Après l’addictologie, le ministre Guillaume rattrapé par son appétit pour la tauromachie

Bonjour

Traitant de l’alcool il avait eu cette sortie mémorable : « Je veux lutter contre l’alcoolisme et lutter contre l’addictologie ». C’était en janvier dernier. Nous sommes en août et le ministre Guillaume fait à nouveau parler de lui. Didier Guillaume, 60  ans : ancien agent du Trésor Public, longtemps élu socialiste, annonce son abandon de la politique puis abandonne l’idée, devient le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation d’Emmanuel Macron.

A la veille de la fête de l’Assomption il assistait à une corrida de Bayonne, aux côtés de sa collègue Jacqueline Gourault (Cohésion des territoires). Didier Guillaume, également en charge du « bien-être animal »… C’est une « affaire privée », a-t-il évacué deux jours plus tard  interrogé par la radio France Bleu Drôme Ardèche, d’où il est originaire. « Je ne réponds pas aux réseaux sociaux », a-t-il également lancé. Pourquoi ?

La polémique est née d’un cliché publié sur Twitter dès mercredi par un journaliste de Sud Ouest : on y voyait Didier Guillaume assis au premier rang au côté du maire UDI de Bayonne, Jean-René Etchegaray, et de Jacqueline Gourault, ministre MoDem. Six mille personnes étaient présentes ce soir-là dans les arènes de Bayonne pour acclamer Daniel Luque (considéré comme l’un des meilleurs matador encore en piste), et le voir affronter six taureaux. Ces derniers ont bien été mis à mort et le torero est reparti avec quatre oreilles et une queue. Applaudissements.

Au-delà du scandaleux et de l’écœurement!

« Aucune limite dans l’indécence », a commenté la Fondation Brigitte Bardot, qui rappelle que le ministre de l’Agriculture a fait de la « lutte contre la maltraitance animale » une priorité de son action. « C’est au-delà du scandaleux et de l’écœurement! », a sobrement ajouté l’association.

Sur Europe 1, le porte-parole de la Fondation, Christophe Marie, indique que Brigitte Bardot va demander à Edouard Philippe de retirer la responsabilité de la « protection animale » du maroquin de M. Guillaume. Même ligne pour le collectif L214, qui diffuse régulièrement des vidéos pour dénoncer la maltraitance animale. Sa co-fondatrice, Brigitte Gothière, a ainsi demandé sur BFMTV à ce que ce sujet soit « sorti du ministère de l’Agriculture ».

Plusieurs élus politiques condamnent également les deux ministres macronistes. A commencer par les écologistes : « Didier Guillaume ‘’s’en branle’ » de la souffrance animale! Lamentable! » a commenté, tout en nuances, l’eurodéputé EELV Yannick Jadot. « Le ministre ne peut pas défendre la cause animale et d’un autre côté s’asseoir dans une arène de corrida, se divertir face à la torture d’un être vivant, sensible et innocent », a ajouté sa collègue écologiste Karima Delli. « En assistant à une corrida, Didier Guillaume affiche son mépris pour la condition animale », a ajouté Manuel Bompard, chef des élus Insoumis au Parlement européen. 

 Invité de la matinale d’Europe 1, mercredi 23 janvier, Didier Guillaume déclarait: « une molécule de vin et une molécule de whisky ont le même degré d’alcool, sauf que moi je ne bois pas des molécules, je bois des verres. » Que voit précisément le ministre du « bien-être animal » quand il se régale de la mort du taureau ?

A demain @jynau

Alcool avec cannabis ? Faute de pouvoir s’abstenir ne serait-il pas plus judicieux de choisir ?

Bonjour

C’est une interrogation contemporaine de première ampleur : dépénaliser/légaliser la consommation de canabis réduit-il celle des boissons alcooliques ? Et qu’en est-il des effets des prises conjointes ? Publiée dans Substance Use & Misuse et reprise par la rédaction de santelog.com une étude fournit des éléments édifiants : « Simultaneous Use of Alcohol and Marijuana: Patterns and Individual Differences ». Elle a été dirigée par Ashley Linden-Carmichael, professeure au the Edna Bennett Pierce Prevention Research Center (Pennsylvania State University).

