Guerre des tranchées entre les «bons vivants» et ceux qui entendent bien le rester (2)

Bonjour

Terribles ambivalences de l’alcool, suite. Nous avons apprécié, comme il convenait, le texte porté par le talentueux Philippe Claudel et publié dans Le Figaro : « Arrêtez de culpabiliser les amateurs de vin ! ». Un texte intéressant nourri par une certaine mauvaise foi puisqu’il dénonçait une opération (le « Défi De Janvier ») en la caricaturant.

Un texte, en outre, qui usant des innombrables richesses du vin (son monde, ses mythes, sa culture) avait pour conséquence de faire oublier les innombrables dangers des boissons alcooliques industrielles, brassées ou distillées, pré-formatées et commercialisées à grand renfort de publicités. Or c’est très précisément là un sujet qu’aucun des deux camps en présence (nous schématisons) ne veut, ne souhaite, ne peut aborder.

On en reste ainsi à la « filière alcool » sans jamais démembrer cette dernière. On peut en avoir une forme d’illustration à l’écoute du dernier « Téléphone sonne » de France Inter : « Un mois de janvier sans alcool : chiche ? » (invités: Michel Reynaud et Axel Kahn).

Deux camps, donc. Après la tribune des « bons vivants » autoproclamés, voici celle signée par ceux que ces « bons vivants » aiment à dessiner comme étant leur profil inversé 1. Datée du 12 décembre elle est intitulée « Pour faire durer le plaisir, faire une pause-alcool… » (nous soulignons) :

« Dans une tribune parue le 9 décembre dans Le Figaro, de grands cuisiniers, des sportifs, des artistes, se posent en défenseurs du goût et de la tradition et s’attaquent au projet de faire l’expérience d’une pause avec l’alcool en janvier avec le « Défi De Janvier ». Le mythe du « français bon vivant » sous-jacent à leurs propos permet de justifier et d’entretenir l’idée des consommations d’alcool excessives, problématiques voire dépendantes. Il faut garder à l’esprit que 20% de la population consomment 80% de l’alcool vendu en France, et que ces 20% de sur consommateurs sont nécessaires à la bonne santé de la filière alcool.

« Lancé sur un mode ludique, que chacun est libre de relever à sa manière, sans interdiction, culpabilisation ou moralisme, le « Défi De Janvier » n’est pas l’injonction prohibitionniste qu’évoque étrangement cette tribune. Refus de questionner une conception de la vie sociale qui repose sur la seule consommation d’alcool ou ignorance du sujet, difficile de répondre à la place des signataires, mais ce qu’ils dénoncent n’est pas l’opération qui est proposée à nos concitoyens.

« Le « Défi De Janvier » est porté par des acteurs de la société civile, dans sa diversité, soignants certes, mais aussi par la jeunesse, des sportifs, des associatifs, des citoyens… Ils aiment profiter de la vie et de ses plaisirs, avec une curiosité qui dépasse les limites des canons figés de certaines traditions et des normes sociales de consommation qui l’imposent parfois. Respectueux de la culture, dans sa diversité, ils apprécient certes les plaisirs mais en connaissent bien aussi les risques. C’est pourquoi, devant cette équation auquel chacun se confronte, ils proposent ce défi qui consiste à questionner l’injonction permanente à boire de l’alcool et à analyser ses capacités de contrôle.

« Les plaisirs de la vie sont à la fois nombreux et divers, et l’expérience de nos collègues à l’étranger montre l’intérêt d’une pause dans la consommation d’alcool : elle procure à la fois une sensation de bien-être, une amélioration du sommeil, et souvent une perte de poids bienvenue.

« Les gardiens trop sourcilleux des « traditions » ne pourront empêcher chacun de se fixer on non, en toute liberté et toute responsabilité, les termes du « Défi De Janvier ». C’est l’ambition collective que nous portons et nous sommes chaque jour plus nombreux à le faire. »

A demain @jynau

1 Ce texte est signé de  Bernard Basset (ANPAA), Amine Benyamina (FFA), François Bourdillon (médecin santé publique), Jean-Michel Delile (FA), Axel Kahn (LNCC), Michel Reynaud (F2A), Christian Tremoyet (Adixio).

