La célébrissime icône publicitaire de Marlboro vient de mourir, à 90 ans. Pourquoi ?

Bonjour

Il s’appelait Robert C. Norris et des millions de Terriens connaissaient son sourire, le port de son chapeau de cowboy et son célèbre geste : s’allumer une cigarette. Il fut et restera le premier «Marlboro Man». Et il vient de mourir. On lira sa biographie, exemplaire, dans The New York Times (Mariel Padilla) : « Robert Norris, Marlboro Man Who Didn’t Smoke, Dies at 90 ».

Où l’on apprend que Robert Norris, loin d’être un acteur était un éleveur dans un ranc. En 1955 son profil est repéré par des publicitairees. Le chapeau, le ranch, les grands espaces, le vent fais du matin, la fin des Indiens et la pleine liberté de fumer des Marlboro….  Sa mâle prestance avait alors été utilisée pour changer l’image de la marque Marlboro, née en 1924 et à l’époque perçue comme une marque exclusivement féminine. « La campagne de publicité mondialement célèbre, jugée comme l’une des meilleures de l’histoire, a contribué à faire de Marlboro la première marque de cigarette au monde » rappelle aujourd’hui Le Figaro.

Ainsi, et pendant près de quinze ans, Robert Norris a contribué à ce changement d’image – avant de faire une croix sur l’usage de son visage. Et ce « pour arrêter de donner le mauvais exemple à ses enfants ». «Marlboro Man» n’avait jamais fumé. Il est mort le 3 novembre 2019 à Colorado Springs au Pikes Peak Hospice & Palliative Care. Son décès a été annoncé sur le site Ted Cross Ranches. Aucune cause précise n’a été donnée. Robert Norris n’avait jamais fumé.

On peut y voir, une nouvelle fois une double duplicité : de Big Tobacco et sa vieille et toujours fidèle alliée, la  publicité.

A demain @jynau

Cigarette électronique : combien de temps encore avant que l’on cesse enfin de s’écharper ?

Bonjour

11 novembre 2019. Le Parisien (Elsa Mari) revient sur le combat contre le fléau du tabagisme (80 000 mors prématurées chaque année en France). « Cigarette électronique : les médecins s’écharpent sur la vape. Une étude américaine estime que les vapoteuses pourraient avoir des effets néfastes sur la pression sanguine, ce que contestent plusieurs spécialistes. »

Où l’on revient sur le « nouveau coup dur pour la cigarette électronique » : l’épidémie américaine d’une pathologie pulmonaire causée non pas par la e-cigarette mais par un produit toxique (une forme de vitamine E) du fait de son utilisation frauduleuse . Où l’on cite également « une étude américaine publiée début novembre sur le site de la Société européenne de cardiologie qui affirme que les vapoteuses ‘’pourraient avoir des effets nocifs sur le système cardiovasculaire’’ et juge prématuré de les considérer comme ‘’une alternative sûre’’ au tabac. »

Et Le Parisien de donner la parole à trois spécialistes français :

Jacques Le Houezec, formateur de professionnels de santé et de la vape, très en colère contre ces études « à charge ».  « Oui, il y a des particules fines, mais elles sont liquides et non solides comme celles que l’on trouve dans la cigarette et les pots d’échappement, on ne peut donc pas tirer les mêmes conclusions, d’ailleurs l’étude dit bien qu’il n’y a aucune certitude », argue-t-il.

Marion Adler, médecin. spécialiste de tabacologie (hôpital Antoine-Béclère, Clamart) :  « Il faut rappeler que c’est le tabac qui est toxique ! », Dire que que l’action de la nicotine augmente la pression sanguine ? « C’est aberrant ! Les substituts nicotiniques, patchs ou formes orales, sont même autorisés aux patients fumeurs et cardiaques. Ils n’augmentent pas la pression artérielle ! ».

