Alcool: que peut nous dire une journaliste, critique œnologique, en période épidémique ?

Bonjour

11/07/2020. Les lecteurs du Monde ont appris à découvrir la plume d’Ophélie Neiman. Une journaliste connue ailleurs sous son appellation blogueuse « Miss glou-glou » (elle s’en explique ici). On connaît assez bien cette rubrique journalistique – une forme de critique comme il en existe pour la littérature ou le cinématographe. Une rubrique qui, dans les médias écrits généralistes souvent mise à l’ombre de celle dite « gastronomique ».

Dans le meilleur des cas cette rubrique aide le lecteur à s’ouvrir sur les innombrables univers culturels des vignes et des vins. Il arrive aussi, trop souvent, qu’elle se borne à de simples classements fondé sur le goût du critique. Où l’on voit se rejoindre le vin, la littérature et les arts florissants. On pouvait aussi, jadis, par chance, n’être critique œnologique qu’à ses heures, le reste de son activité journalistique étant consacrée à d’autres disciplines.

Ophélie Neiman, donc. Hier, marronnier d’été, elle sélectionnait pour Le Monde, les vins rosés : « (Château de la Grille, chinon, 2019. Quel joli nez de griotte nous monte aux narines dès qu’on approche le verre ! Ce 100 % cabernet franc est aussi bien en chair, gourmand et juteux. Et doté d’un très joli retour sur la cerise et la compote de fraise. C’en est presque régressif, mais on ne sombre jamais dans le bonbon pâteux.11 € ; Domaine du Four à Chaux, coteaux-du-vendômois-gris, 2019. Sous cette appellation peu connue de la Loire, au nord de Tours et de Blois, on trouve de jolis rosés à prix modique, comme celui de Sylvie et Dominique Norguet. Franc et gourmand, acidulé en bouche, avec des notes d’abricot cuit et de coing, voilà une très bonne affaire. 100 % pineau d’Aunis. 5,20 €. »

Avant-hier elle évoquait les conséquences de la pandémie sur le vignoble français. Aujourd’hui elle s’attaque, non sans courage à un tout autre sujet : « Gestes barrières : boire ou guérir, il faut choisir ». Sujet sanitaire et politique puisque « distanciation sociale et alcool font rarement bon ménage ». Question : la fête « raisonnable » est-elle un vœu pieu ?

« A chaque fois que j’ai bu, c’est parti en sucette »

Selon elle le confinement a aiguisé le besoin de contact, de toucher de la peau. Quid, dès lors de la fête alcoolisée ? « Elle va vite se compliquer, écrit-elle. Car enfin, comment rester raisonnable dans la bringue ? La ‘’ fête raisonnable’’ est un oxymore. Si on ne peut pas lâcher les manettes, autant rester chez soi. Pour autant, l’éventualité de se transformer en cluster ambulant ne fait pas vibrer, admettons-le (…) Car face au vœu pieux de la ‘’fête raisonnable’’, un élément entre en scène et force le destin. Le plus souvent, l’alcool. Son effet désinhibiteur est d’une efficacité redoutable. Au niveau neuronal, il perturbe l’action de la noradrénaline et de la sérotonine. La perception de l’environnement et le niveau de vigilance descendent une volée de marches. Parallèlement, l’alcool stimule la production de dopamine ; on se sent heureux, euphorique, tout baigne. »

« Et tout s’enchaîne. Le bol de cacahuètes égaré qui ne méritait pas un regard semble soudain irrésistible. La planche de charcuterie, dans laquelle on piochait consciencieusement avec sa fourchette, on y égare maintenant les doigts. On tripote le téléphone de la voisine pour zoomer sur une photo, on pousse le verre du voisin au passage, tant pis pour la trace d’empreinte grasse. Quant au pétard qui tourne, il passe gaiement de bouche en bouche. Autant rouler une pelle à tous les convives.Pour compenser, le fêtard repentant dégainera régulièrement son gel hydroalcoolique et s’en enduira comme un roux use son écran total sur une plage espagnole. Mais n’est-ce pas déjà trop tard ? »

Sans doute. Témoignage de Violeta, à peine quadra, qui confectionne elle-même son désinfectant, à base l’alcool pharmaceutique et d’huile essentielle de lavande : «L’alcool n’est absolument pas compatible avec les gestes barrières. A chaque fois que j’ai bu, c’est parti en sucette. La dernière soirée que j’ai faite, je l’ai commencée en disant bonjour du coude, je l’ai terminée en dansant enlacée et en tenant les mains de tout le monde. » 

On lit Ophélie Neiman et on parvient à sa chute :  « Ce qui amène à une question, mère du problème : est-ce qu’on se touche parce qu’on a bu ou est-ce qu’on boit pour se toucher ? ». Boire ou conduire ? Etre ou ne pas être ? On attend avec impatience de lire la réponse des spécialistes – dans la rubrique addictologie.

A demain @jynau

Fatalité : laisser Kronenbourg et Pernod-Ricard faire revivre les villages français déshérités ?

Bonjour

Bonjour

10/07/2020. Lutter contre les addictions quand on ne croit pas à la prédestination. « L’alcool pour oublier la crise Le remède de Kronenbourg, de Pernod Ricard et du Groupe SOS » dénoncent quatre présidents d’association qui, précisément, luttent. Ecoutons-les :

« Alors que la crise sanitaire due à la Covid-19 se fait moins prégnante, les multinationales Kronenbourg SAS et Pernod Ricard proposent d’en aggraver une autre, chronique et meurtrière, en arrosant les campagnes de ses produits alcooliques. Dans un tweet daté du 8 juillet 2020, l’initiative « 1000 cafés » du Groupe SOS remercie ses partenaires, dont les deux entreprises. Celles-ci avaient effectivement annoncé le 2 juin un partenariat pour soutenir l’opération ayant pour objectif de créer des cafés dans les zones rurales en voie de désertification. »

Une ré-alcoolisation qui va dans le même sens que le projet du gouvernement d’Edouard Philippe. Souvenons-nous : il proposait le 21 février dernier, via la distribution de «licence IV», la création dix mille sites de consommation de boissons, notamment alcooliques.

