Le président des riches entend faire payer plus cher les boissons sucrées aux plus pauvres

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Dans l’ombre des péroraisons médiatiques sur les yacht, les lingots, la « flat tax » et la suppression de l’impôt sur la fortune : le sucre. Les députés, qui examinent en commission le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2018, ont adopté, dans la nuit du 17 au 18 octobre, une nouvelle formule de la « taxe soda ». Il s’agit d’une initiative pétrie de bonnes intentions : lutter contre l’obésité sucrée.

La commission des affaires sociales a ainsi adopté un amendement en ce sens présenté par le médecin et rapporteur général Olivier Véran (LRM, ex-PS). Il faut savoir, comme le rappelle l’AFP, que l’ensemble des boissons contenant une quantité – même minime – de sucres ajoutés sont déjà taxées depuis 2013. Après l’adoption de cet amendement, elles seront taxées au même niveau qu’aujourd’hui à partir de 5 grammes de sucre pour 100 millilitres, deux fois plus au-dessus de 8 grammes et trois fois plus au-dessus de 10 grammes.

Olivier Véran vs Agnès Buzyn

 « L’objectif n’est pas d’avoir de l’argent en plus, mais d’avoir un dispositif plus intelligent » et d’« inciter les industriels à réduire le taux de sucre », a expliqué M. Véran. Ce dernier était déjà engagé sous le précédent quinquennat sur ces questions et, un moment, avait été annoncé comme futur ministre de la Santé. Le groupe LR a d’ailleurs rappelé que l’actuelle ministre, Agnès Buzyn, avait émis lors de son audition des réserves sur un tel dispositif. La ministre avait, judicieusement, dit préférer développer « l’éducation à la santé », plutôt que de « taxer les personnes les plus pauvres » ; des personnes pauvres l’on sait plus consommatrices de boissons sucrées que les riches.

Ne pas vouloir « d’argent en plus » tout en augmentant les prix ? La formule, jésuite en diable, peut faire sourire. Et la question se pose pour le tabac. Les mêmes députés de la même commission ont, durant la même nuit adopté la hausse progressive du prix du tabac souhaitée par Bercy et la ministre de la Santé. Calendrier : 1 euro en mars 2018 ; 50 centimes en avril puis en novembre 2019 ; 40 centimes en novembre 2020. Les députés ont également décidé que la convergence des prix entre la Corse et le continent devra être achevée à partir de …. 2021. Pour le médecin urgentiste et député Thomas Mesnier (LRM) ce calendrier « permet à chacun de se mettre dans la perspective de l’arrêt » du tabac.

Se mettre dans la perspective de l’arrêt de son addiction tabagique ,et ce grâce à une augmentation millimétrée des prix qui aura pour effet de permettre au fumeur de s’adapter et de continuer à être taxé ? Imaginer faire passer le goût du sucre en augmentant le coût des sodas ? Question: la « fiscalité comportementale » soigne-t-elle les addictions ?

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Qui dénoncera la mortelle complaisance du pouvoir exécutif vis-à-vis des buralistes ?

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C’est une question politique essentielle autant que rarement posée : « lutter contre le tabagisme ou protéger les buralistes ? ». Elle est (enfin) soulevée par l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA) dans un document-référence  :  « Buraliste, un métier d’avenir »

Résumons :

« La lutte contre le tabagisme ne pourra longtemps éviter de s’interroger sur le véritable rôle des débitants de tabac, et sur les contradictions qu’il entraîne, de par leur statut,  dans la conduite de cette politique. C’est un enjeu trop important pour se satisfaire plus longtemps de faux semblants. Les gouvernements successifs font du buraliste un ‘’métier d’avenir’’. Est -ce pertinent au moment où des objectifs volontaristes de lutte contre la consommation de tabac ne peuvent que rencontrer l’opposition franche ou larvée des buralistes ? »

La main sur le cœur 

 C’est, en d’autres termes parler d’un Etat dealer et de buralistes-revendeurs : une « politique structurellement incohérente ». « Les gouvernements successifs ont persisté dans la même contradiction : d’un côté, une affirmation volontariste de lutte contre la consommation de tabac, produit le plus dangereux pour la santé publique ; de l’autre, un soutien. »

L’actualité est là : la Confédération des buralistes appelle à manifester ce mercredi 4 octobre contre la hausse gentiment programmée du prix du paquet  à 10 euros. Et l’ANPAA publie un décryptage retraçant l’histoire de cette profession et revenant sur son mode de rémunération, remis en cause à plusieurs reprises (et sans effet) par la Cour des comptes. On y découvre ainsi l’ambiguïté complaisante des gouvernements successifs : d’un côté, la main sur le cœur la ministre de la Santé affirme sa volonté inébranlable de réduire les dommages liés au tabac ; de l’autre, dans l’ombre, Bercy-Matignon-L’Elysée protègent les buralistes dont les intérêts sont directement proportionnels au volume des ventes.

