Cigarette électronique : coupable déni officiel français, vive le pragmatisme britannique !

Bonjour

Tenter seul un sevrage brutal de l’addiction au tabac (« cold turkey ») ne donne le plus souvent que de maigres résultats positifs – de l’ordre de 4% à un an. Mieux vaut, pour briser ses chaîne tabagiques, avoir recours aux substituts nicotiniques au premier rang desquels la cigarette électronique. Telle est le message (rapporté par la BBC) des autorités sanitaires britanniques à la veille du lancement (1er octobre) de l’opération anuelle « Stoptober » – une version autrement plus élaborée, originale et percutante que notre pusillanime « Moi(s) sans tabac ».

Une opération pragmatique qui vante, donc sans fard les vertus de la cigarette électronique dans le champ de la réduction des risques individuels et collectifs. Une opération qui, cette année, fera la promotion d’un plan personnel gratuit d’abandon du tabac : online personal quit plan service. La baisse des taux de tabagisme a atteint un niveau record en Angleterre : 15% seulement de la population – soit une baisse d’un quart depuis 2011. Cela équivaut à un peu plus de six millions de fumeurs au total. Quant à la cigarette électronique, 3,2 millions de personnes y ont désormais recours – la plupart d’anciens fumeurs de tabac.

En France ? On recense de l’ordre de 30% de fumeurs dans la population générale. Et les autorités politiques sanitaires sont toujours dans le déni massif, récurrent et coupable des bénéfices inhérents à la cigarette électronique. L’affaire reste à comprendre et le procès à instruire.

A demain

Alcool au volant : la sécurité sociale doit prendre en charge les « éthylotests antidémarrage »

Bonjour

Longtemps l’Etat ne fit rien. Puis, face à l’hécatombe il rentra petit à petit dans l’habitacle. Lever le pied droit. Le lever encore. Puis encore. Moins boire. Encore moins. Descendre sous les 80 km/h « sur les routes secondaires à double sens sans séparateur central ». Boucler les ceintures de sécurité. Puis ne plus fumer au volant, ne plus téléphoner… Etre plus que correct avec la maréchaussée. Maîtriser son véhicule et, au-delà, se maîtriser.

Puis voici aujourd’hui un décret instaurant notamment un durcissement des sanctions pour les « refus de priorité » aux piétons. Un automobiliste se verra désormais retirer six points (au lieu de quatre actuellement) s’il ne cède pas le passage à un piéton « s’engageant régulièrement dans la traversée d’une chaussée ou manifestant clairement l’intention de le faire ». La constatation de cette infraction peut par ailleurs se faire par simple vidéo-verbalisation, via des caméras de surveillance.

Cette mesure vise à réduire la mortalité des piétons : l’an dernier 519 ont été tués dans un accident et plus 11 070 ont été blessés. Une autre mesure vise à étendre le recours aux « éthylotests antidémarrage » (EAD). Au 1er janvier 2019, tout conducteur arrêté chez lequel une alcoolémie supérieure à 0,8 g/l et inférieure à 1,8 g/l aura été mesurée sera « éligible » à ce dispositif – un appareil branché sur le circuit d’alimentation du véhicule et dans lequel il doit souffler pour pouvoir démarrer son véhicule.

Compter 100 euros par mois

Avantage : au lieu de voir son permis de conduire « suspendu », le contrevenant pourra être autorisé, « par décision préfectorale dans les trois jours », à continuer à conduire des véhicules équipés d’EAD, que ce soit le sien ou un autre véhicule (d’entreprise par exemple). L’installation du dispositif (1 300 euros environ ou location de 100 euros par mois) sera, bien évidemment, à sa charge.

