Drogue politique : demain, des champs de cannabis au pays des tulipes et de Maastricht

Bonjour

Fumer du cannabis modifie les états de conscience. Certains citoyens goûtent ces modifications, en deviennent bientôt friands, puis dépendants, estiment qu’ils y ont droit, deviennent violents parfois. L’Etat peut-il leur interdire l’accès à cette substance ? Si oui à quel titre, avec quels arguments autres que sanitaires ? Est-ce à lui d’en organiser le commerce et – le cas échéant – d’en tirer profit ?

Cette équation vaut pour toutes les substances psychotropes, à commencer par le tabac et l’alcool, ces éternelles gabelles. On la retrouve, déclinée, dans d’innombrables faits divers et joutes politiques. Elle est aujourd’hui d’actualité aux Pays-Bas où une courte majorité parlementaire vient de se prononcer pour la dépénalisation de la culture de cette plante. « C’est là une manière de sortir d’une zone grise, estime Euronews. Aujourd’hui, la vente est tolérée mais sa production est interdite sauf dans des cas bien particuliers. Résultat, les fameux coffee-shop hollandais doivent souvent faire appel à des sources illégales. »

Les partisans voient dans cette dépénalisation des futurs lopins un bon moyen de lutter contre les mafias (plus ou moins) criminelles. Les opposants estiment (notamment) que cultiver du cannabis au pays de Maastricht va à l’encontre des traités européens signés par les Pays-Bas. Et ce alors même que la production nationale pourra aisément partir vers l‘étranger – comme c’est le cas avec le florissant commerce des fleurs séchées.

500 grammes de drogues douces

L’affaire est racontée avec un délicieux pointillisme dans Le Monde par notre excellent confrère Jean-Pierre Stroobants :

« Le texte, finalement approuvé à une courte majorité (77 contre 72), représente un tournant dans la politique à l’égard des drogues douces pratiquée par les Pays-Bas depuis 1976. La détention de cannabis ou de haschisch pour la consommation personnelle (moins de 5 grammes) était autorisée, comme la vente dans les célèbres coffee-shops. La culture et le transport étaient, en revanche, prohibés ce qui a permis le développement de filières criminelles qui ont pris en charge l’approvisionnement des points de vente.

Ces réseaux mafieux ont prospéré grâce, notamment, au fait que de nombreux étrangers venaient faire leur marché dans les quelque 600 coffee-shops du pays. Selon les estimations, le chiffre d’affaires annuel de ce business dépasserait 1 milliard d’euros. Sous la pression des pays voisins, la vente à ces consommateurs a, depuis, quelques années, été réglementée et limitée : chaque commerce ne peut, en théorie, avoir en stock plus de 500 grammes de drogues douces. »

Cette « courte majorité » est le fruit de divisions et d’alliances contre nature qui ne sont pas sans faire songer à celle que l’on voit aujourd’hui en France entre François Bayrou l’aguerri et le phosphorescent Emmanuel Macron.  Et, comme en France, il reste à savoir si l’alliance de circonstance apportera ses fruits. « Les partis qui l’ont adopté à la Deuxième Chambre doivent encore décrocher un vote favorable à la Première Chambre (le Sénat), nous explique Stroobants. Dans cette assemblée, le parti du premier ministre ne s’oppose pas par principe à une révision des dispositions actuelles mais trouve que le projet voté à la chambre manque de cohérence et ne permet pas une régulation intelligente ».

Affaires criminelles

L’intelligence régulatrice voilà bien, avec la politique-mystique, la question du moment.

Il faut, pour comprendre, rappeler que la « politique de tolérance » vis-à-vis du cannabis initialement instaurée aux Pays-Bas (et qui fit longtemps rêver en France) ne devait être qu’une première étape vers une régularisation complète. « Mais le processus s’est arrêté, avec toutes les conséquences qui en découlent. Le problème principal est que la vente par les coffee-shops est certes autorisée, mais que leur approvisionnement est illégal, résume Stroobants. La culture professionnelle est elle aussi interdite. Il y a donc tolérance d’une gestion d’entreprise qui dépend en partie de processus de production et d’achats illicites. Les entrepreneurs de coffee-shops sont par conséquent obligés de faire des affaires avec des criminels. » Imaginez des buralistes français fricoter avec des contrebandiers…

Pour l’heure la solution trouvée au pays de Vermeer (actuellement exposé à Paris) prévoit de maintenir l’interdiction de la culture de cannabis. En revanche, si elle est contrôlée par les pouvoirs publics et soumise à l’impôt, cette même culture ne fera plus l’objet de poursuites. Les cultivateurs devront obtenir une autorisation du ministère de la santé et soumettre leurs produits à des enquêtes de qualité. Les coffee-shops ne pourraient plus acheter des produits qu’aux personnes officiellement agréées, qui leur livreraient des paquets préemballés de 5 grammes.

