Alerte rouge : le virus ravageur de la tomate vient d'être identifié en France (Finistère)

Bonjour

Hasard infectieux ou fatalité virale ? Les adeptes de la collapsologie et les servants du complotisme peuvent se réjouir. C’est une alerte rouge officielle du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. 16 février 2020. Il confirme une très forte suspicion du virus ToBRFV sur des tomates en serre dans une exploitation agricole du Finistère. Ce virus émergent (rien de commun avec le Covid-19) n’a pas d‘impact sur l’homme. Mais il n’avait encore jamais, jusqu’ici, été détecté en France.


Les services de la DRAAF Bretagne ont réalisé une inspection le 11 février suite à un autocontrôle (analyses pour recherche du virus) réalisé après identification, sur des tomates, de lésions compatibles avec cette maladie. Les résultats officiels devraient être communiqués lundi prochain par le laboratoire national de référence.Dans l’attente,souligne le ministère, des mesures conservatoires ont été déployées et l’exploitation placée sous séquestre complet avec : confinement des deux serres de l’exploitation avec interdiction d’accès ; consignation de l’ensemble des plants, semences, fruits et matériels de l’exploitation application de mesures de biosécurité (isolement des matériels, désinfection, gestion des résidus).

Une enquête est d’autre part en cours pour identifier les sources éventuelles de contamination ainsi que les éventuelles exploitations qui auraient été en lien. La destruction de l’ensemble des plants de tomates des serres contaminées sera réalisée dès la confirmation officielle du foyer.

Rappel :

Le virus du fruit rugueux de tomate brune (ToBRFV ou TBRFV) peut infecter jusqu’à 100% des plantes sur un site de production de tomates, poivrons, piments. Une virulence qui le rend redoutable pour les cultures à haute densité de plantation comme les cultures sous serres. Il est d’autre part extrêmement résistant, et peut être transmis par les semences et les plants.

Les tomates elles-mêmes peuvent véhiculer le virus, ou par l’activité humaine (manipulation, utilisation de matériel contaminé). Ce virus a été observé pour la première fois en Israël en 2014, et a ensuite été trouvé en 2018 sur des cultures de tomate au Mexique, aux Etats-Unis, en Allemagne et en Italie et enfin en 2019 aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Grèce.

Le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation appelle d’ores et déjà tous les producteurs et des jardiniers amateurs à une extrême vigilance : lors de l’achat de semences ou de plants de tomates ou de piments et poivrons, il convient de s’assurer qu’ils sont accompagnés d’un certificat ou passeport phytosanitaire garantissant leur statut indemne vis-à-vis du virus

La détection précoce de toute introduction du virus sur le territoire est cruciale pour endiguer sa diffusion : en cas d’apparition de symptômes évocateurs, tout professionnel ou tout jardinier amateur est tenu de les déclarer immédiatement à la DRAAF.

On peut le dire autrement : la diffusion de ce virus sur le territoire national aurait des conséquences économiques majeures pour la filière mais également les jardiniers amateurs. La tomate est le premier légume consommé par les Français avec un peu plus de 13,9 kg par ménage et par an. La culture de tomates en France est la première culture légumière avec 712 000 tonnes produites en 2018 ; elle est également largement cultivée en jardin potager avec près de 400 000 tonnes produites chaque année.

A demain @jynau

Coronavirus animalier : faudra-t-il, demain éradiquer ou sauver les derniers pangolins ?

Bonjour  

La quête du « réservoir-hôte-intermédiaire » de l’épi-pandémie ! C’est l’un des sous-ensemble les plus prisés des médias. On y retrouve le frisson des bestiaires, l’appel de la forêt et la démonstration que tout n’est finalement pas bon dans la diversité biologique de la planète. Nouveau coronavirus : on avait initialement parlé de la chauve-souris, incidemment du serpent. Cap aujourd’hui sur le pangolin (du malais pengguling : « enrouleur ») ce membre (généralement inconnu sous nos latitudes) d’une famille de « mammifères insectivores édentés dont le corps allongé est en grande partie recouvert d’écailles ». Vivent dans les régions tropicales et équatoriales d’Afrique et d’Asie. Particulièrement ciblé par les braconniers (viande très appréciée, réservoir médicamenteux). Voit sa population s’effondrer – classé comme espèce en danger critique d’extinction.   Dans son Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis, le regretté Pierre Desproges évoque « un artichaut à l’envers avec des pattes, prolongé d’une queue à la vue de laquelle on se prend à penser qu’en effet, le ridicule ne tue plus ».