Voici d’autre part les membres du collectif des partenaires du Dry January – Le Défi De Janvier : ADIXIO, ADDICT’ELLES, AIDES, AJPJA, ANPAA, Avenir Santé Jeunes, CAMERUP, Collège de Médecine Générale, CUNEA, CoPMA, FAGE, Fédération des Acteurs de la Solidarité, Fédération Addiction, Fonds Actions Addictions, Fédération Française d’Addictologie, FNAS, FPEA, France Assos Santé, Groupe MGEN, La Ligue Contre le Cancer, Société Française d’Alcoologie, Société Française de Santé publique, SNFGE, SOS Addictions, UNIOPSS.

Guerre des tranchées entre les «bons vivants» et ceux qui entendent bien le rester (1)

Bonjour

Terribles ambivalences de l’alcool. Ambivalences sans cesse amplifiées avec le vin. C’est un texte dont on pourrait rire. Un texte que l’on pourrait maudire. Un texte que l’on dénoncera. Un texte que nous aurions sans doute pu (avec quelques coupes et compléments) signer.

On le trouvera dans Le Figaro sons un titre trop éloquent :  «Arrêtez de culpabiliser les amateurs de vin ! ». Signés par un groupe fort hétérogène de personnalités embrassant un vaste horizon – dont le journalisme 1. C’est aussi une tribune de mauvaise foi puisque ces personnalités s’opposent aux associations qui militent pour un ‘’mois sans alcool’’ en janvier prochain » – une opération qu’elles dénoncent pour ce qu’elle n’est pas… 2

Voilà bien le début (ou plus exactement la résurgence) d’une guerre. Une guerre médiatique des tranchées. Un conflit entre les « bons vivants » autoproclamés et ceux désignés comme étant leur profil inversés. Une guerre et des impasses. Comment avancer ?

Pour commencer voici ce texte, porté par le talentueux Philippe Claudel. Il vaut d’être lu (nous soulignons), relu et débattu:

« À quoi reconnaît-on qu’une civilisation s’effondre? Peut-être au désintérêt dont certains font montre à l’égard de son patrimoine et de sa culture, ouvrant ainsi le chemin à un piétinement général de ses valeurs et de son histoire, et au rétrécissement de son champ d’existence et de liberté.

« Certaines voix autorisées – par qui? – s’élèvent aujourd’hui pour stigmatiser la consommation d’alcool et culpabiliser le buveur à chaque fois qu’il s’apprête à caresser les flancs d’un verre avant de le porter à ses lèvres. On évoque même la possibilité d’un «mois sans alcool» dès janvier prochain, suivant en cela, comme les moutons que nous sommes souvent, la toquade anglo-saxonne et puritaine du «dry january».

« Cette initiative me consterne. Et je ne sais si la placer de plus en janvier, mois de Saint-Vincent, patron des vignerons, relève de la simple bêtise ou de la provocation.

« On dit une partie et on oublie un tout, comme si on évoquait seulement les notes et pas la musique, les couleurs et non la peinture, les lettres de l’alphabet et jamais la littérature.

« On parle d’alcool pour accuser. On dit une partie et on oublie un tout, comme si on évoquait seulement les notes et pas la musique, les couleurs et non la peinture, les lettres de l’alphabet et jamais la littérature.

« Certes, la molécule d’éthanol est présente dans un armagnac ou un vieux calvados, dans un chassagne-montrachet, un flacon de la Coulée de Serrant, un pauillac, un côte-rôtie, un champagne, un grand vin du Languedoc, mais à la façon de l’armature interne d’une sculpture, qui soutient un ensemble mais n’en constitue pas la beauté. Reprochera-t-on à celui qui contemple le travail de Bourdelle ou de Maillol d’être un pervers adorateur du grillage à poulets sur lequel la glaise ou le plâtre s’appuient et la grâce s’élève?

« Le pays de France est un faible territoire, en superficie, mais je ne connais au monde nul autre endroit qui offre une marqueterie de paysages aussi divers, posés les uns au côté des autres, et, reliées à ces paysages, enracinées en eux, y tirant leur sève et leur vérité, autant de cultures qui s’incarnent dans l’architecture, la gastronomie, les savoirs, les arts et le vin.

« Je m’inquiète de l’inquiétude dont les politiques font preuve à mon égard »

« Certes il existe quantité de vignobles sur terre, et des vins remarquables. Mais les plus grands vins naissent dans les terroirs de France, grâce à une géographie unique et un savoir séculaire transmis de génération en génération. Sur cela chacun s’accorde. Faudrait-il commencer à en avoir honte?

