Cigarette électronique : AVC, coronaires bouchées, dépression, anxiété et … malhonnêteté

Bonjour

Papier édifiant autant que déprimant. Il est à retrouver sur Medscape France 1. Il n’est plus à prouver que la cigarette électronique est l’outil privilégié de la réduction des risques chez les tabagiques. Mais, en retour, que redouter ? « Lors du dernier congrès de l’American College of Cardiology 2019 (ACC), une des plus grandes enquêtes jamais réalisée sur les risques cardiovasculaires de l’e-cigarette a fait l’objet d’une présentation orale 2.

« Selon les réponses de plus de 96 000 patients américains à des autoquestionnaires, les vapoteurs ont plus de risque d’être victimes d’un infarctus, d’une maladie coronarienne ou d’une dépression, en comparaison de ceux qui ne vapotent pas » résume Medscape France. « Jusqu’à présent, on en savait peu sur les effets cardiovasculaires de l’utilisation d’e-cigarette. Ces données sont un appel à se réveiller et à être plus vigilants concernant les dangers de l’e-cigarette », indique le Dr Mohinder Vindhyal (University of Kansas), principal investigateur de cette étude dans un communiqué de presse 3.

Selon cette étude les vapoteurs auraient un risque augmenté de 56% d’être victimes d’un infarctus par rapport aux non-vapoteurs, et un risque majoré de 30% d’être victime d’un AVC. Sans perler des maladies coronariennes et des problèmes circulatoires, notamment des thromboses : 10 et 44 % de plus chez les vapoteurs. De même ceux-ci ont deux fois plus de risque de souffrir de dépression, d’anxiété et de problèmes émotionnels. Mohinder Vindhyal :

« Dans la mesure où le risque de faire un IDM augmente de 55 % parmi les utilisateurs d’e-cigarette par rapport aux non-fumeurs, je ne voudrais pas que mes patients ou des membres de ma famille vapotent. Quand on approfondit, on se rend compte que cela ne dépend pas de la fréquence d’utilisation de l’e-cigarette. Que ce soit tous les jours ou de temps en temps, les utilisateurs de cigarette électronique sont plus susceptibles d’être touchés par un infarctus ou une maladie coronaires ».

La dépression des particules fines

Acquiescer sans broncher ? Interrogé par Medscape édition française, le Pr Bertrand Dautzenberg (pneumo-tabacologue que l’on ne présente plus) « modère fortement la portée de ces résultats ». Il souligne avant tout qu’il s’agit d’une communication orale assortie d’un communiqué de presse, qui ne fait pas l’objet d’une publication scientifique. En outre, il pointe plusieurs biais méthodologiques importants. Au final, pour le spécialiste français, il s’agit « d’une information non scientifiquement valide ». Une « fausse nouvelle » en somme.

Egalement interrogé par Medscape édition française, le Pr Yves Martinet, pneumologue également connu (CHU Nancy) et président du Comité National contre le Tabagisme explique que « ces résultats sont intéressants mais pas surprenants : la nicotine contenue dans les e-cigarettes augmente la fréquence cardiaque et la pression artérielle et les particules fines contenues qu’on inhale avec l’e-cigarette ont des conséquences CV. Pour la dépression, c’est pareil ». Il ajoute toutefois :

« Les données sont fragiles et l’interprétation devrait être prise avec du recul. On a affaire à des phénomènes de consommation complexes. Dans les travaux liés au comportement avec de l’auto-déclaratif, il faut s’appuyer sur des grandes études menées dans différents pays pour minimiser les biais. Pour l’instant, ce travail, qui a le mérite d’avoir inclus un très grand nombre de personnes, est un élément de confirmation de ce qui nous paraît évident : l’e-cigarette n’est pas anodine (…) attention, avec l’arrivée de la ‘’Juul’’, de plus en plus de jeunes entrent dans la dépendance sans avoir fumé avant. Là aussi, les données vont devoir être affinées dans les années qui viennent ».