Ce travail a été conduit auprès de 1.017 participants âgés de 18 à 25 ans ayanf fourni des données quant à leur fréquence de consommation d’alcool, de cannabis et des deux substances combinées. Ils étaient également volontaires pour répondre à des questionnaires visant à évaluer leurs (éventuels) problèmes liés à l’alcool, leurs traits de personnalité et leur perception des habitudes de consommation d’alcool de leurs proches. Résultats, résumés par santelog.com :

  • environ 70% des personnes qui consomment simultanément de l’alcool et du cannabis, sont des usagers très réguliers des 2 substances : c’est le cas au moins une fois par semaine.
  • comparés aux personnes qui ne consomment que de l’alcool, les personnes qui consomment simultanément de l’alcool et du cannabis sont susceptibles de boire plus et plus souvent ; ces personnes sont également plus susceptibles de présenter des problèmes liés à l’alcool dont des troubles du comportement associés, comme l’impulsivité, par exemple ;
  • globalement, les personnes qui consomment simultanément de l’alcool et du cannabis encourent un risque disproportionné de consommation excessive, fréquente et problématique de substances.
  • les personnes qui consomment simultanément de l’alcool et du cannabis sont plus susceptibles d’être en recherche de sensations ; ils pensent également que leurs amis consomment de plus grandes quantités d’alcool, ce qui suggère que cette consommation est favorisée aussi par celle de leurs amis.

Expression d’un moine ermite breton

On peut le dire autrement : « Les personnes qui consomment plus de cannabis sont aussi celles qui consomment plus d’alcool, plus souvent et sur de plus longues périodes. La combinaison simultanée des deux substances est associée à des traits spécifiques de personnalité et à un risque plus élevé de troubles de l’humeur et de la maîtrise de soi. Ainsi, le cannabis semble exacerber les effets dangereux des excès d’alcool ».

Pour Ashley Linden-Carmichael, les programmes de prévention et d’intervention devraient prendre en compte non seulement l’alcool, mais également les autres substances consommées : « Actuellement, de nombreux programmes se concentrent sur l’abus d’alcool, et bien que parfois les patients soient interrogés sur leur consommation d’autres substances, ces substances ne sont pas prises en compte ensuite dans les interventions ».

C’est une autre manière de plaider en faveur d’une conception élargie et pragmatique de la réduction des risques. Et peut-être est-ce aussi une raison de se convaincre que, tout bien pesé, mieux vaudrait en France, autant que faire se peut 1, un cannabis légalisé de préférence à un un cannabis officiellement interdit mais massivement consommé.

A demain @jynau

1 On la retrouve cette expression dès 1486 dans «Le livre des prouffits champestres et rurauls» de Pietro de Crescenzi, sous la forme de «la meilleure apparence que faire se peut». À cette époque «se peut» représente le verbe pouvoir sous sa forme conjuguée. L’expression doit se comprendre comme «si jamais il est possible de faire quelque chose, alors faisons ce qui est en notre pouvoir». Certains érudits la prêtent, à l’ermite et moine breton Robert d’Arbrissel interrogé, à l’approche de sa mort sur sa pratique de la chasteté .

Osez, malades de l’alcool, dire votre vérité sur le Baclofène à la Haute Autorité de Santé !

Bonjour

En marge de la polémique politique sur les « stades alcoolisés ». Glané sur Twitter :

« Contribuez. Nous évaluons le #médicament Baclocur. Traitement pour réduire la consommation d’#alcool cez les patients adultes ayant une dépendance et une consommation d’alcool à risque élevé. Contribuer à l’évaluation des médicaments ».  

