Cannabis : faut-il, désormais, être propriétaire pour dormir sur ses deux oreilles ?

 

Bonjour

Constitution et stupéfaction. Faudrait-il, désormais, être propriétaire pour détenir des drogues illicites tout en dormant sur ses deux oreilles ? C’est, résumée, la troublante question qui est posée à Laurent Fabius et aux membres du Conseil constitutionnel qu’il préside, sans vagues, depuis bientôt un an. Le trouble est d’autant plus grand que la question résulte de la loi « Egalité et Citoyenneté » adoptée par le Parlement le 22 décembre 2016. Un projet porté notamment par Emmanuelle Cosse, aujourd’hui étonnement « ministre du Logement et de l’Habitat durable » (sic).

La question est posée aux Sages par les associations AIDES, ASUD (Association d’auto-Support des Usagers de Drogues), DAL (Droit Au Logement) et Médecins du Monde.

Des explications s’imposent. Les voici. Faute de bénitiers républicains le diable niche ici dans l’article 119 de cette loi. Il dispose ceci :

« Le contrat de location est résilié de plein droit, à la demande du bailleur, lorsque le locataire ou l’un des occupants du logement a fait l’objet d’une condamnation au titre d’une infraction sanctionnée à la section 4 du chapitre II du titre II du livre II du code pénal et concernant des faits qui se sont produits dans le logement, l’immeuble ou le groupe d’immeubles ».

Acquisition, transport ou détention

En pratique cette disposition permet l’expulsion de locataires y compris des familles avec leurs enfants à la demande du bailleur, privé ou social, si un occupant du logement a été condamné pour acquisition, transport ou détention de stupéfiants.

On peut aussi le dire autrement, comme les associations militantes qui sonnent à la porte des locataires du 2, rue de Montpensier, dans le 1er arrondissement de la capitale :

« Cet article remet indéniablement en cause l’objectif constitutionnel du droit au logement décent. Cette condamnation automatique et arbitraire s’appliquerait aux locataires et aux occupants indistinctement, car l’article vise l’ensemble d’une famille ou d’une colocation et le bail peut être résilié même si le locataire n’est pas concerné par la condamnation ou qu’il n’en a pas connaissance. »

« La loi nouvelle vise aussi bien le trafic que l’acquisition ou la détention de tout stupéfiant. Elle s’applique pour toutes les condamnations sans limitation tirée de la date des faits sanctionnés ou de la décision. Un bail pourrait donc être résilié sur le fondement de faits anciens même antérieurs au début du bail. Avec 1,4 millions de consommateurs réguliers de cannabis en France (OFDT, 2017), combien de foyers seraient concernés par cette mesure ? Faudrait-il dorénavant exiger de son futur colocataire un extrait de casier judiciaire ou encore le soumettre à son propriétaire ? »

On ajoutera, avec les militants, que cette mesure pécherait par son inefficacité : l’expulsion d’une personne n’empêchera nullement les activités illicites de se poursuivre dans un lieu où les « réseaux » sont implantés et qui sont d’ailleurs « de plus en plus tenus par des personnes non résidentes du lieu de trafic pour des raisons de rentabilité ».

Principes fondamentaux

Mais il y a plus grave : cet article de loi entre en totale contradiction avec les politiques de réduction des risques et de prévention de la récidive – sans même parler de la prévention des expulsions locatives et la lutte contre la grande exclusion. L’exemple de la salle se shoot parisienne démontre (s’il en était besoin…) que les usagers de drogue fréquentant les structures de réduction des risques et spécialisées en addictologie ont déjà difficilement accès au logement. Cette mesure aurait de bien malheureuses conséquences sur les « parcours de soins » des personnes souhaitant se réinsérer, notamment après une condamnation.

On peut, là aussi, le dire autrement : dans l’attente d’un « revenu universel », avoir un logement stable est une condition essentielle pour obtenir des droits qui permettent l’accès aux soins. C’est pour toutes ces raisons que les associations AIDES, ASUD, DAL et Médecins du Monde (épaulées par le Syndicat de la magistrature) font valoir que ce texte est contraire aux principes fondamentaux dont le Conseil constitutionnel est le gardien et le symbole. Dans un Paris glacé les locataires du 2, rue de Montpensier doivent rendre leur décision au plus tard le 27 janvier prochain

A demain.