Les solitudes alcoolisées

« Le lancement de l’opération « 1000 cafés » repose sur la reprise d’arguments éculés du lobby alcoolier selon lequel le seul fondement de la convivialité est l’alcool, ainsi que sur le postulat que les bars suffiront à remplacer une économie vacillante ou inexistante, nous disent aujourd’hui les associations de lutte contre les addictions. Cette opération est un véritable leurre sinon une tromperie pour les populations et villages concernés, et un risque certain pour la santé publique. »

Or, selon eux « toutes les études » prouvent que plus le nombre de cafés-bars augmente, plus l’offre d’alcool est importante, plus la consommation augmente – ainsi que les dégâts sanitaires et sociaux qui en sont la conséquence mécanique. Et puis, plus incisifs :

« L’intervention des groupes Kronenbourg SAS et Pernod Ricard dans cette opération déjà contestable ne fait que dévoiler leur vraie nature et leurs objectifs purement commerciaux, derrière les éléments de langage lénifiants : « convivialité respectueuse et responsable », soutien à l’économie de proximité et souci écologique en recyclant les déchets. Les habitants de ces zones rurales méritent mieux que l’alcool pour oublier l’appauvrissement économique de leurs territoires. Ce ne sont pas quelques emplois de gérants de bars qui les feront revivre. Kronenbourg SAS et Pernod Ricard ne pouvaient laisser passer une telle occasion de blanchir leur image, grâce au Groupe SOS. Les populations rurales seront les otages valorisants de cette opération commerciale en trompe-l’œil de deux multinationales de l’alcool. »

Et maintenant ? Du haut deux puissance les responsables de Kronenbourg SAS, de Pernod Ricard et du Groupe SOS ne répondront sans doute pas à cette attaque. Les bars décriés ouvrent. Participeront-ils mécaniquement à une augmentation des alcoolisations ? Luttant contre la solitude (dont on sait qu’elle peut, elle aussi, être amplement alcoolisée) participeront-ils aux bienfaits d’une socialisation retrouvée ? Ne pas croire à la fatalité imposerait, ici, d’évaluer les véritables impacts de ces nouvelles licence IV. Qui, ici, aura le courage et l’argent pour une évaluation qui répondrait à la question ?

A demain @jynau

 1  Pr Amine Benyamina, président de la Fédération Française d’Addictologie ; Dr Bernard Basset, président de l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie ; Pr Axel Kahn, président de La Ligue contre le Cancer et  Pr Mickael Naassila, président de la Société Française d’Alcoologie 

Cannabis: découverte des raisons qui font qu’il réduit votre aptitude à vivre en société

Bonjour

08/07/2020 On ne remerciera jamais assez les chercheurs qui nous éloignent, pour un instant, de l’actualité pandémique, de ses polémiques, de ses intrications avec la politique. Merci donc aux auteurs d’une publication de Nature consacrée à l’étude des effets cérébraux de la consommation de cannabis 1. Chacun sait, ou presque, que cette consommation peut, chez l’homme, mener à des changements comportementaux et notamment à une réduction des interactions sociales. Pourquoi ? Est-ce la conséquence des plaisirs induits par ce produit ?

Pour mieux comprendre le phénomène, le chercheur Inserm Giovanni Marsicano et son équipe du NeuroCentre Magendie (Inserm/Université de Bordeaux), en collaboration avec l’équipe de Juan Bolaños de l’université de Salamanque se sont penchés sur la souris. Et ils viennent, nous dit l’Inserm, d’identifier chez elle et pour la première fois «  les mécanismes cérébraux qui sous-tendent la relation entre cannabis et diminution de la sociabilité 2 ». Traduction pour attirer les journalistes : « Des cellules cérébrales en forme d’étoile éclairent le lien entre consommation de cannabis et sociabilité ».

Plus largement, leurs travaux de ces chercheurs visent à améliorer les connaissances sur le fonctionnement des récepteurs cannabinoïdes (les récepteurs cérébraux qui interagissent avec les composés chimiques du cannabis). Dans leur publication de Nature, ils montrent qu’après une exposition au cannabis, les changements comportementaux liés à la sociabilité interviennent suite à l’activation de récepteurs cannabinoïdes spécifiques, localisés dans des astrocytes – dont la forme n’est pas sans rappeler celles des étoiles.

« Le cannabis thérapeutique revient sur le devant de la scène »

En 2012, Giovanni Marsicano et son équipe avaient déjà observé que les récepteurs cannabinoïdes ne sont pas seulement présents sur la membrane des cellules, comme on le croyait jusque-là. Certains de ces récepteurs sont également localisés sur la membrane des mitochondries. Cette nouvelle étude intervient après l’identification par l’équipe de récepteurs cannabinoïdes localisés sur la membrane des mitochondries présentes dans les astrocytes. Entre autres fonctions, ces cellules jouent un rôle très important dans le métabolisme énergétique du cerveau : elles captent le glucose dans le sang et le métabolisent en lactate, qui vient nourrir les neurones.