« Au même titre que les châteaux de la Loire, les Pensées de Pascal, la peinture de Poussin, la poésie de Rimbaud, la musique de Pierre Boulez, le vin est un haut fait culturel français, sur lequel se portent les regards et les désirs du monde. Nous sommes les dépositaires de cette richesse. Nous en sommes les heureux bénéficiaires, les gardiens et les garants.

« Notre responsabilité est considérable. Bien sûr, on peut vivre sans vin, et nul n’est contraint d’en boire. Les censeurs nous diront qu’on peut alors espérer vivre plus longtemps, ce qui reste encore à prouver. Mais qu’on ne contraigne pas non plus quiconque à s’en priver. Et puis vivre sans plaisir et sans joie, sans lumière et sans fête, sans soleil et sans feu, sans mémoire et sans histoire, est-ce vivre?

 « Depuis quelques décennies, je m’inquiète de l’inquiétude dont les politiques font preuve à mon égard. Ils se soucient sans cesse de ma santé et de mon intégrité physique, et paraissent conspirer, en dignes successeurs des grotesques médecins de Molière, à m’amener jusqu’à ma mort en parfaite santé.

« Commencer à interdire, c’est interdire tout court, et à jamais. On commence par un mois, mais un mois, c’est le début de l’éternité. Et tant qu’à faire, pourquoi ne pas imaginer aussi un mois sans sexe, un mois sans sport, un mois sans paroles, un mois sans pensées, un mois sans imagination, tant on sait combien ces différentes activités peuvent se révéler parfois dangereuses et toxiques pour qui les pratique?

« Plutôt que sur l’interdiction, c’est sur l’éducation qu’il faut mettre l’accent. Apprendre à discerner. Apprendre à connaître. Apprendre à aimer. Apprendre à apprécier le vin, et l’apprécier non pas en fonction de la quantité à boire mais de sa qualité même, car si l’ivresse est à rechercher, c’est bien celle qui naît de l’admiration devant ce qui est singulier, et non celle qui brouille les sens et la raison.

« Le vin est un secret fragile 3. Sa célébration l’est aussi, qui scelle des moments heureux d’amitié et de fête, et des noces mystiques avec des puissances terrestres, géologiques et climatiques, qui nous dépassent. Il n’est pas inutile de rappeler que dans bien des religions polythéistes et monothéistes, le vin se regarde comme un don des dieux, leur boisson aimée, voire leur sang. Tout cela nous dit que le vin n’est en rien banal, qu’il n’est en rien commun, mais qu’il est l’incarnation d’un supplément d’âme dont on voudrait aujourd’hui peu à peu nous priver. »

A suivre : la contre-attaque

A demain @jynau

1 Ce texte a été cosigné par Philippe Claudel, Cyril Lignac, Guy Savoy, Pierre Arditi, Katherine Pancol, Christophe Alévêque, humoriste ; Yannick Alléno, chef restaurateur ; Laurent Batsch, universitaire ; Éric Beaumard, vice-meilleur sommelier du monde (1998) ; Serge Blanco, ancien international de rugby ; Philippe Bourguignon, chef d’entreprise ; Pascal Bruckner, écrivain ; Éric Carrière, footballeur ; Philippe Caubère, comédien ; Antoine de Clermont-Tonnerre, producteur ; Vincent Duluc, journaliste sportif ; Guy Forget, joueur de tennis ; Jean Gachassin, ancien président de la Fédération française de tennis ; Jean-Philippe Girard, PDG d’Eurogerm ; Gérard Idoux, chef cuisinier ; Gaspard Koenig, essayiste ; Emmanuel Krivine, chef d’orchestre ; Jean-Marie Laclavetine, éditeur et romancier ; Christian Le Squer, chef cuisinier ; Dominique Loiseau, présidente du groupe Bernard Loiseau ; Michel Maffesoli, sociologue ; Carole Martinez, écrivain ; Éric Matton, éditeur ; Mathieu Pacaud, chef cuisinier ; Emmanuel Petit, ancien footballeur ; Jean-Pierre Pernaut, journaliste ; Hervé Pierre, sociétaire de la Comédie-Française ; Éric Pras, chef cuisinier ; Denis Robert, journaliste et écrivain ; Jean Sévillia, journaliste et écrivain ;Laurent Stocker, sociétaire de la Comédie-Française ; Anne Sylvestre, chanteuse ;et Michel Troisgros, chef cuisinier.

2  Voir « ‘’Dry January’’ français: une affaire politico-sanitaire en cinq actes »  Slate.fr  4 décembre 2019

3 NDLR : « La vie mystérieuse du vin » de Bruno Quenioux, Editions du Cherche-midi

Alcoolisme: Agnès Buzyn va-t-elle, royalement, rembourser le baclofène à hauteur de … 15% ?

