Champix® versus cigarette électronique : quand le Dr Ivan Berlin s’expliquait, avant la polémique

Bonjour

Poursuivons notre série « Champix®, Pfizer vs cigarette électronique ». Et ce grâce au site Medscape édition française qui avait, en novembre 2018, publié un entretien (Aude Lecrubier) avec  le Dr Ivan Berlin (Pitié-Salpêtrière, AP-HP), médecin tabacologue et principal investigateur de l’étude ECSMOKE. « La cigarette électronique peut-elle aider au sevrage tabagique ? Si le Royaume-Uni considère que c’est le cas, la question, en France, reste très débattue et en réalité, il n’existe pratiquement aucune donnée scientifique, aucune étude prospective, contrôlée, randomisée sur le sujet, rappelait Medscape. D’où l’importance de l’essai ECSMOKE, destiné à évaluer scientifiquement l’intérêt de la cigarette électronique comme aide au sevrage tabagique en la comparant à un médicament ayant déjà l’AMM dans cette indication, la varénicline (Champix®, Pfizer). Lancée le 17 octobre par l’AP-HP, cette étude française est très attendue. »

Medscape observait aussi que cet essai suscitait des critiques sur sa méthodologie 1 et son coût, notamment de la part de ceux qui pensent qu’une telle étude est inutile alors que de nombreux fumeurs se tournent déjà spontanément vers la cigarette électronique pour arrêter de fumer. D’où sa décision de donner la parole au Dr Ivan Berlin « pour faire la lumière sur les dessous de l’étude et répondre aux différentes interrogations soulevées par ses détracteurs ». Cinq mois plus tard, alors qu’une controverse se développe sur les difficultés du recrutement des volontaires, cet entretien a conservé toute son actualité. Extraits :

« Quel est le rationnel de votre étude ?

Ivan Berlin : On attend cette étude dans le monde entier parce qu’il n’en existe aucune de ce type. Les cigarettes électroniques sont accessibles depuis 2012 environ. Pourtant, à ce jour, on ne compte que deux essais randomisés évaluant la cigarette électronique dans le sevrage tabagique (…) En revanche, il y a eu de nombreuses études observationnelles. Certaines ont conclu que la cigarette électronique aidait à arrêter et d’autres que la e-cigarette stimulait le tabagisme. Le problème des études observationnelles est qu’elles n’étudient pas des groupes homogènes. Les résultats vont donc dans tous les sens. Il fallait donc faire une étude pivot avec une randomisation correcte, avec très peu de critères d’exclusion qui permette d’avoir des données d’efficacité mais aussi de tolérance.

Quel est l’enjeu majeur de cet essai ?

– S’il s’avère que la cigarette électronique est non inférieure à la varénicline, cela voudra dire qu’elle fait aussi bien. Si c’est le cas, elle pourra devenir un traitement de première intention. Elle pourra être considérée comme un médicament, vendue en pharmacie, délivrée sous prescription…L’enjeu est énorme. Mais, rappelons qu’on ne pourra pas extrapoler nos conclusions à d’autres cigarettes électroniques, d’autres liquides, à des doses et à des populations différentes (les femmes enceintes ou allaitantes, les moins de 18 ans…).

Quels sont pour vous les points forts de l’étude ?

– Les forces de l’étude sont le double aveugle et le double placebo, la randomisation et l’effectif élevé.  Aussi, en comparaison de la majorité des études observationnelles qui recueillent les données de façon déclarative sur internet, ici, nous avons un contrôle biologique du tabac dans les urines. On sait vraiment si les participants fument ou pas. Enfin, cette étude est complètement indépendante de l’industrie du tabac et de l’industrie de pharmaceutique. Pfizer n’a pas souhaité nous fournir gratuitement les comprimés de varénicline (sic)

Pourquoi avoir choisi la varénicline comme référence et non les patchs nicotiniques ?

– D’une part parce que la varénicline est le traitement le plus efficace dans le sevrage tabagique. Mais aussi, parce qu’il est très compliqué de faire des placebos de patchs nicotiniques. Il s’agit de vieux produits et les fabricants n’en ont plus. Ils ne veulent pas s’engager à fabriquer des placebos parce que pour cela, il faut nettoyer les machines afin d’éviter toute contamination, contrôler, c’est fastidieux. Il est beaucoup plus simple de fabriquer des comprimés placebo. Dans cette étude, c’est la pharmacie centrale des essais cliniques de l’Assistance Publique qui a pris la responsabilité de la fabrication des comprimés de placebo (…)

Quelle cigarette électronique et quel e-liquide avez-vous choisi et pourquoi ?

