Faut-il laisser les détenus toxicomanes s’injecter des drogues avec le tube d’un stylo ?

 

Bonjour

C’est la question qui ne peut être posée dans l’espace politique. Nous sommes ici, en 2017 à l’extrême lisière de la réduction des risques. Un groupe d’associations militantes (usagers, professionnels de l’addictologie et de la santé en milieu pénitentiaire) vient de publier un texte dont on doute qu’il puisse être largement repris par les gazettes. Les signataires y déplorent l’inertie des pouvoirs publics pour appliquer une politique de « prévention des risques en milieu carcéral ».

C’est là un vieux dossier de santé publique que l’on pourrait faire remonter aux malheureuses décisions de l’administration pénitentiaire du début des années 1980 et l’émergence du VIH. Mais c’est aussi un dossier que ces associations avaient eu l’espoir de voir aboutir suite à l’adoption de la « Loi de modernisation du système de santé ». La loi fut votée. Marisol Touraine s’en félicita. Mais aujourd’hui les arbitrages rendus par le ministère de la justice et par Premier ministre font que l’espoir de ces associations s’est envolé. Le dossier est enterré et personne au sein du gouvernement ne se souvient plus du sujet.

« Sommes-nous naïfs. Une fois de plus, la direction de l’administration pénitentiaire, bien soutenue par son ministère de tutelle, a accompli son récurrent ouvrage : saboter le processus aboutissant à la mise en place de programmes de seringues en prison. Les arbitrages réduisent le travail interministériel et les nombreuses années de concertation basées sur les études scientifiques, à une seule logique sécuritaire. »

Michèle Barzach

Ces associations 1, ces professionnels, rappellent que personne n’ose plus affirmer, en France, qu’il n’y a pas de drogues en prison. Des toxicomanes, des « usagers de drogues » sont incarcérés. Et après ?

« Dans la réalité, que se passe-t-il ? Les personnes se procurent une seringue (et/ou une aiguille) par différents circuits, sinon un stylo sera détourné de son usage pour servir de corps et une aiguille y sera « adaptée ». Les personnes ne souhaitant pas être identifiées comme des usagers de drogues, les points d’injection ne doivent pas être visibles, ils sont donc cachés. Cela entraîne des injections avec des risques élevés car elles sont réalisées en dessous de la ceinture (jambe, pied, artère fémorale…). Les dommages sont terribles et l’administration pénitentiaire ferme les yeux. »

L’administration pénitentiaire sait ce qui se passe entre ses murs. Mais elle ne le voit officiellement pas. Elle ne veut pas organiser en milieu carcéral ce qui commença à être organiser avec les échanges de seringues en 1987 grâce à Michèle Barzach sous un gouvernement de droite 1. Et ce alors que, selon les associations, « l’évaluation de tous d’échanges de seringues en prison au niveau européen montre non seulement une absence d’incidents mais également une amélioration de la situation sanitaire des détenus injecteurs ».

« Malgré tous les principes d’équivalence de soins inscrits dans de nos nombreux textes nationaux et internationaux, la cohérence des politiques de réduction des risques et de drogues s’arrêtera aux portes de la prison, avec tous les risques pour les populations concernées. Le dernier décret de la Loi de modernisation du système de santé ne verra jamais le jour et nous sommes en colère. »

A demain

1 AIDES, APSEP, ASPMP, ASUD et CHV, Fédération Addiction, OIP, Sidaction, SOS Hépatites, TRT5

2 « Sida et toxicomanie: les bénéfices massifs de la politique de réduction des risques en trois graphiques » Slate.fr 12 avril 2014

 

Cigarette électronique, tabac et réduction des risques : le quinquennat qu’il ne fallait pas

 

Bonjour

Une nouvelle étape, politique, vient d’être franchie dans la jeune histoire de la cigarette électronique. Les conclusions du deuxième « Sommet de la Vape » organisé le 20 mars à Paris 1 ont, estiment ses organisateurs, permis d’établir un « consensus absolu » entre (quelques) instances dirigeantes de santé publique, les sociétés savantes, les usagers et les professionnels du secteur. Et ce consensus peut être formulé en une phrase, à la fois médicale et politique : « la vape est un outil de réduction des risques tabagiques ».

