Sportifs et publicités alcooliques : onze experts accusent Emmanuel Macron et Agnès Buzyn

Bonjour

Poisson-pilote ? Elle s’appelle Perrine Goulet. Députée (La République en marche, Nièvre) elle avait travaillé chez EDF Gaz de France Distribution comme conseillère clientèle à Nevers avant d’intégrer, il y a dix ans, le Centre nucléaire de Belleville comme responsable système d’information.

Le 26 mars 2018, Greenpeace portait plainte contre elle pour incitation au meurtre, à la suite d’une déclaration à l’Assemblée nationale datant du 22 mars concernant les militants pénétrant dans des complexes nucléaires : « Pourquoi nous ne ferions pas un peu comme aux États-Unis, (…) avec possibilité de ne pas se poser de questions et, quand il y a une intrusion, de tirer ? ». La députée s’était défendue dès le lendemain. Hors ed question de vouloir tuer des militants de Greenpeace elle voulait signifier « tirer dans les jambes ».

Peu de temps après Edouard Philippe, Premier ministre lui demandait un rapport sur le « financement du sport ». Travail achevé. Le Journal du Centre :

« Vendredi 30 novembre, à l’Assemblée nationale, la députée LREM Perrine Goulet, dans un rapport sur le financement des politiques sportives en France, a proposé des pistes pour financer le sport.

L’élue nivernaise, dans ses propos, semble douter de «  »l’efficacité » pour la santé publique de la loi Évin, qui restreint la promotion de l’alcool et du tabac depuis 1991. Elle déplore plusieurs incohérences, comme l’apparition des publicités prohibées sur des chaînes françaises à l’occasion de compétitions à l’étranger », rapporte une dépêche de l’AFP. Elle est favorable au « retour du sponsoring d’équipes françaises pour les viticulteurs et les brasseurs ».

« Ça ne sert à rien d’interdire l’alcool dans les stades si les gens s’enivrent massivement avant d’aller au match, ce qui pose des problèmes de sécurité », a-t-elle affirmé à l’AFP.

Elle propose, également, la suppression du certificat de non contre-indication à la pratique sportive. »

Lundi 3 décembre, méchant retour de volée d’une équipe de onze experts historiques de santé publique 1. Réintroduire sans limites la vente d’alcool dans les stades sous prétexte de soutien aux petits clubs sportifs ? « C’est oublier, disent-ils, les trente-neuf morts du Stade du Heysel à Bruxelles le 29 mai 1985. L’alcool avait coulé à flots avant que ne s’accumulent les morts. »

« Explication éculée »

Pour ces experts l’ explication éculée de Mme Goulet ne doit tromper personne. La même proposition a déjà été faite par un de ses collègues LREM, Alain Touret, pour soutenir les clubs de foot de la ligue 1 en commençant par un match du PSG, « petit club s’il en est ». Et de filer une métaphore aquatique :

« Ne soyons pas dupes. Il est évident que le lobby alcoolier harcèle la représentation nationale pour autoriser de nouvelles occasions de boire, avant et pendant les matchs. La députée LREM n’est que le poisson pilote des requins de l’alcool dont le but réel est d’en finir une fois pour toutes avec la Loi Evin et la loi Alliot-Marie de 1993 (interdiction de l’alcool, des chants racistes ou injurieux, des fumigènes), ce qui en langage hypnotique, macronien et alcoolier se dit « assouplir la loi ». »

Et ces experts de s’attaquer directement au chef de l’Etat et à la ministre des Solidarités et de la Santé :

« Désigné comme l’Homme de l’année par la Revue du Vin de France pour l’ensemble de son œuvre en faveur de l’alcool, le président Macron considère que l’information sanitaire est « anxiogène », voire « mortifère ». Méprisant les recommandations de l’OMS qui demandent d’élaborer les politiques de santé sans interférence des lobbies, il a installé le lobby alcoolier à l’Elysée même, en la personne de sa conseillère Agriculture, Audrey Bourolleau, ancienne Déléguée générale de Vin et Société. Le lobby alcoolier, ivre de ses succès, prétend même devenir un acteur crédible de la prévention. Autant confier aux renards la garde des poulaillers.

