E-Cigarette et réduction des risques : en 2019, Agnès Buzyn découvrira-t-elle qu’elles existent ? 

Bonjour

Miscellanées addictologiques et politiques de la nouvelle année.

Marisol Touraine fut durant cinq ans la ministre de la Santé de François Hollande, président de la République. Niant les vertus de la cigarette électronique Mme Touraine n’aura rien fait pour la réduction des risques tabagiques – hormis le paquet neutre. Marisol Touraine vient d’être décorée : chevalier de la Légion d’honneur. « Trente ans de service » résume Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long). « Peu appréciée des médecins durant son passage au ministère, Marisol Touraine a été nommée chevalier, le grade le plus bas de la distinction nationale, pour ses 30 années de services rendus à l’État (le code de la légion d’honneur interdit toute nomination ou promotion pendant la durée des fonctions ministérielles) »

Cette même promotion distingue également une dizaine de praticiens hospitaliers nommés au grade de chevalier, ainsi que plusieurs personnalités du monde de la santé. Sans oublier Mgr Michel Aupetit, médecin généraliste de formation devenu archevêque de Paris en 2017.

Message adressé par le Conseil économique social et environnemental (CESE). « Le 1er janvier 2019 est marqué par l’entrée en vigueur des nouveaux prix des paquets de cigarettes. L’augmentation notable (de 20 à 30 centimes pour certains paquets), est une étape supplémentaire dans le train de hausses successives prévues par le Gouvernement pour atteindre, d’ici novembre 2020, un prix de 10 euros. Janvier marque également pour certains l’entrée dans le « mois sans alcool » (« Dry January »).

Si le tabac et l’alcool font partie des produits les plus réglementés, leur pratique demeure néanmoins très répandue et trop souvent addictive. Au-delà de la santé, les conséquences de ces addictions sont bien souvent sociales. Aujourd’hui, il est crucial de lutter contre ce qui correspond respectivement aux première et deuxième causes de mortalité évitable en France.

Dans le cadre d’un partenariat avec la Cour des comptes, qui réalise un important travail d’évaluation des politiques publiques de lutte contre le tabagisme et contre la consommation nocive d’alcool, le CESE s’est emparé de ce sujet éminemment sociétal. Ses préconisations feront l’objet d’une présentation et d’un vote en séance plénière le 9 janvier 2019, à partir de 14h30.

Ce projet d’avis est rapporté par Etienne Caniard (Groupe de la Mutualité), accompagné de Marie-Josée Auge-Caumon (Personnalité associée), pour la Section des Affaires sociales et de la santé, présidée par Aminata Koné (Groupe UNAF). Il sera présenté lors de l’assemblée plénière du Conseil économique, social et environnemental le 9 janvier à 14h30. Vous êtes cordialement invité.e à la présentation de l’avant-projet d’avis, inscription par courriel à l’adresse : pressecese@havas.com. La séance sera retransmise en direct sur le site internet du CESE : www.lecese.fr. »

Cigarette électronique britannique et vidéo trash. Pour lutter contre la désinformation sur le vapotage, le Public Health England (PHE) diffuse depuis quelques jours une vidéo virale qui compare le tabagisme et la vape. L’affaire est excellement traitée par Sébastien Béziau, vice-président de Sovape, sur vapyou.com « Le Public Health England lance une vidéo virale qui compare vape et tabac » :

« Depuis 2015, l’organisme gouvernemental Public Health England (PHE) affirme que vapoter est au moins 95% moins nocif que fumer. Le premier rapport avait été réalisé par des experts suite à la lecture et la compilation de plus de 200 études. En février 2018, le PHE a publié une mise à jour, qui confirme à nouveau ce 95% et qui s’assortit de nombreuses recommandations pour les services de santé et tous les intervenants de la lutte contre le tabagisme. En clair, faire une promotion massive du vapotage auprès des fumeurs.»