Bonjour

Pas homéopathique, mais presque. Et, quoi qu’on pense par ailleurs, une forme de mépris des malades de l’alcool. On attend ici le couperet d’Agnès Buzyn.  L’information est tombée aujourd’hui, transmise par les vigies du Flyer (Mustapha Benslimane). Où l’on apprend que le Baclocur® (baclofène) a obtenu de la HAS un Service Médical Rendu (SMR) faible, ouvrant droit au remboursement à… 15% : « Baclofène BACLOCUR, comprimé pelliculé sécable Première évaluation » (nous soulignons):

« Avis favorable au remboursement pour réduire la consommation d’alcool, après échec des autres traitements médicamenteux disponibles, chez les patients adultes ayant une dépendance à l’alcool et une consommation d’alcool à risque élevé (> 60 g/jour pour les hommes ou > 40 g/jour pour les femmes). Cet avis est conditionné à la collecte de données d’efficacité et de tolérance dans un délai maximal de 3 ans en vue d’une réévaluation.

« La prise en charge de l’alcoolodépendance a fait l’objet de recommandations nationales par la Société française d’Alcoologie. Le baclofène, constitue, en association à un suivi psychosocial axé sur l’observance thérapeutique et la réduction de la consommation d’alcool, une option thérapeutique de dernier recours pour réduire la consommation d’alcool chez les patients adultes ayant une dépendance à l’alcool avec consommation d’alcool à risque élevé (> 60 g/jour pour les hommes ou > 40 g/jour pour les femmes), ne présentant pas de symptômes physiques de sevrage et ne nécessitant pas un sevrage immédiatement. Le bénéfice potentiel du traitement est conditionné par l’observance du patient. Conformément au RCP, son utilisation doit s’accompagner d’un suivi médical rapproché en particulier pendant la phase de titration. La dose journalière maximale de baclofène est de 80 mg par jour. Le RCP précise par ailleurs qu’en l’absence d’efficacité après 3 mois de traitement, celui-ci doit être arrêté de façon progressive et qu’il n’existe pas de données issues d’études au-delà de 12 mois. »

Aotal®, Esperal® Revia® Selincro® et … Baclocur®. 

Comment comprendre, quand on sait que le contesté Selincro® (46 euros la boîte de 14) est pris en charge à hauteur de 30% depuis plusieurs années. « On peut noter au passage une baisse continu du taux de remboursement des médicaments pour les troubles liés à l’usage d’alcool, observe Le Flyer. De 65% pour Aotal®, Esperal® et Revia® à 30% pour Selincro®, pour arriver à 15% pour Baclocur®. Le prochain candidat au remboursement risque de ne pas être remboursé du tout s’il peine à démontrer a priori une utilité plus grande que l’existant. Un peu comme si les médicaments pour les troubles liés à l’usage d’alcool servaient de moins en moins l’intérêt des patients et de la collectivité et un peu comme si l’alcool posaient de moins en moins un problème de Santé Publique. »

De se point de vue on se régalera, ici, à la lecture des échanges des membres de la Commission de Transparence du 6 novembre dernier.  « Dans les faits, cela ne changera pas grand-chose, souligne Le Flyer. Les mutuelles prendront en charge le remboursement complémentaire dans la plupart des cas et beaucoup de patients ont déjà une ALD 30 leur ouvrant un droit au remboursement à 100%. Mais, en termes de symbole …. on propose par cet avis que la solidarité nationale intervienne à hauteur de 15% dans la prise en charge d’un traitement dont les cliniciens ont jugé depuis 10 ans son utilité pour des patients, souvent en échec avec d’autres thérapeutiques. »

Et maintenant ? Il reste à Agnès Buzyn de décider. Aura-t-elle la lucidité pour ne pas dire le courage, d’octroyer un taux de remboursement digne d’un médicament qui aide ; jui aussi, à lutter contre le fléau de l’alcool. Le baclofène n’est pas un remède miracle. Mais, Mme Buzyn le sait, les miracles sont assez rares dans le champ de la lutte contre les addictions.

A demain @jynau

«‘’Dry January’’à la française » : passionnante tragi-comédie politique et sanitaire en cinq actes

Bonjour

Emmanuel Macron a obtenu l’annulation d’un «Dry January» à la française. Son chef de cabinet, lui, soutient le «Janvier Søbre», une opération qui serait manipulée par les alcooliers, selon de nombreux spécialistes des addictions.

