Alcoolisme – baclofène : le Conseil d’Etat tranche méchamment dans le vif et relance la polémique

Bonjour

C’est une fable moderne. Un « particulier » avait demandé au Conseil d’État d’annuler la décision du 24 juillet 2017 du directeur de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Ce dernier avait modifié la recommandation temporaire d’utilisation du baclofène dans la prise en charge des patients alcoolo-dépendants : il avait osé abaisser la posologie maximale de 300 milligrammes à 80 milligrammes par jour. Une décision dramatique aux yeux de nombreux patients alcooliques et de nombre de prescripteurs.

Nous sommes le 23 mai 2018. Et le Conseil d’État vient de rejetter la demande de ce « particulier ». Il précise toutefois que la décision de l’ANSM n’interdit pas aux médecins de prescrire le baclofène à un dosage plus élevé « pour ceux de leurs patients pour lesquels il jugerait le bénéfice supérieur aux risques ». De même les  pharmaciens d’officine sont tenus de délivrer ce traitement dans les termes définis par les prescripteurs.

Comme toujours le Conseil d’État, dans son infinie sagesse, ne voit la réalité que régie par la loi. Il seplait ainsi à rappeller qu’une RTU (recommandation temporaire d’utilisation) peut être adoptée par l’ANSM, « pour sécuriser un usage d’un médicament ‘’hors AMM’’ lorsqu’il est possible de présumer que le rapport entre le bénéfice attendu et les effets indésirables encourus est favorable ».

Pieds dans le plat

Puis le Conseil d’Etat met les pieds dans le plat du litige. En ces termes :

« Le Conseil d’Etat relève que s’il existe des études montrant l’intérêt du recours au baclofène pour réduire la consommation d’alcool de patients ayant une consommation à haut risque (telle l’étude dite Bacloville de 2016), ce recours peut toutefois être associé à des effets indésirables graves (…) Le Conseil d’État juge qu’en l’espèce, eu égard à l’objet d’une RTU le directeur général de l’ANSM n’a pas entaché son appréciation d’une erreur manifeste en estimant qu’existait, en l’état des connaissances scientifiques et des informations disponibles, une suspicion de risque pour la santé publique (…)

« Enfin, le Conseil d’État précise que cette décision de modification de la posologie maximale de la recommandation temporaire d’utilisation a été prise dans l’attente de l’aboutissement de l’instruction de la demande d’autorisation de mise sur le marché présentée pour une spécialité à base de baclofène dans le traitement de la dépendance à l’alcool (…) »

Etat de droit

Pour le « particulier » et ses partisans la sanction est rude. « C’est donc l’immunité administrative totale de l’ANSM qui vient d’être proclamée » disent-ils.

« Qu’une administration, quelle qu’elle soit, puisse – par la force d’un article intégré en silence par décret – balayer d’un revers de main l’ensemble des données scientifiques, des avis des experts, des témoignages des patients et des professionnels de santé et choisir l’étude administrative qui l’arrange pour décider d’interdire, dans les faits, un traitement qui a changé la vie de dizaines de milliers de patients, sans même avoir à rendre de compte devant la justice administrative qui ne peut exercer qu’un contrôle restreint ne constitue pas juste une atteinte aux droits fondamentaux des patients à été soignés, pas juste une régression dans la solidarité nationale à l’égard des plus faibles. C’est une atteinte aux fondements même de l’Etat de droit. » 

 C’est pourquoi, selon eux, la Cour européenne des droits de l’homme et la justice pénale seront prochainement être saisies. C’est ici un combat français dont on ne voit pas la fin. C’est une fable moderne.

A demain

 

Fumeur, savais-tu que ta Nicorette-Skin® te sera bientôt remboursée par la collectivité ?

 

Bonjour

C’est un communiqué rédigé par des publicitaires et destiné aux journalistes qui œuvrent dans le vaste champ de la santé. Leurs confrères politiques et économiques ne semblent pas conviés. Ce qui ne manque pas d’interroger. Un communiqué de presse qui ne manque pas de sel – accroché à une publication du Journal Officiel  du 16 mai.