« Il est remarquable de constater qu’il n’existe plus de discussions pour affirmer que vapoter est une réduction de risque très importante pour un fumeur, même s’il existe des divergences d’avis parmi les participants au sommet de la vape sur d’autres points. Recommander la vape à un fumeur comme moyen de sortie du tabac apparaît bénéfique au plan individuel pour l’ex-fumeur et pour la société.

« Il existe un consensus pour affirmer que fumer et vapoter n’est pas un objectif à long terme et qu’il faut que les ‘’vapo-fumeurs’’ aient comme objectif (sans forcément de délai) l’arrêt complet du tabac. (NB : Des études sont nécessaires pour mieux connaître les moyens de devenir vapoteur exclusif – comme sur beaucoup de points). »

Perversité de la précaution

Tout n’est certes pas rose. Sur la question du « vapotage au long cours » il existe un désaccord. D’une part des vapoteurs affirment que vapoter leur permet de rester à l’écart de la consommation de tabac et leur sauve la vie. D’autre part des « acteurs de santé » affirment que bien que le danger soit très inférieur à celui du tabagisme, le risque n’est pas nul. A ce titre ils ne peuvent que recommander l’arrêt « un jour » de la vape.

S’il existe, aussi, un consensus pour que soient établies des règles concernant le vapotage dans les lieux à usages collectifs, des divergences fortes demeurent quant aux moyens pour parvenir à cet objectif : l’éducation et la civilité, le règlement des établissements, le marbre de la loi.

« La crainte de la population sur les dangers de la vape est totalement irrationnelle, ajoutent, en conclusions les organisateurs de ce Sommet. Cette peur irrationnelle prise au nom du ‘’principe de précaution’’ conduit de nombreux fumeurs à ne pas quitter le tabac, alors qu’arrêter de fumer sauve des dizaines de milliers de vie. Pour les autorités et acteurs de santé, respecter le ‘’principe de précaution’ c’est favoriser tout ce qui permet de sortir du tabac, et donc la vape. »

Remarquables absences

Il existe, enfin, un consensus des participants pour souhaiter que la vape ne soit pas un produit d’entrée en tabagisme chez les adolescents. Mais force est bien de constater, en ce début d’année 2017, qu’aucune donnée solide n’est venue conforter l’hypothèse que la vape constitue une augmentation du risque d’entrée en tabagisme.

Reste la dynamique: les divergences se sont beaucoup réduites depuis le premier sommet de la vape 2016.  Les organisateurs expliquent avoir « particulièrement apprécié les présences »  du Pr Benoît Vallet, Directeur général de la Santé (pour la deuxième fois) et du Dr Nicolas Prisse, Président de la MILDECA ». Etaient aussi, très remarquablement absents : la Haute Autorité de Santé, l’ANSES, Santé publique France et Tabac Info Service. Sans parler de Marisol Touraine, ministre de la Santé.

Autant d’absences qui doivent être interprétées comme d’éclairants symptômes. Ceux de la déconnexion, à bien des égards tragiques, du politique et de la réalité – déconnexion de l’action politique et du pragmatique. Et ce alors même que seul le dialogue entre les différents acteurs permettrait de prévenir, progressivement, un nombre considérable de morts prématurées dues à la consommation de tabac. De ce point de vue le quinquennat qui s’achève est la parfaite illustration de ce que le prochain ne doit pas reproduire.

A demain

1 « Sommet de la Vape » est un événement dont l’indépendance est assurée par un financement participatif organisé sur Internet par l’association SOVAPE auprès de citoyens donateurs, sans l’aide d’aucune industrie. Comité d’organisation : SOVAPE, Pr Didier Jayle, Jacques Le Houezec  et le Bertrand Dautzenberg. L’auteur de ces lignes a participé à l’animation de l’une des tables rondes.

