Cannabis récréatif et politique: oui ou non, Emmanuel Macron est-il contre sa légalisation ?

Bonjour

Pour un peu le journaliste se lasserait. Des députés de quatre groupes politiques (dont certains macronistes) prônent désormais ouvertement une « légalisation contrôlée » du cannabis – et ce dans une proposition de loi transmise de mardi 18 juin à la presse. Ce texte sera officiellement déposé ce 19 juin.

Signataires : François-Michel Lambert, Sylvia Pinel, Paul Molac, Jean-Michel Clément, Jeanine Dubié, Frédérique Dumas, François Pupponi (Libertés et territoires), Delphine Bagarry, Annie Chapelier, Hubert Julien-Laferrière, Pierre-Alain Raphan et Cécile Rilhac (La République en marche), Régis Juanico (apparenté PS), ainsi qu’Eric Coquerel, Loïc Prud’homme (La France insoumise) et Sébastien Nadot (non inscrit).

« La constitution d’un monopole pour la production et la vente du cannabis par la création d’une société nationale, la SECA (Société d’exploitation du cannabis), permettra de réguler la production et la vente tout en contrôlant la consommation ». La SECA après la Seita (1926-1995), en somme.

Pernod-Ricard

 « La politique de forte répression est un échec complet », juge le député des Bouches-du-Rhône François-Michel Lambert, ex-macroniste issu des rangs écologistes, ancien de Pernod-Ricard et porte-parole de l’Union des démocrates et des écologistes). Le cannabis peut s’apparenter à de l’alcool ou du tabac sur les enjeux de toxicomanie. »

La vente, par les buralistes, serait interdite aux mineurs imagine cette proposition de loi. Un arrêté du ministre de la santé fixerait par ailleurs le taux autorisé de THC, principale substance psychoactive de la plante. Le produit des taxes sur le cannabis pourrait être pour partie (sic) « consacré aux politiques de prévention et de réduction des risques, notamment en direction des jeunes et des populations vulnérables » (re-sic).

Tir croisé : à la veille du dépôt de cette proposition de loi, soixante-dix personnalités ont également lancé mercredi 19 juin dans L’Obs 1 un appel pour la légalisation encadrée du cannabis. Médecins, élus, économistes estiment que « c’est précisément parce qu’il est nocif pour la santé, particulièrement celle des mineurs, qu’il faut en contrôler la production et la distribution ». « Quand la France acceptera-t-elle de regarder la réalité en face, de faire preuve de pragmatisme, face à cette impasse ? », s’interrogent les signataires de l’appel. En avril dernier, le Premier ministre, Edouard Philippe, avait estimé qu’il serait « absurde » de s’interdire d’étudier les possibilités du cannabis thérapeutique. Mais « il ne s’agit en aucun cas d’une légalisation de la vente de cannabis [récréatif]», avait aussitôt précisé Matignon.

Sur un sujet politique et médical aussi essentiel on attend, oui ou non, la profession de foi d’Emmanuel Macron. Pourquoi ne parle-t-il pas ?

