Que les gens insoumis se le tweetent : non, le chef Jean-Luc Mélenchon ne souffre pas de dépression

Bonjour

Le dépressif est-il le mieux placé pour parler de sa dépression ? Le Monde qualifie de « sibylline » la « note » de son blog « L’ère du peuple ». Comprendre que l’on ne comprend pas aisément ce texte sens obscur, mystérieux, symbolique comme celui des oracles antiques. Synonyme : abscons, cabalistique, énigmatique, ésotérique, hermétique, impénétrable, indéchiffrable. Voilà qui ne réjouira guère le leader de La France insoumise, 67 ans, député des Bouches-du-Rhône. On peut aussi parler de « repli stratégique » du chef de cette famille politique ; un chef qui entend prendre du recul pour mieux gagner en hauteur. Voici le texte de son post simplement titré : « Pendant que la poussière retombe »

« Pour que l’on ne se méprenne pas sur mon silence depuis mon intervention dimanche dernier, je crois utile de donner quelques nouvelles.

Primo : je me repose. C’est normal au terme de près d’un an de campagne dans laquelle j’ai été très investi en même temps que je menais ma vie de parlementaire.

Deuxio : par tradition intellectuelle, j’attends toujours que « la poussière retombe » avant d’analyser un nouveau paysage.

Tertio : j’attends aussi la fin de l’installation de notre délégation insoumise au Parlement européen avant de m’exprimer.

Quatuor : je ne suis choqué ni meurtri d’aucune expression critique. D’abord parce qu’il est normal que chacun veuille vivre sa vie, faire entendre ses conclusions et déployer ses calculs si vite que ce soit. Ensuite parce que, après ce que je viens de vivre depuis un an, je ne serais pas raisonnable d’attendre de l’élégance dans la vie politique. Enfin parce que les différents regards qui se portent sur le contexte font partie de celui-ci. Et donc ils méritent d’être eux-aussi observés sérieusement pour bien comprendre ce qui se passe.

Quinque : j’ai été très touché des innombrables marques de solidarité et de tendresse dans l’épreuve qui m’ont été adressées venant de partout. J’en remercie cordialement leurs auteurs. Comme moi ils savent que « la lutte pour les sommets suffit à remplir le cœur d’un Homme » comme dit Albert Camus. Ils savent que ceci n’a rien à voir avec les crapahutages carriéristes.

Tout ceci dit, après le 6 juin, je m’exprimerai plus largement, aussi clairement que j’en suis capable. Je dirai mon appréciation du moment politique. Je proposerai une suite pour notre chemin et je dirai ce qu’il en sera pour moi. »

Et puis cette fin, qui intrigue :

« Quelques précisions pour éviter les fantasmes médiatiques traditionnels à mon sujet : je ne déprime pas, je ne pars pas à la retraite. Je suis au combat et j’y resterai jusqu’à mon dernier souffle, si je le peux. Comme pour beaucoup de mes lecteurs, la nature de mon engagement n’est pas celui d’une carrière (au demeurant la mienne serait faite) mais plutôt de l’ordre d’un chemin de vie. Mon intention est d’en maîtriser le contenu, la forme et les rythmes, dans l’intérêt du but poursuivi et pour moi-même. Je le tente une fois de plus en sachant aussi que les rythmes de l’histoire sont imprévisibles, pour le meilleur comme pour le pire de ce qu’elle contient, aujourd’hui encore. Mais ‘’il faut imaginer Sisyphe heureux’’, vous le savez bien. »

Et pendant ce temps là les jeunes Insoumis.es (Clémentine Autain, Alexis Corbière, François Ruffin)) ne cachent plus ni leurs impatiences ni leurs appétits. Lire les oracles fut longtemps de l’ordre du sacré. C’est aujourd’hui devenu un métier.

