Baclofène et maladie alcoolique : Agnès Buzyn se devrait de mettre un terme à la polémique 

Bonjour

C’est une pétition qui court sur la Toile, une pétition comme il doit en exister des centaines. Celle-ci est adressée à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé : « Le baclofène sauve des vies, n’interdisez pas le baclofène ». Où l’on retrouve le dossier à tiroirs, grand ouvert en plein été, du « baclofène-80mg ».

« A Madame la Ministre de la Santé,

« Proche d’une jeune personne dont la vie a été littéralement sauvée par le baclofène depuis 5 ans, et qui continue d’en avoir besoin à de très hautes doses pour ne pas retomber dans la spirale mortifère de l’alcool et de la drogue, j’en appelle à tous les utilisateurs dont la vie a été positivement bouleversée par l’arrivée de ce traitement et à tous ceux qui en ont été témoins.

« Ce mardi 25 juillet 2017, en plein été et s’appuyant – fait unique et troublant – sur une seule étude interne, extrêmement contestée et non signée (du jamais vu…), l‘Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a décidé, seule, sans avoir consulté aucune des organisations de médecins addictologues ni aucune structure représentative des patients usagers, d’interdire la prescription de baclofène à des doses supérieures à 80 mg par jour. Or nombreuses sont les personnes qui ont besoin de doses nettement supérieures pour maintenir l’abstinence dans leur addiction (…) »

Apaisement

On connaît, pour l’essentiel, la suite. Ou on la devine, qui accuse la direction de l’ANSM d’avoir pris, seule, « la lourde responsabilité de faire replonger les personnes concernées dans leur addiction » et « de mettre leur vie en danger et de ne pas leur porter assistance ».

« Avec cette décision, ce ne sera pas un risque statistique théorique de décès qui serait « multiplié par 1,5 pour une dose de 180 mg par jour » (chiffre vivement contesté par les spécialistes) qui sera constaté mais bien une augmentation réelle et catastrophique des rechutes de maladies psychiatriques et de leurs conséquences habituelles : suicides, morts par prises de risques inconsidérées ou agressions d’autres personnes. »

Tout commence, sur ce sujet médical, médicamenteux et polémique, à avoir été écrit et dit. Comme toujours à ce stade d’un conflit les regards convergent vers les hauteurs de l’exécutif. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé lira bientôt la nouvelle supplique qui lui est adressée. On imagine ses conseillers pleinement au fait du sujet. On comprendrait mal qu’un geste pragmatique d’apaisement ne soit pas, discrètement ou pas, signifié. Au risque, en son absence, d’irriter la direction générale de l’Agence nationale de sécurité du médicament.

A demain

Baclofène et maladie alcoolique: avertissement diplomatique à l’Agence du médicament

Bonjour

On raconte qu’une partie importante de la direction de l’Agence nationale de sécurité du médicament est partie en vacances. Reste grand ouvert, pour l’été, le dossier sulfureux du « baclofène-80mg-à-ne-plus-dépasser ». Nous avons entendu, sur ce sujet les plaintes, suppliques et doléances. Les associations de patients, les spécialistes hospitalo-universitaires. Rien n’y fait. C’est l’été associé au principe administratif de la plus grande précaution.

Puis vint l’analyse du Pr Nicolas Authier (service de pharmacologie médicale, Inserm, CHU de Clermont-Ferrand) : « Baclofène, avec modération … des propos ». C’était une première et louable tentative de médiation ; elle ne fut guère appréciée des responsables des associations. Voici, aujourd’hui, que se manifeste la Société Française d’Alcoologie (SFA). Cette respectable société savante 1 « souhaite réagir suite à la décision de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé (ANSM) de limiter les doses de baclofène à 80 mg par jour dans le traitement de l’alcoolodépendance, demandant aux patients de revoir au plus vite leur médecin afin d’engager une réduction posologique de 10-15 mg tous les 2 jours ».

C’est un texte diplomatique à haute valeur politique. Les ambassadeurs de la SFA « comprennent la grande prudence de l’ANSM » mais en même temps « s’inquiètent de l’application de cette décision aux patients bénéficiant actuellement de doses plus élevées, stabilisés dans leur consommation (abstinence ou consommation réduite) et en l’absence d’effet indésirable lié au baclofène ».