« Etant donné l’importance des astrocytes et de l’utilisation de l’énergie pour le fonctionnement cérébral, nous avons voulu comprendre le rôle de ces récepteurs cannabinoïdes bien particuliers, et les conséquences sur le cerveau et sur le comportement lorsqu’ils sont exposés au cannabis », explique Giovanni Marsicano. Les chercheurs ont alors « exposé » des souris au THC, le principal composé psychoactif du cannabis. Et ils ont observé que l’activation persistante des récepteurs cannabinoïdes mitochondriaux situés dans les astrocytes entraînait une cascade de processus moléculaires menant à un dysfonctionnement du métabolisme du glucose dans les astrocytes.

« Notre étude est la première à montrer que la baisse de sociabilité parfois associée à la consommation de cannabis est la conséquence d’une altération du métabolisme du glucose dans le cerveau. Elle ouvre aussi de nouvelles pistes de recherche pour trouver des solutions thérapeutiques afin de pallier certains des problèmes comportementaux résultant d’une exposition au cannabis. En plus, elle révèle l’impact direct du métabolisme énergétique des astrocytes sur le comportement », précise Giovanni Marsicano.

L’Inserm ajoute qu’à l’heure « où le débat autour du cannabis thérapeutique revient sur le devant de la scène » (sic), les chercheurs estiment que ce type de recherche est nécessaire pour mieux comprendre la manière dont les différents récepteurs cannabinoïdes de l’organisme interagissent avec cette drogue, et si certains d’entre eux sont particulièrement associés à des effets délétères. De tels travaux permettraient en effet d’assurer une prise en charge optimale pour les patients qui pourraient avoir recours à ce type de thérapie. Merci.

A demain @jynau

1 Glucose metabolism links astroglial mitochondria to cannabinoid effects Daniel Jimenez-Blasco , Arnau Busquets-Garcia, Etienne Hebert-Chatelain , Roman Serrat, Carlos Vicente-Gutierrez, Christina Ioannidou,Paula Gómez Sotres, Irene Lopez-Fabuel, Monica Resch, Eva Resel, Dorian Arnouil , Dave Saraswat, Marjorie Varilh, Astrid Cannich, Francisca Julio-Kalajzic, Itziar Bonilla-Del Río, Angeles Almeida, Nagore Puente, Svein Achicallende, Maria-Luz Lopez-Rodriguez, Charlotte Jollé, Nicole Déglon, Luc Pellerin, Charlène Josephine, Gilles Bonvento, Aude Panatier, Beat Lutz, Pier-Vincenzo Piazza Manuel Guzmán, Luigi Bellocchio, Anne-Karine Bouzier-Sore, Pedro Grandes, Juan P.Bolaños and Giovanni Marsicano

Nature, juillet 2020 DOI : 10.1038/s41586-020-2470-y

2 Sociabilité : aptitude à vivre en société. Synon. littér. socialité (dér. s.v. social).

« Que peut devenir la sociabilité humaine entre un prince que le despotisme hébète et un paysan que l’esclavage abrutit? » (Hugo, Rhin, 1842, p. 441).

« Intelligence et sociabilité doivent être replacées dans l’évolution générale de la vie. Pour commencer par la sociabilité, nous la trouvons sous sa forme achevée aux deux points culminants de l’évolution, chez les insectes hyménoptères tels que la fourmi et l’abeille, et chez l’homme » (Bergson, Deux sources, 1932, p. 121).

Gestion de l’épidémie: comment Agnès Buzyn peut-elle affirmer qu’elle a parfaitement œuvré ?

Bonjour

01/07/2018. Toujours la bonne élève et sa petite voix. Une émotion certaine, beaucoup d’hésitations, des souvenirs parfois parcellaires mais aucune faute à se reprocher  : Agnès Buzyn a répondu pendant plus de trois heures, mardi 30 juin, aux questions des députés de la commission d’enquête chargée de faire la lumière sur la gestion de la crise sanitaire liée au coronavirus. Et au final l’impression donnée que l’ancienne ministre des Solidarités et de la Santé (mai 2017-février 2020) a parfaitement agi, amplement anticipé, œuvré comme il convenait. Une forme de parcours difficile, un presque sans-faute, une gestion de qualité supérieure à ce qui a pu être fait dans des pays voisin.

Aucun mea culpa, pas le moindre regret, autant d’affirmations réitérées qui ne coïncident guère avec les dépositions précédentes des autres acteurs. Pour résumer une position de défense personnelle absolue qui lui imposait de dénoncer les failles de certains – comme l’agence Santé publique France, responsable de la gestion des équipements de protection – à commencer par les masques…

Elle a ainsi par exemple expliqué que ce n’était pas non elle qui avait pris la décision de détruire les masques jugés non conformes alors que le stock n’avait pas encore été reconstitué. « Je lui fais totalement confiance et j’assume totalement les décisions qu’il prend », a-t-elle dit à propos du Directeur général de la santé Jérôme Salomon, proche d’Emmanuel Macron, qu’elle avait nommé en 2018.

Désertion du navire de Ségur

Autre faille, majeure, mise en lumière : face à la tornade épidémique qu’elle prévoyait, sa désertion précipitée du navire ministériel le 16 février pour aller porter les maigres couleurs du parti présidentiel afin de tenter de devenir maire de Paris – entreprise finalement calamiteuse. Où est, ici, la réflexion sur la réduction des risques.