Pour sa part, le Pr Dautzenberg considère tous ces résultats comme irrecevables. Pour lui, « il aurait été honnête de comparer des vapoteurs, tous ex-fumeurs, aux ex-fumeurs : un résultat que les auteurs ne présentent pas dans les données qu’ils ont rendues publiques. » Une limite telle qu’elle apparaît pour ce qu’elme est : « foncièrement malhonnête ».

A demain

@jynau

1 Marine Cygler. « E-cigarette et risques cardiovasculaires : une étude à charge » – Medscape – 26 mars 2019.

2 Mohinder R. Vindhyal, Paul Ndunda, Cyrus Munguti et al IMPACT ON CARDIOVASCULAR OUTCOMES AMONG E-CIGARETTE USERS: A REVIEW FROM NATIONAL HEALTH INTERVIEW SURVEYS

Oral Contributions Room 225-226-227 Monday, March 18, 2019, 9:04 a.m.-9:14 a.m. Session Title: Highlighted Original Research: Prevention and the Year in Review Abstract Category: 32. Prevention: Clinical Presentation Number: 911-12

E-Cigarettes Linked to Heart Attacks, Coronary Artery Disease and Depression, communiqué ACC, 7 mars 2019.

Dépendance aux antalgiques opiacés: Big Pharma condamnée à devoir massivement payer

Bonjour

Le vent américain va-t-il enfin commencer à tourner ? La firme pharmaceutique Purdue Pharma, et la famille majoritairement propriétaire (les descendants de Mortimer et Raymond Sackler) ont accepté de payer 270 millions de dollars (240 millions d’euros) pour mettre fin à une plainte de l’Etat de l’Oklahoma liée à la crise des opioïdes. « Il s’agit d’une victoire majeure contre les industriels accusés d’avoir favorisé la dépendance aux drogues qui ravage les Etats-Unis » résume l’Agence France Presse.

C’est le procureur général de cet Etat du Midwest qui a annoncé, mardi 26 mars, ce paiement dans le cadre d’un accord à l’amiable passé avec le producteur du tristement célèbre OxyContin. Les 270 millions de dollars serviront en grande partie à financer le centre de recherche sur les dépendances de l’université publique de Tulsa. Ce centre va recevoir dès maintenant, de Purdue Pharma, 102,5 millions de dollars – auxquels s’ajouteront 75 millions de dollars sur cinq ans de la famille Sackler, et l’équivalent en médicaments de 20 millions de dollars pour traiter les personnes devenues dépendantes.

« C’est une victoire monumentale » dans la bataille contre la crise « cauchemardesque » des opioïdes qui ravage les Etats-Unis – même si ce n’est qu’« un premier pas », a fait valoir le procureur général. Cet accord à l’amiable n’épuise pas  la plainte déposée en 2017 par l’Oklahoma contre les fabricants d’opioïdes – plainte qui vise aussi les géants Johnson & Johnson et Teva accusés d’avoir fait une promotion sans retenue de leurs spécialités alors même qu’ils connaissaient parfaitement leurs effets néfastes.

Appétits addictifs de Big Pharma

« D’autres accords à l’amiable pourraient suivre dans d’autres juridictions où Purdue Pharma a été attaqué pour des faits similaires : au moins 1 600 plaintes ont été enregistrées au niveau fédéral, supervisées par un juge de Cleveland (Ohio), et des centaines au niveau des Etats, dont New York et le Massachusetts, précise l’AFP. Face à cette avalanche de plaintes, la direction du laboratoire avait évoqué la possibilité de se déclarer en faillite. » Le paiement des 270 millions de dollars semble toutefois assuré.