« Le gouvernement, par la voix d’Agnès Buzyn, s’est incliné récemment au Parlement face à la stratégie agressive des alcooliers pour faire boire les jeunes à coups de prémix à base de vin après les avoir appâtés avec des bonbons au mojito. La majorité à l’Assemblée nationale envisage maintenant d’ouvrir en grand les vannes de l’alcool dans le sport, avec en perspective les profits de la Coupe du Monde de Rugby en 2023 et des Jeux Olympiques de 2024. »

Et de rappeler que le grand « Plan national (2018-2022) de mobilisation contre les addictions » est toujours dans les limbes de la République.  Un invraisemblable retard qui, selon eux, s’explique : le pouvoir exécutif est en écrit actuellement une nouvelle version sous la dictée des lobbies.

A demain

1 Bernard Basset, vice-président de l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA) ; Amine Benyamina, professeur de psychiatrie et d’addictologie, université Paris-XI ; Gérard Dubois, professeur de santé publique, Académie de médecine ; Claude Got, Professeur honoraire, université René Descartes ; Serge Hercberg, professeur de nutrition, université Paris-XIII ; Catherine Hill, épidémiologiste ; Albert Hirsch, professeur de pneumologie, université Paris-VII ; Mickael Naassila, professeur de physiologie, président de la Société française d’alcoologie ; François Paille, professeur de thérapeutique et d’addictologie, université de Lorraine, président du Collège universitaire national des enseignants d’Addictologie (CUNEA) ; Michel Reynaud, professeur de psychiatrie et d’addictologie ; Nicolas Simon, professeur de médecine à Marseille, président de l’ANPAA

 

 

Alcool : Agnès Buzyn défend les bonbons mojito et les yaourts pina colada. Pourquoi ?

Bonjour

On pouvait, hier, lire ceci dans Le Parisien (Elsa Mari) : « L’amendement qui prévoyait de taxer ces bonbons au goût alcool a été rejeté par les députés, avec l’appui de la ministre de la Santé ». Ou encore : « Les bonbons mojito ne seront pas taxés ! ».  France Info : « L’Assemblée rejette la taxe sur les bonbons « saveur cocktail » et les vins aromatisés », avec le soutien d’Agnès Buzyn et au grand dam des addictologues et des défenseurs de la santé publique. Comment comprendre ?

Depuis longtemps l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA) dénonçait le fait que des industriels puissent indirectement faire de la publicité pour leurs boissons alcooliques via différents produits alimentaires ne contenant pas d’alcool tout en y faisant ouvertement référence (une déclinaison alcoolique des antiques « cigarette en chocolat ».

En juillet dernier,  sur RMC-BFMTV le Dr William Lowenstein parlait de « cynisme commercial criminel » – alors même que nous sommes, avec le président Macron, censés être dans le « quinquennat de la prévention ». « Quel est l’intérêt d’initier les mômes au goût alcool avec de telles images ? » Pourquoi pas des sucettes au goût d’ecstasy ?des chewing-gums néo-cocaïnés ?. Le président de SOS Addictions attendait alors, avec impatience, la réaction des tutelles et, tout particulièrement, « celle de la Direction Générale de la Santé ». On imagine, aujourd’hui, sa déception.

« Saveur rhum »

Un espoir été pourtant né quand, mi-novembre, le Sénat vota un amendement destiné à taxer plus lourdement les produits alimentaires « faisant référence à l’alcool ». Et c’est cet amendement que l’Assemblée nationale vient de rejeter avec le soutien de …. la ministre des Solidarités et de la Santé. Alors même que cette dernière s’était déclarée favorable à cette initiative. Selon elle le fait de taxer ces aliments risquait d’être censuré par le Conseil constitutionnel « dont la jurisprudence sur la fiscalité comportementale est très stricte ». (sic)

« L’amendement n’est pas passé car il aurait conduit à taxer davantage des produits qui font référence à l’alcool  – comme de la glace « saveur rhum » – que l’alcool lui-même comme du rhum, a précisé le ministère de la Santé au Parisien. On n’abandonne pas l’idée, on va la retravailler peut-être dans le cadre d’une proposition de loi. On pourra même aller plus loin, jusqu’à l’interdiction de ces produits ». Reculer pour, après-demain, mieux sauter ? Qui y croit ?

