Mineurs, tabac et jeux d’argent : les buralistes ne respectent pas la loi. Qui s’en plaindra ?

 

Bonjour

Rien de plus parlant qu’un bureau de tabac-café-presse-PMU. Rien de plus chaleureux, parfois. Rien de plus addictif. Rien de plus beau tableau pouvant refléter une réalité pathologique légalement entrentenue– un bon clinicien a tout compris en quelques minutes. Ce sont là des espaces officiellement respecteux des lois qui justifient leur existence et leurs commerces.

On compte environ 25 000 buralistes en France – des commerçants indépendants et préposés de l’administration. « C’est l’Etat qui délègue la vente du tabac à ces professionnels, dans le cadre d’un monopole (chaque buraliste signant un traité de gérance avec Les Douanes), expliquent-ils.  Une particularité qui explique que la profession commercialise aussi des produits réglementés comme les timbres fiscaux, les jeux de la Française des Jeux et du PMU, ou encore des produits de La Poste. »

Et puis ce papier du Monde (Denis Cosnard) qui nous apprend que pour un adolescent, acheter dans un bureau de tabac un ticket réservé aux adultes est un jeu d’enfant. « La loi n’est absolument pas respectée. C’est ce qui ressort des campagnes de test effectuées par la  ‘’Française des jeux’’ dont les résultats sont dévoilés dans un rapport parlementaire publié jeudi 14  décembre. Des chiffres si alarmants que la direction de l’ entreprise publique appelle aujourd’hui l’Etat à intervenir. »

« La Française des jeux, connue pour le Loto, l’ Euromillions , Illiko , etc., réalise régulièrement des opérations de  » testing  » chez ses détaillants. Quelques centaines de points de vente sont mis à l’ épreuve chaque année . Des adolescents de 16 ou 17 ans tentent d’acheter un jeu d’argent, ou de parier sur un résultat sportif ,  sous la  surveillance d’inspecteurs de l’entreprise. Le bilan est éloquent. En  2016, le taux de -conformité n’atteignait guère plus de 22  %, souligne le rapport des députés Olga Givernet (LRM) et Régis Juanico (PS). » 

«  » Autrement dit, 78  % des points de vente ne respectaient pas l’interdiction de vente auxmineurs.  » ( …) Près de deux détaillants sur trois ferment toujours les yeux. Face à un adolescent, ils font comme s’ils avaient affaire à un jeune adulte, et ne demandent pas de carte d’ identité pour vérifier. » 

Or les jeux d’argent sont interdits aux mineurs depuis un décret de 2007. En pratique , cet interdit n’est guère respecté. En  2014, près de 33  % des jeunes de 15 à 17 ans interrogés par l’Observatoire des jeux déclaraient avoir joué à un jeu d’argent ou de hasard au cours de l’année. Un constat déjà établi par  la Cour des comptes en  2016. Un constat que l’on retrouve, dramatiquement, pour les ventes de tabac. Un constat dont l’exécutif ne se soucie pas ; mieux : qu’il refuse de voir. On pourrait, démocratiquement, se demander pourquoi la loi n’est pas respectée par cette profession réglementée dans ces espaces à ce point réglementés.

A demain.

Tabac « chauffé » : en Grande-Bretagne, il est nocif pour la santé ; en France on se tait. 

Bonjour

C’est une information importante qui vient d’être diffusée par la BBC : « Heat-not-burn tobacco ‘is a health risk’ ». Selon The Committee on Toxicity (Cot) , organisme scientifique indépendant en charge de conseiller le gouvernement et les institutions sanitaires britanniques, les produits du tabac «chauffés et non brûlés» sont nocifs pour la santé – et ce quand bien même ils pourraient apparaître (ou être vantés) moins dangereux que les cigarettes ordinaires (tabac « brûlé »).

The Cot estime que ces dispositifs produisent «un certain nombre de composés préoccupants», dont certains sont cancérogènes. Une conclusion conforme à celle des spécialistes suisses, indépendants de Big Tobacco, qui se sont penché sur ce sujet : « Heat-Not-Burn Tobacco Cigarettes – Smoke by Any Other Name » (Reto Auer, Nicolas Concha-Lozano ; Isabelle Jacot-Sadowski et al).