« L’Angleterre est le seul pays au monde où tous les acteurs de la lutte contre le tabagisme sont unis derrière un message positif pour promouvoir massivement le vapotage. L’information est claire et honnête, le STOPTOBER (modèle – lointain – du Mois Sans Tabac), par exemple, incite clairement les fumeurs à essayer le vapotage. Cette année, on trouvait même sur le site officiel de l’opération, un annuaire des boutiques de vape spécialisées, une action menée avec l’association des professionnels indépendants l’IBVTA. »

 La vidéo que diffuse le Public Health England est, pour Sébastien Béziau, un modèle de communication “trash” comme on peut le voir souvent dans les réseaux sociaux, objectif “choc et viral”. « Sauf que cette fois, ce n’est pas réalisé par des amateurs, il s’agit du Dr Rosemary Leonard et du Dr Lion Shahab pour le compte d’un organisme gouvernemental, la vidéo est siglée Public Health England, c’est un discours officiel, écrit-il. L’objectif est bien clair : créer un maximum de buzz avec une vidéo très viraleAucune ambiguïté, à la différence de la “frilosité” en France, les services de santé anglais sont prêts à tout pour alerter la population avec une promotion massive et très engagée pour le vapotage. »

Nous sommes en 2019 et le « Plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2022 » n’a toujours pas vu le jour. Sa publication était prévue pour mars 2018.

A demain

@jynau

Tabac : en 2019 Agnès Buzyn fera-t-elle payer aux fumeurs le dépistage du cancer du poumon ?

Bonjour

Des spécialistes réclament ouvertement la mise en place d’un dépistage qui préviendrait 7.500 morts prématurées et proposent un mode de financement sans précédent. Explications.

Longtemps, les choses furent dramatiquement simples: le cancer bronchopulmonaire était considéré comme une double fatalité, médicale et politique. Il ne pouvait être que bien trop tardivement diagnostiqué et donc très difficilement traité. Et il était (presque) toujours associé à l’addiction chronique à la consommation d’une substance: le tabac, hautement rentable pour les recettes fiscales d’un État peu enclin à les diminuer.

La donne, toutefois, a évolué. Si la France demeure le pays développé où l’on compte l’un des taux les plus élevés de fumeurs et fumeuses, les progrès accomplis en matière d’imagerie médicale laissent espérer la mise en place prochaine d’un dépistage précoce des lésions cancéreuses bronchopulmonaires.

Ces nouveaux éléments conduisent à poser les termes d’une nouvelle équation à la fois médicale, politique et financière. Avec un objectif clairement affiché: prévenir chaque année en France 7.500 morts prématurées (deux fois plus que celles liées de la circulation routière). C’est là un sujet majeur de santé publique: on diagnostique désormais chaque année près de 50.000 nouveaux cas en France et ce cancer est le plus meurtrier chez l’homme (21.000 décès) et le deuxième chez la femme (9.500 décès) après celui du sein.

La suite sur Slate.fr : « Fumeurs payeurs? Une piste pour le dépistage du cancer du poumon »

A demain

@jynau

 

Courage en politique : pourquoi Agnès Buzyn n’ose-t-elle pas le « Janvier sans alcool » ?

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Santé publique, courage et pragmatisme. C’est un papier original de The Independant (Olivia Petter) repéré par Slate.fr (Thomas Messias) : « DRY JANUARY BENEFITS COULD LAST UNTIL AUGUST, STUDY CLAIMS. Giving up alcohol for one month may improve sleep, energy and skin health ».

C’est aussi un papier éminemment politique. Il témoigne du salutaire pragmatisme sanitaire et, en regard, des impasses du jacobinisme français. Où l’on découvre les vertus du « Dry January ». Commencer son année par un mois sans alcool, c’est le concept du «Dry January». Le but est de traverser janvier de façon saine, pour purger les excès des fêtes et démarrer sur de bonnes bases. En janvier 2015, pas moins de deux millions de personnes se seraient adonnées à cette pratique.

« Dry January » : campagne de santé publique exhortant les gens à s’abstenir de boire de l’alcool pendant le mois de janvier inventée en Finlande (« Janvier sobre ») en 1942 – mise en œuvre depuis quelques années en Grande Bretagne. « Dry January » enregistré en tant que marque par l’association caritative « Alcohol Concern » en 2014 associée depuis 2015 à Public Health England.

