Dangers affichés sur les paquets de tabac : pourquoi l’Etat joue-t-il à ce point petit bras ?

Bonjour

« Fumer bouche vos artères » dit-on aux fumeurs – avec, en prime, un beau cliché de jambe amputée. Plus de place pour les cautères. Mais, en prime, un fait divers qui régale la presse régionale, française et européenne. Une histoire de notre époque : celle d’un sexagénaire albanais résidant à Metz (Moselle) et qui affirme s’être reconnu sur un message de prévention utilisé à grande échelle sur des paquets de cigarettes vendus dans l’Union européenne. C’est à lire, à voir et à entendre sur France Bleu (Magali FichterAntoine Barège) et dans Le Républicain Lorrain, (Kevin Grethen) :

« Sa photo s’affiche sur tous les paquets de cigarettes commercialisés en France et au Luxembourg. Peut-être dans l’ensemble des pays de l’Union européenne. Sa photo, disons plutôt celle du moignon de sa jambe gauche. Une image choc comme l’impose depuis 2016 la politique contre le tabac. Mais surtout choquante pour cet Albanais installé à Metz depuis quelques années. Il n’a signé aucune autorisation pour l’utilisation de ce cliché ». Plus curieux encore, il y a tromperie sur le message diffusé : ‘’Fumer bouche vos artères’’  dénonce la marchandise. Or, l’amputation de ce membre n’a aucun lien avec le tabagisme. 

« Le fils du sexagénaire est tombé le premier sur l’image. ‘’Il revenait du Luxembourg. Sans rien nous dire, il dépose une grosse boîte de tabac à rouler sur la table, raconte sa sœur qui joue la traductrice pour son père. On est restés interdits un moment… On n’y croyait pas. » La photo montre un tronc, une jambe coupée assez haut. Ils la connaissent assez pour n’avoir aucun doute. « C’est celle de notre père. Ses cicatrices sont caractéristiques.’’ L’avocat messin de la famille, Antoine Fittante, confirme : ‘’Chaque cicatrice est spécifique, unique. Cet homme a également des traces de brûlures sur l’autre jambe, c’est très net. Un expert n’aura aucune difficulté à identifier l’image.’’

Oublier la fusillade en Albanie

« Depuis son arrivée en France, et son installation auprès de ses enfants parfaitement intégrés, cet homme rêvait d’un appareillage pouvant l’aider à marcher sans béquilles. Et à oublier cette fusillade en Albanie qui l’a estropié à vie en 1997. Il y a cru lorsqu’un orthopédiste l’a envoyé en 2018 vers un spécialiste de l’hôpital militaire Legouest à Metz. Des photos – dont celle diffusée – ont été envoyées pour évaluer les possibilités. Le patient a passé une IRM. ‘’On avait espoir. Vraiment. Mon père vit avec des béquilles depuis plus de vingt ans. Il ne s’était jamais résigné. Il a toujours espéré retrouver de l’autonomie. Pour lui, c’était synonyme d’une nouvelle vie’’, sourit sa fille.

« La petite flamme s’est éteinte en même temps que la découverte de l’image sur les paquets. ‘’On n’a plus jamais eu de retour du médecin de Legouest.’’ Le patricien n’y travaille plus aujourd’hui.

« Les explications de la Commission européenne n’ont pas permis de retracer le parcours de la photo. Parce que ‘’ la personne dont vous nous avez communiqué le nom ne figure pas dans la bibliothèque de ces images destinées aux avertissements de santé’’, a-t-elle répondu. Cela soulève une autre question : quelqu’un a-t-il signé le document de consentement sous un autre nom ? ‘’La commission va devoir me produire ces éléments’’, prévient Me Fittante.

Le Monde et ses « Décodeurs » ont travaillé le sujet et concluent que ce témoignage « souffre de sérieuses incohérences » « La chronologie invalide la version des faits avancée par ce monsieur, sa famille et son avocat, estiment-ils. La présence de ces photographies sur les paquets de cigarettes est obligatoire depuis 2016. Selon la Commission européenne, le choix des quarante-deux images – qui ont été successivement utilisées à partir de 2016 – a été arrêté dès 2014. La directive, diffusée le 10 octobre 2014, inclut la ‘’ bibliothèque de mises en garde assorties d’images à appliquer sur les produits du tabac’’. La photographie de la personne unijambiste fait bien partie de la série, ce qui rend impossible la version du sexagénaire albanais qui affirme que le cliché date de 2018 ».

