Alcools en excès: la guerre est déclarée entre l’Elysée et le ministère de la Santé

 

Bonjour

En apparence l’affaire oppose le lobbyiste « Vin & Société » à l’institution « Santé Publique France ». Résumons-là. Le 4 mai dernier, sous l’égide de Santé Publique France et de l’Institut du Cancer, un groupe d’experts présentait un rapport explosif formulant une série de recommandations visant à renouveler radicalement le discours public sur l’alcool en France. Parmi les mesures proposées par ce groupe d’experts figure la mise en place de nouveaux repères de consommation : dix verres d’alcool standards par semaine maximum, soit deux verres par jour maximum (homme et femme confondus), avec des jours sans consommation.

Un mois plus tard

Un mois plus tard (comme par hasard)  Vin & Société livre son analyse :

« Vin & Société prend acte des nouveaux repères de consommation à moindre risque proposés par un groupe d’experts. Nous constatons que ces nouveaux repères, déjà affichés sur le site Alcool-info-service, sont parmi les plus bas du monde, en décalage avec la moyenne des autres pays*. Le rapport souligne également l’importance de les faire connaître aux Français (…)

En revanche, pour la première fois de notre histoire, nous constatons une toute nouvelle orientation de santé publique passant de la lutte contre la consommation excessive d’alcool à l’idée que toute consommation est nocive, même en quantité minime. En application du principe de précaution, c’est dorénavant l’ensemble de la population qui est visée, plutôt que les populations à risque ou les consommateurs excessifs. »

Dans cette logique les experts de Santé Publique France proposent un ensemble de mesures visant à remettre en cause toute forme de consommation d’alcool : changement du message sanitaire qui deviendrait « Toute consommation d’alcool comporte des risques pour votre santé », taxation, renforcement du cadre publicitaire sur Internet, etc. Pour Vin & Société ces préconisations sont proposées de façon régulière depuis des années alors qu’elles n’ont pas fait la preuve de leur efficacité.

Au nom des « 500 000 acteurs de la vigne et du vin » le lobbyiste « prend acte » de ce changement de norme et renouvelle sa proposition : contribuer à la diffusion des repères de consommation comme l’association l’a déjà proposé aux pouvoirs publics à maintes reprises ; et comme elle a financé sur ses fonds propres une première campagne d’information 2 visant à faire connaître les précédents repères de consommation.

Mmes Audrey Bourolleau et Agnès Buzyn

On ne saurait en rester à cette lecture. Pour deux raisons majeures. La première est qu’Audrey Bourolleau, 37 ans, a été nommée, lundi 22 mai, « conseillère agriculture, pêche, forêt et développement rural » d’Emmanuel Macron, président de la République. Or Mme Bourolleau était jusqu’à ces derniers temps la déléguée générale de Vin & Société où elle avait mis en œuvre les campagnes dénoncées par les exeprts officiels.

La seconde raison est qu’Agnès Buzyn a été nommée ministre de la Santé (et des Solidarités) par Emmanuel Macron. Or Mme Buzyn était il y a peu encore à la tête de l’Institut National du Cancer et elle exerce aujourd’hui la tutelle sur Santé Publique France.

On imagine mal comment un consensus pourrait désormais être trouvé, sur le thème alcoolique, entre le Palais de l’Elysée et le ministère de la Santé. Comment concilier le slogan « Toute consommation d’alcool comporte des risques pour votre santé » avec le célèbre « A consommer avec modération » ? Nous sommes là, comme jamais avec le risque alcoolique, au cœur du pouvoir politique. Avec, une nouvelle fois une confusion des risques pratiques et des boissons alcooliques, tout se passant comme si Vin & Société œuvrait, délibérément ou pas, pour les grands alcooliers industriels directement impliqués dans les alcoolisations répétées et précoces ; des comportements incompatibles avec les « repères de consommations ».

L’affaire « zéro alcool » commence. Qui arbitrera et qui l’emportera ?

