Soudain, au pied de l’Arc de triomphe, Emmanuel Macron redonna vie aux «anciens démons»

Bonjour

Immanence ? En même temps le rationnel et son absolu contraire. La raison pure et l’agitation politique des spectres. Au lendemain des spectacles du 11 novembre 2018, la Une du Monde, quotidien certes parfois fourbu mais toujours debout :  « Macron : les anciens démons ressurgissent ». Aller page 15, juste après le Carnet.

« Dimanche 11 novembre, Emmanuel Macron avait convié à Paris plus de soixante-dix chefs d’Etat et de gouvernement pour les Cent ans de la fin de la Grande Guerre. Dans un hommage au Soldat inconnu, au pied de l’Arc de triomphe, le président a exhorté ses invités, dont Donald Trump et Vladimir Poutine, à ne pas céder aux sirènes du nationalisme, pour privilégier la coopération multilatérale, que ce soit au sein de l’Union européenne ou des Nations unies ».

Et puis ces extraits :

« Le 7  novembre 1918, lorsque le caporal clairon Pierre Sellier sonna le premier cessez-le-feu, vers 10  heures du matin, bien des hommes ne purent y croire, puis sortirent lentement de leurs positions, pendant que, de loin en loin, sur les lignes, les mêmes clairons répétaient le cessez-le-feu puis faisaient entendre les notes de la sonnerie aux morts, avant que les cloches ne répandent la nouvelle, à la volée, dans tout le pays.

Le 11  novembre 1918, à 11  heures du matin, il y a cent ans, jour pour jour, heure pour heure, à Paris comme dans toute la France, les clairons ont retenti et les cloches de toutes les églises ont sonné. C’était l’armistice. » (…)

« Avec les ombres de Peugeot, premier tombé, et de Trébuchon, dernier mort pour la France dix minutes avant l’armistice, voici l’instituteur Kléber Dupuy, défenseur de Douaumont, Apollinaire, Blaise Cendrars au régiment de marche de la Légion étrangère, les soldats des régiments basques, bretons ou marseillais, le capitaine de Gaulle que personne alors ne connaissait, Julien Green, l’Américain, à la porte de son ambulance, Montherlant et Giono, Charles Péguy et Alain Fournier tombés dans les premières semaines, Joseph Kessel venu d’Orenbourg en Russie.

Et tous les autres, tous les autres qui sont les nôtres, auxquels plutôt nous appartenons, et dont on peut lire les noms sur chaque monument, des hauteurs solaires de la Corse aux vallées des Alpes, de la Sologne aux Vosges, de la pointe du Raz à la frontière espagnole. Oui, une seule France, rurale et urbaine, bourgeoise, aristocratique et populaire, de toutes les couleurs où le curé et l’anticlérical ont souffert côte à côte et dont l’héroïsme et la douleur nous ont faits.

Durant ces quatre années, l’Europe manqua de se suicider. L’humanité s’était enfoncée dans le labyrinthe hideux d’affrontements sans merci, dans un enfer qui engloutit tous les combattants, de quelque côté qu’ils soient, de quelque nationalité qu’ils soient. »

Et cet invraisemblable chapelet : « 10  millions de morts ; 6  millions de blessés et mutilés ; 3  millions de veuves ; 6  millions d’orphelins ; des millions de victimes civiles ; un milliard d’obus tirés sur le seul sol de France ».

Suit un bien beau discours présidentiel, expliquant au peuple de France que « 1918 », c’était il y cent ans, que cela « peut sembler loin », mais que « c’était hier ». Et le président Macron de déclarer, avant de nous perdre une nouvelle fois dans une complexité itinérante et mémorielle :

« Je le sais, les démons anciens resurgissent, prêts à accomplir leur œuvre de chaos et de mort. »

Où  l’on en revient, comme dans le cas de l’alcool, des drogues et du sevrage, à la métaphore du « retour des démons ». Métaphore opérante ? Immanence ?

A demain

@jynau

 

 

  « Le 7  novembre 1918, lorsque le caporal clairon Pierre Sellier sonna le premier cessez-le-feu, vers 10  heures du matin, bien des hommes ne purent y croire, puis sortirent lentement de leurs positions, pendant que, de loin en loin, sur les lignes, les mêmes clairons répétaient le cessez-le-feu puis faisaient entendre les notes de la sonnerie aux morts, avant que les cloches ne répandent la nouvelle, à la volée, dans tout le pays.