Amine Benyamina, psychiatre et addictologue à l’hôpital Paul-Brousse (Villejuif) : « Les députés ont voté sous l’influence direct des lobbys qui veillent au grain. En matière de santé publique, c’est un message déplorable. On touche le fond ». Bernard Jomier, médecin et sénateur (apparenté socialiste, Paris) : « Ces produits sont conçus pour les emmener vers une consommation d’alcool, elle entraîne des addictions. On trouvera des moyens d’en reparler. Hors de question d’abandonner ce combat ».

A demain

@jynau

 

Les confidences d’Alexandre Ricard sur les boissons au cannabis et la prévention de l’alcoolisme

Bonjour

Un géant vient de se confier au Figaro Eco (Ivan Letessier). Cela donne : « Pernod Ricard livre ses recettes pour accélérer encore » (sic). Où l’on apprend que les petits actionnaires de Pernod Ricard auront de quoi boire du petit-lait (re-sic) : « le géant français des spiritueux, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 9  milliards d’euros sur l’exercice clos fin juin, atteint un sommet en Bourse, où il est valorisé plus de 37 milliards ».

Alexandre Ricard, son PDG depuis février 2015 a, nous explique Le Figaro,  remis son groupe sur les rails de la croissance (re-re-sic) plus tôt que prévu. « Mieux, le petit-fils de Paul Ricard, le fondateur du groupe [19 000 collaborateurs], veut désormais passer la surmultipliée (sic.s). Extraits choisis de son entretien au Figaro.

« En juillet 2015, alors que nous n’avions plus de croissance, je m’étais engagé à la redresser dans la fourchette de 4 à 5 % en trois à cinq ans. Nous avons dépassé cette ambition à la fois en valeur, puisque le chiffre d’affaires a progressé de 6 % sur le dernier exercice, et en temps, puisque nous y sommes parvenus en trois ans. Nous avons atteint tous les objectifs d’une feuille de route centrée sur les consommateurs: notre approche de la distribution est plus efficace et nos innovations représentent un tiers de notre croissance. Nous avons formé nos managers à être plus réactifs et à ne pas avoir peur de l’échec. Les fondamentaux sont là, nous avons construit de quoi accélérer. Ma mission est simple: construire dans la durée une croissance pérenne et profitable. »

 « (…) J’ai du mal à cacher mon enthousiasme. Nous avons deux leviers extraordinaires pour accélérer: d’une part, notre portefeuille est de loin le plus complet de l’industrie pour couvrir tous les moments de consommation (apéritif, cocktail chic, dîner, soirée festive…) ; d’autre part, nous sommes le seul acteur à disposer d’une exposition unique à la classe moyenne émergente à travers la Chine et l’Inde où nous sommes leaders avec respectivement 42 et 45 % de part de marché. Nous sommes les mieux placés pour saisir la plus grande partie de la croissance future du secteur.

 « La France est à la fois le centre névralgique du groupe et ses racines. Ricard reste la première marque de spiritueux en France. J’éprouve un réel plaisir à observer l’attachement viscéral entre la France et Ricard, même de la part de ceux qui n’en boivent pas. Je ressens de la fierté et de l’émotion d’être à la tête d’un groupe qui a un tel lien avec la France. Nous sommes un des rares champions français. »

 Cannibalisation des vins et spiritueux

 Le Figaro pose alors cette question :  « Le cognac est l’une de vos trois priorités, avec la vodka et le whisky. Le secteur fait face à une pénurie de matières premières, notamment en termes d’eaux-de-vie jeunes. Comment comptez-vous gérer ce handicap ? » Réponse :

