Cigarette électronique : pourquoi Agnès Buzyn agit-elle comme jadis Marisol Touraine ?

Bonjour

C’est un événement politique et sanitaire à découvrir sur le site du Sénat français : la première prise de position d’Agnès Buzyn sur un sujet majeur de santé publique. La ministre des Solidarités et de la Santé ne s’était encore (depuis près de deux ans) jamais clairement exprimée sur la cigarette électronique, ce levier majeur de la réduction des risques tabagiques. C’est désormais chose faite et il faudra conserver ce document : la réponse de la ministre à une question écrite du sénateur Yves Daudigny (socialiste, Aisne).

Question (posée … le 28 juin 2018) :  « M. Yves Daudigny attire l’attention de Mme la ministre des Solidarités et de la Santé (…)  sur la question du « vapotage ».  Le Gouvernement a fait de la lutte contre le tabagisme une priorité et a pris plusieurs mesures fortes (…) Une solution est pourtant laissée volontairement de côté : le « vapotage ». Le dernier baromètre de Santé publique France indique pourtant que la moitié des fumeurs ayant choisi de se faire aider pour arrêter la cigarette a retenu cette option.

« Tandis que le Royaume-Uni promeut massivement l’utilisation de ces dispositifs pour favoriser le passage de la cigarette vers des pratiques moins risquées, la France, elle, continue de faire le choix des substituts nicotiniques.  Dans la perspective du mois sans tabac de novembre 2018, il est urgent de prendre des mesures qui feront réellement baisser la prévalence tabagique : s’inspirer du modèle britannique, investir dans la recherche et l’information sur le « vapotage », et soutenir son développement pour en faire un outil au service de la santé publique.  Aussi, il demande au Gouvernement de clarifier sa position sur la cigarette électronique et la « vape », notamment comme aide à l’arrêt du tabac. »

Sept mois plus tard, la réponse de la ministre

Il aura donc fallu sept mois pour disposer de la réponse ministérielle, publiée le 17 janvier 2019. Extraits significatifs :

« En quelques années, le vapotage est devenu une pratique qui suscite beaucoup de passions et de discussions : de nombreux points de vue, institutionnels, scientifiques, associatifs voire économiques existent et s’expriment sur ce sujet. Ces divergences nourrissent une controverse, qui est loin d’être tranchée. En effet, les avis des diverses autorités d’expertise (Haute autorité de santé, Haut conseil de la santé publique), permettent d’envisager les produits du vapotage comme un outil de réduction ou d’aide à l’arrêt du tabac pour certains fumeurs, mais seulement lorsque ces produits sont utilisés de manière exclusive et sans consommation concomitante du tabac. Toutefois, les effets de la consommation régulière de ces produits restent à ce jour méconnus (toxicité des molécules utilisées dans les liquides, toxicité des liquides contenant de la nicotine).

« Ainsi, s’il est recommandé aux professionnels de santé de ne pas décourager (sic) et d’accompagner les fumeurs qui sont dans cette démarche, il est indispensable de bien informer le fumeur et son entourage et de leur faire part des avantages et inconvénients des différentes prises en charge existantes pour arrêter de fumer. (…)

«  En ce qui concerne le vapotage plus spécifiquement, le Programme national de lutte contre le tabac  prévoit des actions permettant d’améliorer les connaissances sur les produits du vapotage : les systèmes électroniques de délivrance de nicotine sont l’un des thèmes identifiés dans l’appel à projets de soutien à la recherche piloté par l’Institut national du cancer et l’Institut de recherche en santé publique. L’analyse des données recueillies par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail dans le cadre des déclarations et notifications des industriels du vapotage vont par ailleurs, permettre d’améliorer la connaissance sur la composition de ces produits. (…) »

On lira ici la lecture et les commentaires de Sébastien Béziau, vice-président de #Sovape, sur le site vapyou.com : « Agnès Buzyn  enterre le Groupe de Travail Vapotage et confirme le déni officiel ». Où l’on apprend par ailleurs que la ministre des Solidarités a également répondu, sept mois plus tard, au sénateur Daudigny sur les raisons officielles du sabordage d’une plate-forme originale réunissant la Direction générale de la santé et les acteurs du vapotage et de la réduction des risques – plate-forme créée sous le précédent quinquennat par le Pr Benoît Vallet ancien Directeur général de la santé.