Daniel Thomas, cardiologue et président d’honneur de la Fédération française de cardiologie. Pour lui cette étude, loin d’apporter un scoop, n’est qu’une « revue de la littérature » scientifique, « bien faite, d’ailleurs ». Pour autant il s’inquiète :  « Il serait dramatique que des vapoteurs reviennent au tabac ».  Pour lui, non, les non-fumeurs ne doivent pas se mettre à l’e-cigarette, mais pour les accros au tabac, vapoter est « beaucoup moins dangereux, y compris sur le plan cardio-vasculaire ». Puis, lorsqu’on est sevré, il faut « essayer d’abandonner la vape le plus vite possible ». Et si on n’y parvient pas ?

Où l’on comprend que les idées éclairées progressent mais qu’il reste encore à beaucoup parler, dans les médias, pour parvenir à faire comprendre ce que peut et devrait être la « réduction des risques » face à un fléau qui tue, prématurément, 80 000 personnes chaque année en France.

A demain @jynau

Alerte civique : vous êtes priés de nous rendre toute la cocaïne trouvée au bord de l’Atlantique !

Bonjour

« C’est une pêche à pied qui a de quoi surprendre s’amuse l’AFP sur son fil. Le parquet de Rennes a annoncé, dimanche 10 novembre, l’ouverture d’une enquête après la découverte, sur de nombreuses plages de la façade atlantique, de centaines de ballots de stupéfiants, contenant notamment de la cocaïne. »

Parquet de Rennes : « Depuis le 4 novembre des emballages suspects ont été retrouvés de la Loire-Atlantique jusque dans les Landes. Les premières analyses montrant que la cocaïne présente dans les paquets présente un degré de pureté important, elle est de ce fait particulièrement dangereuse ».

Selon Le Figaro (Etienne Jacob) tous les ballots récupérés comportaient des étiquettes sur lesquelles il était inscrit « Brillante », ou bien « Diamante ». Il pourrait s’agir d’un critère de qualité, selon les enquêteurs cités par le quotidien. Les analyses montrent en effet une pureté de 83 % sans produit de coupe, selon les premiers résultats du laboratoire.

« Marée blanche »

L’affaire est d’importance. Vendredi 8 novembre, les douaniers de La Rochelle ont récupéré près de 36 kilos de cocaïne, pour une valeur de plus de 3 millions d’euros, sur les plages allant de Capbreton au Vieux Boucau. Leurs collègues d’Arcachon ont fait de même, pour un total de 73 kilos, entre Lège Cap Ferret et Lacanau. Samedi, lors de trois sessions de ramassage distinctes, désormais baptisées «marée blanche» par les autorités, près de 156 kilos de marchandise ont été récupérés dans les Landes, entre Capbreton et Seignosse. Combien de millions d’euros au total ?

 L’enquête a été confiée par le parquet de Rennes à la section de recherches de la gendarmerie maritime, au groupement de gendarmerie de la région Pays de la Loire ainsi qu’à l’Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants. Le parquet de Rennes rappelle que « toute découverte doit être immédiatement portée à la connaissance des services de police ou de gendarmerie sans aucune manipulation ».

On précisera que le fait de transporter cette substance constitue un délit passible de dix années d’emprisonnement. Et si cette pêche n’est pas transportée 1 ? Tous les pêcheurs à pied apporteront-ils l’intégralité du fruit de leur récolte aux forces de police et de gendarmerie ? Qui pourrait en douter ?

A demain @jynau

1 Rappel de droit: « Celui qui trouve un trésor par hasard ne peut s’en prétendre possesseur de bonne foi, et il est dès lors possible au prétendu propriétaire dépossédé, d’exercer une action en revendication, laquelle est imprescriptible ». Ici, le propriétaire de la cocaïne se manifestera-t-il ?

Cigarette électronique et maladie «sans nom»: les vitamines, prises médiatiquement en grippe?

Bonjour

La maladie sans nom ne l’est plus. Les autorités sanitaires américainesont officiellement annoncé vendredi 8 novembre avoir très probablement percé le mystère des maladies pulmonaires « liées au vapotage » : une huile de vitamine E ajoutée dans des recharges au cannabis vendues sur le marché noir. Cette huile et cette pratique étaient d’ores et déjà soupçonnée comme à l’origine d’une pathologie qui a touché plus de 2000 vapoteurs américains et causé 39 décès. Quasi-confirmation aujourd’hui avec la découverte de l’agent chez 29 patients dont les fluides pulmonaires ont été analysés par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC).