Nous sommes ici dans un domaine nouveau en France : le « remboursement des substituts nicotiniques  par la sécurité sociale ».

« Egalité pour tous face au sevrage tabagique : NICORETTESKIN®16h, deviennent suite à cette publication les premiers et seuls patchs nicotiniques à date, à répondre à l’appel ! » assure le fabricant : le « laboratoire Johnson & Johnson Santé Beauté France ». Ce dernier  s’engage désormais dans l’accès au sevrage tabagique pour tous en inscrivant au remboursement ses patchs NICORETTESKIN® 16h, premiers et seuls patchs nicotiniques à date, à être remboursés ».

Et de nous éclairer : « Dans le cadre du nouveau plan santé « priorité prévention », présenté le 26 mars dernier par le gouvernement, la prise charge ‘’classique’’ des substituts nicotiniques par la sécurité sociale a été annoncée. Il a toutefois été spécifié que « ce mouvement est progressif car il implique une démarche des laboratoires ». Et le laboratoire Johnson & Johnson Santé Beauté France est le premier. Pourquoi ? Comment ? Et, surtout, pourquoi si tard ? Nous ne le saurons pas à la lecture de ce communiqué….

Cigarette électronique

En savoir plus ? Le Dr Anne-Laurence Le Faou, responsable du centre ambulatoire d’addictologie, à l’hôpital européen Georges-Pompidou (APHP) à Paris et Présidente de la Société Francophone de Tabacologie, ainsi que le laboratoire Johnson & Johnson Santé Beauté France s’exprimeront (peut-être) sur ces sujets. Rendez-vous gratuit le 24 mai prochain, vers midi, dans un grand hôtel parisien.

Le « laboratoire Johnson & Johnson Santé Beauté France » y révélera « en avant-première » les résultats d’un sondage réalisé sur un panel de mille Françaisun sondage ayant pour objectif « d’évaluer l’impact du remboursement par la sécurité sociale des substituts nicotiniques ». La question aurait pu être posée différemment : les esclaves aimeraient-ils être aidés par la collectivité pour briser leurs chaînes addictives tabagiques qui, pour partie, profitent à l’Etat ?

On pourrait, aussi, s’intéresser, ici, à la cigarette électronique.

A demain

Cigarette électronique et sevrage tabagique : quand Big Tobacco fait la leçon à Agnès Buzyn

 

Bonjour

Mettre un nom, un visage, sur Big Tobacco ? Voici Éric Sensi-Minautier, l’un des directeurs des affaires publiques, juridiques et de la communication d’un géant : British American Tobacco. Alors que ses homologues se montrent généralement plus que discrets pour défendre leurs intérêts, M. Sensi-Minautier aime s’exprimer publiquement – « une présence massive dans les réseaux sociaux et des tribunes régulièrement publiées dans la presse avec des mots souvent bien sentis » se félicitent les buralistes français.

M. Sensi-Minautier vient, précisément, de prendre la parole. Il fait ici écho à l’annonce, par Agnès Buzyn, d’une micro-action gouvernementale en faveur des fumeurs qui tentent de briser leurs chaînes addictives :

 « Deux premiers traitements de substitution nicotinique sont désormais remboursables par l’assurance maladie : des « gommes à mâcher », depuis le 22 mars 2018 et des « patchs », depuis le 16 mai 2018. Cette prise en charge permet à tous les patients l’accès à ces traitements de substitution, y compris aux plus modestes (sic). »

 Commentaire du Directeur des affaires publiques, juridiques et de la communication de British American Tobacco Europe de l’Ouest :

« À 15 jours de la Journée Mondiale sans tabac, la communication l’emporte sur l’efficacité (…) Près de 3 millions de forfaits de remboursements de substituts nicotiniques ont été versés entre 2007 et 2016, soit un coût estimé de 261 millions d’euros pour la Sécurité sociale, si on prend une moyenne de 100 euros remboursés. Résultat : aucun effet sur la prévalence tabagique qui a augmenté sur la même période en passant de 27 % à 28,7 %.