Deux cents morts par jour à cause du tabagisme

« Alors qu’elle n’a jamais pris une heure de son temps pour rencontrer les associations de la vape, Agnès Buzyn choisi de répondre aux questions du sénateur Daudigny, posées il y plusieurs mois, pour exprimer (enfin) un position officielle sur le vapotage en France, écrit  Sébastien Béziau. Les deux cents morts par jour à cause du tabagisme ne méritent donc pas mieux que quelques lignes pour évoquer le plus populaire des outils d’aide à l’arrêt. Au-delà du fond, le message est clair, pas de dialogue avec la ministre. Si son bureau s’ouvre régulièrement aux buralistes, les acteurs de la vape, eux, doivent se contenter d’une fin de non-recevoir qui ne leur est même pas directement adressée. Illustration d’une certaine forme de courage politique face à la société civile. »

Où il reste encore et toujours à comprendre les raisons profondes qui conduisent les ministres de la Santé (et le gouvernement) français à adopter (et à maintenir) une politique du déni; une politique à ce point opposée à la réduction des risques; une politique aux antipodes de cette du gouvernement britannique qui obtient, grâce à son pragmatisme, de remarquables résultats dans la lutte contre le tabac.

A demain

@jynau

 

Côtes-du-Rhône, alcoolisme et boîtes de nuit : nouvel appel solennel à Emmanuel Macron

Bonjour

Existe-t-il aujourd’hui dans la France jacobine des Gilets Jaunes d’autres solutions que d’en appeler à Emmanuel Macron ou de demander sa démission? En ce 20 janvier 2019, trois textes le concernent, disponibles par voie de presse. Deux dans Le Journal du Dimanche (Claude Got pour « laisser une chance aux 80 km/h » ; Philippe Val sur les risques encourus par sa personne 1) et une dans Le Monde :  « ’La démission gouvernementale face à l’alcool est scandaleuse’’ Le plan national adopté fin 2018 conforte les pires craintes concernant la complaisance, si ce n’est la complicité, des pouvoirs publics et du lobby des alcooliers ».

Ainsi donc, ici, une nouvelle tribune solennelle cosignée, une nouvelle fois, par les mêmes spécialistes de la santé publique et de la lutte politique contre le vieux fléau de l’alcoolisme 1. Une tribune qui, cette fois, prend appui sur la publication en catimini, avec un an de retard, du « Plan national de mobilisation contre les addictions » 2018-2022 conforte les pires craintes sur l’inertie des pouvoirs publics en matière de consommation d’alcool.

« Au terme d’une analyse brillante et incontestable ce Plan s’arrête brutalement au seuil de l’action, perdant toute ambition de réussir. Il est plein de contradictions. Après avoir reconnu, comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS), que la fiscalité est un des moyens les plus efficaces pour freiner la consommation, il ne propose aucune mesure en ce sens. Malgré les engagements de la ministre des solidarités et de la santé Agnès Buzyn lors des débats au Parlement, les « prémix » à base de vin échappent même à toute mesure (…)

« Le plan s’alarme du marketing pour piéger les jeunes dans la consommation d’alcool mais se contente de cette inquiétude. S’il constate la pression publicitaire pour l’alcool sur tous les médias, il ne propose aucune ­mesure d’encadrement, même pas la limitation de l’affichage autour des écoles. Aucun calendrier, aucun objectif chiffré n’est fixé. »

Qui a caviardé le Plan national de mobilisation contre les addictions ?