« Je quitte le ministère le 16 février. Il n’y a pas eu de cas nouveaux en France depuis neuf jours. (…) La République en marche n’a plus de candidat à la Mairie de Paris. Moi, j’estime que j’ai fait mon travail de préparation du système de santé. (…) Je quitte le ministère avec le sentiment que j’ai fait la bonne préparation

Autre faille, incompréhensible, ses déclarations au Monde, précisément à cet instant , au lendemain du premier tour des élections municipales, sur sa campagne à Paris et son départ du gouvernement. Elle affirmait notamment avoir « alerté le directeur général de la santé » dès le 20 décembre et « envoyé un message au président sur la situation » le 11 janvier. « Quand j’ai quitté le ministère, assurait-elle dans Le Monde, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu. »

Et aujourd’hui cette bien pauvre parade : « Quand la journaliste [Ariane Chemin] m’appelle, je suis intimement persuadée que le deuxième tour ne peut pas se tenir », a-t-elle expliqué aux parlementaires. « Je n’ai pas relu ces propos. Ces verbatim ne m’ont été soumis. » Avant d’ajouter :

« J’avais passé une journée épouvantable. J’étais très fatiguée. On m’accusait sur les réseaux sociaux de n’avoir rien vu venir. C’est tout le contraire. Je me suis battue pendant un mois. (…) Ce que j’ai dit au “Monde” ce jour-là, c’était “arrêtez de dire que je n’ai rien vu”. J’ai tout vu. Cet article laisse penser que je n’ai pas préparé ».

« C’est une sorte de Simone Veil désenchantée »

D’autres propos en défense, brouillons,  suivront : sur les masques, sur les tests, sur le reste, sur son parcours professionnel faisant d’elle l’une des mieux préparées à l’anticipation de la gestion de toutes les crises sanitaires. La preuve : elle aura été la première ministre de la Santé en Europe a organiser une « conférence de presse » sur le sujet (sic). C’était le 21 janvier 2020 lorsqu’elle elle avait expliqué que concernant l’épidémie en Chine : « le risque d’introduction en France de cas liés à cet épisode est faible, mais il ne peut pas être exclu ». Aujourd’hui elle argue de sa réactivité « alors qu’il n’y a pas d’alerte de l’OMS ». Elle explique encore que ce n’est que « le lendemain » de sa conférence de presse que la transmission interhumaine avait été confirmée par l’OMS. Mais encore ?

Elle avait anticipé sur tout, tout préparé à la perfection – avant de tout laisser tomber, de pleurer et de passer les clefs de la maison Ségur à Olivier Véran. Une maison dont on découvrit ensuite que bien des fenêtres étaient en réalité restées ouvertes alors même que la locataire avait prédit le tsunami.  Un exemple marquant : comment comprendre que devant la même commission d’enquête, l’ancien directeur général de Santé publique France, François Bourdillon, a pu affirmer que Santé publique France et la Direction générale de la Santé savaient, dès août 2018, que les stocks de masques étaient en grande partie périmés. Une information qui, selon Agnès Buzyn, ne serait donc pas « remontée » jusqu’à elle pendant un an et demi.

C’est dire s’il reste encore aux députés et aux journalistes beaucoup à découvrir, à comprendre, à soupeser. A commencer par une question jamais posée : pourquoi un(e) ministre « des Solidarités et de la Santé » ? Comment Agnès Buzyn pouvait-elle raisonnablement œuvrer dans un aussi vaste champ incluant notamment l’équilibre de l’ assurance maladie, la réforme des retraites, celle des hôpitaux, le déremboursement de l’homéopathie, la refonte des vaccinations …. et la préparation de la lutte contre tous les risques épidémiques majeurs menaçant le pays.

Olivier Véran est d’ailleurs aujourd’hui exposé aux mêmes risques – et nous avec lui. Il faudrait parvenir, en somme, dans ces sphères, à réduire les addictions au pouvoir pour mieux exercer celui que l’on a l’honneur d’exercer. Trop de responsabilités au sein de exécutif peut tuer l’efficacité. Même chez les bons élèves. Nous saurons bientôt, avec le remaniement du gouvernement, si la tragique leçon aura été tirée par Emmanuel Macron.

Restera, plus tard, à raconter le parcours d’Agnès Buzyn, médecin qui voulut monter et briller en politique et qui, aujourd’hui, doit accomplir un chemin de croix. Ce fut, hier comme le début de l’épilogue d’une série mêlant drame, intrigue politique et pathos individuel « Ça va être dur pour elle. Cette femme a vécu une tragédie. C’est une sorte de Simone Veil désenchantée qui s’est fanée en trois mois. C’est triste », aurait confié un député.

Après elle, ses prédécesseurs au ministère de la santé, Marisol Touraine, Roselyne Bachelot et Xavier Bertrand, seront à leur tour auditionnés par la commission d’enquête. Qu’ont-ils fait ? Que sont-ils devenus ? Combien de regrets ? La série se poursuit.

A demain @jynau

Du cannabis désormais livré comme les burgers Uber : que peuvent Castaner et la police ?

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30/06/2020. C’est à déguster sur Slate.fr : « La crise du Covid-19 a confirmé l’efficacité de la livraison de drogue à domicile » (Julie Profizi) . Où l’on apprend que si les trafics ont chuté pendant le confinement une pratique a néanmoins été mise en lumière: la livraison de stupéfiants chez les consommateurs.

« À la veille des annonces du gouvernement, le 17 mars, face au risque de pénurie, les dealers d’Île-de-France ont dû faire face à une demande exceptionnelle, explique Slate.fr. ‘’J’ai acheté 400 euros d’herbe le lundi’’, lance Paul, un consommateur de 25 ans, habitant dans les Hauts-de-Seine. Une aubaine pour les dealers. «On a fait des chiffres indécents, on a pris pas mal de risques mais avec brio», se félicite H., dealer parisien. Son réseau a enchaîné les livraisons dans la capitale et en proche banlieue pendant plus de 48 heures d’affilée.