Contribuer ? On se souvient peut-être. Une bien longue histoire que celle du Baclocur®/baclofène, dans la prise en charge des personnes devenues dépendante à l’alcool.  autorisé à la commercialisation (après mille et un atermoiements) depuis la fin 2018 :

« Baclocur® est indiqué dans la réduction de la consommation d’alcool, en complément d’un suivi psychosocial, après échec des autres traitements, chez l’adulte ; prescription par tout médecin ; augmentation progressive des doses pour arriver une posologie optimale adaptée à chaque patient, correspondant à la dose la plus faible, pour une bonne réponse thérapeutique et une tolérance acceptable ; posologie maximale de 80 mg/jour. »

« Un suivi renforcé de la spécialité Baclocur®  est prévu dès sa commercialisation, précisait d’entrée de jeu l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Sur la base de cette surveillance et de l’évolution des données scientifiques disponibles, l’ANSM pourra être amenée à réviser les conditions d’utilisation du baclofène dans cette indication. »

Inacceptable « stades alcoolisés »

Des restrictions de dose jugées inacceptables par de nombreux défenseurs de la molécule. Une menace à peine voilée. Et puis, aujourd’hui, cet appel lancé : contribuer à évaluer le Baclocur®/baclofène :

« Associations de patients et d’usagers, la HAS vous invite à vous exprimer sur la façon dont les patients vivent leurs maladies, leurs traitements actuels et également sur les attentes suscitées par le traitement en cours d’évaluation. Vous contribuerez ainsi à éclairer la Commission de la transparence (CT) pour les médicaments, et le cas échéant, la Commission d’évaluation économique et de santé publique (CEESP) si le médicament fait l’objet d’un avis d’efficience. »

Interrogé au beau milieu de l’été le service de presse de la HAS explique que cet appel a été lancé le 3 mai dernier. Il s’achèvera le 15 septembre prochain. Le recrutement des volontaires ? « Il se fait via Twitter ». Combien de réponses atttendues ? « Le maximum ». De nombreux médicaments ont déjà fait l’objet d’une telle démarche. Et de nombreux autres font l’objet de cett approche. Mais aucun n’est aussi célèbre que le baclofène.

Quel éclairage pour la Comission de la transparence ? Quelles hypothétiques conséquences pour la Commission d’évaluation économique et de santé publique ? Nul ne sait. Comme nul ne sait, aujourd’hui, quel est le nombre de prescripteurs et celui de personnes « sous Baclocur® ».

Les passions médiatiques semblent s’être détachées de ce dossier qui en connut tant. Pour l’heure on ne manquera pas de noter à quel point cette nouvelle sollicitude de la HAS est aux antipodes de l’attitude adoptée (durant de très longues années) par l’ANSM vis-à-vis du baclofène et de ses défenseurs. On peut y voir un progrès. A la différence de la promotion politique des « stades alcoolisés »

A demain @jynau

Voici les noms de soixante-et-onze député.e.s favorables aux retour de l’alcool dans les stades

Bonjour

Aider les hydres à vider leurs brouillards … Nous demandions hier pour quelles obscures raisons il n’était pas possible de connaître leur nom ni leur nombre. Nous n’en connaissions que trois :  François-Cormier-Bouligeon député (LREM, Cher), 46 ans ; Cédric Roussel député (LREM, Alpes-Maritimes), 46 ans; Belkhir Belhadad député, (LREM, Moselle, 50 ans). Trois députés à l’origine d’une proposition de loi « sportive » qui alimente depuis peu une violente polémique sanitaire et politique.

Fermement opposée au retour de la consommation d’alcool dans les stades et enceintes sportives l’une des institutions les plus actives dans la lutte contre les addictions vient de nous communiquer une liste des députés, le plus souvent « marcheurs », qui portent aujourd’hui ce texte. Rappelons qu’il s’agit d’une proposition de loi « portant diverses dispositions pour faire de la France une Nation sportive » (sic) enregistrée à la présidence de l’Assemblée nationale le 24 juillet dernier mais qui n’est toujours pas sur le site dédié de cette dernière.