A demain

@jynau

Cannabis thérapeutique et politique : naissance annoncée, enfin, du premier lobby français

Bonjour

Dimanche 5 mai 2019 : annonce de la création d’Espoir (Im)patient. Officiellement c’est une « plateforme ». En vérité c’est le premier lobby français dont l’action sera au service des malades qui pourraient être aidés par une version médicamenteuse du cannabis, l’usage de fleurs ou de spécialités comme les huiles ou les sprays. Lobby : des « actions d’influence » sont annoncées avec des rencontres auprès de parlementaires, membres de l’administration et du gouvernement ; « forte présence dans les médias via la présentation des réalités de patient.e.s qui souhaiteraient être accompagné.e.s pour mener leur combat publiquement ».

Pour l’heure l’initiative réunit une cinquantaine de patients, proches de patients et professionnels de santé (Amine Benyamina, William Lowenstein,  Olivier Bertrand, Bertrand Lebeau et Rodolphe Ingold). Et l’action sera développée  dans le cadre des travaux conduits au sein de l’ANSM pour ouvrir (enfin, en France) l’accès au cannabis thérapeutique. 

« Il est essentiel que la voix des patients soit pleinement entendue dans ce débat car l’attente est immense » explique Mado Gilanton, porte-parole d’Espoir (im)patient. Nombre d’entre eux n’ont aujourd’hui d’autre choix que de pratiquer l’automédication, en pratiquant l’auto culture dans le meilleur des cas, ou au pire, en se fournissant sur le marché noir, sans suivi médical ni garantie sur la qualité des produits. Ils sont ainsi contraints de se placer dans l’illégalité avec les risques que cela implique du point de vue judiciaire ou de la sécurité. Il est donc indispensable de garantir aux patients efficacité, sécurité et qualité du traitement. »

Faut-il redouter ici une manipulation ? La présence dans l’ombre d’un Big Pharma spécialisé qui instrumentaliserait de naïves bonnes volontés ? Quelles sources de financement pour cette opération qui bénéficie de l’appui d’une agence de publicité des très beaux quartiers (PLEAD, groupe Havas) ?  « Ce sont différents militants d’associations de patients qui sont à l’origine de l’initiative (Mado Gilanton, Sébastien Cotte, etc.). L’association elle même n’est pas encore financée, le lancement a été assuré grâce à des coups de main pro bono (notamment le développement du site internet) » nous assure-t-on.

Absurdité et tétanisation

Certes mais pourquoi cette mention, sur le site, de « The Academy of Medical Cannabis » et de la société spécialisée  European Cannabis Holding (ECH Ltd) ? « Pour être tout à fait transparent, la représentante de The Academy of Medical Cannabis en France est impliquée dans le projet à titre personnel (c’est une ancienne infirmière et une militante NORML). Ils sont présents sur le site car c’est une source d’information que nous jugeons pertinente pour les professionnels de santé. Ils ne sont pas à l’initiative du collectif et n’apportent aucune contribution financière au projet. Par ailleurs, aucun lien avec ECH Ltd » nous assure-t-on chez PLEAD.

Il faut ici rappeler que vingt-et-un pays de l’Union européenne sur vingt-huit autorisent le cannabis à usage thérapeutique. Rappeler aussi qu’en décembre 2018, le comité scientifique spécialisé temporaire (CSST), créé le 10 septembre 2018 au sein de l’ANSM, a jugé « pertinent d’autoriser l’usage du cannabis à visée thérapeutique pour les patients dans certaines situations cliniques et en cas de soulagement insuffisant ou d’une mauvaise tolérance des thérapeutiques, médicamenteuses ou non, accessibles. »

Présidé par le Pr Nicolas Authier (directeur de l’Observatoire Français des Médicaments Antalgiques ce CSST  doit se prononcer à la fin du mois de juin sur les modalités de mise à disposition du cannabis thérapeutique. Situations thérapeutiques retenues par les experts pour l’usage de cannabis à des fins médicales sont les suivantes : douleurs réfractaires aux thérapies (médicamenteuses ou non) accessibles ; certaines formes d’épilepsie sévères et pharmacorésistantes ; soins de support en oncologie ; situations palliatives ; spasticité douloureuse de la sclérose en plaques.

On sait que le Premier Ministre Edouard Philippe a (entre)ouvert la porte de l’usage du cannabis thérapeutique en avril dernier, lors d’un voyage dans la Creuse, déclarant « qu’il serait absurde de ne pas se poser la question ». Absurdité est le mot. Tétaniser en est un autre. Ainsi Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, comme tous ses prédécesseurs à ce maroquin, semble comme tétanisée par le sujet.

