Alcool-tabac et mort subite du nourrisson: le gouvernement est désormais attendu au tournant

Bonjour

Santé publique. C’est une publication médicale et scientifique à haute valeur politique. On peut la découvrir dans EClinicalMedicine un journal en ligne du Lancet : « Combined prenatal smoking and drinking greatly increases SIDS risk ». Sans confondre corrélation et causalité force est bien d’observer la conclusion chiffrée : passé le premier trimestre de la grossesse, les effets de l’alcool et du tabac s’additionnent et augmentent de manière significative le risque de mort subite du nourrisson avant un an.

Ce travail a été dirigé par le Pr Amy J. Elliott (Avera Health Center for Pediatric & Community Research in Sioux Falls, South Dakota). Il a été mené sur la base des données de la « Safe Passage Study », une étude observationnelle multicentrique (États-Unis et Afrique du Sud) – 10 088 femmes et 12 029 fœtus. Parmi ces derniers, 94,2 % ont été suivis jusqu’à l’âge d’un an. Soixante-six sont décédés : vingt-huit  d’un syndrome de mort subite et trente-huit d’autres causes identifiées.

« Le syndrome de mort subite du nourrisson est la principale cause de mortalité post-néonatale. La recherche des causes et des facteurs de risque demeure un problème de santé publique majeur », notent les auteurs cités par Le Quotidien du Médecin (Chralène Catalifaud).

« Notre travail est la première étude prospective à grande échelle à étudier de près l’association entre l’exposition prénatale à l’alcool et au tabac et le risque de mort subite du nourrisson, explique le Pr Elliott. Nos résultats suggèrent que les expositions combinées à l’alcool et au tabac ont un effet synergique sur le risque : la double exposition est associée à un risque considérablement plus élevé que l’une ou l’autre exposition seule. »

Le risque de mort subite du nourrisson est multiplié par 11,79 lorsque la mère déclarait avoir bu et fumé après le 1er trimestre de grossesse – par rapport aux enfants nés de femmes n’ayant pas bu d’alcool ni fumé ou n’ayant été exposées qu’au cours du premier trimestre. Chez les enfants dont la mère a uniquement bu mais au-delà du premier trimestre, le risque est multiplié par 3,95, et chez ceux dont la mère a fumé, au-delà du premier trimestre, le risque est multiplié par 4,86.

Importance vitale

« Ces résultats fournissent encore plus de preuves de l’importance vitale de l’environnement prénatal précoce pour des résultats postnatals sains, concluent les auteurs sur ScienceDaily. Dans la mesure où de nombreuses femmes cessent de boire et de fumer seulement après avoir appris qu’elles sont enceintes, cette étude plaide fortement pour le dépistage de la consommation de substances au début de la grossesse et pour les interventions les plus précoces possibles. Elle appelle également à un renforcement des messages de santé publique concernant les dangers de la consommation d’alcool et de tabac pendant la grossesse et chez les femmes qui envisagent de devenir enceintes. »

Agnès Buzyn et les autorités sanitaires françaises entendront-elles ce message ? A quand, sur les paquets de cigarettes, la mention « mort subite du nourrisson » ? Et quid de l’information pour ce qui est des boissons alcooliques ?

« Voilà plus de deux ans que le chantier de la visibilité du pictogramme préventif « Femme enceinte » sur les bouteilles est à l’arrêt complet, rappelle aujourd’hui Le Monde au terme d’une longue enquête politique et addictologique (Pascale Santi et Stéphane Horel). Le ministère de la Santé propose une silhouette en noir et blanc et un cercle barré en rouge à l’arrière des bouteilles, d’une taille allant de 12 à 15 mm. Le secteur, lui, s’oppose à ce qu’il qualifie publiquement de « logo mortifère ». Il plaide contre « les coûts engendrés par une impression en couleurs pour les petits exploitants », selon le ministère, qui a fini par concéder la monochromie à ces derniers. Malgré d’autres concessions comme un délai de mise en œuvre, les alcooliers refusent catégoriquement d’aller au-dessus de 8 mm. »

Que répond au Monde (par mail) l’entourage d’Agnès Buzyn ? Que le « plan » des alcooliers « n’a pas fait l’objet d’une validation des pouvoirs publics ».« La prévention est une compétence portée résolument par le ministère et une priorité assumée de la ministre.Les objectifs et moyens mis en œuvre relèvent donc de la puissance publique, même si les producteurs sont invités à prendre leur part de responsabilité » (sic).