 

Salle de shoot à Paris, trois mois après : parmi les usagers tous ne sont pas des « précarisés »

Bonjour

C’est simple : pas un. Même Emmanuel Macron que l’on commence (judicieusement) à rapprocher de la blancheur de Jean Lecanuet (1920-1993). Aucun des candidats à l’élection présidentielle ne s’exprime sur cet enjeu majeur qu’est la « politique de réduction des risques ». Vanter les mérites de la prévention, toujours. Traiter de la cigarette électronique, jamais. Discourir sur le cannabis, oui. Prendre des engagements comptables sur un programme de réduction drastique du tabagisme ? On verra…C’est là une forme de démission, d’absence de courage, qui n’est pas pour rien dans la désaffection grandissante des citoyens pour son personnel politique.

Du quinquennat finissant on gardera, entre mille sujets, la mémoire des « salles de shoot » (de « consommation à moindre risque). C’est là une expérience frontière et un parfait indicateur de la volonté politique d’agir dans un domaine où la pédagogie est essentielle. Il aura fallu, in fine, plus de quatre ans pour obtenir, après mille et une contorsions, que le premiers de ces espaces puisse être créé en France : dans des locaux attenants à l’hôpital Lariboisière (AP-HP). Cette salle fut inaugurée le mardi 11 octobre la ministre des Affaires sociales et de la Santé. Pour Marisol Touraine il fallait voir là « une avancée majeure pour la santé publique dans notre pays, une réponse innovante et courageuse à une situation d’urgence sanitaire ».

Trois mois après

Et maintenant ? Trois mois plus tard le président de l’association Gaïa, le Dr Jean-Pierre Lhomme fait un premier point d’étape dans un entretien publié par Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb).

« Il serait prétentieux et peu rigoureux de parler de bilan à seulement trois mois. Il s’agit plus d’un point d’étape encourageant. Nous pouvons faire un constat : 170 à 220 passages par jour. Ce sont donc 8 000 injections qui n’ont pas eu lieu dans l’espace public. On compte aussi 5 000 passages pour récupérer du matériel d’injection ou pour du conseil. Cela représente une file active de 500 personnes, ce qui est acceptable.

« Dès le premier jour, 65 personnes sont venues. Ces premiers usagers ont progressivement informé leurs connaissances. Il s’agit en partie d’usagers que l’on connaissait dans notre CAARUD (centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues) ou qui viennent d’autres CAARUD parisien, et en partie des consommateurs qui n’étaient intégrés à aucun dispositif. »

Le Dr Lhomme précise que les consultations médicales infirmières sont en place, que des tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) du VIH et du virus de l’hépatite C (VHC) sont pratiqués, que des cas de contaminations par le VHC ont été identifiés. « Le diagnostic du VHC permet d’entamer une discussion autour du passage à des modes de consommation moins risqués, voire à des produits de substitution, explique-t-il.  La présence de postes d’inhalation favorise également le basculement de l’injectable vers le fumable, qui présente moins de risque. Nous pouvons aussi compter sur nos relais en soins somatiques, en addiction et en psychiatrie. Nos partenaires répondent rapidement à nos sollicitations. On est dans le mûrissement de l’intentionnalité de soin avant le passage du consommateur dans des structures ad hoc. »

Mains tendues

Le médico-médical n’est pas tout : il y a les demandes d’hébergement, celles d’aide à la récupération des droits. Aujourd’hui les horaires, le budget et le personnel permettent d’accueillir jusqu’à 350 personnes par jour dans de bonnes conditions. On comprend que tout n’est encore totalement réglé avec les riverains : « l’assise de la salle de consommation reste fragile. Il faut continuer le travail d’acceptation. Il y a eu une réunion du comité de voisinage, et les riverains nous font part des petits dysfonctionnements ».

