Cannabis au volant : les tests de dépistage actuels sont-ils fiables ou contestables ?

Bonjour

Fumer ou conduire ? Pourquoi choisir ?Voici ce qu’on peut lire sur Slate.fr (Robert Tutenge) : « Avec l’alcootest, c’est facile. Vous avez trop bu, vous vous risquez à prendre le volant, vous êtes arrêté·e, vous soufflez dans le ballon, vous êtes dans de beaux draps. Quand il s’agit de cannabis, c’est tout de suite plus compliqué ». Un sujet pré-traité par CNN (Alicia Wallace). On y apprend que la légalisation croissante du cannabis sur le sol des Etats-Unis ne change rien au fait que sa consommation – au même titre que certaines quantités d’alcool – est incompatible avec la conduite d’un véhicule.  

« Mais à l’heure actuelle, aucun outil ne permet à la police de mesurer de façon fiable si la personne est complètement stone et dans l’incapacité de conduire. Certes, il est tout à fait possible de savoir si quelqu’un a consommé du cannabis dans les jours précédents, ce qui n’est pas illégal dans ces États. Il est en revanche difficile de savoir si on a fumé un pétard il y a une heure ou dans la journée, ce qui affectera de façon complètement différente les performances motrices. C’est là qu’est toute la nuance. »

« Start-ups, scientifiques et universitaires se succèdent pour être en première ligne à proposer ce qui pourrait ressembler à un alcootest du cannabis, qui mesurerait l’état de défonce. Quand certain·es cherchent à développer une application sur smartphone pour tester si les facultés sont affaiblies par cette consommation récente, d’autres imaginent utiliser la réalité virtuelle pour mettre en place un test de sobriété basé sur l’analyse des mouvements oculaires. Mais au vu des dernières recherches, on se rapprocherait plutôt d’un testeur qui passerait au crible les minuscules particules de THC dans l’haleine, où elles peuvent être présentes pendant deux à trois heures. C’est le cas de l’appareil inventé par Hound Labs, une société en passe de créer le premier alcootest à alcool et THC. »

Et selon CNN, des scientifiques américain·es appelleraient à ce que ces technologies ne détectent pas seulement si la personne est positive à la marijuana, mais également si elle est en état, ou non, de prendre le volant. Ils font observer qu’au sein du corps humain le THC ne se comporte pas comme l’alcool. «Sous l’influence du cannabis, les signes (yeux rouges, pouls élevé, etc.) ne sont pas nécessairement la preuve d’une déficience, expliquait David Randall Peterman, analyste des transports du Service de recherche du Congrès, dans un rapport de mai 2019 sur la consommation de cannabis et la conduite. Sur la base des connaissances actuelles, il n’est pas possible de déterminer un taux limite de marijuana correspondant à la capacité d’une personne à prendre le volant.»

Tests urinaires, tests sanguins, voire tests sur les cheveux

Et en France ? Pour tout savoir des tests et des pratiques on se reportera au éclairages et précisions du Dr Marie-Thérèse Giorgio : « Conduite de véhicule et consommation de cannabis ou autres stupéfiants ». Un arrêté du 13 décembre 2016 : il fixe les modalités du dépistage des substances témoignant de l’usage de stupéfiants, et des analyses et examens prévus par le code de la route. Les techniques de dépistage des stupétiants chez les conducteurs sont désormais les mêmes conditions de dépistage que pour l’alcool, mais lors du contrôle on ne donne pas de taux en bord de route pour les stupéfiants puisque par définition le taux doit être négatif, la consommation de stupéfiants étant purement et simplement interdite en France.

Ce dépistage est soit salivaire, soit urinaire (par un médecin). Il doit nécessairement être confirmé soit à partir d’un prélèvement salivaire (c’est ce qui se pratique le plus souvent, le test est envoyé au labo et confirme ou non la présence de stupéfiant) soit à partir prélèvement sanguin (réalisé par un médecin). Le contrevenant peut demander une contre-expertise dans le sang : il dispose de cinq  jours pour demander cette contre-expertise et donc ce prélèvement sanguin.

