Smartphones : si, d’autorité, le son n’est pas baissé une part de l’humanité souffrira de surdité

Bonjour

On a connu l’OMS nettement moins réactive. Aujourd’hui, mandé depuis Genève, un communiqué de l’organisation onusienne prend les devants. Elle nous annonce que près de 50% des personnes âgées de 12 à 35 ans (soit 1,1 milliard de personnes) risquent fort de souffrir d’une  « déficience auditive » due à une exposition prolongée et excessive à des sons trop forts – à commencer par « la musique écoutée au moyen des appareils audio personnels ».

Mais rien n’est encore perdu À l’approche de la Journée mondiale de l’audition, l’OMS et l’Union internationale des télécommunications (UIT) viennent de publier une nouvelle norme internationale pour la fabrication et l’utilisation de ces appareils (dont les smartphones et les lecteurs audio) afin de sécuriser leur écoute.

Quand le bât blessera

« Du fait que nous avons le savoir-faire technique pour éviter la déficience auditive, on ne devrait pas voir tant de jeunes continuer de détériorer leur audition en écoutant de la musique, estime  le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS. Ils doivent comprendre que s’ils perdent l’audition, elle ne reviendra plus. Cette nouvelle norme OMS-UIT permettra de bien mieux préserver ces jeunes consommateurs pendant qu’ils profitent de quelque-chose qu’ils aiment beaucoup.»

Cette norme 1 a été mise au point dans le cadre de l’initiative de l’OMS « Écouter sans risque » – initiative « qui vise à améliorer les habitudes d’écoute particulièrement chez les jeunes, à la fois quand ils sont exposés à la musique et à d’autres sons dans des salles de spectacle bruyantes et quand ils écoutent de la musique au moyen de leurs appareils audio personnels ». L’OMS recommande aux gouvernements et aux fabricants d’appliquer la norme OMS-UIT « sur la base du volontariat ». Sans doute est-ce là que le bât, en silence, blessera. 

A demain

@jynau

1 La norme OMS-UIT recommande différentes caractéristiques pour les appareils audio personnels : fonction de « tolérance sonore » ; information personnalisée (profil d’écoute individualisé, basé sur les pratiques d’écoute) ; options pour la limitation du volume (avec réduction automatique de celui-ci et le contrôle parental.

Se pendre, à 17 ans, pour quelques grammes de cannabis (lycée du Touquet-Paris-Plage)

Bonjour

C’est l’une de ces informations tragiques et édifiantes qui n’émergent jamais à l’échelon national. Elle était rapportée, il y a quelques jours, par La Voix du Nord : « Étaples – Le Touquet Après le suicide de leur fille, les parents portent plainte »  (Élodie Rabé).

« Après le suicide de leur fille de 17 ans au port d’Étaples les parents de l’adolescente ont décidé de porter plainte contre les policiers qui sont intervenus au Lycée Hôtelier du Touquet peu de temps avant que l’étudiante commette cet acte désespéré ».

Selon les informations du quotidien nordiste (confirmées par le procureur de la République de Boulogne) les fonctionnaires de police sont intervenus au sein de ce lycée hôtelier sur réquisition du chef d’établissement. Ce dernier soupçonnait l’élève, originaire de Lille et interne au lycée, de dissimuler des stupéfiants.

Les forces de l’ordre ont perquisitionné le casier de l’adolescente et ont effectivement retrouvé une petite quantité de cannabis à l’intérieur. C’est à ce moment-là que la jeune fille se serait enfuie. On ne la retrouvera que plusieurs heures plus tard, pendue au port d’Étaples. Le corps de la lycéenne a été découvert par un agent communal d’astreinte qui a tout de suite alerté les secours mais la jeune fille est décédée sur place.

