Emmanuel Macron n’est pas Zola : comment parler des gens du Nord et de l’alcoolo-tabagisme ?

Bonjour

Né à Amiens la veille de Noël 1977, Emmanuel Macron n’est pas, précisément, un nordiste. C’est un Picard. Pouvait-il, dès lors, parler comme il l’a fait le samedi 14 janvier dans le Nord-Pas-de-Calais ? Toujours en lévitation, sur les nuages des sondages, le candidat d’En marche ! à l’élection présidentielle y a peint, samedi 14 janvier, un tableau sombre de la situation sanitaire et sociale de l’endroit. Il faut, ici, lire, L’Avenir de l’Artois :

« 15h16 : Emmanuel Macron arrive à la cité minière du fond de Sains, rue de Madagascar. (…) L’ancien ministre visite ensuite une deuxième maison, habitée cette fois-ci. La locataire les invite à rentrer. Il prend le temps de s’intéresser à ses conditions de vie. Un troisième logement doit être vu, situé une rue plus loin. Sur le chemin, une riveraine l’interpelle de sa fenêtre. Il prend le temps d’aller lui serrer la main. Discute, et fait de même avec d’autres riverains. « Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? » demande-t-il. Emmanuel Macron continue de s’intéresser de près à leur situation et les questionne sur leur emploi car « ici, c’est un secteur où il y a beaucoup de chômage».

Selon lui, la région a été délaissée par l’État par le passé et « la République n’a pas toujours été à la hauteur ». L’ancien ministre souhaite changer les choses. « Après la fermeture des mines, rien n’a été fait. Il est très important de rendre hommage aux personnes qui y ont travaillé. » Pour lui, ce territoire est un lieu stratégique car « c’est une région au cœur de l’Europe ». Elle est cependant face à certains problèmes selon lui : « l’alcoolisme et le tabagisme se sont peu à peu installés dans le bassin minier. Tout comme l’échec scolaire. Il faut traiter cela en urgence afin de rendre le quotidien de ces personnes meilleur. »

Après deux heures de visite, le leader du mouvement « En marche » se rendait à Hénin-Beaumont. »

Front national et Parti communiste français

N’est pas Zola qui veut. « L’alcoolisme et le tabagisme se sont peu à peu installés dans le bassin minier »… Du « mépris de classe », selon le maire d’Hénin-Beaumont, Steeve Briois, du « mépris social », selon Florian Philippot. « Qui méprise le peuple, méprise la France » pour secrétaire national du Parti communiste, Pierre Laurent, sur Twitter.

Du mépris ? A coup sûr l’incompréhension, par le bourgeois, de ce que le pauvre supporte ou pas (il y avait déjà eu, en 2015, l’affaire de l’illettrisme salariés de l’abattoir de porcs Gad, dans le Finistère.). A ce titre M. Macron vient de commettre une faute politique. Restait le rationnel épidémiologique. L’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée a tenté de répliquer dans un communiqué, citant les « territoires paupérisés » et un article de La Voix du Nord de 2015 affirmant que la surmortalité dans le Nord et le Pas-de-Calais atteignait « 29 % chez les hommes par rapport à la moyenne nationale et 22 % chez les femmes » ; c’était s’enfoncer.

Maladresse politique

Et l’ancien ministre de l’Economie de citer des propos tenus par le Dr Jean-Yves Grall (un Breton) alors directeur de l’Agence régionale de santé du Nord-Pas-de-Calais : « une forte précarité socio-économique (RSA, chômage), des habitudes de vie, notamment alimentaires, liées à la précarité, avec leurs conséquences (diabète, obésité), beaucoup d’addictions (alcool, tabac, drogue), qui sont d’ailleurs des marqueurs de la précarité ».

Mieux conseillé Emmanuel Macron aurait pu citer le syndrome d’alcoolisation fœtale décrit pour la première fois au monde (après le Dr Paul Lemoine à Nantes) par le Dr P. Dehaene à Roubaix. On pourrait additionner les chiffres et les publications. Ils n’effaceraient ni la maladresse de l’homme politique jamais élu, ni la sensation d’agression vécue par une population ainsi visée.