L’affaire n’est pas sans perversité. Elle a émergé en France en avril dernier. Philip Morris y annonçait alors « pour convaincre les fumeurs » d’arrêter la cigarette l’arrivée d’un système électronique de tabac à chauffer vendu chez les buralistes sous la marque IQOS et ses recharges « Heets ». Un objet présenté comme étant à « moindre nocivité » par rapport au tabac.

Mutisme officiel

Un objet sur lequel les autorités sanitaires françaises restaient étrangement muettes. Le Figaro :

« Révolution en vue dans les débits de tabac français. Obligés de ne vendre que des paquets neutres depuis janvier, les buralistes vont commercialiser dans les prochaines semaines un produit destiné… à remplacer la cigarette: IQUOS, un système électronique chauffant des sticks de tabac mais sans les brûler.

 « Son inventeur est le propriétaire de Marlboro, Philip Morris International, qui détient plus de 40 % du marché des cigarettes en France. Le groupe assure avoir investi 3 milliards de dollars depuis 2008 pour développer des produits du tabac moins nocifs, dont IQOS est le plus prometteur. Avec ce système, pas de fumée, pas de cendre, pas d’odeur, mais une sensation proche de celle de la cigarette. »

Cigarette électronique

Et les autorités sanitaires françaises, alors,  de laisser libre cours aux allégations de l’inventeur-commerçant. Comme celle-ci : « En brûlant des matières organiques à 800 ou 900 °C, on crée de la fumée avec plus de 6000 composants, dont certains (93 selon les autorités de santé américaines) peuvent avoir des effets nocifs sur la santé des fumeurs. En chauffant le tabac à moins de 300 °C, nous limitons significativement, voire évitons l’apparition de ces composants ».

Rien, depuis, n’a changé. Face au pragmatisme britannique, le silence et l’immobilisme français. Il en va de même pour la cigarette électronique, conseillée aux fumeurs par Public Health England , inconnue des autorités sanitaires françaises. Où l’on perçoit, une nouvelle fois, les dégâts que peut causer l’absence chronique d’une véritable politique de réduction de risques.

A demain

Populisme : le «Bar-Tabac-Loto Le Salutaire » s’invite dans notre Hémicycle démocratique

Bonjour

Elle aura fait le buzz, sur les réseaux sociaux et aux comptoirs, cette intervention du remuant François Ruffin journaliste devenu député (La France Insoumise, Somme). Il a a pris, hier, la parole devant ses collègues de l’Assemblée nationale – à l’occasion d’un débat sur le football professionnel et en portant le maillot de la commune d’Eaucourt-sur-Somme.

Le « Bar-Tabac-Loto Le Salutaire » peut-on voir sur les infinies duplication de la vidéo. « Aux couleurs de l’un de ces bar-tabacs ruraux ou de quartiers qui aident les équipes de sport locales, observe le site des buralistes français. Le sport du peuple, la proximité des joies simples et de l’exploit pour soi. Et un rappel au règlement, avec perspectives de sanctions, pour le député.

Cette sanction est aujourd’hui connue : « un rappel à l’ordre avec inscription au procès-verbal » (que le député pourra contester devant le bureau de l’Assemblée) lui vaudra d’être privé, pendant un mois, de 1.378 euros, soit le quart de l’indemnité parlementaire. Résumons : l’élu LFI de la Somme, qui avait coécrit en 2014 « Comment ils nous ont volé le football – la mondailisation racontée par le ballon » , est monté en fin de matinée à la tribune de l’Assemblée et a enlevé son pull pour dévoiler le maillot vert de « l’Olympique Eaucourt ».

 Voulant prendre le contre-pied (sic) de la ministre Laura Flessel qui selon lui « n’a parlé de sport qu’en termes de compétitivité, comme un trader  », François Ruffin a narré la vie des bénévoles « qui lavent, plient et rangent les maillots pour pas un rond », en vantant « le don de soi dans une société où tout se marchande  ».

Pause déjeuner et contre-pied 

Cet épisode n’a pas plu au président de séance Hugus Renson (LREM) qui a rappelé à son collègue, au terme de son intervention, « le respect dû à nos débats qui implique une tenue correcte qui soit digne des lieux ». « Vos extravagances vestimentaires ne rendent pas hommage au travail que nous devons mener dans cet hémicycle », a-t-il lancé, avant de suspendre la séance pour la pause déjeuner.

A la reprise de la séance à 15 heures, le député est revenu avec son maillot, provoquant la suspension immédiate des débats. Au terme d’une vingtaine de minutes le président de l’Assemblée François de Rugy (LREM) est intervenu pour infliger cette sanction au député, estimant que son comportement « relève d’une provocation ».