Tabac : Nicolas Dupont-Aignan reste sec sur la santé publique et la cigarette électronique

Bonjour

La politique ? « Cabinet noir », trahisons et spectacles indignes de la télévision publique… Et puis, en marge de cette régression épidémique, les échanges entre les buralistes et les candidats à la magistrature suprême. Nous avons lu les lettres de François Fillon et d’Emmanuel Macron aux vendeurs de tabac. Aujourd’hui leur site nous offre, dans son intégralité, le message que vient de leur faire passer Nicolas Dupont-Aignan.

Nicolas Dupont-Aignan, 56 ans se réclame du gaullisme et du souverainisme. Il parle haut et fort, fut successivement membre du Rassemblement pour la République (RPR), du Rassemblement pour la France (RPF) et de l’Union pour un mouvement populaire (UMP), avant de fonder et présider Debout la France (DLF), anciennement Debout la République.

Clé sous la porte

Que peut dire aux buralistes celui qui a recueilli 1,79 % des suffrages exprimés à l’élection qui vit le sacre de François Hollande ? Des choses comme celle-ci :

« Un nombre accru d’entre vous, buralistes et représentants des buralistes de France m’alerte, mois après mois, sur votre situation devenue de plus en plus difficile. Je me dois donc de vous écrire afin de vous dire mon appui. Votre maillage important sur l’ensemble du territoire fait de vous un acteur de proximité social et économique essentiel, mais vous êtes toujours plus délaissés par la classe politique actuelle. »

 Ou encore ceci :

« Le matraquage fiscal mené par François Hollande vous étouffe et conduit bon nombre d’entre vous à mettre la clé sous la porte. Je me suis toujours battu à l’Assemblée nationale pour que les charges pesant sur les petites et moyennes entreprises soient réduites. Ce n’est pas à vous de payer les pots cassés de 30 ans de gestion hasardeuse des comptes publics. »

 Sans oublier l’incantation rituelle aux frontières et barrières douanières :

« Vous subissez l’impuissance de l’État et la réglementation européenne. Vous êtes exposés à une concurrence déloyale que je ne peux tolérer contrairement à nos actuels dirigeants. Les règles d’importation de tabac en UE et la suppression des frontières favorisent les trafics de tabac : la Cour de Justice de l’UE nous a imposé la suppression des seules barrières qui empêchaient le transport massif de tabac par les particuliers. »

Libération fraternelle

Ceci posé, que faire du tabac (80 000 morts prématurées chaque année) à l’intérieur de nos frontières retrouvées ? Organiser une libération fraternelle de celles et ceux devenus dépendants du fait, pour partie, de l’Etat ? Bâtir (enfin) une politique pragmatique de réduction des risques ? Agir en usant du puissant levier que pourrait être la cigarette électronique ? S’inspirer des modèles développer avec succès au Royaume-Uni ou en Australie ?

M. Dupont-Aignan à bien d’autres préoccupations. C’est la lutte (à intensifier) contre le marché parallèle. C’est aussi la sécurité (à renforcer avec police et vidéosurveillance) des buralistes. Sur ce sujet il a ce mot, terrible, dont on voit assez mal en quoi il peut s’inspirer du gaullisme et de la République  :

« De récents événements ont conduit certains de vos collègues à faire leur propre loi : je n’approuve bien entendu pas cette méthode, mais sachez que je la comprends. »

 Puis il aborde le seul sujet où le gouvernement a, ces cinq dernières années, tenter d’agir en matière de tabac : le paquet neutre. Cela donne ceci :

Deux paquets de tabac étranger

« Dans la concurrence internationale, la France doit combattre à armes égales. Le paquet neutre créé une distorsion de concurrence insupportable qui fragilise une filière économique entière. Nos dirigeants actuels sont si peu soucieux des intérêts des Français qu’ils sont prêts à prendre des décisions plus restrictives que les règles européennes sur le paquet neutre. »

Les buralistes auront bien compris le message. Avec, en prime, la future restriction à deux paquets par personnes pour ce qui est de européens l’importation de tabac des pays voisins. Un dernier message, pour la route :

« Les 23 avril et 7 mai a lieu l’élection présidentielle. Elles seront pour vous, professionnels buralistes, l’occasion de vous faire entendre et d’influencer les orientations que prendra votre activité pour les années à venir. On ne résout pas les problèmes avec ceux qui les ont causés ».