A demain

Alcoolisme: Vladimir Poutine ordonne de réduire la consommation de méthanol cosmétique

 

Bonjour

Ce n’est pas une affaire de soviets et d’électricité. Pour autant c’est bien un drame de l’alcoolisme et de la pauvreté. Le bilan de « l’intoxication à l’huile de bain bue par des Russes à Irkoutsk (Sibérie) », s’est alourdi jeudi à 71 morts. L’Agence France Presse rapporte l’annonce faite par l’antenne locale du ministère russe de la Santé. Au total, 117 personnes ont été intoxiquées depuis le week-end, « dont 71 sont mortes », a déclaré la porte-parole, Tatiana Lebedeva, citée par l’agence Interfax.

Selon les autorités, l’huile indique clairement sur l’étiquette être impropre à la consommation. De fait elle contient du méthanol, une substance toxique utilisée souvent comme antigel. Pour autant, en Russie, elle reste pourtant parfois « consommée comme de l’alcool » en raison de son faible prix. C’était vrai du temps des Tsars. Puis au temps du régime soviétique. Le président Poutine ne semble pas avoir pu inverser la courbe de l’alcoolisme et de ses conséquences.

Vodka trop chère

« Le prix de la vodka vendue officiellement dans le commerce est devenu prohibitif pour des millions de Russes démunis, notamment en province où le niveau de vie est très faible, résume (pudiquement) l’AFP. Selon plusieurs estimations, environ 25 millions de Russes ont des revenus insuffisants pour s’approvisionner en alcool par les circuits légaux. Mercredi 21 décembre, le président russe Vladimir Poutine a ordonné au gouvernement de durcir les règles encadrant les substances alcooliques vendues pour des usages pharmaceutiques ou cosmétiques, afin de ‘’réduire leur consommation’’ ».

Reprenons :

« Ordonner au gouvernement de durcir les règles encadrant les substances alcooliques vendues pour des usages pharmaceutiques ou cosmétiques, afin de ‘’réduire leur consommation’’».

Voilà qui en dit infiniment long sur la situation, proprement dramatique, d’un pays. Ici, la Russie.

A demain

Propagande alcoolique sur You Tube : le Conseil supérieur de l’audiovisuel se moque de qui ?

 

Bonjour

Huit mois. C’est le temps qu’il aura fallu au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pour ne rien dire, ou presque. On se souvient de l’absolue  tristesse alcoolique de « Recettes pompettes ». Un pauvre concept : inviter une célébrité en opération de promotion, et boire de l’alcool tout en essayant de préparer une recette. Le CSA interdisant l’utilisation d’alcool à la télévision Canal + avait  décidé de diffuser la chose sur YouTube [via Studio Bagel]. C’était en avril dernier. Avec ce communiqué adressé par la Direction Générale de la Santé :

« Le ministère des Affaires sociales et de la Santé condamne fermement cette initiative : les conséquences de la consommation excessive d’alcool sur la santé sont trop graves pour être prises à la légère. Il est regrettable et dangereux de laisser croire, en particulier aux jeunes, que l’ivresse serait un comportement anodin, voire valorisant.

Par conséquent, le ministère des Affaires sociales et de la Santé a demandé au producteur de l’émission de retirer la bande annonce et de renoncer à l’émission. Le ministère étudie par ailleurs les différentes voies de recours. »

Courroux printanier

Le producteur se gaussa ouvertement du gouvernement. Marisol Touraine ne donna finalement aucune suite à son courroux printanier.  Les pouvoirs publics avaient aussi agité le CSA, cette institution dont personne ne sait ce qu’elle fait, à quoi elle sert,  ni où elle va. On pensait tout cela enterré et « Recettes Pompettes » continuait à faire une promotion dégradante des ses invités alcoolisés. Or, huit mois plus tard, le CSA se manifeste. Voici le résultat :

Service « Les Recettes Pompettes by Poulpe » sur YouTube : qualification et mise en garde de l’éditeur

Date de publication : mardi 13 décembre 2016 -Assemblée plénière du 9 novembre 2016

« Le 8 juin dernier, le CSA avait informé la société Studio Bagel Productions qu’il considérait que la chaîne YouTube Les Recettes pompettes by Poulpe relevait du régime des services de médias audiovisuels à la demande (SMAD) défini à l’article 2 de la loi du 30 septembre 1986.

« Après avoir examiné les observations de Studio Bagel Productions, le Conseil n’a pas relevé d’éléments permettant une remise en cause de cette analyse et a confirmé que ce service constituait un SMAD.