Le 11  novembre 1918, à 11  heures du matin, il y a cent ans, jour pour jour, heure pour heure, à Paris comme dans toute la France, les clairons ont retenti et les cloches de toutes les églises ont sonné.

 

C’était l’armistice. »

(…)

« Avec les ombres de Peugeot, premier tombé, et de Trébuchon, dernier mort pour la France dix minutes avant l’armistice, voici l’instituteur Kléber Dupuy, défenseur de Douaumont, Apollinaire, Blaise Cendrars au régiment de marche de la Légion étrangère, les soldats des régiments basques, bretons ou marseillais, le capitaine de Gaulle que personne alors ne connaissait, Julien Green, l’Américain, à la porte de son ambulance, Montherlant et Giono, Charles Péguy et Alain Fournier tombés dans les premières semaines, Joseph Kessel venu d’Orenbourg en Russie.

Et tous les autres, tous les autres qui sont les nôtres, auxquels plutôt nous appartenons, et dont on peut lire les noms sur chaque monument, des hauteurs solaires de la Corse aux vallées des Alpes, de la Sologne aux Vosges, de la pointe du Raz à la frontière espagnole. Oui, une seule France, rurale et urbaine, bourgeoise, aristocratique et populaire, de toutes les couleurs où le curé et l’anticlérical ont souffert côte à côte et dont l’héroïsme et la douleur nous ont faits.

Durant ces quatre années, l’Europe manqua de se suicider. L’humanité s’était enfoncée dans le labyrinthe hideux d’affrontements sans merci, dans un enfer qui engloutit tous les combattants, de quelque côté qu’ils soient, de quelque nationalité qu’ils soient. »

Et cet invraisemblable chapelet : « 10  millions de morts ; 6  millions de blessés et mutilés ; 3  millions de veuves ; 6  millions d’orphelins ; des millions de victimes civiles ; un milliard d’obus tirés sur le seul sol de France ».

Suit un bien beau discours présidentiel, expliquant au peuple de France que « 1918 », c’était il y cent ans, que cela « peut sembler loin », mais que « c’était hier ». Et le président Macon de déclarer, avant de se perdre une nouvelle fois dans une complexité itinérante et mémorielle :

« Je le sais, les démons anciens resurgissent, prêts à accomplir leur œuvre de chaos et de mort. »

Où  l’on en revient, comme dans le cas de l’alcool, des drogues et du sevrage, à la métaphore du « retour des démons ».

A demain

@jynau

 

SOS Addiction : le gouvernement sommé de lutter contre la dépendance des Français aux carburants

Bonjour

Extension du domaine de la lutte. On connaît les liens entre le pouvoir politique et les addictions – que ces dernières soient légales et fiscalisées ou mafieuses et combattues. Et on connaît le prix considérable des ambiguïtés, jamais levées, dans ce domaine. Il faut désormais compter avec un nouveau chapitre addictif et esclavagiste : celui de la dépendance à une énergie désormais considérée comme mortifère. Une affaire qui se cristallise, en France, sous l’appellation « carburants ».

12 novembre 2018. Dans une tribune qui vient d’être publiée sur Franceinfo, le Réseau Action Climat et ses vingt-deux associations membres – parmi lesquelles Greenpeace, WWF ou Oxfam 1 – appellent le gouvernement à « sortir les citoyens de leur dépendance au diesel et à l’essence ». Un propos centré sur la « fiscalité écologique » qui ne va pas vraiment dans le sens du vent. Un propos qui sifflera aux oreilles de bien des responsables politiques.

« Depuis plusieurs jours, les prises de parole de plusieurs responsables politiques de tous bords alimentent les tensions autour de la hausse des prix des carburants, dénonçant à tout va la fiscalité écologique. Et ce, alors que ces mêmes responsables placent l’urgence climatique et la lutte contre la pollution de l’air parmi leurs priorités. Pour le Réseau Action Climat et ses associations membres, ces responsables devraient commencer par rappeler que la fiscalité écologique est un outil indispensable, en soi, pour répondre à la crise climatique que nous connaissons, et qu’il convient à tout prix de préserver les dispositifs mis en place via l’adoption de solutions concrètes additionnelles.