Onde de choc

L’établissement touquettois où l’adolescente étudiait s’est refusé à tout commentaire, le temps de l’enquête. Le rectorat a tout de même indiqué qu’une cellule d’écoute et d’accompagnement avait été mise en place après l’onde de choc qui a secoué le lycée. La Voix du Nord :

« Si l’autopsie, ordonnée par le parquet, a confirmé le suicide, les parents ont tout de même décidé de porter plainte contre les policiers qui sont intervenus au lycée ce jour-là. Une enquête a été ouverte par le commissariat de police mais l’objet de la plainte doit être précisé. Pénalement, seule la provocation au suicide peut être réprimée par la loi.

Si vous avez vous-même des idées suicidaires ou si vous remarquez des comportements inquiétants autour de vous, n’hésitez pas à contacter le Fil santé jeunes, un numéro anonyme et gratuit, au 0800 235 236, de 9 h à 23 h. Vous pouvez aussi vous rendre sur : https ://www.filsantejeunes.com/ ».

Cela s’est passé au Touquet-Paris-Plage, une cité radieuse, depuis peu régulièrement citée dans les médias – citée également dénommée « Arcachon du Nord », « Jardin de la Manche », « Perle de la Côte d’Opale », « Paradis des sports » ou « Station des quatre saisons ».

Elle avait 17 ans.

A demain

@jynau

Captorix® et sérotonine : acheter le dernier Houellebecq ne suffira pas à votre bonheur

Bonjour

Nous sommes le 4 janvier 2019. Si tout se passe comme annoncé petites librairies, FNAC et autres grandes surfaces seront envahies. Gilets Jaunes ou pas, des files d’attente infinies de citoyens devenus dépendants au génie de Houellebecq Michel, romancier à succès et bientôt chevalier décoré par le président Emmanuel Macron dans l’ordre de la Légion d’honneur 1. Premier tirage de 320 000 et – à l’exception notable du Canard Enchaîné – des critiques littéraires tombés en pâmoison.

« Sérotonine », donc, nouvelle manne laïque pour les Editions Flammarion. Nous sommes le 4 janvier et, déjà, une lecture indispensable en complément du roman : un texte à haute valeur pédagogique sur le site de The Conversation. : « Non, la sérotonine ne fait pas le bonheur (mais elle fait bien plus !) ». Il est signé du Pr Antoine Pelisollo, docteur en Médecine et en Sciences Humaines, chef de service à l’hôpital Henri-Mondor/Albert-Chenevier, professeur de psychiatrie à l’Université Paris Est Créteil (UPEC Paris 12) et chercheur à l’INSERM.  On observera que le Pr Pelissolo est aussi, comme Houellebecq, un auteur de la maison Flammarion :« Vous êtes votre meilleur psy ! » (2017).

Ecrit à la première personne du singulier ce texte répond clairement à bien des questions que soulèvera la lecture du dernier opus houellebecquien. Un rappel de données moléculaires simples au carrefour de la dépression carabinée et de l’anxiété généralisée.

Surmoi psychiatrique

« Je ne sais jamais très bien quoi répondre à ces patients qui se disent en manque de sérotonine, confie le psychiatre. Une partie de notre travail de psychiatre consiste à expliquer comment fonctionnent les médicaments que nous prescrivons, afin que les patients puissent se les approprier, et surtout accepter de les prendre quand nous le pensons utile. Ce n’est jamais aisé, car les psychotropes font toujours un peu peur. Les idées reçues sont tellement nombreuses dans ce domaine qu’il est indispensable de dédramatiser voire de déculpabiliser (« si je prends un antidépresseur, c’est que je suis fou »). Alors, nous multiplions les arguments scientifiques, à grand renfort de jolis dessins de cerveau et de synapses multicolores, très simplifiées évidemment. ».

Et voici que ce psychiatre nous parle de son surmoi professionnel, « biberonné à la transparence et à la vérité-due-au-patient (formalisée par la fameuse loi Kouchner, le serment d’Hippocrate, les comités d’éthique, etc.) ». Et le voici sortant le carton jaune anti- #FakeMed ; et menacer d’expulser du terrain le bon petit soldat de l’éducation thérapeutique _ un soldat à qui on a ppris qu’il fallait simplifier l’information pour qu’elle soit compréhensible, « quitte à flirter avec la ligne rouge de la pseudoscience ». Un « conflit de valeur » qui peut déboucher sur un conflit névrotique quand on a quelques prédispositions à la culpabilité hippocratique (sic).