« Ces analyses apportent la preuve directe que l’acétate de vitamine E est le principal responsable de lésions dans les poumons » a déclaré Anne Schuchat, directrice adjointe des CDC, précisant qu’aucune autre toxine potentielle n’avait pour l’instant été détectée dans les analyses.

« La vitamine E est normalement inoffensive. Elle s’achète sous forme de gélule à avaler ou d’huile à appliquer sur la peau, mais elle est nocive une fois inhalée ou chauffée. L’acétate est le nom chimique de la molécule, explique Radio Canada. Le porte-parole de Santé Canada Éric Morrissette a déclaré que l’acétate de vitamine E n’était pas autorisé dans les produits de vapotage de cannabis canadiens. Néanmoins, il dit que Santé Canada et l’Agence de la santé publique du Canada surveillent activement la situation de la maladie causée par le vapotage (sic). »

Le Tweeteur intempestif de la Maison Blanche

Le schématisme, la caricature et le réductionnisme médiatiques conduiront-ils sous peu à accuser la vitamine E per se après la condamnation définitive de la cigarette électronique ? Pour sa part l’AFP souligne que cette annonce des CDC intervient quelques heures après l’annonce par le président américain Donald Trump de sa volonté de faire passer l’âge minimum pour acheter des cigarettes électroniques aux Etats-Unis de 18 à 21 ans. La déclaration présidentielle s’inscrit dans un plan plus vaste pour réduire le vapotage chez les jeunes – plan qui sera dévoilé « la semaine prochaine ». « Nous allons annoncer une initiative très importante sur le vapotage. Nous devons particulièrement prendre soin de nos enfants, donc nous allons avoir une limite d’âge de 21 ans environ », a déclaré le milliardaire-président à des journalistes.

Où l’on voit que le concept de la réduction des risques sanitaires est loin d’être perçu et compris par le Tweeteur intempestif de la Maison Blanche. Où l’on observe aussi que le même a fait part de ses inquiétudes sur l’impact que pourraient avoir des restrictions trop lourdes sur l’avenir de cette industrie naissante. Son administration pourrait ainsi revenir sur son projet d’interdire purement et simplement les cigarettes électroniques aromatisées, annoncé en septembre. « Nous devons veiller sur de nombreuses personnes, y compris les emplois [sic], a dit le milliardaire new-yorkais. C’est devenu une grande industrie, nous allons nous en occuper. »

Entre le drame et la farce, tout est politiquement dit.

A demain @jynau

Baclofène inopérant contre la maladie alcoolique? Pour Prescrire la messe est bel et bien dite

Bonjour

Pourquoi publier maintenant ? C’est un épais dossier 1 du mensuel Prescrire (novembre 2019) qui ne manquera pas, au choix, de faire sourire, d’irriter ou d’enrager : « Baclofène (Baclocur®) : une aide modeste pour certains patients dépendants de l’alcool ». Une « synthèse élaborée collectivement par la rédaction sans acun conflit d’intérêts »). En voici le résumé (nous soulignons) :

« L’alcoolodépendance est une maladie chronique grave, parfois mortelle, caractérisée par la perte de la maîtrise de la consommation d’alcool. Après avoir accompagné les patients vers une démarche de soin, un soutien psychologique et social est souvent utile pour diminuer leur consommation d’alcool ou pour maintenir l’abstinence ou une consommation contrôlée en faible quantité.

« Quelques médicaments, tels que l’acamprosate (Aotal® ou autre) ou la naltrexone (Naltrexone Mylan® ou autre), aident parfois mais leur efficacité est modeste. Après échec de ces traitements, le baclofène (Baclocur®) à doses modérées aide aussi modestement. Parmi la quinzaine d’essais menés chez environ 1 700 patients alcoolodépendants, une synthèse de neuf essais a montré un allongement du délai avant perte de contrôle de la consommation d’alcool avec le baclofène à doses journalières inférieures ou égales à 75 mg, 30 mg par jour étant la dose la plus fréquemment évaluée.