Acte I. Macron et l’étoilé d’Épernay (Marne)

On peut aussi user du vin comme d’un symbole politique et diplomatique. Dans les premiers jours de novembre, en voyage officiel en Chine, le président français a offert à son homologue Xi Jinping une simple bouteille de la célébrissime Romanée-conti –millésime 1978. Comptez plusieurs milliers d’euros. Symboles en abyme: date en référence à l’ouverture la Chine au marché mondial –et au début des échanges avec la France; pinot noir et robe rouge en hommage aux Hansau Petit Livre rouge et au drapeau national; clin d’œil appuyé à Donald Trump qui ne cesse de menacer de nouvelles taxes les grands vins français (…)

Lire la suite sur Slate.fr : «Dry January» français: une affaire politico-sanitaire en cinq actes

A demain @jynau

« Janvier Sobriété »: Emmanuel Macron, clarifier sa position sur l'annulation de l'opération ?

Bonjour

En date du 2 décembre 2019 c’est une lettre ouverte à Emmanuel Macron, Président de la République. Elle est signée des responsables de « France Assos Santé » 1. Son titre est d’une parfaite clarté : « ‘’Mois sans alcool’’ : M. le Président, clarifiez votre position ». Où l’on revient sur la polémique sanitaire et politique de l’invraisemblable affaire « Janvier Sobriété ».

On connaît le contexte, l’ambivalence de la molécule, les conséquences et les ravages de l’addiction à l’alcool. On connaît aussi les limites de l’action politique et les impasses également dramatiques de la prohibition. Reste à ne pas mentir au citoyen, à ne pas faire le jeu des lobbies, à savoir dire la vérité. Extrait principal de la lettre ouverte (nous soulignons) :

« C’est pourquoi, Monsieur Le Président, nous ne comprenons pas l’annulation de la campagne de prévention ‘’ un mois sans alcool’’ qui devait être lancée par l’agence Santé Publique France en janvier 2020. Ce serait une grosse déception dans notre réseau comme pour toutes les victimes sanitaires et sociales de ce qui est un fléau des plus graves. Parce que vous avez mis la prévention au cœur de vos engagements de campagne, promettant une véritable ‘’révolution de la prévention’’, l’ensemble des associations de France Assos Santé vous demande un acte politique fort de prévention de l’alcoolisme en France. Nous comptons sur votre engagement pour que cette campagne de Santé Publique France soit bien à l’agenda du début d’année à venir, et que tout cela n’est qu’un affreux malentendu. »

« Affreux malentendu » ? Vraiment ? Prenons ici le pari qu’il n’y aura jamais de clarification présidentielle. Jamais d’investigation journalistique établissant que c’est bel et bien le président de la République qui, depuis les effervescence d’Epernay, a ordonné l’annulation d’une opération publique qui était bel et bien actée, programmée, financée. Un seul froncement de sourcil, un sourire, aura peut-être suffit avant la cascade des interprétations dans les services ministériels et autres agences sanitaires…

Et prenons aussi le pari que jamais Emmanuel Macron ne clarifiera véritablement sa position sur la question éminemment politique de la réduction des risques alcooliques. On pourrait en revanche (et « France Assos Santé » tout particulièrement) réclamer de véritables comptes, républicains et citoyens, à d’autres échelons. A commence par Agnès Buzyn ainsi qu’aux responsables de Santé publique France et de la MILDECA. Pourquoi cette incompréhensible reculade ? Pourquoi ne pas dire la vérité vraie ? Ce sont ces silences, ces défausses, qui ruinent la crédibilité du pouvoir exécutif.

A demain @jynau

1 Gérard Raymond, président et Claude Rambaud, vice-présidente de France Assos Santé. « France Assos Santé » est le nom choisi par l’Union nationale des associations agréées d’usagers du système de santé afin de faire connaître son action comme organisation de référence pour représenter les patients et les usagers du système de santé et défendre leurs intérêts. Elle a été créée en mars 2017 à l’initiative de 72 associations nationales fondatrices, en s’inscrivant dans la continuité d’une mobilisation de plus de 20 ans pour construire et faire reconnaître une représentation des usagers interassociative forte. « Notre volonté est ainsi de permettre que s’exprime la vision des usagers sur les problématiques de santé qui les concernent au premier chef, par une voix puissante, audible et faisant la synthèse des différentes sensibilités afin de toujours viser au plus juste de l’intérêt commun. »

L’histoire de la femme qui trouve une bouteille de whisky bien entamée cachée dans le garage

Bonjour

Alors, que ferez-vous avec l’alcool en janvier ? Nous sommes à la croisée politique de la réduction des risques. « Dry January » à la française (interdit par le président de la République) versus « JanvierSøbre » (soutenu par le chef de cabinet du président de la République).