Aujourd’hui, les EAD ne sont proposés que par des juges (ou dans quatre départements expérimentaux (Nord, Marne, Drôme, Finistère-  par les commissions médicales administratives des préfectures. « Cela intervient bien trop tard et les contrevenants y renoncent », plaide le délégué interministériel à la sécurité routière, Emmanuel Barbe. « L’objectif, dit-il,  est d’éviter, par la rapidité de la décision, le déclassement causé par la perte du permis, notamment pour aller travailler. L’EAD est un outil reconnu contre la récidive d’alcool au volant. On espère qu’en développant l’usage, son prix baisse et amorce ainsi un cercle vertueux. »

Contre la récidive et l’addiction à l’a;cool faut-il parler de cercle et de vertu ou de spirale pathologique ? Voilà bien, dans l’habitacle ou pas, un vrai sujet médical et politique. Pourquoi les EAD ne seraient-ils pas pris en charge par l’assurance maladie ? Au nom de la réduction, collective, des risques. Qui soutiendra le contraire ?

A demain

Cannabis : femelles exposées durant la gestation, sociabilité altérée de la descendance mâle

Bonjour

Voilà bien une étude (qui semble) avoir été paramétrée pour faire parler d’elle – à commencer sur les sites de la presse plus ou moins généraliste. Tombons dans le piège de ce prière d’insérer à nous adressé par le service de presse de l’Inserm.

Or donc une équipe franco-italo-américaine révèle au monde que l’exposition prénatale aux cannabinoïdes a des effets spécifiques au sexe sur les descendants adultes. Tout est dit dans « Sex-dependent effects of in utero cannabinoid exposure on cortical function ». L’essentiel du travail a été mené au sein de l’Institut de Neurobiologie de la Méditerranée. Les auteurs suggèrent que l’usage de cannabis pendant la grossesse peut entraîner chez les mâles une diminution de la sociabilité et un accroissement de l’excitabilité neuronale.

Olivier Manzoni, directeur de recherche Inserm responsable de l’étude à l’Institut de neurobiologie de la Méditerranée et Directeur du Laboratoire International Associé Inserm-Indiana University, CannaLab :

« Comme les cannabinoïdes traversent le placenta, ils risquent d’interférer au cours du neurodéveloppement avec le signalement endocannabinoïde fœtal, qui est impliqué dans la régulation de divers processus (plasticité synaptique, l’appétit, la sensation de douleur) et dans la médiation des effets pharmacologiques du cannabis. Ces interférences pourraient alors, à leur tour, être à l’origine de graves déficiences sur le long terme. Toutefois, en dépit du nombre croissant de signalements concernant la consommation de cannabis en cours de grossesse, les conséquences à long terme d’une exposition prénatale aux cannabinoïdes restent mal comprises. »

Cortex préfrontal médial

Pour « améliorer les connaissances dans ce domaine », les chercheurs travaillant à Marseille, à l’Université de Rome et de l’Indiana University ont cherché à comprendre comment l’exposition prénatale aux cannabinoïdes influençait les fonctions synaptiques et comportementales du cortex préfrontal médial – l’une des régions du cerveau souvent impliquée dans les troubles neuropsychiatriques – chez les rats adultes, mâles et femelles.

Résultats : « les rats mâles exposés in utero aux cannabinoïdes étaient moins sociables que les animaux normaux et passaient moins de temps à interagir avec leurs congénères. Leurs comportements sociaux (interactions et jeux) étaient altérés, alors que le nombre d’attaques entre mâles demeurait inchangé. »

Anissa Bara, doctorante, et co-première auteure :

« Les effets délétères de l’exposition prénatale aux cannabinoïdes sur le comportement social étaient spécifiques aux descendants mâles uniquement. Toutefois, si l’interaction sociale était spécifiquement altérée chez les mâles, les fonctions locomotrices, l’anxiété et la cognition restaient identiques chez les rats mâles et femelles, suggérant des conséquences comportementales spécifiques au sexe. »

Espoir thérapeutique ?