« Nous n’avons pas de handicap. Pendant les années difficiles pour le cognac, Pernod Ricard a continué d’investir dans des stocks stratégiques d’eaux-de-vie. Nous sommes capables de servir une croissance en volumes de 7 à 9 %, à laquelle s’ajoute notre capacité à augmenter les prix. Gérer la rareté, cela peut être un moteur de croissance. »

 Puis, enfin, sur le fond : « L’alcool fait l’objet de mises en garde de plus en plus vives, et la Cour des comptes préconise une hausse des taxes. Est-ce un risque pour le secteur des spiritueux ? » Réponse :

« Il faut se placer du point de vue du consommateur. La consommation d’alcool a baissé de 60 % en volume depuis les années 1960. 71 % du prix des bouteilles est constitué de taxes. N’exagérons pas, c’est assez cher. La consommation responsable est celle de la majorité, même si je ne nie pas certains comportements. Il n’y a pas de convivialité dans l’excès: d’ailleurs, un patron de bar ne sert pas de clients ivres, car il ne veut pas perdre ses clients conviviaux. Nous sommes pour une consommation responsable et modérée. La tendance, c’est de boire moins et mieux, le bon verre au bon moment. Chacun doit trouver son propre équilibre. C’est ce qu’il y a de plus compliqué, car il y a autant d’équilibres que d’individus. Cela ne passe pas par des décrets, mais par l’éducation et la responsabilisation. »

 Et pour finir :  « Le marché du cannabis se légalise en Amérique du Nord, certains de vos rivaux y investissent 1. Avez-vous de tels projets ? »

« Nous n’avons aujourd’hui aucun projet d’investissement. Nous analysons les conditions dans lesquelles le cannabis se légalise, dans la mesure où certains estiment que cela peut disrupter le marché. Notre responsabilité est de vérifier qu’il n’y a pas de cannibalisation sur des vins et spiritueux haut de gamme. Rien ne permet de craindre un tel phénomène pour le moment. »

 A demain

1 Sur ce sujet furieusement d’avenir :  « Cannibalisme, spiritueux et Pernod Ricard : légalisé le cannabis liquide sera-t-il alcoolisé ? » Journalisme et santé publique du 30 août 2018

Gilets jaunes, le noir, le froid et l’alcool : Christophe Castaner devait-il vraiment dire ça ?

Bonjour

18 novembre 2018. Les journalistes, ces historiens de l’instant, interrogent à qui mieux mieux les sociologues en chaire médiatique. Il s’agit de comprendre l’étrange phénomène français d’hier : « les gilets jaunes ». On aurait parlé, jadis, de « jacquerie » :

« Insurrection populaire, notamment paysanne. J’ai reçu une lettre lamentable de MmeSand. Il y a une telle misère dans son pays, qu’elle redoute une jacquerie (Flaubert., Corresp.,1870, p. 136). Les émeutes serviles, les jacqueries, les guerres des gueux, les révoltes des rustauds (Camus, Homme rév.,1951, p. 139) »

Certes. Mais aujourd’hui ?

Sur toutes les ondes : Christophe Castaner, jeune ministre de l’Intérieur. Prenons RTL, « première radio de France ». « Gilets jaunes » : « ll y a eu 282 interpellations », annonce Castaner sur RTL » :

« Les chiffres ont considérablement augmenté cette nuit. Au lendemain de la mobilisation des « gilets jaunes », Christophe Castaner a dressé un nouveau bilan. Invité de RTL, il a ainsi comptabilisé 287.710 manifestants sur les 2.034 sites occupés samedi 17 novembre (…) Cette nuit a été agitée. (…) Il y a eu des agressions, des bagarres, des coups de couteau », a détaillé le ministre. « Il y a aussi eu des bagarres entre ‘gilets jaunes’. Il y a eu beaucoup d’alcool dans certains endroits, et ça a provoqué ces comportements idiots qui peuvent pousser à la violence, et là ça devient inacceptable » »

Plus précisément Christophe Castaner a déclaré : « Il y a eu beaucoup d’alcool dans certains endroits, et pour tenir la nuit…  avec le froid qui arrive… et du coup ça a provoqué ces comportements idiots … [la suite sans changement] ».