En janvier 2014, selon Alcohol Concern, plus de 17 000 Britanniques auraient cessé de boire pendant un mois. Et un sondage de l’Université de Sussex a établi que six mois plus tard 72% avaient « réduit les épisodes de consommation nocive d’alcool », 4% demeurant abstinents.

Et voici, aujourd’hui, qu’une étude émanant là encore de l’Université du Sussex vient confirmer les effets bénéfiques d’un « janvier sans alcool », en essayant de les quantifier. Première constatation : les personnes qui décident de ne pas boire en janvier ont souvent tendance à le faire ensuite de façon plus modérée qu’avant lors du reste de l’année. Slate.fr :

« Durant les huit premiers mois de l’année 2018, l’équipe du Dr Richard de Visser a observé le comportement de 800 personnes s’étant adonnées au ‘’Dry January’’ en janvier. En moyenne, elle ont bu de l’alcool 3,3 jours par semaine (contre 4,3 précédemment), et elles ont été ivres 2,1 fois par mois (contre 3,4 auparavant). En outre, 67% des sujets de l’étude ont affirmé se sentir plus énergiques dans les mois qui ont suivi. 58% disent avoir perdu du poids et 57% affirment avoir gagné en concentration.

 « Le Dr Richard de Visser souligne que ces effets sont visibles (de façon certes moins convaincante) y compris chez des personnes n’ayant pas réellement pratiqué le ‘’Dry January’’, mais ayant néanmoins réduit leur consommation d’alcool durant cette période. Les effets de ce mois de janvier plus sain se font ressentir sur la consommation d’alcool à long terme, puisque même au mois d’août, les personnes ayant pratiqué le ‘’Dry January’’ ont bu un jour de moins par semaine que durant le mois d’août précédent. »

 Santé publique et pragmatisme. Et « réduction des risques ». En 2019 on attendra, ici aussi, Agnès Buzyn.

A demain

@jynau

 

 

Perfuser les buralistes et lutter contre le tabagisme : l’écartèlement du pouvoir exécutif

Bonjour

Une chose et son contraire. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé est officiellement en charge de lutter contre le tabagisme. Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics est en charge de faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat  et – en l’occurrence – de protéger la profession en charge de vendre du tabac cancérigène taxé à 80%. Ségur contre Bercy. Devinez qui peut l’emporter ?

Lutter contre le tabagisme ? Faute d’avoir le courage de s’appuyer sur le puissant phénomène de la cigarette électronique (et sur une véritable politique de réduction des risques) le gouvernement réduit son action à un train de hausses successives pour tenter d’ atteindre, d’ici novembre 2020, un prix de 10 euros le paquet de vingt cigarettes. Or ce sont les industriels du tabac qui fixent les prix de vente, l’État ne pouvant « qu’inciter » à des augmentations en faisant varier les taxes.

Pour autant, postulant que les ventes tabagiques iront en déclinant Gérald Darmanin annonçait, en février dernier avoir signé un nouveau « protocole d’accord sur la transformation du réseau des buralistes pour la période 2018-2021 ».

« L’accord s’inscrit dans le cadre de la politique de santé publique voulue par le Gouvernement, se traduisant par une augmentation des prix du tabac qui portera progressivement le prix du paquet de cigarettes à 10 euros. L’objectif prioritaire de ce nouveau protocole est d’accompagner les buralistes dans la transformation profonde de leur métier, passant du modèle de débitant de tabac à celui de nouveau commerçant de proximité. Il prévoit à ce titre la création d’un fonds temporaire de transformation des buralistes destiné à permettre la mutation de la profession vers une moindre dépendance à l’activité de vente de tabac. »

 « Ce protocole a également pour objet d’apporter un soutien à ceux dont l’activité économique serait significativement pénalisée par l’augmentation des prix du tabac et les accompagner en renforçant les aides existantes, notamment à travers une remise transitoire pour les buralistes dont les livraisons de tabac auraient connu une baisse significative. »