« Deux grands essais, Alpadir et Bacloville, menés chez 320 patients chacun, ont montré un gain d’efficacité incertain avec de fortes doses de baclofène, avec l’apparition d’effets indésirables préoccupants : sensations vertigineuses, somnolences, troubles sensitifs et musculaires, un surcroît d’hospitalisations et de morts à doses supérieures à 80 mg par jour, et des incertitudes sur un éventuel effet tératogène et un syndrome de sevrage chez l’enfant à la naissance. 30 mg de baclofène par jour est une option pour les patients alcoolodépendants en échec des autres traitements, en sachant que son efficacité est limitée et la durabilité de ses effets incertaine.

« Il n’est pas démontré qu’augmenter les doses journalières de baclofène améliore son efficacité, et sa balance bénéfices-risques est défavorable aux doses supérieures à 80 mg par jour. »

Sur fond de maladie alcoolique et de réduction des risques

Rappel d’une déjà longue polémique sur fond de maladie alcoolique et de réduction des risques. À l’origine, le baclofène (Liorésal®, Baclofène Zentiva®) est indiqué dans le traitement des contractures musculaires d’origine neurologique. Ces dernières années, plusieurs études ont montré qu’avec des doses supérieures à celles habituellement utilisées (jusqu’à 300 mg/j), le baclofène agit sur la libération de dopamine et diminue le plaisir lié à la consommation d’alcool. Il rendrait indifférent à l’alcool et permettrait d’avoir une consommation contrôlée, voire d’être abstinent.

De nombreux patients alcoolo-dépendants ont donc souhaité bénéficier du baclofène, et sa prescription s’est ainsi développée sans autorisation de mise sur le marché (AMM) pour cette indication. Afin d’encadrer ces prescriptions et de mettre en place un suivi des patients, l’ANSM a accordé le 14 mars 2014 une Recommandation Temporaire d’Utilisation (RTU), qui fixe les conditions de prescription du baclofène (patients pouvant bénéficier du traitement, posologies, prescripteurs, contre-indications…).

En octobre 2018, la spécialité Baclocur® a obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le traitement de l’alcoolo-dépendance. La Recommandation Temporaire d’Utilisation (RTU) est prolongée jusqu’à la commercialisation effective de la spécialité Baclocur® (a priori fin 2019).

Quel sera l’impact de Prescrire sur les ventes à venir ?

A demain @jynau

1 « Baclofène (Baclocur®) et alcoolodépendance » Rev Prescrire 2019 ; 39 (433) : 805-809. (pdf, réservé aux abonnés) ©Prescrire 1er novembre 2019

Bioéthique et cigarette électronique : bienvenue à Geneviève Chêne et Emmanuelle Cortot-Boucher

Bonjour

La statistique gouverne-t-elle le monde ? Santé Publique France et Agence de la biomédecine : ce sont deux jeunes poutres porteuses du paysage politique français, sanitaire et éthique. Deux piliers dont les têtes viennent d’être renouvelées. Deux femmes, deux statisticiennes qui entrent ainsi dans le paysage politique – qui ‘est pas réductible à la politique. On les retrouvera notamment, l’une sur les frontières de la marchandisation du corps humain, l’autre sur le dossier majeur de la réduction des risques et, donc, de la cigarette électronique. Présentations officielles :

Emmanuelle Cortot-Boucher, 43 ans. « Par décret publié au Journal Officiel en date du 31 octobre 2019, Emmanuelle Cortot-Boucher a été nommée à la direction générale de l’Agence de la biomédecine. Elle prend la succession d’Anne Courrèges, directrice générale de l’Agence de la biomédecine depuis décembre 2014.