On attend donc, ici, la  décision de la puissance publique quant à l’information à donner sur le risque de mort subite du nourrisson.

A demain @jynau

Interdite de Dry January, Santé publique France en est réduite à la comptabilité alcoolique

Bonjour

Il y a les merles. Et puis il y a les grives. Faute de jouer pleinement leur rôle sanitaire dans l’opération « Dry January » les salariés de la puissante agence Santé publique France publient des chiffres à l’attention des journalistes. Où l’on remet les pendules à l’heure quant à la place des vins dans l’imprégnation alcoolique de la population française. « Bien que le volume global d’alcool pur consommé en France (11,7 litres par habitant de 15 ans et plus en 20171 ) soit en diminution depuis les années 1960, essentiellement en raison de la baisse de la consommation quotidienne de vin, la France reste parmi les pays les plus consommateurs d’alcool au monde, se situant au sixième rang parmi les trente-quatre pays de l’OCDE »

Chiffres clés sur la consommation d’alcool en France métropolitaine : 23,6% des personnes de 18-75 ans dépassaient les repères de consommation en 2017 · 11,7 litres par an et par personne de 15 ans et plus · 41 000 décès attribuables à l’alcool par an, dont 30 000 chez les hommes et 11 000 chez les femmes · 16 000 décès par cancer et 9 900 décès par maladie cardiovasculaire chaque année · 87% des 18-75 ans consomment de l’alcool au moins une fois par an · 26% des 65-75 ans déclarent une consommation quotidienne d’alcool · 13,4% des 18-24 ans déclarent au moins dix ivresses par an · 10% des 18-75 ans consomment à eux seuls 58% de l’alcool consommé.

Le poids et la publicité des grands alcooliers industriels

Aujourd’hui Santé publique France tente aussi de dresser une « cartographie de la consommation d’alcool en France ». Qui boit quoi et combien (sinon pourquoi) ? Que découvre-t-on que l’on ne connaisse (ou pressente) déjà ?

« La consommation quotidienne d’alcool concerne, selon les régions, 7,1 % à 12,6 % des adultes sachant que la moyenne nationale est de 10,0 %. Elle est significativement moins fréquente en Ile-de-France (7,1 %), Normandie (7,9 %) et Pays de la Loire (8,1 %), ainsi que dans l’ensemble des DROM. Selon le Baromètre Santé 2014, la Guadeloupe (6,9 %), la Guyane (5,2 %), la Martinique (7,0 %) et La Réunion (5,8 %) affichent des prévalences comparables entre elles, et significativement moins élevées que la moyenne de la France métropolitaine. Les régions Hauts-de-France (11,5 %), Nouvelle-Aquitaine (12,3 %) et Occitanie (12,6 %) se distinguent par une consommation quotidienne plus fréquente, etc. etc. etc. »

Elargit la focale ? « Ces données confirment les tendances observées en Europe, nous apprend Santé publique France. Même si les pays européens conservent des caractéristiques culturelles spécifiques, en termes de préférences de consommation comme de pratiques d’alcoolisation (un modèle latin d’usage régulier d’alcool opposé à un modèle nordique et anglo-saxon de consommations moins fréquentes mais plus importantes), les comportements tendent à s’uniformiser depuis quelques décennies en population générale comme parmi les adolescents. » Pourquoi ? Poids des grands alcooliers industriels et de leurs publicité ? Santé publique France se garde bien de nous renseigner.