La polémique enfle qui éclairera peut-être certaines poussières laissées sous d’épais tapis de l’exécutif et des industriels des alcools. Dans l’attente ce texte édifiant publié sur Slate.fr Lucile Bellan.  Ce texte est publié dans la rubrique « C’est compliqué» – une affaire somme toute assez simple :

« Un courrier du cœur moderne » dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: cestcomplique@slate.fr. Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C’est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici. Et pour retrouver les chroniques précédentes, c’est par là. »

« Chère Lucile,

J’ai bientôt 40 ans et je suis en couple avec un homme depuis dix ans. Nous avons deux enfants âgés de 6 ans et 4 ans. J’ai découvert que mon compagnon avait un souci avec l’alcool il y a quatre ans, en tombant par hasard sur une bouteille de whisky bien entamée cachée dans notre garage. Des souvenirs me sont alors revenus, qui m’ont fait prendre conscience que le problème est là depuis bien longtemps, mais je ne m’étais rendu compte de rien. Avant même que nous ayons notre premier enfant, j’avais découvert une bouteille de whisky cachée au fin fond d’un placard dans la cuisine, mais à cette époque, je faisais repeindre le plafond et j’en avais déduit que c’était l’artisan (…) »

 La suite sur Slate.fr : « J’ai découvert que mon compagnon avait un souci avec l’alcool  [C’est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Sylvie, dont le compagnon alcoolo-dépendant refuse de se soigner et met sa famille en danger. »

A demain @jynau

Rebondissement politique: le «Janvier Søbre» soutenu par la présidence de la République?

Bonjour

Dossier « Janvier Sobriété ». C’est (presque) à n’y plus rien comprendre. On restait sur la reculade gouvernementale voulue par le président de la République : pas de « Dry January » à la française, quoi qu’il en coûte. Et voici qu’apparaît, en fanfare, le « Janvier Søbre » « soutenu par la présidence de la République » ! Une « initiative citoyenne française totalement indépendante financièrement » explique-t-on désormais à la presse. Une initiative qui réunit vingt-huit partenaires engagés depuis onze mois et qui « lancent un appel à tous les acteurs professionnels liés à l’addictologie :  Fédérations françaises d’addictologie, Sociétés savantes en addictologie, Associations de prévention dirigées par des professionnels de santé…). »

Un appel lancé alors même que cette initiative suscite aujourd’hui quelques solides anticorps chez ces acteurs : beaucoup observent ou redoutent une trop grande proximité avec les géants alcooliers. Et soulignent la différence majeure de concept entre le « Dry January » (se tester vis-à-vis de l’alcool) et  le « JanvierSøbre » (simple respect des recommandations officielles sur la modération « pour votre santé, maximum deux verres par jour et pas tous les jours »).

Revue des troupes : « vingt-huit associations de patients, usagers, fondations et de professionnels de santé ; des communautés d’entraide sur Facebook qui regroupent plus de 5 000 personnes ; un site Internet : www.janviersobre.info;  outils gratuits d’accompagnement et de soutien ; quatorze  rencontres citoyennes déjà planifiées au mois de janvier ;  mois de travail ; première édition déjà organisée en 2019 »Et surtout : pas d’argent public, pas de soutien financier de la part des alcooliers ainsi, nettement plus surprenant, que les « voeux de réussite » de François-Xavier Lauch, chef de cabinet d’Emmanuel Macron, président de la République. Réponse à la polémique montante :

« Les partenaires de « Janvier Søbre » s’étonnent de la polémique actuelle. Certains professionnels des addictions prônent à la fois : une abstinence totale pendant un « Janvier Sec » ET une modération de la consommation ? Ceci crée une incompréhension dans l’opinion qui ne peut être que contre-productive.
« Janvier Søbre » a été créé par une patiente-experte en addictologie : un vécu qui vaut bien expertise. C’est pourquoi « Janvier Søbre » invite tous ceux qui se sentent concernés à tester le dispositif et relever le défi. »

La polémique montante sera-t-elle éclairante ? Qu’attendre ici d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé ? Quel est ici le rôle exact des lobbies des géants alcooliers ?

A demain @jynau