Interrogée par Le Parisien, la Commission a assuré que la photographie a été acquise et utilisée dans le respect des droits de la personne à l’image, qui ne serait pas le sexagénaire qui s’est exprimé dans la presse : « Nous disposons de l’identité, de l’accord et des droits pour toutes les personnes photographiées pour cette campagne. Au vu des informations dont nous disposons, nous pouvons affirmer sans aucun doute que cet individu n’en fait pas partie. »

Pourquoi en rester là ?

De nombreuses preuves confirment que l’image date d’avant « mai ou juin 2018 » et n’a donc pas pu être prise lors du séjour du sexagénaire à l’hôpital. Des documents officiels émanant de la Commission européenne, ou encore de l’agence suédoise de santé publique et hébergé sur de nombreux sites, par exemple le site spécialisé Tobaccolabels.ca  et datés de 2014, 2015 ou 2016 comportent ainsi la photo en question.

Qui dit la vérité vraie ? Et comment conclure ? Par exemple en observant les limites de ces affichages « sanitaires », l’inefficacité de ces clichés tenus pour effrayer celles et ceux qui sont devenus esclaves de l’addiction au tabac. Des esclaves rapidement devenus insensibles à des images de corps souffrants, horreurs qu’ils ne voient plus, slogans-choc qu’ils ne lisent plus.

Pourquoi en rester là ? Pourquoi jouer à ce point petit bras ? Pourquoi, par exemple, ne pas indiquer sur toute la surface du paquet, le montant exact des taxes prélevées par l’Etat sur ce toxique addictif en vente libre ?

A demain @jynau

C’est alors que Rachida Dati, en marche rapide vers la mairie de Paris, se piqua de crack

Bonjour

On l’avait oubliée. La revoici, cette fois sur le front des addictions. Ancienne garde des Sceaux controversée, aujourd’hui maire du VIIe arrondissement de Paris Rachida Dati entend ravir le trône d’Anne Hidalgo. Mais il lui faut d’abord obtenir l’investiture des Républicains, parti politique en déliquescence. Comment, dès lors, faire parler de soi ? En taclant l’édile et ses proches : par exemple les accuser publiquement de ne pas en faire assez en matière de lutte contre les addictions. Et en dénonçant l’existence d’un insupportable abcès à ciel ouvert : la « colline de crack », non loin de la porte de la Chapelle. L’attaque vient d’être lancée dans « Les Grandes Gueules » (sic) sur RMC-BFMTV.

Rachida Dati aime s’indigner et se plaindre,  dire qu’elle paie de sa personne. Elle nous affirme, ici, qu’elle est montée sur la colline pour mieux voir et comprendre le problème. « Aucun élu n’est jamais allé. Quand j’y suis allé une femme femme y avait accouché là-bas sur place totalement sous crack. J’ai discuté avec tout le monde. Des gens désespérés, des gens malades… Et vous savez ce que c’est la réponse de la mairie de Paris …? Un bus de crack ».

Un-bus-de-crack…. L’affaire somme comme une sale rafale de mitraillette. On entend la distribution gratuite de substance illicite à tous les étages de la sinistre colline. Une salle de shoot sur pneumatiques. Or il faut ici remonter au  projet du « plan crack » de la ville de Paris, en août 2018.  « Il y aurait plus de 8 000 consommateurs de crack à Paris dont 200 à 500 seraient en errance, notamment entre le squat de la Colline à la porte de la Chapelle (XVIIIe), la Goutte d’Or (XVIIIe), la gare du Nord (Xe) et Stalingrad (XIXe), rapportait en août 2018 Le Parisien. Des toxicomanes sans abri en grande souffrance psychique dont la prise en charge est très difficile. ‘’C’est un engrenage : plus ces gens sont en déshérence, plus ils consomment, plus ils dealent pour consommer et les choses empirent » souligne l’adjointe à la Santé (EELV) Anne Souyris. »

Une situation d’autant plus délicate, ajoutait alors le quotidien parisien, que les fumeurs de crack ne peuvent pas avoir accès à la « salle de shoot » près de la gare du Nord qui n’autorise que les drogues par injection. D’où l’idée d’un « bus itinérant permettant l’inhalation » soumise par l’élue à la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca). « Un bus itinérant permettrait d’aller au plus près de consommateurs qui d’eux-mêmes ne se tournent pas vers les institutions et d’entamer un suivi » expliquait-elle.