Maximum dix verres par semaine et danger dès le premier verre

Pour finir un copié-collé et quelques bonnes intentions : « La consommation d’alcool fait partie des principaux déterminants de santé et des trois premières causes de mortalité évitable avec 41 000 décès en 2015. L’alcool constitue donc l’un des axes forts du programme de Santé publique France. L’Agence produit à la fois des données d’observation et de surveillance, et des actions nationales de prévention adaptées aux différents publics. Son programme Alcool répond à l’objectif de réduire la morbi-mortalité associée à la consommation d’alcool en France. »

Rappel : En 2017, le travail d’expertise scientifique mené par Santé publique France et l’Institut National du Cancer a permis d’élaborer de nouveaux repères de consommation à moindre risque : si l’on consomme de l’alcool, maximum 10 verres par semaine, maximum 2 verres par jour, et des jours dans la semaine sans consommation . Ces repères permettent désormais aux Français de faire le choix éclairé d’une consommation à moindre risque pour leur santé, sachant que les risques pour la santé d’une consommation d’alcool existent dès le premier verre.

Comprendra qui le pourra. En sachant que nous sommes nombreux à attendre que la tête de cette agence publique ait le courage de révéler quelles sont les véritables raisons de son absence au Dry January.

A demain @jynau

Alcools : pourquoi «La Revue du Vin de France» a-t-elle soudain perdu son sang-froid ?

Bonjour

Le temps se couvre, la pression monte. Lire « Janvier sec: la coupe est pleine » (Denis Saverot). C’est le dernier éditorial de l’historique Revue du vin de France. Un petit pamphlet va-t-en guerre qui en dit incroyablement long sur la paradoxale désagrégation de la communication dont nous souffrons. Une forme de régression avec, en toile de fond une suicidaire guerre des tranchées. Extraits choisis (liens conservés) :

« Le dernier épisode du “Janvier sec” est affligeant. Voilà que l’Anpaa, le Fonds Actions Addictions et une cohorte d’associations hygiénistes financées à 100 % par de l’argent public préconisent une abstinence totale pendant un mois. Pas un verre de vin, pas d’alcool. De l’eau ! Seul Emmanuel Macron a fait capoter cette cabale, interdisant au ministère de la Santé de soutenir cette camarilla prohibitionniste. Le destin du vin français tient-il désormais à un homme ?

« Combien de temps va-t-on continuer à financer ces censeurs ? Quand va-t-on comprendre que l’Anpaa et ses coreligionnaires sont davantage préoccupés par le décuplement de leurs prébendes que par une quelconque efficacité : plus ils affolent la population, plus ils se distribuent des postes, des salaires, des titres, des subventions (des centaines de millions d’euros publics par an) et plus le nombre de personnes frappées par le fléau de l’alcoolisme reste stable dans le pays.

« Pourquoi ? Parce que les instances de la Santé publique agissent comme des ligues de vertu : elles pensent à la française que l’interdit sauvera la population. Il faut faire peur et on fait peur par la mort et par le cancer. Cette approche égalitariste réussit un exploit : être aussi tyrannique qu’inefficace. Ce discours d’interdit très généraliste et qui s’applique sans nuance à tous les âges, à toutes les façons de boire et à tous les types d’alcools, n’est plus audible par la population. Dieu merci, beaucoup de buveurs de vin sont en parfaite santé et feront pour certains des centenaires. »

Supprimer l’Anpaa, l’OFDT, le Fonds Actions Addictions etc.

Mais cet éditorial va plus loin que l’anathème dénonciateur. Il cite les confidences du Pr Jean Saric, « chirurgien du foie réputé » pour qui le temps est venu « d’ouvrir des consultations du bien boire dans les hôpitaux plutôt que de multiplier les consultations d’addictologie qui ne traitent qu’une petite frange de la population, des gens dépendants pour des raisons génétiques, psychologiques, professionnelles, des gens pas heureux en famille ni au travail ». Traduction : « Ce n’est pas parce qu’une minorité d’individus cabossés par la vie ont des problèmes avec l’alcool qu’il devient nécessaire de mettre la France au régime sec pendant un mois ».