Quant au Dr Craig Landau, président de Purdue Pharma il  a assuré que l’accord trouvé témoigne de « la détermination de la firme à jouer un rôle moteur pour résoudre la crise des opioïdes ». L’AFP rappelle encore qu’aux Etats-Unis ce sont les pratiques marketing des compagnies pharmaceutiques qui sont visées : « en encourageant les médecins à prescrire, voire à surprescrire, ces analgésiques hautement addictifs, elles sont accusées d’avoir précipité des millions d’Américains dans l’addiction aux médicaments ou aux drogues dures, comme l’héroïne, ou de synthèse, comme le fentanyl. »

Pour l’heure, en dépit de quelques premiers symptômes inquiétants, la France semble ne pas être massivement concernée par ce phénomène. Il ne serait pas inintéressant de comprendre pourquoi. Et de savoir si les décisions américaines freineront, ailleurs dans le monde,  les appétits addictifs de Big Pharma.

A demain

@jynau

Mystère sanitaire : où sont les 1 600 000 Français qui auraient soudain décidé de ne plus fumer ?

Bonjour

Hier, 25 mars 2019, annonce matinale fracassante des services du Premier ministre : on recense, en France 1,6 million de fumeurs en moins. Un chiffre pour mettre en appétit avant, dans l’après-midi, un « Comité interministériel pour la Santé » au cours duquel « seront présentés les résultats marquants obtenus suite aux décisions prises il y a un an par le Gouvernement ». Plus précisément 600 000 « fumeurs quotidiens » auraient « arrêté le tabac lors du premier semestre 2018 ». Ils s’ajouteraient à la baisse d’un million officiellement enregistrés en 2017  et qui, déjà, avait été auto-qualifiée d’ « historique » par le gouvernement d’Edouard Philippe. La méthodologie pour parvenir à ce chiffre était alors plus que fragile, reposant sur une simple enquête aléatoire du « Baromètre Santé » :

« La mesure de la prévalence annuelle du tabagisme en France est appréciée par une enquête aléatoire représentative de la population des personnes âgées de 18 à 75 ans résidant en France métropolitaine, le Baromètre santé 2017 (A. Pasquereau et coll.). Elle a reposé en 2017 sur un échantillon de 25 319 personnes, permettant de disposer de données intégrant des variables d’âge, géographiques (régions) et de situation sociale. En 2017, la prévalence du tabagisme quotidien était de 26,9%, soit une baisse de 2,5 points par rapport à 2016, année où 29,4% des personnes déclaraient fumer quotidiennement. Cette baisse représente un million de fumeurs quotidien de moins en un an : c’est considérable ! »

Sobriété communicationnelle

« Un million » dans ces conditions et 600 000 supplémentaires, donc. Hier matin rien n’était dit par l’exécutif sur les consommations issues de la contrebande de cigarettes. Et rien, non plus, sur le rôle joué par ces phénomènes majeurs que sont  l’émergence de la cigarette électronique, la Révolution des volutes et le rôle des addictologues dans la diffusion en pratique du concept de réduction des risques. Mais du moins pouvait-on espérer que ces 600 000 soient consolidés. Or rien. Et ces quelques lignes sur le site des buralistes :

« On s’étonnera de la sobriété de la communication gouvernementale d’hier sur la baisse du nombre de fumeurs depuis 2016 (-1,6 million), avec une précision sur le seul premier semestre 2018 (-600 000) . Sachant qu’il s’agirait de fumeurs ayant effectivement abandonné le tabac traditionnel (et pas de fumeurs cherchant à s’approvisionner en dehors du réseau officiel). On ne peut que se réjouir de cette bonne nouvelle. Mais pour qu’elle soit confirmée et reste dans les esprits, il serait utile de bien comprendre. Les mêmes sources gouvernementales évoquent les prix, le remboursement des substituts nicotiniques et le Mois sans Tabac. Sans citer, le moins du monde, le passage au vapotage ou au tabac chauffé. Surprenant. Des explications plus complètes ne sauraient tarder. »

 Puis l’arrivée de Big Tobacco dans le paysage. Avec Éric Sensi-Minautier, Directeur des Affaires publiques et de la Communication de British American Tobacco / Europe de l’Ouest et son adresse aux médias :

 « British American Tobacco (BAT) soutient les politiques de santé publique raisonnables et efficaces [sic]. Or, aujourd’hui, le Gouvernement se félicite d’une baisse supposée de la prévalence tabagique après plusieurs années d’une politique anti-tabac acharnée dont le principal effet incontestable a été d’encourager la contrebande de cigarettes.

