu une possible généralisation du recours aux éthylotests anti-démarrage (EAD) de préférence à une suspension de permis de conduire. Il fallait, pour cela, « une préfiguration réussie dans sept départements (Drôme, Finistère, La Réunion, Loiret, Manche, Nord et Vendée) ».

Aujourd’hui la Sécurité routière annonce, dans un communiqué : « Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, a adressé à tous les préfets une note les invitant à mettre en œuvre cette nouvelle possibilité. »

Ce dispositif est constitué d’un éthylotest couplé au circuit d’alimentation du véhicule automobile et  dans lequel le conducteur doit souffler pour pouvoir démarrer. Il concerne les personnes interceptées avec une alcoolémie relevant du tribunal correctionnel (supérieure à 0,8 g/l de sang) et qui ne sont pas en état de « récidive alcoolique ».

Loin de voir son permis suspendu, le contrevenant pourra être autorisé (par décision préfectorale) à continuer à conduire des véhicules équipés d’EAD – qu’il s’agisse du sien ou, par exemple, d’un véhicule d’entreprise. L’installation (1 300 euros environ ou location de 100 euros par mois) sera à la charge du contrevenant. « Ce dispositif (…) est responsabilisant et exemplaire, ce qui lui confère son efficacité, amplement démontrée à l’étranger », souligne la Sécurité routière.

Cette mesure préfectorale, d’une durée initiale maximale de six mois, peut être prolongée par un tribunal jusqu’à cinq ans. Le tribunal pourra également « choisir de moduler l’amende encourue – jusqu’à un maximum de 4 500 euros-  ce qui permettra de compenser le coût de l’installation de l’EAD à la charge de la personne en infraction ».

On rappellera que 1 035 personnes sont mortes en 2017 dans un accident de la circulation impliquant un conducteur alcoolisé au-delà du seuil autorisé. Et que  l’alcoolémie représentait 20,8 % des délits routiers.

A demain

@jynau

Fin du numerus clausus médical : l’épais brouillard de l’usine à gaz gouvernementale

Bonjour

En finir avec un système « inefficace, injuste, et périmé » (Emmanuel Macron en campagne). Certes. Mais le remplacer par quoi ? Pour l’heure c’est le grand flou avec son inaltérable corollaire, le loup (Martine Aubry). L’affaire commencera à être examinée mardi 12 mars par la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale – déjà près de 1 500 amendements déposés.

Suppression, donc, de la première année commune aux études de santé (Paces) et du numerus clausus. Avec un nombre de places  pour rejoindre les études médicales qui ne sera plus théoriquement fixé par l’Etat. Voilà qui est posé. Mais comment avancer ?

« Si nous sommes favorables à la fin du numerus clausus, nous ne connaissons pas les contours du système qui aura vocation à le remplacer, et beaucoup de questions se posent », s’inquiète le journaliste devenu député (PCF, Bouches-du-Rhône) Pierre Dharréville.   « Mettre fin à ce système absurde est une très bonne chose, mais il est clair que cela ne va pas être simple » prévient Pascal Roblot, doyen de la faculté de médecine et de pharmacie de Poitiers, cité par Le Monde (Camille Stromboni).

Jacobinisme et addiction

Tuer le vieux numerus clausus pour former plus de futurs médecins. Certes, mais combien ? Les facultés pourront désormais déterminer elles-mêmes leurs effectifs, en fonction des capacités des formations et des besoins de santé du territoire. Mais, attention,  « sur avis conforme de l’Agence régionale de santé », et ce au « regard d’objectifs nationaux établis par l’Etat ». Où l’on voit l’addiction du pouvoir à ses prérogatives dans un système qui, quoiqu’il dise, ne peut en finir avec son jacobinisme constitutionnel.

Au pouvoir, précisément, Agnès Buzyn a déjà fixé la barre :  une progression attendue de 20 % – et ce alors que plus de 8 000 étudiants accèdent aujourd’hui en deuxième année de médecine. « Sur le terrain, de Paris à Bordeaux en passant par Poitiers, on tempère déjà fortement l’ambition affichée de la ministre, nous apprend Le Monde. Pas les capacités d’encadrement suffisantes, mais surtout, pas les terrains de stage pour les futurs étudiants » entend-on chez les doyens de médecine. Et de remettre en question la justification d’une telle augmentation ne fait pas l’unanimité, alors qu’elle est régulièrement brandie dans les discours politiques comme une solution aux déserts médicaux. La rhumatologue devenue députée (LRM, Loiret) Stéphanie Rist, co-rapporteuse du projet de loi, estime ainsi que le rétablissement d’une « offre » suffisante de professionnels de santé permettra de rééquilibrer les choses.

Beaucoup soutiennent le contraire. « Ce 20 % n’est absolument pas fondé » estime ainsi, toujours cité par Le Monde, le Pr Patrice Diot, doyen de la faculté de médecine de Tours et président de l’Observatoire national de la démographie des professions de santé. Il souligne, non sans raison, le risque de se retrouver, dans dix ans, « dans la même situation que dans les années 1980, où l’on encourageait les préretraites des médecins, trop nombreux ». « Le problème en France, ce n’est pas le nombre, c’est la répartition sur le territoire », soutient-il. Agnès Buzyn saurait-elle démontrer le contraire ?

A demain

@jynau