Pratiques frauduleuses

Reste, au-delà de l’ego, le mystère de la sérotonine et de l’effet placebo. Que nous apprend, sur The Conversation, le Pr Pelissolo ? Qu’il est impossible de doser la sérotonine pour en déduire un risque de dépression ou refléter un état psychologique (prendre garde ici aux pratiques frauduleuses). Que l’action de la sérotonine ne dépend pas uniquement de sa quantité brute dans le cerveau. Que la sérotonine ne régule pas uniquement les émotions mais qu’elle intervient dans la dépression et de nombreux autres troubles psychiques.

On apprend aussi que rien n’est jamais perdu.

« Qu’on les nomme résilience, coping (adaptation) ou force de caractère, nous avons tous des capacités de gestion de l’adversité. Nous les mettons en œuvre le plus souvent sans même nous en apercevoir. Pour traiter une dépression, il faut activer ces aptitudes. Cela peut se faire grâce à une aide psychologique ou à une psychothérapie, toujours essentielle pour donner du sens aux épisodes traversés et faciliter la cicatrisation et la prévention, mais aussi par la prise d’un antidépresseur qui va agir sur la sérotonine.

Ce traitement est indispensable quand le désespoir est à son comble, pouvant conduire à des idées ou à des actes suicidaires, et quand la dépression empêche tout simplement de penser, en raison de la fatigue physique et morale, rendant de ce fait illusoire tout travail de psychothérapie. Mais il est également très utile pour réduire la douleur morale propre à toute dépression sévère. »

Une précision toutefois : le Captorix® n’existe pas.

A demain

@jynau

1 « Houellebecq est constant dans ses répulsions, Macron ne l’en décore pas moins » Claude Askolovitch, Slate.fr,  2 janvier 2019

 

«Sérotonine» et Captorix® : à l’attention des lecteurs du prochain roman de Houellebecq

Bonjour

Nouveau rituel français : le lancement, multimédias et en fanfare, du prochain roman de Houellebecq. Tous ou presque sacrifient à cette nouvelle idole. Un lancement d’autant plus aisé que le plus grand des romanciers français (vivants) leur a offert un marchepied : son entretien à Harper’s avec un panégyrique en trompe l’oeil de Donald Trump : « Donald Trump Is a Good President. One foreigner’s perspective By Michel HouellebecqJohn Cullen (Translator) » 1.

Rituel tristement moutonnier. Voici donc un roman programmé pour devenir un produit de consommation pour masses plus ou moins laborieuses. Michel Houellebecq, « Sérotonine »Flammarion, 348 pp., 22 €. En librairie et dans toutes les bonnes gares dès le 4 janvier 2.

Un rituel où il convient de déflorer avec talent, le recenseur pouvant aisément se mettre en valeur. « Dans ‘’Sérotonine’’, son septième roman qui paraît le 4 janvier, l’écrivain endosse un nouvel avatar du mâle occidental, homophobe à la libido en berne et sous antidépresseur. Une dérive émouvante autour de la perte du désir, sur fond de révolte des agriculteurs. » peut-on lire dans Libération (Claire Devarrieux). Extrait :