Trébuchet

Que nous dit l’ambassade usant de son trébuchet ? Que malgré des études discordantes quant à l’efficacité thérapeutique du baclofène et des doses nécessaires à son efficacité elle reconnaît les bénéfices apportés par ce médicament « chez certains patients » et « lorsqu’il est utilisé de manière appropriée (adaptation personnalisée de la dose et de sa répartition dans la journée, avec un suivi rapproché) ». La SFA est bien évidemment pleinement consciente des risques liés à ce médicament « notamment lorsqu’il est prescrit à doses élevées et mal encadrées ». Puis vient l’essentiel, qui ressemble fort à un cri d’alarme :

« Mais à la dose limitée de 80 mg par jour, l’utilité thérapeutique de ce médicament est clairement remise en question chez un nombre important de patients. Actuellement, sur le terrain, le message est confus et le risque sanitaire majeur : des pharmaciens refusent de dispenser plus de 80 mg par jour, d’autres ne dispensent le traitement que si une réduction posologique rapide est engagée, même lorsque le traitement est bien supporté ou prescrit hors RTU. Des patients et leur entourage appellent de toute part, des médecins ne savent que répondre devant ces situations pour le moins paradoxales et incohérentes. »

Et encore :

« En voulant réduire les doses de baclofène en raison de leur dangerosité, favorisée par des prescriptions inappropriées et mal encadrées, et constatée dans la récente étude collaborative CNAMTS-ANSM-INSERM, la décision de l’ANSM, prise sans concertation avec les acteurs du terrain et sans préparation de son application, pourrait se révéler dangereuse. La réduction posologique rapide demandée pour tout patient sous baclofène et les difficultés de dispensation rencontrées en officines représentent des situations à risque pour nos patients : syndrome de sevrage, ré-alcoolisations, compensation avec d’autres produits psychoactifs dont les benzodiazépines. »

Reconsidérer

On imagine sans mal la suite : la SFA demande à l’ANSM de « reconsidérer rapidement sa décision, en permettant notamment une gradation de la prescription du baclofène, jusqu’à 80 mg par jour pour tout médecin, et à doses plus élevées jusqu’à 300 mg lorsqu’un suivi rapproché est réalisé avec l’aide de spécialistes en addictologie ou de médecins spécifiquement formés à cette prescription d’exception, ce qui permettra aussi de traiter les consommations associées et les vulnérabilités psychiatriques et sociales. » Suivent des recommandations pratiques pour les urgences à venir.

Ce n’est certes pas une déclaration de guerre mais pourrait bientôt y ressembler. En toute hypothèse c’est placer la direction générale de l’ANSM devant ses responsabilités. Et, indirectement, alerter la ministre de la Santé. En plein été.

A demain

1 Le texte est signé des Prs Mickaël NAASSILA, président de la SFA, Maurice DEMATTEIS, vice-président et Romain MOIRAND, secrétaire général

«Je, soussigné, certifie demander un traitement par le Baclofène pour ma dépendance à l’alcool»

 

Bonjour

Urgent : dernière conséquence pratique de la décision unilatérale de l’Agence du médicament (ANSM) de plafonner à 80 mg la dose quotidienne pouvant être prescrite chez les personnes souffrant d’une dépendance à l’alcool. L’initiative en revient à quelques médecins et aux responsables des deux principales associations de patients et proches concernés (« Aubes » et « Baclofène ») : proposer une « décharge » protégeant les médecins prescripteurs qui ne respecteraient pas les nouvelles règles. « Nous avons repris une ancienne décharge, datant d’avant la Recommandation Temporaire d’Utilisation (RTU)  pour les médecins les plus frileux et nous y avons ajouté une clause pour protéger le pharmacien également, nous a-t-on expliqué auprès de ‘’Aubes’’. Cela peut sans doute rassurer pour parer à la situation urgente d’aujourd’hui. »

Cela donne le document suivant : « Je, soussigné …. certifie demander personnellement un traitement par le Baclofène pour ma dépendance à l’alcool – Avoir pris l’initiative de solliciter moi-même le Dr …. pour pouvoir bénéficier de ce traitement (…) ».