« Instrumentaliser la fiscalité écologique est irresponsable. Irresponsable alors même que le GIEC rappelait le mois dernier que sans efforts supplémentaires sans précédent pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, nous ne pourrons nous mettre à l’abri des pires impacts du dérèglement climatique et que la pollution de l’air continue chaque année d’occasionner 48 000 morts prématurées dans notre pays. »

Incurie chronique

Pour les signataires de cette tribune le gouvernement français est également responsable de la crise en cours, « puisqu’il tarde à mettre en place des mesures rapides et suffisamment ambitieuses pour financer les alternatives à la voiture et aider ceux qui n’ont pas les moyens de se déplacer autrement ». Responsable aussi « parce que cette fiscalité qui touche les Français épargne les secteurs les plus polluants et émetteurs de gaz à effet de serre, comme le secteur aérien ou le transport routier de marchandises ».

On peut le dire autrement : à l’instar des précédents, le gouvernement actuel mène une politique des transports qui, à ce jour, n’est ni cohérente avec l’urgence climatique ni juste socialement.

On lira, dans cette tribune, les réponses proposées par les signataires et qui visent à permettre à terme de sortir les citoyens français de leur dépendance au diesel et à l’essence : transports en commun et vélo … développement de véhicules véritablement moins émetteurs et moins polluants … désenclavement des territoires via un réseau ferré opérationnel modernisé et accessible à tous les portefeuilles … lutte contre l’étalement urbain en rapprochant les lieux de vie des lieux de travail et de loisirs.

Soit un chapelet de réductions des risques qui doivent être actées et financièrement soutenues par le gouvernement dans une prochaine loi. Sans oublier toutefois ceux qui ne peuvent, pour l’heure se sevrer, ceux qui ne peuvent pas faire autrement : parce qu’ils ont peu de moyens mais qu’en plus, du fait de leur implantation géographique, ils ne peuvent se déplacer autrement qu’en prenant leur voiture. C’est à ces citoyens que le gouvernement doit apporter de manière urgente un soutien financier, pour leur permettre de faire face à la hausse du prix des carburants.

Issue constructive

Reste l’essentiel : libérer notre pays de son addiction au pétrole – une addiction qui trouve ses racines dans une politique des transports axée depuis des décennies sur le recours à la voiture et un aménagement du territoire qui a allongé les distances à parcourir. Une politique courageuse de réduction des risques existe, ici aussi. Comme les  solutions que le Réseau Action Climat a développées et porte depuis plusieurs années.

« Les recettes tirées de la fiscalité écologique devraient justement servir à les développer. Nous appelons les responsables politiques de tous bords à les défendre, et le gouvernement à les entendre. Ce sont elles qui permettront d’apporter une issue constructive à la crise en cours et d’éviter, comme cela a déjà été le cas par le passé, que la transition écologique ne se retrouve encore sacrifiée pour de mauvaises raisons. »

 Des raisons d’espérer ? On ne peut, ici, que rappeler l’embarras croissant du gouvernement concernant son propre plan, sans cesse annoncé, sans cesse reporté, de lutte contre toutes les addictions qui ne sont pas des carburants. Le prochain Houellebecq est annoncé.

A demain

@jynau

1 Le Réseau Action Climat et ses associations membres (350.org ; Agir pour l’environnement ; Alofa Tuvalu ; Alternatiba ; CLER – Réseau pour la transition énergétique ; CCFD-Terre solidaire ; 4D ; FUB ; Fnaut ; Fondation pour la Nature et l’Homme ; France Nature Environnement ; Greenpeace France ; Hespul ; Les Amis de la Terre ; Ligue de protection des oiseaux ; Oxfam France ; REFEDD ; Réseau Sortir du nucléaire ; Secours catholique-Caritas France ; WECF ; WWF France ; Zero Waste France).

 

Cigarette électronique : les buralistes sont-ils les mieux placés pour lutter contre le tabagisme ?

Bonjour

C’est une photo du tonnerre. On y voit Gérard Darmanin et Philippe Coy : le ministre des Comptes public coude-à-coude avec  le patron des buralistes – sous les ors de la mairie de Tourcoing. Et ce dernier d’arborer une grande affiche : « Chez votre buraliste, Novembre le mois de la Vape » Une cigarette électronique et ce sous-titre : « Le vapotage c’est aussi notre métier ». Ainsi donc le diable est dans ce détail, dans cet « aussi » qui sous-entend précisément son contraire.