A demain @jynau

Patrick Aeberhard Cardiologue, ex-président de Médecins du Monde Ingela Alger Economiste, chercheuse à la TSE*, directrice de recherche au CNRS Stefan Ambec Chercheur à la TSE*, directeur de recherche à l’Inra Gil Avérous Maire de Châteauroux (LR) Jean-Paul Azam Chercheur à la TSE*, professeur d’économie, université Toulouse-I Capitole Laurent Baron Maire du Pré-Saint-Gervais (PS) Jacques Bascou Président (PS) de la communauté d’agglomération de Narbonne Julien Bayou Conseiller régional, porte-parole (EELV) Esther Benbassa Sénatrice de Paris (EELV) Christian Ben Lakhdar Professeur d’économie à l’université de Lille Amine Benyamina Addictologue Ugo Bernalicis Député du Nord (LFI) Yann Bisiou Maître de conférences en droit privé à l’université Paul-Valéry Montpellier-III Jacques Boutault Maire du 2e arrondissement de Paris (EELV) Jean-Paul Bret Maire de Villeurbanne (PS) Frédéric Cherbonnier Economiste, chercheur à la TSE*, professeur à l’Institut d’Etudes politiques de Toulouse  Renaud Colson Juriste, maître de conférences à l’université de Nantes Alexis Corbière Député de Seine-Saint-Denis (LFI) David Cormand Député européen, secrétaire national d’EELV  Magali Croset-Calisto Psycho-addictologue  Gérard Cosme Président d’Est Ensemble  Jean-Pierre Daulouède Psychiatre addictologue  Marie Debrus Pharmacienne, Médecins du Monde  Philippe De Donder Chercheur à la TSE*  William Delannoy Maire de Saint-Ouen (UDI)  Karima Delli Députée européenne (EELV)  Jacques Delpla Economiste, professeur associé à la TSE* Tony Di Martino Maire de Bagnolet (PS) Caroline Fiat Députée de Meurthe-et-Moselle (LFI)  Michel Fourcade Maire de Pierrefitte-sur-Seine (PS)  Robert Gary-Bobo Professeur d’économie Crest-Ensae  Stéphane Gatignon Ancien maire de Sevran  Raphaël Glucksmann Député européen (PS-Place publique)  Christian Gollier Directeur général de la TSE*  Benoît Hamon Ancien ministre de l’Education nationale  Mathieu Hanotin Conseiller départemental de la Seine-Saint-Denis, ancien député de la Seine-Saint-Denis (PS)  Olivia Hicks Médecin et première adjointe au maire du 2earrondissement de Paris Touria Jaaidane Professeure d’économie à l’université de Lille Yannick Jadot Député européen (EELV)  Pierre Jouvet Président de Porte de DrômArdèche, porte-parole du PS  Laurent Karila Psychiatre Michel Kazatchkine Ancien directeur exécutif du Fonds mondial de Lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme Bertrand Kern Maire de Pantin (PS) Olivier Klein Maire de Clichy-sous‑Bois (PS)  Gaspard Koenig Président du think tank GenerationLibre Bernard Kouchner Ancien ministre de la Santé Annie Lahmer Conseillère régionale d’Ile-de-France (EELV) François-Michel Lambert Député des Bouches-du-Rhône (UDE, x-LREM) Bertrand Lebeau Addictologue William Lowenstein Médecin, président de SOS Addictions Thierry Magnac Chercheur à la TSE*, professeur d’économie à l’université Toulouse-I Capitole Patrick Mennucci Conseiller municipal de Marseille Alain Morel Psychiatre, addictologue, directeur général de l’association Oppelia Claire Nouvian Militante écologiste  Danièle Obono Députée de Paris (LFI) Mathilde Panot Députée du Val-de‑Marne (LFI) Pierre Person Député de Paris (LREM) Emmanuelle PeyretMédecin addictologue, hôpital Robert-Debré Eric Piolle Maire de Grenoble (EELV) Collectif Police contre la Prohibition (PCP) Adrien Quatennens Député du Nord (LFI) Jérôme Renault Chercheur à la TSE*, professeur en mathématiques appliquées à l’université Toulouse-I Capitole Régis Renault Professeur d’économie à l’université de Cergy-Pontoise Sabine Rubin Députée de Seine-Saint-Denis (LFI) Hervé Saulignac Député de l’Ardèche (PS) Paul Seabright Chercheur à la TSE* Guy Sebbah Médecin, membre du directoire du Groupe SOS Solidarités Béatrice Stambul Psychiatre Jennifer Stephenson Responsable de la communication de la Fondation JJ Laffont et de la TSE* SUD Intérieur Syndicat de policiers Aurélien Taché Député du Val-d’Oise (LREM) Bénédicte Taurine Députée de l’Ariège (LFI) Magalie Thibault Vice-présidente du département de Seine-Saint-Denis Sylvine Thomassin Maire de Bondy (PS) Khalid Tinasti Secrétaire exécutif de la Commission globale en matière de drogues Ludovic Toro Médecin et maire de Coubron (UDI), conseiller régional d’Ile-de-France, membre de la commission de coordination des politiques de santé auprès de l’ARS Marie Toussaint Députée européenne (EELV) Stéphane Troussel Président du département de la Seine-Saint-Denis (PS) 
Daniel Vaillant Ancien ministre de l’Intérieur (PS) Thierry Verdier Professeur d’Economie (ENPC-ParisTech et Ecole d’Economie de Paris) Michèle Victory Députée de l’Ardèche (PS)