A demain

1 L’avis d’experts retient un maximum de dix unités d’alcool par semaine pour les hommes comme pour les femmes, soit 100 g d’alcool pur par semaine. Selon Vin & Société dans les autres pays ayant adopté des repères de consommation, ces repères vont de 98 à 140 g pour les femmes, et de 150 à 280 g pour les hommes. Source : « Governmental standard drink definitions and low-risk alcohol consumption guidelines in 37 countries »(Addiction, juillet 2016)

2 Campagne d’information Vin & Société « Le vin, je l’aime je le respecte ». Diffusion des repères 2340. Décembre 2015

 

Le lobby alcoolier vient-il aujourd’hui d’entrer en majesté dans le Palais de l’Elysée ?

Bonjour

Est-ce une simple conseillère affûtée ou le lobby alcoolier qui fait une entrée en majesté à l’Elysée ? Sommes-nous confronté à un conflit majeur d’intérêts face auquel la ministre de la Santé (et des Solidarités) apparaît comme désarmée ? Toujours est-il qu’Audrey Bourolleau, 37 ans, a été nommée, lundi 22 mai, « conseillère agriculture, pêche, forêt et développement rural » auprès du président de la République. Mme Bourolleau était il y a peu encore déléguée générale de « Vin et société ». C’est là un organisme particulièrement actif chargé de défendre les intérêts de la filière viticole française et dont nous avons été souvent amené à parler sur ce blog. Le Monde fait observer que cette nomination a été saluée par un communiqué de « Vin et société » :

« Audrey Bourolleau avait rejoint Vin & Société en tant que Déléguée Générale en novembre  2012. Sa mission était de mettre en  œuvre les actions sociétales et politiques de la filière  viticole. Audrey Bourolleau a  conçu et  mis en œuvre le volet consommation responsable, éducation et œnotourisme de Vin & Société. Elle a en particulier lancé le portail de la prévention en ligne, piloté la 1ère campagne d’information sur les repères de consommation en décembre 2015 (…) Audrey s’était mise en disponibilité le temps de la campagne présidentielle  durant laquelle  elle était référente agricole pour le mouvement En Marche !.  Elle a choisi de quitter ses fonctions le 2 mai dernier. »

Heineken

Diplômée de l’ESC de La Rochelle, Mme Bourolleau ne s’est pas passionnée que pour le vin. Le Monde rapporte qu’elle a (jusqu’ici) fait l’essentiel de sa carrière dans le monde du vin et de la bière 1. D’abord chez Baron Philippe de Rothschild France Distribution, puis chez Heineken, avant de prendre la direction de l’Union des Côtes de Bordeaux.

« L’un de ses principaux faits d’arme a été d’obtenir, lors de l’examen de la loi santé en 2015, le détricotage de la loi Evin qui encadre la publicité sur les boissons alcoolisées en France depuis 1991, ajoute le quotidien vespéral. Les parlementaires avaient fortement assoupli les conditions dans lesquelles il était possible de faire la promotion du vin en dépit de l’opposition de la ministre de la santé Marisol Touraine. Une mesure qui avait reçu la bénédiction du chef de l’Etat François Hollande et de son ministre de l’économie, Emmanuel Macron.» 

On se souvient peut-être des critiques d’une particulière virulence exprimées (dans L’Humanité) par l’actuelle ministre de la Santé, Agnès Buzyn – alors présidente de l’Institut national du cancer. Une vive polémique avait aussi opposé la Haute Autorité de Santé (qu’allait présider Mme Buzyn) à l’association « Vin et Société ».

Grain de raison

Audrey Bourolleau avait par ailleurs magistralement piloté une campagne de communication fin 2015 qui avait elle aussi suscité de très vives polémiques. Sous le slogan « Aimer le vin, c’est aussi avoir un grain de raison », cette opération se proposait de donner aux Français les « repères de consommation » de vin, baptisés « 2.3.4.0 ». Soit deux verres maximum par jour pour une femme, trois verres pour un homme, quatre en une seule occasion et 0 un jour par semaine. Des repères aujourd’hui revus à la baisse par les autorités sanitaires sur lesquelles la ministre de la Santé a la tutelle. Puis, l’été dernier, l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie avait accusé « Vin et société » de mensonges.