– Les cigarettes électroniques que nous avons utilisées sont un standard. Il s’agit de la marque Eleaf, chinoise, comme toutes les autres. Le liquide est fabriqué par une société française qui s’appelle Gaiatrend, et qui est située à côté de Strasbourg. Il s’agit de l’une des deux seules sociétés qui a répondu à notre appel d’offre. Cette société n’a aucune relation avec l’industrie du tabac, elle contrôle la qualité des lots, et elle répond à certaines normes de sécurité, notamment sur la sécurisation des bouchons pour les enfants, des conditions importantes de notre cahier des charges

Certains mettent en doute l’aveugle avec les cigarettes électroniques en disant que le participant peut facilement sentir si sa cigarette électronique contient de la nicotine en raison du « throat hit » ?

– Aux visites, les participants seront soumis à un guess test. Nous allons leur demander s’ils pensent qu’ils sont dans le groupe « placebo-placebo », « varénicline » ou « cigarette électronique avec nicotine ». Il est possible qu’ils devinent dans quel groupe ils sont. Toutefois, pour minimiser les risques, nous avons fait fabriquer des flacons non transparents et acheté des cigarettes électroniques non-transparentes avec des clearomiseurs – réservoir de e-liquide – jaunes pour voir le niveau de liquide mais pas sa couleur car la nicotine peut devenir jaune avec le temps. Ce sont des détails très importants.

L’étude est aussi critiquée pour son coût, autour de 900 000 euros… Que répondez-vous ?

– Les essais thérapeutiques sont très onéreux. Cette étude est moins coûteuse que si elle avait été réalisée dans le privé. Nous avons acheté les comprimés de varénicline à Pfizer. Il fallait payer une société pour qu’elle fabrique le placebo, et conditionne tous les comprimés. Il a fallu aussi acheter les appareils de cigarette électronique, les résistances, le liquide. Rien qu’en matériel et médicament nous en avons eu pour pas loin de 500 000 euros. Et, comme il s’agit d’une vaste étude, plusieurs personnes y travaillent, il y a donc des salaires à couvrir. »

Au terme de cet entretien au terme Medscape précise que « le Dr Ivan Berlin déclare des liens d’intérêt avec Pfizer ».

A demain

@jynau

1 ECSMOKE devrait inclure au minimum 650 personnes fumant au moins 10 cigarettes par jour, âgées de 18 à 70 ans et souhaitant arrêter de fumer. Les femmes enceintes et allaitantes étaient exclues. Des médecins de 12 consultations de tabacologie de plusieurs hôpitaux à Angers, Caen, Clamart, Clermont-Ferrand, La Rochelle, Lille, Lyon, Nancy, Nîmes, Paris, Poitiers et Villejuif prendront en charge chaque participant pendant 6 mois.

Les participants seront randomisés en double aveugle entre 3 bras : groupe placebo : 4 comprimés de placebo/j et e-cigarette avec liquide sans nicotine ; groupe nicotine : 4 comprimés de placebo/j + e-cigarette avec nicotine (12 mg/mL) ; groupe varénicline (référence) : 4 comprimés de varénicline/j et e-cigarette sans nicotine

L’arrêt du tabac devra survenir dans les 7 à 15 jours suivant l’inclusion du participant dans l’étude. Une consultation aura lieu avant le démarrage de l’étude, puis 6 visites seront programmées. L’évaluation du sevrage tabagique se fera à travers des examens cliniques, biologiques et par questionnaires. Les patients qui seraient amenés à rechuter resteront dans l’étude avec le même suivi.

Le critère primaire d’évaluation est le taux d’abstinence tabagique continu au cours des quatre dernières semaines d’une période de traitement de 3 mois.

L’étude devrait permettre de répondre à deux questions : Est-ce que la cigarette électronique contenant de la nicotine est supérieure à son placebo ? Est-ce que la cigarette électronique contenant de la nicotine est non-inférieure au traitement de référence du sevrage tabagique qu’est la varénicline ?

En parallèle, les chercheurs espèrent recueillir des données sur les risques associés à la cigarette électronique, notamment chez les plus de 45 ans, âge à partir duquel la majorité des fumeurs a déjà un trouble de santé lié à son tabagisme.