* Toulouse School of Economics

Cannabis : interdiction au Canada d’en mettre dans la bière, les bonbons et les sucettes

Bonjour

C’était écrit dans la légalisation du cannabis : son industrie du cannabis se professionnalise à grande vitesse 1, élargit sans cesse sa palette. Aujourd’hui l’Agence France Presse nous apprend que des « produits comestibles à base de cannabis » seront vendus au Canada dès la mi-décembre. Annonce officielle faite, vendredi 14 juin, par le gouvernement canadien. Qui précise que les « produits susceptibles de plaire aux enfants » (comme les bonbons ou les sucettes) ne pourront pas en contenir 2. Ces nouvelles dispositions  entreront en vigueur un an après la légalisation du cannabis « à usage récréatif ». Elles concernent également les « extraits de cannabis » et les « produits à usage dermatologique ».

Légaliser c’est aussi encadrer : des règles strictes pour limiter l’attractivité des produits dérivés du cannabis auprès des mineurs devront être respectées, parmi lesquelles l’obligation d’adopter des emballages « neutres » et « difficiles à ouvrir », ou encore la restriction de certains ingrédients, colorants et parfums. Bill Blair, ministre canadien de la Sécurité frontalière et de la réduction du crime organisé (sic) :

« La réglementation modifiée est la prochaine étape visant à réduire les risques pour la santé et la sécurité publiques associés au cannabis comestible, aux extraits de cannabis et au cannabis (à usage dermatologique) et de supplanter le marché illégal de ces produits au Canada.»

La nouvelle réglementation imposera que les aliments ou boissons « infusés au cannabis » ne pourront pas contenir plus de 10 milligrammes de THC. Pour les extraits de cannabis et les produits à usage dermatologique, la dose maximale autorisée sera de 1 000 milligrammes par unité d’emballage. Les autorités recommandent néanmoins aux nouveaux consommateurs de ne pas consommer des aliments ou boissons comportant plus de 2,5 milligrammes de THC.

Quant aux  producteurs et distributeurs, ils ne pourront pas mettre en avant d’éventuels « bénéfices pour la santé ou le régime ». Contrairement à ce que l’industrie alcoolique espérait l’association cannabis-boissons alcooliques sera interdite – au grand dam des  entreprises qui avaient déjà commencé à développer des « bières au cannabis ».

L’agence fédérale canadienne de la statistique a fait ses premiers calculs : environ 5,4 millions de Canadiens ont acheté du cannabis depuis sa légalisation en octobre – parmi eux, 600 000 naïfs.

A demain @jynau

1 The New York Times, Conor Dougherty, 25 avril, repris dans Courrier international N° 1493 du 13 au 19 juin 2019)

2 En France, depuis 2009, la loi a instauré une interdiction totale de vente de tabac et d’alcool aux mineurs. Dix ans plus tard on vient d’apprendre que les lycéens qui fument quotidiennement continuent de s’approvisionner principalement chez les buralistes. Ils sont ainsi 77,0  % à y acheter personnellement leurs cigarettes « presque toujours » ou « souvent », tandis que 16,0 % déclarent le faire « rarement » ou «  parfois  ». Quant à l’approvisionnement en alcool il s’opère avec la même facilité. (Spilka S, Godeau E, Le Nézet O et al Usages d’alcool, de tabac et de cannabis chez les adolescents du secondaire en 2018 Tendances n° 132, OFDT, juin 2019)

E-Cigarette : elle détrône progressivement le tabac dans les collèges et lycées français

Bonjour

Mesurer l’entrée des adolescents français dans l’esclavage ambivalent des addictions. C’est une première : plus de 20 000 collégiens et lycéens représentatifs des adolescents scolarisés en France métropolitaine âgés de 11 à 18 ans ont, en 2018, répondu simultanément à un questionnaire en ligne à propos de leurs comportements de santé et de leurs consommations de substances psychoactives. Etude « EnCLASS » Les premiers résultats sont présentés dans le numéro 132 de la revue Tendances de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies 1.