L’alcool, pour « tenir la nuit avec le froid qui arrive ». Chacun sait qu’en réalité l’alcool ingéré ne réchauffe que par illusion  1. Ce que ne peut manquer de savoir le ministre de l’Intérieur. Mais encore ? Journalistes, sociologues ou citoyens, pourraient aussi percevoir dans cet alcool « qui aide à tenir la nuit » comme une amorce de métaphore politique. Quel ministre, quel gouvernement, quel président, viendra dire, simplement,  que, tout bien pesé, l’espoir luit ?

A demain

@jynau

 1 On notera toutefois ici le dernier, épais et glacé supplément de L’Equipe : « Whisky. Tout savoir de cette eau-de-vie à l’occasion des fêtes de fin d’année » (sic)

 

 

 

 

Soudain, au pied de l’Arc de triomphe, Emmanuel Macron redonna vie aux «anciens démons»

Bonjour

Immanence ? En même temps le rationnel et son absolu contraire. La raison pure et l’agitation politique des spectres. Au lendemain des spectacles du 11 novembre 2018, la Une du Monde, quotidien certes parfois fourbu mais toujours debout :  « Macron : les anciens démons ressurgissent ». Aller page 15, juste après le Carnet.

« Dimanche 11 novembre, Emmanuel Macron avait convié à Paris plus de soixante-dix chefs d’Etat et de gouvernement pour les Cent ans de la fin de la Grande Guerre. Dans un hommage au Soldat inconnu, au pied de l’Arc de triomphe, le président a exhorté ses invités, dont Donald Trump et Vladimir Poutine, à ne pas céder aux sirènes du nationalisme, pour privilégier la coopération multilatérale, que ce soit au sein de l’Union européenne ou des Nations unies ».

Et puis ces extraits :

« Le 7  novembre 1918, lorsque le caporal clairon Pierre Sellier sonna le premier cessez-le-feu, vers 10  heures du matin, bien des hommes ne purent y croire, puis sortirent lentement de leurs positions, pendant que, de loin en loin, sur les lignes, les mêmes clairons répétaient le cessez-le-feu puis faisaient entendre les notes de la sonnerie aux morts, avant que les cloches ne répandent la nouvelle, à la volée, dans tout le pays.

Le 11  novembre 1918, à 11  heures du matin, il y a cent ans, jour pour jour, heure pour heure, à Paris comme dans toute la France, les clairons ont retenti et les cloches de toutes les églises ont sonné. C’était l’armistice. » (…)

« Avec les ombres de Peugeot, premier tombé, et de Trébuchon, dernier mort pour la France dix minutes avant l’armistice, voici l’instituteur Kléber Dupuy, défenseur de Douaumont, Apollinaire, Blaise Cendrars au régiment de marche de la Légion étrangère, les soldats des régiments basques, bretons ou marseillais, le capitaine de Gaulle que personne alors ne connaissait, Julien Green, l’Américain, à la porte de son ambulance, Montherlant et Giono, Charles Péguy et Alain Fournier tombés dans les premières semaines, Joseph Kessel venu d’Orenbourg en Russie.

Et tous les autres, tous les autres qui sont les nôtres, auxquels plutôt nous appartenons, et dont on peut lire les noms sur chaque monument, des hauteurs solaires de la Corse aux vallées des Alpes, de la Sologne aux Vosges, de la pointe du Raz à la frontière espagnole. Oui, une seule France, rurale et urbaine, bourgeoise, aristocratique et populaire, de toutes les couleurs où le curé et l’anticlérical ont souffert côte à côte et dont l’héroïsme et la douleur nous ont faits.

Durant ces quatre années, l’Europe manqua de se suicider. L’humanité s’était enfoncée dans le labyrinthe hideux d’affrontements sans merci, dans un enfer qui engloutit tous les combattants, de quelque côté qu’ils soient, de quelque nationalité qu’ils soient. »

Et cet invraisemblable chapelet : « 10  millions de morts ; 6  millions de blessés et mutilés ; 3  millions de veuves ; 6  millions d’orphelins ; des millions de victimes civiles ; un milliard d’obus tirés sur le seul sol de France ».