 

 

 

Cigarette électronique contre Champix® : voici nos réponses à quelques méchantes critiques

Bonjour

Nous traitions ici même, il y a quelques heures de l’étude ECSMOKE ; étude lancée en octobre dernier financée par des deniers publics (un million d’euros) ayant pour objectif d’évaluer l’efficacité de la cigarette électronique (avec ou sans nicotine) par rapport à un médicament « aidant au sevrage tabagique » (varénicline, Champix®). Et nous nous interrogions sur les difficultés rencontrée par ses promoteurs pour recruter un minimum de 650 personnes volontaires « fumant au moins dix cigarettes par jour, âgées de 18 à 70 ans et souhaitant arrêter de fumer ». Et ce en dépit de la publicité faite sur le sujet par l’AP-HP.

Deux critiques n’ont guère tardé. Tout d’abord celle, courtoisement formulée sous forme de commentaire, d’Ivan Berlin (Pitié-Salpêtrière, AP-HP) coordinateur de cette étude :

« Cher Jean-Yves Nau,
Comme je vous ai déjà écrit, je veux bien présenter cette étude et ses enjeux à tous ceux qui s’y intéressent. Je refuse toute critique de la part des personnes qui ne connaissent pas ses détails méthodologiques.
Vous écrivez votre blog mais vous ne répondez jamais à ma demande de discussion ouverte.
C’est facile d’être négatif, faire des critiques sans connaitre les détails. Ça fait lire votre blog.
Par ailleurs, notre recrutement est excellent, nous souhaitons finir l’étude le plus tôt possible pour rendre public les résultats le plus tôt possible – d’où la nouvelle campagne de recrutement.
Ivan Berlin »

Ensuite celle postée sur Twitter, de Bertrand Dautzenberg (Pitié-Salpêtrière, AP-HP): « Contrairement à ce qu’affirme JY Naux [sic] sans vérifie [re-sic] les faits, le recrutement de l’étude ecsmoke fonctionne bien (recrutement plus rapide qu’anticipé). JY Nau insinue qu’il y a des conflits d’intérêts, c’est faux, merci à lui de préciser ou de se rétracter. »

Nos réponses

1 Le recrutement. Nous écrivions, en citant nos sources, qu’il manquait encore à cette étude lancée en octobre dernier  plus de 500 personnes sur les 650 nécessaires. Ivan Berlin et Bertrand Dautzenberg affirment l’un que le « recrutement est excellent », l’autre que ce recrutement « fonctionne bien »  et mieux : qu’il est « plus rapide qu’anticipé ». Dont acte.

Questions : Quel était le plan initial de recrutement ? Où en est-il précisément ? Quelles sont les modalités de la « nouvelle campagne de recrutement ? Quand cette étude sera-t-elle terminée ? Quand les résultats seront-ils rendus publics ?

Précisons qu’en octobre nous avions, sur ce blog, donné toutes les précisions pour aider les personnes intéressées à s’informer et, le cas échéant, à participer à cette étude.

2 Le conflit d’intérêt. Nous n’ « affirmons » ni n’ « insinuons ». Nous parlons d’une étude « potentiellement grevée de conflits d’intérêts » ; et ce en renvoyant à deux papiers publiés sur ce blog (l’un le 14 octobre 2018, l’autre le 17 octobre 2018) comportant des éléments permettant de soulever la question au regard de la promotion faire pour le Champix® de la multinationale pharmaceutique Pfizer. Ivan Berlin nous avait alors répondu fort courtoisement :

« Cher M. JY Nau, Je suis très content qu’un journaliste de renom comme vous s’intéresse à l’épidémie tabagique et au sevrage tabagique. Toutefois, il me semble que vous n’étiez pas présent à cette conférence de presse, en tout cas je ne vous ai pas vu. C’aurait été enfin une occasion de se parler et d’aborder plusieurs sujets dont vous écrivez. A votre disposition. »

A quel titre devrions-nous, dès lors, nous « rétracter » ?

3 La méthodologie. Ivan Berlin n’ignore pas qu’ECSMOKE fait l’objet de nombreuses critiques de spécialistes – non du Champix® mais de la réduction des risques et du vapotage.Une partie de ces critiques a été formulées sur ce blog le 31 octobre 2018 (par Sébastien Béziau, Jacques Le Houezec, Patrick Favrel, Jean-Pierre Couteron, William Lowenstein).