A demain

@jynau

 

 

 

Narcissisme. Quand Emmanuel Macron remet la Légion d’honneur à l’auteur de «Soumission» 

 

Bonjour

Emmanuel Macron remettra ce jeudi 18 avril la Légion d’honneur à Michel Houellebecq. La cérémonie se déroulera au Palais de l’Elysée en présence de nombreux amis du célèbre écrivain… dont l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy. Le sujet est traité dans Paris Match (Bruno Jeudy) :

« Finalement Nicolas Sarkozy sera présent à la remise de légion d’honneur à son «ami» Michel Houellebecq (il avait été invité à son récent mariage) L’agenda de l’ancien président s’est finalement libéré et il sera à l’Elysée ce soir pour honorer le célèbre écrivain. En revanche, son épouse Carla Bruni-Sarkozy sera absente. L’ex-chef d’Etat y croisera les nombreux invités personnels de l’auteur de «Sérotonine». Parmi eux : le philosophe et académicien Alain Finkielkraut, l’écrivain Frédéric Beigbeder, le journaliste David Pujadas, le chanteur Jean-Louis Aubert (ex-Téléphone), le directeur de la rédaction de «Valeurs Actuelles» Geoffroy Lejeune et la journaliste Charolotte d’Ornellas. »

« Comme le veut la tradition, Emmanuel Macron prononcera un discours pour retracer la carrière du décoré. Le chef de l’Etat connaît Michel Houellebecq depuis plusieurs années. Leur première rencontre date de l’époque où le futur président de la République était ministre de l’Economie. Il avait reçu le romancier à Bercy. Les deux hommes se tutoient. Parmi les sept romans publiés par l’auteur de ‘’Sérotonine’’, Emmanuel Macron a une préférence pour ‘’La carte et le territoire’’ récompensé par le prix Goncourt en 2010. Le chef de l’Etat a pris l’habitude d’ailleurs de qualifier l’écrivain ‘’d’entomologue de la société française’’. »

Un minimum de culture et de connaissance historique

Le sujet est aussi traité dans Le Monde – sous un angle différent, le quotidien vespéral ouvrant ses colonnes à Jean-Philippe Domecq, romancier et essayiste (« L’amie, la mort, le fils » (Thierry Marchaisse, 2018) et « Exercices autobiographiques » (La Bibliothèque, 2017) :

«  Sauf à considérer qu’une récompense républicaine n’a plus de sens, on ne peut laisser sans discussion l’octroi de la Légion d’honneur à Michel Houellebecq. D’autant que, d’ordinaire, les cérémonies de décoration honorifique à l’Elysée sont collectives et que celle-ci sera entièrement dédiée à l’auteur de ‘’Sérotonine’’ (…) Est-il possible de faire entendre enfin, malgré le concert de louanges qui accueille la parution de chaque roman de Michel Houellebecq, qu’il y a un décalage, profond mais passé sous silence, entre la ferveur médiatique dont il bénéficie et l’appréciation critique que beaucoup de lecteurs ont de son œuvre ? Tout un lectorat qui n’a pas de leçon d’ouverture d’esprit à recevoir a fort bien perçu que chaque narrateur des romans de Houellebecq exprime son dégoût de l’émancipation.

« Souvenons-nous : pourquoi et quand Céline a-t-il sorti son sinistre fonds de commerce politique ? Dès l’instant où Céline s’est confondu avec Bardamu, son narrateur. Ceux qui invoquent sans cesse la pertinente et nécessaire distinction entre narrateur et auteur pourraient s’aviser que, de roman en roman, le narrateur de Michel Houellebecq a la même attitude à l’encontre des conquêtes de la modernité européenne ; cela finit par faire des romans porte-voix, et porte-voix d’une idéologie nauséabonde. Evidemment, l’auteur est un malin, chaque fois il se dérobe derrière son narrateur et échappe aux mains qui le veulent bien. C’est qu’il les soulage, il leur signifie que tout est permis dans les opinions.