 « Cette baisse supposée de la prévalence nous paraît moins être le résultat des multiples interdictions (dont les fumeurs ont été la cible ces dernières années) que celui du développement de la cigarette électronique, seule alternative efficace à la cigarette traditionnelle [re-sic].  Rappelons, parmi d’autres éléments, que selon les chiffres du Ministère de la Santé lui-même, plus de 50 % des personnes qui arrêtent de fumer ont déclaré avoir eu recours à la cigarette électronique.

 « Dans ce contexte, il est regrettable que ce levier puissant reste superbement ignoré par les autorités françaises alors même qu’il permettrait d’accélérer le basculement des fumeurs vers cette alternative au tabac, ce que démontre l’exemple britannique. Plus que jamais, il apparaît urgent de s’orienter vers une politique de santé publique pragmatique basée sur la réduction des risques plutôt que de s’entêter dans des approches idéologiques. »

Dix minutes au téléphone

Reste donc la question de la crédibilité à accorder aux données chiffrées gouvernementales. Nous avons demandé à Santé publique France de bien vouloir nous éclairer. Où sont les références de ces données ? Réponse de l’Unité de valorisation presse (Direction de la communication et du dialogue avec la société) : « ces données sont issues du Baromètre de Santé publique France 2018 et l’ensemble des résultats sur le tabac sera publié à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac le 31 mai prochain ».

Il faudra donc encore attendre deux mois puisque les résultats du Baromètre de Santé publique France 2018 sont en cours de dépouillement. Seul élément connu : le « terrain de l’enquête ». Elle a été menée du 10 janvier au 25 juillet 2018, auprès de 9 076 personnes âgées de 18 à 75 ans. Les numéros de téléphone, fixes et mobiles, ont été générés aléatoirement. L’entretien téléphonique a duré en moyenne 10 minutes.

 Et, si l’on comprend bien la communication, c’est ainsi que l’on aurait conclu, par extrapolation, à la disparition de 600 000 fumeurs.

A demain

@jynau

Publicité : « Alcool : jamais plus de deux verres par jour et encore, pas tous les jours ! »

Bonjour

Avant-hier un verre était accepté avec interdiction de passer à trois, synonyme de dégâts. Aujourd’hui c’est la barre est à deux avec restriction au long cours (pas plus de dix verres par semaine). Des jours sans une seule goutte, en somme.

Et voilà, sorti du chapeau publicitaire sanitaire : « Pour votre santé, l’alcool c’est maximum deux verres par jour, et pas tous les jours ». Cette formule entend résumer « les nouveaux repères de consommation d’alcool élaborés dans le cadre des travaux d’expertise de Santé publique France et de l’INCa ». Un objectif inaccessible ou presque puisque force est de constater (données du Bulletin épidémiologique hebdomadaire) que les Français sont loin, aujourd’hui, de « respecter ces repères » : un quart des Français de 18 à 75 ans dépasse au moins l’un des trois repères ; les hommes sont davantage concernés par ce dépassement (33%) que les femmes (14%) ; les plus jeunes consomment plus « intensément » que les plus âgés, dont la consommation est « plus régulière ».

Campagne plus que limitée dans le temps : du 26 mars au 14 avril 2019 sous le patronage du Ministère des Solidarités et de la Santé et de Santé publique France. Il s’agit de  « rappeler à chacun que toute consommation d’alcool comporte des risques » et donc de « promouvoir les nouveaux repères ». Mieux encore un nouvel outil est également mis à la disposition de tous sur le site alcool-info-service.fr pour évaluer sa consommation et faire le point sur les risques encourus.

François Bourdillon, Directeur général de Santé publique France :

« Notre objectif est de permettre aux Français de faire le choix éclairé d’une consommation à moindre risque pour leur santé. Sans nier la dimension ‘‘plaisir’’ qui peut être associée à la consommation d’alcool, cela nécessite de faire connaître les risques associés à l’alcool, de diffuser auprès de tous les nouveaux repères de consommation et d’inviter les Français à réfléchir sur leur consommation. ».