Plus fort encore, l’éditorialiste va, étrangement, plus loin dans le champ politique : « Si Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy ou François Hollande étaient encore à l’Élysée, nous aurions certainement eu droit à un “Janvier sec” soutenu par le gouvernement., écrit-il. Il faut réagir, cesser de financer ces associations parasites qui préconisent la ruine de notre secteur viticole, le reniement de notre culture. Le réalisme actuel s’y prête : le gouvernement commence (enfin) à supprimer les comités Théodule, cette centaine d’organismes inutiles financés par nos impôts. Il est grand temps d’ajouter l’Anpaa, l’OFDT, le Fonds Actions Addictions et quelques autres à la liste. »

Et l’éditorialiste en vient à se dire qu’il vit un cauchemar. « Dans les stades du Japon, un public enthousiaste a suivi la dernière coupe du monde de rugby un verre de bière, de saké ou de vin à la main. Chez nous, c’est interdit au nom de la loi Évin, sauf si l’on est installé dans une loge VIP ! ». Et d’en appeler, grand classique, à ceux qui n’en peuvent mais : Rabelais, Alexandre Dumas et Baudelaire.

Pour notre part nous persistons à croire que des échanges sont possibles entre ces deux mondes. Postuler que l’on peut respecter, connaître, continuer à glorifier le monde du vin dans les gazettes et dans les livres 1 sans jamais oublier que nombre de nos contemporains souffrent de rapports complexes, pathologiques, avec les alcools. Croire, sans naïveté aucune, que l’on pourra ici construire des solutions pragmatiques efficaces – aux antipodes de la suicidaire prohibition comme de l’enfer de la jungle libérale. Une politique de réduction des risques.

Et rappeler, sans se lasser, qu’il faut aider au mieux celles et ceux que l’éditorialiste désigne comme des « individus cabossés par la vie qui ont des problèmes avec l’alcool ». Rappeler, aussi et enfin, que la pire des solutions est celle qui nous menace aujourd’hui : la guerre grande ouverte entre les auto-qualifiés « bon vivants » et ceux qui entendent bien, par-dessus tout, le rester.

Qui, ici, saura encore faire preuve de diplomatie ? Emmanuel Macron qui, jadis candidat, portait haut les couleurs de la prévention ?

A demain @jynau

1 Pour amateurs éclairés ou qui souhaitent le devenir  : « La vie mystérieuse du vin » de Bruno Quenioux, Editions du Cherche-midi

Emmanuel Macron va-t-il ou non trancher la question de l'obligation de l’éthylotest au volant ?

Bonjour

Jamais les médias généralistes n’ont autant parlé d’alcool. Ou plus précisément d’alcool-politique. C’est l’un des effets induits de la volonté d’Emmanuel Macron de ne pas voir émerger un « Janvier désalcoolisé » soutenu par le ministère des Solidarités et de la Santé.

Un paradoxe qui, dans les médias, conduit à amplifier un discours associatif jusqu’ici inaudible – ou presque. Un paradoxe éclairant qui, par médias interposés, conduit à une « guerre des tranchées » entre les « bons vivants » et toutes celles et ceux qui entendent bien le rester sans pour autant « se priver ». Une situation qui met l’exécutif devant ses responsabilités.

Aujourd’hui nouveau « sujet alcool » éminemment politique. C’est dans Le Parisien (Frédéric Mouchon, Aymeric Renou et Julien Muller) : « Alcool au volant : faut-il généraliser l’éthylotest antidémarrage ? ». Où l’on apprend, à quelques jours des festivités du Nouvel An, un sondage montre qu’une majorité de Français est favorable à l’installation d’un appareil de mesure de l’alcoolémie dans les véhicules automobiles.

Où l’on découvre, aussi, les résultats de l’enquête réalisée par le comparateur d’assurances « Quel-assureur.com » auprès de plus de 2200 conducteurs : 11 % des personnes interrogées « avouent » qu’elles prendront le volant malgré une alcoolémie « sans doute trop élevée » après avoir fêté l’arrivée de la nouvelle année. 10 % « admettent même qu’elles emprunteront des itinéraires secondaires afin de tenter d’éviter les contrôles ».