« Deux occurrences ne font pas une tradition. Mais depuis que deux romans de Michel Houellebecq ont coïncidé avec une catastrophe, on guette la sortie de ses livres en croisant les doigts. Rentrée littéraire 2001 : des terroristes font un carnage sur une plage de Thaïlande à la fin de Plateforme. Le livre paraît le 3 septembre, le 11 ont lieu les attentats à New York. Un an plus tard, à peu près dans le même contexte que dans Plateforme, 200 touristes sont tués à Bali. Janvier 2015 : Soumission imagine sur un mode ironique l’arrivée au pouvoir en France d’un parti islamiste. Le roman sort le 7, le jour même de la tuerie à Charlie Hebdo. D’où l’impeccable brève publiée la semaine dernière par l’hebdomadaire, au moment où on s’apprête à aborder le quatrième anniversaire de «Charlie». «Trouillards Hebdo : « Le prochain livre de Houellebecq sortira le 4 janvier. On s’abstiendra d’en dire du mal : la dernière fois, ça ne nous a pas franchement réussi. » »

Désirs érotiques

Et Libé d’ajouter que si Sérotonine ne fait que peu de cas de scènes sexuelles c’est, précisément, que Florent-Claude (le narrateur) n’a plus de désirs érotiques. Il prend du Captorix®. Cet antidépresseur lui permet « de moins souffrir, de se laver à nouveau et d’entretenir un minimum de sociabilité », mais il a un effet plus que dévastateur sur la libido : il la supprime.

Et le multimédias de nous dire que ce nouveau roman houellebecquien est l’un des plus « émouvants » de l’auteur. Que sa « tonalité dépressive » est en harmonie avec l’époque que nous traversons. Sans pour autant fermer la porte à la possibilité du bonheur. Le Monde (Jean Birnbaum) :

« Autant Soumission (Flammarion, 2015) tendait à dominer ses lecteurs, à leur forcer la main, autant Sérotonine leur restitue une belle liberté. Ce congé (temporaire ?) donné à l’idéologie marque ainsi le plein retour de Houellebecq à la littérature. A l’heure de la solitude en ligne et des « cœurs » numériques, il fait du texte poétique le lieu où l’amour se réfugie. D’où, pour finir, la portée ironique du titre, Sérotonine. Contrairement à ce qu’il semble indiquer, le bonheur humain n’est pas une affaire d’hormone ou de neurotransmetteur, en réalité il passe par les mots adressés, par la langue à même la peau. »

« Le narrateur ne fait que boire et gober des antidépresseurs afin de booster cette hormone qui donne son titre au roman, et que les toxicomanes connaissent bien – la sérotonine est notamment stimulée par la consommation d’ecstasy ou de LSD » croit pouvoir rapporter Frédéric Beigbeder dans Le Figaro où il tresse mille couronnes de lauriers à son mystérieux et dérangeant ami.

Plexus intramuraux du tube digestif

Peut-être faut-il pour comprendre la puissance de Sérotonine se pencher sur le récent essai d’Agathe Novak-Lechevalier : Houellebecq, l’art de la consolation (Stock). Il faudra aussi s’intéresser à la 5-hydroxytryptamine (5-HT) ; sur ce neurotransmetteur dans le système nerveux central et dans les plexus intramuraux du tube digestif. Cette sérotonine impliquée dans la gestion des humeurs et associée à l’état de bonheur lorsqu’elle est à un taux équilibré, réduisant la prise de risque et en poussant ainsi l’individu à maintenir une situation qui lui est favorable.

Le Monde évoqua pour la première fois son existence le 23 mai 1957, dans un papier du Dr Claudine Escoffier-Lambiotte : « La psychopharmacologie et les médicaments psychiatriques » :

« Un certain nombre de travaux récents donnent un nouvel intérêt à l’hypothèse de l’origine chimique des psychoses. Les Allemands, synthétisant un dérivé de l’acide lysergique ou L.S.D. 25, réussissent à provoquer des troubles d’allure hallucinatoire et même schizophrénique par l’injection de doses infinitésimales de ce produit, de l’ordre du microgramme par kilo, remettant ainsi en question tout le problème d’une auto-intoxication de l’organisme par une substance jusqu’ici passée inaperçue.