Diplômée de l’Ecole Polytechnique, de l’Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration et ancienne élève de l’Ecole Nationale de l’Administration (promotion Léopold Sédar Senghor), Emmanuelle Cortot-Boucher, 43 ans, a débuté sa carrière en 2004 au Conseil d’Etat en qualité de rapporteur à la section du contentieux et à la section des finances avant de devenir conseiller technique en charge des affaires juridiques, européennes et internationales au sein du cabinet de Xavier Bertrand, alors ministre du travail, des affaires sociales, de la famille et de la solidarité, de 2007 à 2009.

Depuis 2010, elle a exercé les fonctions de rapporteur public auprès de l’assemblée du contentieux du Conseil d’Etat, de rapporteur public auprès du Tribunal des Conflits et de rapporteur adjoint auprès du Conseil constitutionnel. Emmanuelle Cortot-Boucher est également professeur associé en droit public à l’Université Paris II – Panthéon Assas. »

Geneviève Chêne, 57 ans. « Par décret du président de la République, paru au Journal Officiel du 30 octobre 2019, elle a été nommée directrice générale de Santé publique France. Son mandat est de trois ans, renouvelable une fois.

Geneviève Chêne, née en 1962, est professeure de biostatistique et de santé publique. Depuis 1999, elle enseigne à l’Institut de Santé publique, d’épidémiologie et de Développement, l’ISPED, structure de l’université de Bordeaux qu’elle dirigeait depuis juin 2017. Elle a par ailleurs dirigé pendant huit ans le pôle de santé publique du CHU de Bordeaux, couvrant l’ensemble des domaines de la santé publique (information en santé, analyse et gestion des risques pour les patients et les professionnels de santé).

Elle a contribué à y créer début 2019 un service entièrement dédié au soutien du développement de l’offre de prévention à l’échelon de l’établissement, du Groupement Hospitalier de Territoire et de la région Nouvelle-Aquitaine. Formée en médecine, épidémiologie et biostatistique, son parcours professionnel lui a permis de couvrir progressivement de nombreux champs de la santé publique.

Elle a dirigé une équipe de recherche Inserm dans le domaine de la recherche clinique et en santé publique sur le VIH/sida et les maladies infectieuses. Plus récemment, ses travaux se sont orientés vers les maladies neuro-dégénératives et le vieillissement cérébral. Elle a également été membre du comité des sages pour la préparation de la stratégie nationale de santé 2013-2017, et a dirigé l’Institut de santé publique de l’Inserm et l’Institut de Recherche en Santé Publique entre 2014 et 2017. »

Bienvenue.

A demain @jynau

Inespéré : la e-cigarette est «probablement» une aide efficace pour arrêter de fumer

Bonjour

C’est une étape importante dans la -déjà- longue histoire de la Révolution des Volutes. Et la démonstration que petit à petit l’oiseau de la réduction des risques fait son nid dans l’immense jungle du tabagisme et dans méandre du principe politique de précaution. Après nombre d’addictologues, d’esprits éclairés et d’un ancien Directeur général de la Santé, deux sociétés savantes hier encore rétives viennent de progresser dans leur perception du phénomène : la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF) et la Société Francophone de Tabacologie (SFT).

A l’occasion du Mois sans tabac elles « proposent dans un document une information sur la cigarette électronique ; information basée sur l’analyse des données scientifiques publiées ; document destiné avant tout aux fumeurs envisageant d’utiliser la cigarette électronique comme outil d’aide au sevrage tabagique ; document signé du Pr Nicolas Roch, président de la SPLF et de la Dr Anne-Laurence Le Faou, présidente de la SFT. Extraits :

La dépendance. « La dépendance tabagique a deux composantes : 1- Une dépendance physique liée au manque de nicotine (indépendante de la volonté) qui peut être comblée par apport de nicotine non-fumée médicamenteuse (patchs, pastilles, comprimés, inhaleurs, sprays ou comprimés sub-linguaux) et/ou non médicamenteuse (cigarette électronique). La varénicline qui bloque certains récepteurs nicotiniques est aussi un traitement efficace de la dépendance physique à la nicotine. 2- Une dépendance psychologique et comportementale.