Gérard Darmanin a-t-il été piégé, à Tourcoing, par le patron des buralistes ? Quelle est la position de l’exécutif sur ce sujet ? Où sont les choix politiques opérés en matière de santé publique sur ce chapitre essentiel de l’addiction fiscalisée ? Silence total.

Reste ainsi, entière, la question de la cigarette électronique, de sa distribution et de l’apprentissage de son usage. C’est là une question au cœur de la Révolution des Volutes ; une question soudain réactivée par Philippe Coy et son puissant réseau. La grande majorité des buralistes français est bien décidée, autant que faire se peut, à ne pas laisser échapper ce marché jusqu’ici le plus souvent développé par des militants experts dans le maniement de cet outil majeur de réduction des risques tabagiques.

Marisol Touraine et Agnès Buzyn

Une fraction des buralistes a compris l’ampleur du défi de leur survie. Celle-ci passe-t-elle par la cigarette électronique ? On peut très raisonnablement en douter. Buralistes et réduction des risques ne riment qu’en surface. Il leur faudra trouver ailleurs et avec l’aide de la puissance publique des raisons d’espérer. Elles ne manquent pas dans les territoires désertés.

Reste la découverte, l’apprentissage, le maniement de la cigarette électronique, le lent cheminement de cette itinérance mémorielle que sont ces  douloureuses désaccoutumances. C’est un sujet éminemment addictologique, éminemment politique. Jamais traité comme tel par l’exécutif (Cf Marisol Touraine et Agnès Buzyn) qui se suicide dans la fiscalisation des addictions légales.

« Photo du tonnerre », superbe cliché parlant. Contrairement à certaines lectures affûtées Coy n’a nullement « piégé » Darmanin. Le ministre des Comptes publics est consubstantiel du patron des buralistes. Une seule question : jusqu’à quand ?

PS. Conseil de lecture signé Sébastien Béziau , vice-président de Sovape:  la déclaration, majeure, de Ghyslain Armand,  de Vaping Post : « Indépendant de l’industrie du tabac Notre position face à la présence de l’industrie du tabac dans le monde de la vape »

A demain

@jynau

 

 

Drogues : 30 ans après Michèle Barzach, Agnès Buzyn et la réduction des risques en jachère

Bonjour

Il y a trente-et-un ans Michèle Barzach faisait acte de courage 1, dans un gouvernement de droite. Soutenue par quelques militants éclairés de gauche, face à la toxicomanie et au VIH, elle mettait en place les bases de ce qui deviendrait au fil du temps 2 un embryon de politique de Réduction des Risques (RDR).

Aujourd’hui c’est un appel de détresse lancé au nom de la RDR par l’association SAFE. Cette dernière a notamment pour objet de favoriser l’accès aux matériels de consommation à moindres risques pour les usagers de drogues. Elle assure le développement et la promotion des outils et des modalités d’intervention les plus adaptés en matière de lutte contre les contaminations virales, bactériennes et fongiques.

En pratique elle permet d’accéder gratuitement et chaque jour aux matériels de consommation à moindre risque (injection, inhalation, sniff), aux préservatifs, aux kits de dépistage du VIH/SIDA et des hépatites B et C. Elle peut aussi orienter vers des professionnels de santé qui peuvent accompagner les toxicomanes qui peuvent en exprimer le besoin.

SAFE explique aussi gérer un dispositif régional d’automates d’échange de seringues et de diffusion de kits d’inhalation en Ile-de-France (actuellement plus de soixante sites sur Paris, le 91, le 92, le 93 et le 95) – ce qui inclut l’approvisionnement et la maintenance des machines, la gestion des containers de collecte de seringues usagées, la distribution de matériels de prévention directement aux usagers, ou par l’intermédiaires de pharmacies, associations et services hospitaliers partenaires ou un programme de RDR à distance –  www.rdr-a-distance.fr 01 40 09 04 45 ou contact@safe.asso.fr.

Depuis 2011 la « Réduction des Risques à Distance » est un dispositif national qui s’adresse aux usager.e.s de drogues qui ne peuvent pas ou ne veulent pas avoir recours aux structures spécialisées ou aux pharmacies pour diverses raisons : éloignement, handicaps, matériels distribués non adaptés, peur de la stigmatisation….