François Ruffin a répondu être « très fier de faire entrer dans l’hémicycle le visage de tous les gens des petits clubs », avant de remettre son pull « en apaisement ».

Le sport du peuple… la proximité des joies simples… l’exploit pour soi…. Tout cela fait le « buzz » – y compris sur les sites de luxe, généralement inconnus des bars-tabac-loto. C’était le but. Il est marqué. Et le score est déjà oublié.

A demain

 

«Idole française» le chanteur Johnny Hallyday aura-t-il des obsèques nationales ? 

Bonjour

Comment raison garder ? Le Monde après le Palais de l’Elysée. Nuit du 5 au 6 décembre 2017 : mort du chanteur Johnny Hallyday,  74 ans. Avant l’aube la France était en deuil et les médias sont à l’unisson. Le Palais de l’Elysée a été le premier à réagir. « On a tous en nous quelque chose de Johnny Hallyday, a déclaré Emmanuel Macron, dans un long communiqué publié toutes affaires cessantes. De Johnny Hallyday, nous n’oublierons ni le nom, ni la gueule, ni la voix, ni surtout les interprétations, qui, avec ce lyrisme brut et sensible, appartiennent aujourd’hui pleinement à l’histoire de la chanson française. Il a fait entrer une part d’Amérique dans notre Panthéon national. » Suite de l’hommage présidentiel :

 « A travers les générations, il s’est gravé dans la vie des Français. Il les a conquis par une générosité dont témoignaient ses concerts : tantôt gigantesques tantôt intimes, tantôt dans des lieux démesurés, tantôt dans des salles modestes (…) Il n’a jamais vieilli parce qu’il n’a jamais triché. Parce qu’il est resté simple et amoureux de la vie. Et parce qu’il savait que le secret pour ne pas vieillir est d’avoir plusieurs vies. »

« Jusqu’au bout, libre dans sa tête, il aura été cette présence familière, cette voix tant de fois imitée, cette personnalité osant vivre pour le meilleur, et communiquant une énergie fraternelle à ce public qui en retour lui criait : Que je t’aime. Ce public aujourd’hui est en larmes, et tout le pays est en deuil. »

Dans la matinée on ne comptait plus, dans la foulée présidentielle, le nombre des réactions et des hommages. Oubliée, déjà, la mort (la veille) de Jean d’Ormesson. On attendait Le Monde. Le voici : c’est une pleine Une, pleine majesté « Johnny Hallyday une idole française » (photographie de 1965) associée à un Plantu tricolore. Plus fort encore : un cahier spécial de huit pages. Remarquable. Symptôme éclairant. On peut aussi, pour comprendre qui fut celui qui vient de disparaître, lire, sur Slate.fr, « Johnny Hallyday, le demi-dieu d’une ‘’autre France’’» signé de notre ami et confrère ex-Monde  Philippe Boggio.

Edith Piaf

Hier, le même Monde, une Une plus modeste : « Jean d’Ormesson, un familier du passé devenu idole du temps présent ».  Que d’idoles… Nous évoquions ce matin l’étrange phénomène qui n’est pas, toutes proportions gardées, sans rappeler la mort de Jean Cocteau, comme effacée par celle d’Edith Piaf. C’était en octobre 1963. Parlait-on, alors d’idole ? Voici ce que publia, sans supplément, Le Monde du 12 octobre,  sous la signature de Claude Sarraute :

« Édith Piaf est morte vendredi matin à 7 heures à son domicile parisien, des suites d’une hémorragie interne. Se trouvant jeudi à Placassier, près de Grasse, où elle séjournait avec son mari, Théo Sarapo, elle fut prise de convulsions un peu avant minuit. Sur les conseils de son médecin personnel, elle a été transportée immédiatement par la voie aérienne à Paris et conduite à son hôtel particulier.Consciente jusqu’à 2 heures du matin, elle a ensuite sombré dans le coma, dont elle n’est pas sortie jusqu’à sa mort. Seuls étaient à ses côtés son médecin, une infirmière et son mari. Édith Piaf aurait eu quarante-huit ans le 29 décembre.