A demain

Avant l’été Marisol Touraine aura libéré quelques terrasses de café de la fumée de cigarettes

 

Bonjour

« Ma terrasse sans tabac ». Voilà, une nouvelle fois, une bonne intention individuelle qui signe l’absence d’une réelle volonté politique. Et une nouvelle fois, des mots masquent l’essentiel du réel – quand ils ne le tordent pas.

« Ma terrasse sans tabac »… Que recouvre cette formule lancée dans l’attente du printemps ?

« Pour que chacun puisse profiter des espaces extérieurs des cafés et restaurants sans subir la fumée du tabac, Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, lance aujourd’hui l’opération ‘’Ma terrasse sans tabac’’. Ce dispositif inédit, auquel les représentants des professionnels de l’hôtellerie, de la restauration et des débits de boissons ont été étroitement associés, doit permettre aux Français d’identifier les terrasses qui proposent des espaces totalement ou partiellement libérés de la fumée. »

Participatifs

« Ma terrasse sans tabac » ? Le slogan s’appuie sur une charte signée par les cafetiers et restaurateurs. A travers elle, ces professionnels s’engagent à « créer un environnement non-fumeur sur leur(s) terrasse(s) ». Mais aussi et à sensibiliser leurs salariés sur les enjeux de la lutte contre le tabagisme. Et encore ? En contrepartie, les établissements signataires sont référencés gratuitement sur le site materrassesanstabac.com et sur l’application mobile disponible sur Apple Store et sur Google Play. « Participatifs, le site et l’application permettent à chacun de rechercher des établissements qui adhèrent à cette charte et disposent d’une terrasse sans tabac, mais également de proposer un lieu pour une future adhésion » explique la ministre à l’attention des connectés.

Les communicants sont comme toujours à la manœuvre :  un « kit de communication dématérialisé » (sic) destinés aux responsables d’établissements sera transmis aux établissements signataires. Dès le 22 mars, 72 000 « cart’com » visant à sensibiliser les clients des bars et restaurants et à promouvoir le dispositif seront diffusées dans trois cent-trente lieux à Paris et près de deux cent-cinquante à Bordeaux, Lyon, Marseille, Toulouse, Montpellier, Nantes et Strasbourg.

Essoufflement

S’auto-félicitant comme souvent, la ministre de la Santé ne craint pas de voir dans son opération « un outil précieux de soutien aux anciens fumeurs et aux personnes souhaitant arrêter le tabac ». Elle estime aussi, avec son opération-terrasses « compléter l’arsenal de mesures et dispositifs mis en place par le Gouvernement pour sensibiliser à l’arrêt du tabac ». Et de citer, en boucle, fois le « triplement du remboursement des substituts nicotiniques », « l’opération « Moi(s) sans tabac », ou encore « des mesures pour faciliter la démarche d’arrêt des femmes enceintes et éviter la reprise après la grossesse ».

Reste, au-delà des mots, l’essentiel,  comme vient de le rappeler la chronique de la cigarette électronique :  16 millions de fumeurs de tabac en France – 32% des personnes âgées de 15 à 85 ans. L’absence d’une volonté politique, le refus d’une action massive et durable sur les prix et d’une prise en charge globale de ceux qui veulent en finir avec cet esclavage addictif.

Cette « opération-terrasses » témoigne de cette incurie : elle se situe à l’extrême périphérie des actions législatives et réglementaires qui, en France et depuis un quart de siècle, ont avec succès éloigné la consommation de tabac des sphères collectives. De ce point de vue elle signe, paradoxalement, une impuissance, un essoufflement, la fin d’une politique.