« À ce titre, Studio Bagel Productions, l’éditeur du service, est donc tenu de respecter les obligations applicables à cette catégorie de services, en veillant notamment à appliquer les dispositions du décret du 12 novembre 2010 relatif aux SMAD et à la délibération du 20 décembre 2011 relative à la protection du jeune public, à la déontologie et à l’accessibilité des programmes sur les SMAD.

 « Après avoir visionné le premier épisode du programme Les Recettes pompettes, mis en ligne le 13 avril 2016, le CSA a constaté qu’il contenait de très nombreuses références à l’alcool [sic et re-sic] Il a considéré que ce programme, en assurant une présentation de l’alcool susceptible d’encourager le public à sa consommation, était constitutif d’une propagande en faveur de l’alcool, ceci en méconnaissance des dispositions de l’article L. 3323-2 du code de la santé publique.

Le Conseil a donc mis en garde l’éditeur contre le renouvellement d’un tel manquement. »

Tremblements

On imagine les tremblements affolés de l’éditeur  devant une telle « mise en garde ». Le CSA considère que la chaîne YouTube qui diffuse l’émission est un « média audiovisuel à la demande », et qu’elle doit notamment respecter les règles de protection du jeune public. Mais encore ? Rien d’autre.

Dans le même temps le gouvernement publie au « Journal Officiel » de nouvelles dispositions « visant à protéger les jeunes contre l’usage nocif d’alcool ». Selon le nouveau texte, réclamé par la Direction Générale de la Santé et la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), tout vendeur d’alcool doit désormais obligatoirement exiger la preuve de majorité du client lors de l’achat. Des « bannières » rappelant les interdictions de vente aux mineurs ont été créées spécifiquement pour les sites internet de vente d’alcool en ligne.

La dernière vidéo en ligne de « Recettes Pompettes » alcoolise à la vodka deux « légendes » : Marina Foïs et Laurent Lafitte. En une semaine elle a été vue plus de 800 000 fois. Les soignants prenant en charge des personnes malades de l’alcool remercieront le CSA.

A demain

Rhume, alcoolémies, embolies : où est le dossier médical complet de Michel Polnareff ?

 

Bonjour

Une seule certitude : le pronostic vital est désengagé. Michel Polareff, annoncé dans un état gravissime a quitté sa chambre de l’American Hospital of Paris le 16 décembre. Il se cache depuis dans la suite d’un palace de la région parisienne où le JDD l’a retrouvé (Renaud Revel). Le journal dominical fait son miel de cette affaire médicale.  Il y  une semaine il révélait la complexité du dossier. Aujourd’hui il apporte de nouveaux éléments qui ne peuvent pas ne pas troubler. Résumé en trois points.

1 L’ordinateur du van Mercedes utilisé par Michel Polnareff confirme que le samedi 3 décembre le véhicule a quitté le très chic hôtel Peninsula (19 avenue Kléber) à 14h 52 pour atteindre l’Hôpital Américain (Neuilly) à 15h05. Or des sites d’information évoquaient la maladie de la star et le diagnostic de son médecin dès 14h55. Peut-on poser un diagnostic d’embolie pulmonaire bilatérale avant l’examen approfondi du malade ? Si oui, comment ? Et, peut-on en faire publiquement état ? Le corps d’une star est-il du domaine public ?

2 L’exemplaire du dossier médical du chanteur transmis au producteur Gilbert Coullier, à sa demande, est (selon le JDD) « incomplet » : aucune IRM ni angiographie, aucun scanner thoracique ni radio pulmonaire (seuls examens susceptibles d’attester l’existence d’une embolie) n’ont été versés à ce dossier. Dans quelles conditions peut-on transmettre un dossier médical au producteur d’une star âgée de 72 ans ? Qui, dans le cas d’une hospitalisation à l’Américain, est habilité à effectuer une telle transmission ? Que pourra, confronté à ces interrogations, nous enseigner le Conseil de l’Ordre des Médecins ?

3 Le JDD évoque, une nouvelle fois et sans fards, l’appétence qu’aurait la star pour les boissons alcooliques, cocktails de palaces ou, dernièrement, vins de Champagne – et ce « dans une attitude peu conforme à la description inquiétante livrée par son entourage ».