« Les Américains, s’efforçant d’extraire du sérum des schizophrènes le principe de leur maladie, découvrent que les substances inductrices de troubles psychiques comme la mescaline et le L.S.D. 25 renforcent en réalité l’action d’une hormone nouvelle : la sérotonine, alors que les médicaments réducteurs des psychoses comme la réserpine et la chlorpromazine apparaissent comme des anti-sérotonines.

« Les travaux français ont montré toute la complexité du problème et l’importance primordiale du terrain constitutionnel à l’égard de ces divers produits chimiques, qui permettront peut-être un jour de comprendre mieux le mécanisme de la maladie mentale. »

23 mai 1957. Michel Houellebecq, né Michel Thomas, a vu le jour le 26 février 1956. Ou, selon les sources, deux ans plus tard.

A demain

1 « In all sincerity, I like Americans a lot; I’ve met many lovely people in the United States, and I empathize with the shame many Americans (and not only “New York intellectuals”) feel at having such an appalling clown for a leader.

However, I have to ask—and I know what I’m requesting isn’t easy for you—that you consider things for a moment from a non-American point of view. I don’t mean “from a French point of view,” which would be asking too much; let’s say, “from the point of view of the rest of the world.” (…) »

2 Michel Houellebecq. Sérotonine.  « Mes croyances sont limitées, mais elles sont violentes. Je crois à la possibilité du royaume restreint. Je crois à l’amour» écrivait récemment Michel Houellebecq. Le narrateur de Sérotonine approuverait sans réserve. Son récit traverse une France qui piétine ses traditions, banalise ses villes, détruit ses campagnes au bord de la révolte. Il raconte sa vie d’ingénieur agronome, son amitié pour un aristocrate agriculteur (un inoubliable personnage de roman – son double inversé), l’échec des idéaux de leur jeunesse, l’espoir peut-être insensé de retrouver une femme perdue. Ce roman sur les ravages d’un monde sans bonté, sans solidarité, aux mutations devenues incontrôlables, est aussi un roman sur le remords et le regret. »

Hors collection – Littérature française. 352 pages – 139 x 210 mm. Broché. ISBN : 9782081471757 À paraître le 04/01/2019

 

Médecine : combien continuent à la pratiquer quand ils pourraient jouir de leur retraite ?

Bonjour

Médecin un jour, médecin toujours. Faut-il parler de vocation, de sacerdoce ou d’addiction ? Ou, plus simplement, de continuer à travailler pour gagner sa vie, soutenir ses proches et ses patients ? Autant de questions soulevées par ce travail que vient de publier la direction de la recherche , des études, de l’évaluation et des statistiques (Dress) : « Un médecin libéral sur dix en activité cumule emploi et retraite ».

Où l’on apprend qu’en France, au 1er janvier 2018, près de 10 % des médecins libéraux ou ayant une activité mixte exercent dans le cadre du dispositif « cumul emploi-retraite » 1, soit un peu plus de 12 000 médecins (contre 4 500 en 2011) . Le nombre de bénéficiaires du dispositif s’est fortement accru ces dernières années. Les spécialistes conventionnés en secteur 2, et notamment les psychiatres, y ont davantage recours que les généralistes.

Au-delà de 65 ans

Mieux : au-delà de 65 ans, près de 70 % des médecins encore en activité sont des « cumulants ». La cessation d’exercice définitive de ces bénéficiaires intervient en moyenne à 69,5 ans, après avoir cumulé revenu d’activité et pension de retraite pendant près de quatre ans. Leurs revenus sont quasiment au même niveau que ceux des actifs « non cumulants ».

On peut le dire autrement : la croissance du dispositif d’année en année entraîne un recul progressif de l’âge de fin d’activité des médecins libéraux : en moyenne 67 ans en 2017. La fin d’activité intervient plus tardivement pour les spécialistes, du moins dans les zones où ils sont nombreux à exercer, ainsi que pour les généralistes, mais dans les zones peu denses. Les médecins généralistes sont en dessous de la moyenne de l’ensemble des médecins cumulants (8,3%). Ils reculent ou diffèrent leur départ à la retraite « dans les zones très peu denses, là où ils savent que leurs patients auront des difficultés à retrouver un médecin traitant ».