A demain

Cigarette électronique dans les espaces publics : honteux comme un vapoteur en France

 

Bonjour

C’est un communiqué de presse politique diffusé par une filiale d’un géant mondial du tabac (Imperial Brands, ex-Imperial Tobacco). Le géant a fait travailler un autre géant (Kantar Millward Brown) pour l’une de ses marques (« blu ») dont il dit qu’elle est en position de leader sur le marché mondial de l’e-cigarette 1. Où l’on apprend que les vapoteurs français seraient, au monde, les moins enclins à utiliser la cigarette électronique en public.

On y apprend aussi que l’incurie politique française concernant la lutte contre le tabac fait que notre pays (16 millions de fumeurs de tabac – 32% des personnes âgées de 15 à 85 ans) constitue « un fort potentiel pour le développement de l’e-cigarette ». Le géant du tabac en sait plus sur le sujet que les autorités sanitaires françaises. Il nous dit aussi qui sont, en France, les utilisateurs de vaporettes : pour la plupart de jeunes adultes (43 % sont âgés de 18 à 34 ans, 40 % de 35 à 54 ans, avec un âge moyen de 37 ans) et plus de la moitié d’entre eux ont débuté leur consommation au cours des douze derniers mois.  Le géant sait aussi que les vapoteurs français s’avèrent les utilisateurs les plus réguliers, avec 49 % d’utilisateurs quotidiens.

 Réticences françaises

Et encore : « Cependant, les vapoteurs français sont les plus réticents à utiliser leur cigarette électronique en public alors même que 55% d’entre eux jugent l’e-cigarette socialement plus acceptable que le tabac. Seuls 45% des vapoteurs français se sentent à l’aise quand ils utilisent leur e-cigarette lors d’un concert ou d’un événement en plein air – contre 63% des vapoteurs américains (52% au Royaume-Uni). 51% des vapoteurs français se sentent à l’aise quand ils utilisent leur e-cigarette dans un lieu de plein air fréquenté par des non-fumeurs / vapoteurs – contre 60% des vapoteurs américains (54% au Royaume-Uni). 29% des vapoteurs français se sentent à l’aise pour vapoter au travail, un taux inférieur à tous les autres pays. »

Pour le géant du tabac les choses sont claires. Cette attitude, explique Sergio Giadorou, « directeur France » de « blu », est liée au climat qui entoure le marché. « En France plus qu’ailleurs, les autorités ne font pas de différences entre tabac et vapotage, explique-t-il.  Les vapoteurs sont soumis aux mêmes règles et pénalités, alors que de nombreuses d’études s’accordent à reconnaître les cigarettes électroniques comme nettement moins nocives que le tabac. Il est important que les vapoteurs français soient encouragés à poursuivre sur la voie de la e-cigarette Le fait de montrer au public que les autorités, comme en Grande- Bretagne, considèrent le vapotage comme préférable au tabac aidera à lever l’ambiguïté qui entoure cette catégorie de produits et augmentera la confiance ».

Modèle britannique

Le géant du tabac dit encore, au vu de du Royaume Uni, qu’un cadre légal plus favorable peut contribuer à changer la donne. « Au Royaume Uni, la législation tient compte des avis favorables sur la cigarette électronique émis par les autorités de santé nationales, souligne-t-il.  Et la réglementation résultant de la transposition de la Directive européenne établit une claire distinction entre le tabac et les produits de vapotage. Un document cadre publié en février 2017 par le « Committee of Adverstising Practice » (CAP) fait également la différence entre produits du vapotage contenant de la nicotine, ne contenant pas de nicotine et les produits de vapotage titulaires d’une licence médicale. » Et ce géant d’enfoncer le clou contre la France :

« Pour les produits de vapotage ne contenant pas de nicotine, la publicité est autorisée en Grande-Bretagne, sous réserve qu’elle ne fasse pas indirectement la promotion d’un produit nicotiné, opère une distinction entre cigarette électronique et cigarette conventionnelle, n’encourage pas les non-fumeurs à se mettre au vapotage et ne soit pas conçue pour plaire aux individus mineurs. Le vapotage est également autorisé dans presque tous les lieux publics.