« ‘’Cette distinction vient récompenser un grand écrivain français reconnu comme tel’’, dit le communiqué de l’Elysée. Un minimum de culture et de connaissance historique permet pourtant de voir qu’il y eut toujours des succès massifs pour la littérature du « ça va mal », du « on a tout perdu ». Des titres comme Les Beaux Draps, de Céline, ou Les Décombres, de Lucien Rebatet, ont donné à qui les lisait le sentiment d’avoir tout compris et qu’’’on se le disait bien’’. Depuis les années 1930, ce tour d’opinion facile n’y va plus si direct ; on est passé du lyrisme paranoïaque à l’ironie perverse-narcissique. »

Ironie ou pas, et bien au-delà du lyrisme de la paranoïa, de la perversité et du Palais de l’Elysée, on ne peut que conseiller, de la psychiatre, psychanalyste et victimologue Marie-France Hirigoyen, le remarquable « Les Narcisse » (Editions La Découverte)

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@jynau

 

Médecine et narcissisme : le Dr Jérôme Cahuzac pourra-t-il exercer avec un bracelet électronique ?

Bonjour

Où l’on retrouve celui que Marie-France Hirigoyen qualifie, dans son dernier et remarquable ouvrage 1, de « Narcisse grandiose ». La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Bastia a, mercredi 10 avril, confirmé l’acceptation d’un aménagement de peine (sous forme de bracelet électronique) du Dr Jérôme Cahuzac, 66 ans. L’ancien ministre doit désormais être « convoqué pour la pose de son bracelet  » et devra « respecter des heures de sortie ».

On se souvient que ce chirurgien passé au politique, personnalité flamboyante, avait été condamné pour fraude fiscale le 15 mai 2018 : quatre ans de prison dont deux avec sursis. Après différents voyages à connotation médicale le Dr Cahuzac (qui a déclaré sa résidence principale en Corse-du-Sud) attendait depuis les modalités de l’application de sa peine. Il faut savoir que la loi française permet (pour toute peine allant jusqu’à deux ans d’emprisonnement, et en l’absence de récidive) la possibilité d’un aménagement immédiat.

En février dernier un juge d’Ajaccio avait accepté cet aménagement « sous surveillance électronique » pour l’ex-ministre. Parmi les arguments retenus, figuraient l’avis favorable du représentant de l’administration pénitentiaire, « les regrets manifestes du condamné », le fait que « le risque de récidive est écarté », « l’implication durable dans différents projets, notamment professionnels » et le fait qu’il avait bel et bien payé son amende de 300 000 euros.

Reprendre le cours de sa vie à l’hôpital de Bonifacio

Mais la haine étatique peut être tenace et le parquet d’Ajaccio avait déposé un appel suspensif, suivi par le parquet général. Ce dernier avait « considéré que le projet avancé par M. Cahuzac au soutien de sa demande (…) ne répondait pas aux efforts sérieux de réadaptation sociale communément exigés pour bénéficier d’une telle mesure ». Et d’assurer que « cette position, au vu des éléments du dossier, aurait été prise à l’identique pour tout autre condamné. »

A l’audience en appel le 19 mars, Me Antoine Vey, avocat de l’ancien chirurgien-ministre avait jugé « regrettable que le parquet s’acharne de la sorte (…) en faisant croire que Jérôme Cahuzac solliciterait une mesure exceptionnelle, ce qui n’est pas le cas ». « Il est normal que Jérôme Cahuzac puisse effectuer sa peine dans le cadre d’un placement sous surveillance électronique », a-t-il réagi, ce 10 avril, l’avocat jugeant que ce n’est là « ni une faveur ni une exception ». « La cour n’a pas cédé à la démagogie », s’est-il félicité, ajoutant que son client de 66 ans « aura droit, une fois cette peine purgée, à reprendre le cours de sa vie ».

Le cours de sa vie ? On attend désormais la décision d’une autre justice, ordinale. Pour d’obscures raisons il doit être prochainement entendu par le Conseil national de l’Ordre des médecins qui décidera de son aptitude à exerxer en tant que médecin généraliste.  Retraité depuis l’an dernier l’ancien ministre n’a plus besoin de travailler pour gagner sa vie . Il aimerait toutefois exercer à l’hôpital de Bonifacio « où les candidats font défaut ».