En pratique les signataires observent qu’en dépit de l’engagement solennel pris le 6 septembre 2017 par Agnès Buzyn et Nicolas Prisse, président de la Mildeca de rendre « plus visible » (sic et re-sic) le pictogramme d’avertissement « femme enceinte » sur les bouteilles de boissons alcooliques la taille futur du pictogramme n’est toujours pas arbitrée …

« Il est vrai que le lobby de l’alcool ­considère qu’informer les femmes serait « anxiogène », sinon « mortifère ». Quel aveu et quel cynisme ! Ce mépris pour la prévention de la première cause évitable de handicap mental chez l’enfant est honteux et impardonnable, qu’il ait pu influencer les choix gouvernementaux est absolument scandaleux. »

Une nouvelle tribune solennelle avec cette révélation de taille : « Nous connaissons les raisons de cette ambiguïté et de cette inaction. Le plan de la Mildeca a été caviardé après avoir été pris en otage par le lobby alcoolier qui a imposé une ‘’contribution’’ uniquement destinée à préserver ses intérêts économiques au détriment de l’intérêt général. Sa demande a été entendue puisque aucune contrainte ne ­pèsera sur le secteur de l’alcool. »  Aucun nom n’est toutefois donné pour nous dire qui anime ce « lobby alcoolier ».

On peut le dire autrement : pour le gouvernement d’Emmanuel Macron la responsabilité, ici, ne ­repose que sur les victimes et non sur l’industrie (producteurs, distributeurs, annonceurs) – industrie qui via la publicité n’a de cesse que de  les pousser à consommer.

 Palais de l’Elysée et crozes-hermitage

Une nouvelle tribune solennelle qui fait suite aux peu banales et désormais célèbres déclarations de Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation sur la différence fantasmée entre le vin et les autres alcools. Invité de BFM-TV et RMC mercredi 16 janvier, le ministre était interrogé sur la question de l’alcool en France :

 « Le vin n’est pas un alcool comme un autre. (…) L’addiction à l’alcool est dramatique, et notamment dans la jeunesse, avec le phénomène du “binge drinking. Mais je n’ai jamais vu un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu’il a bu du côtes-du-rhône, du crozes-hermitage, du bordeaux, jamais. Ils boivent des mélanges, de l’alcool fort. »

Où l’on retrouve les immortels clichés opposant, en lieu et place des alcoolémies, des ivresses, de leurs fréquences et des symptômes de la dépendance, des alcools qui seraient « forts » quand d’autres seraient « doux ».

« Refusant toute référence à un hygiénisme d’un autre temps, nous affirmons notre attachement aux institutions, concluent les auteurs de la tribune. Dans cet esprit, nous en appelons solennellement au président de la République afin qu’il cesse de sacrifier les intérêts supérieurs de la santé des Français au profit d’intérêts particuliers. »

Voilà donc qui est imprimé. Mais bien des raisons, trop nombreuses pour être ici exposées,  font qu’il est hautement improbable que cet appel solennel franchisse un jour les murs du Palais de l’Elysée.

A demain

 1 Philippe Val publie prochainement un livre « qui parle de sa vie » : « Tu finiras clochard comme ton Zola », Éditions de L’Observatoire, 864 pages, 24,90 euros.

Bernard Basset, médecin de santé publique, vice-président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) ; Amine Benyamina, professeur de psychiatrie et d’addictologie, université Paris-XI ; Gérard Dubois, professeur de santé publique, Académie nationale de médecine ; Claude Got, professeur honoraire, université René-Descartes ; Serge Hercberg, professeur de nutrition, université Paris-XIII ; Catherine Hill, épidémiologiste ; Albert Hirsch, professeur de pneumologie, université Paris-VII, administrateur de la Ligue nationale contre le cancer (LNCC) ; Mickael Naassila, professeur de physiologie, président de la Société française d’alcoologie (SFA) ; François Paille, professeur de thérapeutique et d’addictologie, président du Collège universitaire des enseignants en addictologie (Cunea) ; Michel Reynaud, professeur de psychiatrie et d’addictologie, université Paris-XI, président du Fonds actions addictions ; Nicolas Simon, professeur de médecine Aix-Marseille Université, président de l’Anpaa.