« Ce programme permet d’accueillir par téléphone ou par email tou.te.s les usager.e.s de drogues, de leur proposer un conseil personnalisé et de leur adresser par voie postale les seringues et tous les matériels de prévention nécessaires et adaptés à leurs besoins afin de réduire les risques infectieux : VIH, hépatite C etc. explique SAFE. Inclus dans le dernier Plan gouvernemental de lutte contre les drogues et conduites addictives, ce programme a fait ses preuves pour améliorer significativement l’accès aux matériels de consommation à moindre risques auprès des personnes les plus éloignées des dispositifs. »

Et puis ce communiqué :

« L’association SAFE est contrainte depuis le 1er octobre 2018 de suspendre le dispositif de RDR à distance dans les régions où cette action n’est plus financée : Bourgogne Franche-Comté, Corse, Normandie, Pays-de-la-Loire, Provence Alpes Côte d’Azur, Territoires de l’Outre-Mer. »

Plus précisément, depuis le 1er octobre, l’association  a été contrainte pour la première fois depuis vingt-neuf ans, de cesser la distribution de seringues aux personnes usagères de drogues dans les régions où son action n’est plus financée. « Cette suspension intervient malgré plusieurs alertes à la Direction Générale de la Santé restées sans suite, et alors que le nombre de bénéficiaires du dispositif ne cessait d’augmenter, expliquent ses responsables 3. Cette situation est totalement inacceptable du point de vue de la santé publique et risque d’entraîner une recrudescence de nouvelles infections (VIH et hépatites). »

Nécessité absolue

En 2015, la Direction Générale de la Santé avait choisi de décentraliser ce dispositif en confiant le financement aux agences régionales de santé (ARS) et la gestion aux structures spécialisées en région. Cette régionalisation a été l’objet de multiples dysfonctionnements dus à l’inadaptation des pratiques administratives et aux délais de mise en œuvre, mais aussi à une allocation de crédits très inférieure à l’évaluation initiale. A ce jour, certaines ARS n’ont toujours pas débloqué de fonds, ni identifié de structures pour mettre en œuvre le dispositif. D’autres structures ont reçu un financement dédié mais le dispositif n’est toujours pas opérationnel faute de formation des équipes. Six régions françaises sont concernées : Bourgogne Franche-Comté, Corse, Normandie, Pays-de-la-Loire, Provence-Alpes-Côte-d’Azur et l’outre-Mer. Ces deux dernières régions font état d’une prévalence au VIH et au VHC particulièrement importantes, l’’accès au matériel de RDR représente une nécessité absolue.

Jusqu’au 30 septembre 2018, les usager.e.s de ces régions étaient toujours accueilli.e.s et suivi.e.s par SAFE sans qu’aucun financement ne soit versé à l’association pour ces régions. Alors que la Ministre de la santé promeut ce dispositif et a fixé comme objectif d’atteindre une diminution de 90 % des nouvelles infections à l’hépatite C l’association réclame « des actes en cohérence et un engagement à la hauteur de cet enjeu ».

Elle demande, simplement « un financement suffisant de la Réduction Des Risques à Distance pour les structures engagées dans ce dispositif ». « Une réflexion commune associant institutions, associations et acteurs de terrain est essentielle pour un déploiement rationnel du dispositif en fonction des besoins et permettre une véritable couverture nationale. Nous exigeons une action urgente pour un rétablissement immédiat du service explique  Catherine Duplessy directrice de SAFE.

Pour ces soignants « l’accès aux seringues et matériels de prévention pour les personnes usagères de drogues est un droit et une obligation de santé publique ». C’est ce qu’avait compris Michèle Barzach, ministre de la Santé. Il y a trente-et-un ans. Et maintenant ?

A demain

@jynau

1 « Sida et toxicomanie: les bénéfices massifs de la politique de réduction des risques en trois graphiques » Slate.fr 12 avril 2014

2 « Vive la clope et l’alcool, à bas la coke et l’héro », par Bernard Kouchner Slate.fr, 25 mai 2018

3 Contacts Presse : Act UP Paris : Robin DREVET robin.drevet@actupparis.org – 06 47 72 99 76 ; AIDES : Antoine HENRY ahenry@aides.org – 06 10 41 23 86 ; Médecins du Monde : Fanny MANTAUX fanny.mantaux@medecinsdumonde.net 01 44 92 13 81 ; PsychoActif : Pierre CHAPPARD pierre.chappard@gmail.com – 06 63 55 65 54 ; SAFE : Catherine DUPLESSY catherine.duplessy@safe.asso.fr – 06 84 81 07 77

 

 

 « Tabac chauffé » : l’invraisemblable micmac de Big Tobacco et des autorités de santé

Bonjour

Faire le chemin de la frontière, jusqu’à Ferney-Voltaire pour mieux dissiper les brouillards français.  Ainsi ce papier édifiant de la Revue Médicale Suisse : « Produits du tabac ‘’chauffé’’ : que faut‑il savoir ? »1. Il s’agit ici de lIQOS™ , du gloTM  et du PloomTM Tech des trois géants mondiaux du tabagisme.