Rappel : Si le débat sur l’éthylotest obligatoire resurgit régulièrement en France, c’est notamment parce que 30 % des accidents mortels sont dus à une consommation excessive d’alcool. Et que cette proportion n’a jamais baissé. Plus de mille morts par ans clame, en une, Le Parisien.

« Face à ces comportements irresponsables, la grande majorité des Français se dit favorable à ce que l’on ait la main plus lourde durant les fêtes de fin d’année pour réprimer ceux qui conduisent en état d’ivresse, peut-on encore lire. Et fait nouveau : ‘’59 % cautionnent l’idée de généraliser le système d’éthylotest antidémarrage (EAD) pour tous les véhicules.’’ »

On sait que ce dispositif (1 000 à 1 500 euros) obligatoire depuis 2015 dans les bus scolaires et autocars, empêche le démarrage du véhicule si alcoolémie il y a. On sait que depuis septembre 2018, les préfets peuvent proposer son installation comme alternative à une suspension de permis, parfois synonyme de perte d’emploi. « Cette mesure peut durer six mois et permet d’éviter la récidive. Selon les premières études, 30 % des gens optent pour l’équipement d’un EAD plutôt que de voir leur permis être suspendu. »

Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur (lors d’un déplacement consacré à la sécurité routière, le 26 décembre, au péage de Fleury-en-Bière (Seine-et-Marne) : « L’éthylotest antidémarrage préserve l’emploi et, en même temps, sanctionne le contrevenant financièrement. C’est cher, 100 euros par mois, mais c’est une mesure de substitution qui prend en compte la réalité humaine et ne cherche pas à sanctionner bêtement. »

Dr Philippe Lauwick, président de la commission alcool et stupéfiants au Conseil national de la sécurité routière (CNSR) : « L’alcool au volant est le fléau numéro 1 sur la route et on n’a absolument pas progressé dans ce domaine depuis les années 1960 »,

Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la sécurité routière : « Même si les prix des éthylotests baissent, pourquoi imposer à un conducteur qui ne boit jamais d’en installer un dans sa voiture? »

Anne Lavaud, déléguée générale de l’association Prévention routière : « Cette technologie a fait ses preuves, il faut la généraliser à tous les véhicules. »

On sait les difficultés, pour le pouvoir exécutif confronté à l’alcool, de concilier les intérêts économiques et ceux de santé publique. Pour autant le sujet, est désormais public. On attend de connaître le point de vue, sinon la décision du président de la République.

A demain @jynau

Avons-nous, Français, un problème avec l'alcool? France Culture, Guerre des tranchées… (4)

Bonjour

Suite de notre série centrée sur le prochain mois de janvier plus ou moins désalcoolisé. Ne pas désespérer des médias en général, de la radio en particulier et, tout spécialement aujourd’hui, de France Culture. Ainsi, pour Noël, ce remarquable opus du Temps du débat : « La France a-t-elle un problème d’alcool ? » 1. Trente-neuf minutes pour des échanges respectueux, approfondis, sans caricatures, tentant de cerner au mieux les différentes facettes, médicales et politiques, de la difficile (et parfois insupportable) question posée.

On soulignera l’évocation de la responsabilité d’Emmanuel Macron dans la triste affaire du Dry January. On appréciera comme il se doit les propos de Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, sur l’addiction à l’alccol. On regrettera l’absence relative (par rapport au « vin ») des boissons alcooliques industrielles, brassées et distillées – ainsi que le poids de leurs lobbies. On saluera l’originalité de la démarche (Andréas Becker) qui, face à l’addiction, se fonde sur la dimension thérapeutique de l’écriture.