Nous ne comprenons pas que le ministère de la Santé ne soit pas plus innovant dans ses mesures de santé publique. En effet, il dispose pourtant d’une alternative crédible qui est le vapotage, sans coût pour les finances publiques. C’est d’ailleurs ce qu’a fait le Royaume-Uni : sensibiliser les fumeurs et les accompagner vers le vapotage, ce qui a permis une baisse de la prévalence tabagique de 20 à 15,8 % ces six dernières années ».

Résumons : le géant British American Tobacco fait la leçon à Agnès Buzyn, ministre française des Solidarités et de la Santé. Il lui reproche, à elle et au pouvoir exécutif, de ne pas parvenir à réduire la consommation de tabac en France. Mieux : il l’accuse de ne pas être plus innovante en matière de santé publique – soit de ne pas tout mettre en œuvre (comme le fait le gouvernement britannique) pour faire la promotion de la cigarette électronique.

Les codes sont ce qu’ils sont : Agnès Buzyn ne répondra pas à Eric Sensi-Minautier. Il n’en reste pas moins que la question est, une nouvelle fois posée : celle des origines de l’allergie (massive et durable) du pouvoir exécutif français vis-à-vis de la cigarette électronique, outil massif de réduction des risques. Un tel déni intrigue. Il ne pourra pas, dans un futur, proche ne pas faire l’objet d’actions en justice.

A demain

 

Les Français font beaucoup pour arrêter de fumer. Mme Buzyn ne fait presque rien pour les aider 

 

Bonjour

Ce sont des informations tout juste mandées par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Des informations en partie rassurantes concernant le tabagisme. Des informations classées en deux chapitres

I Les ventes de tabac, au cours du premier trimestre 2018, ont diminué de 9,1 % par rapport à la même période en 2017. Pour les cigarettes le recul est de 8,1 % tandis qu’il s’établit pour le tabac à rouler à 14,5 % à jours de livraison constants par rapport au premier trimestre 2017. La baisse des ventes de cigarettes s’est surtout produite au mois de mars à la suite d’une hausse de prix (environ 1 euro de plus en moyenne) intervenue le 1er mars : le recul est de 16,2 %, soit une des deux plus fortes diminutions intervenues sur un mois depuis 2004.  Cette augmentation des prix semble avoir moins impacté les ventes de tabac à rouler. Ceci peut s’expliquer par le fait qu’il s’agit de la 3e hausse depuis janvier 2017 pour ce type de tabac et que les achats dans le réseau buraliste ont déjà beaucoup reculé depuis un an.

Reste que ces informations ne tiennent pas compte, par définition, de la possible augmentation des ventes de cigarettes issues des marchés illices – marchés de contrebande qui, selon les buralistes seraient en hausse constante et face auxquels le pouvoir exécutif demeure, sinon complaisant, du moins désarmé.

II Les ventes de traitements pour l’arrêt du tabac sont en hausse de 10,7 % sur le premier trimestre comparé à la même période en 2017 et à jours constants, continuant à bénéficier de deux mesures. Ces deux mesures sont d’une part le passage de 50 euros à 150 euros, en novembre 2016, du remboursement forfaitaire de l’Assurance maladie ; et d’autre part la réintégration du Champix®  dans la liste des spécialités ouvrant droit à ce remboursement (+ 279,7 %). Le nombre de bénéficiaires de ces forfaits pour les substituts prescrits a d’ailleurs progressé de 36,8 % en 2017 par rapport à 2016.