Huit spécialistes de santé publique de Lausanne décryptent ici un sujet essentiel – un sujet sur lequel les hauts responsables sanitaires français (et les autres) n’ont pas encore jugé de se pencher : le micmac du « tabac chauffé ». Résumé :

« Face à la diminution constante des ventes de cigarettes conventionnelles, l’industrie du tabac a développé et mis sur le marché depuis 2015 un nouveau type de produits qui ne « brûlent » pas le tabac, dits produits du tabac « chauffé » (heated tobacco products ou HTP). Ils sont vendus comme des produits à risques potentiellement réduits, du fait de leur capacité technique à limiter le processus de combustion et la génération de composés toxiques.

« Toutefois, les principaux composés toxiques émis par la fumée de cigarette conventionnelle sont aussi présents. Actuellement, très peu de recherches indépendantes existent pour vérifier le niveau de risque des HTP, ce qui soulève d’importantes questions parmi la population et les acteurs de santé publique. Cet article fait le point sur ces produits. »

Allégations sans démonstration

Aurélie Berthet, Isabelle Jacot Sadowski, Karin Zürcher, Valentine Guenin, Aude Gendre, Reto Auer, David Vernez, Jacques Cornuz ont cherché à faire le tour de la question. Ils rappellent, point essentiel, que les produits HTP diffèrent de la vaporette/vapoteuse/cigarette électronique qui ne contient pas, elle, de tabac. L’absence de combustion ferait des HTP des « produits du tabac moins toxiques que les cigarettes ». Pour sa part, le géant Philip Morris International (PMI) a engagé auprès de l’US Food and Drug Administration (FDA) une demande de certification permettant de présenter son dispositif comme à risque réduit par rapport aux cigarettes classiques. Mais début 2018, le groupe consultatif de la FDA a conclu que l’entreprise « n’avait pas réussi à démontrer qu’une réduction de l’exposition aux produits chimiques pouvait raisonnablement se traduire par une réduction mesurable des maladies ou des décès ».

« L’offensive industrielle du tabac « chauffé » suscite une multitude de questions parmi la population et les acteurs de santé publique : comment ces produits fonctionnent-ils ? Quelle est la composition des émanations de ces produits ? Le tabac « chauffé » est-il véritablement moins à risque pour la santé des utilisateurs et des non-utilisateurs ? Quelles sont les conditions de commercialisation et d’usage de ces produits (cadres légaux) et quelles sont les stratégies marketing développées par les industriels ? »

Il faut ici lire la Revue Médicale Suisse qui esquisse quelques éléments de réponse. Sans oublier de décrypter la publicité de Big Tobacco :

« Les efforts de communication des entreprises vont dans le sens de reconnaître les risques sanitaires de la cigarette conventionnelle et de profiler les produits HTP comme des produits plus « propres » et moins nocifs, notamment par la mise en avant de nouvelles technologies. Des arguments tels que « réduction des émissions toxiques », « sans combustion », cleaner sont usités dans leurs communications marketing.

« Un accent particulier est également porté sur la mise en avant du confort des utilisateurs et de leur entourage (« pas de fumée », « moins d’odeur », « pas de cendre »), tout en permettant aux fumeurs de vivre une expérience très proche de celle procurée par la cigarette, avec du vrai tabac. De cette manière, l’industrie du tabac entend se présenter comme un partenaire fiable de santé publique, tout en conservant sa clientèle maintenue dépendante à la nicotine. »

Quelques premières études indépendantes attesteraient d’une quantité de composés toxiques inférieure à celle comprise dans la fumée de cigarettes conventionnelles,  mais sans pour autant pouvoir conclure que les HTP induisent moins de risques sur la santé que les produits de tabac classiques. « L’absence de combustion n’empêche ni la production de fumée ni la présence des principaux produits toxiques retrouvés dans la fumée de cigarette » résument les auteurs suisses.