Usager suivi pendant deux ans

Seuils minima de détection que doivent respecter les tests utilisés. Recueil salivaire : 9-tétrahydrocannabinol (THC) : 15 ng/ml de salive. Recueil urinaire : acide carboxylique du tétrahydrocannabinol (9 THCCOOH) : 50 ng/ml d’urine ;

Quid de la visite à la commission médicale des permis suite à la conduite sous l’emprise de cannabis ? Suivant les cas, le permis de conduire est suspendu ou annulé : une visite médicale à la commission médicale des permis de la préfecture est nécessaire ( la visite médicale ne peut pas être réalisée auprès d’un médecin agréé pour les permis de conduire qui exerce hors commission). La réglementation prévoit un suivi par la commission médicale des permis de conduire pendant deux ans, comme le prévoit l’arrêté du 21 décembre 2005 (modifié à plusieurs reprises).

L’usager ayant commis une infraction bénéficie ainsi d’un suivi pendant deux ans par la commission médicale des permis de conduire de la préfecture. Les médecins des commissions médicales ont à disposition des tests salivaires qui peuvent être réalisés lors de la visite médicale, ils demandent également des examens complémentaires à réaliser en laboratoire (tests urinaires, tests sanguins, voire tests capillaires). Contestable ?

A demain @jynau

Dangers de notre future « 5G »: la France ne sait toujours pas ce qu’il faut en penser

Bonjour

Rappel à ceux.celles qui, quoique devenus dépendant.e.s de leur(s) téléphone(s) portable(s), l’ont oublié : « 5 G » signifie « 5ème Génération ». Le « déploiement » (terme consacré) eujourd’hui en cours de cette technologie vise officiellement à développer des « services innovants » dans de multiples domaines : « la santé, les médias, les transports les industries du futur etc. » La « 5 G » s’appuiera sur « de plus grandes capacités de transfert de données mobiles, en quantité et en vitesse ». Elle proposera « une plus grande offre de services sans-fil et favoriser le développement d’objets interconnectés ». On observera que ses promoteurs ne nous parlent jamais (ou presque) de ses conséquences écologiques.

En France le citoyen ne sait guère que les dés sont jetés : les premières « offres 5G » seront lancées fin 2020. Les fréquences déjà utilisées par les précédentes « générations » de téléphonie mobile (« 2G », « 3G », « 4G ») seront exploitées, ainsi que deux nouvelles bandes de fréquences : dans un premier temps, la bande 3,5 GHz pour la couverture en téléphonie mobile 5G dans des zones géographiques étendues, puis les années suivantes, la bande 26 GHz pour la communication entre des objets connectés ou pour de la téléphonie mobile dans des périmètres restreints.

S’inquiéter ? Dans le cadre de ce « déploiement »  et de la « feuille de route nationale lancée par le Gouvernement en juillet 2018 » l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a été saisie par les ministères chargés de la santé, de l’environnement et de l’économie. Objectif :  « conduire une expertise sur l’exposition de la population aux champs électromagnétiques découlant de cette technologie et aux éventuels effets sanitaires associés » (sic). C’est dans ce contexte, que l’Anses publie aujourd’hui un « rapport préliminaire [74 pages] qui détermine les bases de ses travaux d’expertise dont les résultats seront disponibles au 1er trimestre 2021 » (re-sic). Elle y présente notamment un recensement des études scientifiques disponibles et identifie les axes principaux d’évaluation des risques (re-re-sic) 1.

Conclusion : l’Anses « souligne la nécessité de disposer des données décrivant les technologies développées et leurs installations afin de caractériser les niveaux d’exposition associés et d’évaluer les éventuels effets sanitaires ».

A demain @jynau

1 A savoir : « Les opérateurs de téléphonie mobile ont déjà réalisé des expérimentations pilotes dans plusieurs villes françaises pour tester le fonctionnement des nouvelles infrastructures. A cette occasion, dans le cadre de ses missions de contrôle de l’exposition du public aux ondes, l’ANFR effectue depuis fin 2018 des essais exploratoires de mesure de l’exposition dans la bande 3,5 GHz. Ces mesures constitueront l’une des sources de données prises en compte dans l’expertise de l’Anses.