Et maintenant ? Combien de temps faudra-t-il encore attendre avant qu’Agnès Buzyn décide le remboursement intégral (et sans limite dans le temps) de tous les « traitements pour l’arrêt du tabac » ? Combien de fois faudra-t-il encore rappeler au ministre en charge de la Santé que les fumeurs sont tous victimes d’une affection de longue durée ?

Combien de temps encore avant qu’Agnès Buzyn s’attaque, courageusement, de front, au fléau du tabagisme ? En intégrant (enfin) la cigarette électronique dans une politique de réduction des risques.  Quitte, demain, à démissionner si, comme nous le dit aujourd’hui Nicolas Hulot, sur RMC-BFMTV, elle devait découvrir s’être fourvoyée dans les méandres du pouvoir exécutif.

A demain

PS. Quelques minutes après avoir publié ce texte nous recevions un communiqué de presse du ministère des Solidarités et de la Santé annonçant que « deux traitements de substitution nicotinique sont désormais remboursables » (sic). Extraits :

« Contre le fléau du tabagisme, Agnès Buzyn poursuit le combat qu’elle porte depuis toujours et se félicite de cette nouvelle étape pour le soutien de ceux qui souhaitent arrêter de fumer. Deux premiers traitements de substitution nicotinique sont désormais remboursables par l’assurance maladie : des « gommes à mâcher », depuis le 22 mars 2018 et des « patchs », depuis le 16 mai 2018. Cette prise en charge permet à tous les patients l’accès à ces traitements de substitution, y compris aux plus modestes (sic). »

Ce « modeste » est, ici, difficilement supportable.

 

Cannabis et Ascension : Emmanuel Macron autorisera-t-il la culture du Pantagruélion ?

Bonjour

Très bon sujet stupéfiant, lors de la fête de l’Ascension, sur les ondes laïques de France Culture :  « Cannabis, héroïne, opiacés : drogues, la révolution ?  I »; « Cannabis, héroïne, opiacés : drogues, la révolution ?  II »

Où l’on revenait sur l’éternel sujet de la légalisation du cannabis. Invités éclairés : Gaspard Koenig philosophe, enseignant à Science Po, directeur du think-tank Génération Libre et Bertrand Lebeau-Leibovici médecin addictologue.

Avec, en toile de fond problématique : une fois dépénalisé et légalisé comment faire pour prévenir sa cosnommation par des mineurs. L’exemple actuel du tabac, des buralistes et de l’incurie du pouvoir exécutif n’est pas, on en conviendra, de nature à rassurer. On aimerait, ici, entendre un peut plus les libéraux radicaux.

Le même jour, Le Parisien traite d’une autre facette, thérapeutique, du même sujet ; où l’on croit comprendre que la ruée vers l’or aurait commencé. Destination : la cité de Guéret. C’est que la Creuse, département plus excentré que jamais, réclame haut et fort le droit de produire « à titre expérimental » (sic) du cannabis pour usage médicinal. Où l’on apprend, aussi, que sans attendre le feu vert de Paris, un agriculteur « s’est déjà lancé en toute illégalité dans cette production ».

Herbe magique

« C’est une vraie révolution. Pas encore très visible. Mais déjà en marche, s’amuse Elsa Mari. Tout commence fin décembre lorsque Eric Correia, élu PS, demande une dérogation à l’Etat pour faire pousser du chanvre thérapeutique sur les terres de son département. Si Emmanuel Macron n’a pas encore répondu à sa demande d’expérimentation, les paysans du coin (sic) que nous avons rencontrés, excités par ce projet inédit, sont déjà prêts à en planter. L’un d’eux, comme il nous l’annonce, a déjà commencé. »

Une quarantaine de pays ont déjà autorisé le cannabis thérapeutique, délivré sur ordonnance : Espagne, Italie, Royaume-Uni, une partie des Etats-Unis… Même l’Allemagne l’a légalisé l’an dernier. Un dossier tabou et sans fin en France. « Il faut reprendre les études sur le cannabidiol (CBD) dans l’Hexagone, presse William Lowenstein, addictologue et président de SOS Addictions. Cela devrait être l’objectif de ce quinquennat. »