Les lésions de la toxicomanie sont irréversibles

Une telle expérimentation nécessiterait une modification de la loi. La loi n’a pas changé. Ni Agnès Buzyn ni Anne Hidalgo ne semble vraiment passionnées par le sujet. Toutefois, fin mai 2019, un plan de neuf millions d’euros sur trois ans a  été signé (Le Parisien, Cécile Beaulieu) avec cinq acteurs majeurs (préfectures de région et de police, Ville de Paris, Agence régionale de santé et Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives -Midelca).

Le « bus de crack » évoqué par Rachida Dati est absent de ce plan. En revanche différentes mesures ont été décidées. « Les maraudes médico-sociales sur les points de fixation et dans le métro, notamment sur la ligne 12, auront désormais lieu 7 jours 7. En outre, pour favoriser l’entrée dans les parcours de soins, 80 nouvelles places d’hébergement, pérennes pour les usagers de crack, s’ajouteront aux 72 existantes, précisait Le Parisien. Le renforcement du dispositif Aurore permettra, lui, d’ouvrir 60 places de mise à l’abri à l’hôtel, avant que les hébergements pérennes s’y substituent. Objectif : limiter à tout prix l’errance des toxicomanes, qui bénéficieront, en outre, de salles de repos, à proximité des lieux de consommation. Le plan prévoit également une équipe dédiée à la médiation avec les riverains et la création d’un groupe d’enquêteurs spécialisés dans les stupéfiants, à un niveau intermédiaire entre commissariat de quartier et police judiciaire. »

Annoncé également, un local, de type Caarud (Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour les usagers de drogues), avec une aide médicale et sociale, des sanitaires, où les consommateurs de crack pourront être reçus dans des conditions dignes et salubres. « Dormir quelques heures, cela permet d’espacer les prises, de drogue, soulignait en mai Anne Souyris, qui espère que les accueils de jour contribueront à casser la dépendance des crackeurs. »

Rachida Dati n’a pas parlé de tout ceci.  Restera, pour les auditeurs, un-bus-de-crack…. « Les lésions de la toxicomanie sont irréversibles, croit savoir l’ancienne garde des Sceaux. J’aurais voulu qu’on fasse comme à Strasbourg, qu’on essaye de les sortir de leurs addictions avec un plan médical. Rien n’est fait dans la lutte contre les addictions, c’est là qu’on doit mettre les moyens. Pour sortir les gens de leurs addictions rien n’est fait. C’est une réalité. »

Pour un peu on douterait de sa sincérité.

A demain @jynau

Scandale américain des opiacés : représentation de Tartuffe au Louvre, salle des Antiquités

Bonjour

De l’intérêt de l’adhésivité enrubannée. Mercredi 17 juillet, un journaliste de l’Agence France Presse a pu constater que les panneaux de plusieurs salles du Louvre consacrées aux Antiquités orientales étaient recouverts de morceaux de ruban adhésif pour masquer la mention « aile Sackler », encore gravée sur les plaques. Contactée, la direction du célèbre musée n’était pas en mesure de préciser quand ce masque avait été posé.

« Sackler » :  patronyme de riches mécènes américains accusés, via leur firme pharmaceutique Purdue Pharma d’être directement et gravement impliqués dans ce qu’il est convenu d’appeler la « crise des opiacés » aux Etats-Unis -un scandale sanitaire majeur sur fond de commerce massif de puissants antalgiques addictifs..

Or cette section du Louvre arborait le nom de cette famille américaine depuis un don que cette dernière avait fait en 1996. Le 1er juillet dernier l’association américaine PAIN (acronyme de « Prescription Addiction Intervention Now », « Intervention contre l’addiction aux prescriptions maintenant ») organisait une manifestation devant le Louvre pour  réclamer à la direction de débaptiser cette aile. Menée par la photographe Nancy Goldin, ancienne accro aux antidouleurs, l’organisation milite pour inciter les institutions culturelles à s’éloigner de la famille Sackler, au vu de son rôle dans la crise des opioïdes responsable de dizaine de milliers de morts aux Etats-Unis.

Le président du Louvre, Jean-Luc Martinez, a réagi sur RTL en expliquant que le musée n’a « pas à débaptiser ces salles puisqu’elles ne portent plus le nom de Sackler » : les règles internes à l’institution prévoient que le « nommage » d’une salle dure « vingt ans » maximum, avait-il expliqué. Le nom Sackler ne serait donc plus associé au Louvre, selon lui, depuis 2016. Le musée aurait-il oublié d’effacer les mentions « aile Sackler » sur ses panneaux depuis trois ans ? Interrogé à ce sujet, à tout autre commentaire la direction du musée s’est refusée.