Combattant (parcours du)

« Même si les prescripteurs continuent de prescrire à hautes doses, ce sont les pharmaciens qui refusent de délivrer plus de 80 mg quotidiens, poursuit-on auprès de l’association.  Et contre cela, nous pouvons difficilement lutter. Ils ont reçu des directives strictes 1. La situation est vraiment plus compliquée qu’avant la RTU. Autrefois nous avions un « kit » pour convaincre les médecins, il va falloir qu’on en fasse un de nouveau, pour les pharmaciens, si l’ANSM ne revient pas sur sa position. Pour le malade, faire plusieurs médecins puis plusieurs pharmaciens pour avoir le traitement, cela devient vraiment le parcours du combattant. »

La situation apparaît assez confuse. Il faut dire qu’elle est sans précédent dans une histoire (celle du baclofène dans l’indication alcoolique) qui était elle-même hors des normes. Résumons. L’ANSM revient brutalement sur des normes qu’elle avait elle-même fixées après avoir mis en lumière des risques qu’elle n’avait pas initialement identifiés. Ces risques sont contestés par une fraction du corps médical spécialisé qui dénonce les conséquences médicales de ce « diktat ». Des « fuites de mails » sont plus ou moins orchestrées. De vieilles passions se réveillent – la nouvelle ministre de la Santé se tait.

Comment s’y retrouver ? On peut prendre connaissance de l’analyse, distante et documentée, du Pr Nicolas Authier (service de pharmacologie médicale, Inserm, CHU de Clermont-Ferrand) : « Baclofène, avec modération … des propos ». Comment, surtout, ne pas ajouter aux incompréhensions et aux violences nées de la décision souveraine de l’ANSM ?

Lenteur (éloge de la)

Au terme de son analyse le Pr Authier préconise la poursuite de « discussions saines et apaisées entre les spécialistes de l’addiction à l’alcool, de l’évaluation du bénéfice/risque et l’ANSM ». Il formule aussi une série de propositions concrètes. Comme, par exemple :

« Préconiser une diminution LENTE de la posologie des patients traités avec plus de 80 mg/jour sans donner de vitesse de décroissance minimale ; ouvrir dans les prochaines semaines une discussion scientifique, transparente, sur les données internationales du baclofène dans l’alcoolodépendance qui permettra de confronter les risques identifiés au réel bénéfice populationnel de ce traitement. »  

« Peut-être faudra-t-il réserver aux structures spécialisées en addictologie (hospitalières et CSAPA) la possibilité de prescrire les posologies les plus élevées, ajoute-t-il. Ces structures ont vocation à prendre en charge les patients avec les troubles les plus sévères et disposent d’une capacité d’accompagnement qui pourrait assurer une surveillance renforcée de ce traitement à posologie élevée. »  Et le Pr Authier de conclure :

« Au-delà du débat sur les posologies, la prise en charge des patients en difficulté avec l’alcool gagnera sûrement à plus de modération, à des échanges plus scientifiques et à une confiance mutuelle restaurée entre les autorités sanitaires et les professionnels de santé. » Une question, d’actualité : assurément nécessaire, la science est-elle suffisante quand il s’agit de restaurer la confiance ?

A demain

1 On lira ici les consignes spécifiques relatives au baclofène du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens : « Baclofène : pas d’interruption ou de réduction brutale de traitement ». Il semble aujourd’hui que tous les pharmaciens d’officine ne sont pas (encore) pleinement informés des recommandations de leur Ordre :

« NOUS ATTIRONS VOTRE ATTENTION SUR LE FAIT qu’en raison du risque de syndrome de sevrage au baclofène, le traitement ne doit pas être interrompu ou réduit brutalement. Par conséquent, pour les patients en cours de traitement recevant actuellement des doses supérieures à 80 mg/j de baclofène, il doit leur être indiqué : de consulter au plus vite leur médecin, afin d’initier une réduction progressive de la posologie, et de ne pas réduire ou arrêter d’eux-mêmes leur traitement. Dans l’attente d’une nouvelle consultation médicale, le traitement doit être dispensé conformément à la prescription présentée par le patient. »

Baclofène-80 mg : les doléances des patients au directeur de l’Agence du médicament

Bonjour

Ce fut un médicament, puis un médicament détourné, puis un livre à succès, puis des polémiques en cascades et autant d’atermoiements. Cela pourrait devenir une série. Avec, en toile de fond, les délices de l’alcool et les ravages de l’alcoolisme. Et une puissance publique comme incapable de prendre la mesure du phénomène. Ainsi peut-on résumer la saga du baclofène.