C’est, au pays de Delft et de la crise des tulipes,  une assez belle peinture de l’emprise croissante de l’Etat sur la modification des états de conscience du citoyen.

A demain

Cigarette électronique : la fin des «tabous» serait politiquement décrétée. Et après ?

 

Bonjour

C’était la conférence de presse 1  qu’il ne fallait pas rater. On y a dit des choses essentielles. A commencer par celle-ci: « [Concernant la cigarette électronique] les choses changent au fur et à mesure que les données scientifiques arrivent, a notamment expliqué le Dr Jérôme Viguier, directeur du pôle santé publique et soins de l’Institut National du Cancer (INCa), aujourd’hui cité par Medscape France (Vincent Bargoin). Des principes de précaution avaient été portés sur le risque potentiel de la nicotine, sur le risque que ce soit un mode d’entrée dans la tabagisme et/ou que cela ne fasse pas diminuer la consommation de tabac par ailleurs. Des données plutôt rassurantes arrivent. Clairement, la cigarette électronique est un outil qui peut rentrer dans le cadre d’un accompagnement à la diminution du tabagisme et au sevrage pour certaines personnes et dans certaines circonstances. Il n’y a plus de tabous à l’égard de l’e-cigarette ».

Les grands moments sont presque silencieux. Ainsi donc, le directeur du pôle santé publique et soins de l’Institut National du Cancer (INCa) le dit sans trompettes : « il n’y a plus de tabous à l’égard de l’e-cigarette ». Prise avec des pincettes, ignorée quand elle n’était pas ostracisée par Marisol Touraine, ministre de la Santé, la cigarette électronique n’est plus tout à fait interdite dans la cité de la santé publique. Quelle belle reconnaissance que le mot prononcé par le Dr Jérôme Viguier. Ainsi donc c’était bien vrai : le e-cigarette avait généré des tabous.

Mode conditionnel

Sans aller jusqu’à « l’interdiction de caractère sacré qui pèse sur une personne, un animal, une chose » le responsable de l’INCa voulait sans doute évoquer une « règle d’interdiction »  décrétée par les hauts responsables sanitaires français.

Il restera aux journalistes d’investigation et autres décodeurs à nous révéler quels sont les responsables de l’instauration de ces tabous. De fait les temps sembleraient changer. Interrogés les spécialistes affirmés de l’addiction tabagique et de la cigarette électronique nous confient observer quelques petits signes d’évolution au sein de l’INCa,  cette institution chargée de coordonner la lutte contre le cancer. Dans son dernier rapport, qui vient d’être publié, on peut découvrir la conclusion suivante au pied de la page 19 :

«  (…) la cigarette électronique pourrait représenter, à terme, un moyen de sevrage supplémentaire pour aider les fumeurs qui décident d’arrêter ou de réduire leur consommation. »

Il reste aux responsables actuels de l’INCa (puis au prochain ministre de la Santé) à nous expliquer ce que signifie concrètement le fait qu’il n’y a plus, en France aujourd’hui, de tabous frappant la cigarette électronique. Et par quel miracle jésuite on peut concilier l’effacement affiché des tabous tout en maintenant l’usage du mode conditionnel.

A demain

1 Conférence de presse de l’INCa, jeudi 2 février. Avec Pr Norbert Ifrah, président de l’Institut national du cancer Thierry Breton, directeur général de l’Institut national du cancer Dr Jérôme Viguier, directeur du pôle santé publique et soins, Muriel Dahan, directrice des recommandations et du médicament. Message à la presse :

« Objectif : à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre les cancers qui aura lieu le 4 février, Norbert Ifrah, président de l’Institut national du cancer, Thierry Breton, directeur général, et le collectif des directeurs de l’Institut, vous invitent à un point presse décryptage afin de dresser un état des lieux de la lutte contre les cancers et des enjeux à venir.  Ce décryptage vous apportera des éléments quantitatifs et qualitatifs nouveaux dans la rédaction de vos articles ou dossiers rédactionnels à l’occasion de cette journée du 4 février » (sic)