Aujourd’hui Ivan Berlin dit « refuser toute critique de la part des personnes qui ne connaissent pas les détails méthodologiques » de cette étude. Tout laisse penser que ces cinq spécialistes sont pleinement au fait de ces détails qui n’ont par aielleurs (et fort heureusement) rien de secret. Pourquoi se refuse-t-il, dès lors, à répondre à leurs critiques ?

4 L’absence de réponse. « Vous écrivez votre blog mais vous ne répondez jamais à ma demande de discussion ouverte » nous écrit Ivan Berlin. Nous prenons bonne note ce cette demande – la première après le commentaire du 17 octobre dans lequel M. Berlin expliquait être à notre disposition. Il sait, depuis, que notre blog lui est ouvert. Comme il l’est à Bertrand Dautzenberg.

5 L’audience de notre blog. « C’est facile d’être négatif, faire des critiques sans connaître les détails. Ça fait lire votre blog ». Le propos nous semble quelque peu excessif. S’il est, de fait, aisé d’être dans la négativité il nous semble connaître assez bien les détails du sujet.

Quant à l’audience de notre blog, elle est effectivement très nettement en pointe dès lors que nous traitons des questions médicales et politiques relatives à la cigarette électronique et à la réduction des risques. Faudrait-il se flageller ? Où se féliciter de voir là un symptôme de l’intérêt général pour ces questions – une donnée qui ne peut que nous inciter à persévérer. En cherchant, merci Sénèque, à éviter les erreurs et sans jamais diaboliser.

Bien cordialement

A demain

@jyanu

E-cigarette contre Champix® : un million d’euros d’argent public vont-ils partir en fumée ?

Bonjour

L’affaire, fort coûteuse, est bien mal partie. Elle a pour nom ECSMOKE : une étude nationale prévue pour être menée dans onze hôpitaux et un dispensaire. Objectif : évaluer l’efficacité de la cigarette électronique (avec ou sans nicotine) comparée à un médicament « aidant au sevrage tabagique » (varénicline, Champix®). Encore faut-il,  pour cela, obtenir la participation d’un minimum de 650 personnes « fumant au moins dix cigarettes par jour, âgées de 18 à 70 ans et souhaitant arrêter de fumer ». Ce qui ne devrait pas, en France, être bien difficile à trouver. Cette étude est financée par les autorités de santé (PHRC 2015). Son coût : entre 900.000 et un million d’euros. Bien lire : entre 900.000 et un million d’euros.

Pour nombre de spécialistes d’addictologie et de réduction des risques ECSMOKE souffre de nombreux défauts méthodologiques. Lancée bien trop tardivement, incroyablement coûteuse, potentiellement grevée de conflits d’intérêts, elle ne saurait selon eux répondre utilement aux questions soulevées. «  Dans cette étude, l’inconscient contre le vapotage est à ciel ouvert » nous résumait le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions en octobre dernier, au moment du lancement.

Nous sommes en avril de l’année suivante, et rien n’avance. En dépit de la publicité faite par l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris 1 le Dr Ivan Berlin (Pitié-Salpêtrière) peine à recruter : il manque encore …. 500 volontaires comme vient de l’indiquer France Bleu Paris (Mélodie Pépin), repris par Vap’You et Vap’News :

« L’AP-HP semble galérer depuis des mois pour trouver des volontaires. Pour rappel, contrairement à ce prétendent les communiqués, cette étude ECSMOKE ne compare LA vape, mais seulement un seul matériel, une seule saveur, deux taux de nicotine, zéro (!) et 12 mg/ml ce qui est potentiellement insuffisant pour la plupart des fumeurs. Donc une étude à 900.000€ (avec nos impôts) pour rien, ou peut-être juste pour essayer de montrer qu’un médicament (la varénicline) est ‘’aussi’’ efficace que la vape (avec des pré-requis d’usage complètement biaisés) ».

Au risque de choquer, la question doit être posée : ne conviendrait-il pas, tout bien pesé, d’arrêter les frais ?