Où l’on voit que les chiffres de la Dress permettent, en dépit de leur sécheresse, de prendre la mesure de ce qui peut, au choix, être qualifié de vocation, de sacerdoce ou d’addiction.

A demain

@jynau

1 Le « cumul emploi-retraite » permet de percevoir des revenus professionnels tout en étant retraité. Ce dispositif existe depuis la création du système de retraite en 1945, mais ses modalités ont été assouplies par la loi du 21 août 2003, puis par la loi de financement de la Sécurité sociale de 2009. Avant le 1er janvier 2009, l’exercice de l’activité libérale devait procurer des revenus nets inférieurs annuellement à 130 % du plafond de la Sécurité sociale (soit 39 732 euros au 1er janvier 2018). Mais depuis le 1er janvier 2009, ce plafond n’existe plus. Pour bénéficier de ce dispositif, il faut à la fois avoir fait valoir ses droits à la retraite et avoir atteint l’âge du taux plein, ou avoir l’âge légal de départ à la retraite et justifier de la durée d’assurance nécessaire pour bénéficier d’une pension de retraite à taux plein.

SAMU en justice : Didier 51 ans et tabagique, n’est pas mort d’avoir «mangé des épices»

Bonjour

« Un médecin du Samu bientôt jugé pour non-assistance à personne en péril » révèle Le Point (Marc Leplongeon). Une affaire qui n’est pas sans faire songer à celle qui, à Strasbourg, conduisit à la mort de Naomi Musenga, 22 ans, en décembre dernier.

Les faits datent du 9 avril 2010. Dans la nuit Stéphanie, l’épouse de Didier, compose le 15 du Samu 31 (hôpital Purpan – Toulouse). Très inquiète, elle explique que son mari a très mal à la poitrine, sue abondamment et paraît soudainement très fatigué. Il semble avoir du mal à respirer. « Il ne peut pas ouvrir la main », explique Stéphanie. Avant de poursuivre : « Il a perdu la boule. » Didier n’est pas capable de tenir une conversation et ne peut pas prendre le téléphone. Sur l’enregistrement de la conversation, on entend ses gémissements et ses cris de douleur.

Le malade a pris du Gaviscon (un traitement symptomatique du reflux gastro-œsophagien) qui ne l’a pas soulagé. « Mais Jean-Pierre, un des médecins libéraux expérimentés qui participe ce soir-là, à la régulation de la permanence des soins du Samu 31, et qui y travaille depuis 2008, ne paraît pas s’alarmer outre mesure. Son interrogatoire est lapidaire, rapporte Le Point. ‘’Lacunaire’’, dira plus tard la justice. Il ne pose que quelques questions types : Avez-vous bu de l’alcool ? Êtes-vous pris de vomissements ? De diarrhées ? Avez-vous de la fièvre ? Quels sont vos antécédents médicaux ? etc. ». Le Point :

« Dans le doute, Jean-Pierre fait tout de même appel à un praticien de SOS Médecin pour se rendre chez Didier pour une simple visite domiciliaire. Mais aucune urgence n’est évoquée au téléphone, Jean-Pierre se contentant de parler de ‘’violentes douleurs épigastriques avec une gêne respiratoire’’. ‘’ Il y a une épidémie de mal à l’estomac ce soir. Il a dû manger des épices’’, ajoute le médecin. Didier décède dans la soirée d’un infarctus du myocarde. Quelques jours plus tard, Stéphanie, son épouse, porte plainte contre le Samu, l’hôpital Purpan de Toulouse et les deux médecins. »

Infarctus du myocarde

Le juge d’instruction saisi de l’affaire prononcera un non-lieu général, estimant que le délit d’omission de porter secours n’est pas constitué – puisqu’il n’est pas prouvé que les médecins ont eu « conscience du caractère de gravité du péril » auquel se trouvait confronté Didier. La famille fait appel et la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Toulouse, le 11 septembre 2018, décide de renvoyer Jean-Pierre devant le tribunal correctionnel. S’appuyant sur les analyses de deux spécialistes et des enregistrements vidéo, elle juge que le médecin ne pouvait « se méprendre » sur le risque auquel était exposé Didier. L’un des experts note : « à aucun moment, l’origine coronarienne ou aortique de la douleur n’a été évoquée ».