 

Cigarettes, vapotage, politique : le retour de Marisol Touraine et de son paquet-neutralité

Bonjour

Où l’on retrouve, prenant la parole, Marisol Touraine « ancienne ministre de la Santé de François Hollande et nouvelle récipiendaire de la Légion d’honneur » (sic). Celle a qui Agnès Buzyn succéda a été « sollicitée » par le Midi-Libre, aussi a-t-elle écrit un article intitulé « Le défi du Grand Débat » qu’elle a également publié sur son blog .

 On se souvient peut-être des hésitations sans fin de la ministre de François Hollande tentée par l’aventure macronienne. Les atermoiement semblent, chez elle, toujours d’actualité :

Acte I« La France est aujourd’hui engluée dans une crise profonde, que le gouvernement a aiguisée en écartant les élus locaux et les acteurs sociaux (…) Cette crise est préoccupante parce qu’aucune alternative politique n’émerge aujourd’hui et que l’esprit de responsabilité semble avoir déserté. La violence est inacceptable et doit être condamnée sans ambiguïté, par les élus de tous bords comme par les “gilets jaunes”. Mais de son côté, Emmanuel Macron a trop tardé à réagir et le gouvernement multiplie depuis les erreurs en ignorant les organisations syndicales réformistes ou en accumulant les couacs sur la taxe d’habitation pour ne prendre que ces exemples.

Acte II « (…) il faut cesser d’expliquer que le débat ne changera rien alors que des attentes s’expriment avec force et que prévaut le sentiment d’un manque de considération : c’est en associant les partenaires, en inventant une nouvelle articulation entre démocratie représentative et démocratie participative que le pouvoir ouvrira un débouché politique à la crise. »

Acte III « En cette période de vœux, je forme celui que le calme et le respect reviennent, permettant un débat de fond, un débat sans fard, sans faux-semblant, qui permette à chacun d’être entendu, à la justice sociale d’être notre boussole collective et à notre pays d’aller mieux. »

Et puis, simple hasard ou tenace fatalité, voici que deux années après l’entrée en vigueur du paquet neutre, Santé publique France publie, ce jeudi 17 janvier, une étude sur la perception du paquet de cigarettes par les fumeurs. On se souvient que ce « paquet neutre » fut le grand œuvre anti-tabagique d’une Marisol Touraine qui sera un jour condamnée pour ne pas avoir perçu la puissance du levier de la cigarette électronique dans le champ de la réduction des risques addictifs. Un dramatique déni politique sur lequel on espère, encore et toujours que l’ancienne ministre parviendra un jour à s’exprimer – sans même parler d’Agnès Buzyn qui suit le même dramatique chemin.

Santé Publique France, donc : « Perception du paquet de tabac neutre par les fumeurs : baromètres 2016 et 2017 »

A dire vrai c’est un peu court : « les résultats confirment que le paquet de tabac neutre est moins attractif pour l’ensemble des fumeurs ». Pauvrement court : « deux indica­teurs ont été utili­sés : le fait que l’aspect du paquet que les fumeurs achètent habituellement leur plaît, et la gêne qu’ils ont à sortir leur paquet à cause de son aspect ». Ce qui donne :

  • la part de fumeurs qui déclarent que l’aspect de leur paquet de cigarettes leur plaît a été divisée par trois en 2017 (16 %) par rapport à 2016 (53 %) ;
  • les fumeurs qui sont gênés de sortir leur paquet à la vue de tous à cause de son aspect sont deux fois plus nombreux en 2017 (12 %) qu’en 2016 (6 %) ;
  • l’appréciation du paquet a particulièrement diminué chez les 18-24 ans.

On résume : « le nouveau conditionnement des produits du tabac a eu un impact sur la perception par les fumeurs de leurs paquets de cigarettes et a probablement contribué, dans un contexte anti‑tabac particulièrement fort, à dénormaliser encore un peu plus les produits du tabac en France ».

Et, comme toujours chez Santé Publique France,  rien sur les vertus, en France, de la cigarette électronique en matière de santé publique.

A demain

@jynau

2018 : les ventes officielles de tabac ont baissé. Qui nous dira très précisément pourquoi ?