Où l’on retrouve ainsi, cinq siècles plus tard, Emmanuel Macron confronté à cette invention du Dr François Rabelais : le « Pantagruélion » (Tiers-Livre). C’est là une herbe magique. « Elle  possède plusieurs caractéristiques du chanvre, mais elle les dépasse. Ennemie des voleurs, elle s’utilise pour obstruer la bouche de certains d’entre eux. Elle sert aussi de corde pour pendre les hommes fautifs. Ne se consumant pas au contact du feu, elle permet aux flammes comme aux cendres de ne pas se propager. Cette herbe a une puissance immense qui effraie les Dieux, c’est pourquoi ils ont décidé de lui résister. »

Le texte du Dr Rabelais se clôt sur l’éloge du royaume de France, royaume duquel provient le Pantagruélion.

 

 

A demain

 

Quand Emmanuel Macron annoncera-t-il la création de la « Française du Cannabis » ?

Bonjour

Voilà une question à laquelle Emmanuel Macron, président libéral, n’échappera pas avant la fin de son mandat. Formé aux meilleures écoles de la République, enseignant la philosophie « libérale », auteur prolixe Gaspard Koenig a été croqué comme un jeune homme pressé. Il est aussi président du think-tank GenerationLibre, qu’il a lancé en 2013 et où il défend cette substance à très haut risque qu’est le libéralisme.

« Gaspard Koenig a difficilement arrêté le café mais assume une consommation, épisodique, de cannabis, révélait, hier, Le Journal du Dimanche.  Au nom de « la liberté individuelle » et « à condition d’être majeur et informé » ». Un grand classique. Et en exclusivité l’annonce que GénérationLibre, publiait un rapport de deux experts – rapport prônant une légalisation du cannabis en France : production, régulation, distribution. Ces deux experts sont Francis Caballero, avocat et militant anti-tabac et le Pr. Amine Benyamina, psychiatre, spécialiste des addictions (hôpital Paul-Brousse, Villejuif). Leur argumentaire est connu :

« Troisième substance psychoactive la plus consommée au niveau mondial, juste après le tabac et l’alcool, le cannabis constitue aujourd’hui un véritable phénomène de société. Coûteuse et inefficaces, notamment en matière de santé publique, les politiques de prohibition sont de plus en plus critiquées et contestées. Face à ce constat, de plus en plus d’Etats choisissent alors le chemin de la légalisation du cannabis.

En France, où 17 millions de personnes déclarent avoir consommé du cannabis au moins une fois dans leur vie, cette alternative reste encore inenvisagée et très peu discutée. En témoigne le rapport d’information parlementaire le plus récent dont les conclusions écartent toute perspective de légalisation et concluent à un renforcement de la répression déjà à l’oeuvre en la matière.

La légalisation se justifie du simple point de vue utilitariste de la santé publique. Elle permet d’éradiquer les trafics, de contrôler la qualité des produits, et d’améliorer les programmes de prévention, notamment en direction des mineurs – sans même mentionner les bénéfices économiques. »

Plus original, les deux options de légalisation étudiées : celle d’une légalisation contrôlée par un « monopole d’Etat de production et de distribution du cannabis » ; et celle d’une légalisation par le marché. Et, surprise, le philosophe libéral dit « reconnaître que le choix de cette légalisation par monopole est probablement plus facile à appliquer et à se faire accepter en France que la légalisation par le marché. Elle est conforme à la tradition colbertiste de notre pays ».

« Cannaboutiques » et « cannabistrots »

Comment s’organiserait la distribution de ce nouveau produit légalisé ? Francis Caballero nous explique tout dans le détail – soit un modèle calqué sur les PMU, débits de boissons et de tabac.