Les traitements. « Les traitements médicalement validés sont ceux qui ont fait l’objet d’essais cliniques. Ils ont démontré qu’ils augmentaient les chances de l’arrêt du tabac avec un rapport bénéfice/risque positif. C’est le cas de tous les substituts nicotiniques et de la varénicline, remboursés en France ainsi que du bupropion, non remboursé. Ces traitements (à l’exception de l’inhaleur, des Nicorette Microtab et du spray de nicotine) sont remboursés par l’assurance maladie sans reste à charge pour les patients atteints d’une maladie de longue durée (en particulier dans le domaine des troubles respiratoires pour l’insuffisance respiratoire liée à la BPCO ou à l’asthme, pour le cancer du poumon ou la tuberculose), le reste à charge de 35% est payé par la complémentaire santé dans les autres cas. Ces traitements restent les traitements recommandés par les autorités de santé pour tous les fumeurs dont ceux atteints de maladies respiratoires.

La cigarette électronique. « Que sait-on de la toxicité de la cigarette électronique ? En utilisation normale Les émissions de la cigarette électronique contiennent moins de substances toxiques que la fumée du tabac. Elles peuvent induire toutefois des effets biologiques mesurables. Les conséquences cliniques et épidémiologiques (santé publique) à long terme de l’utilisation des cigarettes électroniques, à ce jour, ne sont pas connues. Les études bien conduites cliniques et épidémiologiques concluantes sont nécessaires pour évaluer le bénéfice et les risques exacts de leur utilisation.

Les cas de toxicité pulmonaire rapportés aux USA. « Ces cas ont concerné 1888 personnes à la date du 31 octobre 2019 dont 37 décès. Ces cas sont liés aux liquides que certains utilisateurs de cigarette électronique ont mis dans le réservoir. Dans 75- 80% des cas, ces liquides étaient fabriqués ou achetés hors du commerce officiel et contenaient des huiles de cannabis, du cannabis synthétique ou d’autres produits assimilés et souvent de l’acétate de vitamine E (produits formellement interdits dans liquides pour cigarettes électroniques en Europe). Il s’agissait donc du détournement d’usage du dispositif c’est-à-dire dans le cadre d’un usage récréationnel et non dans l’objectif de l’arrêt de la consommation du tabac. En absence d’identification de l’agents ou des agents causaux provoquant ces pneumopathies, il est recommandé de n’utiliser que les liquides commercialisés, de ne pas acheter des liquides dans la rue et de pas utiliser des huiles de cannabis ou d’autres produits non commercialisés.  En France le Directeur général de l’ANSES qui assure le contrôle des liquides pour cigarettes électroniques, a affirmé qu’aucun des liquides commercialisés en France ne posait de problème sanitaire. Intérêt de la cigarette électronique dans la sortie du tabac

Mais encore. « La cigarette électronique est utilisée le plus souvent sans aide médicale par des fumeurs qui veulent soit réduire leur tabagisme, soit arrêter de fumer. Selon Santé Publique France,

1) les données recueillies après le Mois sans tabac 2016 montrent que la cigarette électronique est de loin le produit le plus utilisé dans l’arrêt du tabac avec aide : 27% contre 18% pour les substituts nicotiniques et 10% pour le recours aux professionnels de santé.

2) il est estimé que 700 000 fumeurs ont arrêté de fumer en 7 ans avec la cigarette électronique seule ou en association avec d’autres aides.

Mais encore (bis). « Les données scientifiques actuellement disponibles sont toutefois insuffisantes pour conclure avec certitude que la cigarette électronique est un traitement efficace et sûr pour aider les fumeurs à arrêter de fumer. Un essai publié récemment dans le New England Journal of Medicine montre qu’il y a près de deux fois plus d’arrêt à un an avec la cigarette électronique qu’avec les substituts nicotiniques.