L’Agence a identifié deux champs d’évaluation des risques distincts correspondant aux deux nouvelles bandes de fréquences 5G, autour de 3,5 GHz et de 26 GHz dont les modalités d’exposition sont différentes. Elle a mis en évidence un manque de données scientifiques sur les effets biologiques et sanitaires potentiels liés à l’exposition aux fréquences autour de 3,5 GHz. De ce fait, les experts évalueront la possibilité d’extrapoler les résultats des travaux d’expertise antérieurs de l’Agence sur les impacts sanitaires des diverses technologies de communications existantes (3G, 4G, Wi-Fi, …) qui utilisent des fréquences proches de la bande 3,5 GHz, de 0,8 à 2,45 GHz. Concernant les fréquences plus élevées, entre 20 et 60 GHz, les données disponibles dans la littérature sont plus nombreuses, les travaux d’expertise s’attacheront donc à les analyser pour évaluer les impacts sanitaires éventuels liés aux expositions dans la bande 26 GHz. »

Toxicomanie : en Suisse, soigner avec de l’héroïne pharmaceutique administrée par voie nasale

Bonjour

Question à mille francs : pourquoi la petite Suisse est-elle à ce point en avance sur la France quant la politique de réduction des risques ? Depuis un quart de siècle la prescription de diacétylmorphine (DAM ou « héroïne pharmaceutique ») fait partie de l’offre thérapeutique ordinaire comme alternative en cas de non-réponse au traitement agoniste opioïde classique.

En Suisse, 8% des personnes devenues gravement dépendantes à l’héroïne sont aisi soignée. Dispensé dans des centres spécialisés, le traitement consiste en l’administration (strictement réglementée et contrôlée) de diacétylmorphine – et ce dans le cadre d’un suivi médical et psychosocial. Il a été expérimenté pour la première fois en Suisse en 1994, dans le cadre d’une étude de cohorte. Et au vu des résultats positifs obtenus, il s’est imposé en tant que mesure thérapeutique. Mieux encore : il  a été inscrit dans la loi sur les stupéfiants en 2011. En 2016 environ 1.600 personnes dépendantes ont suivi un tel traitement dans vingt-et-un centres ambulatoires spécialisés et un centre pénitentier.

Pour autant – et bien que la forme galénique intraveineuse ait été complétée par des comprimés à libération immédiate et à libération prolongée-  une partie du « public cible » n’est pas atteinte. « En premier lieu, il existe souvent de graves lésions veineuses dues à la prise sur le long terme de substances issues du marché noir, peut-on lire dans le dernier numéro de la Revue Médicale Suisse (15 janvier 2020) 1. Certaines personnes s’injectent par voie intramusculaire, ce qui ne produit pas les mêmes effets qu’une injection intraveineuse: diffusion plus lente, effet moindre, et différé. D’autres personnes injectent dans des zones à haut risque comme la veine fémorale commune. Globalement, ces deux options ne sont médicalement pas adaptées. »

Les auteurs ajoutent que l’incidence de la bronchopathie chronique obstructive (BPCO) augmente en raison des années d’exposition à la fumée de tabac ou à d’autres substances. « Lors de l’injection d’opioïdes, une désaturation en oxygène peut alors survenir plus rapidement, expliquent-ils. Le passage aux comprimés n’est souvent pas satisfaisant en raison de l’absence d’effet « flash », avec le risque très important d’un retour à l’héroïne intraveineuse non médicale. »

L’exécutif français allergique à la réduction des risques

Enfin, un troisième groupe d’usagers ne consomme ni par voie intraveineuse ni par voie orale, mais en sniff. L’héroïne inhalée a une diffusion dans l’organisme plus lente que par voie intraveineuse, mais plus rapide que par voie orale, avec un effet subjectif de high. Si la recherche de cet effet est au premier plan, la prescription de comprimés sera perçue comme peu attractive.

C’est dans ce contexte que des médecins du programme HegeBe (pour « Heroin gestützte Behandlung ») ont donc exploré la possibilité d’une administration intranasale de la DAM. L’inhalation de comprimés pilés est exclue en raison des excipients potentiellement nocifs. Une autre solution est envisagée: l’administration à l’aide d’un nébuliseur. « Ce traitement devrait être offert dans le cadre d’une étude observationnelle multicentrique » préccisent les Drs Marc Vogel et Hannes Strasser.