Or c’est bien ce pangolin est aujourd’hui soupçonné d’être le réservoir intermédiaire du nouveau coronavirus 2019-nCoV – et ce en facilitant son passage de la chauve-souris à l’homme. C’est du moins l’hypothèse avancée par des chercheurs de l’Université d’agriculture de Chine du Sud. Après avoir testé plus d’un millier d’échantillons d’animaux sauvages, les scientifiques de l’université ont découvert que les séquences du génome des virus trouvés sur les pangolins étaient identiques à 99 % à celles des coronavirus. Information rapporté », vendredi 7 février, par l’agence de presse officielle Xinhua.

« Pour l’heure, les détails de ces travaux n’ont pas été rendus publics, et cette hypothèse doit être prise avec prudence : au début de l’épidémie, une équipe avait estimé que le serpent avait pu servir d’hôte intermédiaire, avant d’être démentie par d’autres analyses génétiques » nous prévient Le Monde (Hervé Morin). Et le dernier vespéral de la capitale de nos apprendre qu’une étude parue en 2019 dans la revue Viruses donne un certain crédit à l’accusation du pangolin.

Cité par Le Monde, Edward Holmes (Université de Sydney), spécialiste de l’évolution des virus à ARN (dont font partie les coronavirus), l’hypothèse du pangolin-intermédiaire est « extrêmement intéressante » – alors qu’il avait rejeté celle du serpent. « Nous avons besoin de plus de données », a-t-il indiqué sur son compte Twitter. Mais selon lui, « cela pourrait être analogue à la situation de la chauve-souris et du dromadaire avec le MERS ». Ce coronavirus avait infecté 2 500 personnes et tué 858 d’entre elles entre février 2012 et décembre 2019, principalement en Arabie saoudite. Dans ce cas, c’est le camélidé qui a constitué l’hôte intermédiaire entre la chauve-souris et l’homme

Accuser la chauve-souris, les dromadaires et les pangolins ? Nullement nous assure Neil D’Cruze, un responsable de l’organisation Protection mondiale des animaux (WAP). Condamner l’homme, au contraire, responsable du commerce d’espèces sauvages. « Un commerce responsable de terribles souffrances pour les animaux et qui met en danger la santé des humains, assure-t-il. Si nous voulons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour prévenir les épidémies de maladies mortelles telles que le coronavirus, alors une interdiction permanente du commerce des espèces sauvages, en Chine et dans le monde, est la seule solution. »

A demain @jynau

Promesse ministérielle : un jour prochain les porcelets français ne seront plus castrés «à vif»

Bonjour

Nous avions entendu sa promesse concernant la fin du broyage-destruction des millions de poussins mâles.  Mardi 28 janvier Didier Guillaume tenait une conférence de presse consacrée aux mesures gouvernementales en faveur du bien-être animal. Le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation est revenu sur le sujet : « l’objectif, c’est de forcer les entreprises, la recherche, à faire cela fin 2021 (…) trouver la technique qui marche à grande échelle ».Parmi les voisins de la France, la Suisse a mis en place cette interdiction depuis le 1er janvier. Le mode d’abattage « au moyen du CO2 » y reste autorisé.

Outre les poussins mâles détruits-broyés le ministre a traité de la douloureuse question des porcelets. Promis-juré : « fin 2021, il n’y aura plus de castration des porcelets à vif », a-t-il assuré, en ajoutant que son ministère allait « publier des textes réglementaires dans les toutes prochaines semaines pour aller vers l’interdiction des pratiques douloureuses dans l’élevage ».

Pourquoi castrer « à vif » des porcelets ? La castration, explique-t-on, ermet d’obtenir des porcs plus gras, tout en évitant l’odeur nauséabonde de verrat que peut dégager à la cuisson le gras de certains mâles « entiers ». « Nous avons travaillé avec les vétérinaires prêts à élaborer un protocole pour une prise en charge complète de la douleur », a expliqué M. Guillaume.

Le bien-être de l’éleveur réclame-t-il les souffrances de ses bêtes ?

 Les défenseurs des animaux en général, des porcelets en particulier, ne sont pas satisfaits. « La véritable annonce serait de fixer une échéance pour l’arrêt de la castration et n’autoriser que les alternatives sauf exceptions pour certaines productions », a réagi l’association de protection des animaux CIWF. Selon elle « la prise en charge de la douleur est une fausse bonne solution ». Elle a également déploré l’absence d’annonce pour l’interdiction de vente des œufs de poules élevées en cage, comme s’y était engagé Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle.

Pour sa part l’association Welfarm, qui milite pour la protection des animaux de fermes, « la seule alternative viable, aussi bien pour les animaux que pour les éleveurs, est l’arrêt pur et simple de la castration, autrement dit l’élevage de mâles entiers ou l’immunocastration ».

