Alcool – tabac : le pouvoir a renoncé à faire respecter les interdits de vente aux adolescents 

Bonjour

« L’interdiction de vente aux mineurs peut donc être considérée comme non respectée ».  La phrase est officielle. Elle est signée de François Bourdillon, directeur général de Santé publique France. Et elle est extraite de l’éditorial publié dans le dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) thématique consacré à l’alcool en France ; éditorial au goût d’oxymore titré « Alcool et réduction des risques » 1.

On dispose sur ce thème des résultats de l’enquête « Escapad – OFDT » menée chez les jeunes mineurs de 17 ans 2.  On y apprend que les jeunes mineurs, en France, « n’éprouvent aucune difficulté à s’approvisionner en alcool ». Ceux qui déclarent avoir bu des boissons alcooliques « les ont achetées en magasin pour 91% d’entre eux ». Mieux : «  ils sont même 77,5% à en avoir consommé dans un débit de boisson » précise François Bourdillon.

« En 2017, 85,7% des adolescents de 17 ans ont déclaré avoir déjà bu de l’alcool au cours de leur vie. L’usage régulier d’alcool (au moins dix fois dans le mois) concernait un jeune sur dix (8,4%) et 44 % des jeunes de 17 ans ont déclaré une alcoolisation ponctuelle importante (API) au cours du mois. Par ailleurs, malgré l’interdiction de vente aux mineurs, les adolescents qui ont déclaré avoir bu des boissons alcoolisées dans le mois étaient 91,0% à en avoir acheté en magasin et 77,5% à en avoir consommé dans un débit de boissons. La majorité d’entre eux (52,7%) a déclaré en outre n’avoir jamais eu à présenter de carte d’identité pour justifier de son âge lors d’un achat en bar ou en restaurant. »

Rappel de l’interdit quotidiennement bafoué :

 « PROTECTION DES MINEURS ET RÉPRESSION DE L’IVRESSE PUBLIQUE

Il est interdit de vendre de l’alcool à des mineurs de moins de 18 ans. La personne qui délivre la boisson peut exiger du client une preuve de sa majorité, notamment par la production d’une pièce d’identité. Il est interdit d’offrir de l’alcool à titre gratuit à des mineurs dans les débits de boissons et tous commerces ou lieux publics. Il est interdit de recevoir dans les débits de boissons alcooliques des mineurs de moins de seize ans qui ne sont pas accompagnés de l’un de leurs parents ou d’un majeur responsable. LE NON-RESPECT DE CES INTERDICTIONS EST PASSIBLE DE POURSUITES JUDICIAIRES. CODE DE LA SANTÉ PUBLIQUE : ART. L. 3342-1, L. 3342-3 ».

 Vendre du tabac à des enfants de 12 ans

On sait qu’il en va de même pour les ventes de tabac aux mineurs chez les buralistes. L’affaire est connue de longue date. Depuis 2003, en France, la vente de tabac est interdite aux mineursAfin d’évaluer l’application de cette mesure et pour connaître la perception des jeunes sur cette mesure deux enquêtes ont été menée pour le Comité national de lutte contre le tabagisme). Il est apparu que 62 % des buralistes étaient en infraction et ont vendu du tabac à des mineurs de 12 et 17 ans. Et plus d’un tiers des buralistes ont accepté de leur vendre du tabac à des enfants de 12 ans.  Et 60% des jeunes fumeurs indiquent qu’ils se procurent, sans difficulté, du tabac chez les débitants. Et faudrait-il rappler que plus d’un jeune de 17 ans sur trois consomme du tabac ?

Rappel de cet autre interdit quotidiennement bafoué :

« Interdiction de vente de tabac aux mineurs de moins de 18 ans Il est interdit de vendre ou d’offrir gratuitement, dans les débits de tabac et tous commerces ou lieux publics, à des mineurs de moins de dix-huit ans des produits du tabac ou leurs ingrédients, y compris notamment le papier et le filtre. La personne qui délivre l’un de ces produits, exige du client qu’il établisse la preuve de sa majorité.  CODE DE LA SANTÉ PUBLIQUE, ART. L.3512-12 et R.3515-5  Le non respect de cette interdiction est passible de poursuites judiciaires. »

Nous ne sommes plus, ici, à parler d’une politique de réduction des risques mais bien, compte-tenu de ce que l’on sait des addictions, d’un pouvoir politique qui, par démission, mène de facto une politique d’amplification des risques.