Les médecins du programme HegeBe espèrent les effets suivants: réduction des dommages par rapport aux injections intramusculaires ou intraveineuses inguinales, meilleure tolérance chez les personnes souffrant d’une BPCO, acceptabilité du traitement plus élevée qu’avec les comprimés pour le sous-groupe des personnes consommatrices par voie inhalée. Les résultats préliminaires sont attendus courant 2020.

Est-ce la Suisse qui est en avance dans la prise en charge de ces grands malades ? Ou est-ce la France qui tarde ?

« La France ? Léon Schwartzenberg devint le ministre de la Santé le plus éphémère … quand il évoqua la possibilité en France des traitements par DAM se souvient le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Aujourd’hui, de Liverpool à Liège, de l’Allemagne à la Suisse, nous ne manquons ni de recul, ni de travaux sur ce que peut apporter ‘’l’héroïne médicalisée’’ dans des indications précises – notamment après échec méthadone ou buprenorphine. Mais qui lit encore ce raport de l’Inserm ? C’est le même problème que les salles de consommation à moindre risque, le cannabis thérapeutique, la e-cigarette : il nous faut franchir nos résistances, nos morales (françaises) pour pouvoir développer l’accès aux stratégies de réduction des risques …. »

Dépassons la morale, allons jusqu’à l’éthique politique. Qui, au sein de l’exécutif français, s’intéresse encore au beau concept de réduction des risques ?

A demain @jynau

1 «Vers une homologation de l’héroïne pharmaceutique par voie inhélée : un projet pilote », Marc Vogel (Services psychiatriques de Thurgovie, Muensterlingen, Marc.Vogel@stgag.ch) et Hannes Strasser (Cliniques universitaires psychiatriques, Bâle, Hannes.Strasser@upk.ch ).

Virus du pouvoir: pendant l’épidémie Agnès Buzyn a toujours envie de la mairie de Paris

Bonjour

Il y a peu elle rêvait d’Union européenne. Puis était restée à Paris. Aujourd’hui elle est sur tous les fronts, celui de la réforme des retraites, celui des colères hospitalières, celui de la érvision de la loi de bioéthique, celui de la nouvelle épidémie. Sans oublier les omniprésences médiatiques. Agnès Buzyn était l’invitée du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro du dimanche 26 janvier 2020.

Trente minutes sur le coronavirus. Puis on a invité le dessinateur Jul. Il joue le rôle du bouffon. Demande « si le coronavirus chinois se présentera à la mairie de Paris ». « Une mutation monstrueuse » prévient-il. Et puis Jul a droit à une question. Il rappelle que la ministre en titre est issue du sérail médical. Que tout le monde espérait qu’elle pourrait, à ce titre, « faire quelque chose pour l’hôpital ». Et le dessinateur d’interroger sur l’existence d’un autre virus, autrement plus virulent : le « virus du pouvoir et de la politique ». Un agent pathogène qui a déjà touché d’autres membres du gouvernement, un gouvernement au sein duquel, désormais, il circulerait. Agnès Buzyn, qui n’est guère là où on l’attendait, est-elle atteinte ? « Etes-vous malade ? »

« – Bon …. Moi, le virus que j’ai, c’est celui de l’action, répond Agnès Buzyn. Objectivement je suis en action depuis deux ans pour réformer le système de santé français dont je sais qu’il est malade. C’est d’ailleurs pour çà que j’ai accepté (…) »

Quelques minutes plus tard, autre sujet, la mairie de Paris. Epidémie ou pas, elle en a envie. «Paris, c’est ma ville. J’y suis née, j’y ai habité pratiquement toute ma vie», déclare Agnès Buzyn, disant avoir «des choses à apporter» et «plein d’idées» notamment sur les questions de solidarités, de santé et d’accès aux soins. Elle tacle Anne Hidalgo. «Le projet de Benjamin Griveaux est un bon projet, il a énormément travaillé, il est légitime, il a des propositions très concrètes. Donc j’ai envie de rejoindre la campagne de Benjamin Griveaux. » Tout en restant concentrée sur ses dossiers.