Et puis le Dr Lhomme donne cette information : « On ne peut pas encore faire d’étude sociologique, mais nous n’avons pas que des usagers précarisés. Certains sont socialement bien intégrés mais l’offre proposée par la salle de consommation leur convient mieux. » Un élément qui pourrait être mal interprété – et peut-être même utilisé contre le principe même de ces espaces soignants d’un nouveau genre.

Mais c’est aussi là une donnée qui rappelle que les « usagers » (qu’ils soient ou non « précarisés ») sont avant tout des malades souffrant gravement d’addictions à des « produits ». La démonstration de la priorité qui doit être donnée à cette main tendue qu’est (aussi) une politique « courageuse » de réduction des risques. Qu’en dira Emmanuel Macron ? Qu’en aurait dit Jean Lecanuet ?

A demain

Emmanuel Macron n’est pas Zola : comment parler des gens du Nord et de l’alcoolo-tabagisme ?

Bonjour

Né à Amiens la veille de Noël 1977, Emmanuel Macron n’est pas, précisément, un nordiste. C’est un Picard. Pouvait-il, dès lors, parler comme il l’a fait le samedi 14 janvier dans le Nord-Pas-de-Calais ? Toujours en lévitation, sur les nuages des sondages, le candidat d’En marche ! à l’élection présidentielle y a peint, samedi 14 janvier, un tableau sombre de la situation sanitaire et sociale de l’endroit. Il faut, ici, lire, L’Avenir de l’Artois :

« 15h16 : Emmanuel Macron arrive à la cité minière du fond de Sains, rue de Madagascar. (…) L’ancien ministre visite ensuite une deuxième maison, habitée cette fois-ci. La locataire les invite à rentrer. Il prend le temps de s’intéresser à ses conditions de vie. Un troisième logement doit être vu, situé une rue plus loin. Sur le chemin, une riveraine l’interpelle de sa fenêtre. Il prend le temps d’aller lui serrer la main. Discute, et fait de même avec d’autres riverains. « Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? » demande-t-il. Emmanuel Macron continue de s’intéresser de près à leur situation et les questionne sur leur emploi car « ici, c’est un secteur où il y a beaucoup de chômage».

Selon lui, la région a été délaissée par l’État par le passé et « la République n’a pas toujours été à la hauteur ». L’ancien ministre souhaite changer les choses. « Après la fermeture des mines, rien n’a été fait. Il est très important de rendre hommage aux personnes qui y ont travaillé. » Pour lui, ce territoire est un lieu stratégique car « c’est une région au cœur de l’Europe ». Elle est cependant face à certains problèmes selon lui : « l’alcoolisme et le tabagisme se sont peu à peu installés dans le bassin minier. Tout comme l’échec scolaire. Il faut traiter cela en urgence afin de rendre le quotidien de ces personnes meilleur. »

Après deux heures de visite, le leader du mouvement « En marche » se rendait à Hénin-Beaumont. »

Front national et Parti communiste français

N’est pas Zola qui veut. « L’alcoolisme et le tabagisme se sont peu à peu installés dans le bassin minier »… Du « mépris de classe », selon le maire d’Hénin-Beaumont, Steeve Briois, du « mépris social », selon Florian Philippot. « Qui méprise le peuple, méprise la France » pour secrétaire national du Parti communiste, Pierre Laurent, sur Twitter.

Du mépris ? A coup sûr l’incompréhension, par le bourgeois, de ce que le pauvre supporte ou pas (il y avait déjà eu, en 2015, l’affaire de l’illettrisme salariés de l’abattoir de porcs Gad, dans le Finistère.). A ce titre M. Macron vient de commettre une faute politique. Restait le rationnel épidémiologique. L’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée a tenté de répliquer dans un communiqué, citant les « territoires paupérisés » et un article de La Voix du Nord de 2015 affirmant que la surmortalité dans le Nord et le Pas-de-Calais atteignait « 29 % chez les hommes par rapport à la moyenne nationale et 22 % chez les femmes » ; c’était s’enfoncer.