On connaît le dernier rebondissement en date : la décision unilatérale de la direction générale de l’Agence de sécurité du médicament (ANSM) de limiter à 80 mg la dose quotidienne de baclofène dans les indications de la maladie alcoolique. Incompréhension majeure et nouvelles polémiques. On connaît aussi la suite : la supplique de plusieurs spécialistes hospitalo-universitaires  à cette même direction générale. Aujourd’hui ce sont les patients qui prennent la parole – ou du moins l’une des associations (« Aubes ») qui les représente depuis longtemps ; entre la supplique et les doléances :

« Ainsi, tout ce que nous avons fait depuis 8 ans n’aura servi à rien et nous en sommes revenus à une situation pire qu’au départ. Car limiter officiellement à 80 mg par jour, un traitement qui n’est efficace, pour la majorité des patients, qu’à un dosage supérieur, c’est comme l’interdire. Une seule étude, parmi toutes celles qui font la preuve de son efficacité, étude contestée dans sa méthodologie par tous les spécialistes de la prescription de baclofène dans le cadre de l’alcoolodépendance, aura suffi pour faire chuter tout notre investissement infatigable depuis tant d’année auprès des malades alcooliques ? (…) Dangereux le traitement, dit-on ? Jusqu’à preuve du contraire il faudra qu’on nous démontre en quoi il est plus dangereux que la maladie. (…)

Dogme et volonté

« Les chiffres sont les mêmes depuis toujours. Avec le dogme intangible de l’abstinence volontaire. Comme si ce n’était qu’une question de volonté. 80 % à 90 % des alcooliques qui suivent un traitement « conventionnel » rechutent, c’est l’Inserm qui le dit. Ceux qui s’en sortent, c’est au prix d’une souffrance morale et physique inimaginable, de chaque instant. Cures, postcures, groupes de parole où on passe sa vie à parler de l’alcool qu’on ne boit plus et à battre sa coulpe pour ne pas replonger, voilà ce qui est bon pour l’alcoolique. Que les meilleurs gagnent et que les autres crèvent. Pour un alcoolique, s’abstenir est souvent aussi inimaginable qu’arrêter de respirer. C’est la raison pour laquelle beaucoup ne cherchent même pas à se soigner. C’est seulement depuis l’arrivée du baclofène qu’on en voit de plus en plus sortir du déni et entamer un processus de soin (…) Un traitement difficile à prescrire et à suivre, avec parfois des effets indésirables importants, mais qui, bien pris et supporté, permet de réduire ou supprimer le « craving », cet irrépressible besoin de boire, pour plus de 56 % des malades. »

La suite du texte de l’association Aubes ne surprendra pas celles et ceux qui connaissent le dossier et les allégations de conflits d’intérêts. « Nous n’accepterons pas ce qui s’apparente à de la non-assistance à personnes en danger. Faudra-t-il que ces patients en détresse aillent se fournir là où le baclofène est en vente libre, sur internet ou en Espagne ? Qu’ils recourent à nouveau à une automédication dangereuse, comme au tout début de l’aventure ? Qu’il y ait des accidents de sevrages, des rechutes avec plaintes de patients et de médecins, pour que l’ANSM revienne sur sa position disproportionnée ? »

Le directeur général de l’Ansm répondra-t-il à la supplique de ses confrères hospitalo-universitaires ? Aux doléances de ces malades de l’addiction alcoolique ? Gardera-t-il le silence ? Un silence que certains tiendront pour assez peu compatible avec ce que l’on appelait, encore hier, la démocratie sanitaire.

A demain

Baclofène – 80 mg : l’Agence du médicament entendra-t-elle la supplique professorale ?

Bonjour

C’est une tribune qui pourra difficilement rester sans réponse. Elle est signée d’universitaires « spécialistes du baclofène » 1 ainsi que du Pr Didier Sicard, président d’honneur du Comité consultatif national d’éthique. Tous  contestent la décision que vient de prendre l’ANSM au sujet du baclofène. « Sans concertation et sans base scientifique solide, l’ANSM a limité brutalement la dose quotidienne maximale de baclofène à 80 mg au lieu de 300 mg dans le cadre de la recommandation temporaire d’utilisation accordée à ce produit pour l’alcoolo-dépendance, expliquent-ils. Cette décision, selon nous, n’est pas justifiée par une prise en compte du rapport bénéfice/risque et met en danger un certain nombre de malades. Prendre des décisions réglementaires sur la seule base d’une étude pharmaco-épidémiologique n’est pas justifié s’agissant de risques non spécifiques et sans preuve d’imputabilité, avec un grand nombre de biais potentiels. »

Extraits de ce texte :