« Comme pour la production, la Française du cannabis ne distribuera pas ellemême le cannabis légal. Elle fera appel à des distributeurs agréés auxquels elle délivrera des licences comme l’administration le fait déjà pour les débits de boissons ou les bureaux de tabac. Ceux-ci devront se soumettre à des règles de fonctionnement définies dans leur contrat tant ce qui concerne les produits vendus que les taxes perçues à cette occasion. Ils se procureront leur marchandise auprès de la Française du cannabis qui jouera le rôle de transformateur des produits de l’agriculture et de répartiteur des commandes des distributeurs. »

Dans le système qu’il défend, la distribution se fera dans un circuit séparé des circuits existants de l’alcool, du tabac ou des produits pharmaceutiques. Il y aura deux catégories de débits, selon qu’il s’agit de débits à emporter ou à consommer sur place. On propose d’appeler « cannaboutiques » ceux qui donnent seulement la possibilité d’acheter le produit et « cannabistrots » ceux qui permettent aux fumeurs de consommer ensemble pour se retrouver.

« Le nombre et la répartition des débits restent à préciser, mais du fait de l’existence du monopole de distribution, la concurrence entre débits sera limitée. Une fois agréé par la Française du cannabis, le débitant aura un territoire protégé, un peu comme les pharmacies. Cela relève du bon sens dans la mesure où le nombre de points de vente dépend de l’ampleur du marché.

« Le débitant restera toutefois sous le contrôle du monopole qui pourra lui retirer son agrément s’il ne respecte pas les règles fondamentales de ce commerce, comme par exemple une interdiction de toute publicité commerciale sur les lieux de vente.  La Française du cannabis fixera des prix minimums par variété, étant précisé que les prix peuvent varier en fonction de la qualité des produits et de leur circuit de distribution, selon qu’il est court ou long. »

Au total l’expert estime qu’entre 33 000 et 79 000 emplois seraient ainsi créés dans l’économie française. « Il est tout de même stupéfiant de voir que les politiciens français qui parlent sans arrêt de l’emploi des jeunes ne s’intéressent pas à cette nouvelle source d’emplois marchands au profit de la jeunesse ! ». Sans oublier que la légalisation contrôlée fournirait des ressources fiscales et sociales à l’État. Si l’on fixe le prix moyen de production et de distribution à deux euros « avec taxe au col d’un euro le gramme (25% du prix de vente) et une TVA de 25% » cela rapporterait à la collectivité environ deux milliards d’euros. Un milliard pour l’État et un milliard pour la Sécurité sociale.

Au des dégâts du tabac et de l’impunité dont jouissent les buralistes français quelques questions pratiques restent encore à régler. Comme celle de la mise en œuvre de l’interdiction de la vente aux mineurs. Car Gaspard Koenig estime que le cannabis doit être réservé aux majeurs informés. Sans oublier le problème  « du développement du cerveau chez les jeunes » puisque certains médecins soutiennent que le cerveau mûrit jusqu’à 21 ans… ». Il ajoute : « Voilà le genre de discussions apaisées qu’il faut avoir plutôt que de se faire peur avec le mot ‘’droque’’ : le cannabis est moins addictif que le café et n’entrâine pas d’overdose ; tans que la consommation reste raisonnable et hors cas d’épilepsie, il ne provoque pas d’effets de long terme sur l’organisme. En tout cas pas plus que le sucre ou l’alcool… »

Où l’on voit que pour ce philosophe libéral l’important, en matière de consommation, est de conserver la raison. Ce qui est, très précisément, la pierre philosophale de la lutte contre les addictions.

A demain

 

 

Alcoolisme. Demain le Conseil d’Etat tranchera : en faveur de l’ANSM ou du baclofène ?  