On ose, enfin, lui demander si la crise des hôpitaux n’a pas affecté son crédit politique. Si elle ne fera pas les frais du prochain remaniement. Elle répond qu’elle est en train de résoudre la crise. Puis annonce une nouvelle mesure sanitaire : le prix du tabac à rouler va augmenter. Quand ? Avant la fin du quinquennat.

A demain @jynau

Cannabis-Urgent : recherche un bon producteur français (s’adresser à l’Agence du médicament)

Bonjour

Pour un peu on en rirait. Résumons. Régulièrement annoncée l’expérimentation (officielle) du cannabis thérapeutique en France devrait débuter en septembre. Cette fois l’annonce en a été faite, le 22 janvier 2020, par Christelle Ratignier-Carbonneil, depuis trois ans directrice générale adjointe de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). C’était sous les ors de l’Assemblée nationale, lors des premières auditions de la « mission d’information commune sur la réglementation et l’impact des différents usages du cannabis ».

« Septembre, c’est demain, c’est très proche », a fait observer la directrice générale adjointe, citée par l’AFP. Compte tenu de ce délai, l’ANSM envisage donc « plutôt d’avoir recours à des producteurs étrangers » pour fournir le cannabis nécessaire. Faut-il ici rappeler que la législation française interdit (actuellement) la culture des plants contenant des taux supérieurs à 0,2 % de THC ?

In ViVo et la Creuse bigrement intéressés

Pour autant la directrice générale adjointe ne néglige pas un certain pragmatisme surréaliste . « Si un producteur national est en capacité de répondre aux critères (…) , il pourra être retenu », a osé préciser Mme Ratignier-Carbonneil. Elle a même ajouré que « des réflexions sont actuellement en cours » entre, d’une part, le ministère des Solidarités et de la Santé et, de l’autre celui de l’Agriculture et de l’Alimentation pour permettre une production française. On attend ici, plus que celles d’Agnès Buzyn, les réflexions de Didier Guillaume toujours prolixe quand il s’agit de lutter contre les addictions et l’addictologie.

« Notre seul objectif reste la qualité des produits qui doivent être mis à la disposition des patients » a encore souligné la directrice générale adjointe. Et l’AFP de préciser que « malgré l’interdiction actuelle, InVivo, l’un des premiers groupes agricoles coopératifs français, a déposé une demande auprès de l’ANSM pour se « positionner sur le marché ». On sait aussi que le département de la Creuse est intéressé et qu’à Guéret le Premier ministre n’avait pas dit non. .

Pour un peu, on en rirait ? Ce serait oublier que l’expérimentation du cannabis « à usage médical » doit concerner trois mille personnes qui souffrent de maladies graves – certaines formes d’épilepsie, de douleurs neuropathiques, d’effets secondaires de chimiothérapie, de soins palliatifs ou de scléroses en plaques. Oublier que le cannabis sera consommé sous forme d’huile ou de fleurs séchées (« la voie fumée a été écartée à cause des effets nocifs de la combustion sur la santé »). Oublier que ce cannabis sera prescrit « en dernière intention » (a rappelé Mme Ratignier-Carbonneil). Oublier, enfin, que les patients concernés « pourront bénéficier du cannabis gratuitement ».

A demain @jynau

Quatre millions d’euros publics pour dénormaliser le tabac. Zéro pour la cigarette électronique

Bonjour

C’est une invitation de L’Alliance contre le tabac, regroupement de 25 organisations de lutte contre le tabagisme : rendez-vous le mardi 28 janvier 2020 à la troisième édition « rencontres associatives ouvertes au public ». Hôtel Best Western Ronceray Opéra, 10 boulevard Montmartre, 75002 Paris. De 9h à 16h45 (café d’accueil dès 8h30 / cocktail déjeunatoire offert). Attention : « cette conférence n’est pas ouverte aux personnes ayant des liens avec l’industrie du tabac ». Pitch :