Ce n’est pas tout : les résultats ont également révélé que l’expression du gène mGlu5 (un effecteur du système endocannabinoïde dans le cortex préfrontal) était réduite chez les mâles exposés in utero aux cannabinoides. Les chercheurs ont aussi découvert que l’amplification de la signalisation via mGlu5 « pourrait permettre de normaliser, en partie, les anomalies synaptiques et comportementales induites par l’exposition prénatale aux cannabinoïdes via une activation des récepteurs cannabinoïdes de type 1 (CB1R). »  « De même, des tests ultérieurs ont également permis de mettre en évidence que l’augmentation du taux d’anandamide (un type d’endocannabinoïde) chez les mâles exposés permettait de restaurer des comportements sociaux normaux via le récepteur CB1R » ajoute l’Inserm

« Dans leur ensemble, ces résultats prouvent sans équivoque les effets spécifiques au sexe d’une exposition prénatale aux cannabinoïdes, conclut la co-première auteure Antonia Manduca. Le fait que l’amplification de la signalisation mGlu5 et l’augmentation du taux d’anandamide permettent d’inverser, chez le rat, les effets négatifs d’une exposition précoce laissent également entrevoir la possibilité d’une nouvelle stratégie pharmacologique qui pourrait un jour faire l’objet d’essais chez l’homme ».

Et chez la femme ?

A demain

 

E-Cigarette : permettre aux ados de « juuler » ou, comme en France, les laisser fumer ?

Bonjour

Il va nous falloir apprendre à connaître JUUL Labs : une firme californienne de cigarette électronique visée par le Dr Scott Gottlieb (patron de  la FDA)  dans sa communication mondialement médiatisée sur le vapotage et les adolescents. La JUUL qui – après un succès fulgurant aux États-Unis – se lance au Royaume-Uni, depuis juillet, et au Canada, depuis fin août. « La France faisant partie de ses prochaines cibles. D’ailleurs, cela se traduit actuellement par des propositions discrètes de recrutement à certains hauts cadres de l’industrie du tabac et du vapotage sur le marché français » confie le site des buralistes.

Pour le Dr Gottlieb, « les cigarettes électroniques peuvent aider les fumeurs adultes, mais cela ne doit pas se faire au détriment des enfants ». « Nous ne pouvons pas accepter qu’une génération entière devienne dépendante à la nicotine » dit-il. En  2017, 2,1  millions de lycéens et collégiens américains étaient des consommateurs réguliers, selon les statistiques officielles. Depuis, le phénomène n’a cessé de prendre de l’ampleur. Selon le Washington Post, le nombre d’adolescents vapoteurs aurait augmenté de 75  % cette année.

« Cette popularité croissante s’explique en grande partie par le succès de JUUL Labs. En trois ans, cette jeune société établie à San Francisco (Californie) est même entrée dans le langage courant, rapporte Le Monde (Jérôme Marin). Dans les collèges et lycées américains, on n’utilise pas une cigarette électronique, on  » juule « . Et on l’affiche fièrement sur Instagram et Snapchat. Tout l’inverse des cigarettes, dont la consommation ne cesse de reculer – moins de 8  % des lycéens fument. »

Selon les estimations de l’Institut Nielsen JUUL  capterait 72  % du marché aux Etats-Unis, loin devant les marques lancées par les géants du tabac. Un chiffre d’affaires évalué à 1,3  milliard de dollars (1,1  milliard d’euros) au cours des douze derniers mois et qui a bondi de 730  % sur un an.

Concombre masqué et crème brûlée

La recette du succès ? Le design : une e- cigarette électronique type clé USB ; l’éventail des parfums (menthe, mangue, crème brûlée ….  intégrant du sel de nicotine pour offrir une sensation plus proche de celle d’une cigarette de tabac) ; et un marketing plus de débridé auprès des plus jeunes – ceux qui ne sont pas entrés dane le monde ringardisé et hautement toxique du tabac.

JUUL reconnaît que l’utilisation massive  de ses productions par les mineurs est un problème – et pense pouvoir le résoudre grâce aux nouvelles technologies. « L’an prochain, la société commercialisera une cigarette se connectant à un smartphone, ce qui pourrait, à terme, permettre de contrôler l’âge des utilisateurs, précise Le Monde. Le fabricant tente de redorer son blason. Il a promis d’investir 30  millions de dollars sur trois ans pour lutter contre l’utilisation de ses produits par des mineurs. Il soutient une proposition de loi pour porter à 21 ans l’âge minimum pour acheter du tabac. Avant cela, il avait aussi modifié son marketing. Ses publicités et son site Internet adoptent désormais des couleurs plus sobres et mettent en avant de vrais fumeurs qui ont basculé vers les cigarettes électroniques. »

Chez JUUL le parfum « Concombre cool » est devenu « Concombre »  et « Fruit » a remplacé « Salade de fruits ».  La firme assure également qu’elle contrôle davantage les distributeurs qui visent les adolescents ou qui ne respectent pas l’âge limite – elle aurait demandé la suppression de milliers de messages et d’annonces sur Instagram, Facebook et Amazon.