Bonjour

Les ventes de cigarettes en France ont nettement reculé l’an dernier. La conséquence directe d’une forte hausse des prix en mars et, plus largement, d’une politique publique anti-tabac qui commence à porter ses fruits, estime l’AFP (Rebecca Frasquet). Serait-ce si simple ?

Les chiffres. En 2018, 40,23 milliards de cigarettes ont été livrées aux buralistes dans l’Hexagone, contre 44,36 milliards en 2017, soit un recul de 9,32 % en volume, selon des chiffres de Logista, fournisseur de la quasi-totalité des points de vente cité par le site des buralistes français. En 2017, les ventes officielles de cigarettes avaient déjà baissé de 1,48 % en volume après un recul de 1,2 % en 2016 et une hausse de 1 % en 2015.

Ajoutons que les ventes de tabac à rouler ont enregistré en 2018 un recul de 9,40 % après une diminution de 5,66 % l’année précédente. Et que globalement sur l’année passée, les livraisons de tabac (cigarettes, tabac à rouler, cigares et tabac à mâcher) sont en baisse de 9,15 %.

 Les explications. « C’est une politique de santé publique qui marche, cela va faire des milliers de vies sauvées, c’est important, se félicite le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue que l’on ne présente plus – et qui ne craint pas d’établir ici un lien de causalité. Selon lui, cette baisse des ventes de cigarettes résulte du relèvement d’un euro du prix du paquet appliqué le 1er mars 2018, pour atteindre un prix moyen aux alentours de 8 euros. «  Ce prix a motivé beaucoup de gens à arrêter de fumer : le prix est redevenu un facteur d’arrêt du tabac, car fumer un paquet par jour coûte maintenant 240 euros par mois » calcule-t-il.

Et d’ajouter que cet effet aurait  été « boosté » par « les autres mesures du programme national de lutte contre le tabac, comme le paquet neutre, qui joue beaucoup sur les jeunes ». Compter aussi avec (enfin !) le remboursement des substituts nicotiniques (gommes à mâcher, patchs, pastilles). Les prescriptions de ces traitements ont bondi de 75 % entre mars et septembre, selon l’Assurance maladie.

La cigarette électronique.  « Le recul des ventes légales de tabac est le résultat d’un choc de prix administré aux fumeurs », estime lui aussi Éric Sensi-Minautier, directeur des affaires publiques de British American Tobacco (BAT) et porte-parole non officiel de Big Tobacco. « Un fumeur sur deux qui arrête de fumer, passe au vapotage », dit-il. C’est selon lui une « alternative crédible au tabac » dont le développement devrait, selon lui, « bénéficier du soutien actif du gouvernement ». Où l’on voit ainsi, une nouvelle fois, Big Tobacco se faire l’ambassadeur quelque peu pervers de la Révolution des Volutes.

 De leur côté, les cigarettiers se positionnent à marche forcée sur la cigarette électronique, réputée beaucoup moins nocive que le tabac : l’américain Altria, fabricant de l’emblématique Marlboro, a investi 13 milliards de dollars dans Juul, une start-up qui détient près de 75% du marché aux États-Unis

Quant à BAT, il a investi 2,5 milliards de dollars en recherche et développement sur ces produits, ces dernières années (voir Lmdt du 16 décembre).

Pour réduire la consommation de tabac, le gouvernement a prévu d’atteindre, en novembre 2020, un prix de 10 euros le paquet de 20 cigarettes, avec notamment deux augmentations de 50 centimes en 2019, l’une fin mars, et l’autre en novembre.

La contrebande. C’est le grand sujet, celui que les zélateurs de l’exécutif se gardent bien d’aborder. Pour le Pr Dautzenberg les ventes de tabac de contrebande ne représenteraient que « 4 à 5 % de la consommation » en France (où 80 % du prix est constitué de taxes – 8,74 % revenant aux buralistes et le solde aux fabricants). Mais le site des buralistes cite l’étude Sun réalisée par KPMG pour le compte des cigarettiers  (avec une méthodologie « ramasse-paquets » empirique, qui retrace l’origine présumée d’emballages retrouvés sur la voie publique)  les « cigarettes illicites » représenteraient  14,8 % de la consommation en France.