 A demain

@jynau

1 Bourdillon  F.  Éditorial. Alcool et réduction des risques. Bull Epidémiol Hebd. 2019;(5-6):88-9. http://invs.santepublique france.fr/beh/2019/5-6/2019_5-6_0.html

2 Philippon A, Le Nézet O, Janssen E, Cogordan C, Andler R, Richard  JB, et  al. Consommation et approvisionnement en alcool à 17 ans en France : résultats de l’enquête ESCAPAD 2017. Bull Epidémiol Hebd. 2019;(5-6):109-15. http://invs. santepubliquefrance.fr/beh/2019/5-6/2019_5-6_3.html

Alcoolisme: Philippe Manœuvre, depuis vingt ans, n’a pas «touché une goutte». Et après ?

Bonjour

Philippe Manoeuvre aura bientôt 65 ans. C’est un journaliste, animateur radiophonique, spécialiste de bandes dessinées critique musical dont l’un des titres de gloire est d’avoir été durant vingt-quatre ans (de 1993 à 2017) le rédacteur en chef du magazine Rock & Folk. Il a également collaboré aux Nouvelles littéraires, à Playboy et à Libération.C’est, dans ce domaine, une bibliothèque vivante doublée d’une forme de caricature auto-proclamée qui fait le bonheur des humoristes-imitateurs.

Tintin du rock’n’roll

Aujourd’hui à la retraite, l’homme a trouvé un siège aux « Grosses Têtes » – comme Roselyne Bachelot (qui fut ministre). Et il fait la tournée des grands-ducs médiatiques pour assurer la promotion de son dernier opus, Rock, ma vie est un roman (HarperCollins) :

« L’autobiographie de Philippe Manœuvre est une plongée dans la vie de celui qui est devenu une légende du Rock à lui tout seul, un personnage vibrionnant, un Tintin du rock’n’roll immanquablement chaussé de ses Ray-Ban, le plus célèbre critique rock français de ces quarante dernières années. Proche d’Iggy Pop, de Polnareff, de Gainsbourg et de tant d’autres, intervieweur des Stones plus de vingt fois, il a fréquenté les plus grandes stars et parle aux baby-boomers comme au public de la « Nouvelle Star ». Ce livre foisonnant d’anecdotes, qui raconte comment cet homme et tous ces musiciens ont voulu changer le monde à travers le Rock, est à l’image de Manœuvre : il rocke. »

Passage obligé dans les colonnes du Monde (Laurent Carpentier) : « Un apéro avec Philippe Manœuvre : ‘’J’ai vu que Keith Richards non plus ne boit plus’’  Chaque semaine, ‘’L’Epoque’’ paie son coup. Cette semaine, Philippe Manœuvre, l’enfant du rock aux lunettes noires, parle abstinence, nuits blanches et lendemains qui se déhanchent ».

« Proposer un apéro à un ex-alcoolo, c’est comme inviter un évêque au bordel. Cela fera vingt ans cette année que Philippe Manœuvre n’a pas touché une goutte d’alcool, pas même un verre de vin blanc quand des copains apportent des huîtres. ‘’Pas toujours facile, mais je sais que si j’y touche, même un verre, le lendemain c’est trois verres, et je reviens illico au niveau où je m’étais arrêté.’’ Tournée générale de thé Earl Grey ! »

Sevrage réussi

Où l’on découvre, en s’intéressant au sujet, qu’il n’en est pas à sa première confidence médiatique sur son alcoolisme et son sevrage jusqu’ici réussi :

Juin 2008 : « Philippe Manœuvren’a pas toujours été le dynamique et avisé juré de la Nouvelle Star que l’on connait. Il fut un temps où le rédac’ chef de Rock & Folk avait de sérieux problèmes de drogue et d’alcool. Dans deux interviews accordées à GQ et Voici, il revient sur son passé d’alcoolique et de toxicomane.