Sourire de la situation américaine ?  En France un adolescent sur trois consomme du tabac. Le pouvoir exécutif tient dans le plus profond mépris les artisans vapoteurs acteurs majeurs de la réduction des risques tabagiques. Et les paquebots internationaux de Big Tobacco entendent bien détruire, via France Vapotage, les micro-esquifs de la Révolution des Volutes. Quant à la ministre Agnès Buzyn elle semble désormais définitivement allergique, dans le champ de l’addiction, à une politique structurée de réduction des risques.

A demain

 

Miossec et l’alcool, ou la chance d’avoir pu diviser sa vie en deux, « avant et après »

Bonjour

Christophe Miossec, 53 ans, auteur-compositeur-interprète-parolier, parfois acteur. Il est interrogé par Libé (Patrice Bardot) à l’occasion de la sortie d’un nouvel album. Intitulé « Les Rescapés » (« furia minimaliste post-punk traversée par instants par un surprenant groove radieux, quasi électronique …»). Rescapé, l’auteur en est un et ne s’en cache pas.

« Il y a ceux, nombreux, qui en arrêtant de boire observent, inquiets, leur inspiration s’assécher à son tour. Puis il y a Christophe Miossec, sobre depuis 2010, lorsque les médecins découvrent qu’il est atteint d’une maladie neuromusculaire qui modifie l’équilibre, la coordination des membres, explique Libé. Verdict : plus une seule goutte ou c’est la paralysie. Mais sa verve créatrice n’est jamais restée en rade. Le rythme continue d’être soutenu : un album quasiment tous les deux ans, suivi d’incessantes tournées. »

L’homme était devenu célèbre avec son premier album Boire, en 1995 – plus de 100 000 exemplaires vendus. Le diagnostic sera porté quatorze ans plus tard, présenté comme une forme d’ataxie « maladie orpheline chronique affectant le cervelet ». Miossec s’en explique volontiers, sans pathos ni afféterie. Pas plus qu’il n’a fait appel aux médias pour son sevrage.

LCI, en mai 2016 lui demande : « Vous avez souvent écrit sur le temps passe : « 30 ans », « En Quarantaine »… Cette fois, avec le titre « Les Mouches », vous évoquez directement la mort. C’est une angoisse ? » Miossec

« Ben oui. Il y a eu tellement de disparitions dernièrement: celle de mon pote Rémy Kolpa Kopoul (journaliste à Nova), celle de Bashung… Savoir qu’il ne sortira plus d’albums, ça me tue. J’aurais voulu savoir sur quel pied il danserait aujourd’hui. C’est terrible, on est là à fumer des clopes et puis un jour on disparait à cause d’elles… (il se roule une autre cigarette). [L’alcool aussi. On se souvient de concerts où vous arriviez sur scène fortement imbibé…]
« Ça, c’est terminé. Je n’aurais jamais du boire un seul verre d’alcool de ma vie. Je n’ai pas le cerveau pour. Aujourd’hui, je ne bois plus une goutte. Un verre de vin me fait autant de dégâts qu’une nuit d’ivresse. Quelle ironie pour un mec dont le premier disque s’appelait « Boire » ! Mais je n’aurais jamais pu monter sur scène sans boire avant. J’étais tétanisé par la timidité.