Gérald Darmanin : « Je suis heureux de signer aujourd’hui ce protocole venant concrétiser l’engagement que j’ai pris le 20 octobre dernier lors du Congrès des buralistes. Ces mesures créent toutes les conditions pour que l’Etat accompagne la profession de buraliste dans sa démarche active de transformation, tout en soutenant ceux qui en ont le plus besoin. Le Gouvernement demeure déterminé à lutter avec fermeté contre la fraude et le trafic de tabac de contrebande qui est l’ennemi de la santé des Français et des buralistes, seul réseau légal de distribution du tabac en France.»

Les nouveaux commerçants (de proximité)

C’est dans ce cadre que s’inscrit la mesure qui vient d’être détaillée sur le site des buralistes français : la rémunération des buralistes sur la vente du tabac va augmenter de 0,10 point, ce mardi 1er janvier. La rémunération nette sur la vente de cette substance addictive et hautement pathogène passe donc à 7,80 %. « Rappelons que la remise avait augmenté de 0,60 point en 2017, précise le site des buralistes. Elle a progressé de 0,20 point, il y a un an. Elle augmentera, à nouveau, de 0,10 point au 1er janvier 2020 et au 1er janvier 2021 : de sorte à ce que la rémunération nette sur le tabac soit de 8 % en 2021. »

 Ce n’est pas tout. Le protocole d’accord sur la transformation des buralistes dispose aussi d’une remise transitoire trimestrielle. Pour tout buraliste connaissant une chute, en valeur, de plus de 15 % de ses livraisons tabac sur un trimestre (par rapport au même trimestre de l’année précédente), versement d’une rémunération supplémentaire de 0,8 % (en plus de la rémunération ordinaire).

C’est ainsi que le gouvernement accompagne la transformation des vendeurs de tabac vers le métier de « commerçants de proximité ». Sans pouvoir offrir ma moindre garantie quant à la réussite de son plan anti-tabagique.

A demain

@jynau

 

 

Gilets Jaunes ou pas, au 1er janvier 2019, le prix du tabac n’augmentera pratiquement pas

Bonjour

Le 20 décembre dernier le Journal Officiel publiait un arrêté ayant beaucoup à voir avec la santé publique car co-signé par la ministre des Solidarités et de la Santé (par délégation, par le directeur général de la santé, J. Salomon) : « Arrêté du 14 décembre 2018 portant homologation des prix de vente au détail des tabacs manufacturés en France, à l’exclusion des départements d’outre-mer ».

Parmi les mouvements significatifs sur le segment des cigarettes le site des buraliste retient :

Chez Philip Morris France :  + 20 centimes sur les Marlboro ; + 10 centimes pour les Philip Morris, Chesterfield et L&M

Chez Seita : + 10 centimes sur les Gauloises brunes ; + 20 centimes sur Gitanes

Chez Japan Tobacco France: pas de changements

Chez BAT : + 10 centimes sur certaines références Winfield.

L’oubli tragique de la cigarette électronique

Et ce site, avec l’AFP, de résumer que l’heure est à la stabilité pour la plupart des références, à quelques légères hausses marginales près.

« Parmi ces rares relèvements de prix, le paquet de 20 Marlboro Red (groupe Philip Morris), qui coûte 8 euros depuis le 1er mars contre 7,30 euros auparavantpasse à 8,20 euros. En revanche le prix du paquet de Gauloises blondes reste à 8 euros, tout comme celui des Lucky Strike Bleu Classic, inchangé à 7,70 euros, ou encore celui des Camel (sans filtre) stable à 7,90 euros. Enfin, les Winfield rouge de 20 unités se maintiennent également à 7,90 euros, tout comme les Winfield bleu. »

 Il s’agit ici de la septième révision des prix du tabac depuis l’arrivée du gouvernement Macron en mai 2017, après quatre années de stabilité. Lutter contre le tabagisme, première cause évitable de morts prématurées (80 000 chaque année) ?  Faute d’avoir le courage de s’appuyer sur le puissant phénomène de la cigarette électronique (et sur une véritable politique de réduction des risques) le gouvernement réduit son action à un train de hausses successives pour tenter d’ atteindre, d’ici novembre 2020, un prix de 10 euros le paquet de vingt cigarettes.