« L’alcool tout d’abord. « À un moment, tu constates que tu es à une bouteille de Jack Daniel’s par jour et tu te dis : ‘Hum, ça serait bien qu’on ne dépasse pas’. […] Et puis tu t’aperçois que tu prends ton petit déj’ à la Heineken. À midi, tu vas boire trois bouteilles de vin avec une attachée presse et puis après tu recommences au Jack Daniel’s. Et parfois, la nuit, vers deux heures du matin, tu te dis : ‘Tiens, on se boirait pas des vodkas ?' ». En 1999, le complice de Lio, Sinclair et André Manoukian a tourné le dos à la boisson quand il s’est aperçu qu’il avait perdu toute inspiration et qu’il ne parvenait même plus à écouter de la musique. La drogue ensuite. « Je n’ai jamais été attiré par l’héroïne et j’ai arrêté la coke il y a un siècle. À un moment, j’ai été loin dans l’alcool… Je pesais vingt kilos de plus, j’étais sordide. » »

Décembre 2010 :  À l’occasion de la sortie de son livre – Le Rock français -, Philippe Manœuvre a rencontré nos confrères de Grazia. L’ancien juré de Nouvelle Staraujourd’hui sur Canal+, et toujours rédacteur en chef de Rock&Folk, prend un malin plaisir à tordre les clichés du rock. Certes, il ne quitte jamais ses lunettes noires et considère qu’une « veste Levi’s reste d’un chic incroyable« , mais pour ce qui est de l’expression sex, drugs & rock’n’roll, Manoeuvre en est bien revenu.

Dérive et sobriété

« Il raconte par exemple qu’il est aujourd’hui sobre après quelques années de dérive : « Je n’ai pas bu une goutte d’alcool depuis 1999. J’ai été obligé de m’arrêter : je buvais toute la nuit, toute la journée. Je faisais 20 kilos de plus, vous n’auriez pas aimé me voir et je n’aurais pas aimé que vous me rencontriez non plus. Quand je passais devant une glace, je me disais : C’est qui ce lourd ? Je me suis arrêté tout seul et j’ai évité la case rehab en écoutant John Coltrane. » Sa nouvelle drogue ? Le thé ! »

Où l’on en vient a regretter de ne pas disposer (à des fins de réduction des risques sinon d’exemple édifiant à proposer) d’un long témoignage, circonstancié, sur les modalités et les ressentis de cette sortie réussie d’un enfer où tant d’autres sont restés. Une reportage au plus profond de soi, en somme, comme il en existe quelques-uns dans la littérature – à commencer par « L’Opium » 1 de Jean Cocteau. Cocteau, l’auteur de « La Difficulté d’être » 2. Cocteau poète, graphiste, dessinateur, dramaturge et cinéaste français. Mort à Milly-la-Forêt en 1963. Philippe Manœuvre n’avait pas encore dix ans.

A demain

@jynau

1 Cocteau J. Opium (Stock). « En 1928, cinq ans après la mort de Raymond Radiguet, lors d’une cure de désintoxication dans une clinique, Jean Cocteau, opiomane, écrit et dessine. Ainsi, tout au long des jours, des instants, un livre naît sous nos yeux, fait de notations, de jeux avec les mots, de jugements de poète. Aux commentaires sur la littérature et les écrivains (Proust, Raymond Roussel) viennent s’ajouter des remarques sur le cinéma (Buster Keaton, Chaplin, Eisenstein, Buñuel), sur la poésie, sur la création, sur l’art. Le thème lancinant, qui revient au détour de chaque page, c’est celui de l’opium.  » Tout ce qu’on fait dans la vie, même l’amour, on le fait dans le train express qui roule vers la mort. Fumer l’opium, c’est quitter le train en marche ; c’est s’occuper d’autre chose que de la vie, de la mort.  » »

2 Comme OpiumLa Difficulté d’être est un livre de cure, cure de repos après le calvaire enduré pendant le tournage de La Belle et la Bête, durant lequel Cocteau souffre notamment de plusieurs maladies de peau. Le livre est commencé à Morzine (Haute-Savoie) en février 1946, continué à Paris, achevé début juillet à Verrières-le-Buisson, chez les Vilmorin. La convalescence se poursuivra dans le Poitou à La Roche-Posay du 25 juillet au 24 août. Le livre, auquel Cocteau ajoute une belle préface écrite en mars 1947 dans la maison qu’il vient d’acheter à Milly-la-Forêt, paraît en juillet de cette année.