A demain

@jynau

1 Hirigoyen M-F « Les Narcisse » Editions La Découverte

Imovane® : le médecin prescripteur sera-il tenu pour responsable de la mort de six enfants ?

Bonjour

Rebondissement dans l’affaire du dramatique accident de Millas : une collision survenue en décembre 2017, sur un passage à niveau de cette commune des Pyrénées-Orientales, entre un autocar transportant des collégiens et une rame automotrice TER.  Autocar coupé en deux, six morts parmi les adolescents, de nombreux blessés. France Info (Delphine Gotchaux) révèle aujourd’hui de nouveaux éléments.

Où l’on apprend que la juge d’instruction du pôle « accidents collectifs » de Marseille a adressé, en novembre dernier, des réquisitions judiciaires au laboratoire pharmaceutique Sanofi. Sanofi fabricant d’une spécialité pharmaceutique à base de zopiclone, un hypnotique commercialisé par le géant français sous le nom d’Imovane®, un médicament pris par la conductrice.

Dans sa réponse (que France Info a pu consulter) Sanofi explique que ce médicament « comporte un pictogramme rouge de niveau 3 considéré comme le niveau le plus élevé et équivalent à une interdiction de conduire ». Le laboratoire joint également une photo de la boite d’Imovane® (telle qu’elle est commercialisée en pharmacie) et sur laquelle est visible un triangle avec une voiture à l’intérieur sur fond rouge, accompagnée d’une mise en garde : « Attention danger : ne pas conduire ! ».

 Où l’on voit que Sanofi ne pourra pas être poursuivi. Sanofi qui précise que l’Imovane « peut influencer de façon conséquente l’aptitude à conduire, avec des risques possibles de somnolence, un allongement du temps de réaction et la diminution de la vigilance, particulièrement pendant les douze heures suivant la prise du médicament ». La prise du médicament risque également, toujours selon son fabricant, de provoquer « une conduite automatique avec amnésie post événementiel ».

Pas plus de quatre semaines

La conductrice du car a été mise en examen dans ce dossier pour « homicides et blessures involontaires ». La responsabilité de la SNCF dans cet accident a été exclue par plusieurs témoins et par les expertises techniques. On se souvient peut-être que l’enquête avait révélé que, pendant les 90 secondes précédant l’accident, la conductrice avait semblé en pilotage automatique. La question de la prise de somnifères avait été soulevée en octobre dernier.

Me Jehanne Collard, l’avocate des victimes de la collision expliquait alors que le comportement de la conductrice résultait su fait qu’à cause «  des médicaments qu’elle prenait, elle a eu un moment d’absence ».  « Elle sera probablement responsable pénalement. Mais elle ne portera pas l’entière responsabilité de cet accident assurait-elle. Ce sont les médecins qui ont fait leur travail avec irresponsabilité, incompétence, manque de conscience professionnelle, qui sont les plus responsables. »

« Face à ces nouveaux éléments, les avocats des familles de victimes envisagent de demander au parquet un réquisitoire supplétif afin de pouvoir interroger le médecin de la conductrice, et éventuellement le mettre en examen, souligné France Info.  La quadragénaire se voyait prescrire le médicament depuis sept ans, dont deux années par le même médecin. Et ce alors que la notice destinée aux patients ainsi que l’Agence nationale de sécurité du médicament spécifient que le traitement ne doit jamais excéder quatre semaines 1. »

Jusqu’où la justice remontera-t-elle dans l’échelle des causalités et des responsabilités ? Evoquera-t-on le rôle des pharmaciens ? Quelle est la proportion, en France, des médecins qui respectent à la lettre les règles de la prescription des somnifères et autres hypnotiques ?

A demain

@jynau

1 Extraits des données officielles concernant l’Imovane®  : « Dans tous les cas, le traitement sera initié à la dose efficace la plus faible et la dose maximale ne sera pas dépassée. d’Imovane® doit être pris en une seule prise le soir au coucher au lit, et ne doit pas être ré-administré durant la même nuit. Le dosage à 3,75 mg est plus particulièrement adapté au sujet âgé de plus de 65 ans et aux populations à risque. Dans tous les cas, la posologie ne doit pas dépasser 7,5 mg par jour.