Est-ce une simple conseillère dynamique, compétente et affûtée ou le lobby alcoolier qui fait une entrée en majesté à l’Elysée ?

A demain

1 Même s’il existe certaines alliances entre les deux, il conviendrait de ne pas confondre systématiquement  lobby viticole et lobby alcoolier

 

Quand Agnès Buzin disait la vérité vraie dans L’Humanité (lobbies, alcools et publicité)

 

Bonjour

Toujours relire ses classiques. Le 1er décembre 2015 Agnès Buzyn, future ministre de la Santé (et des Solidarités) accordait un long entretien à L’Humanité (Alexandre Fache). La présidente de l’Institut National du Cancer s’insurgeait alors contre le « détricotage de la loi Evin » : l’élargissement de la publicité pour l’alcool que les députés (majorité socialiste) venaient (officiellement contre l’avis du gouvernement) d’intégrer à la « loi de santé » alors portée par la socialiste Marisol Touraine.

Il faut relire aujourd’hui ce que la future ministre (sociale-démocrate) déclarait au quotidien (communiste). Une lecture d’autant plus nécessaire que le nouveau président de la République n’a nullement caché, durant la campagne, son intérêt marque pour les vins français de grande qualité :  « Alcool et santé publique : Emmanuel Macron a sacrifié au rite bachique et républicain ». Agnès Buzin, réagissant à « l’assouplissement de la loi Evin » :

« C’est un échec grave pour la santé publique et une victoire des lobbies. Clairement, les industriels ont gagné cette bataille sur le front parlementaire, mais cela ne doit pas faire oublier combien l’alcool, consommé avec excès, peut être dangereux pour la santé. D’autant que la publicité dans ce domaine est redoutablement efficace : plus de pub, c’est une consommation qui va s’accroître, avec les conséquences que l’on sait. Or, la consommation moyenne des plus de 18 ans est déjà très haute en France, de l’ordre de trois verres d’alcool par jour.

Résister « en terrasse »

Nous étions alors peu après les attentats de Paris du 13 novembre.  « Après les attentats, de nombreuses voix ont appelé à résister ‘’en terrasse’’, un verre à la main, observe L’Humanité. Est-ce plus difficile, dans ce contexte, de faire passer un message de prévention sur l’alcool ? »

« Non, parce que nous ne prônons pas l’abstinence, mais la raison. On n’a jamais dit qu’il ne fallait plus boire d’alcool en France. Quand, après les attentats, s’est fait sentir un besoin de réaffirmer notre culture, on ne s’est pas opposé à ce message. Ce que nous tentons de combattre, c’est l’excès d’alcool, ou la consommation quotidienne d’alcool, qui concernent beaucoup de Français et augmentent significativement les risques pour la santé. »

L’Humanité lui demande encore en quoi, précisément, le détricotage publicitaire de la loi Evin pose un problème de santé publique.

« La publicité est déjà très largement ouverte aux alcooliers et les limitations actuelles imposées par la loi Evin sont extrêmement réduites. Cet assouplissement fait tomber les dernières barrières et permettra demain le sponsoring d’émissions de télé par exemple. Or, encore une fois, des études ont montré que chaque euro dépensé en publicité par les alcooliers – et ils en dépensent déjà 460 millions d’euros par an ! – augmente automatiquement la consommation d’alcool : +1% des pubs sur l’alcool, c’est +0,15% de la consommation. C’est d’ailleurs l’objectif de ces publicité s: créer un besoin, qui va accroître la consommation. »

Tourisme et grands alcooliers

Défendre les terroirs viticoles, les vins qui en sont issus et les vignerons qui les élaborent ?

« Franchement, il suffit d’ouvrir n’importe quel hebdomadaire ou supplément dédié à l’alcool, aux terroirs, au tourisme œnologique, pour s’apercevoir que la communication sur ces sujets n’est absolument pas bridée 1 Du moment qu’elles ne font pas l’apologie de la consommation mais qu’elles parlent du goût, de l’odeur, des savoir-faire, ces publicités sont déjà admises. Non, vraiment, on ne peut pas dire que les viticulteurs français soient en peine de communiquer sur leur métier et leurs produits.