 

«Le profil psychiatrique de la femme incendiaire et alcoolisée commence à se dessiner»

Bonjour

L’essentiel du cadre de la tragédie de l’incendie de Paris (10 morts, 33 blessés) est connu. Reste à compléter les cases, à remonter les fils, à tenter de comprendre les failles, les fautes, tout ce qui aurait permis de réduire les risques. Les médias généralistes s’y emploient. Et, chose remarquable, avec une pédagogie qui souvent fait défaut dans le traitement des affaires où la psychiatrie est sur le devant de la scène.

Loin de stigmatiser la femme à l’origine de l’incendie de la rue Erlanger, s’attache-t-on à décrypter les rouages de la machinerie médico-légale, à contextualiser, à rappeler que rien n’est simple dans la prise en charge de la « maladie mentale » et de celles et ceux qui en souffrent 1.

C’est ainsi que France Info aide, sinon à comprendre, du moins à cerner « le profil de la suspecte », une femme de 40 ans interpellée non loin des lieux, qui habitait l’immeuble incendié et qui a été admise à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police (IPPP), quelques heures après avoir été placée en garde à vue.

D’emblée Rémy Heitz, procureur de la République de Paris, avait évoqué ses « antécédents psychiatriques ». Selon France Info cette femme a déjà effectué « quatorze séjours en hôpital psychiatrique, pour une durée totale de près de cinq ans ». « Elle est également connue de la justice, pour des affaires récentes, toutes classées sans suite. » Et selon une  source judiciaire à France 2 et France 3, elle avait été mise en cause dans trois procédures distinctes :

• Une procédure en 2016 pour vol précédé de dégradation (classée sans suite pour état mental déficient).

• Une procédure en 2016 pour une contravention de violences (classée sans suite pour état mental déficient).

• Une procédure en 2017 pour violences conjugales classée sans suite (infraction insuffisamment caractérisée).

Plusieurs de ses voisins ont fait, à différents médias, des descriptions convergentes : « J’ai vu que c’était quelqu’un qui avait des perturbations psychiques, c’était quelqu’un qui voulait tout de suite être ami-ami, qui voulait vous donner son numéro de téléphone… comme si on se connaissait. Puis quelques jours plus tard c’était fini. Etait-ce l’alcool ? »

La dimension politique du psychiatrique

Combien sont-elles, les personnes croisées au fil des jours dont le comportement nous interroge ? Et que faisons-nous ? Il y a quelques jours on apprenait qu’une centaine de psychiatres venaient d’adresser un courrier à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Parmi eux le Pr Antoine Pelissolo, chef du service de psychiatrie de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne). Il s’en expliquait dans Le Parisien, précisant que chacun peut désormais voir de plus en plus de personnes atteintes de troubles psychiques « dans les rues » :

« Tout le monde peut le remarquer. Ce n’est un mystère pour personne. Il y a des lieux plus propices, comme le métro, où l’on croise beaucoup de gens qui semblent perdus sans savoir exactement si c’est la conséquence de troubles psychiques, de l’alcool ou de drogues. Certes, il n’existe pas de statistiques pour dire s’il y en a plus qu’avant, mais ce n’est pas normal d’en voir autant. (…) Parler seul dans la rue est le reflet d’une souffrance psychique réelle. Ce n’est pas bon signe. Cela signifie que cette personne n’est pas soignée correctement ou qu’elle ne l’est pas du tout. Avec des traitements, on n’est pas censé avoir ce genre d’hallucinations. »

 « Il y a une réalité, aujourd’hui en France, les malades psychiatriques ne sont pas suffisamment pris en charge. A l’hôpital ou en ville, la demande de consultations augmente car on identifie mieux certains troubles et des pathologies comme les dépressions et l’autisme sont aussi en hausse. Or, ces patients ne sont pas assez vite examinés à cause des délais d’attente. En trente ans, le nombre de lits dans les hôpitaux a aussi été divisé par deux alors que la population augmente. »

 Où l’on saisit, une nouvelle fois, que le politique est presque toujours consubstantiel au psychiatrique – et très souvent au tragique.