A demain @jynau

1 Invité.e.s : Dr Fatma Bouvet de la Maisonneuve est psychiatre, addictologue, fondatrice consultation d’alcoologie pour femmes à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, présidente de l’association Addict’Elles et essayiste « Fatma Bouvet de La Maisonneuve, une psychiatre au cœur de la cité », Le Point, le 19/05/2015 Addictologie : l’État est « défaillant en termes de politique préventive », France Info, le 08/11/2019

Thomas Pitrel est journaliste ( Society, So Foot, So Film …) et auteur, avec Victor Le Grand, de l’essai Tournée Générale (Flammarion, février 2019).« Il est très difficile de ne pas boire » : la France et l’alcool, une histoire de paradoxes, Ouest France, le 02/06/2019 Le grand entretien : « L’alcool est un élément essentiel de la culture française », Paris Normandie, le 16/06/2019

Andréas Becker est un écrivain français d’origine allemande. Il écrit des romans et des récits, fait de la peinture, contribue à réaliser des films, et participe activement dans plusieurs associations de prévention de l’alcoolisme. Sur son projet de résidence .Sur la structure d’accueil, l’Association pour la Communication, l’Espace et la Réinsertion des Malades Addictifs (ACERMA). 

Pour mémoire, sur la consommation d’alcool des Français :  Consommation d’alcool en France : vers une transformation générationnelle, Libération, le 19/02/2019 ;  Alcool : ces 20 % de consommateurs qui font le bonheur des alcooliers The Conversation, le 19/02/2019 ;  Alcool : le défi du « janvier sec » lancé « malgré les efforts du lobby alcoolier et la pression de l’Elysée », Le Monde, le 03/12/2019 ;  Le vin, pas un alcool comme les autres ?, La Croix, le 29/01/2019 ; L’alcool, cet ennemi invisible, Ca m’intéresse, le 28/11/2019 ; Tendance : Ces jeunes qui ne boivent plus d’alcool, Le Bonbon, le 23/07/2018 ; L’alcool, une drogue socialement valorisée, Monde qui bouge 20 novembre 2013

Guerre des tranchées entre les «bons vivants» et ceux qui entendent bien le rester (3)

Bonjour

Pour la première fois en France les fêtes de Noël et du Nouvel An précèdent un mois de Janvier qui sera marqué par deux opérations concurrentes tendant à sa « désalcoolisation » de la population:  #LeDéfideJanvier et #LeDéfideJanvier Sobre). Prière de ne pas confondre :

I Relever#LeDéfiDeJanvierc’est ne pas boire d’alcool pendant un mois et rejoindre une communauté de plusieurs millions de personnes qui vont ensemble changer leur rapport à l’alcool;

II #LeDéfideJanvierSobre c’est extrêmement simple et très ludique (sic). Il vous suffit de compter vos jours « SANS alcool » pendant tout le mois de Janvier  Objectif 1 : au moins 2 jours par semaine ! ainsi que le nombre de verres d’alcool consommés les autres jours Objectif 2 : maximum 2 verres par jour !

Attention, « Pour votre santé, maximum 2 verres par jour et pas tous les jours » en ne dépassant pas 10 verres par semaine. C’est la limite à ne pas dépasser et en aucun cas des repères de consommation à atteindre.

Où l’on perçoit deux concepts, deux logiques, deux idéologies de la réduction des risques sanitaires. Dans l’attente des prochains développement de ce qui alimente, en France, une polémique inédite, nous publions un texte paru dans la Revue Médicale Suisse 1. Un texte qui aide à saisir la toile de fond politique (et plus précisément présidentielle) de l’affaire alcoolique qui nous occupe. Voici ce texte :

« Paris. Cela s’est passé à la veille de l’ouverture du Salon international de l’agriculture (2018). En marge d’une rencontre avec de jeunes paysans, Emmanuel Macron, président de la République française : « Moi, je bois du vin le midi et le soir (…). Il y a un fléau de santé publique quand la jeunesse se saoule à vitesse accélérée avec des alcools forts ou de la bière, mais ce n’est pas avec le vin. Tant que je serai président, il n’y aura pas d’amendement pour durcir la loi Evin (d’encadrement de la publicité pour les boissons alcooliques). »

Et Emmanuel Macron d’ajouter qu’il faisait ici sienne la formule de l’un de ses prédécesseurs, Georges Pompidou (1911-1974), formulée à un futur président (Jacques Chirac alors chargé de mission) : « Mais arrêtez donc d’emmerder les Français. Il y a beaucoup trop de lois, trop de règlements dans ce pays ».