Et d’ajouter que le nombre d’études indépendantes concernant les produits HTP est relativement faible, et qu’aucune n’inclut des personnes utilisatrices ou ne porte sur les effets potentiels sur la santé. « Il est donc impératif que d’autres études scientifiques indépendantes de l’industrie du tabac testent la véracité des informations avancées par cette dernière et analysent le contenu de la fumée émise par ces HTP » soulignent-ils.

Recrutement de nouveaux consommateurs

Où l’on retrouve, comme dans le cas de la cigarette électronique, l’invraisemblable passivité des autorités sanitaires nationales (sans parler de l’OMS) sur un sujet majeur de santé publique – un invraisemblable et coupable  désintérêt médical et scientifique pour cette question prioritaire de réduction des risques.

« Actuellement en Suisse et dans d’autres pays, les produits du tabac « chauffé » profitent des brèches laissées par les cadres légaux, notamment en matière d’avertissements sur les emballages, de taxation et d’usage dans les lieux publics. Les cigarettiers, tout en continuant de saper les efforts de prévention du tabagisme, déploient en outre pour les HTP des stratégies marketing renouvelées et sophistiquées 2. Cela laisse craindre le recrutement de nouveaux consommateurs, notamment parmi les jeunes.

« Par ailleurs, il sera très difficile scientifiquement d’évaluer l’impact réel des HTP sur la santé de leurs utilisateurs, en particulier pour celles et ceux qui ont au préalable fumé pendant plusieurs années des cigarettes traditionnelles. La part attribuable, respectivement à la consommation des HTP et à celle des cigarettes traditionnelles, sera méthodologiquement très complexe à apprécier. Quant à celles et ceux qui commenceraient leur exposition au tabagisme directement par la consommation de ces HTP, il faudra de nombreuses années de suivi pour en apprécier le véritable risque, en raison de la latence entre l’exposition et la survenue des cancers dus au tabac. »

A demain

@jynau

1 Aurélie Berthet, Isabelle Jacot Sadowski, Karin Zürcher, Valentine Guenin, Aude Gendre, Reto Auer, David Vernez, Jacques Cornuz Produits du tabac ‘’chauffé’’ : que faut‑il savoir ? Rev Med Suisse 2018; volume 14.1935-1941

2 « Philip Morris veut convaincre que son avenir se fera sans cigarettes ».  Le Temps, 2 octobre 2018

 

Etats-Unis : Edmund Zagorski a été tué sur la chaise électrique du pénitencier de Nashville 

Bonjour

2 novembre 2018, jour des Morts. Celle d’Edmund George Zagorski, 63 ans, a été officiellement prononcée à 0 h 26 GMT dans le pénitencier de haute sécurité de Nashville. En fait foi un communiqué des services correctionnels de l’Etat du Tennessee. Edmund Zagorski  avait choisi d’être exécuté sur la chaise électrique du pénitencier – de préférence à une exécution par injection de substances létales.

« Zagorski avait été condamné à la peine capitale en 1984 dans le Tennessee, pour avoir tué et égorgé deux hommes qu’il avait attirés en promettant de leur vendre de la marijuana » rappellent l’Agence France Presse et The New York Times : « Condemned Man’s Last Words: ‘Let’s Rock’ ».

Ses derniers mots furent : « C’est parti », a déclaré son avocate Me Kelley Henry lors d’une conférence de presse. Elle a notamment décrit comment le corps de son client avait été sanglé pour éviter qu’il ne se dresse pendant l’électrocution. « Il a reçu un choc violent avec le courant électrique », a-t-elle ajouté – précisant que des éponges imbibées d’eau salée avaient été placées sur ses chevilles pour faciliter le passage de l’électricité.

Horreur absolue

Edmund George Zagorski aura donc, au total, vécu trente-quatre ans dans le couloir de la mort. Il devait être exécuté par injection létale mais, à la dernière minute, il avait réclamé la chaise électrique. En cas d’injection, « les dix à dix-huit dernières minutes de sa vie seront une horreur absolue » alors que, s’il est électrocuté, il ressentira « une douleur insoutenable, probablement pendant quinze à trente secondes », avaient écrit ses avocats dans leur requête.