A demain

On estime entre 4,7 et 6,7 millions le nombre de personnes souffrant de dépression en France (7 à 10 % de la population) ; entre 800 000 et 3,7 millions celui des personnes atteintes de troubles bipolaires (1,2 à 5,5 %) et à 670 000 celui des personnes schizophrènes (1 %). On recense d’autre part chaque année plus de 10 000 suicides et 220 000 tentatives. Données tirées du remarquable « Psychiatrie : l’état d’urgence » de Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca, éditions Fayard.

 

«L’incendiaire : alcoolisée avec des antécédents psychiatriques» Dix morts, trente-trois blessés.

Bonjour

Moins de vingt-quatre heures après le drame et, déjà, les questions de fond. Des questions relatives à l’état de la psychiatrie en France, à la qualité de la prise en charge de malades mentaux, au rôle joué par l’alcool dans ce tragique incendie survenu dans la nuit du 4 au 5 février au 17 bis, rue Erlanger, à deux pas de la porte d’Auteuil dans un immeuble moderne du 16e arrondissement de Paris. Dix morts, trente-trois blessés, dont huit pompiers et un incendie « d’origine criminelle ». Ouverture d’une enquête pour « destruction volontaire par incendie ayant entraîné la mort ».

Tout va très vite. D’abord l’interpellation, durant la nuit et non loin de l’incendie, d’une habitante de l’immeuble aussitôt placée en garde à vue. Cette femme âgée de 40 ans essayait apparemment de mettre le feu à une voiture et à une poubelle. A l’issue d’un examen médical et d’un examen de comportement, elle a été placée à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police – garde à vue levée en fin de journée.

« Elle présente des antécédents psychiatriques », a précisé Rémy Heitz, procureur de la République de Paris. En conflit récurrent avec l’un de ses voisins, pompier, cette habitante de l’immeuble s’était disputée avec lui dans la soirée. La police s’était alors déplacée pour « un trouble de voisinage ». Le Parisien a recueilli le témoignage du voisin :

« Nous étions dérangés par ma voisine qui avait mis la musique très fort chez elle. […] Hier soir [lundi soir] ma compagne est allée frapper à sa porte, et elle s’est fait insulter. Je suis pompier professionnel à la BSPP [Brigade des sapeurs-pompiers de Paris] et c’est pour ça que j’ai appelé le 17, vers 23 h 50. J’ai attendu quarante minutes pour m’entendre dire que ce n’était pas une situation d’urgence. […] Les policiers m’ont dit de partir. Je suis sorti avec ma compagne, je voulais passer la nuit ailleurs. J’ai cru que les policiers l’avaient embarquée donc nous sommes revenus. Mais je suis tombée nez à nez avec ma voisine dans les escaliers. Les policiers étaient repartis. Après leur départ, ma voisine a essayé de défoncer ma fenêtre et ma porte pour se venger. Un voisin m’a expliqué qu’il y avait du papier devant ma porte avec du bois. Elle a dû mettre le feu chez moi pour se venger. Quand je l’ai croisée, elle m’a souhaité bon courage en me disant que j’étais pompier, et que j’aimais bien les flammes. Là, je sens l’odeur de brûlé. »

Deux témoins interrogés par BFMTV ont raconté avoir entendu dans la soirée une altercation entre la suspecte et un jeune homme. Ce dernier, qui habitait au deuxième étage, se plaignait de la musique trop forte qui émanait de l’appartement de sa voisine et cognait contre sa porte. Celle-ci lui aurait alors répondu: «Toute manière, tu es un pompier, je vais mettre le feu». «Elle hurlait, lui hurlait pour qu’elle arrête (de frapper contre la porte). Elle hurlait, elle a jeté des choses par la fenêtre, elle a jeté des assiettes».