Mais faudrait-il rappeler qu’en France (pourquoi ?) ce sont les industriels du tabac qui fixent les prix de vente, l’État ne pouvant « qu’inciter » à des augmentations en faisant varier les taxes – qui représentent déjà plus de 80 % du prix ? Où l’on voit qu’en matière de dépendance et de rapport à l’Etat, le tabac n’est guère loin de l’essence.

A demain

@jynau

 

 

Gilets Jaunes : petites colères montantes de la France dépendante «des clopes et du diesel» 

Bonjour

En 2019, c’est promis, des sociologues nous éclairerons enfin sur les véritables racines du phénomène étrange que nous traversons. Sur cette colère multiforme, ces violences, cette détestation soudaine d’un président hier adoré, cette fracture d’une France qui ne se reconnaît plus. Et restera un chapelet de mots : « jactance », « carabistouilles », « moratoire », « entourloupe », « intelligence et subtilité », « mabouls ». Un chapelet auquel il faudra ajouter « clopes et diesel ».

Ce fut un mot de Griveaux voulant salir Wauquiez. Benjamin-Blaise Griveaux, 41 ans, est porte-parole macronien du gouvernement. Laurent Wauquiez, 43 ans est  président de Les Républicains (LR).

Benjamin-Blaise Griveaux au JDD: «Wauquiez, c’est le candidat des gars qui fument des clopes et qui roulent au diesel.» Uns saillie méprisante analysée par David Desgouilles 1 dans Le Figaro : « Le mépris sidérant de Griveaux pour les «gars qui fument des clopes et roulent au diesel » (Paul Sugy).

« Si j’étais un député LREM de province, je maudirais Benjamin Griveaux. Voilà qui renforce en effet cette impression de mépris des villes-monde pour tout ce qui ne vit pas dans une grande métropole (…) Il y a un an, Emmanuel Macron déplorait en des termes outranciers le manque de mobilité d’ouvriers creusois qui auraient pu trouver du travail à deux heures de route (…) Le sujet est inflammable (…) Emmanuel Macron aurait tort de traiter ce dernier par le mépris et d’y appliquer la vision binaire ‘’progressistes contre nationalistes’’. Car, même s’il n’a pas enregistré des scores faramineux lors du premier tour de la présidentielle dans cette France périphérique, il risquerait de s’y faire complètement haïr, tant la problématique de la voiture y est centrale. »

« Si Laurent Wauquiez était le candidat des gens qui roulent au diesel (je laisse de côté l’aspect moralisateur sur le tabac), il ne serait pas loin de l’Élysée. Or, la sociologie électorale de LR, ce n’est pas les ouvriers et employés qui vont au boulot chaque jour et doivent emprunter leur véhicule diesel, c’est plutôt les retraités qui roulent peu (…) Cette France-là a besoin de protection, pas de diminution à la hache des effectifs des services publics. Mais peut-être Benjamin Griveaux souhaite-t-il par cette pression décourager Wauquiez d’aller à la conquête de cet électorat-là. Et laisser ce dernier au RN, validant le clivage mortifère progressistes-nationalistes dans lequel il souhaite enfermer la vie politique française. »

Sur la ligne de grande banlieue Paris/Meaux/Château-Thierry,

Voilà pour le diesel. Et les « clopes » ? Un symptôme édifiant des clivages du pays et des révoltes montantes nous est donné par  France Bleu Paris (Louis-Valentin Lopez). « Des mégots écrasés sur le sol, des paquets vides … Ce n’est pas un fumoir, mais le dernier wagon de la ligne P du Transilien reliant Paris à Château-Thierry dans l’Aisne. Malgré le renforcement des contrôleurs, les ‘’wagons fumeurs’’  ne sont pas en voie de disparition.