 « Le traitement doit être aussi bref que possible. Il ne doit pas excéder 4 semaines, y compris la période de réduction de la posologie. La durée du traitement doit être présentée au patient : 2 à 5 jours en cas d’insomnie occasionnelle (comme par exemple lors d’un voyage) ;  2 à 3 semaines en cas d’insomnie transitoire (comme lors de la survenue d’un événement grave).

 « Dans certains cas, il pourra être nécessaire de prolonger le traitement au-delà des périodes préconisées ; cette prolongation au-delà des périodes préconisées ne doit pas avoir lieu sans une réévaluation de l’état du patient, puisque le risque d’abus et de dépendance augmente avec la durée du traitement.»

 

«Bouffée délirante» post-cannabis : psychiatrie et addictologie dans l’affaire Sarah Halimi

Bonjour

Ce sont des extraits du dossier Kobili Traoré révélés par Le Parisien/Aujourd’hui en France (Timothée Boutry)  Kobili Traoré  meurtrier présumé de Sarah Halimi, il y a près de deux ans à Paris. Un meurtre qui aura connu un fort retentissement médiatique .  Sarah Halimi, 64 ans, mère de trois enfants et médecin retraitée est rouée de coups puis défenestrée dans des « circonstances imprécises » du haut du troisième étage de son immeuble par un jeune voisin de 27 ans rapidement interné en hôpital psychiatrique. « J’ai tué le sheitan » (démon, en arabe), avait hurlé le jeune homme après son acte.

Trois jours plus tard, le 7 avril 2017,  François Molins, procureur de la République de Paris déclare que ce drame, en l’état de l’enquête, n’est pas un meurtre antisémite, mais que cette piste sera aussi explorée. Le 10 juillet, Kobili Traoré   est entendu par le juge d’instruction. Il reconnaît les faits tout en niant toute motivation antisémite : « Je me sentais comme possédé. Je me sentais comme oppressé par une force extérieure, une force démoniaque ». Il attribue son état à la consommation de cannabis. Et Le Parisien de révéler aujourd’hui que la  perspective d’un procès s’éloigne 2017.

« Selon nos informations, les experts psychiatres qui se sont penchés une troisième fois sur le cas de Kobili Traoré ont estimé qu’il n’était ‘’pas, actuellement, accessible à une sanction pénale’’. Sans le dire aussi explicitement, ils considèrent que son discernement était aboli au moment des faits (…) C’est la seconde expertise à conclure à une irresponsabilité pénale tandis que le premier psychiatre qui avait examiné Kobili Traoré avait considéré que son discernement était simplement altéré. C’est à la juge d’instruction qu’il appartient désormais de renvoyer le suspect devant la cour d’assises ou de prononcer un non-lieu psychiatrique. »

Irresponsabilité

Le Parisien a donc pu prendre connaissance des conclusions des Drs Bernard Pascal, Julien-Daniel Guelfi et Roland Coutanceau. Ces experts indiquent que le jeune homme de 29 ans présentait « une bouffée délirante aiguë d’origine exotoxique » (« c’est-à-dire provoquée par un agent toxique extérieur, en l’occurrence le cannabis dont il était un très gros consommateur » souligne le quotidien).

« Partant de là, ils précisent dans une formule alambiquée que ce diagnostic oriente ‘’plutôt classiquement vers une abolition du discernement […] compte tenu qu’au moment des faits son libre arbitre était nul et qu’il n’avait jamais présenté de troubles antérieurement’’. Ils précisent également qu’il n’aurait pas choisi sa victime à dessein : ‘’ Il n’y a pas, a priori, de capacité de sélectionner sa victime dans une bouffée délirante aiguë. Seule compte la réalité délirante.’’ Ce qui, en creux, semble écarter le choix délibéré de s’en prendre à une femme de confession juive. »