Premiers constats : ce sont principalement les substances « licites », alcool et tabac, qui se diffusent au cours des « années collège » – substances illicites pour les mineurs… «  Tous niveaux de classes de collège confondus, 6 élèves sur 10 déclarent avoir déjà consommé une boisson alcoolisée et 1 sur 10 indique une ivresse alcoolique, résume l’OFDT. La diffusion du cannabis ne s’amorce [sic] qu’en  4e et atteint 16,1 % en 3e. Durant les  »années lycée », des usages plus réguliers s’installent. C’est le cas pour l’alcool,  singulièrement chez les garçons qui sont un tiers à déclarer ce comportement en terminale. La diffusion du tabagisme connaît une accélération : un élève de terminale sur 5 (21,5 %) fume quotidiennement. Quant à l’expérimentation du cannabis,  33,1  % des lycéens sont concernés. »

Un espoir toutefois : quand elle est possible, la comparaison avec les enquêtes précédentes témoigne d’un recul de l’ensemble des usages au collège. Au lycée c’est aussi le cas pour le tabac et le cannabis. Toutefois les niveaux de consommation d’alcool sont stables.

Les intégristes anti-nicotiniques

Restons au chapitre tabac. La comparaison des résultats d’EnCLASS 2018 avec ceux d’ESPAD 2015 fait apparaître une nette baisse des niveaux d’usages : l’expérimentation recule de 8 points (de 60,9 % à 53,0 %) et l’usage quotidien passe sous les 20 % (de 23,2 % à 17,5 %) « soulignant une certaine désaffection pour le produit dans ces jeunes générations ». « Dans le même temps, ajoute l’OFDT, l’expérimentation de la cigarette électronique semble bien plus commune ». Extrait de la publication :

« Les résultats d’EnCLASS témoignent d’une nette hausse de l’expérimentation de la cigarette électronique, confirmant les observations faites par ailleurs en population adulte et adolescente. L’expérimentation concerne près du tiers des élèves de 4e et 3e en 2018 (32,0 %), et plus de la moitié des lycéens (52,1 %, soit 57,2 % des garçons et 47,1 % des filles). L’expérimentation des lycéens s’est accrue de 17 points par rapport à 2015. L’usage au cours du mois chez ces derniers est passé de 10,0 % à 16,0 % en trois ans. Phénomène marquant, 9,8 % des lycéens l’ont expérimentée sans avoir fumé de cigarette auparavant, alors qu’ils n’étaient que 3,7 % dans ce cas en 2015 (ce phénomène concerne 4,9 % des collégiens en 2018). De la même manière, 5,6 % des lycéens déclarent avoir fumé exclusivement une cigarette électronique au cours du mois (7,0 % des garçons vs 4,2 % des filles), contre 2,7 % trois ans auparavant.

« Ces résultats laissent entendre que la pratique de la cigarette électronique tendrait, aujourd’hui, à se dissocier de plus en plus de l’usage de tabac en population adolescente. Néanmoins, la part des « abstinents » (n’ayant jamais fumé ni tabac, ni cigarette électronique) demeure stable à 35,7 % chez les lycéens. Parmi les lycéens qui ont déclaré avoir expérimenté à la fois le tabac et la e-cigarette (soit 42,6 % des élèves), l’expérimentation de tabac a précédé celle de la cigarette électronique dans 58,3 % des cas, l’expérimentation de la e-cigarette avant le tabac a toutefois concerné 13,4 % d’entre eux. »

En toute logique sanitaire ce constat devrait conduire à la fin du déni du pouvoir exécutif quant aux vertus de la cigarette électronique comprise comme le plus puissant des leviers d’une politique de réduction des risques tabagiques. On peut toutefois redouter que les intégristes anti-nicotiniques usent de ces chiffres à des fins radicalement opposées.