La liste que nous publions est-elle complète et définitive ? Impossible, pour l’heure, de l’affirmer. Pour autant sa consultation aide à saisir la portée politique du mouvement et l’ampleur de la polémique à venir – que l’exécutif soutienne ou pas, demain, les élus militants macronistes dans leur volonté d’user, à nouveau, les ferveurs alcoolisées pour applaudir aux exploits sportifs. Voici ces noms :

«  François Cormier-Bouligeon, Cédric Roussel, Belkhir Belhaddad, Lénaïck Adam, Fanette Charvier, Éric Gerardin,  Pierre Henriet, Alexandre Freschi, Sébastien Cazenove, Bertrand Sorre, 

Caroline Janvier, Cathy Racon-Bouzon, Stéphanie Rist, Bertrand Bouyx, Jean-françois Portarieu,  Hubert Julien-Lafferière, Emmanuelle Fontaine-Domeizel, Stéphane Mazars, Éric Pouillat, Pascal Bois, 

Patricia Mirallès, Danièle Cazarian, Denis Masséglia, Stéphane Buchou, Vincent Thiébau, Yannick Kerlogot, Jean Terlier, Fabienne Colboc, Céline Calvez, Patrick Vignal, 

Yaël Braun-Pivet, Anne Genetet, Christophe Blanchet, Christophe Lejeune, Stéphane Claireaux, Saïd Ahamada, Jean-Marc Zulesi, Jean-Marie Fiévet, Olivier Gaillard, Véronique Riotton, 

Hughes Renson, Carole Bureau Bonnard, Florian Bachelier, Stéphane Testé, Anissa Khedher, Corine Vignon, Philippe Chalumeau, Jean-Michel Mis, Sereine Mauborgne, Francis Chouat, 

Danièle Hérin, Jean-Marie Fiévet, Stéphanie Kerbarh, Jacqueline Dubois, Olivier Damaisin, Guillaume Gouffier-Cha, Martine Wonner, Michèle Peyron, Beatrice Piron, Jacques Marilossian, 

Nicole Dubé Chirac, Jean-Bernard Sempastous, Didier Paris, Cécile Muschotti,  Raphael Gerard, Stephanie Atger, Sandra Marsaud, Jean-Francois Cesarini, Patrice Perrot,  Christine Cloarec-Le Nabour, et François Jolivet. »

A demain @jynau

L’affaire des «stades alcoolisés» : que fera Agnès Buzyn au-delà de quelques mots tweetés ?

Bonjour

C’est bien peu dire que l’exécutif sanitaire est aujourd’hui embarrassé par la proposition de loi « stades alcoolisés » des députés « marcheurs ». Officiellement, pour l’heure, on en reste à un tweet ministériel :

« L’alcool tue 41 000 personnes chaque année dans notre pays. Chacun de ces décès est évitable. Ne laissons pas de nouvelles incitations à la consommation d’alcool se rendre complices de ce bilan. La ferveur n’a pas besoin d’alcool pour s’exprimer dans nos stades. »

Il faut y ajouter, en écho, celui du Directeur Général de la Santé, Jérôme Salomon – tweet redondant mais aussi étrangement un peu plus politique que celui de la ministre. Il y évoque le mauvais « ménage » que font alcool et sport, le fait que la proposition de loi LREM est « totalement contraire à la politique volontariste de prévention et de promotion de la santé publique voulue par le président de la République, le gouvernement d’Edouard Philippe et portée par Agnès Buzyn ».

Compassion et rond-point

Pour sa part la Fédération Addiction écrit que l’article 18 de cette proposition de loi LREM, qui prévoit d’autoriser le retour de la vente d’alcool dans les stades, au prétexte d’un financement nécessaire, « entre en contradiction complète avec les objectifs de lutte contre les conduites addictives ». Une réaction qui vient gonfler le flot montant de celles, médicales, associatives et sanitaires, radicalement opposées à la volonté des quelques dizaines de députés LREM, par définition proche du président de la République. Un président qui est toujours apparu plus qu’ambivalent sur ce sujet éminemment politique  – au rond-point de l’économie, de la santé publique et de la réduction des risques.

Nul ne sait, pour reprendre la formule de la ministre des Solidarités et du Directeur Général de la Santé, si la ferveur a ou pas besoin d’alcool pour « s’exprimer dans nos stades ». Il est en revanche acquis qu’Agnès Buzyn doit désormais mieux montrer quelle quantité d’énergie elle entend, dans ce dossier, véritablement dépenser. Et dépasser, pour reprendre la formule d’un récent éditorial du Monde, son talent « dans l’art de manifester sa compassion ».