 « Le fait de montrer au public que les autorités considèrent le vapotage comme préférable au tabac – en étant plus explicite sur l’autorisation de vapoter dans les lieux publics et en permettant davantage de publicité – aidera à lever l’ambiguïté qui entoure cette catégorie de produits et augmentera la confiance. Nous espérons que les autorités en France tireront les mêmes conclusions. »

Où l’on voit qu’un géant du tabac peut, au nom de ses propres intérêts, rejoindre la position de ceux qui œuvrent au service de la politique de réduction des risques. Et qu’étrangement les deux parties peuvent ne pas (encore) être entendues par celles et ceux qui ont en charge la santé publique.

A demain

1 « blu » se présente comme « un pionnier de la cigarette électronique » et vante ses mérites en ces termes  :   « Lancée en 2009 dans une optique inconditionnelle de la satisfaction du consommateur et l’ambition d’être le meilleur, blu fait plus que d’offrir des produits de vapotage de haute qualité. La marque travaille avec soin à réellement satisfaire ses clients, en désignant des produits conçus pour le consommateur adulte. blu est disponible en ligne et en boutiques sur les quatre plus grands marchés de vapotage à travers le monde, USA, UK, France et Italie. Elle propose une diversité de saveurs qui peuvent être appréciées sous la forme de kits rechargeables ou jetables. La marque blu appartient à Fontem Ventures, une filiale du groupe Imperial Brands, dont les sièges internationaux se situent à Amsterdam (Pays-Bas) et Charlotte (Caroline du Nord, USA).»

Orly : le terroriste était bien sous l’emprise d’alcool (0,93 g/l), de cannabis et de cocaïne

Bonjour

Son père avait vu juste. On connaît depuis peu (et de « source judiciaire ») les résultats des expertises toxicologiques pratiquée sur le corps de Ziyed Ben Belgacem, abattu le 18 mars par un militaire de l’opération « Sentinelle » dans l’aéroport d’Orly, au terme d’une course-poursuite avec les forces de l’ordre qui avait démarré à l’aube, en Seine-Saint-Denis.

Les analyses toxicologiques pratiquées sur l’attaquant ont mis en évidence la présence, dans le sang, d’alcool (0,93g par litre) et de stupéfiants (cannabis et cocaïne). Agé de 39 ans, il avait été tué après avoir tenté de s’emparer de l’arme de l’une des militaires en patrouille dans l’aéroport.

« Il boit »

Dimanche 19 mars, peu après avoir été relâché par la police,  son père avait déclaré sur Europe 1« Mon fils n’a jamais été un terroriste. Jamais il fait la prière : il boit. Et sous l’effet de l’alcool et du cannabis, voilà où on arrive. »  François Molins, procureur de la République de Paris avait quant à lui expliqué la veille que désormais le but de l’information judiciaire serait de tenter « d’expliquer le cheminement psychologique » de cet homme. Il a aussi observé que le choix de sa cible dans l’aéroport d’Orly (des militaires de l’opération Sentinelle) correspondait « aux mots d’ordre diffusés par les organisations terroristes djihadistes ». 

 Reste que la grande nouveauté, dans cette affaire, tient à l’évocation faite d’emblée du rôle possiblement joué par des substances psychotropes (alcool et cannabis notamment) dans le passage à l’acte. Jusqu’ici cette hypothèse n’était pas envisagée d’emblée, du moins pas publiquement.1 L’autre nouveauté tient au fait que les réponses toxicologiques n’ont pas tardé. L’association d’alcool, de cannabis et de cocaïne explique sans aucun doute « la fuite en avant dans un processus de plus en plus destructeur » observée par le procureur de la République de Paris.

Reste une autre question, autrement plus complexe : ce type de désinhibition massive et auto-induite modifie-t-il la qualification juridique de l’acte ?  Le droit interrogera-t-il, ici, les spécialistes de l’addictologie et ceux de la conscience ?