A demain  @jynau

1 « Usages d’alcool, de tabac et de cannabis chez les adolescents du secondaire en 2018 » Auteurs : Stanislas Spilka, Emmanuelle Godeau (EHESP), Olivier Le Nézet, Virginie Ehlinger (Inserm UMR 1027), Eric Janssen, Alex Brissot, Antoine Philippon, Sandra Chyderiotis

De l’ivresse et de l’addiction alcoolique : de Gustave Flaubert à William Lowenstein

Bonjour

Comment faire, au mieux, avec l’ambivalence alcoolique ?  Dans Le Figaro (Aude Rambaud) le Dr William Lowenstein, président de SOS addictions traite, avec l’aisance qu’on lui connaît, de la maladie alcoolique dans ses dimensions médicales et politiques. Que retenir ? Tout d’abord que l’alcoolisme n’est pas une fatalité française. Certes, explique-t-il, du fait de sa production de vin notre pays a un lien historique et culturel avec l’alcool et ne peut pas le considérer comme une « drogue ».

« Résultat, les pouvoirs publics encouragent encore son usage et en tolèrent l’abus. Mais nous ne sommes pas une exception. Tous les pays producteurs ont le même problème: l’Allemagne ou l’Australie avec la bière, le Royaume-Uni avec le whisky, la Russie avec la vodka. D’où le résultat: une population qui ne prend pas suffisamment au sérieux les méfaits de l’alcool et des centaines de milliers de vies ruinées. »

La réalité ambivalente est qu’entre 10 et 15 % des adultes présentent une « consommation à risque » ou un « problème avec l’alcool ». Mais dans l’imaginaire collectif, ces personnes sont « faibles », n’ont « pas su se contrôler », se sont « laissées aller ». Loin de les considérer come des malaeds de l’alcool on peut soutenir qu’elles n’ont tout simplement pas observé les messages de prévention en faveur d’une consommation modérée : « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. Aconsommer avec modération ». Comment un alcoolique pourrait-il soutenir qu’il n’était pas prévenu ? Dr Lowenstein :

« Quelle hypocrisie que ces messages! Allez, bonnes gens, consommez avec modération, mais consommez. Cela revient, de la part des autorités sanitaires, à se dédouaner des abus. A la place, il faudrait des slogans sur les ravages de l’alcool ; le nombre de cancers par an, de femmes dépendantes, de morts, de familles brisées, car c’est cela la réalité. Mais non, on préfère pacifier, sous-estimer les risques réels de cette vraie drogue. Les gens ne réalisent pas la gravité de la dépendance à l’alcool: ce chaos, cette survie douloureuse au quotidien. Je le dis, cette addiction est l’une des plus sévères qui soient avec les addictions aux amphétamines ou à la cocaïne. »

« Cette maladie entraîne une perte totale de contrôle vis-à-vis des autres. Aucune autre drogue, sauf la cocaïne, n’est aussi désinhibitrice, déstabilisatrice, entraînant paranoïa et violence, au point de terrifier sa propre famille. Et puis elle tue, par cancer, par maladie cardio-vasculaire ; par overdose, c’est le coma éthylique. En outre, la dépendance est terrible, plus forte que celle à l’héroïne. On se réveille la nuit pour boire, et un sevrage trop brutal entraîne des souffrances neuronales, des délires, des crises d’épilepsie qui peuvent être fatales. Enfin, la rémission est très difficile car le quotidien est envahi par l’alcool, contrairement aux autres drogues dures difficiles d’accès ».

Tragique ambivalence du politique

De même que le diable dans les détails l’ambivalence niche aussi dans la thérapeutique.

« Pendant des années, le problème de l’alcool était celui des psychanalystes, on recherchait ce qui n’avait pas tourné rond dans l’enfance, on faisait le point sur des souvenirs douloureux. Il fallait à tout prix trouver une explication, et la seule solution était l’abstinence. C’était au patient de se guérir lui-même, une question de volonté. Heureusement, les progrès en neurosciences permettent de faire le ménage dans ces vieilles croyances. L’alcoolisme est bien une maladie fonctionnelle liée à des perturbations neuronales en raison d’une surexposition à l’alcool. Demander à une personne dépendante de faire preuve de volonté revient à demander à une malade d’Alzheimer de faire des efforts de mémoire! »

Et en écho l’ambivalence, tragique, du politique – comme avec le tabac, autre substance addictive majeure dont la consommation nourrit les caisses de l’Etat.