Il faut ici, pour comprendre, contextualiser. La veille de la sortie du président de la République, l’un de ses proches (Christophe Castaner, délégué général du parti présidentiel) déclarait publiquement : « Il y a de l’alcool dans le vin mais c’est un alcool qui n’est pas fort (sic). Le vin fait partie de notre culture, de notre tradition, de notre identité nationale. Il n’est pas notre ennemi ». Où l’on retrouvait professée, en haut lieu et en 2018, une formule dénoncée depuis les premiers travaux sur l’alcoolisme et reprise par l’ensemble du monde de l’addictologie, celle d’une différence entre les alcools qui seraient « forts » et ceux qui ne le seraient pas – au point, in fine, de ne plus en être.

« Ce n’est pas le moment d’hystériser le débat juste avant le Salon de l’Agriculture. Les propos de Castaner ont contribué à baisser les tensions » confiait alors un membre (anonyme) du gouvernement français cité par Le Figaro. Il s’agissait clairement ici de propos ciblant ceux prononcés quelques jours auparavant, sur une chaîne de télévision publique et à une heure de grande écoute, par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.

C’est la même chose de boire du vin, de la bière, de la vodka, du whisky

« L’industrie du vin laisse croire aujourd’hui que le vin est différent des autres alcools, avait-elle osé déclarer. En termes de santé publique, c’est exactement la même chose de boire du vin, de la bière, de la vodka, du whisky, il y a zéro différence ! On a laissé penser à la population française que le vin serait protecteur, qu’il apporterait des bienfaits que n’apporteraient pas les autres alcools. C’est faux. Scientifiquement, le vin est un alcool comme un autre. »

Ce désaveu public des propos de la ministre en charge de la santé publique par le chef de l’Etat et par ses proches a profondément ému dans les milieux français de la lutte contre la maladie alcoolique et contre les addictions en général. Devait-il pour autant surprendre ? L’action d’Emmanuel Macron semble, dans ce domaine, d’une remarquable constance. C’est lui qui, ministre de l’Economie sous le précédent quinquennat, avait en 2016 délibérément participé au « détricotage » de la loi Evin via un amendement distinguant « publicité » et « information » dans une loi portant son nom.

Il y a un an, lors de la campagne électorale pour l’élection présidentielle, le candidat Macron ne s’était pas caché d’être un amateur. « Emmanuel Macron, candidat à l’élection présidentielle, créateur du mouvement « En Marche ! » et ex-ministre de l’Economie, est aussi un amateur de vin, expliquait alors la revue Terre de Vins. Ce météore politique de 39 ans, qui pourrait bien créer la surprise en avril-mai dans les urnes, s’est plié à l’exercice de l’interview et… de la dégustation lors d’un récent passage à Bordeaux. »

« J’ai été élevé par mes grands-parents qui avaient cette formule : “Le vin rouge est un antioxydant”. Il n’y avait pas de caractère culpabilisant » déclarait alors le futur président, ajoutant avoir grandi dans une famille où l’on trouvait « un certain nombre de bouteilles à la cave ». Il a pu, ensuite, parfaire ses connaissances, notamment lors de son passage à la Banque Rothschild : « J’ai eu l’occasion de former mon palais, même si je ne buvais pas du Lafite tous les midis, malheureusement ! ». Pour lui, le vin est « un formidable atout pour le rayonnement de la France ». Et d’ajouter : « la France déçoit quand elle ne met pas les petits plats dans les grands. J’y tenais beaucoup quand j’étais au ministère de l’Economie. Quand je recevais nos hôtes étrangers, ils s’attendaient à boire du bon vin, un bon champagne, un digestif. Le vin est un ambassadeur. » Confiant dans le potentiel de cette filière, il concluait en rappelant que le vin a une dimension poétique et culturelle.