 

 

 

Addictions: avec le Pr Dautzenberg, arrêtez de fumer tout en prenant du plaisir (2,99 €)

 

Bonjour

De la jouissance post-tabagique. Il faudra, un jour prochain, réactualiser le portrait du Pr Bertrand Dautzenberg. Médecin et enseignant (Université Pierre-et-Marine-Curie) c’est un spécialiste de pneumologie dans le temple de la Salpêtrière. C’est aussi un parcours atypique dans le cercle de la pneumologie, une volonté de sortir de la scientologie hospitalo-universitaire pour aller prêcher dans les déserts.

Après des années de prise en charge des cancers broncho-pulmonaires et des bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) il a fait le choix d’agir en amont. Non plus prendre en charge les conséquences mais s’attaquer à la cause première : l’addiction au tabac. Remonter dans l’échelle des causalités peut vous changer un homme.

Cigarette électronique

Car engager un tel combat (tous les prêcheurs le savent) c’est entrer sur le terrain politique – un sol sablonneux, montant, malaisé ; un terrain miné et parfois mal famé. C’est croiser le fer avec les puissants adversaires de la politique de réduction des risques. Et l’on sait qu’il en existe aussi, rémunéré sur des deniers publics, sous les marbres et les ors des ministères.

Bertrand Dautzenberg prêcheur est l’auteur de plusieurs livres sur le tabagisme 1. Il a coordonné en mai 2013 un rapport sur la cigarette électronique (une « revue bibliographique ») à la demande de Marisol Touraine, ministre de la Santé 2. Bientôt quatre ans ont passé. Marisol Touraine n’a (dramatiquement) pas changé. Le Pr Dautzenberg a, lui, découvert (via sa consultation e-cigarette de l’AP-HP) « l’importance du plaisir dans l’arrêt du tabac ».

Décortiquer sans stress

Comme souvent la découverte du plaisir peut vous changer un homme. Ici cela a conduit un médecin pneumologue « à repenser totalement son approche ».  Il publie aujourd’hui « Le plaisir d’arrêter de fumer » (First Editions) : « en finir avec le tabac, oui, mais sans stress et en y prenant du plaisir ! ». Soit un bréviaire miniature cédé pour 2,99 €. 3 Aux frontières du bénévolat ?  Avec un souci tout particulier pour la vape et les vapoteurs 4. Son éditeur présente l’opuscule ainsi :

« Vous êtes conscient des méfaits du tabac, vous savez qu’il met en péril votre santé et celle de votre entourage, qu’il est une dépense supplémentaire chaque mois et qu’il possède une véritable emprise sur votre mental et vos émotions. Peut-être avez-vous-même déjà fait des tentatives pour arrêter de fumer, sans succès…

Bertrand Dautzenberg, médecin et professeur de pneumologie, vous présente une méthode révolutionnaire pour rompre enfin avec le cercle vicieux de la cigarette. En plus de retrouver votre liberté, le but de la démarche est de vous faire prendre du plaisir à arrêter de fumer.

 « Comment ? Grâce à une approche psychologique et comportementale qui vous aidera à comprendre pourquoi vous fumez et à décortiquer les mécanismes de la dépendance. Vous serez ensuite invité à choisir un substitut nicotinique qui vous convient, afin de diminuer le nombre de cigarettes fumées chaque jour. En choisissant une autre forme de nicotine, l’arrêt se fait alors dans le calme, sans prise de poids, sans insomnie ni irritabilité.
Êtes-vous prêt à essayer ? »

A demain

Nous avons cosigné avec lui (dessins de Charb) : « Tout ce que vous ne savez pas sur la chicha »  éditions Margaux-Orange, 2007. Ouvrage épuisé.

2 « Cigarette électronique schizophrénique » Journalisme et Santé Publique 1er juin 2013.