« Ah, si seulement les politiques luttaient contre l’abus d’alcool avec la même efficacité que contre l’insécurité routière… Ce n’est pas seulement 100 à 200 vies par an qu’on sauverait grâce à la limitation de vitesse à 80 km/h, mais des milliers. Je rappelle que l’alcool, c’est plus de 40 000 morts en 2015 en France, dont la moitié liée à la consommation de vin. Seulement voilà, il n’y a ni volonté ni intelligence politique. Par pression des lobbys, par clientélisme, par attachement à leurs origines et au territoire, les parlementaires sont en plein déni et se montrent même cyniques en la matière en défendant ardemment le vin. Quant aux lois votées, elles ne sont pas appliquées. N’importe quel jeune de moins de 18 ans peut se procurer de l’alcool sans avoir à montrer de pièce d’identité. »

Dès lors interdire l’alcool ? Le diaboliser pour en finir avec nos démons ?

« Non, diaboliser l’alcool serait aussi peu intéressant et aussi ridicule que le fait de sous-estimer ses méfaits comme le font les politiques. L’alcool a une fonction initiale bénéfique. Mais sa consommation devrait rester occasionnelle, avec une prise de conscience massive du danger qu’il représente pour la santé et la liberté de chacun. »

Gustave Flaubert ne nous dit, au fond, rien d’autre. Dans sa première « Education sentimentale » (1845) : « C’était bien là le réveil de l’ivresse dans toute sa misère, avec sa chaelur aigre et son délire qui tombe. ».

Puis, un quart de siècle plus tard, à Mlle Leroyer de Chantepie : « La vie n’est supportable qu’avec une ivresse quelconque. » Il lui restait dix ans à vivre.

A demain @jynau

Marine nationale (héroïne), Douanes françaises (diazépam) : que deviennent leurs prises ?

Bonjour

Ascension 2019. Un stock de 415 695 de comprimés de diazépam a été saisi par les douanes à Calais, à l’entrée du tunnel sous la Manche. L’information vient d’être donnée par Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics. Extrait du communiqué scénarisé :

« La valeur de ces médicaments transportés en contrebande est estimée à 470 000 euros. Les douaniers du tunnel ont procédé jeudi au contrôle d’un camion immatriculé en Lituanie et s’apprêtant à partir pour la Grande-Bretagne via le tunnel sous la Manche. Les documents présentés par le chauffeur couvraient un groupage de colis en provenance d’Allemagne.

« Lors de l’inspection du chargement, les douaniers ont découvert plusieurs cartons emballés d’un film noir contenant des bidons en plastique scellés supposés contenir des protéines pour la nutrition. A l’ouverture de l’un des pots, ce sont toutefois des tablettes de médicaments en vrac, sans notice ni emballage, qui ont été découvertes. Au total, 44 bidons ont été extraits du chargement pour un total de 415 695 comprimés.

« Le conditionnement de ce médicament, transporté en contrebande depuis la Slovaquie, laisse supposer un usage détourné de sa vocation thérapeutique (sic). Cette molécule est en effet fréquemment utilisée en substitut des opiacés ou de l’alcool. En association avec ce dernier, elle permet de modifier le comportement. Le chauffeur du camion de nationalité biélorusse, mis hors de cause, a été laissé libre. Les médicaments ont été saisis et un échantillon est en cours d’analyse au Service commun des laboratoires douane/DGCCRF de Lille. Le Parquet de Boulogne a été saisi du dossier. »

Que vont devenir les 415 695 de comprimés de diazépam ? Les retrouvera-t-on sur quel marché ? Dans quelles pharmacies ? Rien ne nous est dit à ce sujet.

Et puis ce communiqué de presse scénarisé du ministère des Armées :

« Dans son incessante lutte contre le trafic de drogue en Océan indien, la Marine nationale vient de réaliser une nouvelle saisie de stupéfiants. La ministre des Armées, Florence Parly, félicite l’équipage du Floréal : ‘’leur action réussie permet de continuer un travail de fond dans une zone stratégique pour la France. Les trafics sont des vecteurs de financement d’activités terroristes, les armées remplissent ainsi leur mission de protection de nos ressortissants et nos intérêts’’.  