« Prescripteurs de baclofène dans l’alcoolo-dépendance, nous savons que ce médicament donne des résultats appréciables chez un certain nombre de patients, souvent dans l’impasse thérapeutique ou gravement dépendants. N’étant pas promu par les voies classiques, ce traitement est cependant utilisé avec succès par les médecins généralistes, les addictologues et les psychiatres. Nous savons aussi que c’est un traitement ayant de nombreux effets indésirables, mais qui ne sont pas aussi intenses et dangereux que ceux de l’alcool. (…)

La décision de l’ANSM, faite sans concertation avec les spécialistes de terrain, ne nous paraît donc pas adaptée : elle est source d’une perte de chance pour de nombreux patients (…) Il ressort de la littérature et de notre expérience que, chez beaucoup de patients, arrêter à 80 mg ne correspond à aucune réalité clinique et perd de son sens (les deux tiers environ des sujets traités dans des centres d’addictologie spécialisés sont au-delà de ces doses).

Conscients des effets indésirables de ce traitement, mais aussi de ses propriétés thérapeutiques, nous demandons que l’ANSM revienne à une recommandation plus souple et plus conforme à l’intérêt des patients en permettant des prescriptions à des posologies supérieures à 80 mg, mais encadrées et pratiquées par des spécialistes en addictologie et psychiatrie ayant l’expérience de ce médicament, et par les médecins généralistes formés à sa prescription, afin d’en mieux contrôler les risques. »

Ces arguments suffiront-ils à convaincre la direction de l’ANSM « d’assouplir » sa nouvelle réglementation ? Sinon, que se passera-t-il ?

A demain

1 Amine Benyamina, professeur de psychiatrie et d’addictologie à l’université Paris Sud ; Olivier Cottencin, professeur de psychiatrie et d’addictologie à l’université de Lille ; Maurice Dematteis, professeur d’addictologie à l’université de Grenoble ; Philip Gorwood, professeur de psychiatrie à l’université Paris Descartes ; Bernard Granger, professeur de psychiatrie à l’université Paris Descartes ; Philippe Jaury, professeur de médecine générale à l’université Paris Descartes ; Christophe Lançon, professeur de psychiatrie à l’université Aix-Marseille ; Michel Reynaud, professeur émérite de psychiatrie et d’addictologie à l’université Paris Sud; Benjamin Rolland, maître de conférences en addictologie à l’université Lyon 1 ; Didier Sicard, professeur émérite à l’université Paris Descartes, président honoraire du comité consultatif national d’éthique ; Nicolas Simon, professeur de pharmacologie à l’université Aix-Marseille ; Florence Thibaut, professeur de psychiatrie à l’université Paris Descartes.

Baclofène chez les personnes malades de l’alcool ? Jusqu’à 80 mg quotidiens, sinon rien !

 

Bonjour

Ainsi donc rien n’y aura fait : les dirigeants de l’Agence nationale du médicament (ANSM) sont restés sourds aux appels et autres doléances de ces derniers jours. Ils viennent ainsi de prononcer ce qui était, entre les lignes, écrit : « Réduction de la dose maximale de baclofène à 80 mg par jour dans le cadre de la Recommandation Temporaire d’Utilisation (RTU) ».

Il s’agit ici, officiellement, de « sécuriser l’utilisation du baclofène chez les patients alcoolo-dépendants ». A compter d’hier (24 juillet 2017) la RTUde l’ANSM ne permet plus de prescrire du baclofène à des posologies supérieures à 80 mg/jour. Un courrier est adressé aux professionnels de santé afin de les informer de cette nouvelle mesure et des précautions particulières à prendre autour de cette prescription. Et le protocole actualisé de la RTU est disponible sur le site de l’ANSM.

On connaît l’origine de ce rétropédalage officiel accéléré : une étude épidémiologique conduite par la Cnamts, en collaboration avec l’ANSM et l’Inserm qui a montré (pour la période 2009–2015) que l’utilisation du baclofène est statistiquement associée à un risque accru, augmentant avec la dose, d’hospitalisation et de décès (accroissement par rapport aux traitements médicamenteux autorisés pour traiter la dépendance à l’alcool).