A demain @jynau

Pourquoi ne connaît-on pas les noms des élus macroniens qui veulent alcooliser les stades ?

Bonjour

L’hydre et le brouillard. Ont-ils peur pour leur « permanence » ? Se terrent-ils loin des journalistes ? Sont-ils soixante-douze ou cent-cinq ? Pour l’heure on n’en connaît que trois : François-Cormier-Bouligeon député (LREM, Cher), 46 ans ; Cédric Roussel député (LREM, Alpes-Maritimes), 46 ans; Belkhir Belhadad député, 50 ans (LREM, Moselle). Trois députés et une proposition de loi qui alimente une violente polémique sanitaire et politique depuis quelques jours.

Un texte qui, sous couvert de faire de la France une grande nation sportive, « vise à assouplir, de manière encadrée, l’application de la loi Evin dans les stades en étendant l’octroi d’autorisations temporaires de vente d’alcool aux sociétés sportives ». « Sous le prétexte du soutien au sport, ces députés se font le relais fidèle du lobby alcoolier qui, année après année, rogne progressivement la plus grande loi de santé publique dont la France se soit dotée, dénonce   l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA). Après avoir élargi les possibilités de communication publicitaire lors de la précédente mandature, le lobby parlementaire de l’alcool repart à l’assaut en faisant sauter un des derniers verrous de la loi Evin qui interdit le sponsoring du sport par les cigarettiers et les alcooliers. »

Stéphane Mallarmé

Puis  la Fédération française d’addictologie (FFA) adressa une lettre ouverte d’une particulière virulence à Agnès Buzyn. Cette dernière ne pouvait plus ne pas réagir. Elle le fit  a minima via Twitter : « L’alcool tue 41 000 personnes chaque année dans notre pays. Chacun de ces décès est évitable. Ne laissons pas de nouvelles incitations à la consommation d’alcool se rendre complices de ce bilan. La ferveur n’a pas besoin d’alcool pour s’exprimer dans nos stades. »

Ah, la « ferveur » … Au-delà de ces trois généraux, où sont les noms des godillots en marche ? Rien sur le site dédié de l’Assemblée nationale. Des fragments de listes sur Twitter. Des lambeaux sur d’autres réseaux sociaux. RAS sur En Marche ! Et rien d’autre. Pourquoi ? Enquêtons. Mallarmé. Divagations:

« Aidons l’hydre à vider son brouillard (…) Oh, qui leurra vers ici une émeute affamée ? »

A demain @jynau

Ferveurs alcooliques, politiques et sportives : quel maillot Agnès Buzyn portera-t-elle demain ?

Bonjour

Ainsi donc, sur le front de l’alcool, Agnès Buzyn est une nouvelle fois trahie par les siens. Et l’affaire prend une ampleur épidémique. Ils étaient soixante-douze, ils sont aujourd’hui cent-cinq députés macroniens à avoir déposé une proposition de loi qui ouvre les portes des stades et enceintes sportives aux boissons alcooliques. Verra-t-on bientôt des mains anonymes venir fleurir les permanences de ces élus du peuple ?

Pour l’heure ce sont les bataillons de la lutte contre la maladies alcooliques et les addictions qui montent au front médiatique. Parmi eux la Ligue contre le cancer et son nouveau président hyperactif Axel Kahn. Parmi eux aussi la Fédération française d’addictologie (FFA) 1 qui vient d’adresser une lettre ouverte à Agnès Buzyn. Un texte emprunt d’une forme de solennité et qui mérite d’être cité, (ce que la plupart des médias – à commencer par L’Equipe– ne font pas) :

« (…) Les arguments avancés pour soutenir cette proposition sont d’autant plus spécieux qu’ils ne reposent sur aucune argumentation sérieuse :

– Les spectateurs boiraient avant les compétitions, et en dehors des stades, ce qui justifierait de les faire boire aussi à l’intérieur. Outre que nulle étude ne permet de savoir la proportion de spectateurs qui, à l’heure actuelle, entrent dans le stade en ayant déjà bu, il paraît peu judicieux, en particulier pour ceux-là, de leur faciliter la poursuite de leur alcoolisation. Chacun sait qu’en multipliant les occasions de boire, on augmente mécaniquement la consommation.