Le 28 mai, la frégate de surveillance Floréal a de nouveau réalisé une belle performance en saisissant 520 kg d’héroïne. Après la saisie de près de 7,5 tonnes de drogues diverses au début du mois de mai, la frégate de surveillance Floréal avait continué ses patrouilles de lutte contre les trafics liés au terrorisme dans la zone nord de l’Océan Indien.

Lors d’une surveillance maritime de nuit, le Panther, hélicoptère embarqué de la frégate, a détecté un boutre présentant différents critères de suspicion et naviguant dans une zone connue pour être fréquentée par les trafiquants. Après avoir élaboré une route d’interception, dite « route de chasse », le Floréal a détecté à son tour, au moyen de son radar, le boutre suspect et s’en est rapproché dans la nuit ; de nombreuses incohérences dans les propos du capitaine ont confirmé le caractère suspect du boutre. 

Le Floréal a obtenu alors l’autorisation d’effectuer une enquête de pavillon, c’est-à-dire de monter à bord pour lever le doute sur la nationalité du navire inspecté. Une fois la sécurisation du boutre effectuée par l’équipe de visite du Floréal, les documents du bord ne permettant toujours pas d’établir sa nationalité, le navire a été déclaré « sans pavillon ».

Au milieu d’une cargaison de ciment, une première cache d’héroïne a été découverte. Les investigations supplémentaires ont permis de découvrir deux nouvelles caches portant à 434 le nombre de ballots détenus. »

Que vont devenir les « plus de 520 kg d’héroïne qui ont été saisis » ? Au nom du  « principe de dissociation administrative » ils ont été détruits par la frégate de surveillance « Floréal » nous assure-t-on. « Autant de produits stupéfiants qui n’alimenteront pas le financement des activités terroristes » nous dit la ministre Parly. Ni, donc, celui des activités anti-terroristes.

A demain

@jynau

Certains militants anti-alcooliques ostracisent la cigarette électronique anti-tabac. Pourquoi ?

Bonjour

Ostracisme. Hier la galaxie médiatique faisait état d’une une avancée politique et médicale de taille : la reconnaissance officielle de l’apport de la cigarette électronique dans la lutte contre l’esclavage du tabac. Une reconnaissance signée Santé publique France – et ce dans l’attente des premières paroles d’Agnès Buzyn signant la fin d’un trop long et coupable déni. Une reconnaissance soulignée par le CESE ainsi que par les buralistes français.

Aujourd’hui, un communiqué de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA). C’est là un poids lourd historique dans le champ de la lutte contre l’esclavage addictif. Voici son communiqué :

« Les chiffres publiés par Santé publique France à l’occasion de la journée mondiale sans tabacmontrent une baisse très significative du nombre de fumeurs : 1,6 million de fumeurs en moins en deux ans, soit une baisse de 12% en deux ans. L’impact sanitaire ne va cependant pas décliner dans les années à venir. La lutte contre le tabagisme doit dès lors rester une priorité.   

« La baisse du nombre de fumeurs en France est à mettre au crédit d’une politique vigoureuse alliant mobilisation sociale (Moi(s) sans tabac), actions de prévention de proximité, taxes, action sur le packaging (paquets neutres), remboursement des substituts nicotiniques, restriction des lieux où il est possible de fumer, et discours public de dénormalisation. Cette politique d’ensemble porte ses fruits même si le nombre de fumeurs quotidiens reste toujours très élevé (25,4 % de la population). »

Après ce soutien sans faille à la politique gouvernementale l’ANPAA observe que les chiffres offficiels confirment « l’inégalité sociale face au fléau du tabac » : « plus on est pauvre, plus on fume ». Elle pourrait ajouter que plus on est pauvre et fumeur et plus on remplit les caisses de Bercy en vidant celles de l’assurance maladie. Suite du communiqué :

« L’ANPAA soutient cette politique de lutte contre le tabagisme qui doit se maintenir dans la durée. Elle demande qu’on tire les leçons de ces premiers succès pour engager une politique tout aussi vigoureuse envers la deuxième cause de mortalité évitable, l’alcool. » Pas un mot sur la cigarette électronique devenue levier essentiel et croissant de la réduction des risques tabagiques.