Plusieurs hospitalisations à Sainte-Anne

Ce ne sera  qu’après 6 h 30 du matin, à l’issue de plus de cinq heures d’intervention, que les pompiers finissent par maîtriser le feu. « La France se réveille dans l’émotion »,  tweetera alors le président de la République tandis que le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, saluait, sur les lieux du sinistre, « l’immense mobilisation des sapeurs-pompiers ».

Moins de vingt-quatre heures après le drame les médias généralistes enquêtent sur le passé psychiatrique de cette femme, ses antécédents, ses traitements. La chaîne d’information LCI précise qu’elle « avait été hospitalisée plusieurs fois à Sainte-Anne et à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris ». LCI :

« Selon nos informations, la quadragénaire a séjourné en psychiatrie à plusieurs reprises ces dernières années, pour une durée totale de cinq ans. Elle a notamment été internée à l’hôpital Saint-Anne ainsi qu’à l’Institut psychiatrique de la préfecture de police de Paris. Elle est sortie de sa dernière hospitalisation le 23 janvier 2019. 

 « Le juge chargé d’étudier son cas avait alors estimé qu’elle ne présentait plus de danger pour elle ou pour les autres. Elle est donc retournée vivre chez elle, sans aucune mesure coercitive. Entre 2016 et fin 2017, cette quadragénaire avait été visée par trois procédures judiciaires, dont une pour vol dans un magasin qu’elle avait ensuite tenté d’incendier. A chaque fois, ces affaires ont été classées sans suites, notamment en raison d’un « état mental déficient ». 

« Selon nos informations, la suspecte, qui était alcoolisée au moment de son interpellation, a été vue en train d’essayer de mettre le feu à une voiture, puis a enflammé un carton pour incendier une poubelle en face de l’immeuble. Elle aurait ensuite mis le feu au 2e, au 7e et au 8e étages de l’immeuble. » 

Et demain ? Les mêmes médias généralistes ressortiront bientôt les archives récentes du grand mal de la psychiatrie française, de ses invraisemblables restrictions budgétaires, des souffrances de ses soignants et de ses patients, des ravages de l’alcoolisme … On passera, alors, du tragique fait divers au politique. Pour quelles suites ?

A demain

@jynau

 

 

Alcools et whiskies : le ministre de l’Agriculture lutte contre l’alcoolisme et l’addictologie

Bonjour

De Carybde fermentée en Scylla distillée. Didier Guillaume, 59 ans, n’est plus un novice. Et pourtant. Ancien agent du Trésor Public, longtemps élu socialiste il annonça son abandon de la politique. Puis en abandonna l’idée. Il est aujourd’hui le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation d’Emmanuel Macron.

Il y a quelques jours M Guillaume faisait parler de lui. Contre l’évidence sanitaire et œnologique il affirmait sur BFMTV-RMC, que le vin n’était pas « un alcool comme un autre ».

« Le vin n’est pas un alcool comme un autre. (…) L’addiction à l’alcool est dramatique, et notamment dans la jeunesse, avec le phénomène du “binge drinking. Mais je n’ai jamais vu un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu’il a bu du côtes-du-rhône, du crozes-hermitage, du bordeaux, jamais. Ils boivent des mélanges, de l’alcool fort. »

Où l’on retrouvait les immortels clichés opposant, en lieu et place des alcoolémies, des ivresses, de leurs fréquences et des symptômes de la dépendance, des alcools qui seraient « forts » quand d’autres seraient « doux ».

Un ministre non recadrable

Une semaine plus tard M. Guillaume persiste et, dans la plus grande confusion, signe de son nom. Invité de la matinale d’Europe 1, mercredi 23 janvier, il a déclaré (6’): « une molécule de vin et une molécule de whisky ont le même degré d’alcool, sauf que moi je ne bois pas des molécules, je bois des verres. » Et surtout ne pas parler de « se saouler ».

Les premiers propos du ministre lui avait valu une sèche réplique de sa collègue Agnès Buzyn. « Le vin fait partie de notre patrimoine, avait-elle concédé sur France info, avant de souligner le caractère identique des molécules d’alcool éthylique présentes dans le côtes-du-rhône, dans les apéritifs anisés et toutes les autres boissons alcoolisées.