A demain

1 Sur ce thème : « Les analyses toxicologiques des corps des terroristes font aussi partie de l’enquête » Slate.fr 28 novembre 2015

Emmanuel Macron candidat, la symbolique électronique du prix du tabac et autres blablas

 

Bonjour

Dans le dernier numéro du Point notre confrère et ami Pierre-Antoine Delhommais consacre sa chronique économique au « ‘’Coût’’ de tabac d’Emmanuel Macron ». Il rappelle que le candidat de la politique-mystique, s’il est élu, a fait la promesse (sur RTL) d’augmenter de plus de 40% le prix du paquet de cigarettes. Il s’agit pour lui de porter l’objet de cette addiction à « une frontière symbolique, significative et dissuasive ». Où l’on retrouve les éléments de langage qu’affectionne l’ancien locataire de L’Elysée et de Bercy réunis.

Pas de plus beau sujet politique que le tabac quand on veut parler de santé et de prévention (80 000 morts prématurées par an, première cause de morts évitables). On se souvient peut-être qu’Emmanuel Macron était secrétaire général adjoint de la Présidence de la République française lorsque François Hollande lança, le 4 février 2014, un Programme national de réduction du tabagisme. Et qu’il était ministre de l’Economie quand Marisol Touraine tenta de le mettre en œuvre- contre la volonté des ministères de Bercy opposés à une augmentation des prix.

Dépendant avant emploi

Pour sa part Pierre-Antoine Delhommais nous donne des chiffres sur les liens étroits qui existent entre chômage et consommation de tabac. « Pa le traumatisme psychologique et social qu’il provoque, la dépréciation de soi qu’il entraîne et le stress qu’il génère, le chômage favorise l’addiction à toutes sortes de drogue, en particulier le tabac », écrit-il, fort justement. En 2014 : 30 % de fumeurs chez les travailleurs contre plus de 48 % chez les chômeurs. Les sans-emploi de longue durée sont les habitués des buralistes.

« En résumé, écrit Pierre-Antoine Delhommais, le moyen le plus efficace de lutter contre le tabagisme et ses dégâts consiste à faire baisser le chômage. Et non l’inverse, comme le laisse entendre M. Macron. » Est-ce bien certain ? C’est, notamment, faire bien peu de cas de la puissance de l’addiction au tabac et de la proportion qui deviennent dépendant avant même d’avoir trouvé un emploi.

Le chroniqueur du Point rappelle que les taxes sur alcools et tabac rapportent chaque année une quinzaine de milliards d’euros (trois fois plus que l’ISF) : « les impôts sur les pauvres rapportent plus que les impôts sur les riches ». Et il en tire la conclusion qu’augmenter massivement le prix des cigarettes n’est pas une mesure « de gauche » dans le sens où c’est pénaliser les plus défavorisés : « des personnes ayant des conditions de vie difficiles sont logiquement moins sensibles aux risques de décès prématurés liés au tabagisme ». Il ajoute que certains ménages (10% des plus pauvres) consacrent jusqu’à 25 % de leurs revenus (contre 2% pour les plus aisés).

Sirènes socialistes

Augmenter le paquet de 3 euros équivaut à une augmentation chez le dépendant moyen à une dépense annuelle supplémentaire de plus de 1000 euros. On comprend le raisonnement : parvenir à augmenter drastiquement le prix du tabac (en déjouant les mécanismes pervers des fabricants) serait « un facteur d’accroissement des inégalités sociales ». Mais on comprend aussi que, le chroniqueur nous pardonnera, que ce raisonnement ne tient pas.

Il y a, bien évidemment, le coût considérable des dégâts induits par l’addiction au tabac. Il y a l’évidente nécessité politique, sanitaire, éthique de voir un Etat agir contre ce fléau qu’il entretient tout en donnant l’illusion de lutter contre. Des pays qui n’ont pas succombé aux sirènes socialistes (le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l’Australie) mènent cette guerre avec des succès croissants. Dans une telle optique l’augmentation massive et constante des prix du tabac n’est que l’un des outils. Il ne prend son véritable sens (politique, sanitaire et éthique) que dans une approche générale de la réduction des risques et une aide multiforme aux personnes victimes de leur addiction. En y intégrant, ce que le quinquennat finissant s’est refusé à faire, la cigarette électronique.

A demain