En juillet dernier, les Drs Bensussan, Meyer-Buisan et Rouillon avaient  clairement indiqué que Kobili Traoré était « inaccessible à une sanction pénale » – soulignant  qu’il  souffrait « d’un trouble psychotique chronique […] faisant suite à un épisode délirant aigu inaugural ». Et en septembre 2017, le Dr Roland Zagury, premier expert nommé dans cette affaire, avait lui aussi conclu à une « bouffée délirante aiguë ». Sans pour autant aller jusqu’à l’irresponsabilité ? . « En dépit de la réalité indiscutable du trouble mental aliénant, l’abolition du discernement ne peut être retenue du fait de la prise consciente et volontaire régulière du cannabis en très grande quantité ».

Contestation des conclusions

Me Francis Szpiner, avocat des enfants de la défunte a commenté, pour Le Parisien, cette nouvelle conclusion d’experts :

« Cette expertise nous surprend. Le premier expert avait indiqué que la prise de drogue, qui fait office de déclencheur de la bouffée délirante, était un acte volontaire. Il avait donc conclu à la responsabilité pénale du suspect. Les conclusions du dernier collège d’experts sont donc, selon nous, très contestables. 

«À partir du moment où tous les experts ne sont pas d’accord, je pense que c’est à la juridiction de jugement, en l’occurrence à la cour d’assises, de se prononcer et de trancher. En dépit des conclusions de cette troisième expertise, je continue à espérer qu’il y aura un procès. C’est à la juge d’instruction qu’il appartient de se prononcer. Et même si elle rend une ordonnance de non-lieu, nous ferons bien évidemment appel. »

Où il conviendra, alors, de revisiter toute la bibliographie disponible sur les rapports entre consommation de cannabis et émergence des étranges et toujours spectaculaires « bouffées délirantes».

Interné d’office depuis son geste Kobili Traoré est aujourd’hui pris en charge à l’ « unité pour malades difficiles » de Villejuif (Val-de-Marne).

A demain

@jynau

Cigarette électronique : Agnès Buzyn ne saisit pas l’intérêt de la réduction des risques

Bonjour

Invitée, le 17 février, du «Grand Jury » RTL, Le Figaro, LCI Agnès Buzyn ne s’est pas limitée à l’improbable corrélation « temps de travail- espérance de vie ». Elle s’est aussi expliquée, pour la première fois peut-être, sur la cigarette électronique. Quelques observations en forme de lieu commun : « Aujourd’hui, les gens qui s’engagent dans le vapotage sont clairement des personnes qui souhaitent s’arrêter de fumer ». « Tout laisse à penser quand même que la cigarette est nettement plus toxique que le vapotage ». Une préférence : « Je préfère que les gens arrêtent de fumer avec les substituts nicotiniques ». Et une explication sur le fond (à partir de 32’ 20’’):

« Pour ceux qui souhaitent s’arrêter nous pensons que c’est un bon outil, mais nous ne connaissons pas les toxicités à long terme.

– Comment se fait-il que nous ne les connaissions pas ?

– Mais la cigarette il a fallu trente ans pour comprendre qu’elle donnait le cancer.. plus que ça même.. cinquante ou soixante-dix ans…

– Alors il va falloir attendre cinquante ans pour en savoir plus sur les effets  du vapotage ? C’est là où on ne comprend pas

–  Ecoutez, c’est la science… Pour connaître les effets à long terme d’un produit, il faut avoir suffisamment de  recul. Nous savons aujourd’hui par exemple que certains produits créent un peu d’inflammation cellulaire. Est-ce que cette inflammation est suffisante pour donner dans dix, vingt ou trente ans des pathologies, des maladies ? Nous ne le savons pas ».

La science c’est aussi, c’est surtout, se donner les moyens de comprendre et d’anticiper. Et sur ce point force est bien de constater que depuis l’émergence et le ras-de-marée du vapotage le pouvoir exécutif concerné au premier chef (Marisol Touraine et Agnès Buzyn) n’a rien fait.

Où l’on voit comment un recours à une conception dévoyée du principe de précaution permet de ne pas mettre en œuvre une véritable et salutaire politique de réduction des risques.

A demain

@jynau