Suit un bien beau discours présidentiel, expliquant au peuple de France que « 1918 », c’était il y cent ans, que cela « peut sembler loin », mais que « c’était hier ». Et le président Macron de déclarer, avant de nous perdre une nouvelle fois dans une complexité itinérante et mémorielle :

« Je le sais, les démons anciens resurgissent, prêts à accomplir leur œuvre de chaos et de mort. »

Où  l’on en revient, comme dans le cas de l’alcool, des drogues et du sevrage, à la métaphore du « retour des démons ». Métaphore opérante ? Immanence ?

A demain

@jynau

 

 

  « Le 7  novembre 1918, lorsque le caporal clairon Pierre Sellier sonna le premier cessez-le-feu, vers 10  heures du matin, bien des hommes ne purent y croire, puis sortirent lentement de leurs positions, pendant que, de loin en loin, sur les lignes, les mêmes clairons répétaient le cessez-le-feu puis faisaient entendre les notes de la sonnerie aux morts, avant que les cloches ne répandent la nouvelle, à la volée, dans tout le pays.

Le 11  novembre 1918, à 11  heures du matin, il y a cent ans, jour pour jour, heure pour heure, à Paris comme dans toute la France, les clairons ont retenti et les cloches de toutes les églises ont sonné.

 

C’était l’armistice. »

(…)

« Avec les ombres de Peugeot, premier tombé, et de Trébuchon, dernier mort pour la France dix minutes avant l’armistice, voici l’instituteur Kléber Dupuy, défenseur de Douaumont, Apollinaire, Blaise Cendrars au régiment de marche de la Légion étrangère, les soldats des régiments basques, bretons ou marseillais, le capitaine de Gaulle que personne alors ne connaissait, Julien Green, l’Américain, à la porte de son ambulance, Montherlant et Giono, Charles Péguy et Alain Fournier tombés dans les premières semaines, Joseph Kessel venu d’Orenbourg en Russie.

Et tous les autres, tous les autres qui sont les nôtres, auxquels plutôt nous appartenons, et dont on peut lire les noms sur chaque monument, des hauteurs solaires de la Corse aux vallées des Alpes, de la Sologne aux Vosges, de la pointe du Raz à la frontière espagnole. Oui, une seule France, rurale et urbaine, bourgeoise, aristocratique et populaire, de toutes les couleurs où le curé et l’anticlérical ont souffert côte à côte et dont l’héroïsme et la douleur nous ont faits.

Durant ces quatre années, l’Europe manqua de se suicider. L’humanité s’était enfoncée dans le labyrinthe hideux d’affrontements sans merci, dans un enfer qui engloutit tous les combattants, de quelque côté qu’ils soient, de quelque nationalité qu’ils soient. »

Et cet invraisemblable chapelet : « 10  millions de morts ; 6  millions de blessés et mutilés ; 3  millions de veuves ; 6  millions d’orphelins ; des millions de victimes civiles ; un milliard d’obus tirés sur le seul sol de France ».

Suit un bien beau discours présidentiel, expliquant au peuple de France que « 1918 », c’était il y cent ans, que cela « peut sembler loin », mais que « c’était hier ». Et le président Macon de déclarer, avant de se perdre une nouvelle fois dans une complexité itinérante et mémorielle :

« Je le sais, les démons anciens resurgissent, prêts à accomplir leur œuvre de chaos et de mort. »

Où  l’on en revient, comme dans le cas de l’alcool, des drogues et du sevrage, à la métaphore du « retour des démons ».

A demain

@jynau

 

Premières ivresses : l’exécutif rappelle que le «Virgin Mojito» ne contient ni rhum ni alcool

Bonjour

En direct, ou presque, de l’Assemblée nationale. On y traite de l’alcool et du financement de la Sécurité Sociale. Le 25 octobre, plusieurs amendements concernant la fiscalité alcoolisée ont été débattus. « Trois d’entre eux ont été retirés ou rejetés à la demande du rapporteur général et d’Agnès Buzyn ministre des Solidarité set de la Santé, nous rapporte l’ANPAA. Usant d’arguments de forme, ils ont reconnu l’importance des sujets soulevés, mais renvoyé à des travaux ultérieurs notamment dans le cadre du Plan gouvernemental de mobilisation contre les conduites addictives (plan Mildeca).»  Un plan qui embarrasse au plus au point le gouvernement tant les arbitrages se révèlent douloureux au sein d’un exécutif déchiré sur le sujet.