Et maintenant ? « On peut considérer qu’il est guéri, mais il reste en mauvais état » a déclaré sur BFMTV le désormais célèbre Dr Philippe Siou, l’un de ses médecins personnels. Il n’est pas totalement remis. Il est parti en convalescence pour plusieurs semaines. » « Guéri » de quoi ? Quel est ce « mauvais état » ? Où est le dossier médical complet ? Quand la star sera-t-elle vraiment hors de tous les dangers ?

A demain

Marisol Touraine demande de ne plus vendre d’alcool avant 18 ans. Y compris sur Internet

 

Bonjour.

Il y a l’alcool. Il y a le tabac. Et il y a les jeunes. L’Etat, qui détient le monopole de la vente des produits du tabac, ne parvient désespérément pas à obtenir que les buralistes ne commercent pas avec les moins de 18 ans. On sait ce qu’il en est avec l’alcool : «  une augmentation inquiétante des alcoolisations massives chez les 15-25 ans ».

Face à ce constat le politique a tenté d’agir : la loi Touraine « de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016 » a introduit de nouvelles dispositions visant à protéger les jeunes contre l’usage nocif d’alcool. Et ce via un arrêté 1. Pour faire court :

« En France, désormais, tout vendeur d’alcool doit désormais obligatoirement exiger la preuve de majorité du client lors de l’achat ».

Mais encore ? Les affiches rappelant les dispositions en matière d’interdiction de vente aux mineurs étaient déjà obligatoires dans tous les débits de boissons. Elles ont été modifiées pour tenir compte de cette nouvelle disposition qui n’était, auparavant, que « facultative » (sic).

Désormais, ces affiches sont obligatoires dans tous les « débits de boissons ». Il s’agit ici ce tous les commerces qui pratiquent la vente à consommer sur place ou à emporter : restaurant, station service ou site internet de vente en ligne.

Bannières en ligne

Des « bannières » rappelant les interdictions de vente aux mineurs ont été créées spécifiquement pour les sites internet de vente en ligne qui ne disposaient pas, auparavant, de format adapté. Les nouveaux modèles d’affiches et de bannières sont téléchargeables sur le site internet du ministère chargé de la santé : http://social-sante.gouv.fr/prevention-en-sante/addictions/article/cadre-legal

Et puis il ce mot :

« Les organisations professionnelles représentatives du secteur de la vente de boissons alcooliques, de la restauration ou de la distribution ont été informées de cette évolution réglementaire. Elles sont chargées de relayer l’information auprès de leurs adhérents et de partager les bonnes pratiques en la matière. »

Y aura-t-il une évaluation de l’application des nouvelles bonnes pratiques (notamment sur Internet) ? Où sont les sanctions ? Rappel : « il est interdit de se trouver en état d’ivresse manifeste dans les lieux publics ».

A demain

1 « Arrêté du 17 octobre 2016 fixant les modèles et lieux d’apposition des affiches prévues par l’article L. 3342-4 du code de la santé ». Cet arrêté est, avec deux mois de retard, paru au Journal Officiel de la République française daté du 17 décembre 2016. Il est signé de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé.

 

Gamma GT : aux Pays-Bas la maladie alcoolique peut offrir la possibilité d’être euthanasié

 

Bonjour

Confidentielle il y a quelques jours encore l’affaire commence à faire du bruit. Elle frappera les esprits. Où l’on apprend qu’un citoyen néerlandais, 41 ans, souffrant de maladie alcoolique  de « manière insurmontable »  de mettre a obtenu qu’on le tue en l’euthanasiant (dans la maison de ses parents).  L’homme, père de deux garçons, disait souffrir le martyr. Il avait fait, nous dit-on, vingt-et-une tentatives de désintoxication ces huit dernières années.

«Mon petit frère est mort, écrit aujourd’hui son frère, journaliste indépendant, dans le magazine Linda. Mes parents n’avaient rien fait de mal, ma sœur et moi non plus. Son problème était dans sa tête. Un problème que jamais personne n’a pu découvrir». Il ajoute encore ceci :

« Les psychologues, les psychiatres, les médecins, les aides-soignants ont tous fait de leur mieux, voulaient l’aider mais Mark n’a jamais pu expliquer ce qu’il ressentait (…) Quand Mark a réalisé qu’il avait besoin d’aide, qu’il avait besoin de parler à quelqu’un, il était déjà trop tard. L’alcool le tenait déjà fermement dans son poing et n’était pas près de le laisser partir».