Quirrons le Louvre. Quelques pas et voici la Comédie française. Chef d’œuvre, Acte III, scène 2.

« (…) Tartuffe, tirant un mouchoir de sa poche.

 Ah ! mon Dieu ! je vous prie,
Avant que de parler, prenez-moi ce mouchoir.

Dorine

Comment !

Tartuffe

 Couvrez ce sein que je ne saurais voir.
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées. (…) »

A demain @jynau

Médias et e-cigarette : pourquoi ne pas dire clairement qu’elle favorise l’arrêt du tabac ?

Bonjour

Quel est l’intérêt médiatique de produire du doute dans le public ?

Communiqué de #SOVAPE : « Coup sur coup, deux études de suivi de cohortes publiées cette semaine montrent que le vapotage favorise l’arrêt du tabac. La première menée en France par l’Inserm, publiée dans le JAMA Internal Medicine 1 , montre que l’apparition de la vape en 2010 s’accompagne d’un bond de l’arrêt du tabac chez les fumeurs qui ont choisi ce nouveau produit. Ils ont eu près de 1,7 fois plus de chance d’arrêter de fumer que ceux qui ont opté pour d’autres méthodes. Seconde étude : celle des chercheurs de la Harvard School à Boston, publiée dans Nicotine & Tobacco Research 2. Le suivi de la cohorte PATH de fumeurs américains ayant opté pour la vape entre 2013 et 2015 montre que les vapoteurs au quotidien ont eu 77% plus de succès après deux ans d’arrêt de la cigarette que les fumeurs optant pour d’autres méthodes. »

Commentaire : « En 2010, les ex-fumeurs qui avaient accès à des produits encore rudimentaires étaient plus nombreux à rechuter que ceux qui avaient opté pour d’autres méthodes, mais en 2013, c’est l’inverse, ils avaient plus de chance de succès (HR 0.84) que les autres. Cette évolution est très probablement liée à une évolution majeure du matériel survenue à partir de 2012, l’explosion du nombre de boutiques spécialisées et de la scène d’entraide des vapoteurs. Ces deux études montrent que l’apparition du vapotage a encouragé des fumeurs, au profil plus dur (plus de cigarettes fumées par jour, plus de problèmes psychiques, plus de rechutes précédentes, etc.), à tenter l’arrêt de la cigarette, et que l’évolution technique de la vape a permis à un plus grand nombre d’entre eux de sortir du tabac fumé. »

Tout pourrait donc aller pour le mieux au sein de la Révolution des Volutes. Ce serait compter sans les pincettes de nombreux médias généralistes qui ne parviennent pas à accepter la place prise par la cigarette électronique dans le paysage de la réduction des risques tabagiques. Ainsi ces quelques mots : « L’association SOVAPE appelle à la vigilance quant au traitement de l’information sur le vapotage. Il est en effet malheureux que l’évolution survenue entre 2010 et 2013 démontrée par les données de l’Inserm soit occultée, et que soit passée sous silence l’étude similaire dans son objet publiée dans Nicotine & Tobacco Research. »

L’association évoque notamment ici les traitements effectués  par L’Obs : « Les vapoteurs fument moins de cigarettes mais rechutent plus » ou par 20 minutes  « Les vapoteurs fument moins mais rechutent plus ».  Jusqu’à l’Inserm qui, selon elle, induit la même interprétation dans son communiqué (interrogatif) destiné à la presse :

« La cigarette électronique efficace pour réduire le tabagisme à long terme ? Cette étude porte sur 5400 fumeurs et 2025 ex-fumeurs de la cohorte Constances (2012-2016 ; arrêt du tabac à partir de 2010, année de mise en vente de la cigarette électronique en France). (…) En conclusion, la cigarette électronique permet aux fumeurs de réduire leur niveau de tabagisme ou d’arrêter de fumer, mais cet arrêt ne semble pas toujours durable, il est donc nécessaire de surveiller de près les personnes qui vapotent et conseiller l’arrêt complet du tabac pour limiter le risque de rechute. »

Tromperie sur la présentation

Il faut aussi tenir compte du traitement fait par Le Quotidien du Médecin (Coline Garré): « Utile dans le sevrage, la cigarette électronique présenterait plus de risques de rechute à long terme »  qui cite Ramchandar Gomajee, chercheur à l’Inserm et premier auteur de la publication du JAMA Internal Medicine.