« Un visage, deux longues mains diaphanes, le reste n’était qu’ombre. Et voix. Une voix à casser tous les micros, rauque, immense, déchirant à pleines dents des textes dune navrante banalité qu’un simple geste du doigt savait rendre poignants. Il y avait tant de sûreté dans sa démarche de condamnée, tant de science dans ses attitudes de somnambule, que personne n’aurait osé mettre en doute son infaillibilité.

 « C’était le type même du monstre sacré. À la ville comme à la scène. Sa légende, Édith Piaf l’entretenait sans peine. Elle n’avait qu’à être elle-même : une  » môme  » de Paris, solide sur ses petites jambes maigres, infatigable malgré se pauvre petite mine éternellement chiffonnée, rieuse malgré la détresse qui se lisait dans son regard noyé de brumes. Ceux qui l’ont connue se rappelleront les étranges soirées passées avec quelques fidèles – toujours les mêmes – dans son hôtel particulier du boulevard Lannes.

Elle s’y réveillait vers 5 heures de l’après-midi, la bouche encore pleine de cauchemars, les cheveux en bataille, et entraînait ses proches dans une ronde délirante, inspirée, tyrannique, épuisante, qui se poursuivait autour d’un piano jamais fermé jusqu’aux petites heures du matin.

 « Généreuse avec cela, donnant d’une main l’argent qu’elle prenait de l’autre. Sans compter. De toutes les vedettes françaises la mieux payée, elle menait naguère une existence faussement dorée. Malgré son cuisinier chinois, ses femmes de chambre, ses chauffeurs, ses voitures, ses secrétaires, ses robes dessinées par les plus grands couturiers, ses mirobolants contrats, on ne s’y trompa jamais. Et ce qui, en définitive, restera dans les esprits c’est cette détresse physique et morale qui fut siennes au cours de ces toutes dernières années.

Épuisée par la maladie, presque ruinée, elle revenait toujours, dans un nouvel élan, vers ce public auquel elle devait tant, s’accrochant encore une fois à la vie, à l’amour, au mariage même. Elle avait beau faire, cependant : la misère de son enfance lui collait à la peau.

 De Damia à Johnny

 « C’est dans la rue qu’elle est née, à Belleville, le 19 décembre 1915. (…) Comprise, aidée par Raymond Asso et Marguerite Monnod, elle cherche et trouve ce répertoire  » vériste  » qui fit son succès : Mon légionnaire, Padam, l’Hymne à l’amour, la Vie en rose, le Clown, la Foule, Non, je ne regrette rien ; autant d’étapes dans cette marche triomphale. Marche qui s’était un peu ralentie au cours des dernières années. Elle tournait au calvaire. De rechute en guérison, de repos forcé en retour prématuré, Édith Piaf, obstinément, courageusement, se sera battue jusqu’au bout pour rester fidèle au rendez-vous que lui fixait chaque soir cette  » foule  » à qui elle aura tout donné.

 « Après Damia nous avons eu Piaf. Je ne vois aujourd’hui personne pour prendre la lourde relève de ce nom-là. Elle restera, dans notre souvenir, unique, irremplaçable, tragique petite figure de proue de la chanson française. »

Non pas une idole mais un simple monstre sacré. Comme Johnny Hallyday. Le Palais de l’Elysée, alors, resta muet.

 A demain

Quand Johnny Hallyday (1943-2017) parlait de ses alcools forts, de la coke et de la drogue dure

Bonjour

Nuit du 5 au 6 décembre 2017 : mort du chanteur Johnny Hallyday,  74 ans. Avant l’aube la France est en deuil et les médias sont à l’unisson. Le Palais de l’Elysée a été le premier à réagir. Un hommage national est évoqué. « On a tous en nous quelque chose de Johnny Hallyday, a déclaré Emmanuel Macron, dans un long communiqué publié toutes affaires cessantes. De Johnny Hallyday, nous n’oublierons ni le nom, ni la gueule, ni la voix, ni surtout les interprétations, qui, avec ce lyrisme brut et sensible, appartiennent aujourd’hui pleinement à l’histoire de la chanson française. Il a fait entrer une part d’Amérique dans notre Panthéon national. » Suite de l’hommage présidentiel :

 « A travers les générations, il s’est gravé dans la vie des Français. Il les a conquis par une générosité dont témoignaient ses concerts : tantôt gigantesques tantôt intimes, tantôt dans des lieux démesurés, tantôt dans des salles modestes (…) Il n’a jamais vieilli parce qu’il n’a jamais triché. Parce qu’il est resté simple et amoureux de la vie. Et parce qu’il savait que le secret pour ne pas vieillir est d’avoir plusieurs vies. »