Si l’on y ajoute les achats « transfrontaliers légaux » et le duty free, les ventes hors buralistes représenteraient 26,8% de la consommation, selon les cigarettiers. Ce qui, faute de données plus précises, impose de modérer l’enthousiasme né des chiffres officiels. Le gouvernement a prévu d’atteindre, en novembre 2020, un prix de 10 euros le paquet de 20 cigarettes, avec notamment deux augmentations de 50 centimes en 2019, l’une fin mars, et l’autre en novembre. Aucune étude ne semble prévue pour évaluer l’évolution de la consommation « non officielle ».

Seule certitude chiffrées : l’addiction au tabac est, en France, directement responsable de 75 000 décès prématurés chaque année.

A demain

@jynau

 

 

Cigarette électronique : sur France Info, le patron de Santé Publique France avala son chapeau

Bonjour

Comment tourner casaque sans avoir à prononcer le moindre mea culpa ? La question se pose à l’écoute de l’émission « Les mots de l’Info » de France Info du 5 janvier dernier.

Invités : le Dr François Bourdillon (directeur général de Santé Publique France) et le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue que l’on ne présente plus. Des propos repris sur le site des buralistes françaiset, pour partie, sur le site vapingpost.com : « La fin de la vape dix ans après la fin du tabac ? » (Guillaume Bailly).

Peut-on raisonnablement, en 2019 imaginer en France une « Génération sans tabac » ?

François Bourdillon : « Oui, c’est l’effet d’une politique cohérente et d’un ensemble de mesures allant du paquet neutre au remboursement des substituts en passant par l’augmentation du prix du tabac et la grande opération de marketing social ‘’Mois sans Tabac’’. On a pris le tabac par les cornes. Tout le monde fume mais de moins en moins les jeunes. Et quand vous avez un million de fumeurs en moins, vous avez ceux qui ont arrêté et ceux qui ne sont pas rentrés dans le tabagisme ».

Un effet du « paquet neutre » ?  « Oui, ça a marché dans le sens où ça a diminué l’attractivité auprès des jeunes » estime François Bourdillon.

Un effet de l’augmentation du prix du tabac ? « C’est très efficace et le paquet neutre aussi (…) Depuis la forte augmentation de mars (de l’ordre de 13 à 14 %), on a une baisse de consommation plus importante qu’attendue, de l’ordre de 11 %. Et cela sous la conjonction d’autres mesures (…) » explique Bertrand Dautzenberg.

Çela veut dire quoi, exactement, « Génération sans tabac » ?

Bertrand Dautzenberg : « Moins de 5 % de fumeurs quotidiens dans une tranche de population. Moi, je travaille surtout sur Paris.. La baisse est colossale chez les jeunes et on devrait y arriver avant 2030. Ce sont les jeunes nés en 2012 qui seront non-fumeurs. En Ile-de-France, on fume moins que dans les régions frontalières qui ne « bénéficient » pas de l’augmentation du prix puisque les pays voisins sont moins chers. Ou qu’en Corse où les taxes sont de moins 21 % par rapport au continent : le nombre de cancer y est supérieur de 20 %. »

Hier encore adversaire acharné

On n’a pas parlé de la taxation sur le tabac lors du mouvement des « Gilets Jaunes » contre la fiscalité. Est-ce un signe que tout le monde l’accepte ? François Bourdillon : « C’est une grande victoire pour cette taxe comportementale. D’autant qu’elle est recyclée pour faire la promotion de la santé ».

Puis la grande question, celle de la place de la cigarette électronique dans une politique de lutte contre le tabagisme. Où l’on entend, médusé, le directeur de Santé Publique France (hier encore adversaire acharné)  déclarer :

« C’est le moyen le plus utilisé pour arrêter de fumer. C’est important à savoir. Aujourd’hui, il y aurait entre 2,5 à 3 % d’utilisateurs de cigarette électronique. C’est un bon moyen de réduction du risque. Après, elle peut comporter des risques et il faut suivre le comportement des Français afin de s’assurer qu’elle n’est pas détournée, et que ce ne soit pas un objet qui serve les fabricants pour promouvoir les cigarettes ».