Porte d’entrée du bureau de tabac

Pour l’ANPAA, « cette contradiction repose, en grande partie, sur une crainte irraisonnée d’une  profession qui s’engage, aux termes des contrats d’avenir, « à participer à l’application  de la politique de santé publique décidée par l’État », « à mettre en œuvre et faire respecter toute nouvelle mesure de santé publique » et qui, dans le même temps,  constitue le fer de lance de l’opposition à toute politique de lutte contre le tabagisme. »

Confusion schizophrénique à tous les étages. Comment entendre et croire les buralistes quand il revendiquent un « rôle d’acteur de santé publique » alors même qu’ils s’opposent à toute mesure visant à réduire la consommation de tabac – et n’appliquent jamais (ou presque) la mesure  essentielle de protection de la jeunesse : l’interdiction de la vente de tabac aux mineurs. Que fait la police ?

Ainsi, aujourd’hui en France, c’est bel et bien le bureau de tabac qui est la porte d’entrée mortifère sur l’addiction tabagique. Et dans le même temps on voudrait nous faire croire, ministre de la Santé en tête, que c’est la cigarette électronique.

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Cannabis sur la voie publique : la ministre de la Justice baisse pavillon devant la Police

Bonjour

Qui connaît Nicole Belloubet ? La nouvelle ministre de la Justice, généralement absente des gazettes, a accordé un entretien à L’Obs. Elle y « dévoile sa feuille de route ». Pour dire quoi ? Que tout va bien avec Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur. (Il faut le lire pour ne pas le croire). Pour dire, aussi, que tout va bien avec Emmanuel Macron « qui visitera bientôt une prison ». (Comment ne pas la croire ?) Pour assurer, enfin, le service avant-vente sur la dépénalisation du cannabis.

Quelques lignes qui en disent long. Moins sur l’exécutif actuel que sur la vision qu’il peut avoir du citoyen et de la santé publique. On demande à Nicole Belloubet, Garde des Sceaux, ministre de la Justice si les « fumeurs de cannabis ont leur place au tribunal correctionnel » (sic). Réponse :

« La santé publique est en question (sic)

Il faut bien entendu que le constat de l’infraction soit maintenu et que l’aspect dissuasif de la peine soit renforcé (re-sic) mais il me semble important d’adapter la réponse judiciaire pour la rendre plus efficace. »

Qu’est-ce à dire, Mme la ministre ?

« Il s’agirait de mettre en place une amende forfaitisée comme cela a été fait pour certains délits routiers, par exemple la conduite sans permis ou sans assurance. Cela veut dire qu’une sanction de l’infraction existe, mais qu’elle ne se traduit pas nécessairement par un passage au tribunal. Je suis favorable à ce que l’usager soit verbalisé sur la voie publique par le policier et n’aille pas devant le juge. »

Où l’on voit la Garde des Sceaux, ministre de la Justice, baisser pavillon devant le ministre de la Police.  Question : qui, au sein du gouvernement d’Edouard Philippe et sous le présidence-prévention d’Emmanuel Macron, traite de la dimension « santé publique » du cannabis ?

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Prix du tabac : pourquoi Agnès Buzyn avait-elle oublié son collègue Gérald Darmanin ?

 

Bonjour

Couac politique ou subtilités cachées de la communication gouvernementale ? De longues heures après les révélations, par Agnès Buzyn sur Europe 1, sur les détails du calendrier poussif de l’augmentation du prix des cigarettes,soudaine publication d’un long communiqué signé conjointement «  Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé et Gérald Darmanin, Ministre de l’Action et des Comptes Publics ». Comme la réparation en urgence d’un oubli de très grande taille qui, depuis l’aube suscitait l’ire des buralistes français : que fera le gouvernement contre la contrebande et le marché noir ? Extraits :

 Un produit « différent des autres »

 « Promotion d’une meilleure harmonisation des niveaux de fiscalité sur les produits du tabac grâce à une initiative que la France portera au niveau européen. Diminution de la quantité de tabac transitant d’un pays à l’autre de l’Union Européenne, en limitant strictement les transports transfrontaliers de tabacs « car le tabac n’est pas un produit comme les autres » (sic). Un plan de renforcement de la lutte contre la contrebande de tabacs sera déployé au plus vite sur notre territoire.