Puis le 15 mai, Christophe Castaner, toujours ministre de l’Intérieur, a annoncé au siège de l’Ofast (Office antistupéfiants) une baisse de 30 à 40% des trafics. Néanmoins, le ministre de l’Intérieur a mis en garde contre des «nouvelles pratiques», notamment la livraison à domicile. La vie moderne, en somme avec l’effacement des interdits via la technologie. Les plateformes de commande ont d’abord concerné les consommateurs et consommatrices de drogues comme la cocaïne, des gens aisés ou habitant en centre-ville… Avant de s’élargir au cannabis.

Acheter son équipement aux couleurs de la société 

Pour «des personnes qui ne sont pas à l’aise à l’idée de se rendre dans les fours, ces lieux de deals établis dans des endroits un peu chauds», explique à Slate.fr le sociologue David Weinberger, chercheur à l’Institut national des hautes études sur la sécurité et la justice . Florian, policier de la BAC de Paris, a constaté cette généralisation: «Avant les consommateurs de tout Paris allaient à Saint-Ouen pour acheter leur dose.» Il observe, de fait, une désertion des lieux de deals habituels. Pour David Weinberger, cette nette évolution indique «la professionnalisation des méthodes de vente. Ça se voit en France comme partout dans le monde». 

Le confinement a bousculé la livraison et ses modalités, éprouvant «l’ingéniosité criminelle», selon les mots du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. Chaque déplacement devant alors être justifié avec une attestation, le risque pour les «coursiers» a augmenté. Les doses minimales de commande sont alors passées chez la plupart des distributeurs de 50 euros à 100 euros. 

« Afin de réduire drastiquement le risque de contrôle sur les routes, nombre de «coursiers» ont eu recours au même stratagème: se grimer en livreurs de repas, type Deliveroo ou Uber Eats, rapporte encore Slate.fr 1. Quoi de mieux pour justifier un déplacement lié au travail qu’une grosse enseigne arborée sur le vélo ?  Mieux : certains coursiers sont d’ailleurs de vrais livreurs, qui arrondissent leurs revenus en vendant de la drogue ; une minorité. La plupart travaillent exclusivement pour un réseau de livraison de stupéfiants. Il suffit pour cela d’acheter son équipement aux couleurs de la société  – très facile à trouver d’occasion sur internet.

«Pour nous les dealers, il y a un avant et un après confinement, confie H. à Slate.fr. Ça nous a prouvé qu’on pouvait s’adapter à tout, malgré les risques. Il y a des trucs et des astuces, qu’on gardera bien après le déconfinement.» Les forces de l’ordre sont prévenues : les produits illicites modifiant les états de conscience sont désormais livrés à domicile, un peu après les repas. Que feront les « guetteurs » ? Que pourra faire la police ? A quand la dépénalisation contrôlée du cannabis ?

A demain @jynau

1 Sur ce thème , on lira avec intérêt : « La vente à emporter dans la restauration va-t-elle s’inscrire dans la durée? » (Alexane Pelissou) Slate.fr 30 juin 2020

Les supporters vont-ils devoir s’alcooliser dans les stades pour sauver le sport français ?

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19/06/2020. C’est, bien évidemment, en bonne place dans L’Equipe, quotidien en grande souffrance depuis le début de l’épidémie et la fin des spectacles sportifs : « Un rapport du Sénat propose un assouplissement de la loi Evin ». C’est également sur le site du HuffPost : « Un rapport du Sénat propose d’assouplir la loi Évin pour renflouer les clubs après le Covid ».

A la manœuvre, la sénatrice Catherine Morin-Desailly (UC – Seine-Maritime). Dans un rapport remis à la Commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat, les sénateurs s’inquiètent de voir les dispositifs d’aide mis en place par l’État (chômage partiel, report de charges) prendre fin alors même que « le plan de relance du secteur du sport se fait toujours attendre » et que la question du huis clos (et les retombées économiques qui en découleraient) n’est pas encore totalement réglée.

Pour éviter une catastrophe économique, les élus demandent donc, sans surprise, le maintien des dispositifs mis en place en mars « jusqu’à la reprise effective des compétitions » ainsi que « l’adoption d’un bouquet de mesures permettant de soutenir vigoureusement le secteur du sport ».  Parmi les 10 mesures qu’ils préconisent on retrouve, une fois encore « l’assouplissement de la loi Évin de 1991, qui interdit les boissons alcoolisées dans les stades, ainsi que les publicités encourageant à la consommation d’alcool.

« Les liqueurs comprenant moins de 18° d’alcool »

Aujourd’hui les stades et enceintes sportives ne bénéficient que de dix dérogations par an pour vendre de l’alcool, lesquelles sont accordées par le préfet ou le maire. « Par ailleurs l’interdiction de vente d’alcool ne touche ni les carrés VIP, ni les clubs amateurs, ni les matchs de rugby, assure le HuffPost. Dans le détail, les sénateurs proposent d’autoriser la consommation des alcools comme le vin, la bière, le cidre ou encore les liqueurs comprenant moins de 18° d’alcool et de certaines publicités jusqu’à la fin de la saison 2021/2022, avant une ”évaluation” pour pérenniser ou non le dispositif. »

Selon eux cette modification permettrait de rapporter « entre 30 et 50 millions d’euros aux clubs professionnels » tout en encourageant les supporters à retourner dans les stades une fois les restrictions sanitaires levées. Serait-ce dire que trente ans après sa promulgation la loi Evin doit être à nouveau « détricotée » ? Pour ces sénateurs les arguments sécuritaires et surtout sanitaires qui avaient conduit à son adoption en 1991 seraient « dépassés » :  « les circonstances ont changé du tout au tout depuis une vingtaine d’années, assurent-ils. Les problèmes se concentrent aujourd’hui sur les abords des enceintes sportives où la consommation d’alcool n’est pas contrôlée ». Air connu.