« Jusqu’au bout, libre dans sa tête, il aura été cette présence familière, cette voix tant de fois imitée, cette personnalité osant vivre pour le meilleur, et communiquant une énergie fraternelle à ce public qui en retour lui criait : Que je t’aime. Ce public aujourd’hui est en larmes, et tout le pays est en deuil. »

On ne compte plus, dans la foulée présidentielle, le nombre des réactions et des hommages. On oublie déjà la mort (annoncée hier) de Jean d’Ormesson. Un étrange phénomène qui n’est pas, toutes proportions gardées, sans rappeler la mort de Jean Cocteau comme effacée par celle d’Edith Piaf.

Comprendre qui fut celui qui vient de disparaître ? On lira, sur Slate.fr, « Johnny Hallyday, le demi-dieu d’une ‘’autre France’’» signé de notre ami et confrère Philippe Boggio :

« Ce n’est pas faire injure, mais à bien des égards, il a tardé. Il a abusé, Johnny. De lui, déjà, évidemment, par sa fréquentation assidue des urgences hospitalières; de lui, en inquiétant déjà son monde, il y a plusieurs décennies, silhouette, visage rafistolés de partout, après avoir épuisé la liste connue des opérations chirurgicales, des comas, des dépressions, des tentatives de suicide… mais qui insistait toujours, l’âge de la retraite et des paralysies physiques pourtant dépassé, pour remonter mourir en scène de la mort tragique des héros post-ados du rock, qui, on le sait, vous terrasse, au final, à bout de bagarres et de chagrins amoureux, sous la lumière multicolore des projecteurs de l’enfer (…) ».

On se souvient, ici, de l’exposition publique de ses souffrances, en décembre 2009 (« Johnny Hallyday, grand corps malade livré en pâture », Slate.fr). Paradoxalement l’homme était resté pudique sur ses abus. Avec une exception, récente. C’était en avril 2014 à l’occasion de la pénultième nouvelle version de Luivieux magazine pour homme. Nous avions alors donné quelques extraits de l’entretien qu’il avait  accordé à Fréderic Beigbeder. Cinq pages en ouverture du numéro d’avril 2014, numéro vendu 2, 90 euros, échange enregistré au bistrot-restaurant L’Ami LouisJohnny « engloutit des escargots et des poulets ».  Frédéric se souvient qu’il y a « une corrélation assez étroite entre la réussite d’une interview et le pourcentage d’alcool dans le sang ».

Calon Ségur 1988 associé à des escargots  

FB : « Je constate que tu bois du vin, alors qu’à une époque tu ne buvais plus de vin du tout. »

JH : « Là, je bois un peu de vin rouge mais je ne bois plus d’alcool fort . »

FP : « Tu fumes toujours tes trois paquets de Gitanes par jour ? »

JH : « Non, seulement dix cigarettes quand je suis en France et rien du tout quand je suis en Californie. Parce que là-bas, les Gitanes, y en a pas ! Et moi, j’aime pas les blondes (…)  Je vais te dire un truc. Sur le tournage de Salaud, je ne buvais rien du tout. Mais Eddy Mitchell avait dit à la maquilleuse de toujours garder au frais ses bouteilles de grappa. »

FB : « C’est vrai que tu hébergeais Jimmy Hendrix chez toi à Neuilly ? »

JH : « Hendrix était adorable. Il dormait avec sa guitare. A l’époque, il fumait quelques joints mais rien d’autre. »

FB : « Jim Morrison aussi tu l’as bien connu ? »

JH : « Lui, il était destroy. Morrison à sept du mat, devant le Rock’n’roll Circus c’était deux Mandrax et un verre de whisky. C’est un somnifère assez puissant que tu prends avec de l’alcool. »

FB : « Toi, tu n’es jamais vraiment tombé dans la drogue dure. »

JH : « Non, à part la coke que j’ai aimée. J’ai jamais succombé à l’héro, parce que je suis hyperactif. A l’époque, John Lennon voulait me faire essayer les buvards (LSD). Mais je n’ai jamais accepté. Par  contre, j’ai mangé des champignons avec M. »

On pourrait se moquer bien sûr. Et l’on se moquait un peu, alors, de tout cela. De cette mise en scène vieillissante pour enfants d’un autre âge. De ces souvenirs d’ivresses qui sonnaient un peu faux. Des mânes  de Hendrix et de Morrison réveillées par un Calon Ségur 1988 associé à des escargots.