Le Gouvernement a décidé le renforcement du renseignement et des contrôles douaniers, au moyen d’un nouveau dispositif répressif et dissuasif plus adapté aux nouvelles pratiques de la fraude :  nouvelles techniques de ciblage, intervenant en amont du dédouanement sur tous les vecteurs (fret express et postal) pour un démantèlement plus efficace des filières d’approvisionnement du marché illégal ; usage d’un nouvel outil de traçabilité des produits du tabac vendus en France, rendu possible par un nouveau cadre réglementaire communautaire, et qui sera généralisé à partir de 2019. »

 Tabac uniquement chez les buralistes

 Conclusion emphatiques du Ministre de l’Action et des Comptes Publics, « Agissant sur tous les leviers de la fraude et usant des dernières techniques et technologies disponibles, avec des actions complémentaires menées de front au niveau national et international, le volet douanier du Plan Tabac permettra de maintenir au sein du réseau des buralistes, seul réseau de distribution autorisé en France, les achats de tabac et de contribuer ainsi à la réussite de la politique de santé publique du Gouvernement. »

Ainsi donc le tabac ne sera plus accessible que chez les buralistes dans un pays qui, aujourd’hui, compte près de 16 millions de fumeurs, où entre 18 et 34 ans, près d’une personne sur deux affirme fumer (et une sur trois entre 15 à 19 ans alors que la vente est interdite aux mineurs…). Un pays, La France, où la prévalence du tabagisme atteint  46% chez les femmes de 20-25 ans, et  55 % chez les hommes de 26-34 ans : des taux parmi les plus élevés recensés dans les pays occidentaux et dans le monde.

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Hausse du tabac : le calendrier miracle qui permettra de se préparer à arrêter de fumer 

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Après Nicolas Demorand, Patrick Cohen. 20 juillet 2017 : sur Europe 1 Agnès Buzyn a révélé de quelle manière le paquet français de cigarettes allait  progressivement passer à 10 euros. Un bien étrange calendrier. Aucune hausse brutale d’entrée, comme la ministre de la Santé en avait pourtant émis le souhait, mais une série de six petits paliers pour, poussivement, tenir une promesse jupitérienne. « Les arbitrages ont été rendus. Nous allons dès la fin de l’année harmoniser le prix des paquets de tabac, et notamment les plus faibles, en augmentant en moyenne de 35 centimes d’ici la fin de l’année pour aboutir à des paquets 7,10 euros » a expliqué Mme Buzyn. Une fois « l’harmonisation » réalisée il y aura une hausse d’un euro en mars prochain ; puis deux hausses de 50 centimes d’euro en avril et en novembre 2019, une nouvelle hausse de 50 centimes d’euro en avril 2020 et de 40 centimes en novembre 2020. Soit, alors, une paquet à 10 euros.

Pourquoi cette hausse graduelle très étales par paliers plutôt que le choc attendu de la hausse brutale ? Agnès Buzyn délivre ici un étrange argumentaire, a expliqué vouloir se mettre à la place des fumeurs. « C’est une hausse en trois ans, ce qui était mon souhait, assure-t-elle aujourd’hui. Ça permet aux gens de se préparer et de trouver les moyens d’arrêter de fumer. C’est un calendrier qui permet à chacun de se mettre dans la perspective de l’arrêt. »

Toujours rien sur la cigarette électronique

Etrange emballage politique. Des spécialistes soutiendront, sans difficulté, une argumentation contraire : cette annonce de la progressivité des prix n’aidera en rien les personnes dépendantes du tabac mais (à la différence d’un choc massif d’entrée) leur fournira les moyens de s’adapter et de ne pas briser leur addiction. Trouver les moyens d’arrêter ? On ne peut qu’être amèrement déçu, ici, de l’absence de toute mesure concernant l’amélioration de la prise en charge financière des substituts nicotiniques et le soutien à l’usage de la cigarette électronique comme outil d’arrêt du tabac. Une nouvelle fois, comme dans l’ancien monde, pas de vision politique de réduction des risques.

Ce n’est pas tout: sur son flanc droit le gouvernement doit d’autre part d’ores et déjà compter avec l’ire des buralistes qui dénoncent l’absence de toute mesure contre l’existence et le développement annoncé des circuits et marchés parallèles. Première manifestation annoncée pour le 4 octobre.