Pour #SOVAPE, présenter les choses comme le fait Le Quotidien est trompeur par rapport à la façon dont les choses ont évolué. « Ce taux de rechute concerne une époque révolue, les dispositifs sur le marché étaient des  »cigalike » peu performants, les commerces spécialisés et les conseils avisés inexistants, sans mentionner l’essor considérable des groupes d’entraide autogérés qui a suivi. Une étude d’épidémiologie sans connaissance des réalités de terrain, notamment des usagers, est susceptible de conduire à de mauvaises interprétations des données. »

« M. Gomajee semble ne pas tenir compte que – selon son étude – les utilisateurs de vape étaient des fumeurs à profils plus durs avec un niveau nettement plus élevé en paquets/années de 16,9 contre 12,9 pour les autres ex-fumeurs, ainsi que des symptômes dépressifs plus prononcés (12,6 versus 10,9), observe Nathalie Dunand, présidente de #SOVAPE. Des indicateurs généralement considérés comme des indices de dépendance plus forte, comme signalé dans la publication. Le commentaire de M. Gomajee rapporté par Le Quotidien semble entrer en contradiction avec les résultats de son étude.

« Répétons-le: dans l’étude de l’Inserm à partir de 2013, les vapoteurs ont moins rechuté que les autres ex-fumeurs. Ceci correspond à un tournant de la technologie avec l’apparition de l’Ego, l’explosion des boutiques spécialisées et le moment où le mouvement d’entraide s’est développé, comme par exemple le Forum  E-cigarette. Brice Lepoutre, son fondateur, sera d’ailleurs au Sommet de la vape le 14 octobre à Paris pour parler de son expérience avec plus de 90.000 participants. »

Pour finir #SOVAPE pose une question :  « Quel est l’intérêt de produire du doute dans le public plutôt que des connaissances ? » C’est une assez bonne question.

A demain @jynau

1 Gomajee R, El-Khoury F, Goldberg M, et al. Association Between Electronic Cigarette Use and Smoking Reduction in France. JAMA Intern Med. Published online July 15, 2019. doi:10.1001/jamainternmed.2019.1483 https://jamanetwork.com/journals/jamainternalmedicine/fullarticle/2737916

2 Sara Kalkhoran, Yuchiao Chang, Nancy A Rigotti, Electronic Cigarette Use and Cigarette Abstinence Over Two Years among U.S. Smokers in the Population Assessment of Tobacco and Health Study, Nicotine & Tobacco Research,

Tabac et mafias : la vérité, bien cachée, de la contrebande de cigarettes en France

Bonjour

On ne répétera pas, ici, avec l’exécutif, que « la lutte contre le tabagisme est un enjeu majeur de santé publique ». Ni que  les récentes augmentations de prix sont présentées comme un puissant levier puissant pour faire diminuer la prévalence du tabagisme.

Rappelons néanmoins qu’en France, le « prix annuel moyen du paquet de vingt cigarettes le moins cher » est passé de 4,90 euros en 2007 à 6,50 euros en 2014 – puis qu’il est resté stable jusqu’aux augmentations de mars 2018 portant le prix du paquet le moins cher à 7,42 euros. Rappelons encore que l’objectif annoncé par le pouvoir exécutif est d’obtenir un prix minimal du paquet de cigarettes à 10 euros en novembre 2020.

Or tous les États ne pratiquent pas cette politique d’augmentation des prix de façon identique et il existe de fortes disparités géographiques, en Europe notamment. C’est ainsi que le prix moyen du tabac en France continentale est supérieur à celui dans les pays limitrophes : quand il était à 6,81 euros en France il était à 4,52 en Espagne, à 4,76 en Italie, à 5,4è  en Allemagne, à 4,60 au Luxembourg et à 5,88 en Belgique et à …. 8,83 au Royaume-Uni.

Conséquence : une partie des fumeurs résidant en France continentale s’approvisionnent à l’étranger pour des raisons économiques. En toute légalité (ce qui n’est pas sans ruiner la logique préventive défendue par la ministre en charge de la santé).

Cigarettes sans frontières

Officiellement  un citoyen français peut ainsi acheter du tabac manufacturé dans un État membre de l’Union européenne puis le rapporter à son retour en France. Mais à la condition que ce tabac ait été acquis pour sa consommation personnelle (ses «besoins propres») et que le transport soit assuré par ses soins. Dans ce cas il n’aura pas à remplir de déclaration ni à payer de droits et taxes. Le « seuil indicatif » (sic) est fixé (depuis septembre 2014) à 800 cigarettes manufacturées (quatre cartouches) et 1 kg de tabac à rouler lors du passage de la frontière.