Où l’on voit réapparaître aujourd’hui une hydre bien connue.  Ce n’est pas la première fois que la loi Évin est remise en question sous le mandat d’Emmanuel Macron. En juillet 2019 déjà, 70 députés de la majorité LREM avaient fait beaucoup pour « assouplir » la loi Evin. Eux aussi dénonçaient « l’hypocrisie » de la consommation d’alcool dans les loges VIP et proximité des enceintes sportives. Pourquoi ne pas autoriser l’alcool dans les gradins ? A l’époque l’exécutif avait résisté au nom de la santé publique et d’une certaine éthique sportive. Rien ne dit qu’il en sera de même aujourd’hui, dans ce secteur qui vivait trop souvent bien au-dessus de ses moyens et qui, se découvrant plus que fragile, est prêt à toutes les régressions.

A demain @jynau

Après la guerre de l’hydroxychloroquine, voici que celle du baclofène est soudain relancée

Bonjour

18/06/2020. Comme un lointain parfum poudré, celui de l’hydroxychloroquine. Toutes proportions gardées.  Nous évoquions il y a quelques heures le rebondissement sans précédent sur le front de la lutte médicamenteuse contre la maladie alcoolique : celle du Baclocur (10, 20 et 40 mg) à peine arrivé dans les pharmacies d’officine et aussitôt retiré du marché suite à une décision de justice. Nous ajoutions que, désavouée, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) gardait le silence. Quelques heures plus tard, changement de politique et communiqué de presse annonçant la saisine du Conseil d’Etat. La guerre du baclofène est relancée. Comprendra qui pourra.

« Par ordonnance du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 17 juin 2020, les autorisations de mise sur le marché des spécialités Baclocur (10, 20 et 40 mg) du laboratoire Etypharm sont suspendues à titre conservatoire dans l’attente d’un jugement définitif, résume l’ANSM. Les spécialités Baclocur (10, 20 et 40 mg) ne doivent plus être dispensées. Le laboratoire Ethypharm procède au rappel des lots en pharmacie. La spécialité Baclocur 30 mg n’est pas concernée. L’ANSM va saisir le Conseil d’Etat d’un pourvoi en cassation contre cette décision de suspension en référé des autorisations de mise sur le marché des spécialités Baclocur. »

Contrairement à ce que prescripteurs, pharmaciens et patients pouvaient redouter l’accès au baclofène dans l’alcoolo-dépendance est toujours possible pour les patients dans le cadre de la recommandation temporaire d’utilisation (RTU) via livrer le Baclofène-Zentiva 

Après des années de polémique, la commercialisation du Baclocur avait été accordée en octobre 2018 sous conditions et à doses limitées. La Haute autorité de Santé (HAS) avait finalement donné un feu vert à son remboursement (à hauteur de 15%) en dépit d’un service médical rendu « faible » et d’une absence « d’amélioration du service médical rendu » … Comprendra qui pourra. Texte officiel de la HAS:

« Avis favorable au remboursement pour réduire la consommation d’alcool, après échec des autres traitements médicamenteux disponibles, chez les patients adultes ayant une dépendance à l’alcool et une consommation d’alcool à risque élevé (> 60 g/jour pour les hommes ou > 40 g/jour pour les femmes). Cet avis est conditionné à la collecte de données d’efficacité et de tolérance dans un délai maximal de 3 ans en vue d’une réévaluation.

« Le baclofène, constitue, en association à un suivi psychosocial axé sur l’observance thérapeutique et la réduction de la consommation d’alcool, une option thérapeutique de dernier recours pour réduire la consommation d’alcool chez les patients adultes ayant une dépendance à l’alcool avec consommation d’alcool à risque élevé, ne présentant pas de symptômes physiques de sevrage et ne nécessitant pas un sevrage immédiatement. Le bénéfice potentiel du traitement est conditionné par l’observance du patient.

« Son utilisation doit s’accompagner d’un suivi médical rapproché en particulier pendant la phase de titration. La dose journalière maximale de baclofène est de 80 mg par jour. En l’absence d’efficacité après 3 mois de traitement, celui-ci doit être arrêté de façon progressive. »

La mise en vente le 15 juin est aujourd’hui annulée à la suite de l’action du collectif « Baclohelp » qui avait déposé un référé-suspension auprès du tribunal administratif de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise). Motif de cette action : la dose du traitement limitée à 80 mg par jour, décidée par l’ANSM en raison de « risques accrus d’hospitalisation et de décès » à fortes doses. Or ce collectif et, depuis des années, une fraction des spécialistes de la maladie alcoolique estiment qu’une partie des patients doivent bénéficier d’un traitement compris entre 80 et 300 mg, selon leurs besoins ». ce qui était jusqu’ici toujours officiellement déconseillé mais ouvertement pratiqué. Comprendra qui pourra.

A demain @jynau

Alcoolisme : nouveau et invraisemblable rebondissement dans l’affaire du baclofène

Bonjour

18/06/2020. C’est sans précédent : un médicament à peine arrivé dans les pharmacies d’officine et aussitôt retiré du marché… Au carrefour du soin et de la justice c’est la résultante d’une somme d’incompréhensions, de mauvaises volontés – et, tout bien pesé, du peu d’intérêt que nombre des autorités en charge du médicament portent à la maladie alcoolique, cette délaissée.