« D’ailleurs, cet assouplissement de la loi Evin ne leur profitera pas à eux en premier, mais sans doute plus aux grands alcooliers internationaux, qui ont des moyens bien supérieurs pour investir dans la publicité. C’est donc la consommation de tous les alcools qui augmenterait avec cet assouplissement. On nous parle de relancer l’économie. Mais 500.000 morts en douze ans, plus les malades, les prises en charge, les médicaments, cela ne va pas faire faire des économies à la Sécurité sociale, ça c’est sûr ! »

Agnès Buzyn est aujourd’hui ministre des Solidarités et de la Santé. A ce titre elle a le pouvoir et le devoir d’agir sur la publicité et les comptes de la Sécurité sociale. Va-t-elle décider de retricoter la loi Evin ? L’Humanité lui demandait, le 1er décembre 2015 si l’activisme des lobbies (qui trouvent des oreilles très attentives au Parlement ou à Bercy) était selon elle une fatalité.

« Si je pensais qu’il s’agissait d’une fatalité, j’aurais arrêté de me battre. Mais ce n’est pas le cas. »

Dont acte. Sera-t-elle la ministre de la réduction des risques ?

A demain

1 Dans son édition datée du 23 mai Le Monde publie, dans un « supplément vins », un entretien avec « l’écrivain-dandy » Frédéric Beigbeder. On l’interroge notamment sur ses flacons. Il répond : « Beaucoup de mes vins datent de 1999, l’année de naissance de ma fille. Pour l’instant, elle préfère le mojito. J’ai commencé comme ça aussi. Avec des cocktails. J’ai bu des trucs dégoûtants : du Malibu-ananas, de la vodka-orange, du whisky-Coca… De fil en aiguille, je suis allé vers le vin, mais je ne peux pas dire quel a été le -déclic. Le vin n’existe pas dans les boîtes de nuit ! Tu ne peux pas commander un Pontet-Canet au Montana. »

On l’interroge aussi sur le genre du vin : « J’ai remarqué que les femmes que j’ai connues aiment bien le champagne, alors que j’aime les alcools forts. Mais, avec ma femme, Lara, c’est agréable, on boit en couple – rires – Elle aime le vin. C’est elle qui décide. Au début, elle préférait le blanc de Bourgogne et elle vient progressivement au rouge. »

Boit-il chaque jour ? « Oui, je crois : que ce soit au restaurant ou chez moi, j’ouvre une bouteille. Comme dans tous mes livres, où je parle de vin. Je n’aime pas le baratin autour, mais c’est le mode de vie autour du vin que j’aime. C’est un carburant à conversation. Après, pour séduire, il vaut mieux des alcools blancs que du vin rouge. C’est pour cela que toutes les femmes russes sont si belles. »

 

 

Alcool : le gouvernement va-t-il demander aux Français de boire moins de deux verres ?

 

Bonjour

Deux verres par jour. Et pas un de plus. Tel est le chiffre marquant des nouvelles recommandations que viennent de formuler l’Agence Santé publique France et l’Institut national du cancer 1. En réalité moins de deux verres quotidiens  « standards » de boissons alcooliques – de manière à ne pas dépasser la dizaine par semaine. Un régime drastique 2. Voici l’essentiel de ce que les buveurs français doivent dorénavant savoir :

« Si vous consommez de l’alcool, il est recommandé pour limiter les risques pour votre santé au cours de votre vie : de ne pas consommer plus de 10 verres standard par semaine et pas plus de 2 verres standard par jour;  d’avoir des jours dans la semaine sans consommation.