« Cette conférence réunissant acteurs de la société civile, experts de santé publique, décideurs politiques, lobbyistes sera animée autour de quatre sessions et permettra d’amorcer, au cours des interventions et échanges avec le public, une réflexion pour repenser le « storytelling » et les modalités de communication des acteurs de la lutte contre le tabagisme à la faveur de la poursuite de leurs objectifs. »


Cette manifestation s’isncrit dans le cadre du « pré-lancement d’un projet triennal ambitieux porté par l’Alliance pour 2020-2022 ». Il s’agit de la « dénormalisation du tabac » en France, un programme financé par le Fonds de lutte contre les addictions. L’Alliance contre le tabac souhaite désormais « s’attacher à changer en profondeur l’image du tabac ». Méthode :

« A cette fin, le projet porté par l’Alliance vise à renouveler le discours dénonçant les actions de l’industrie du tabac tant par l’abord de nouveaux thèmes que par l’utilisation de méthodes de communication renouvelées. Pour atteindre cet objectif de dénormalisation, l’Alliance va s’investir dans le champ des relations publiques, très utilisées et avec succès, par l’industrie du tabac depuis plusieurs décennies pour semer le doute sur la dangerosité de ses produits et attirer, toujours plus, de jeunes consommateurs : les relations publiques changent de camp et se mettent maintenant au service de la lutte anti-tabac ! »

Vapoter, c’est renormaliser ?

Tout cela ne va pas sans le recours au jargon : « L’objectif de l’Alliance est de coupler ses actions auprès des législateurs et des acteurs de santé publique avec une approche grand public diversifiée, prenant en compte le profil des personnes ciblées (les jeunes, les femmes) pour faire chuter la prévalence tabagique en France et aboutir à une première génération sans tabac dès 2032. Repenser la stratégie de positionnement et s’approprier les modalités d’action de l’industrie du tabac pour inverser la tendance à la faveur de la lutte contre le tabagisme ».

Tel sera le sujet des débats du mardi 28 janvier 2020. Où la cigarette électronique sera exclue des échanges – ce qui ne manque pas d’interroger. On lira, sur ce point, le texte publié en décembre dernier, par Vap’you (Sébastien Béziau) : « Le pactole pour Alliance Contre le Tabac : près de 4 millions d’euros sur le Fond addictions ! ». Extrait :

« En soi, “dénormaliser” la consommation de cigarettes n’est pas un mauvais sujet. Le problème, c’est la manière de le faire. On imagine qu’avec près de 4 millions d’euros l’Alliance Contre le Tabac va pouvoir mener de nombreuses actions. Lesquelles ? Mystère. Mais ce qui inquiète c’est le périmètre de ce que l’Alliance Contre le Tabac considère comme de la dénormalisation (du tabac). En effet, ses porte-paroles ne manquent jamais une occasion de rappeler leur position idéologique par rapport au vapotage. Pour eux, vapoter dans les lieux publics contribue à la renormalisation de l’acte de fumer, c’est écrit noir sur blanc dans ce communiqué. On peut alors légitimement se demander si le projet contient des actions de stigmatisation et de coercition envers les vapoteurs. »

Ainsi « vapoter » serait « renormaliser » ? Faire une croix sur le tabac serait faire la promotion de ce dernier ? Jésuites et radicalisés apprécieront le sujet. Les vapoteurs seront-ils autorisés à entrer, le 28 janvier prochain, à l’Hôtel Best Western Ronceray Opéra (1) De 9h à 16h45 (café d’accueil dès 8h30 / cocktail déjeunatoire offert) ?

A demain @jynau

1 On appréciera le cliché : « Hôtel Best Western Ronceray Opéra »

Alcool-tabac et mort subite du nourrisson: le gouvernement est désormais attendu au tournant

Bonjour

Santé publique. C’est une publication médicale et scientifique à haute valeur politique. On peut la découvrir dans EClinicalMedicine un journal en ligne du Lancet : « Combined prenatal smoking and drinking greatly increases SIDS risk ». Sans confondre corrélation et causalité force est bien d’observer la conclusion chiffrée : passé le premier trimestre de la grossesse, les effets de l’alcool et du tabac s’additionnent et augmentent de manière significative le risque de mort subite du nourrisson avant un an.