Maladresse politique

Et l’ancien ministre de l’Economie de citer des propos tenus par le Dr Jean-Yves Grall (un Breton) alors directeur de l’Agence régionale de santé du Nord-Pas-de-Calais : « une forte précarité socio-économique (RSA, chômage), des habitudes de vie, notamment alimentaires, liées à la précarité, avec leurs conséquences (diabète, obésité), beaucoup d’addictions (alcool, tabac, drogue), qui sont d’ailleurs des marqueurs de la précarité ».

Mieux conseillé Emmanuel Macron aurait pu citer le syndrome d’alcoolisation fœtale décrit pour la première fois au monde (après le Dr Paul Lemoine à Nantes) par le Dr P. Dehaene à Roubaix. On pourrait additionner les chiffres et les publications. Ils n’effaceraient ni la maladresse de l’homme politique jamais élu, ni la sensation d’agression vécue par une population ainsi visée.

A demain

Cannabis : sur BFM-TV, la gauche socialiste en est restée aux questions de boutiquiers

 

Bonjour

Sympathique, le clown sympathique a assuré : « Oui j’en ai fumé… » Rires dans l’assemblée… « Mais pas ce soir… » Applaudissements dans les travées…. Le clown a pour fonction de faire redescendre la pression et Jean-Luc Bennahmias, décravaté, Vert aux yeux bleus délavés, y excelle.  M. Behnamias avait quatorze ans en 1968. Ancien  du Parti socialiste unifié (PSU) sans oublier la Ligue communiste il fut journaliste avant de s’exercer à la politique centriste et écologiste. C’est dire si on lui pardonne tout, et le reste. Il fait partie de la famille sans vraiment en être. Il fait le clown, aussi, pour y être admis, fût-ce sur une banquette.

Le cannabis ? On ne saura pas si les six autres candidats à la primaire en ont tâté. Encore trop risqué d’avouer, en 2017 et en France, quand on postule au poste suprême. Dimanche 15 janvier, sur BFMTV, on en est donc resté aux questions de boutiquiers qui, depuis l’adolescence de M. Bennahmias, déchirent les gauches françaises. Deux camps en présence avec un seul point fixe : Manuel Valls qui prône, crânement, les valeurs de l’interdit. Pour le reste c’est le ballet de la dépénalisation/légalisation, de la mainmise de l’Etat ou pas, de la vente en pharmacie ou dans les bureaux de tabac, de la commercialisation associée à la prévention de la consommation…

Trafics asséchés

On retiendra ce mot de Sylvia Pinel, envoyée à 39 ans sous la mitraille par la direction du PRG : « La vente de cannabis doit être encadrée pour assécher les trafics ».  Les dealers au rang des marais, en somme. François Henri Goullet de Rugy, ancien écologiste devenu socialiste et vice-président de l’Assemblée nationale : « On n’imagine pas une seconde de la prohibition sur le tabac et l’alcool (…) Dans les bureaux de tabac, on trouve tout ce qu’il faut pour faire un joint, sauf le cannabis ».

Benoît Hamon , né en 1967 : « Il faut légaliser la distribution de cannabis et mettre les moyens sur la prévention (…) Le cannabis peut conduire à des addictions extrêmement graves (…) ». Vincent Peillon, ancien ministre de l’Education nationale (mai 2012-mars 2014) que l’on connut plus vaillant se borne à proposer un « débat sur la dépénalisation du cannabis avec les Français, en écoutant les personnels de santé et de sécurité ».

Hypocrisie psychoactive

Et puis Arnaud Montebourg. Il avait six ans en 1968. Aujourd’hui il botte en touche : « Ce n’est pas aux politiques publiques d’autoriser la consommation de produits nocifs (…) Je pense inutile que l’élection présidentielle se déroule autour d’un sujet de cette nature. »

On en restera là. Rien sur la réduction des risques et, au final la consommation massive d’un produit illicite considérée comme une fatalité. Aucune question sociologique et médicale sur les raisons qui, en amont, font que l’on en vient à fumer cette substance psychoactive. Aucune interrogation sur le fait que la consommation française est la plus importante du Vieux Continent. Est-ce l’offre qui nourrit la demande ? Serait-ce l’inverse ? Pourquoi fume-t-on… ? Pourquoi ce besoin de planer? Quand et chez qui survient le danger ? Non: la seule question : comment faire avec l’existant.