« Pour chaque occasion de consommation, il est recommandé : de réduire la quantité totale d’alcool que vous buvez ; de boire lentement, en mangeant et en alternant avec de l’eau ; d’éviter les lieux et les activités à risque ; de s’assurer que vous avez des gens que vous connaissez près de vous et que vous pouvez rentrer chez vous en toute sécurité. »

Au triste chapitre pathologique, rien que les buveurs ne sachent déjà. Qu’au fil du temps les risques liés à la consommation d’alcool pour la santé au cours de la vie augmentent avec la quantité consommée. Qu’à long terme, la consommation d’alcool est une cause de morbidité et de mortalité pour certaines maladies chroniques comme la cirrhose, certains cancers, certaines maladies cardiovasculaires, comme l’hypertension artérielle et l’accident vasculaire cérébral. Qu’à court terme, la consommation d’alcool est responsable de traumatismes intentionnels et non intentionnels, notamment des accidents (mortels ou pas), la mauvaise évaluation des situations à risque et la perte du contrôle de soi.

Appel du pied

On sent que Santé Publique France et l’INCa aimeraient aller plus loin, peser sur le politique et le pouvoir législatif. « Il faut noter qu’on autorise une alcoolémie à 0,5g/l ou à 0,2 g/l pour les détenteurs d’un permis de moins de deux ans, alors qu’il existe un sur-risque entre 0 et 0,5g/l ». C’est là, clairement, un appel du pied.

Il en va de même avec la suggestion d’en finir avec « l’abus d’alcool est dangereux pour la santé ». Un slogan qui devrait être remplacé par un autre signifiant que toute consommation d’alcool est à risque pour la santé. Sans pour autant aller jusqu’à prôner le « zéro alcool » et le « tollé » qu’il déclencherait.

Et maintenant ? Cet avis est le fruit d’une commande conjointe de la Direction générale de la santé et de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives. Que va-t-il devenir ? Sera-t-il mis en musique par le prochain gouvernement ? Rien n’est acquis. Le nouveau président de la République n’a jamais pris d’engagement clair quant à la réduction des risques alcooliques. Membre du gouvernement il ne s’était guère opposé au « détricotage » de la loi Evin et à la distinction entre publicité et à la distinction entre « propagande » et « information » sur les dimensions culturelles et touristiques de la production de boissons alcooliques. On se souvient, alors, de l’impuissance silencieuse de Marisol Touraine.

Désespérer ? Les derniers optimistes observeront que Claude Evin, ancien ministre rocardien (devenu avocat d’affaires au sein du prestigieux cabinet américain DLA Piper) fait partie du premier cercle des conseillers santé du nouveau président.

A demain

1 Cet avis a été rédigé par huit experts  qui se sont livrés à une recherche documentaire et qui, à leur tour, ont auditionné des experts français et étrangers. Ils se sont aussi basés sur une analyse de la situation française actuelle en termes de niveaux de consommation, d’historique réglementaire, d’impact de la publicité sur les jeunes et d’historique des repères de consommation d’alcool.

2 Au Royaume-Uni il est recommandé au de ne pas consommer plus de 14 unités d’alcool par semaine. Si l’on les atteint, il est préférable de les consommer sur trois jours ou plus. Au Canada les consommations recommandées sont de pas plus de deux verres standards canadiens (13,45 g) par jour en Ontario – et pas plus de cinq verres par jour pour les hommes et quatre verres par jour pour les femmes au Québec.

Il faut obtenir d’Emmanuel Macron qu’il nous dise ce que sera sa lutte contre les addictions

 

Bonjour

Le temps politique s’accélère dans un paysage français pour partie recomposé. Cartes rebattues mais règles inchangées. Un nouveau joueur remporte la première mise. Les anciens attendent la future donne. Quant aux buralistes français, ils rafraîchissent leur mémoire avant de retourner dans l’isoloir.  Face au fléau du tabagisme, quelles ont été, jusqu’à maintenant, les positions d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen ? Résumé.

 Emmanuel Macron 

« J’ai annoncé mon souhait d’augmenter rapidement le prix du paquet de cigarettes pour le porter à 10 euros. Je souhaite travailler à une harmonisation européenne, de façon à limiter l’impact de la contrebande, ce qui permettra ensuite d’aller au-delà de ces 10 euros ».

 « Nous ferons de la lutte contre le tabagisme une priorité absolue, avec un objectif clair : la génération à naître doit être une génération sans tabac, la France peut faire aussi bien que l’Australie et être aussi ambitieuse que la Finlande. Nous conduirons une politique ambitieuse et volontariste de lutte contre ce tueur numéro 1, cause principale de la mortalité prématurée évitable.