Ostracisme : « Bannissement d’une durée de dix ans prononcé à la suite d’un jugement du peuple, dans certaines cités grecques et en particulier à Athènes, à l’encontre d’un citoyen devenu suspect par sa puissance, son ambition ».

A demain

@jynau

Jeunes, alcools et vins: «La Revue du Praticien» en appelle à M. Blanquer et à Mme Buzyn

Bonjour

« Les enfants ne doivent pas être la cible du lobby viticole ! ». C’est le titre du vigoureux éditorial que signe, dans la dernière livraison de La Revue du Praticien, notre confrère Jean Deleuze, rédacteur en chef.  « Comment imaginer faire reculer significativement la mortalité (41 000 décès annuels), la morbidité et les violences engendrées par l’alcool alors que le lobby viticole, encouragé par la complaisance du président de la République, ne cesse de brouiller les messages de santé publique ? » demande-t-il. Et de dénoncer la propagande de Vin & Société, puissant lobby viticole, en direction des enfants est très choquante.

« La page «Éducation des plus jeunes » de son site ne cache pas ses intentions en vantant un apprentissage qui «dès le primaire, favorisera un comportement responsable chez ces adultes avertis de demain», écrit Jean Deleuze.  Le site propose films et supports éducatifs ciblés selon les tranches d’âge: 3-6 ans, 6-9 ans, 9-14 ans, plus de 14 ans. On y trouve même la promotion de mallettes pédagogiques du goût à l’usage des classes de maternelles et des cours préparatoires ! Toute cette pédagogie très subtile qui vante l’histoire, le terroir, la sociabilité, la convivialité avec force de petits personnages souriants n’a évidemment qu’un but: la banalisation de la consommation d’alcool pour recruter de futurs consommateurs. »

Des « numéros spéciaux » en ligne du Petit Quotidien (pour les 6-10 ans) et de Mon Quotidien (pour les 10-14 ans) enfoncent le clou: «Nous avons la chance en France d’avoir une bonne connaissance de la cuisine de qualité et de la façon de la déguster. La gastronomie française est en effet riche et variée : fromages, foie gras, truffes… le vin aussi en fait partie ! Le bon vin pour le bon plat. Cela fait partie de nos traditions », peut-on lire dans le second.

« Noyé dans ce contenu, on distingue un petit encadré intitulé ‘’Attention à l’abus d’alcool’’ qui indique: ‘’Les adultes boivent du vin en famille ou entre amis pour célébrer des moments importants ou accompagner un bon repas, peut-on lire adns cet éditorial. C’est l’occasion de faire la fête, de partager, de se retrouver. Mais attention aux excès… À cause de l’alcool qu’il contient, le vin bu en trop grande quantité et/ou trop vite peut avoir des effets sur le corps : vertiges, nausées, endormissement… Ces effets exposent la personne à des risques plus graves : accidents, violences…’’. »

Jean Deleuze : « Comment parents et enseignants peuvent-ils accepter cette intrusion aussi grossière du lobby viticole auprès des enfants ? Mme Buzyn et M. Blanquer, faites cesser ce scandale ! ». Il est fort peu probable que ces deux ministres oseront passer, ici, à l’action 1.

Et reste ici entière la grande question, celle de l’apprentissage des mille et une facettes des réalités alcooliques – une question qui dépasse de loin les seuls vins et la seule sphère scolaire. Pour le coup un véritable sujet de société, une belle question politique à laquelle personne ne semble, aujourd’hui en France, en mesure de s’attaquer.

A demain

@jynau

1 On attend toujours le résultat des interminables négociations entre le gouvernement et les représentants du lobby viticole quant à la forme et à la taille du futur logo « zéro alcool durant la grossesse » qui devrait remplacer l’actuel (microscopique) sur toutes les bouteilles de boissons alcooliques.