« Est réputée détenir des tabacs manufacturés à des fins commerciales au sens du 4° du 1 du I de l’article 302 D toute personne qui transporte dans un moyen de transport individuel affecté au transport de personnes plus de : 1° Huit cents cigarettes ; 2° Quatre cents cigarillos, c’est-à-dire de cigares d’un poids maximal de trois grammes par pièce ; 3° Deux cents cigares, autres que les cigarillos ; 4° Un kilogramme de tabac à fumer. »

Or voici une publication de Santé publique France qui ne manquera pas d’interroger, sinon de faire sourire les informés : « Lieux d’achat du tabac entre 2014 et 2018 : résultats du Baromètre de Santé publique France » 1. On y enseigne qu’en 2018, parmi les adultes (sic), 77,8 % des fumeurs de cigarettes (manufacturées ou roulées) ont déclaré avoir acheté leur tabac dans un bureau de tabac en France lors de leur dernier achat. Cette proportion est stable par rapport à 2014 (78,7 %) mais en diminution par rapport à 2017 (81,3 %).

La part de ceux ayant réalisé leur dernier achat dans un pays limitrophe était de 16,4 % en 2018 (proportion non significativement différente de celle observée en 2014 et 2017), ce taux étant plus élevé dans les régions Grand‑Est et Hauts‑de‑France. En 2018, toujours parmi les adultes (re-sic), 44,3 % des fumeurs de cigarettes ont déclaré avoir acheté du tabac à l’étranger au moins une fois au cours des douze mois précédant l’enquête.

Mais comment accorder  crédit à de tels résultats fondés sur les données des enquêtes Baromètre de Santé publique France (« enquêtes aléatoires en population générale réalisées par téléphone ») ?

Les auteurs eux-mêmes soulignent que les flux transfrontaliers « sont entachés des phénomènes illégaux de contrebande ». « Le fait qu’il soit difficile de distinguer achats transfrontaliers légaux et contrebande rend très compliquée l’estimation de la part de cette dernière dans les flux, ajoutent-ils. Elle aurait représenté environ 6 % de la quantité de tabac consommée en France en 2010 ».

D’autres parviennent sur le même sujet à d’autres chiffres : ainsi le dernier rapport STELLA publié par le cabinet KPMG,  révèlait il y a peu que 28,4% des cigarettes consommées en France en 2018 n’ont pas été achetées auprès d’un buraliste français – soit une hausse de 3,8 points par rapport à 2017.

 « Ces 28,4 % de marché parallèle pour 2018 se décomposent de la façon suivante : 14,4 points correspondent à de la contrebande et de la contrefaçon (13,1 en 2017) 14 points correspondent à des achats frontaliers ou ailleurs à l’étranger, dans le cadre des limites autorisées ou pas (11,5 en 2017). Dans le segment « contrebande et contrefaçon », la contrefaçon est pratiquement triplée par rapport à l’année précédente. Elle représente un volume de 2,3 millions de paquets. Cette année, le rapport KPMG Stella a été réalisé, avec la même méthodologie que les années précédentes, pour le compte de Philip Morris. »

Achats de cigarettes à la sauvette

Eric Sensi-Minautier, directeur des affaires publiques pour BAT Europe de l’Ouest – et porte-voix de Big Tobacco :  

« Cette hausse des achats hors réseaux est le résultat de la politique de choc de prix initiée en 2018 par le gouvernement, visant à porter progressivement le paquet de cigarettes à 10 € d’ici à 2020. La politique de choc fiscal engagée par le gouvernement français fait le bonheur des pays voisinsEt ce n’est que le début. Les achats transfrontaliers et la contrebande continueront à croître inéluctablement tant que la France poursuivra une politique fiscale déconnectée de celle de ses voisins. »

Big Tobacco Europe rappelait aussi que la France métropolitaine compte sept pays frontaliers qui proposent tous des prix moins élevés pour les cigarettes – sujet sanitaire majeur jamais abordé lors des élections européennes. Et BAT France d’en appeler à la ministre de la Justice d’accélérer la publication du décret visant à verbaliser les achats de tabac à la sauvette.

« L’objectif des augmentations du prix du tabac étant de dissuader de son usage, les achats transfrontaliers dans des pays où son prix est inférieur pourraient atténuer l’effet de telles politiques, osent écrire les spécialistes de Santé publique France. En ce sens, il paraît bénéfique d’harmoniser les prix du tabac en Europe et, à défaut, il est important de mesurer régulièrement des indicateurs relatifs aux lieux d’achat de tabac. » C’est ce qui s’appelle, au choix, avancer à petit pas ou, plus simplement, baisser les bras. 