Pour sa part, la revue spécialisée rappelait que, lorsqu’il s’agissait de « défendre le vin », les hommes politiques français prenaient toujours d’immense précautions. Chacun sait que cette activité représente un pan majeur de la culture et de l’histoire française, de sa gastronomie et de son économie. Pour autant (et quand bien même l’alcoolisme ne s’aurait s’y réduire) le poids de l’addiction à l’alcool fait, en France, que la prise de parole politique autour du vin relève toujours d’une forme d’exercice d’équilibrisme.

Or, surprise, Emmanuel Macron ne semblait pas s’en soucier. Subtil calcul ou l’un des effets de son atypique jeunesse dans la fonction ? « Le candidat à l’élection présidentielle aime le vin, et il ne s’en cache pas, pouvait-on lire dans cette revue. Et il est prêt à le défendre. Les vignerons le savent, malgré l’opposition ferme de la ministre de la Santé, Marisol Touraine, la loi Macron leur a apporté une avancée importante : l’assouplissement de la loi Evin. Une mesure essentielle pour faciliter la communication autour de l’œnotourisme. »

Et maintenant ? Les réactions et commentaires commencent à fleurir, opposant défenseurs de la santé publique et lobbyistes du monde viticole français. Comme sur Slate.fr. 2  « Suite aux propos du président de la République française, il est impérieux de recentrer les débats autour des vrais enjeux de santé publique, dont l’information scientifique des conséquences de la consommation d’alcool (vin compris) et la prévention forment la pierre angulaire, souligne pour sa part le Pr Mickaël Naassila, président de la Société Française d’Alcoologie. Ils ne visent pas à une quelconque diabolisation du vin, mais à une communication des informations que le consommateur est en droit d’attendre. »

« Aux States, les armes. En France, le vin. A chacun, son Lobby et son Président, écrit le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. La pollution idéologique hexagonale est sans doute aussi puissante que la pression économique, les deux aux dépens de la santé publique. »

Il rappelle les chiffres (49 000 morts prématurées chaque année soit plus de dix fois la mortalité routière), le coût sanitaire et social (quelques centaines de milliards, pas plus, selon la Cour des Comptes), l’embouteillage aux urgences hospitalières pour overdoses d’alcool chaque vendredi ou samedi soir, les violences faites aux femmes et aux enfants dans le cadre familial, le syndrome d’alcoolisation fœtale par manque d’information…

« Penser que les personnes dépendantes ou cancéreuses que nous voyons en consultation ou hospitalisation ne boivent, c’est bien connu, que de la méchante vodka, de la bière étrangère ou de la tequila exotique mais jamais ni vin rouge, ni vin blanc, ni vin rosé, ni champagne est une triste contre-Addiction ; de même que penser que le binge-drinking des “djeuns” résumerait le vertigineux problème de santé publique de l’alcool en France, ajoute le Dr Lowenstein. Comment en sommes-nous, en France, revenus là ? » C’est là une question qui risque de demeurer, quelques années encore, d’actualité. »

A demain @jynau

1 Nau J-Y « Vins et alcoolisme : la faille du président de la République française ». Rev Med Suisse 2018; volume 14. 594-595

2 Askolovitch C « Macron choisit le vin, désavoue Buzyn et oublie Mendès France ». Slate.fr 24 février 2018

Alcool : quand on ne boit pas, les fêtes de fin d'année sont un enfer. Qui sait pourquoi ?

Bonjour

A la veille du « Janvier français désalcoolisé » c’est là une question qui ne manque pas de sel. On en prendra la mesure en se reportant à Slate.fr et à la goûteuse chronique de Laurent Sagalovitsch :

« Vu mon légendaire sens de la fête, je n’ai jamais vraiment aimé la période des fêtes. Je l’ai même toujours redoutée. Les dîners à la pelle, les repas interminables, les accolades familiales, cette bonne humeur de façade affichée un peu partout et en toutes circonstances, les mines épatées à s’en défigurer le visage, les conversations vaines, les bavardages incessants, tout ce rituel des fêtes de fin d’année quand la société vous somme d’être heureux et de le montrer. Au temps où je buvais, je les considérais simplement comme un mauvais moment à passer (…)

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A demain @jynau