A demain

@jynau

1 Pour notre part nous indiquions, dès novembre sur ce blog,  que les fumeurs intéressés pour participer à l’étude pouvaient contacter le centre coordinateur par téléphone : 0622938609 et/ou retrouver toutes les informations sur  aphp.fr. Nous ajoutions qu’en pratique des médecins spécialisés dans le sevrage tabagique de douze consultations de tabacologie de plusieurs hôpitaux à Angers, Caen, Clamart, Clermont-Ferrand, La Rochelle, Lille, Lyon, Nancy, Nîmes, Paris, Poitiers et Villejuif prendraient en charge chaque fumeur participant à l’étude pendant six mois en leur fournissant une cigarette électronique personnelle à puissance réglable et des liquides spécifiques saveur tabac blond (soit avec 12 mg/ml nicotine, soit sans nicotine), des comprimés de varénicline ou sa version placebo.

FDJ – polémiques : la vente aux mineurs et la nomination de la directrice de la communication

Bonjour

Derrière les turbulences politiques concernant Aéroport de Paris (ADP), la FDJ (Française des Jeux). Le projet de loi « Pacte » a été définitivement adopté par le Parlement, le 11 avril. Et avec lui, la privatisation de la FDJ. Une adoption qui coïncide avec une cocasserie marqué du sceau de la Macronie :  l’annonce, mardi 9 avril, de la nomination à partir de mai de Raphaële Rabatel, la femme de Gilles Le Gendre, président du groupe La République en marche à l’Assemblée nationale, au poste de « directrice de la communication de la FDJ ». Un hasard ?

« Mme Rabatel a été choisie et recrutée car elle coche toutes les casesdit-on dans l’entourage de Stéphane Pallez, le PDG de l’entreprise publique (Le Monde, Philippe Jacqué) Elle a déjà travaillé pour des banques et des entreprises de réseaux, ce qui la qualifie pour travailler pour la FDJ. Et puis elle a préparé et accompagné l’ouverture du capital de GDF en 2005, ainsi que sa privatisation et la fusion avec Suez. Bref, elle a été recrutée pour ses compétences. Qu’elle soit la femme de M. Le Gendre n’est pas le sujet. » Ce que l’on peut, précisément, contester. Et qui commence à faire polémique.

Mais encore ? La loi « Pacte » votée, il reste maintenant pour le Gouvernement à en déterminer certaines modalités pratiques ainsi que certaines dispositions adoptées pendant le débat parlementaire. « Notamment le dispositif concernant l’amende pour la vente de jeux aux mineurs, observe le site des buralistes français.  En fait, le ministre de l’Économie a annoncé une « concertation avec les buralistes » sur le sujet. Elle ne devrait pas tarder. » Extraits du texte de la loi :

« Le transfert au secteur privé de la majorité du capital de la société La Française des Jeux est autorisé (…) Le Gouvernement est habilité à prendre par voie d’ordonnance, dans un délai de six mois à compter de la publication de la présente loi, toute mesure relevant du domaine de la loi ayant pour objet : (…) de modifier ou renforcer les sanctions administratives et pénales existantes et prévoir de nouvelles sanctions en cas de méconnaissance des règles applicables au secteur des jeux d’argent et de hasard, notamment par la mise en place d’une amende sanctionnant la vente ou l’offre au titre gratuit de jeux d’argent et de hasard aux  mineurs. »

Le site des buralistes rappelle qu’une proposition parlementaire visant à inscrire, dès maintenant dans la loi, une « amende disproportionnée » a fait long feu. On avait évoqué alors une amende d’un montant de 7 500 euros – soit l’équivalent de l’amende pour vente d’alcool aux mineurs 1. Rappelons que la vente de tabac aux mineurs 2 est actuellement sanctionnée par une amende (de classe 4) de 135 euros. Et que cette disposition n’est jamais appliquée ; un tiers ou presque des Français mineurs sont des consommateurs de tabac.

Où l’on prend la mesure, dans le champ des addictions légalisées et fortement taxées, de l’incapacité d’un pouvoir exécutif à faire appliquer la loi. Pourquoi en irait-il différement avec l’addiction aux « jeux d’argent » dont la « communication » sera assurée par la femme du président des députés de la majorité ?

A demain

@jynau

1 S’expose à une peine de 7500 € d’amende la personne qui : vend des boissons alcooliques à des mineurs ; offre ces boissons à titre gratuit à des mineurs, dans les débits de boissons et tous commerces ou lieux publics ; fait boire un mineur jusqu’à l’ivresse. En cas de récidive (moins de 5 ans après une première condamnation pour l’un de ces faits) la peine encourue est portée à un an d’emprisonnement et 15000 € d’amende.