« Une politique de promotion et d’éducation à la santé, notamment dans les établissements scolaires, pour que les jeunes comprennent pourquoi et par quels mécanismes le tabac peut tuer.  Le paquet neutre est en cela une étape majeure dont nous suivrons les effets avec attention ».

 Marine Le Pen 

« Nous n’avons pas l’intention d’augmenter brutalement et drastiquement le prix du paquet de cigarettes. La majorité des personnes dépendantes au tabac sont des personnes en situation précaire : une augmentation de prix ne changerait pas forcément leur consommation de tabac mais aurait un impact négatif sur d’autres postes de dépense, comme l’alimentation ».

« Nous souhaitons mettre en place des politiques dissuasives qui ne soient pas fondées sur l’augmentation des prix. Les mesures antitabac ne doivent pas s’appliquer aveuglement et doivent faire l’objet d’une évaluation préalable, notamment en rapport avec les expériences internationales afin de pointer les bons ou les mauvais points pour adapter les dispositifs. Cependant, je ne reviendrai pas sur le paquet neutre qui est une mesure de santé publique qui s’impose ».

Futur ministre de la Santé

Il faut désormais garder tout cela en mémoire. Mais il faut surtout aller plus loin, comme vient de le professer William Lowenstein, président de SOS Addictions. Dépasser le tabac pour englober l’ensemble des addictions, définir, élaborer, structurer une politique cohérente et novatrice de réduction des risques vis-à-vis du tabac, de l’alcool et du cannabis. Or sur ces deux derniers sujets les positions d’ores et déjà exprimées par Emmanuel Macron soulèvent bien des questions sanitaires.

Lendemain du premier tour de l’élection présidentielle. Il n’est pas trop tard pour politiser ce sujet essentiel.  Le nom du praticien hospitalier-député, 37 ans, probable ministre de la Santé de celui qui est déjà annoncé président de la République commence à circuler. Le temps politique s’accélère dans un paysage français pour partie recomposé. Il n’est pas encore interdit d’espérer.

A demain

Nous, ministre de la Santé, politiserons l’action contre les principales addictions du pays

 

Bonjour

Souvenons-nous. C’était le 2 mai 2012. Bientôt un quinquennat. Ce jour-là, grâce à François Hollande, une fraction non négligeable de la population française découvrait l’anaphore. Et depuis cinq ans le célébrissime « Moi, président de la République… » n’a pas quitté la scène. On retrouvait, ces derniers temps, cette figure de style dans toutes gazettes. Mille et un citoyens ont ainsi pu, l’espace d’un instant, exprimer leurs souhaits républicains.

On peut aussi décliner l’exercice. Et passer au rang du ministre. C’est ce qu’a fait la rédaction du site Pourquoidocteur qui a proposé à différentes personnalités du « monde de la santé » de livrer leur programme pour le prochain quinquennat. Un exercice à la veille du départ de Marisol Touraine qui aura été, durant un quinquennat entier, l’unique titulaire du portefeuille des Affaires sociales et de la Santé. Pour quel résultat ?

Nous nous sommes attachés, ici et là, à mettre en lumière certaines des limites de son action politique – notamment dans le champ de la politique de réduction des risques. Désavouée par sa majorité sur le front de la publicité alcoolique, inopérante vis-à-vis de la cigarette électronique, absente sur le front du cannabis.

Et demain ? Pourquoidocteur a mis à la question le Dr William Lowenstein, addictologue et président de SOS Addictions. Il y expose et développe la politique qu’il mènerait si les astres devaient le conduire à devenir ministre. On peut raisonnablement imaginer que les grands axes de sa politique seraient approuvés par toutes celles et ceux qui, à des degrés divers, sont confrontés aux innombrables difficultés soulevées par les addictions. les mesures qu’il estime nécessaires. Extraits :

« Moi, ministre de la Santé (…) je ferai évoluer la législation sur le cannabis. La politique de prohibition a totalement échoué. (…)Afin de fortifier des politiques de préventions et de réduction des risques sur ce sujet et « couper l’herbe sous le pied » des réseaux mafieux, je réunirai un « groupe de travail-commando » sous la direction du Premier ministre pour livrer, en six mois, un projet structuré de nouvelle législation adossée à un programme sanitaire correctement budgétisé (par les taxes sur la production et la vente de cannabis) et des mesures sécuritaires pour protéger et informer les mineurs.