Cas d’école. Intéressons-nous à l’amendement n°1313, porté par la députée macronienne Audrey Dufeu-Schubert, 38 ans (Loire-Atlantique). Cette ancienne infirmière devenue directrice d’un établissement de santé souhaitait, avec nombre de ses collègues 1 la création d’une taxe sur d’étranges produits : ceux qui sont dotés d’une référence alcoolique mais qui ne contiennent pas d’alcool. Des produits qui, « en utilisant la boisson alcoolisée comme argument marketing, conduisent à une banalisation chez les plus jeunes de la consommation d’alcool ». Extrait du pitch (nous soulignons):

« Cet amendement vise à taxer les produits à référence alcooliques, produits pour lesquels l’alcool est utilisé comme argument de vente sans en contenir.

Sont considérés comme produits à référence alcoolique des produits dont le nom fait référence à une boisson alcoolique alors que cette boisson ne participe pas à sa fabrication. Cela peut concerner des boissons sans alcool (« Virgin Mojito »), mais également des bonbons, gels douche et autres produits où la référence à l’alcool est utilisée comme outil marketing et publicitaire. Cette taxe ne vise donc pas les alcooliers mais les producteurs de ces produits qui font la promotion de l’alcool.

Nous avons fait le choix d’exclure de cette taxe les produits composés d’un ingrédient alcoolique, afin de protéger les produits de territoire. L’objectif de cette taxe n’est pas de taxer des produits dont le nom fait référence aux produits qu’ils contiennent, mais de taxer des produits dont le nom fait référence à une boisson alcoolique qui ne participe pas au procédé de fabrication. Ainsi, les gels douche mojito seront taxés, mais pas le coq au vin.

La limitation au nom du produit exclut également les produits dont une caractéristique, telle que la couleur, pourrait renvoyer à une boisson alcoolique. En effet, la couleur est une caractéristique et n’est donc pas inscrite dans le nom du produit. La mention « bordeaux » sur un rouge à lèvres renvoie à une caractéristique du produit et non au nom du de celui-ci. Il ne sera donc pas soumis à la taxe présentée ici. »

Claude Evin versus Agnès Buzyn

Les auteurs de cet amendement expliquaient encore que la banalisation de références à des boissons alcooliques sur des produits de consommation courante « tend à rendre anodine la consommation de ces boissons dont on sait pourtant qu’elle est, en excès, dangereuse pour la santé ». « Cela conditionne dès le plus jeune âge et de manière insidieuse dans nos foyers une relation au produit alcool comme inoffensif, ajoutaient-ils. Or nous savons et beaucoup d’études médicales le démontrent que les effets sur la santé sont conséquents et dangereux. Nous devons préserver nos jeunes ! La mesure proposée s’inscrit dans le cadre de la prévention de l’alcoolisme et vise à décourager l’utilisation de l’alcool, ou de boissons alcoolisées, comme argument de communication pour les producteurs et distributeurs de produits. »

On rappellera que le mojito est un cocktail à base de rhum, de soda, de citron vert, et de feuilles de menthe fraîche. Inspiré du mint julep, c’est une variante des Ti-punch des AntillesDaïquiri, et autres Cuba libre.  Une  légende urbaine veut  que l’histoire du mojito remonte au début du xvie siècle lorsque Francis Drake, entre deux pillages de La Havane, sirotait des feuilles de menthe pilées avec du tafia. Puis il fut très apprécié par l’écrivain journaliste américain Ernest Hemingway qui venait régulièrement le déguster lorsqu’il vivait à Cuba entre 1939 et 1960, C’est aujourd’hui, avec ses cigares un emblème de la culture cubaine. En France, il a été « démocratisé » à partir des années 1990  par une importante campagne marketing financée par Pernod Ricard, propriétaire d’ Havana Club. Sur ce thème, lire « Pourquoi buvons-nous des mojitos? », Slate.fr,‎ 30 mai 2012.