– Il serait « égalitaire » de permettre aux spectateurs de consommer de l’alcool alors que les privilégiés des tribunes VIP en consomment. Outre que les alcools proposés aux spectateurs de base ne seront pas du champagne, ni des vins fins, ce qui ne mettra pas fin aux inégalités sociales, il est tout à fait possible de retourner cet argument et de proposer la seule mesure parfaitement égalitaire qui serait l’interdiction de consommer de l’alcool dans les tribunes des VIP.

– Cette offre et cette consommation seraient « encadrées ». Il est évident que cet argument est une simple précaution de langage, de même que le terme « assouplissement » de la loi Evin. Car on voit mal comment cette consommation pourrait dans la pratique être encadrée.  Par ailleurs, le soutien aux clubs pourrait très bien passer par d’autres entreprises que celles de l’industrie de l’alcool. On peut également s’interroger sur la pertinence de cette mesure qui, bien évidemment, profitera d’abord aux grands clubs professionnels, en mesure de mettre en place une logistique efficace de distribution d’alcool. Est-il véritablement utile de soutenir financièrement les grands clubs de la ligue 1 par la vente d’alcool ? »

La FFA ajoute que la méthode pour imposer cette mesure contraire à la santé publique est « tout à fait inacceptable » dans la mesure où les acteurs de santé et de l’addictologie n’ont jamais été entendu par ce groupe de parlementaires. « Pour l’ensemble de ces raisons, concly le Pr Amine Benyamina, Président de la Fédération Française d’Addictologie j’attend, Madame la Ministre, que vous vous opposiez fermement et publiquement à ces basses manœuvres qui n’ont comme seul objectif de vider progressivement la loi Evin de l’ensemble des dispositions qui gênent le lobby alcoolier et, in fine, de ré-autoriser le sponsoring des activités sportives en vue des Jeux Olympiques et de la Coupe du monde de Rugby. »

Madame la Ministre ne pouvait plus ne pas réagir. Elle vient de le faire a minima via Twitter

« L’alcool tue 41 000 personnes chaque année dans notre pays. Chacun de ces décès est évitable. Ne laissons pas de nouvelles incitations à la consommation d’alcool se rendre complices de ce bilan. La ferveur n’a pas besoin d’alcool pour s’exprimer dans nos stades. »

C’est un peu court. Et si la ferveur 2 n’a, certes, pas stricto sensu besoin d’alcool pour s’exprimer dans « nos » stades, elles et parfois indispensable pour exprimer toute la valeur d’un engagement politique véritable et durable.

A demain @jynau

1 La FFA réunit : Addictolib – Alliance contre le Tabac – Alcool Assistance – Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie – Association des Structures Publiques de Soins en Addictologie – Autosupport des Usagers de Drogues – Collège Professionnel des Acteurs de l’Addictologie Hospitalière – Collège Universitaire National des Enseignants d’Addictologie – Coordination Nationale des Réseaux de Microstructures – ELSA France – Fédération Nationale des Etablissements de Soins et d’Accompagnement en Addictologie – Groupe d’Etude, de Recherche en Toxicomanie en Milieu Carcéral – Institut de Recherche et d’Enseignement des Maladies Addictives – Réseau des Etablissements de Santé pour la Prévention des Addictions – SAFE – Société d’Addictologie Francophone – Société Française d’Alcoologie – Société Francophone de Tabacologie – SOS Addictions

2 « Ferveur » :Enthousiasme et ardeur passionnée qui entraînent une adhésion admirative pour (un auteur, une œuvre littéraire ou artistique). Toutes les fois que Dante est proposé à ma ferveur, je crois entendre le plus homicide de tous les démons (Bloy, Journal,1899, p. 374)