Chaise roulante

Les Inrocks en 2014 : « Tu ne bois plus depuis des années, as-tu participé à des réunions des Alcooliques anonymes ? »

« Pas du tout. Ma chance, c’est que mon cerveau ne supportait plus du tout l’alcool. A la fin, six ou sept verres et j’étais cuit. Tout le monde autour de moi pensait que je buvais en cachette. C’est venu graduellement, la pathologie se traduit aussi par des problèmes d’équilibre. La maladie, l’ataxie, a commencé par un grave mal aux genoux. Et un jour, à 11 heures du matin, un médecin m’a expliqué ce dont je souffrais. Il m’a dit : “Plus une goutte d’alcool ou c’est la chaise roulante.” J’ai dû fixer une date : celle de mon dernier verre. Le médecin m’a accordé une semaine de grâce, pendant laquelle je me suis offert les meilleurs vins. Et j’ai tenu. En partie pour emmerder mes détracteurs ! J’ai alors attaqué une nouvelle vie. C’était il y a quatre ans. »

 Libé, aujourd’hui :  « Avez-vous parfois le sentiment que votre maladie a été paradoxalement une bénédiction ? Miossec :

« Oui, avec l’âge on essaie de bien regarder la merde et de voir ce qu’elle peut nous apporter de positif. Mais s’il n’y avait pas eu la boisson, je n’aurais jamais eu le désir profond de monter sur scène, car ça désinhibe complètement. Je ne tenais pas l’alcool du tout, j’étais bourré hyper vite, je n’étais pas dans le club de ceux qui encaissent et qui sont en irrigation permanente.

 « En fait, les médecins se sont rendu compte que je fais partie des personnes qui n’auraient jamais dû boire une seule goutte en raison de cette maladie. C’est une chance d’avoir pu diviser sa vie en deux : avant et après l’alcool, même si j’ai commencé à boire tard. Il n’empêche que j’aime toujours aussi peu les buveurs d’eau et, en tournée, il y a toujours autant de boisson dans les loges. Ça ne me gêne pas de voir les autres picoler, au contraire je pousse à la consommation parce que j’aime bien entendre les conneries des gens bourrés (rires). »

 Tout au fond de la salle, Boris Vian, écrivain, parolier, chanteur, jazzant en écho : « Je bois ». C’était quarante ans avant le Boire de Miossec. Vian avait alors 35 ans. Il mourut quatre années plus tard 1. D’une crise cardiaque, lors de la projection de l’adaptation cinématographique de son « J’irai cracher sur vos tombes ».

A demain

1 De Philippe Boggio  : le passionnant Boris Vian, première éditions Flammarion 1993, réédition 1995 en livre de poche, dernière éditions mai 2009

 

E-Cigarette et adolescents : en Amérique la FDA s’ingénie à augmenter les risques tabagiques

Bonjour

« Comme un ultimatum » estime le site des buralistes français.  La puissante Food and Drug Administration (FDA) vient de donner soixante jours aux fabricants d’e-cigarettes et d’e-liquides pour lui présenter un plan destiné à réduire la consommation de leurs produits par les adolescents. Cela donne ceci : « FDA takes new steps to address epidemic of youth e-cigarette use, including a historic action against more than 1,300 retailers and 5 major manufacturers for their roles perpetuating youth access ».

Pour le Dr Scott Gottlieb, patron de la FDA, le recours à la e-cigarette a, dans son pays, atteint chez les adolescents la dimension d’une « épidémie ». Il s’en explique dans une longue déclaration : « Statement from FDA Commissioner Scott Gottlieb, M.D., on new steps to address epidemic of youth e-cigarette use ». Et si l’administration sanitaire américaine n’est pas convaincue par les réponses des industriels, les « arômes parfumés » pourraient être tout simplement interdits.

Pour la FDA la commercialisation de liquides aux parfums fruités ou sucrés rend ces produits particulièrement attrayants pour les jeunes consommateurs qui n’ont pourtant pas le droit d’acheter de cigarettes électroniques. « La disponibilité des cigarettes électroniques ne peut pas se faire au prix d’une dépendance des nouvelles générations à la nicotine, cela ne se passera pas ainsi », martelle Scott Gottlieb.

Collèges et lycées

« Alors que les ventes de tabac conventionnel ne cessent de reculer aux États-Unis, celles de cigarettes électroniques progressent : en moyenne de 25 % par an depuis quatre ans, explique le site des buralistes. Et cette vogue n’a pas épargné les abords des collèges et des lycées, où le vapotage a supplanté la cigarette, en partie du fait du succès de fabricants parmi lesquels JUUL.