Ce travail a été dirigé par le Pr Amy J. Elliott (Avera Health Center for Pediatric & Community Research in Sioux Falls, South Dakota). Il a été mené sur la base des données de la « Safe Passage Study », une étude observationnelle multicentrique (États-Unis et Afrique du Sud) – 10 088 femmes et 12 029 fœtus. Parmi ces derniers, 94,2 % ont été suivis jusqu’à l’âge d’un an. Soixante-six sont décédés : vingt-huit  d’un syndrome de mort subite et trente-huit d’autres causes identifiées.

« Le syndrome de mort subite du nourrisson est la principale cause de mortalité post-néonatale. La recherche des causes et des facteurs de risque demeure un problème de santé publique majeur », notent les auteurs cités par Le Quotidien du Médecin (Chralène Catalifaud).

« Notre travail est la première étude prospective à grande échelle à étudier de près l’association entre l’exposition prénatale à l’alcool et au tabac et le risque de mort subite du nourrisson, explique le Pr Elliott. Nos résultats suggèrent que les expositions combinées à l’alcool et au tabac ont un effet synergique sur le risque : la double exposition est associée à un risque considérablement plus élevé que l’une ou l’autre exposition seule. »

Le risque de mort subite du nourrisson est multiplié par 11,79 lorsque la mère déclarait avoir bu et fumé après le 1er trimestre de grossesse – par rapport aux enfants nés de femmes n’ayant pas bu d’alcool ni fumé ou n’ayant été exposées qu’au cours du premier trimestre. Chez les enfants dont la mère a uniquement bu mais au-delà du premier trimestre, le risque est multiplié par 3,95, et chez ceux dont la mère a fumé, au-delà du premier trimestre, le risque est multiplié par 4,86.

Importance vitale

« Ces résultats fournissent encore plus de preuves de l’importance vitale de l’environnement prénatal précoce pour des résultats postnatals sains, concluent les auteurs sur ScienceDaily. Dans la mesure où de nombreuses femmes cessent de boire et de fumer seulement après avoir appris qu’elles sont enceintes, cette étude plaide fortement pour le dépistage de la consommation de substances au début de la grossesse et pour les interventions les plus précoces possibles. Elle appelle également à un renforcement des messages de santé publique concernant les dangers de la consommation d’alcool et de tabac pendant la grossesse et chez les femmes qui envisagent de devenir enceintes. »

Agnès Buzyn et les autorités sanitaires françaises entendront-elles ce message ? A quand, sur les paquets de cigarettes, la mention « mort subite du nourrisson » ? Et quid de l’information pour ce qui est des boissons alcooliques ?

« Voilà plus de deux ans que le chantier de la visibilité du pictogramme préventif « Femme enceinte » sur les bouteilles est à l’arrêt complet, rappelle aujourd’hui Le Monde au terme d’une longue enquête politique et addictologique (Pascale Santi et Stéphane Horel). Le ministère de la Santé propose une silhouette en noir et blanc et un cercle barré en rouge à l’arrière des bouteilles, d’une taille allant de 12 à 15 mm. Le secteur, lui, s’oppose à ce qu’il qualifie publiquement de « logo mortifère ». Il plaide contre « les coûts engendrés par une impression en couleurs pour les petits exploitants », selon le ministère, qui a fini par concéder la monochromie à ces derniers. Malgré d’autres concessions comme un délai de mise en œuvre, les alcooliers refusent catégoriquement d’aller au-dessus de 8 mm. »

Que répond au Monde (par mail) l’entourage d’Agnès Buzyn ? Que le « plan » des alcooliers « n’a pas fait l’objet d’une validation des pouvoirs publics ».« La prévention est une compétence portée résolument par le ministère et une priorité assumée de la ministre.Les objectifs et moyens mis en œuvre relèvent donc de la puissance publique, même si les producteurs sont invités à prendre leur part de responsabilité » (sic).

On attend donc, ici, la  décision de la puissance publique quant à l’information à donner sur le risque de mort subite du nourrisson.

A demain @jynau