Au terme de quelques années de violentes polémiques un médicament contre l’alcoolisme à base de baclofène, le Baclocur, venait d’être autorisé en France et commercialisé à compter du 15 juin. Or la justice a ordonné l’arrêt des ventes, mercredi 17 juin. « Nous apprenons que nos autorisations de mise sur le marché sont suspendues, a annoncé au Parisien (Elsa Mari)  Ethypharm, le fabricant. Ce qui signifie l’arrêt de la commercialisation et le retrait des lots déjà sur le marché. »

La commercialisation du Baclocur avait été accordée en octobre 2018 sous conditions et à doses limitées. Des négociations quant au prix avaient suivi qui conduisirent à l’annonce de sa mise en vente le 15 juin. C’était compter sans l’action du collectif « Baclohelp » qui avait déposé un référé-suspension auprès du tribunal administratif de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise). Motif de cette action ; la dose du traitement limitée à 80 mg par jour, décidée par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) en raison de « risques accrus d’hospitalisation et de décès » à fortes doses. Des éléments vivement contestés par ce collectif et, depuis des années, par une fraction des spécialistes de la maladie alcoolique. Selon eux la quantité de 80 mg par jour est insuffisante pour permettre à une majorité de patients de sortir de cet esclavage addictif.  

Exécutif versus décision de justice

Et c’est ainsi que les juges tribunal administratif de Cergy-Pontoise se sont prononcés en faveur de la suspension de mise sur le marché du nouveau comprimé. Cette mise sur le marché « pourrait faire obstacle à la poursuite du traitement à des doses supérieures à 80 mg », selon l’ordonnance, consultée par Le Parisien. « Il existe un risque très élevé de rupture dès lors que les pharmaciens ne voudront plus délivrer le Baclofène-Zentiva pour l’alcoolodépendance en l’absence d’une recommandation temporaire d’utilisation (RTU). »

« C’est une bonne nouvelle ! a aussitôt réagi auprès du Parisien Thomas Maës-Martin, fondateur de l’association, à l’origine de ce référé. Les patients vont pouvoir poursuivre leur traitement au dosage prescrit par leur médecin, entre 80 et 300 mg, selon leurs besoins. » Le baclofène était en effet autorisé dans le traitement de la maladie alcoolique depuis 2014 grâce à une RTU.

En accordant une autorisation de mise sur le marché au Baclocur, l’ANSM avait souligné que « ce médicament n’est pas anodin et doit être manié avec beaucoup de précautions ». Alors même que son efficacité est jugée sans équivalent par ses partisans, l’ANSM n’a de cesse que de souligner les risques inhérents à sa consommation. Selon elle, le baclofène à fortes doses (plus de 180 mg par jour) ferait plus que doubler le risque de mort par rapport aux autres médicaments contre la maladie alcoolique, et accroît de 50 % le risque d’hospitalisation.

C’est pourquoi l’ANSM avait décidé que le Baclocur ne pouvait être prescrit aux alcooliques qu’à la dose maximale de 80 mg/jour …. et après échec constaté des autres traitements médicamenteux. De plus, en l’absence d’efficacité après trois mois de traitement, il devait être arrêté de façon progressive.

Contactée par Le Parisien l’ANSM est restée silencieuse. Que dira-t-elle demain ? Que pourra, ici, l’exécutif contre une décision de justice ? Que feront, demain, prescripteurs et pharmaciens ?

A demain @jynau

Syndrome d’alcoolisation fœtale: Olivier Véran fera-t-il beaucoup mieux qu’Agnès Buzyn ?

Bonjour

07/06/2020 Qui, au sein du gouvernement, s’intéresse encore au syndrome d’alcoolisation fœtale ? La précieuse revue Prescrire s’intéresse à ce sujet éminemment politique qui ne passionne plus guère les médias généralistes 1. « Une étude portant sur les 28 premiers jours de vie a montré que chaque année en France, des centaines d’enfants naissent avec des troubles graves liés à la consommation d’alcool par leur mère durant la grossesse » résume Prescrire..

Contrairement à ce que certains peuvent tenir pour acquis, tout le monde ne sait pas qu’une femme enceinte qui boit de l’alcool expose son enfant à naître à des conséquences  dont la gravité augmente avec le degré d’exposition. Dans les cas les plus graves, les enfants naissent avec un syndrome spécifique :  dysmorphie faciale et  troubles neuropsychiques peu spécifiques : troubles du comportement, troubles intellectuels et de la mémoire, troubles de l’attention, difficultés d’apprentissage, difficultés scolaires ou sociales, etc.

Il existe aussi des formes dites incomplètes, sans dysmorphie faciale, mais caractérisées par des troubles d’apprentissage et d’adaptation sociale – souvent mis en évidence lors de la scolarisation. Ces formes avec troubles du développement sans dysmorphie faciale seraient dix fois plus fréquentes que les formes complètes.

Femme enceinte, cercle barré : logo souvent inconnu, toujours illisible

Contrairement à ce que certains peuvent tenir pour acquis, tout le monde ne sait pas qu’une femme enceinte qui boit de l’alcool expose son enfant à naître à des conséquences  dont la gravité augmente avec le degré d’exposition. Dans les cas les plus graves, les enfants naissent avec un syndrome spécifique :  dysmorphie faciale et  troubles neuropsychiques peu spécifiques : troubles du comportement, troubles intellectuels et de la mémoire, troubles de l’attention, difficultés d’apprentissage, difficultés scolaires ou sociales, etc.

Il existe aussi des formes dites incomplètes, sans dysmorphie faciale, mais caractérisées par des troubles d’apprentissage et d’adaptation sociale – souvent mis en évidence lors de la scolarisation. Ces formes avec troubles du développement sans dysmorphie faciale seraient dix fois plus fréquentes que les formes complètes.