Reste et restera l’insondable mystère Hallyday, un puits sans fin, une glace nationale avec et sans tain comme le montrait, déjà  Philippe Boggio dans son  Johnny (Flammarion, 2009). Hallyday, demi-dieu d’une « autre France », qui a fasciné bien des intellectuels. Johnny Hallyday dont Emmanuel Macron, président de la République, nous dit aujourd’hui que s’il n’avait jamais vieilli, c’est qu’il n’avait jamais triché. Ou qu’il avait su avoir « plusieurs vies ».

A demain

 

 

 

Addiction et sevrage tabagiques: personne n’avait encore songé aux chirurgiens-dentistes !

 

Bonjour

Dans une époque qui prend l’eau le « retour aux fondamentaux » est un concept porteur. Y compris chez les chirurgiens-dentistes, comme nous le révèle Le Quotidien du Médecin. Et, parmi ces fondamentaux, la prise en charge du tabagisme en cabinet dentaire. Pourquoi l’avait-on oublié ? Et coment dire haut et fort que le dentiste n’est jamais très loin de l’addictologue ? Réveil, soudain, de l’Association Française Dentaire (AFD) :

« La prévention des maladies liées au tabac est en général associée au médecin généraliste, aux spécialistes mais rarement aux chirurgiens-dentistes. Or, ces derniers sont capables de repérer un fumeur en quelques secondes et peuvent montrer facilement à leurs patients les menaces visibles qui concernent l’esthétique, l’inconfort, le pathologique et le risque lié aux soins »

En première ligne, la bouche et l’émail : taches jaunes ou brunâtres sur les dents, mauvaise haleine, mélanose, hyposialie voire asialie entraînant l’accumulation de tartre ou le développement de mycose… Qui ne sait que la consommation régulière de tabac affaiblit aussi le système immunitaire de la cavité buccale, ce qui favorise l’augmentation de bactéries cariogènes de la salive et accroît le risque de pathologie parodontale ?

Face à ces  tableaux, à ces odeurs, le chirurgien-dentiste est, comme toujours, en première ligne. « La conséquence la plus grave du tabagisme reste l’apparition de leucoplasies, des lésions précancéreuses prenant la forme de zones blanches qui peuvent se transformer en lésions cancéreuses dans environ 17 % des cas », explique le Pr Philippe Bouchard. praticien hospitalier à l’hôpital Rothschild (Paris) et membre de l’Académie nationale de chirurgie dentaire. En fumant, les signes d’inflammation de la gencive vont être totalement masqués par le tabac qui diminue par ailleurs les effets des traitements, en particulier au niveau des caries dentaires et du parodonte. »

Professionnels des dentures

Où l’on pressent tout le poids potentiel du professionnel du maintien des dentures dans l’orientation vers le sevrage tabagique : de « brèves interventions de sensibilisation à l’arrêt du tabac » en marge de l’examen dentaire doublerait les chances d’arrêter de fumer par rapport à une démarche individuelle. « Une intervention plus intensive du chirurgien-dentiste qui inclut cinq visites en trois mois combinant des entretiens motivationnels et l’usage de deux substituts nicotiniques donnent de très bons résultats avec 36,4 % d’arrêt à 12 mois chez les patients bénéficiant de cet accompagnement », a expliqué le Pr Bouchard au Quotidien du Médecin. Après trois mois l’état de la muqueuse buccale s’améliore – et après un an, la santé des gencives redevient normale. »

A l’évidence l’affaire dépasse et dépassera le tabac. Qui rapprochera les professionnels dentaires de ceux de la lutte contre les addictions ? La réponse éclairée du Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions :

« Belle affaire qui ne concerne pas seulement le tabac ! Très intéressant d’élargir ces justes propos à l’alcool, au cannabis, à la coc et à la métamphétamine, aux opiacés (héroïne mais aussi le fameux sirop de méthadone) sans parler des addictions oro-sexuelles avec les méfaits des HPV. La stomatologie hospitalo-universitaire étant peu en verve – et encore moins accessible aisément- les dentistes ont un rôle fondamental. Ces professionnels peuvent être de formidables acteurs-relais  de santé s’ils veulent bien …ouvrir la bouche sur ce sujet après avoir été correctement informés. »

A demain

Alcool, tabac, cannabis ou benzodiazépines sur votre lieu de travail ? Voici votre nouveau portail !