Bières et injections

Si son frère dit vrai, nous savons tout, désormais tout. Que Mark Langedijk a passé ses dernières heures avec sa famille, dans le jardin de ses parents, en mangeant des tartines au fromage et au jambon, de la soupe avec des boulettes, et en fumant des cigarettes. Puis un « médecin » lui a ensuite injecté trois médicaments qui ont provoqué son décès.

Pour ne pas trembler les agences de presse contextualisent. Elles nous disent qu’avec la Belgique, les Pays-Bas ont été en 2002 le premier pays au monde à légaliser l’euthanasie. Jusqu’ici cela n’allait pas de soi. Pour autoriser la procédure de mort, deux médecins doivent avoir la conviction qu’il n’existe pas d’autre solution raisonnable pour le patient malade et que la souffrance est «insupportable et sans perspective d’amélioration».

En 2015, les Pays-Bas ont enregistré 5.516 cas d’euthanasie, soit 3,9% des décès dans le pays, contre 3.136 cas cinq ans plus tôt. Parmi ces personnes, plus de 70% souffraient de cancer et 2,9% de maladies psychiatriques ou de démence, dont des maladies alcooliques chroniques. Mark Langedijk n’était donc pas le premier. Et demain ? Et après ? Euthanasier à partir de quel taux de Gamma GT ?

A demain

L’addiction et ses enfers : voici le temps des patients experts diplômés de l’Université

 

Bonjour

Voilà un sujet qui aura du succès : le malade « sorti de la dépendance » et qui devient « expert » de cette dernière – expert, qui plus est, diplômé par l’Université. Un sujet d’avenir traité aujourd’hui dans les colonnes de l’antique Figaro (Pauline Fréour) : « Addictions: l’expertise reconnue des anciens malades ». Un sujet dans l’air du temps – un temps qui voit certains « hommes en blanc » battre médiatiquement leur coulpe pour ne pas avoir compris à quel point leurs  patients peuvent prendre en charge leur propre mal – et soutenir leurs frères en souffrance.

Reconstructions

Les faits ? « Une dizaine de personnes sorties de la dépendance viennent de recevoir le premier diplôme universitaire validant leur statut de ‘’patient-expert’’. » Des patients qui, ici, ont « connu les affres de la dépendance destructrice ». Une initiative de l’Université Paris Sud et du Fonds Actions Addictions qui consiste en une formation de «Reconnaissance des compétences du patient expert dans les addictions». Tout est expliqué dans un communiqué de presse : « Les patients experts : une nouvelle initiative pour renforcer la place des patients dans la prise en charge des addictions ».

Débouchés ouverts aux patients diplômés : accompagnement des patients dans les centres, les hôpitaux et les associations, formation professionnelle y compris de soignants, et représentation des intérêts des malades et de leurs proches auprès des instances décisionnaires (agences régionales de santé, hôpitaux…).

Le Figaro replace le sujet dans son contexte, celui de l’ensemble des maladies chroniques. Les premiers « Diplômes Universitaires en éducation thérapeutique » datent de 2009 (Université Pierre et Marie Curie) – une initiative de Catherine Tourette-Turgis.

Avoir ou ne pas avoir la niaque

« Ce DU donne les moyens d’intervenir pour améliorer le système de santé de l’intérieur», résume Catherine Tourette-Turgis. Plusieurs débouchés sont envisageables, dont certains sont en train d’être inventés: médiateur entre une population difficile à atteindre (comme les malades psychiatriques) et les soignants, éducateur thérapeutique pour apprendre à d’autres malades à être plus autonomes dans la gestion de leur pathologie, représentant des patients au sein de structures de décision (agences régionales de santé, hôpitaux…). Certains DU nécessitent d’avoir déjà un bac +2, d’autres pas. La motivation et la solidité des candidats sont évaluées sur entretien. « Ce sont des étudiants passionnants, explique Catherine Tourette-Turgis. La maladie, ça griffe, ça esquinte, mais ça donne aussi la niaque.»

Issue de l’occitan la niaque (ou gnaque) désigne généralement la combativité, le mordant. « L’avoir » c’est être capable de soulever des montagnes. Ou, parfois, de trouver le chemin, mal fléché, de la sortie des enfers.

A demain