2 Jusqu’à un décret en date du 25 mai 2010, la vente de tabac aux mineurs âgés d’au moins 16 ans était autorisée. Désormais, l’interdiction a été étendue à l’ensemble des personnes de moins de 18 ans. Le vendeur peut demander à l’acheteur d’apporter la preuve de sa majorité par pièce d’identité ou tout autre document officiel muni d’une photographie.  Le fait de ne pas respecter cette interdiction expose le vendeur à l’amende prévue pour les contraventions de 4ème classe hormis lorsque celui-ci prouve qu’il a été induit en erreur sur l’âge du mineur.

La farce et les dindons français : comment l’Etat pourrait-il en finir un jour avec le tabac ?

Bonjour

12 avril 2019. Chercher l’erreur. « Un euro de plus sur chaque paquet de cigarettes, ça rapporte gros, observe  aujourd’hui Solveig Godeluck (Les Echos). L’augmentation de la fiscalité sur les produits du tabac a permis de prélever 900 millions d’euros de plus en 2018, d’après les chiffres du programme de stabilité transmis par Bercy à Bruxelles.  A l’automne 2017, dans le projet de budget de la Sécurité sociale, le gouvernement avait inscrit une recette supplémentaire de 510 millions d’euros sur l’année. »

Au total, les taxes sur les tabacs ont rapporté près de 13 milliards d’euros (hors TVA) en 2018 contre 11,9 milliards en 2017. « Cette bonne surprise pour le budget est un peu moins réjouissante pour la santé publique et pour les comptes de la Sécurité sociale à long terme, poursuivent Les Echos. Cela signifie que la consommation légale de tabac a un peu moins baissé que prévu. Les volumes de cigarettes ont néanmoins diminué de 9,1 % en 2018, a calculé l’association ‘’Droits des non-fumeurs’’, une baisse substantielle. » Mais l’Etat s’attendait à un recul plus important encore de la consommation compte tenu de l’ampleur du renchérissement des taxes. Gouverner c’est, aussi, calculer.

Cigarette électronique/réduction des risques

Résumons. Il y a un an se mettait en place, à l’initiative du gouvernement, un programme d’augmentation par étapes des prix/relèvement de la fiscalité jusqu’en 2020. Il s’agissait, officiellement de lutter contre la consommation de tabac en annonçant que le paquet de cigarettes atteindrait un minimum de 10 euros en 2020. On observe d’autre part (et en dépit du déni gouvernemental quant aux vertus de la cigarette électronique/réduction des risques) que les tentatives pour arrêter de fumer sont sur une pente croissante encouragées par une meilleure prise en charge des substituts nicotiniques par la collectivité.

C’est dans ce contexte que les pouvoirs publics/autorités sanitaires ont annoncé (sans jamais fournir de données statistiques objectives) une diminution, en un an et demi, de 1,6 million de fumeurs.  « De leur côté, notent Les Echos, les industriels du tabac ont vu leur chiffre d’affaires augmenter de 3,9 % en 2018 du fait de l’augmentation du prix moyen, en dépit de la baisse des volumes, note ‘’Droits des non-fumeurs’’. Un chiffre d’affaire qui s’est élevé à 15,65 milliards. » Sans parler des ventes parallèles, des achats à l’étranger et de la contrebande qui, par définition, ne figure pas dans les statistiques officielles. Où est l’erreur ?

A demain

@jynau

 

80 km/h et e-cigarette : Edouard Philippe va-t-il sauver des vies ou remplir des caisses ?

Bonjour

Les a -t-il lui-même écrites, ces lignes qui disent tant du politique et de la santé publique ? Edouard Philippe, Premier ministre rendait ce lundi 8 avril les premières conclusions du Grand Débat National. Il est revenu à cette occasion sur sa mesur-polémique : « l’abaissement de la limitation de la vitesse sur les routes ». À cette occasion, le chef du gouvernement a publiquement regretté la « défiance » qui a accompagné l’instauration des 80 km/h sur les routes secondaires.

On peut voir et entendre Edouard Philippe ici.