A demain @jynau

1 Andler R, Guignard R, Lermenier‑Jeannet A, Richard JB, Pasquereau A, Quatremère G, Nguyen‑Thanh V et le groupe Baromètre de Santé publique France 2017. Lieux d’achat du tabac entre 2014 et 2018 : résultats du Baromètre de Santé publique France, 2019. 8 p.

Cigarette électronique : l’Inserm, spécialiste de l’ouverture mécanique du grand parapluie

Bonjour

C’est un modèle du genre, glané par Vapyou. Un texte signé par Bertrand Nalpas, directeur de recherche à l’Inserm et responsable éditorial du site www.maad-digital.fr 1. Un spécialiste des addictions. Il revient sur la récente annonce de Santé Publique France : près de 700 000 personnes ont arrêté de fumer du tabac en l’espace de sept ans grâce à l’aide de la cigarette électronique. Et sur le fait qu’en France l’édition 2017 de l’enquête ESCAPAD (réalisée lors de la journée d’appel à la défense) établit que 52% des jeunes de 17 ans ont expérimenté la e-cig, 18,6% l’utilisant au moins une fois par mois et 1,9% quotidiennement. Ces derniers sont également fumeurs dans 60 % des cas. Rappelons que la vente aux mineurs de l’e-cigarette et des recharges est interdite depuis mars 2014.

Que nous dit ce spécialiste ? Il glose longuement sur le e-liquide « qui contient d’une part de la nicotine et d’autre part des arômes ».

La nicotine :

« La nicotine présente dans le e-liquide est identique à celle du tabac. Une étude menée sur 16 sujets n’ayant jamais vapoté ni fumé auparavant a montré que le taux de nicotine dans le sang augmente dès les premières bouffées de e-cigarette et est fonction de la teneur en nicotine du e-liquide. Après 10 bouffées d’un liquide contenant 36 mg de nicotine par ml, la nicotinémie atteignait celle obtenue en fumant une cigarette. Les taux atteints étaient légèrement moindres pour le e-liquide titré à 18 mg/ml. Les dispositifs évoluent rapidement et toujours vers plus de puissance, les e-cigarettes les plus récentes délivrent la nicotine de 1,2 à 2,7 fois plus vite que celles des générations précédentes. 

La nicotine délivrée par la e-cigarette entretient donc la dépendance à cette substance présente chez le fumeur et pourrait provoquer la dépendance chez le non-fumeur. Cette hypothèse est renforcée par les données épidémiologiques montrant une bascule de la e-cigarette vers la cigarette standard dans une proportion non négligeable de cas ; cela pourrait être dû au développement d’une accoutumance à la nicotine, le besoin d’augmenter les doses ne pouvant être satisfait par le e-liquide dont la teneur en nicotine est limitée. Ce d’autant qu’un travail récent portant sur 16 sujets fumeurs a montré que la perception de la nicotine dans le e-liquide échappait à 6 d’entre eux lorsque celle-ci était inférieure à 12 mg/l. En France, la teneur maximale de nicotine dans un e-liquide libre à la vente est fixée à 20 mg/ml. »

Les arômes et les agents de saveur.

Il explique que « les e-liquide sont déclinés avec plusieurs centaines de goût différents ». Et se penche sur le menthol, le diacétyl et le 2-3 pentanedione. Quant aux « agents de saveurs des e-liquide », il souligne qu’ils sont un des facteurs majeurs d’attraction des jeunes vers la e-cigarette. 

« De nombreux travaux portant sur la toxicité pulmonaire des agents de saveur continuent d’être menés. La plupart utilisent des modèles de culture de diverses cellules sur lesquelles sont ajoutés des agents de saveur à des concentrations variées. La viabilité des cellules ne semble pas affectée, par contre ces agents déclenchent une inflammation qui fragilise la barrière épithéliale pulmonaire (= surface protectrice), ce qui facilite le passage de microparticules vers le sang. D’autres travaux ont montré que la viscosité du mucus pulmonaire était augmentée, entravant le bon fonctionnement des cils bronchiques qui permettent l’évacuation des sécrétions et des particules polluantes. Ces résultats obtenus in vitro et, pour la plupart d’entre eux, par ajout direct de l’agent, doivent être confirmés par d’autres manipulations administrant le produit sous forme d’aérosol. »

Enfin, après avoir affirmé que « le vapotage passif, cela existe », le spécialiste conclut en ces termes :

Point n°1. « Même si les conséquences de son utilisation à long terme ne sont pas encore connues, les données actuelles montrent que la e-cig est moins nocive que le tabac du fait entre autres de l’absence de goudrons, ce qui réduit considérablement le risque de pathologie des bronches et de cancer du poumon »

Point n° 2. « La démonstration définitive de l’efficacité de la e-cigarette comme outil de sevrage tabagique est encore en attente mais les premières enquêtes montrent qu’elle aide de nombreux fumeurs à arrêter le tabac. Du point de vue addictologique, la question qui se pose est celle du maintien de la dépendance à la nicotine avec la e-cigarette, et les données à cet égard sont manquantes ». 