Trop élégante sobriété

Il s’agira aussi de faire peur puisque « contrairement aux idées reçues, les risques pour la santé d’une consommation d’alcool existent dès le premier verre quotidien ». La nouvelle campagne est ainsi construite autour des risques méconnus associés à la consommation d’alcool.

« Au-delà de 2 verres par jour vous augmentez vos risques d’hémorragie cérébrale, de cancers et d’hypertension. Pour votre santé, l’alcool c’est maximum 2 verres par jour. Et pas tous les jours ».

Le nouveau spot, d’une trop élégante sobriété, sera diffusé du 26 mars au 14 avril sur les chaines nationales et d’Outre-Mer, sur les plateformes de vidéo en ligne et sur les réseaux sociaux. Ce dispositif est complété par des « chroniques radio », des « publi-rédactionnels », une « campagne digitale » et la diffusion de vidéos dans les salles d’attente des hôpitaux ou maisons de santé.

« Autre objectif du gouvernement, faire respecter l’interdiction de vente de tabac et d’alcool aux mineurs, peu appliquée, précise Le Monde. Des mesures de formation des débitants de boissons et buralistes sont prévues, tout comme des contrôles. » Pour un peu on croirait rêver éveillé.

A demain

@jynau

Tabagisme : autosatisfecit gouvernemental historique. Motus sur la cigarette électronique

Bonjour

25 mars 2019. Annonce matinale fracassante des services du Premier ministre : on recense, en France 1,6 million de fumeurs en moins. Un chiffre pour mettre en appétit avant, dans l’après-midi, un « Comité interministériel pour la Santé » au cours duquel « seront présentés les résultats marquants obtenus suite aux décisions prises il y a un an par le Gouvernement ».

Ainsi donc 600 000 « fumeurs quotidiens » auraient « arrêté le tabac lors du premier semestre 2018 ». Ils s’ajouteraient à la baisse d’un million officiellement enregistrés en 2017  et qui, déjà, avait été auto-qualifiée d’ « historique » par le gouvernement d’Edouard Philippe. La méthodologie pour parvenir à ce chiffre était alors plus que fragile. Pour l’heure elle est tout simplement inconnue.

Livrer un chiffre brut, en somme, en espérant qu’il sera accepté comme tel 1. Ce qui permet au pouvoir exécutif d’attribuer les chiffres massifs qu’il avance aux différentes mesures qu’il a prises : augmentation du prix de tabac, début de remboursement des substituts nicotiniques par l’Assurance-maladie, opération « Mois sans tabac » en novembre.

Dans l’attente d’en savoir réellement plus, force est d’observer que rien n’est dit par l’exécutif sur les consommations issues de la contrebande de cigarettes. Et rien, non plus, sur le rôle joué par ces phénomènes majeurs que sont  l’émergence de la cigarette électronique, la Révolution des volutes et le rôle des addictologues dans la diffusion en pratique du concept de réduction des risques.

A demain

@jynau

1 Pour l’heure, diffusée en boucle et sans aucune source, la communication officielle se résume à ceci : «  1,6 MILLION DE FUMEURS QUOTIDIENS EN MOINS EN 2 ANS Les chiffres sur la prévalence de la consommation de tabac confirment l’efficacité conjointe des différentes mesures prises par les pouvoirs publics pour lutter contre le tabac : augmentation du prix du paquet pour le porter à 10 euros d’ici 2020, remboursement des substituts nicotiniques par l’Assurance maladie sans plafond et avec bénéfice du tiers-payant, amplification de l’opération Moi(s) sans tabac, 100 millions d’euros dédiés à la lutte contre le tabac grâce au Fonds tabac. » 

Cannabis, c’est fait: la décision politique catastrophique de l’amende de 200 € est validée

Bonjour

Le Conseil constitutionnel vient de rendre sa décision sur la loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice. Où l’on découvre qu’elle étend à l’usage des stupéfiants « l’amende forfaitaire délictuelle » – un objet pénal non identifié qui dissuade le citoyen de faire valoir ses droits. Et c’est ainsi, en 2019, dans la France macronienne de la prévention que le « délit d’usage de stupéfiants » pourra désormais faire l’objet d’une « amende forfaitaire de 200 € ».