Pour autant, Didier Guillaume assure être sur la même ligne que le reste du gouvernement. « Je ne suis pas recadrable, moi, s’est-il agacé à l’adresse de Mme Buzyn. Il n’y a pas de débat, la position du gouvernement est de lutter contre l’alcoolisme. Il y a une grand plan de lutte contre l’alcoolisme qui a lieu. La filière viticole en fait partie, travaille avec le ministère de l’Agriculture et de la Santé. »

Et puis ce formidable lapsus ministériel (réitéré) : « Je veux lutter contre l’alcoolisme et lutter contre l’addictologie ». On attend l’interprétation d’Agnès Buzyn.

A demain

@jynau

 

 

Officiel : le Plan gouvernemental 18-22 de mobilisation contre les addictions oublie l’alcool

Bonjour

Officiellement le gouvernement était « aux abonnés absents ». Pour autant dans les milieux bien informés (mais tenus à la réserve) c’était un secret de polichinelle : annoncé depuis près d’un an, sans cesse reporté à plus tard le « plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2022 » avait bel et bien été adopté par le gouvernement dans les denier jour de décembre – mais en catimini, de manière presque honteuse. Il se présente comme un gros document assez jargonneux associé à six feuillets daté du 27 décembre – feuillets adressés aux préfets et signés de Nicolas Prisse , président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca).

Dans un éditorial Edouard Philippe, Premier ministre, explique que le « Plan national de mobilisation contre les addictions » vise à créer un élan et à accompagner une prise de conscience dans l’ensemble de la société. Sous l’égide des préfets, il sera décliné en actions plus fines, au plus près des citoyens, au cœur des territoires, avec la préoccupation de coller à la réalité des trajectoires et aux priorités politiques portées par les collectivités locales.

Ce Plan sera « porté par un discours public clair sur les risques et les dommages des consommations de substances psychoactives et des usages à risque ». Il mettra l’accent sur la prévention et porte une attention particulière aux publics les plus vulnérables du fait de leur âge ou de leurs fragilités. Il renforcera la qualité des réponses apportées aux conséquences des addictions pour les individus et la société et témoignerait d’un engagement fort contre les trafics. Il proposera de nouvelles mesures pour la recherche, l’observation et le développement de la coopération internationale.

Silence de la ministre des Solidarités

Et Edouard Philippe se souligner que les chiffres de la mortalité prématurée imputable au tabac (73 000 décès par an) et à l’alcool (49 000 décès par an) en France « ne sont pas acceptables ». Pour autant le Plan ne permet guère d’imaginer que la lutte changera véritablement de braquet. On sait déjà ce qu’il en est pour le tabac. Et on sait ce qu’il ne peut en être pour l’alcool après les positions exprimées par Emmanuel Macron, président de la République et les silences d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.

« Cette absence de mesure forte sur l’alcool devrait susciter la déception des addictologues qui avaient publié, en avril 2018, une tribune appelant à un véritable plan alcool, prophétise Le Monde (François Béguin). ‘’De ce que l’on sait du plan, il n’y aura pas de mesure contraignante, comme l’instauration d’un prix minimum, l’interdiction des publicités pour l’alcool autour des écoles ou l’encadrement de la publicité sur Internet’’, prédisait, il y a quelques semaines, Nelly David, la directrice générale de l’association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa), regrettant l’absence de  politique volontariste’’ des pouvoirs publics sur ce sujet. »

Seule mesure concrète : l’agrandissement « significatif » (sic) du pictogramme « femmes enceintes » pour les boissons alcooliques – mesure déjà annoncé dans un « plan prévention » mais toujours à l’étude …

« Même s’il ne contient pas de mesure flamboyante, c’est un plan techniquement très équilibré, qui tient globalement la route » a déclaré au Monde Nathalie Latour, déléguée générale de la Fédération Addiction. Elle estime que le « problème majeur » du texte« c’est sa dimension politique » : « Il souffre de ne pas être porté par l’ensemble du gouvernement, ce qui donne l’impression que la question des addictions n’est pas une priorité pour lui ». Impression amplement confirmée – et ce alors même que la mobilisation contre les addictions est, au premier chef, une question politique.