Le Virgin Mojito ? « Coupez le citron vert pour en faire 6 quartiers que vous verserez directement dans le verre. Ajoutez les feuilles de menthe fraîche et écrasez le tout délicatement à l’aide d’un pilon. Ajoutez le jus de pomme et remplissez le verre de glace pilée (jusqu’en haut) et complétez avec l’eau gazeuse. » (Le Figaro Madame). C’est aussi une formule utilisée par une série de marques – parmi lesquelles le célèbre Schweppes.

On ne manquer de faire ici un parallèle avec les célèbres « cigarettes en chocolat » qui ne contenaient pas de tabac – friandises interdites car considérées comme un moyen de faire de la publicité ou de la propagande en faveur du tabac – au titre des articles L3511-3 et L3511-4 du code de la santé publique, délit punissable d’une amende de 100.000 euros.

L’amendement de la députée macronienne Audrey Dufeu-Schubert a été retiré à la demande du gouvernement. Où l’on observe qu’en matière de lutte politique contre les addictions (et contre la duplicité de la publicité) Agnès Buzyn est encore bien loin d’avoir accompli le chemin de Claude Evin.

A demain

@jynau

1 Mme Brugnera, M. Buchou, M. Daniel, Mme De Temmerman, Mme Fontenel-Personne, Mme Granjus, Mme Guerel, M. Jacques, Mme Josso, Mme Peyron, Mme Pompili, Mme Rist, Mme Rossi, M. Touraine, Mme Toutut-Picard, Mme Vanceunebrock-Mialon, M. Vignal, M. Zulesi, Mme Osson, Mme Pitollat, Mme Wonner, Mme Krimi, Mme Motin, Mme Valetta Ardisson, Mme Melchior, M. Bois, Mme Brunet, Mme Hennion et Mme Bono-Vandorme

 

 

Qui sont les généreux «partenaires industriels» intéressés par la maladie alcoolique du foie ?

Bonjour

Le 7 décembre prochain se tiendra à Paris une intéressante « journée de préparation », prélude à l’élaboration des « recommandations de la prise en charge de la maladie alcoolique du foie ». Tout est dit ici. Une manifestation prestigieuse organisée par la Société Française d’Hépatologie.

Cette dernière est également conne sous l’appellation Association Française pour l’Étude du Foie (AFEF). Elle regroupe « l’ensemble des chercheurs et cliniciens impliqués en hépatologie ». Créée le 17 novembre 1975, elle a obtenu le statut d’association reconnue d’utilité publique le 6 janvier 2005. Elle est aussi « l’interlocutrice privilégiée des institutions officielles » et « la référence en matière de recommandations de la prise en charge des traitements des maladies liées au foie ». Ses actions sont soutenues par de très nombreux partenaires scientifiques, institutionnels et industriels (pharmaceutiques)– sans oublier les associations de patients.

Nous apprenons aujourd’hui que la Fédération Française d’Addictologie (FFA) vient de faire savoir par mail urgent à ses membres que l’AFEF – Société Française d’Hépatologie « a la possibilité de prendre en charge (sic) quelques médecins qui souhaiteraient participer «  à la journée parisienne du 7 décembre » – et ce « grâce au soutien de quelques-uns de ses partenaires industriels ».

« Si vous êtes intéressé(e) par une telle prise en charge (re-sic), merci de le préciser par retour de courriel d’ici demain 10h00 (en effet pour des raisons réglementaires les laboratoires doivent transmettre leur liste d’invités assez longtemps avant la manifestation) » précise la FFA.

Intéressé, nous avons demandé à cette dernière qui étaient ces généreux partenaires de l’industrie pharmaceutique. Aucune réponse, même de courtoisie. Il est, ainsi, sur certains sujets, des silences automatiques.

A demain

@jynau