 

Bonjour

Redoutable, formidable et inquiétant Conseil d’Etat ! Ses champs de compétence ne cessent de s’étendre, de la fin de vie (affaire Vincent Lambert) à l’insémination post mortem et au traitement de l’addiction à l’alcool. Que nous disent ces appels désespérés à la « plus haute juridiction administrative du pays » ? Peut-être faut-il ici se reporter à l’entretien que vient de donner au Monde (Jean-Baptiste Jacquin) Jean-Marc Sauvé, son vice-président sosie du Général et atteint par la limite d’âge 1. Jean-Marc Sauvé qui nous confia un jour, pour Slate.fr et sous les ors de son Conseil d’Etat, ne voir le monde « que régi par la loi ».

Retour au quotidien du règlement des litiges, le tristement banal des magistrats du Palais Royal, à deux pas du Nemours et de ses verres de Sancerre hors de prix. Question : l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a-t-elle trop usé du principe de précaution en limitant d’autorité, en juillet 2017, la dose maximale de baclofène qu’un médecin peut prescrire dans le traitement de la maladie alcoolique ?

Atteinte grave

Le contexte : Le 24 janvier dernier, le responsable du collectif Baclohelp, Thomas Maës-Martin, déposait devant le Conseil d’Etat un recours pour annuler l’interdiction de l’usage du baclofène à hautes doses décidée en juillet 2017 par l’Agence. Le collectif, conseillé par le cabinet d’avocats Spinosi & Sureau, plaidait que cette décision constituait une « atteinte grave et immédiate » à la santé de 40.000 personnes alcooliques qui prennent ce médicament pour se sevrer.

De fait, sur la base d’une vaste étude statistique de l’Assurance maladie, les experts de l’ANSM avaient jugé que les risques liés à la prise du baclofène à hautes doses étaient trop élevées. Au-dessus de 180 mg par jour, «la fréquence des hospitalisations est augmentée de 46 % et le risque de décès est multiplié par 2, 27», concluait une étude. Une étude vivement contestée par le camp adverse – ce qui n’avait pas empêché  l’ANSM, durant l’été 2017,  à rabaisser la posologie maximale à 80 mg par jour. Un niveau jugé bien trop faible par nombre de prescripteurs et de patients soulignant que pour lutter contre l’alcoolisme des prises moyennes de 150 mg (voire plus) étaient nécessaires.

C’est ce litige que vient, le 2 mai, d’examiner notre Conseil d’Etat. « Le directeur général de l’ANSM pouvait déduire [de cette étude de l’Assurance maladie] une suspicion de risque pour la santé publique », a fait valoir Charles Touboul, le rapporteur public du Conseil d’Etat [dont-les-avis-sont-généralement-suivis]. M. Touboul a, nous dit Le Monde (François Béguin) estimé que la décision n’était « pas entachée d’une erreur manifeste d’appréciation » et appelé au rejet de la plainte.

Euphémismes protecteurs

Mais, en même temps, M. Touboul a montré qu’il avait entendu les prises de positions de certains professionnels de santé, même s’il les a qualifiées de « surréactions ». Il y a eu, selon lui, une « incompréhension juridique de la portée juridique » de la décision de l’ANSM, liée à une « communication assez maladroite » de la part de l’ANSM, « au moins en début ». Euphémismes.

En théorie les médecins peuvent toujours, s’ils le souhaitent, prescrire le baclofène à de fortes doses – prescription qui les exposent désormais toutefois à risques juridiques en cas d’effets secondaires graves chez leur patient.  « Depuis la décision de l’ASNM, on a beaucoup de mal à trouver des médecins prescripteurs, ils ont peur de prendre des risques », a expliqué, à l’issue de l’audience du Conseil d’Etat, Marion Gaud, de l’association Aubes, une structure qui regroupe des patients et des médecins: « Même chez nos anciens prescripteurs, beaucoup hésitent à aller au-delà de 80 mg ».

A deux pas du Nemours et de la place Colette La décision du Conseil d’Etat est attendue d’ici deux à trois semaines.

A demain

1 Jean-Marc Sauvé : « Nous vivons dans une société plurielle, souvent divisée, voire fracturée » Le Monde du 28 avril 2018