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Stupéfiants : la condamnation exemplaire de Benoît Magimel, acteur gravement souffrant

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C’est une affaire à tous égards exemplaire rapportée à la perfection par l’Agence France Presse. Une affaire qui en dit beaucoup sur les souffrances inhérentes aux addictions sévères, sur la nécessaire vigilance des forces de police, sur la sévérité inscrite dans la loi et l’espoir offert, coûte que coûte, par les soignants et les prises en charge thérapeutiques

Exemplarité des faits, rapportés par l’AFP : le comédien Benoît Magimel, 43 ans, interpellé à Paris dans la nuit de dimanche à lundi, a été condamné mardi 19 septembre à trois mois de prison avec sursis pour « tentative d’acquisition » de stupéfiants et consommation d’héroïne et de cocaïne. Visiblement épuisé, Benoît Magimel a reconnu consommer de la cocaïne et de l’héroïne depuis avril 2016. Il précise aussi avoir commencé à prendre de l’héroïne vers l’âge de trente ans – et assure avoir consommé dernièrement des stupéfiants : « il y a un mois ».

Exemplarité de la peine : elle vient d’être prononcée par le tribunal correctionnel de Paris dans le cadre d’une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) – une procédure simplifiée, dite de « plaider coupable ». « Trois mois de prison avec sursis » assortis d’une « mise à l’épreuve » de dix-huit mois avec « obligation de soins ». Le sursis pourra être révoqué si l’acteur ne justifie pas de ces soins.

Brigade anticriminalité du 4arrondissement

Exemplarité du coupable : l’acteur a reconnu avoir contacté un dealer pour se procurer de la cocaïne (moyennant 200 euros) dans la nuit de dimanche à lundi. La transaction a été interrompue lorsqu’il a été interpellé au volant de sa voiture, l’homme à ses côtés, à contresens dans une rue à sens unique. Dans la voiture, les policiers de la brigade anticriminalité du 4arrondissement de Paris avaient découvert un « pochon de poudre », laquelle s’est avérée être un « mélange contenant de l’héroïne ». Le deuxième homme a également été interpellé.

Exemplarité des limites biologiques : les tests salivaires pratiqués sur l’acteur se sont révélés négatifs à la cocaïne ou au cannabis, a précisé le juge. En revanche, ses urines étaient « positives aux opiacés » – ce qui, selon sa défense,  pourrait correspondre à un « traitement médical ».

Exemplarité du dossier: Benoît Magimel « est en souffrance », a plaidé son avocat, Me Pascal Garbarini. « C’est une lutte de tous les jours, il consulte, il est sous traitement, il essaie vraiment d’arrêter. » « Quand il craque », M. Magimel se drogue « chez lui, souvent seul, dans l’angoisse, a ajouté l’avocat. La peur de la prison existe. Et surtout, c’est de voir dans l’état où il se met qui le chagrine. » Chagriner n’est peut-être pas, dans ce cas, le meilleur verbe pouvant être utilisé.

Il faut ici rappeler que l’acteur avait, en juin dernier, été condamné en appel à 5 000 euros d’amende pour avoir renversé une piétonne l’an dernier à Paris – et à 1 200 euros d’amende pour conduite sous l’emprise de stupéfiants en 2014. Il avait déjà, alors, publiquement évoqué sa consommation de drogue.

Révélé à l’âge de 13 ans via La vie est un long fleuve tranquille (1988), Benoît Magimel n’a, depuis, cessé de tourner comme en témoigne une filmographie considérable. Et maintenant ? Au-delà de ce cas et des écrans, grâce précisément à ces exemplarités : non plus rêver mais bien, agir. Sur l’exécutif pour une politique du moindre risque.

A demain

 

 

Par décision ministérielle, les ivresses sont interdites durant tout le temps de la grossesse

 

Bonjour

Les mêmes causes alcooliques produisent les mêmes effets délétères et les mêmes réactions des autorités sanitaires. La France boit et le ministère de la Santé et Santé publique France viennent de lancer une campagne nationale d’information (presse et web) à l’adresse du grand public et des professionnels de santé. Un message sur une affiche : « Vous buvez un peu d’alcool, il boit beaucoup ». Objectif : promouvoir, sinon obtenir, l’abstinence totale pendant la grossesse (numéro d’alcool Info services : 0 980 980 930 7jours sur 7, de 8h à 2h).