Et c’est alors, dans le studio de France Info, le Pr Bertrand Dautzenberg rêva à haute voix:

« Je défends assez la cigarette électronique comme sortie du tabac. D’ailleurs, il n’y a qu’1 % des utilisateurs qui sont non-fumeurs. Cela dit, dix ans après la fin du tabac, je souhaiterais la fin de la vape ».

A demain

@jynau

 

 

 

Officiel : le Plan gouvernemental 18-22 de mobilisation contre les addictions oublie l’alcool

Bonjour

Officiellement le gouvernement était « aux abonnés absents ». Pour autant dans les milieux bien informés (mais tenus à la réserve) c’était un secret de polichinelle : annoncé depuis près d’un an, sans cesse reporté à plus tard le « plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2022 » avait bel et bien été adopté par le gouvernement dans les denier jour de décembre – mais en catimini, de manière presque honteuse. Il se présente comme un gros document assez jargonneux associé à six feuillets daté du 27 décembre – feuillets adressés aux préfets et signés de Nicolas Prisse , président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca).

Dans un éditorial Edouard Philippe, Premier ministre, explique que le « Plan national de mobilisation contre les addictions » vise à créer un élan et à accompagner une prise de conscience dans l’ensemble de la société. Sous l’égide des préfets, il sera décliné en actions plus fines, au plus près des citoyens, au cœur des territoires, avec la préoccupation de coller à la réalité des trajectoires et aux priorités politiques portées par les collectivités locales.

Ce Plan sera « porté par un discours public clair sur les risques et les dommages des consommations de substances psychoactives et des usages à risque ». Il mettra l’accent sur la prévention et porte une attention particulière aux publics les plus vulnérables du fait de leur âge ou de leurs fragilités. Il renforcera la qualité des réponses apportées aux conséquences des addictions pour les individus et la société et témoignerait d’un engagement fort contre les trafics. Il proposera de nouvelles mesures pour la recherche, l’observation et le développement de la coopération internationale.

Silence de la ministre des Solidarités

Et Edouard Philippe se souligner que les chiffres de la mortalité prématurée imputable au tabac (73 000 décès par an) et à l’alcool (49 000 décès par an) en France « ne sont pas acceptables ». Pour autant le Plan ne permet guère d’imaginer que la lutte changera véritablement de braquet. On sait déjà ce qu’il en est pour le tabac. Et on sait ce qu’il ne peut en être pour l’alcool après les positions exprimées par Emmanuel Macron, président de la République et les silences d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.

« Cette absence de mesure forte sur l’alcool devrait susciter la déception des addictologues qui avaient publié, en avril 2018, une tribune appelant à un véritable plan alcool, prophétise Le Monde (François Béguin). ‘’De ce que l’on sait du plan, il n’y aura pas de mesure contraignante, comme l’instauration d’un prix minimum, l’interdiction des publicités pour l’alcool autour des écoles ou l’encadrement de la publicité sur Internet’’, prédisait, il y a quelques semaines, Nelly David, la directrice générale de l’association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa), regrettant l’absence de  politique volontariste’’ des pouvoirs publics sur ce sujet. »

Seule mesure concrète : l’agrandissement « significatif » (sic) du pictogramme « femmes enceintes » pour les boissons alcooliques – mesure déjà annoncé dans un « plan prévention » mais toujours à l’étude …

« Même s’il ne contient pas de mesure flamboyante, c’est un plan techniquement très équilibré, qui tient globalement la route » a déclaré au Monde Nathalie Latour, déléguée générale de la Fédération Addiction. Elle estime que le « problème majeur » du texte« c’est sa dimension politique » : « Il souffre de ne pas être porté par l’ensemble du gouvernement, ce qui donne l’impression que la question des addictions n’est pas une priorité pour lui ». Impression amplement confirmée – et ce alors même que la mobilisation contre les addictions est, au premier chef, une question politique.