3 « Nous avons lancé cette collection de petits livres il y a maintenant vingt ans – et son succès continue, précise-t-on chez First Editions. D’autres maisons d’édition se sont également lancées dans des collections à petits prix. »

4 A lire, la recension de Sébastien Beziau : http://www.vapyou.com/dautzenberg-plaisir-arreter-fumer-livre/

Overdose : première personne officiellement sauvée en France après Nalscue® à domicile

 

Bonjour

Ne pas toujours désespérer. L’information n’est pas encore officielle mais elle est validée. Des spécialistes d’addictologie viennent d’être informés de la première administration réussie de Nalscue® en France – et ce dans le cadre officiel de son autorisation temporaire d’utilisation (ATU). Le prescripteur est un médecin éclairé du Puy-en-Velay.

Résumons : un patient, en région Auvergne-Rhône-Alpes avait été formé à l’utilisation de Nalscue® (naloxone 0,9 mg/0,1 ml en spray nasal) par son médecin lors de son inclusion dans l’ATU. Il vient de porter secours à un autre usager de drogues en lui administrant Nalscue® suite à une overdose aux opioïdes. L’usager est vivant, son pronostic vital n’est pas engagé.

Puy-en-Velay

C’est là une information à relayer, ne serait-ce que pour continuer à sensibiliser les professionnels de santé et les usagers à l’inclusion dans l’ATU pour avoir accès à ce traitement d’urgence.  C’est aussi la démonstration que, lorsqu’elle se met en place, la lourde machinerie pharmaco-administrative française peut, in fine, sauver des vies.

Et c’est, enfin, l’expression réitérée du regret que cette machinerie n’ait pu, pour des raisons obscures de cabinets, démarrer plus tôt.  Merci au prescripteur du Puy-en-Velay. Ne pas toujours désespérer.

A demain

Papiers d’identité : la Française des Jeux va-t-elle plier là où les buralistes ferment les yeux ?

Bonjour

Bruxisme devant les linéaires. Le dernier quotidien (parisien) du soir vient d’aborder un sujet plus qu’irritatif : il faudrait, demain, montrer ses papiers d’identité pour remplir une grille de Loto ou un ticket de PMU. Le joueur devenu délinquant en herbe… Terroriste peut-être… A quelles fins, fiscales ou policières ?

En octobre  2016, déjà, la Cour des comptes s’y était déclarée favorable. Cette fois c’est le Parlement qui reprend la balle au bond. Il faut ici lire le rapport sur les jeux d’argent et de hasard présenté mercredi 8  février au nom du Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques par les députés Régis Juanico (PS, Loire) et Jacques Myard (LR, Yvelines).  Politiquement opposés les deux hommes militent pour une identification systématique des parieurs.

En pratique, ils souhaitent qu’avant de jouer, les clients de La Française des jeux et du PMU soient obligés de présenter un document d’identité – document qui serait lu automatiquement par un scanner, en utilisant les nouvelles bornes de prises de paris. « Cela permettrait de vérifier que le joueur est majeur, et éventuellement qu’il ne figure pas au fichier des interdits de jeu », plaident les deux parlementaires. Ce serait, en somme, aligner les bars-tabac PMU sur la règle qui prévaut dans les casinos et non, comme on le sait, dans les tripots.

Anonymats levés

Où l’on découvre que l’anonymat de l’immense majorité des joueurs pose plusieurs problèmes. Lesquels ? Le premier : « l’interdiction du jeu aux mineurs n’est pas assurée » relevait, en octobre dernier, la Cour des comptes : un jeune de 15 à 17 ans sur trois aurait déjà pratiqué des jeux d’argent, en particulier des paris sportifs et des jeux de grattage. La Française des Jeux est particulièrement concernée. Ce sont là des chiffres intéressants. On aimerait que la même Cour se penche sur la proportion de mineurs qui achètent du tabac alors qu’ils n’en ont pas le droit.

Il ne sera cependant pas facile d’imposer la levée de l’anonymat. Les turfistes « sont viscéralement attachés aux paris en espèces », plaident les dirigeants du PMU cités dans le rapport pour justifier leur résistance. Qui plus est, « le paiement des gains en liquide incite à les rejouer immédiatement ». C’est, très précisément, l’une des manifestations de l’addiction.

Nouveaux adeptes

La Française des Jeux va mener un test printanier dans une centaine de points de vente. Les clients y bénéficieront d’offres exceptionnelles, ils pourront, par exemple, parier sur des résultats de football ou de basket … en cours de match. Mais, pour cela, ils devront s’identifier. Le montant des ventes de la Française des Jeux en 2016 s’est élevé à 14,3 milliards d’euros. Il a progressé de 4,6 % en un an et marque un « record historique ».  L’an dernier le total des enjeux collectés par le PMU a été de 9,8 milliards d’euros l’an dernier, un montant en recul de 1,8 %. C’est ainsi : le PMU peine à recruter de nouveaux adeptes.