« On a beau être une grande entreprise publique de transports … On a beau avoir appliqué, scrupuleusement et avant la lettre, l’interdiction de fumer dans les lieux publics … On a beau avoir des agents de sûreté ferroviaire qui patrouillent régulièrement, écrivait il y a deux ans le site des buralistes français. Et bien, sur la ligne de grande banlieue Paris/Meaux/Château-Thierry, le wagon de queue est squatté régulièrement par des jeunes qui, par provocation ou non, trouvent cela normal d’y fumer … Les PV, ils s’en moquent et les opérations anti-fumeurs aussi. »

 Deux ans plus tard les contrôleurs franciliens ont  la ligne P en ligne de mire. Mercredi 19 décembre, une opération de contrôle a été menée mobilisant pas moins d’une soixantaine d’agents de la Sûreté ferroviaire ainsi qu’une dizaine de policiers municipaux et nationaux. En trois heures, 51 procès-verbaux ont été dressés avec pour motif : « violation de l’interdiction de fumer ».

« Les passagers connaissent les risques encourus ainsi que le prix de l’amende (68 euros), mais ils ont appris à esquiver les contrôles, rapporte France Bleu. Depuis 2017, la tâche s’est compliquée pour les fraudeurs : « nos agents de la sûreté ferroviaire peuvent verbaliser, faire descendre les passagers du train », signale Christophe Lallot, directeur adjoint de la zone Sûreté Ile-de-France Nord-Est. Des agents en civil peuvent être présents et contrôler dans les gares. Pour autant, ils ‘’ont besoin des services de police pour finaliser les procès-verbaux ou encore sécuriser les adresses’’. Cette année sur la ligne P, plus de 1 600 procès-verbaux ont été dressés, dont presque 700 pour violation de l’interdiction de fumer. »

 La France des clopes et du diesel ? On peut le dire autrement : la France dépendante du tabac et des carburants.

A demain

@jynau

1 Chroniqueur à Causeur et au Figaro Vox, David Desgouilles signe aussi des billets d’humeur dans le Figaro Magazine. Il a publié en juin 2015 « Le Bruit de la douche », aux éditions Michalon. Puis « Dérapage » (éd du Rocher 2017) A paraître « Les vaincus » (éd du Rocher 2019). Présentation de « Dérapage » :

« Lors d’un débat télévisé, le chroniqueur Stéphane Letourneur, croyant son micro coupé, adresse une remarque graveleuse à une femme politique. Cruelle erreur ! La meute des internautes se déchaîne, il devient l’homme à abattre sur les réseaux sociaux. Quelques jours plus tard, Nicolas Sarkozy est victime d’un enlèvement, alors qu’il fait du vélo dans la montagne varoise.

 « Une actu chassant l’autre, l’annonce du kidnapping de l’ancien Président tourne en boucle sur les chaînes d’info. Une aubaine pour Letourneur, enfin délivré de la traque dont il était la cible, et qui a trouvé refuge dans un petit village jurassien. Mais le calme ne dure pas… Quel est ce groupe de personnes au comportement étrange installé dans la propriété voisine ? Pourquoi semblent-ils si méfiants ? Quel rôle joue Pauline, consœur  journaliste de Letourneur ? Une politique-fiction haletante et magistralement orchestrée. »

 

 

 

E-cigarette et Big Tobacco : combien de milliards de dollars pour racheter son âme au diable ?

Bonjour

Vapotage versus tabagisme : mariage contre nature ou, à terme, concubinage obligatoire ? Une étonnante affaire américaine impose de soulever cette dérangeante question.

« Après avoir vendu le poison, les cigarettiers espèrent faire fortune avec l’“antidote” » titre Le Monde (Philippe Escande). Et de résumer les derniers épisodes de l’histoire de JUUL Labs jeune start-up née californienne fondée sur la cigarette électronique, ses vertus anti-tabagiques et sa place présente et à venir dans le paysage de la réduction des risques. Succès absolu, au-delà des business plans les plus délirants.