A demain

@jynau

Et le «plan 2018-2022 contre les addictions» ? Le gouvernement est aux abonnés absents !

Bonjour

Il y a un an on pouvait encore espérer. Le « Plan national de mobilisation contre les addictions » viserait à créer un élan et à accompagner une prise de conscience dans l’ensemble de la société. Sous l’égide des préfets, il allait être décliné en actions plus fines, au plus près des citoyens, au cœur des territoires, avec la préoccupation de coller à la réalité des trajectoires et aux priorités politiques portées par les collectivités locales.

Il serait porté par un discours public clair sur les risques et les dommages des consommations de substances psychoactives et des usages à risque. Il mettrait l’accent sur la prévention et porte une attention particulière aux publics les plus vulnérables du fait de leur âge ou de leurs fragilités. Il renforcerait la qualité des réponses apportées aux conséquences des addictions pour les individus et la société et témoignerait d’un engagement fort contre les trafics. Il proposerait de nouvelles mesures pour la recherche, l’observation et le développement de la coopération internationale.

Puis cela devint une arlésienne gouvernementale. Et cela commence à prendre des allures de petit scandale.

Climat inflammable

« Le plan national 2018-2022 » devait être publié en mars 2018. Avant d’être reportée à juin. Puis le gouvernement laissa passer l’été.  « Le plan de lutte contre les addictions 2018-2022 devrait être in fine dévoilé courant septembre par le président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), le Dr Nicolas Prisse, écrivait Le Quotidien du Médecin début septembre. Dans la continuité du précédent (et premier) plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les conduites addictives 2013-2017, la nouvelle mouture devrait concentrer son action sur les jeunes et balayer un large spectre d’addictions. » Le Quotidien ajoutait alors:

« Ce plan arrive dans un climat pour le moins inflammable. Les mesures sur l’alcool sont plus qu’attendues : leur absence  dans le Plan national de santé publique publié en mars (« Priorité prévention ») n’a fait qu’accroître l’impatience des acteurs sanitaires. Avant que le désaveu qu’infligea Emmanuel Macron à Agnès Buzyn, qui soutenait que le vin est un alcool comme un autre vu du foie, ne suscite leur indignation. La présentation  d’un « plan prévention » à l’Élysée en juin dernier, par la filière des boissons alcoolisées doté de 5 millions d’euros, n’a pas apaisé leurs inquiétudes quant à la volonté du gouvernement de protéger la santé, et non les lobbies. 

 « Le volet cannabis devrait également être scruté avec attention par les acteurs de terrain, qui réclament une réforme de la loi de 1970 et souhaiteraient que le ministère de la Santé reprenne la main sur le dossier, au détriment de l’Intérieur, pour promouvoir une politique pragmatique de dépénalisation et régulation. » 

Dans les limbes

Septembre passa… Des voix autorisées évoquèrent décembre… Et nous voici en janvier de l’année 2019 avec un plan « 2018-2022 » qui demeure toujours dans les limbes et un gouvernement aux abonnés absents. Entre incurie, désinvolture et impudence.

En dépit des engagements réaffirmés d’Emmanuel Macron en faveur de la prévention le pouvoir exécutif tient ainsi pour quantité négligeable le fait que les conduites addictives constituent un défi majeur pour notre société ; que beaucoup de Français font un usage quotidien de produits psychoactifs : tabac, alcool, cannabis ; que les addictions, ce sont aussi des comportements, comme l’usage excessif des écrans ou des jeux vidéo, qui enferment et qu’on ne peut plus maîtriser ; que tous les territoires, urbains ou ruraux, métropolitains ou ultramarins, sont concernés et que les risques et les dommages sont clairement établis.

Chaque année, le tabac et l’alcool sont responsables en France du décès prématuré de plus de 120 000 personnes. Est-il acceptable de rester inactif quand on s’était engagé à agir ? Depuis un an le silence gouvernemental prend, chaque jour un peu plus les dimensions d’un scandale.

A demain

@jynau