Le tabac, lui, ne manque malheureusement pas de nouveaux et jeunes adeptes. Les buralistes, spectateurs privilégiés, le savent mieux que personne. Il est peu vraisemblable qu’ils soient favorables à une identification automatisée des jeunes clients en chemin vers l’esclavage de l’addiction au tabac.

A demain

 

Que fera de la cigarette électronique le nouveau patron de la lutte contre les addictions ?

 

Bonjour

Il arrive à point nommé et son action politique sera décortiquée : le Dr Nicolas Prisse a été nommé, ce 8 février et en conseil des ministres, président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca). A ce titre il pourrait contribuer à repenser la politique dans ce champ sanitaire – un champ d’une importance considérable si on y inclut cette drogue légale qu’est le tabac. Fera-t-il plus (et mieux) à ce poste politique que Mme Danièle Jourdain-Menninger (« fonctionnaire socialiste » selon Libé) en poste depuis septembre 2012?

Du Tchad à Ségur

Son passé plaide-t-il pour lui ? Le Dr Nicolas Prisse était depuis un an en charge de la santé publique au sein des cabinets de Marisol Touraine et de sa secrétaire d’Etat chargée des personnes âgées et de l’autonomie, Pascale Boistard. L’homme est titulaire d’un diplôme universitaire de médecine et santé tropicales (1993) et d’un diplôme spécial de santé publique (1994). Il est aussi diplômé (2004) de l’Ecole nationale de santé publique (ENSP). , aujourd’hui EHESP) (2004).

Mais encore ? Il a œuvré dans la coopération au Tchad (1992-1993) avant de devenir  médecin directeur du service communal d’hygiène et de santé de Bagnolet  (1995-1996) puis ingénieur de recherche (dans l’épidémiologie des cancers) à l’Inserm (1997-1998). Et ensuite ? Il devient coordinateur de Sida Info Services (1998-2000), chargé de la mise en place du nouveau dispositif de téléphonie « Hépatites info service » – et ce avant de rejoindre la direction des sports au ministère de la jeunesse et des sports en tant que chargé de mission (2000-2002).

Réduction des risques et cannabis

Puis viennent neuf ans (2003-2012) à la direction générale de la santé (DGS) où il a été conseiller médical chargé des déterminants sociaux de la santé (2003-2006) puis conseiller médical chargé des questions de toxicomanies (2006-2009) et responsable de l’appui à la programmation nationale et régionale et à l’évaluation, dans le bureau « programmation, synthèse, évaluation » du secrétariat général (2009-2012). De février 2012 à mars 2016, il a été chargé de mission auprès du secrétaire général des ministères chargés des affaires sociales. On peut le voir ici sur une brève vidéo.

L’homme arrive alors que Marisol Touraine va partir – au terme de cinq années malheureusement marquées par un refus obstiné de comprendre idéologiquement et pratiquement ce que pouvait être une véritable politique de réduction des risques dans le champ des addictions. Et ce jusqu’à l’absurde avec la cigarette électronique. Ce qu’une ministre de la Santé a raté, le nouveau patron de la Mildeca pourra- t-il le réussir ? Quid du cannabis sous la prochaine majorité? Seule certitude : il arrive à point nommé. Et son action politique sera décortiquée.

A demain

 

Inventaire. 4 février 2014, François Hollande et Mme Touraine déclarent la guerre au tabac.

 

Bonjour

A compter du 9 février Marisol Touraine effectue un déplacement officiel au Liban. Objet : « la coopération franco-libanaise en matière de santé ». Sans doute est-ce une priorité. Il y a quelques jours la ministre française de la Santé rentrait du Chili. Et ensuite ? D’autres voyages à l’étranger ? C’est possible mais peu probable. Le torchon politique hexagonal brûle comme jamais. Sans doute retrouvera-t-elle plus tôt que prévu le rude combat qui l’attend pour conserver son « fief électoral » du Jardin de la France.