Réduire

Combien de personnes malades de l’alcool ont-elles aujourd’hui des prescriptions médicales de baclofène supérieures à 80 mg par jour ? Si elle le sait, l’ANSM ne le dit pas. Pour autant elle prévient :

« L’ANSM demande que les patients en cours de traitement qui recevraient des doses supérieures à 80 mg/jour soient revus par leur médecin afin d’initier une réduction progressive de la posologie par paliers (réduction de 10 ou 15 mg tous les 2 jours) pour éviter tout risque de syndrome de sevrage et qu’ils soient suivis de façon rapprochée, jusqu’à stabilisation de la posologie. »

Combien de médecins ne suivront-ils pas les nouvelles recommandations officielles de l’ANSM ? Pour l’heure cette dernière les prévient :

« L’ANSM renouvelle son appel à la prudence en cas de prescription de baclofène chez les patients présentant des troubles psychiatriques, en raison du risque d’aggravation d’une pathologie psychiatrique sous-jacente et/ou du potentiel risque suicidaire. Pour les patients épileptiques ou présentant des antécédents de crises comitiales, et pour lesquels un risque de diminution du seuil épileptogène est possible du fait de la prescription de baclofène, le traitement doit être instauré très progressivement et une surveillance étroite doit être effectuée tout au long de la prescription. »

 Pour le reste ? Rien.

A demain

A tout hasard, connaissez-vous le vrai goût de l’acide désoxyribonucléique de Ricard® ?

Bonjour

Soleil estival d’un matin dominical à la terrasse du Celtic. Pour le JDD c’est déjà la rentrée : Jean-Michel Blanquer, ministre macronien de l’Education nationale, nous dit « ce qui va changer ». Et le descendant de Jules Ferry de désigner notre nouvel ennemi : sus à « l’égalitarisme » !

Page 10 du JDD : une interview-fleuve du PDG, depuis deux ans, d’un géant : Alexandre Ricard. L’homme garde la tête froide alors même que George Clooney vient d’agiter le monde des spiritueux : il vient de vendre sa marque de tequila pour un milliard de dollars à Diageo, le « numéro un mondial »…

Orangina, Pampryl et Banga

Il y a vingt ans Alexandre Ricard avait 25 ans. Et Pernod Ricard venait de perdre sa place dans le CAC 40 : le groupe s’était diversifié dans des boissons sans alcool avec Orangina, Pampryl et Banga… Puis le groupe s’est recentré sur les spiritueux. A l’époque c’était audacieux. Mais depuis, tout va mieux. « En dix ans, après avoir investi vingt milliards d’euros en acquisitions, nous sommes passés de sixième à numéro deux mondial » dit Alexandre. Autre confidence :

« Hier le consommateur avait une fidélité absolue à une marque. Si le bar du quartier ou le magasin du coin n’avait plus son Ricard ou son Chivas, il traversait la ville pour en trouver et pouvait même aller plus loin. [On raconte volontiers la même histoire pour Le Monde] Aujourd’hui, le consommateur est toujours fidèle… mais à trois, quatre, cinq et jusqu’à six marques (…). »

Perrier-Jouët®

Que pourraient, sur ce sujet, nous dire les spécialistes affûtés de sociologie-addictologie ? De même, quelle lecture médicale faire de cette autre fine observation ricardienne : « l’apéritif reste, en France, le plus grand moment de consommation avec 60% de la valeur du marché des spiritueux ». Suivie de cette autre confidence :

« Là encore, les habitudes ont évolué entre le verre en terrasse à midi, l’apéro chic au champagne ou le mojito. Il reste une priorité pour nous car c’est l’ADN du groupe. Quand mon grand-père a fondé Ricard en 1932, c’était pour partir à la conquête de l’apéritif. »

Jameson®

On lira la suite, passionnante, des opérations marchandes et planétaires visant à séduire « la génération des 25-35 ans ». « Je souhaite qu’une de nos marques soit présente à chaque moment de consommation » dit Alexandre. La décalque de ce souverain sur l’empire duquel le soleil ne se couchait jamais ? « Si à tous les mariages dans le monde on boit du Perrier-Jouët, elle deviendra de facto la première marque de champagne » dit l’empereur des spiritueux et des bulles. Mais y-a-t-il assez de Perrier-Jouët en caves pour réjouir tous les mariées et tous les mariages du monde ?

Quant à la plus grande satisfaction d’Alexandre, au-delà des ADN anisés, elle vient d’Irlande : Jameson®. Une centaine d’ambassadeurs, jeunes diplômés sont envoyés par Alexandre aux quatre coins de la planète. Mission diplomatique :  séduire et faire boire au plus grand nombre, mariage ou pas, cette gloire à peine tourbée. C’est écrit et chiffré : sur cet empire, le soleil ne se couche jamais.

A demain