Femme enceinte, cercle barré : logo souvent inconnu, toujours illisible

Et Prescrire de nous apprendre qu’une étude réalisée en France à partir de dossiers hospitaliers a retrouvé des troubles graves liés à une exposition fœtale à l’alcool chez cinq nouveau-nés hospitalisés au cours des 28 premiers jours de vie pour 10 000 naissances. « Cela représente des centaines de nouveau-nés chaque année, ajoute-t-elle. Ce type d’étude, limitée aux 28 premiers jours de vie, conduit à sous-estimer l’ampleur réelle des conséquences de l’exposition in utero à l’alcool car elle ne permet pas de recenser les enfants dont les troubles du développement sont décelés plus tard, en particulier à l’âge scolaire. »

Où l’on se souvient d’un « scoop » d’Agnès Buzyn. Nous étions en juillet 2018, une éternité. C’était sur franceinfo,  : « Un logo zéro alcool pendant la grossesse sur toutes les bouteilles ». Pour quand ? « C’est pour… je dirais … la fin de l’année … on est en train de négocier’’ ».  Agnès Buzyn précisait alors avoir « obtenu des alcooliers » qu’ils ne s’opposent pas à sa volonté : la mise en place d’un logo « qui explique bien qu’on ne doit boire aucun alcool pendant la grossesse ».

La ministre des Solidarités et de la Santé n’avait pas, alors, rappelé que cette mesure était déjà en vigueur « sur toutes les bouteilles » et ce depuis 2006 – une  décision prise par Xavier Bertrand, alors ministre de… la Santé et des Solidarités 2. Il s’agit depuis douze ans, sur tous les contenants de boissons alcooliques, d’une image minuscule tentant de montrer un profil de femme enceinte associé à un cercle barré. Un logo ou une « phrase d’information » : « La consommation de boissons alcoolisées pendant la grossesse, même en faible quantité, peut avoir des conséquences graves sur la santé de l’enfant ».

A l’évidence ce logo n’avait pas permis que chaque année des centaines d’enfants naissent victimes d’une exposition in utero à l’alcool. Selon les données du « baromètre santé 2017 » présentées par Santé publique France en 2018 quatre femmes sur dix disaient ne pas avoir été informées des risques de la consommation d’alcool (ou de tabac) pendant leur grossesse. Et Santé Publique France d’annoncer, alors, une nouvelle « campagne nationale auprès du public et des professionnels de santé. »

Et Agnès Buzyn d’expliquer, alors, qu’elle s’était emparée du dossier du logo ; un logo qui depuis deux ans n’a pas bougé – souvent inconnu, toujours illisible. Certains évoquent la puissance du « lobby alcoolier », ses relais dans les coulisses de l’Elysée. D’autres accusent un exécutif impuissant. On attend, ici, le ministre Olivier Véran.

 A demain

1 « Syndrome d’alcoolisation fœtale : des données françaises » Rev Prescrire 2020 ; 40 (440) : 433-434. Réservé aux abonnés. ©Prescrire 1er juin 2020

2 « ‘’Alcool zéro’’ pendant la grossesse, un nouveau logo qui existe déjà » Slate.fr 30 juin 2018.

Le cou sous le genou d’un policier pendant 8’ 46’’: mais de quoi George Flyod est-il mort ?

Bonjour

02/06/2020. Un effet connexe de la pandémie ? Les Etats-Unis et quelques capitales dans le monde s’embrasent après la mort filmée de George Floyd, Afro-Américain de 46 ans, il y a une semaine à Minneapolis. Les conclusions de l’autopsie officielle, lundi 1er juin font suite à une étude indépendante et établissent que la victime est morte asphyxiée en raison d’une «pression exercée sur son cou». On apprend dans le même temps que George Flyod présentait des traces de fentanyl et de méthamphétamine. Quel rapport avec les causes premières de la mort ?

Résumons : George Floyd, 46 ans, est mort le 27 mai à Minneapolis après qu’un policier blanc a plaqué son genou sur son cou pendant 8 minutes et 46 secondes – selon les éléments de la plainte criminelle contre l’agent impliqué.

La première autopsie officielle (avant l’indépendante)  concluait que Georges Floyd n’était pas mort de strangulation ou par asphyxie, mais du fait de sa contention au sol, « combinée avec ses problèmes de santé et une intoxication potentielle. » Floyd était atteint d’une pathologie cardiovasculaire. Les premières conclusions indiquaient qu’aucune constatation physique ne permet d’étayer un diagnostic d’asphyxie ou d’étranglement traumatique.

« Homicide involontaire avec circonstances atténuantes »

Puis une autopsie indépendante était arrivée à la conclusion d’une « mort par asphyxie » en raison d’une «pression forte et prolongée», selon l’avocat de la famille de la victime. «Des médecins indépendants ayant mené une autopsie sur M. Floyd ont conclu que le décès avait résulté d’une asphyxie par pression prolongée», a déclaré l’avocat, Ben Crump. Cette pression prolongée «sur son cou a coupé le flot sanguin allant vers son cerveau et la pression sur son dos a entravé sa capacité à gonfler ses poumons».

«Les preuves soutiennent l’asphyxie comme cause du décès et l’homicide comme circonstance de la mort», vient de souligner  lors d’une conférence de presse le Dr Allecia Wilson, médecin légiste de l’université du Michigan, qui a pu examiner le corps de la victime.

«L’effet combiné de l’arrestation et de l’immobilisation de M. Floyd par la police, ses antécédents médicaux et la présence potentielle de substance psychoactive dans son corps ont probablement contribué à sa mort», indiquent les résultats de l’autopsie officielle des autorités locales. L’ancien policier Derek Chauvin, 44 ans, a été arrêté et inculpé «d’homicide involontaire». Il devait comparaître lundi devant un tribunal, mais cette première audience a été reportée au 8 juin.

S’oriente-t-on vers un « homicide involontaire avec circonstance atténuantes » ? Ce serait là un parfait condensé, en somme, de l’Amérique de Donald Trump.

A demain @jynau