A demain

@jynau

Et le «plan 2018-2022 contre les addictions» ? Le gouvernement est aux abonnés absents !

Bonjour

Il y a un an on pouvait encore espérer. Le « Plan national de mobilisation contre les addictions » viserait à créer un élan et à accompagner une prise de conscience dans l’ensemble de la société. Sous l’égide des préfets, il allait être décliné en actions plus fines, au plus près des citoyens, au cœur des territoires, avec la préoccupation de coller à la réalité des trajectoires et aux priorités politiques portées par les collectivités locales.

Il serait porté par un discours public clair sur les risques et les dommages des consommations de substances psychoactives et des usages à risque. Il mettrait l’accent sur la prévention et porte une attention particulière aux publics les plus vulnérables du fait de leur âge ou de leurs fragilités. Il renforcerait la qualité des réponses apportées aux conséquences des addictions pour les individus et la société et témoignerait d’un engagement fort contre les trafics. Il proposerait de nouvelles mesures pour la recherche, l’observation et le développement de la coopération internationale.

Puis cela devint une arlésienne gouvernementale. Et cela commence à prendre des allures de petit scandale.

Climat inflammable

« Le plan national 2018-2022 » devait être publié en mars 2018. Avant d’être reportée à juin. Puis le gouvernement laissa passer l’été.  « Le plan de lutte contre les addictions 2018-2022 devrait être in fine dévoilé courant septembre par le président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), le Dr Nicolas Prisse, écrivait Le Quotidien du Médecin début septembre. Dans la continuité du précédent (et premier) plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les conduites addictives 2013-2017, la nouvelle mouture devrait concentrer son action sur les jeunes et balayer un large spectre d’addictions. » Le Quotidien ajoutait alors:

« Ce plan arrive dans un climat pour le moins inflammable. Les mesures sur l’alcool sont plus qu’attendues : leur absence  dans le Plan national de santé publique publié en mars (« Priorité prévention ») n’a fait qu’accroître l’impatience des acteurs sanitaires. Avant que le désaveu qu’infligea Emmanuel Macron à Agnès Buzyn, qui soutenait que le vin est un alcool comme un autre vu du foie, ne suscite leur indignation. La présentation  d’un « plan prévention » à l’Élysée en juin dernier, par la filière des boissons alcoolisées doté de 5 millions d’euros, n’a pas apaisé leurs inquiétudes quant à la volonté du gouvernement de protéger la santé, et non les lobbies. 

 « Le volet cannabis devrait également être scruté avec attention par les acteurs de terrain, qui réclament une réforme de la loi de 1970 et souhaiteraient que le ministère de la Santé reprenne la main sur le dossier, au détriment de l’Intérieur, pour promouvoir une politique pragmatique de dépénalisation et régulation. » 

Dans les limbes

Septembre passa… Des voix autorisées évoquèrent décembre… Et nous voici en janvier de l’année 2019 avec un plan « 2018-2022 » qui demeure toujours dans les limbes et un gouvernement aux abonnés absents. Entre incurie, désinvolture et impudence.

En dépit des engagements réaffirmés d’Emmanuel Macron en faveur de la prévention le pouvoir exécutif tient ainsi pour quantité négligeable le fait que les conduites addictives constituent un défi majeur pour notre société ; que beaucoup de Français font un usage quotidien de produits psychoactifs : tabac, alcool, cannabis ; que les addictions, ce sont aussi des comportements, comme l’usage excessif des écrans ou des jeux vidéo, qui enferment et qu’on ne peut plus maîtriser ; que tous les territoires, urbains ou ruraux, métropolitains ou ultramarins, sont concernés et que les risques et les dommages sont clairement établis.

Chaque année, le tabac et l’alcool sont responsables en France du décès prématuré de plus de 120 000 personnes. Est-il acceptable de rester inactif quand on s’était engagé à agir ? Depuis un an le silence gouvernemental prend, chaque jour un peu plus les dimensions d’un scandale.

A demain

@jynau