Ainsi Marisol Touraine n’aura pas eu le temps de se rendre en Australie. Elle aurait pu y prendre la mesure de tout ce qu’elle n’a pas fait durant les cinq années qu’elle vient de passer sous les ors de son ministère. L’affaire était rapportée il y a peu par la BBC – « How Australia is stubbing out smoking » et reprise par Slate.fr : « Comment l’Australie pourrait réussir à éradiquer le tabagisme » (Hanna Bernard).

Interdits et amendes

 Au départ la donne était la même. En Australie comme en France (grâce à la loi Evin) la publicité pour les produits du tabac était interdite. Puis vint l’interdiction de fumer dans les lieux publics.  Slate.fr :

« Au début, il n’était interdit de fumer qu’en intérieur, dans les bars, les restaurants ou les bureaux. Puis la liste s’est étendue jusqu’à marginaliser les fumeurs. Car pour fumer en Australie, il faut maintenant être à plus de 10 mètres d’une aire de jeux, à plus de 4 mètres de l’entrée d’un lieu public ou encore ne pas se trouver sur une plage ainsi que devant une station de taxi. Il est même interdit, dans la plupart des villes d’Australie, de fumer en prison. Imaginez que l’on impose un jour ce genre de règles en France.

 Si vous fumez au mauvais endroit, vous pouvez recevoir une amende allant jusqu’à 2.000 dollars australiens, soit plus de 1.400 euros. Et par ailleurs, explique la BBC, même si vous fumez au bon endroit, vous payerez de plus en plus cher vos paquets de cigarettes car les taxes sur ces derniers vont augmenter de 12,5% par an pendant quatre ans. Un paquet de cigarettes coûte actuellement environ 26 dollars australiens, soit presque 17 euros. »

Allergie électronique

On n’oubliera pas le paquet neutre et l’affichage des pathologies. Mais il y a eu, aussi des manières plus douces comme My Quit Buddy (messages d’encouragement quotidiens, distractions pour faire passer l’envie de fumer, et félicitations à chaque nouveau cap atteint). Soit une version qui n’est pas sans faire songer à « Tabac Info Service » (par ailleurs toujours aussi incompréhensiblement allergique à la cigarette électronique).

« Ces méthodes semblent assez efficaces car, en raison du prix prohibitif, de moins en moins de ‘’jeunes’’ achètent des cigarettes, résume Slate.fr. De plus, le taux de fumeurs adultes a diminué de moitié depuis les années 1980. Le gouvernement australien vise encore plus haut puisqu’il s’est engagé à réduire le nombre d’adultes fumant quotidiennement à 10% en 2018. »

Incurie

En France, cette proportion se situe allègrement au-dessus des 30%. Pourquoi ? L’absence de véritable volonté politique, le refus opposé par le gouvernement et le Parlement d’augmenter massivement et durablement les prix. Il y a aujourd’hui précisément trois ans, le 4 février 2014, François Hollande annonçait solennellement (à la Maison de la Chimie et lors de la Journée du Cancer) son ambition dans ce domaine. Il confiait à Marisol Touraine la responsabilité d’élaborer un Programme national de réduction du tabagisme. 1

Objectif : en 2019 le nombre de fumeurs devait avoir baissé de 10% par rapport à celui de 2014. Il n’a pas bougé s’il n’a pas, depuis, augmenté. C’est une assez bonne définition de l’incurie. On peut applaudir l’Australie.

A demain

1 Maison de la Chimie, 4 février 2014. François Hollande lance solennellement le troisième volet (2014-2019) du Plan Cancer, soutenu en cela par le Pr Olivier Lyon-Caen, son «conseiller santé».  Extrait du discours du président de la République :

« Le tabac est responsable de 30% des décès par cancer. C’est la première cause de mortalité pour les femmes, comme pour les hommes – mais de ce point de vue l’égalité est en marche, et ce n’est pas la meilleure ! Le second Plan Cancer [mis en œuvre par Nicolas Sarkozy, ndlr] avait fixé comme objectif une baisse de la prévalence du tabac, c’est-à-dire du nombre de fumeurs, de 30% à 20% dans la population. Le taux aujourd’hui est de 33%. Il y a plus de fumeurs qu’il n’y en avait il y a cinq ans. J’ai donc demandé à Marisol Touraine de présenter, avant l’été, un programme national de réduction du tabagisme, s’intégrant précisément dans la stratégie nationale de santé. Il sera élaboré par tous les acteurs concernés pour agir sur la consommation, qui devient une addiction .»