« En matière de prise en charge en urgence d’un patient, il ne s’agit pas de faire un diagnostic téléphonique précis, mais de savoir suspecter un diagnostic grave qui pourrait mettre en jeu le pronostic vital du patient ; qu’en l’espèce, à l’âge de 51 ans, dans le contexte d’un tabagisme porté à la connaissance des intervenants, les symptômes de Didier devaient être considérés jusqu’à preuve du contraire comme des manifestations douloureuses pseudo-digestives associées à des manifestations vagales d’un infarctus du myocarde. »

Selon Le Point la Cour de cassation vient de confirmer le renvoi du médecin devant le tribunal correctionnel pour que l’affaire soit tranchée au fond. La Cour de cassation note : « Aucun test n’est proposé pour valider ou infirmer l’hypothèse d’un syndrome coronarien aigu ; les conseils prodigués consistent à demeurer allongé pour éviter un malaise vagal et à prendre de l’Omeprazole (un inhibiteur de la pompe à protons réduisant la sécrétion acide de l’estomac) alors que deux médicaments similaires ont déjà été tentés. »

Pour sa part le CHU de Toulouse souligne qu’il a « collaboré activement à l’instruction et a transmis le dossier médical ainsi que les bandes d’enregistrement du Samu (sic) », dont les professionnels « assurent tous les jours leur mission de service public de prise en charge des urgences médicales avec un haut degré d’exigence ».

A demain

@jynau

A CentraleSupélec la mort d’Hugo, 21 ans et la question de l’alcoolisation massive des étudiants

 

Bonjour

C’est un fait divers sociétal. Une tragédie familiale révélée et développée par RTL. Nous sommes à CentraleSupélec, prestigieuse école de formation d’ingénieurs.  Dans la nuit du 12 au 13 octobre dernier Hugo, 21 ans, enchaîne les « pré-soirées » dans les appartements du campus avant une « grande fête » à l’intérieur des locaux de l’école.

« Visiblement trop ivre pour rentrer dans la soirée, Hugo est raccompagné par des camarades de promotion à son appartement. Resté seul, c’est à ce moment-là que, pour une raison encore inconnue, il tombe du balcon de son logement au deuxième étage, rapporte RTL.  Une chute de 7 mètres 50 qui lui a été fatale. »

Open bar

Hugo était en deuxième année à CentraleSupélec. Son frère jumeau Enzo et ses parents expliquent l’avoir vu vu peu à peu entrer  dans une « spirale infernale » faite de « jeux d’alcool » et de « soirées à répétition ». Absences du jeune homme à certains cours. Le tout sans réaction de la direction de l’école. Sa famille a décidé de porter plainte.  Elle entend que la mort d’Hugo soit utile et que l’école ainsi que les autres parents réagissent.

« Ce que je dénonce, c’est comment on en arrive là, a déclaré le père du jeune homme au micro de RTL. On écrase les élèves pendant les classes préparatoires pour préparer les concours. Ils travaillent jour et nuit, ils n’ont plus de vie sociale. Vous mettez quelqu’un en prison pendant trois ans et un jour, vous l’amenez au Club Med et c’est open bar. »

La ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a annoncé jeudi 18 octobre avoir demandé l’ouverture une enquête administrative. Le directeur de Centrale Supélec se dit aujourd’hui « révolté par ce drame ». Il entend désormais mettre tout en œuvre pour éviter une nouvelle tragédie sur son campus. La plainte est déposée pour « non-assistance à personne en danger ». Qui sera condamné ?

A demain