« La FDA est-elle sur le point de tuer la vape aux États-Unis ? » s’interroge le site vapingpost.com (Alister Servet). Il observe que si la déclaration de Scott Gottlieb commence bien elle se termine différemment :

« Notre plan global de lutte contre les effets nocifs du tabagisme (ndlr : plan de la FDA) a été fondé sur un principe d’animation central. Ce qui cause principalement la mort et les maladies liées au tabagisme n’est pas la nicotine contenue dans ces produits. C’est l’acte d’allumer du tabac pour libérer cette drogue pour l’inhalation. Alors que c’est la dépendance à la nicotine qui incite les gens à fumer,c’est surtout la combustion qui libère des milliers de constituants nocifs dans l’organisme à des niveaux dangereux, qui tue les gens  »

« Nous devons nous assurer que nous évaluons correctement l’impact net sur la santé publique de produits comme les e-cigs avant qu’ils n’obtiennent l’autorisation de mise sur le marché de la FDA, et que ces produits répondent à leurs responsabilités réglementaires. Ces produits peuvent encore poser des risques pour la santé, y compris la possibilité de libérer certains produits chimiques à des niveaux plus élevés que les cigarettes conventionnelles, et ces risques potentiels doivent être examinés de plus près ».

Pour vapingpost.com Scott Gottlieb fait très probablement référence aux nombreuses études à la méthodologie douteuse, et ayant très rapidement, après leur publication, été démontées par de nombreux experts du domaine.

« Oui, brûler un e-liquide libère des substances toxiques. Cependant, il est important de rappeler que dans le cadre d’une utilisation normale de la cigarette électronique, ces substances sont tout simplement absentes de la vapeur inhalée par les vapoteurs. »

Esclavage du tabac

Suite de Scott Gottleib :

« Nous annonçons la plus grande initiative jamais coordonnée contre les ventes illégales (ndlr : de produits de la vape à des mineurs) dans l’histoire de la FDA. Il s’agit de la plus importante mesure d’application de la loi de l’histoire de l’organisme(qui ciblera les ventes en ligne et en boutiques). Nous avons envoyé plus de 1 100 lettres d’avertissement aux magasins pour la vente illégale de cigarettes électroniques à des mineurs. De plus, nous avons imposé 131 autres pénalités civiles à des magasins qui ont continué de violer les restrictions sur les ventes aux mineurs.

«  Mais nous devons faire davantage pour endiguer ce que je considère comme une épidémie d’utilisation de la cigarette électronique chez les adolescents, et des tendances profondément inquiétantes qui ne montrent aucun signe de ralentissement. (…) L’un des facteurs que nous évaluons de près est la disponibilité des saveurs caractérisantes. Nous savons que les saveurs jouent un rôle important dans l’attrait des jeunes. Et compte tenu des tendances en cours, nous pourrions prendre des mesures pour réduire la commercialisation et la vente de produits aromatisés. Nous sommes en train d’évaluer activement comment nous pourrions mettre en œuvre une telle politique. »

Pour vapingpost.com la situation est claire : la FDA compte tout simplement ignorer les études ayant d’ores et déjà prouvé que les arômes sont l’une des principales raisons pour laquelle la vape est aussi efficace en tant qu’outil de sevrage tabagique, et pense à les supprimer. Quelles conséquences pratiques aurait une telle suppression ? Les mêems causes produisant, outre-Atlantique également, les mêmes effets on peut raisonnablement imaginer que la FDA pousserait, de fait, les adolescents à entrer directement dans l’esclavage, hautement plus toxique, de la nicotine du tabac.

A demain

Politique :  le paquebot Tobacco  se lance à l’abordage des esquifs français du vapotage

Bonjour

Cinq ans après la Révolution des volutes est-elle en grand danger ? La création de « France Vapotage » pourrait le faire craindre. Il s’agit ici, nous dit le site des buralistes, d’une « fédération professionnelle » créée par « des fabricants de produits du vapotage opérant en France ». Objectif : « défendre leurs intérêts et faire la promotion de la cigarette électronique comme ‘’outil de sortie du tabac’’ ».