Depuis plus d’un an quinze organisations pleinement au fait de la question 1 se mobilisaient contre ce dispositif porté par le gouvernement d’Edouard Philippe – un dispositif a pour objet « d’automatiser la répression de l’usage de drogues ». Une dynamique politique qui est aux antipodes de la logique de prévention, de réduction des risques et de prise en charge qui devrait prévaloir. « Plus encore, ajoutent les Quinze, ce mode simplifié de traitement ouvre la boîte de Pandore de l’arbitraire et renforcera demain les inégalités que nous connaissons aujourd’hui : ceux qui ont les moyens de payer l’amende pourront continuer de consommer là où les personnes les plus précarisées et les plus marginalisées, qui sont aussi les personnes les plus ciblées par la répression, le seront encore davantage. »

A l’aune de cette annonce constitutionnelle, ces Quinze réaffirment que cette nouvelle disposition « aura des effets catastrophiques et contre-productifs en termes de santé publique et de dommages sociaux ». Et de redire que le cadre pénal français actuel » n’est pas à la hauteur des enjeux posés par la consommation de drogues ». « Il est nécessaire d’en changer et de prôner une nouvelle politique publique visant une véritable régulation de l’usage de drogues et davantage de prévention et de réductions des risques. »

Emmanuel Macron n’avait pas entendu, il y a deux semaines, les trente-cinq grands noms de l’ophtalmologie française. Ils lui avaient adressé un courrier pour qu’au nom du principe de prévention et de la réduction des risques il mette un terme à l’usage du LBD par les forces de gendarmerie et de police. Pourquoi, solitaire en son Palais 2, entendrait-il celles et ceux qui connaissent le mieux la somme des questions sanitaires, économiques et politiques soulevées par la consommation de substances qui modifient les états de la conscience humaine ?

A demain

@jynau

1 Les quinze  organisations signataires représentent la société civile française dans sa diversité (policiers, avocats, magistrats, usagers, consommateurs, citoyens, médecins, professionnels du secteur médico-social, acteurs communautaires). Il s’agit de : AIDES ; ASUD (Autosupport des usagers de drogues) ; CIRC (Collectif d’information et de recherche cannabique) ; Fédération Addiction ; Ligue des droits de l’Homme ; Médecins du Monde ; NORML France ; OIP (Observatoire international des prisons) – Section française ; collectif Police Contre la Prohibition ; Principes Actifs ; Psychoactif ; SAFE ; SOS Addictions ; Syndicat de la Magistrature ; Syndicat SUD-Intérieur – Union syndicale Solidaires

2 Rambaud P. « Emmanuel le Magnifique »  Editions Grasset.

Publicité : heureuses comme Heineken® et Guinness® aux stades de l’inconscient humain

Bonsoir

« Faire de la publicité, c’est agiter un bâton dans l’auge à cochons ». On peut le dire autrement : expliquer que la publicité a un impact majeur sur nos consommation, notre santé, notre vie. Et les  amateurs de rencontres sportives n’y échappent pas, bien au contraire, via les incrustations publicitaires aux armes des marques de boissons alcooliques industriellement élaborées.

Une étude franco australienne à paraître dans la revue Drug and Alcohol Review  apporte sur ce thème de nouvelles et sombres lumières. Elle a mesuré ce qui résulte de  l’exposition des téléspectateurs aux logos alcooliques omniprésentes dans les stades et sur les écrans.« Il y a beaucoup de données déjà publiées sur la corrélation entre le temps d’exposition (aux marques de boissons alcooliques) et le niveau de consommation , explique Laurent Bègue, professeur de psychologie sociale à l’université de Grenoble et coauteur de l’étude. L’intérêt de ces recherches c’est de voir, au-delà de la corrélation, si on a un effet causal sur la perception des marques et de l’alcool en général».