Où l’on reparle de l’alcool, première cause non génétique de handicap mental à la naissance chez l’enfant. En France, 500 000 personnes souffriraient des conséquences d’une alcoolisation fœtale et un nouveau-né sur mille (entre 600 et 800 enfants chaque année) présente une forme complète de syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF); un syndrome identifié pour la première fois en France, par le pédiatre Paul Lemoine (1917-2006) qui mena, à partir de 1958 dans la région nantaise, une étude sur les enfants nés de femmes malades de l’alcool, à partir de laquelle il sera le premier, en 1968, à décrire de façon exhaustive le tableau clinique 1.

Un demi-siècle après

Nous sommes une demi-siècle plus tard.  « Peu de personnes ont conscience du sujet des troubles causés par l’alcoolisation fœtale » fait valoir la ministre de la Santé Agnès Buzyn qui, après tant d’autres, affiche sa détermination à lutter contre ce fléau de santé publique qu’est la malade alcoolique. Des chiffres concernant les futures mères ? Entre 18 et 25 ans, plus d’une femme sur quatre a connu plusieurs épisodes d’ivresse dans l’année – et une sur dix dans le mois. Et près du tiers des femmes enceintes consomment occasionnellement de l’alcool.

Renforcer « l’information au quotidien » ?  La ministre a annoncé l’évolution prochaine du microscopique « pictogramme »présent sur toutes les étiquettes et tenu pour alerter sur les dangers de la consommation d’alcool pendant la grossesse – un pictogramme obligatoire depuis dix ans et que personne ou presque n’a remarqué.  « Sa lisibilité et sa visibilité restent insuffisantes ou hétérogènes » avoue la ministre. Un euphémisme.

A celles et ceux qui ne le savent pas encore, précisons qu’un arrêté du 2 octobre 2006 (signé de Xavier Bertrand) impose la présence sur toutes les bouteilles d’alcool d’un pictogramme représentant une femme enceinte, un verre à la main, barrée d’un trait rouge, ou d’un message ainsi rédigé: «La consommation de boissons alcoolisées pendant la grossesse, même en faible quantité, peut avoir des conséquences graves sur la santé de l’enfant.» Des dispositions ignorées du plus grand nombre – à commencer par les premières intéressées.

Dérangeante étude britannique

Et puis, hasard ou fatalité voici qu’une publication britannique du BMJ pourrait, pour partie, ruiner la campagne de santé publique française : « Low alcohol consumption and pregnancy and childhood outcomes: time to change guidelines indicating apparently ‘safe’ levels of alcohol during pregnancy? A systematic review and meta-analyses ».

Les auteurs (des épidémiologistes) ont réalisé une méta-analyse incluant vingt-quatre cohortes et deux études quasi expérimentales. Conclusion : les données scientifiques actuelles sont insuffisantes pour tirer des conclusions définitives quant aux effets sur l’enfant à naître d’une consommation faible à modérée d’alcool pendant la grossesse (consommation hebdomadaire inférieure ou égale à 32 grammes d’alcool pur, soit trois à quatre verres de vin).

Selon les auteurs on ne disposerait pas de preuves indiscutables permettant de définir un effet toxique ou de fixer une limite sûre à la consommation d’alcool, même si plusieurs études relatent un risque supérieur (de 10 %) d’accoucher avant terme, et de bébé de petit poids.

Se faire entendre

En Grande-Bretagne, jusqu’en 2008, les recommandations du National Institute for Health and Clinical Excellence (NICE) préconisaient aux femmes d’éviter toute consommation d’alcool lors du projet de grossesse et du premier trimestre – puis elles indiquaient que leur consommation devait être réduite à deux unités, une à deux fois par semaine (32 gr). Depuis le Royaume-Uni a renforcé ses recommandations début 2016 et les autorités conseillent désormais aux femmes enceintes de s’abstenir de toute consommation alcoolique.

Faut-il, comme le demandent les auteurs, mener de nouvelles recherches sur cet enjeu majeur de santé publique ? S’intéresser, par exemple, aux différences des effets de l’alcool selon les étapes de la gestation ? Ou faut-il, ici, se contenter des preuves concernant les effets tératogènes de l’alcool, les troubles causés par l’alcoolisation fœtale (TCAF) et le SAF. Tolérer les petits écarts désinhibants ou user du principe maximal de précaution en prenant le risque de n’être ni toujours entendu ni toujours compris ?

A demain.

1 Lemoine P, HarousseauH, Borteyru JP, MenuetJC.  « Les  enfants des parents alcooliques: anomalies observées à  propos de 127 cas ». Ouest Médical. 1968;21:476-82.