 Pour un peu on applaudirait à la naissance de ce lobby. Mais la vérité, comme souvent, est un peu plus compliquée. Surtout quand on découvre que parmi les six membres fondateurs on retrouve  les géants cigarettiers  British American Tobacco, Imperial Brands et Landewyck – accompagnés de deux fabricants de produits pour cigarettes électroniques et d’une boutique spécialisée.

C’est là un symptôme : les crocodiles ont saisi que le vent commençait sérieusement à tourner.  Aujourd’hui, plus de deux millions de Français vapotent – un  chiffre est en constante progression. « Forts de ce constat, des fabricants de produits du vapotage opérant en France ont souhaité́ s’unir pour organiser et structurer leur secteur d’activité » expliquent, ouvertement, France Vapotage. Et de se donner une mission : « instaurer, auprès de l’ensemble des parties prenantes, publiques et privées, françaises et européennes, tout échange constructif propre à̀ servir les intérêts du vapotage ». Voilà qui est clair. Et pour la France ?

« Les objectifs sont de permettre le développement responsable de la filière, de promouvoir le vapotage comme outil de sortie du tabac, d’informer et défendre les consommateurs actuels et futurs. Notre Fédération a vocation à̀ rassembler et organiser la filière en France car nous sommes pleinement conscients des enjeux économiques et sanitaires majeurs portés par notre secteur d’activité́. Avec cette structure, nous voulons créer les conditions optimales du dialogue entre nos membres comme auprès de toutes les autres parties prenantes : entreprises, pouvoirs publics, communauté́ scientifique et consommateurs.»

Un siège unique pour fumer et vapoter

On peut le dire autrement : France Vapotage entend faire entendre ses intérêts auprès des pouvoirs publics français qui ont toujours fermé leur porte aux militants novateurs et financièrement désintéressés de la Révolution des volutes. C’est bel et bien à cette aune qu’il faut décrypter le discours de France Vapotage qui s’attachera à « créer les conditions du dialogue entre la filière et les pouvoirs publics », à « développer une campagne de sensibilisation avec les pouvoirs publics » ou à « simplifier les règles relatives au vapotage dans les espaces à usage collectif ».

Un France Vapotage muet, par définition, sur la lutte contre la consommation de tabac. Depuis leur Celtique les buralistes observent que les boutiques indépendantes de cigarettes électroniques se sont regroupées au sein du Syndicat interprofessionnel des indépendants de la Vape (Si2V). Il faut aussi compter avec la Fivape (Fédération Interprofessionnelle de la Vape) l’Aiduce  (Association Indépendante Des Utilisateurs de Cigarette Électronique) et l’historique et irremplaçable association Sovape.

Courageuse Sovape « qui  a pour but de développer, défendre et promouvoir une culture de réduction des risques et des dommages associés aux usages des produits fumés en général et du tabagisme en particulier ». « France Vapotage (dont le siège se trouve à la même adresse que British American Tobacco France) aura-t-elle de meilleures chances que nous d’obtenir des rendez-vous avec le gouvernement, en particulier avec Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé qui reçoit régulièrement les buralistes » interroge, amer, Sebatien Béziau, vice-président de Sovape.

M. Béziau, comme nombre des spécialistes de la réduction des risques (et donc, par définition, indépendants de l’industrie du tabac), dénonce une nouvelle fois la disparition, de fait, du « Groupe de travail vapotage » qu’était parvenu à mettre en place le Pr Benoît Vallet, ancien Directeur général de la Santé – et ce en dépit des allergies de Marisol Touraine vis-à-vis de la cigarette électronique. Agnès Buzyn n’a pas souhaité prolonger la survie de cette une structure originale entre deux mondes étrangers. Et le successeur de Benoît Vallet ne semble nullement intéressé par ce levier – un levier politique qui aiderait à la réduction de la première cause évitable de mortalité prématurée.

Découvrira-t-on, grâce à France Vapotage, les causes véritables de l’étrange désintérêt pour la e-cigarette du pouvoir exécutif français ?

A demain