 

Bonjour

Les addictions seront-elles un jour solubles dans la numérisation ? Peut-on soigner des addicts via la publicité ? Pour l’heure voici www.addictaide.fr/travail : « nouveau portail pour prévenir et gérer les conduites addictives dans le monde du travail ».

Les portails ont-ils une âme ? Celui est porté sur les fonts baptismaux de la dépendance par un parrain et une marraine 1 : la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA) et le ministère du travail. Sur leurs bras : une initiative du Fonds Actions Addictions (F2A). Discours et bénédiction officiel.e.s :
« Après avoir été un sujet tabou en France, les conduites addictives dans le monde du travail constituent désormais une préoccupation de plus en plus croissante. Les partenaires sociaux ont récemment pris en compte, au niveau national, les enjeux de cette réalité. De ce fait,  la prévention des conduites addictives a été introduite dans le 3ème plan santé au travail 2016-2020. Les pouvoirs publics ont pour rôle d’inciter les milieux professionnels à renforcer le rôle protecteur du travail, en tant que facteur de santé, d’épanouissement et de valorisation des compétences. »

Le paysage est connu : la population en activité est aujourd’hui largement addict : pour le tabac et les médicaments psychotropes les taux sont largement supérieurs à ceux de la population générale. Concernant l’alcool, 18,6% des actifs occupés ont eu un épisode d’alcoolisation ponctuelle importante (sic) dans le mois.
Idem pour le cannabis et la cocaïne. On imagine sans mal les conséquences sur les accidents du travail, les dommages individuels et collectifs – sans parler de la performance des ouvriers que l’on pourrait aisément présenter comme doublement esclaves.

Le manche et la relance

Publicité officielle : ce nouveau site bénéficie de la dynamique et du succès du portail généraliste “Addict’Aide, le village des addictions”. Mais encore ? Que disent les spécialistes du soin sur le terrain ? « Cela  reste totalement à côté de la plaque… du bla bla bien intentionné… le monde entrepreneurial ne se sent pas ‘’ toxico’’ et ne veut pas se mélanger… » dit l’un d’eux. Quant à Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addictions  il ajoute :

« Cela  risque de réduire la réflexion à la seule approche addicto, pour le moins nécessaire, mais pas forcément suffisante : une partie des problèmes d’usage dans l’entreprise vient de l’organisation même du travail et aux conditions de travail, relevant donc de compétences autres, ergonomes, spécialistes du travail, etc. On n’en prend conscience que lors des événements médiatiques (séries de suicides, accidents) et on se dépêche de l’oublier après, il est plus rassurant de dire que telle ou telle personne avait un problème d’addiction que l’on va traiter avec compétence et humanisté… Mais c’est dans l’air du temps : priorité à l’économie et à la relance. »

« Pas de grande sympathie pour la ‘’Salle des Pas Perdus des addictions’’, commente Patrick Favrel spécialiste référent réputé en ‘’réduction des risques’’.  A noter en premier dans ce portail, l’absence d’espace pour l’usager salarié : comment je peux freiner mes consommations ;concilier mon travail & mes pratiques ; quels sont mes droits ? Bref, on sait de quel côté du manche on est placé sur ce site. »

Où l’on retrouve, dans l’ombre de la relance, le concept, finalement assez structurant, du manche.

A demain

1 Le parrain se présente ainsi : créé en 2014 le « Fonds de dotation Actions Addictions » est présidé par Michel Reynaud, professeur émérite de psychiatrie et d’addictologie. Le fonds est indépendant et apolitique. Pionnier dans son secteur, il fédère des associations de patients, des structures de soins et d’accompagnement, et des unités de recherche afin d’aider à mieux comprendre les mécanismes, les effets, les traitements, les stratégies de prévention, d’accompagnement et de réduction des dommages.

Quant à la marraine : placée auprès du Premier ministre, la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives anime et coordonne l’action du gouvernement en matière de lutte contre les drogues et les conduites addictives et élabore à ce titre la stratégie gouvernementale dans les domaines suivants : recherche et observation ; prévention ; santé ; application de la loi ; lutte contre les trafics ; coopération internationale. La MILDECA accompagne les partenaires publics, institutionnels et associatifs de la politique publique dans la mise en œuvre des orientations, en leur apportant un soutien méthodologique ou financier.