« L’utilisation prolongée de la cigarette électronique De nombreux utilisateurs continuent à fumer tout en vapotant. Cette situation laisse persister les risques du tabagisme. Ces vapo-fumeurs doivent être mieux substitués en nicotine par ajout de patchs et optimisation de la prise de nicotine par la cigarette électronique. Chez les fumeurs sevrés du tabagisme grâce à la cigarette électronique, un avis médical est recommandé en cas de dépendance persistante à la nicotine. En cas de consommation de cigarette électronique au-delà de 12 mois après l’arrêt du tabac 1,2, l’arrêt de la cigarette électronique est conseillé s’il n’existe aucun risque de retour au tabac. Cas particulier des maladies respiratoires chroniques Il est préférable d’utiliser un des traitements médicamenteux recommandés pour l’arrêt du tabac et remboursés en France : substituts nicotiniques ou varénicline, plutôt que la cigarette électronique.

Pour conclure. « Ne plus fumer est le premier objectif à poursuivre chez les fumeurs, notamment porteurs de maladies respiratoires chroniques. La cigarette électronique est probablement une aide efficace pour arrêter de fumer. Elle doit dans ce cas être utilisée de façon transitoire (en l’absence de donnée précise sur ses effets à long terme) en vue de l’arrêt de la consommation tabagique. Elle doit être proscrite chez les non-fumeurs. Fumer et vapoter dans le même temps n’est pas une solution, car cette conduite ne réduit pas les risques liés au tabac. »

Il ne faut probablement jamais désespérer.

A demain

1 Réaction-questions du Dr Anne Borgne (SOS Addictions) :  » 12 mois? Pourquoi pas 6 ou 24 ? D’où sort cette durée, de quelles données de la science? Ces donneurs de leçons frileux de ne pas s’avancer tant que la preuve scientifique de 25 000 études n’est pas faite peuvent-ils nous donner la référence concernant cette durée ? »

2 Réaction- commentaires de Sébastien Béziau, vice-président de #sovape. « Je partage ce point de vue.  AUCUN fondement pour limiter la durée à 12 mois. Ils font appel à une science soit-disant inexistante et incapable de démontrer une innocuité absolument indémontrable par définition. Mais quelle référence pour cette affirmation, à part le doigt mouillé ?

L’emploi permanent des conditionnels / potentiels est insupportable – et ne fait que renforcer les doutes chez les consommateurs, fumeurs, et même vapoteurs. Aucun risque, c’est pas possible, tout le monde est d’accord. Beaucoup moins de risque, c’est une certitude.

La phrase : « L’existence aux USA de cas de toxicité pulmonaire rapportée à l’utilisation de cigarettes électroniques inquiète les fumeurs qui envisagent l’arrêt du tabac et les vapoteurs’’… fait persister l’amalgame entre LA vape et la consommation de produits frelatés et illicites.

Même l’explication est douteuse « Dans 75-80% des cas, ces liquides étaient fabriqués ou achetés hors du commerce officiel’’… Cela laisse à penser que les 20-25% restants sont des produits « normaux ». NON !! Les 20-25% des cas sont seulement des gamins qui n’ont pas « avoué » les produits qu’ils ont consommé.

Pour ce qui est de l’étude ECSMOKE, elle ne démontrera pas grand chose, si ce n’est comparer UN liquide / UN taux de nicotine (12 = trop faible) / UN arôme / UN appareil Vs UN médicament. Soir 1/100000e des possibilités de combinaisons possibles pour utiliser le vapotage, rien à voir avec l’usage courant. Il faudrait cesser de dire que cette étude compare LA vape. C’est FAUX.

Quant aux « non-fumeurs » qui ne doivent pas y toucher… L’expérience américaine avec un taux de tabagisme juvénile qui a plongé à moins de 6% VS 25% en France, ne fait se poser de questions à personne ?

Le problème est très complexe, certes, mais doit-on le trancher sans aucun débat ? Pas de question sociale, éducative, vision globale de santé publique, pas de regard sur les faits ?   J’imagine que ce communiqué a donné lieu à d’âpres échanges en interne, avec beaucoup de bonne volonté, on sent bien la SFT qui veut bien / mieux faire… Mais le résultat est-il vraiment de nature à rassurer ? »