Pour autant, selon un sondage réalisé en 2015, 54 % des Américains jugent que la chaise électrique est une méthode d’exécution « cruelle et inhabituelle ». Cette méthode a été progressivement abandonnée après des exécutions problématiques – la tête d’un détenu s’étant notamment enflammée en Floride en 1997. Elle n’avait été utilisée que pour quatorze exécutions sur près de neuf cents dans l’ensemble des Etats-Unis depuis 2000.

Le Tennessee autorisant les personnes condamnées avant 1999 à choisir entre ces deux modes d’exécution, le gouverneur de l’Etat, le républicain Bill Haslam, lui avait accordé un répit pour laisser aux services pénitenciers le temps de préparer la chaise électrique. L’appareil n’avait toutefois pas été utilisé depuis 2007. « Il a été testé le 12 octobre », avait précisé  à l’AFP une porte-parole des services pénitenciers le jour de l’exécution.

« Je ne veux pas être soumis à la torture de l’injection, avait écrit le condamné aux autorités. Mais je considère que l’injection létale et l’électrocution violent toutes les deux mes droits ». Quelques heures avant d’être tué il avait tenté un dernier recours devant la plus haute juridiction du pays, mais les juges ont rejeté sa demande. Pour son dernier repas le condamné à mort avait, nous dit-on,  commandé des pieds et de la queue de cochon.

A demain

@jynau

Après le «Mois sans Tabac» Buzyn et Blanquer oseront-ils, demain, le « Mois sans Cannabis » ? 

Bonjour

Premier jour de novembre 2018.

Pour cause de fatigue présidentielle 1 ce seront des chrysanthèmes sans/avec  inauguration officielle. Nous vivons des temps où, avec le temps qui passe, les rituels se déplacent. 1er novembre 2018 et nouveau rituel politico-sanitaire : ouverture du  « Mois sans tabac » festif et gouvernemental – on observera, cette année la disparition – sans explication- des absurdes parenthèses du « Moi(s) ».

Un mois, une nouvelle fois, pour une exhortation collective au sevrage tabagique. Sans aucune  garantie du gouvernement d’un Etat qui se nourrit des taxes sur la tabac. Un opération marquée par l’insupportable et récurrent déni de l’exécutif quant aux vertus de la cigarette électronique dans le champ de la réduction des risques. Un exécutif qui consent toutefois, pendant un mois, à laisser un strapontin aux chevau-légers de la Révolution des volutes. On s’en réjouira.

Premier jour de novembre 2018. Cette publication du « Journal of Clinical Psychiatry » : « One Month of Cannabis Abstinence in Adolescents and Young Adults Is Associated With Improved Memory ». Où l’on voit quatre-vingt-huit  adolescents et jeunes adultes ( de 16 à 25 ans) consommateurs réguliers de cannabis (au moins une fois par semaine) randomisés en deux groupes et suivis pendant un mois. Le premier groupe devait arrêter sa consommation (vérification du sevrage par test urinaire) ; 88,7 % d’entre eux ont complété le suivi. Le second poursuivait.

Un mois neuronal sans marijuana 

Un mois sans cannabis, un mois seulement  et voici que, neuronalement parlant, tout change. Cœur de l’étude : les capacités de mémorisation et d’attention étudiées à l’inclusion et chaque semaine pendant un mois. Révélation : dès la première semaine, le bénéfice de l’arrêt du cannabis a pu être mesuré, avec une amélioration de la mémorisation des nouvelles informations – une amélioration qui, stable, persiste au cours des semaines suivantes.

« Ces résultats confirment l’amélioration de la mémoire à l’arrêt du cannabis que l’on observe en pratique clinique a commenté, pour Le Quotidien du Médecin,  le Pr Amine Benyamina, psychiatre spécialiste des addictions (Hôpital Paul-Brousse, Villejuif.  Nous voyons bien, quand nous avons affaire à des jeunes, que les performances scolaires sont meilleures à l’arrêt du cannabis ». Bien beau constat. Qui en fait quoi ?

« Un essai plus vaste est en cours. Il inclut un groupe contrôle d’individus non consommateurs, ce qui sera essentiel pour déterminer si l’ampleur du changement de mémorisation au cours de la première semaine d’abstinence représente un retour total à la normale », annoncent les auteurs du Massachusetts General Hospital. 

Retour à la normale? Corriger le pathologique à la lumière, vacillante dès que politique, de la réduction des risques ?

Premier jour de novembre 2018.

A demain

@jynau

1 « Premières interrogations sur la santé d’Emmanuel Macron » Slate.fr 31 octobre 2018