On rit quand Jean-Luc Bennahmias dénonça « 40 ans d’hypocrisie » face à ces « millions » de Français qui en ont déjà fumé. Et on rit de plus belle quand le clown fit mine de s’agacer : « La police a autre chose à faire que de s’occuper de petits dealers et de petits fumeurs ! ». Sacré Bennahmias… La pression redescendait. Le spectacle allait bientôt s’achever.

A demain

Cannabis en vente demain chez les buralistes ? Surprises à venir dans le champ politique

 

Bonjour

Les gazettes sont devenues allergiques aux sondages politiques. Cela n’interdit pas les sociétaux- à commencer par le cannabis qui assure toujours de bonnes recettes médiatiques. Aujourd’hui c’est le site Atlantico qui, avec la complicité de l’Ifop, a cédé à la tentation. Ses résultats, repris par l’AFP, ne manqueront pas d’étonner. La proportion de Français favorables à la dépénalisation de sa consommation ne cesse d’augmenter. Et elle atteint désormais 43 % des citoyens en âge de voter.

Ce chiffre est en hausse constante : avril 2016 (41 %) contre 30% en 2012 et 26% en 1996. « En 2017, la moitié des moins de 35 ans sont favorables à la dépénalisation du cannabis, résume l’AFP. Entre juin 2011 et janvier 2017, il y a eu très peu d’évolution chez les plus jeunes et les plus vieux, mais l’étude montre qu’il y a une progression chez les classes d’âge intermédiaires vers l’adhésion à la dépénalisation (+ 13 points pour les 35-49 ans et + 14 points pour 50-64 ans).

Déchirements socialistes

Le temps passant, l’attirance pour le THC apparaît moins un marqueur de l’âge que des opinions politiques.   « Nous pouvons constater une adhésion très forte à la dépénalisation chez les proches du Front de gauche (69 %) et des écologistes tandis que l’électorat PS (50 %) est coupé en deux, explique Jérôme Fouquet, directeur du département opinion publique à l’Ifop. Par ailleurs, les personnes proches de la droite et du centre sont majoritairement contre la dépénalisation du cannabis, l’électorat FN (42 %) est plutôt contre mais moins opposé que les partisans de droite. »

Faut-il rappeler que l’usage du cannabis come des autres stupéfiants illicite est, en vertu de la loi du 31 décembre 1970, passible d’un an d’emprisonnement et/ou d’une amende de 3 750 euros ? Que 17 millions de personnes ont, en France, déjà expérimenté ses effets sur leur état de conscience ? Que près de 1,5 million de personnes en consomment au moins dix fois par mois (chiffres de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies) ?

Droit de l’homme

L’homme libre a-t-il le droit de consommer des drogues ? La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) s’est prononcée il y a quelques semaines sur ce sujet philosophique. Comme on peut le découvrir ici dans son rapport « Usages de drogues et droits de l’homme ».  Et la réponse est plutôt oui :

 « Une troisième alternative, qui trouve un certain écho en France, vise à  ouvrir un accès légal, mais restreint et contrôlé par l’Etat aux produits cannabiques,  sur le modèle de ce qui a été mis en place en Uruguay. Le récent rapport du  laboratoire d’idées Terra Nova préconise même de confier la vente de cannabis  à des détaillants agréés par une autorité de régulation spécialement créée,  l’Autorité de Régulation du CAnnabis (ARCA), dans « le réseau des débitants de tabac, celui des officines pharmaceutiques ou un nouveau réseau de magasins».