On sait qu’en France la loi Evin interdit (en théorie et depuis près d’un quart de siècle) le « parrainage sportif » par des alcooliers. Pour autant les téléspectateurs peuvent y être exposés lors des compétitions internationales télévisées. Dernière démonstration en date : le sacre noir 1 de la Guinness, sponsor principal du dernier tournoi des VI Nations – désormais intitulé « Guinness Six Nations » – sauf (pour l’heure) en France : « L’exception française au cœur du « Guinness/Greatness Six Nations » » (MAGALI TÉZENAS DU MONTCEL, Les Echos)

Rassurer les alcooliers

Pour cette étude franco-australienne une centaine de citoyens français volontaires ont été répartis en trois groupes – groupes qui ont visionné un extrait de match de rugby où était visible soit la marque de bière Heineken, soit la marque néo-zélandaise Steinlager, moins connue en France, soit un sponsor n’ayant aucun lien avec l’alcool (la marque d’huile de moteur Castrol Edge). Puis on leur a ensuite demandé de classer de «très agréable» à «très désagréable» des images de boissons alcooliques (avec ou sans marque), des bouteilles d’eau ou des aliments et différents autres objets.

Les résultats rassureront, s’il en était besoin, alcooliers industriels et publicitaires ? Ils montrent que ceux qui ont visionné un extrait où une marque de bière était présente ont ensuite une évaluation indirecte plus positive de cette marque. Pour les chercheurs suggère «qu’elle est plus facilement accessible en mémoire, et qu’elle sera plus susceptible d’être prise en considération lorsque l’individu devra faire un choix».

Mieux : ces résultats sont également observés lorsque les participants ont au préalable effectué une tâche destinée à diminuer leurs capacités de concentration observent les auteurs de l’étude. « Cela implique que les processus sous-jacents à la publicité pour de l’alcool se produiraient de manière automatique, sans qu’il ne soit nécessaire de traiter volontairement et consciemment le message , estime Laurent Bègue. Ce résultat doit sensibiliser au fait qu’on peut être influencé par des images sans en être nécessairement conscient. Cette nouvelle étude est un argument supplémentaire pour que les pouvoirs publics mettent autant d’énergie à réguler la publicité pour l’alcool que celle pour le tabac. »

Où l’on voit qu’un spécialiste affûté de psychologie sociale peut ne pas connaître des véritables énergies qui animent les « pouvoirs publics ». « Faire de la publicité, c’est agiter un bâton dans l’auge à cochons » est de George Orwell.

A demain

@jynau

1 Extrait du discours des Gros Pardessus internationaux : « Ce sponsoring est un accord de six ans et renforce considérablement l’engagement de GUINNESS envers le rugby, et s’ajoute à un portefeuille qui compte déjà le Guinness PRO14, des partenariats avec les fédérations anglaises, irlandaises, écossaises et galloises ainsi que les provinces du Leinster et du Munster.

GUINNESS travaillera avec le Tournoi des Six Nations pour construire sur l’incroyable patrimoine de sa marque. En particulier, l’équipe GUINNESS essayera de soutenir l’expérience des joueurs et des supporters, et utilisera son sponsoring pour encourager les millions de supporters adultes qui regardent ou assistent aux matchs, de boire de manière responsable.

Pour commenter ce nouveau partenariat, le PDG des Six Nations Benjamin Morel a dit : ‘’Nous sommes absolument ravis d’augmenter notre relation de longue date avec GUINNESS, et ce sera un super sponsor principal du Plus Grand Tournoi de Rugby. GUINNESS est un leader mondial et notre partenariat entre deux marques emblématiques va nous permettre d’atteindre de nouvelles audiences sur une échelle globale. On ne peut être plus enthousiastes de travailler avec l’équipe GUINNESS ces prochaines années pour développer de manières nouvelles et innovantes pour se connecter avec les supporters et les consommateurs. »