« Avec son look moderne et discret, ses parfums envoûtants et son marketing agressif, JUUL est devenue en un an l’une des plus belles start-up des Etats-Unis. A tel point que sa croissance phénoménale et ses marges stratosphériques ont fait de cette jeune pousse de 1 500 personnes l’une des entreprises les plus chères des Etats-Unis. »

Le géant du tabac Altria (ex-Philip Morris) n’a guère tardé devant la bergerie : achat de 35 % des parts de JUUL pour un montant de 12,8 milliards de dollars. Cet investissement, le plus important de l’histoire d’Altria, valorise JUUL à 38 milliards de dollars, plus de deux fois la valeur actuelle (16 milliards) de cette start-up, indique le géant. Et de promettre que JUUL – qui n’est pas coté en Bourse – restera indépendant. Howard Willard, PDG d’Altria :

« Nous agissons avec vigueur pour préparer un futur dans lequel les fumeurs adultes choisissent en masse les produits non-combustibles de préférence aux cigarettes. L’investissement d’Altria est un signal clair que la technologie de Juul nous a donné une opportunité véritablement historique d’améliorer la vie du milliard de gens qui fument des cigarettes. »

Marché du vice

« Pour Altria, il s’agit de sortir du piège de la décroissance de son marché historique. Sa production chute de 3 à 4 % par an et ses marges sont comprimées, ajoute Le Monde. Alors, il se précipite sur d’autres paradis artificiels plus en vogue. Il a jeté son dévolu sur un producteur de marijuana canadien, Cronos, et se développe dans la cigarette électronique et les substituts. Après avoir vendu le poison, il aimerait bien faire fortune dans les antidotes. Son pari sur JUUL est donc compréhensible, même si l’entreprise est désormais dans le collimateur des autorités qui veulent renforcer l’interdiction de vente aux mineurs et de certains parfums addictifs. Les gendarmes de la santé s’aperçoivent avec horreur qu’au lieu de détourner les gros fumeurs de leur vice le petit stylo de JUUL fabrique de nouveaux et jeunes adeptes de l’herbe à Nicot. Le marché du vice est inépuisable. »

Le marché du vice n’est jamais éloigné de celui de l’or, de l’argent et du dollar. Qui n’est pas très loin du diable. Ainsi vient-on d’apprendre que, pour « devancer le mécontentement de ses employés », JUUL va leur verser deux milliards de dollars, soit (en moyenne) 1,3 million de dollars (1,15 million d’euros) chacun. C’est que chez JUUL, jusqu’à présent, Altria était considéré comme un géant à abattre au nom, notamment, de la santé publique.

« Selon la presse américaine, les discussions entre les deux groupes ont duré plusieurs mois. Les responsables de JUUL  se sont finalement laissés convaincre par un chèque de 12,8 milliards de dollars. Mais aussi, assure Kevin Burns, le directeur général, par les promesses du nouvel investisseur. La start-up va conserver son ’ entière indépendance’’, complète Le Monde (Jérôme Marin). Elle va également avoir accès au réseau de distribution d’Altria et pourra glisser des publicités dans ses paquets de cigarettes.)

Jean de la Fontaine

Dans un communiqué de presse, puis devant ses salariés, M. Burns a reconnu que le cigarettier était un investisseur « contre-intuitif ». Il dit comprendre la polémique suscitée par le rapprochement avec Altria. « Nous étions aussi sceptiques, concède-t-il. Mais au final, cette opération  va nous permettre d’accélérer notre succès pour convertir les fumeurs adultes. »

En interne certains ont vu dans cette alliance avec le premier groupe de tabac comme « un pacte avec le diable », le sang du vapotage versé au bénéfice du monstre des enfers tabagiques.  « Altria aura tout intérêt à pousser JUUl à concevoir des produits qui pénalisent le moins possible les ventes de cigarettes », abonde Matthew Myers, président de l’association Campaign for Tobacco-Free Kids. Les paris sont ouverts. Oublions le diable. Qui, du loup, des bergers et des moutons, l’emportera ?

A demain

@jynau