 « Comme pour le tabac, la commercialisation devrait alors être soumise à une interdiction aux mineurs, des « avertissements sanitaires et un packaging neutre», ainsi qu’à « une interdiction de la consommation dans les lieux à usage collectif  et de travail clos et couverts ». Quant à la production, elle « pourrait soit se faire par des agriculteurs français autorisés par des licences du ministère de l’agriculture, soit par des entreprises étrangères», avec un dosage en THC (delta-9-tétrahydrocannabinol) limité. »

Cannabis de la Sarthe

Dépénaliser le cannabis ? Restons au centre global de l’échiquier :

On imagine mal François Fillon accepter les champs de marijuana jouxtant son manoir sarthois. Jusqu’ici Manuel Valls ne voulait pas en entendre parler : « J’ai la conviction, comme le président de la République, que toute société doit savoir fixer des interdits. Je crois que la consommation du cannabis, parce qu’elle a un impact sur la santé publique, doit en rester un », avait-il déclaré le 13 avril 2016. Une porte fermée qui n’a pas empêché le débat de revenir par la fenêtre.

Marisol Touraine ? La ministre de la Santé, s’est dernièrement prononcée favorable non pas à la dépénalisation, mais à « la tenue d’un débat sur la nature de la sanction » assortie à la consommation de cannabis.

Emmanuel Macron ? Dans son ouvrage « Révolution » (XO Editions, 17,90 euros) l’ancien secrétaire général-adjoint de l’Elysée écrit : « je plaide pour une dépénalisation de la détention en petite quantité du cannabis afin de désengorger les tribunaux ». C’est terriblement jésuite, un brin hypocrite – et radicalement flou sur la quantité. On réclame un trébuchet.

A demain

Stilnox®: trente ans après sa mise sur le marché il devient, officiellement, un «stupéfiant»

 

Bonjour

Zolpidem, mieux connu des insomniaques sous le nom de marque Stilnox® de la firme Sanofi-Aventis. Commercialisé depuis trente ans. Vient (enfin) d’être classé parmi les stupéfiants : dans 90 jours, les prescriptions de zolpidem devront se faire sur ordonnances sécurisées. Pourquoi ?  Pour « réduire le mésusage de cette molécule ». Pourquoi si tard ?

Le zolpidem est un sédatifhypnotique de la classe des imidazopyridines. C’est un somnifère puissant qui ne devrait être prescrit uniquement en cas d’insomnies sévères transitoire. Il est classé parmi les psychotropes qui sont bien connus pour faire l’objet « d’abus »  de nature à induire ou faciliter  une toxicomanie. En France le Stilnox® et ses génériques font l’objet d’un suivi renforcé en raison de leurs utilisations détournées (quête de ses effets secondaires à type d’hallucinations et/ou d’euphorie), C’est aussi l’hypnotique le plus prescrit en France.

Campagne médiatique percutante…

En 2014 la Commission de la Transparence de la Haute Autorité de Santé mettait en garde mais ne touchait à rien. Elle écrivait ceci :

« Le service médical rendu des spécialités Stilnox® et génériques est faible dans le traitement des « troubles sévères du sommeil dans les cas suivants : insomnie occasionnelle, insomnie transitoire. » Recommandations La Commission donne un avis favorable au maintien de l’inscription sur la liste des spécialités remboursables aux assurés sociaux dans l’indication « troubles sévères du sommeil dans les cas suivants : insomnie occasionnelle, insomnie transitoire. ».

« La Commission recommande : – une meilleure information du public sur les risques de l’utilisation chronique de ces médicaments et sur leur bon usage par la mise en œuvre d’une campagne médiatique percutante et répétée à destination du grand public, – de renforcer la formation initiale et continue des professionnels de santé sur le bon usage des benzodiazépines et leurs modalités d’arrêt, – de développer l’usage et l’accès aux prises en charge non médicamenteuses (thérapies cognitivo-comportementales), – de soutenir les mesures qui pourront être préconisées par l’ANSM, dans le cadre de ses missions pouvant permettre une meilleure utilisation de ces produits. »

Usage toxicomaniaque

« Campagne médiatique percutante» ? Qui s’en souvient d’avoir été percuté ?   Des centaines de millions de boîtes de Stilnox® /zolpidem) ont été été vendues en France. Plus de 11 millions de Français en auraient consommé au moins une fois.  « Des personnes se sont retrouvées accros malgré elles », explique le Dr William Lowenstein, président de SOS addictions, cité par Le Monde. Des toxicomanes font aussi différents usages de cette spécialité pharmaceutique. Isabelle Adenot, présidente de l’Ordre national des pharmaciens aimerait voir cette décision sanitaire étendue aux médicaments voisins de la famille des benzodiazépines. « Moins les Français prendront ce type de médicament mieux ils se porteront », affirme-t-elle.