« Parfois la bonne fois ne suffit pas. La bonne foi, c’est celle qui m’a par exemple conduit à instaurer les 80 km/h, parce que je ne pouvais pas accepter l’hécatombe quotidienne qui brise des vies, des familles, des existences … Je voulais sauver des vies, on m’a accusé de vouloir remplir des caisses…

« Je ne me résigne pas à abandonner cette ambition en matière de sécurité routière. C’est une grande politique publique au service de nos concitoyens, elle est indispensable

« Mais je dois apprendre à composer avec l’incompréhension ou le rejet de certains de nos concitoyens. Renouer avec une forme de confiance c’est le grand défi de notre génération politique. »

Où l’on redoute de comprendre : que signifie « ne pas se résigner à abandonner » mais aussi, en même temps,  « apprendre à composer » ? C’est poser, simplement l’équation générale de la politique de réduction des risques. Elle vaut tout particulièrement pour les 80 000 morts prématurées annuelles du tabagisme . Oublions Agnès Buzyn. Quand Edouard Philippe s’emparera-t-il, enfin, de la promotion de la cigarette électronique ?

A demain

@jynau

 

Hystérie et cigarette électronique : aujourd’hui voici l’angoisse des « crises d’épilepsie »

Bonjour

A peine l’ombre d’un soupçon de la possibilité d’une hypothèse. A mille lieux d’une corrélation, à des années-lumières de la possibilité d’une causalité. Qu’importe. Roulements de tambour de la  Food and Drug Administration américaine : elle  enquête sur d’éventuels liens entre vapotage et convulsions épileptiques. « Some E-cigarette Users Are Having Seizures, Most Reports Involving Youth and Young Adults ». « On aura vraiment tout dit contre le vapotage », observe le site des buraliste français.

Au total, trente-cinq « cas » ont été rapportés à la FDA entre 2010 et le début de l’année 2019. «Des rapports indiquent que certaines personnes utilisant des cigarettes électroniques, en particulier des jeunes et de jeunes adultes, sont ultérieurement prises de convulsions», indique l’Agence dans un communiqué. Même si le nombre de signalements semble dérisoire au regard du nombre total de vapoteurs aux États-Unis, l’Agence estime que cela «justifie une enquête scientifique afin de déterminer s’il existe vraiment un lien ».

Parmi les cas rapportés, certains impliquent des personnes qui avaient déjà été victimes de convulsions par le passé. D’autres ont été observés chez des des vapoteurs qui consommaient également du cannabis ou des amphétamines. Et la FDA de préciser que  «certains des incidents signalés peuvent ne pas être directement liés à l’utilisation de cigarettes électroniques» – mais dus à une pathologie sous-jacente, ou à l’utilisation d’autres « substances ».

Tremblements récurrents des responsables sanitaires

«De nombreux facteurs peuvent conduire à des crises convulsives, indique la FDA. Par exemple, les concentrations de nicotine dans les e-liquides varient, et certaines caractéristiques de conception de la cigarette électronique peuvent permettre à un utilisateur d’obtenir rapidement des niveaux élevés de nicotine. Les comportements d’utilisation de la cigarette électronique varient également et les utilisateurs peuvent inhaler délibérément ou par inadvertance plus de nicotine que ce qui se produirait normalement».

La FDA précise toutefois savoir que la nicotine n’est pas une substance nocive, «notamment pour le développement cérébral des jeunes». « L’usage de cigarettes électroniques a explosé parmi les jeunes Américains au cours de la dernière décennie, dépassant même celui de la cigarette, rappellent Le Figaro (Cécile Thibert) et l’AFP.  Au total, le nombre de vapoteurs est passé de 1,5 à plus de 20% chez les lycéens de 2011 à 2018, tandis que le tabac «combustible», sous toutes ses formes, tombait de 22 à 14%. »

Où l’on en revient au croisement d du concept de la réduction des risques et du tremblement récurrent des responsables sanitaires devant des responsabilités qu’ils n’osent plus assumer. D’une part (sauf au ministère français de la Santé) un consensus scientifique sur le fait que le recours à la cigarette électronique est moins nocif que le tabagisme.  De l’autre ce lieu commun faisant valoir que  «la cigarette électronique n’est pas sans risque».

«Nous voulons préciser que nous ne savons pas encore s’il existe une relation directe entre l’utilisation de la cigarette électronique et le risque de convulser. Nous ne pouvons pas encore affirmer avec certitude que les cigarettes électroniques sont à l’origine de ces crises», insiste l’Agence américaine qui encourage le public à rapporter tous les effets indésirables liés à la cigarette électronique dont il pourrait faire l’objet.

Et si la FDA « partage cette information avec le public » c’est parce qu’il est de son rôle d’agence sanitaire de faite connaître tous ses sujets potentiels de préoccupations». Au risque, après-demain, d’être poursuivie pour préjudice d’anxiété ?

A demain

@jynau