Point n°3. « En revanche, chez les non-fumeurs et plus encore chez les jeunes, les études épidémiologiques disponibles [études non citées et affirmation contestée] soulignent que l’utilisation de la e-cig augmente le risque de bascule vers la consommation de tabac et il ne peut être exclu que le vapotage, même exclusif, puisse générer une dépendance problématique à la nicotine ».

« Ne pas pouvoir exclure » … Où l’on voit, ici, qu’un résultat majeur de santé publique (l700 000 personnes qui ont arrêté de fumer du tabac en l’espace de sept ans grâce à l’aide de la cigarette électronique) ne pèse que peu de poids face à l’hypothèse de la dépendance nicotinique débarrassée des goudrons et autres toxiques…. Le titre du papier de Bertrand Nalpas sur maad-digital.fr était : « Pour y voir plus clair dans toute cette fumée ». C’est raté.

A demain @jynau

1 « Un nouveau site web sur les addictions élaboré pour et par les jeunes ! »

Maladie alcoolique. L’exploit de Renaud : depuis six mois il est au Bitter San Pellegrino®.

Bonjour

Est-ce aider la personne « qui a un problème avec l’alcool » que de l’interroger sans cesse sur son addiction ? C’est la question que nous posent certains médias, depuis des années, avec le chanteur Renaud. Aujourd’hui c’est Le Parisien (Eric Bureau) qui s’y colle : « Renaud : ‘’J’ai toujours eu envie de vivre’’. Le chanteur, qui n’a pas parlé depuis près de deux ans, nous a accordé un entretien exceptionnel. Il évoque ses soucis de santé, sa vie quotidienne et son nouvel album à l’automne. »

Un grand classique entre Avignon et L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse). L’homme ne veut pas parler. Le journaliste insiste. C’est gagné. «  Renaud, désormais âgé de 67 ans, était en confiance, chez des amis, entouré de ses deux assistants, Bloodi et Pierre, que nous venions rencontrer dans le cadre d’une série d’été sur les collaborateurs des stars. Mais deux surprises nous attendaient : Dave, dont l’auteur de ‘’Mistral gagnant’’ produit l’album et a composé l’un des titres ».

Souvenons-nous. « Renaud n’avait pas donné d’interview ni de nouvelles depuis deux ans. Après la Fête de l’Humanité, en septembre 2017, il est retourné dans l’ombre. Il faut dire que la lumière avait été très forte. Après le succès phénoménal de son album « Renaud » – numéro un des ventes en 2016, avec 772 000 exemplaires écoulés –, il a donné 120 concerts à guichets fermés pendant un an. »

« Cirrhose ravageuse »

Et puis le dossier médical : deux cures de sevrage en 2018. Que s’est-il passé en 2019 ?

« Je me suis cassé en janvier les deux radius, les deux cubitus, les deux poignets. J’ai porté des attelles pendant deux mois, je ne pouvais plus rien faire, plus manger, plus signer un autographe. Mais ça va mieux. J’ai de la rééducation tous les matins. J’ai toujours eu envie de vivre, malgré ce que disent les journaux people, qui me voyaient mourant et annonçaient une cirrhose ravageuse, qui allait m’emporter dans les six mois, puis dans les trois jours. Ils ont inventé aussi une grève de la faim, n’importe quoi. Je n’ai jamais autant mangé de ma vie depuis six mois. »

Le Parisien lui demande alors s’il est vraiment « à l’eau ». « Oh oui, depuis six mois ! Ça, c’est un exploit. Je suis toujours entouré de copains qui boivent. Modérément, mais qui boivent. Mais moi je ne bois pas. Je suis au bitter San Pellegrino. » Le bitter San Pellegrino® est une boisson sans alcool élaborée à partir d’infusion de plantes amères en provenance des Alpes. Le nom italien est le « Sanbittèr ». C’est une boisson de couleur rouge vif que l’on boit pure ou en cocktail. Compter 63 calories pour 100 grammes.

A demain @jynau