Mme Adenot parle d’or. Question : pourquoi tant de Français sont-ils mal au point d’en prendre si souvent – sur prescription médicale ?

A demain

1 « Arrêté du 7 janvier 2017 portant application d’une partie de la réglementation des stupéfiants »

 

Cigarette électronique et prix du tabac : courage néo-zélandais, inimitable humour français

Bonjour

C’est une information importante glanée sur le site des buralistes – une information venue des antipodes – une information qui vient souligner l’incapacité politique française à oser véritablement lutter contre le fléau esclavagiste du tabac. Après l’Australie c’est la Nouvelle-Zélande qui engage un match capital contre le tabac. Triple Haka : paquet neutre, cigarette électronique et hausse massive des prix. Une hausse que les buralistes qualifient de « disproportionnée ».

En septembre dernier le Parlement néo-zélandais s’était prononcé en faveur du « paquet neutre » avec cent-huit voix pour et treize contre (pour rappel l’écart avait été de deux voix en France). Mais on sait, aux antipodes que l’effacement des images n’est rien sans la montée des prix. Aussi les cigarettes viennent-elles, dans ce pays de faire l’objet d’une augmentation de leur fiscalité de 10 %. Et trois autres hausses de la même importance sont programmées pour les trois prochaines années.

Vingt euros le paquet

L’objectif affiché par le gouvernement est clair et les esclaves du tabac le connaissent : obtenir un bond en avant du prix au consommateur d’un tiers en quatre ans. A ce rythme, le prix moyen du paquet frôlera l’équivalent des 20 euros en 2020. Pragmatisme aidant les pouvoirs publics néo-zélandais prévoient de faire voter une loi qui fera de la cigarette électronique une aide officielle au sevrage tabagique.

« De mémoire, la projection du film « A Billion Lives » a provoqué un électrochoc en Nouvelle Zélande, nous explique Sébastien Béziau, vice-président de Sovape. Entre la vape d’un côté et l’augmentation des prix de l’autre, il est probable que ça pourrait définitivement écraser la clope, par les deux bouts. »

« Environ 15 % de la population adulte néo-zélandaise fument au moins une fois par jour, les Maoris étant parmi les plus fumeurs, soulignent les buralistes ». L’objectif néo-zélandais est de passer sous la barre des 5 % en 2025.Où en sera, alors, la France – elle qui dépasse aujourd’hui les 30% ?

Marisol et son « cher Emmanuel »

 La France, parlons-en… On se souvient des quelques mots du jeune ancien ministre de l’Economie aujourd’hui donné presque favori à l’élection présidentielle : à Nevers Emmanuel Macron vient de se fixer comme « objectif national que la génération qui naît aujourd’hui soit une génération sans tabac ». Or c’était déjà, mot pour mot, le propos tenu par Marisol Touraine il y aura bientôt trois ans lorsqu’elle lança, à la demande de François Hollande, le « programme national de réduction du tabagisme ».

On sait désormais que ce programme est (pour l’heure) un échec total. La cigarette électronique est la grande oubliée du quinquennat, le pouvoir (politique et législatif) ne veut pas entendre parler de hausse des prix et le paquet neutre ne parviendra pas, à lui seul, à éloigner les esclaves de leurs linéaires favoris.

Emmanuel Macron a parlé tabac à Nevers ? Marisol Touraine lui répond aussitôt sur Twitter: « L’objectif est déjà fixé, cher Emmanuel ! Mais tu es le bienvenu. Je n’ai demandé aucun copyright sur cette belle ambition ». Et les buralistes de se gausser de cet échange entre responsables politiques se donnant ainsi en spectacle.

A demain