Peser sur la réalité

 « Le second objectif est de créer une génération sans tabac. Nous connaissons la « trilogie efficace pour faire baisser un tabagisme parmi les plus importants d’Europe et responsable de 79 000 morts par an. Elle associe paquet neutre (c’est fait), augmentation brutale du prix du paquet de cigarettes et un soutien à la meilleure arme antitabac : le vapotage ou usage de la e-cigarette sur le modèle du Royaume-Uni.

« Enfin, concernant l’alcool, il faut diminuer les abus et dépendances, responsables de 50 000 morts par an. Pour cela il convient de « dénormaliser » la consommation régulière et intensive d’alcool dans notre pays, « retricoter » la loi Evin, détricotée durant ce quinquennat, et surtout, soutenir le repérage précoce. L’accès aux médicaments régulateurs de la consommation d’alcool doit être facilité, par l’engagement des médecins généralistes et pas seulement des addictologues. »

Suivent des mesures de restructuration visant à en finir avec l’éparpillement actuel des actions et institutions (MILDECA, ministères de l’Intérieur, de l’Economie, de la Santé, Direction Générale de la Santé, etc.) qui explique (en partie) l’insuffisance des résultats sanitaires. Le fil conducteur est clair. Il s’agit de faire en sorte que l’action politique puisse peser sur la réalité afin de la modifier au bénéfice de la collectivité. Agir et évaluer. En l’espèce, c’est un assez beau projet.

A demain

L’histoire de la jeune femme qui commence sa journée avec une bouteille de Martini blanc

 

Bonjour

Depuis deux ans elle commence avec l’aube. Du Martini blanc le plus souvent. Un jour la béquille lâche et là voilà devant le tribunal correctionnel de Tours  – une audience fidèlement  rapportée par La Nouvelle République (Vanina Le Gall). Tout y est dit des antécédents, de l’addiction, de la prison. On y lit comme dans un livre. Seule la fin reste à écrire, avec ou sans l’aide de la justice.

La jeune femme est derrière la vitre du box des prévenus. Une enfance marquée par la maladie alcoolique de celui qu’elle crut être son père jusqu’à l’âge de 11 ans.  Placements divers. Entrée dans la délinquance. Arrive l’héroïne – puis un traitement qui ouvre la porte de l’alcool. « Une fuite en avant » qui l’a déjà conduite devant la justice puis deux mois en prison. Vit dans le Berry avec son compagnon et ses deux enfants de 3 ans et 5 mois. Surendettement. Chômage. Le 20 mars, décide de faire un break. Finit par poser ses valises chez l’ex-compagne de son père biologique.

N’importe quoi

Fin mars, le soir tombe à Loches, dans le sud de la Touraine. Vole une voiture, accident, alcoolémie à 3,17 g/l. Comparution immédiate. La prévenue, la malade, parle d’elle mieux que personne :

« J’ai un gros souci avec l’alcool. A partir du moment où je bois, ma personnalité change du tout au tout et je fais n’importe quoi. Je rends tout le monde malheureux. Beaucoup de gens essayent de m’aider mais je n’arrive pas à m’empêcher de boire (…) L’appel de l’alcool est plus fort que tout, sauf quand je suis surveillée (…) Quand je suis alcoolisée, je suis débile. »

Aujourd’hui,  devant la justice de son pays, Éva a « vraiment envie » de s’en sortir. Que va réclamer la société ? Le vice-procureur : « Il faut que ça s’arrête. On a essayé beaucoup de choses ; or, rien n’a fonctionné pour éviter la récidive ». Elle demandera cinq mois de prison ferme et mise à l’épreuve pendant sept mois. Éva sera finalement condamnée à dix mois de prison ferme. Et elle devra se faire soigner.

A demain