« La pratique de la castration chirurgicale des porcelets est de plus en plus remise en cause en raison de la douleur que l’opération entraîne pour l’animal, nous expliquent des spécialistes. Cette pratique est motivée par le fait que les viandes de certains porcs mâles entiers présentent, aux stades usuels d’abattage, des odeurs désagréables qualifiées d’odeurs sexuelles. Outre la douleur infligée à l’animal pendant et après l’opération, la castration se traduit aussi par une baisse sensible des performances en termes d’efficacité alimentaire et de teneur en muscles de la carcasse. Une première alternative consiste à pratiquer une anesthésie et/ou une analgésie pour atténuer la douleur pendant et après l’opération. L’immunocastration (un vaccin spécifique inhibant le développement sexuel) est une deuxième alternative envisageable. Enfin, il est également possible de ne rien faire et d’élever les animaux entiers (non castrés). »

Pourquoi faire quelque chose plutôt que rien ? « Aujourd’hui, le bien-être animal, ce n’est pas la fin de l’élevage, c’est mieux d’élevage, a expliqué le ministre Guillaume aux journalistes. Il y a le bien-être animal, mais je suis aussi attaché au bien-être de l’éleveur, c’est très important. » On aurait aimé poser une question au ministre : le bien-être de l’homme réclame-t-il les souffrances de ses bêtes ?

A demain @jynau

Coronavirus : peut-on désormais, sans danger, utiliser la métaphore de la «Cocotte-minute®»

Bonjour

Tout évolue à très grande vitesse sur le front du « corona » (nouvelle abréviation médiatique). Où l’on voit désormais certains médias interroger avec componction les experts sur le fait de savoir « s’ils en font trop ou pas assez ». Où l’on voit, aussi, se multiplier à l’infini les nouvelles sources d’interrogations : « masques », « portiques », « quarantaine », « incubation », « thermomètre frontal », « mutations », « chambres d’isolement à pression négative/positive » etc.

Où l’on voit, enfin, certains hauts responsables commencer à puiser dans le grand sac des métaphores. Ainsi la ministre Agnès Buzyn user de celle de l’incendie qui, comme chacun sait, doit être au plus vite circonscrit.  Ainsi le Pr Arnaud Fontanet (Institut Pasteur de Paris), qui dans Le Monde, a recours à un outil généralement utilisé en cuisine. Le Monde (Rémi Barroux) lui demande si l’OMS aurait dû décréter un « état d’urgence internationale ».

Ne pas oublier de dépressuriser

«  C’est difficile à dire, répond le pastorien. On se rend compte que la déclaration de l’OMS a été très débattue : retardée d’un jour, avec un communiqué qui indique que les membres du comité avaient des avis différents, ce qui exceptionnel. Pour déclarer une ‘’urgence de santé publique de portée internationale’’, il faut que ce soit soudain, grave, d’une ampleur mondiale et que la réponse nécessite une action coordonnée à l’échelle internationale. Or, pour le moment, la dimension mondiale est encore incertaine, puisque dans tous les pays où des cas ont été enregistrés, il n’y a pas eu de cas secondaire, c’est-à-dire pas de personne secondairement infectée dans l’entourage du cas importé. Même si on se rend compte qu’il y a une cocotte-minute en Chine. Qu’en sera-t-il dans quinze jours ? »

Attendons quinze jours, donc. Dans l’attente, la « Cocotte-minute® » (marque déposée depuis soixante-sept ans par SEB, célèbre acronyme de « Société d’Emboutissage de Bourgogne »). Un objet devenu culte également connue sous le nom d’ « auto-cuiseur » : ustensile de cuisine constitué d’un récipient en métal épais hermétiquement clos par un couvercle équipé d’une valve de dépressurisation. Il permet de cuire les aliments sous haute pression. Où l’on retrouve incidemment la notion de pression, avec tous les risques et dangers qui y sont associés. La Chine a-t-elle su manier comme il convenait la petite valve de dépressurisation ?

A demain @jynau

Interdite de Dry January, Santé publique France en est réduite à la comptabilité alcoolique

Bonjour

Il y a les merles. Et puis il y a les grives. Faute de jouer pleinement leur rôle sanitaire dans l’opération « Dry January » les salariés de la puissante agence Santé publique France publient des chiffres à l’attention des journalistes. Où l’on remet les pendules à l’heure quant à la place des vins dans l’imprégnation alcoolique de la population française. « Bien que le volume global d’alcool pur consommé en France (11,7 litres par habitant de 15 ans et plus en 20171 ) soit en diminution depuis les années 1960, essentiellement en raison de la baisse de la consommation quotidienne de vin, la France reste parmi les pays les plus consommateurs d’alcool au monde, se situant au sixième rang parmi les trente-quatre pays de l’OCDE »

Chiffres clés sur la consommation d’alcool en France métropolitaine : 23,6% des personnes de 18-75 ans dépassaient les repères de consommation en 2017 · 11,7 litres par an et par personne de 15 ans et plus · 41 000 décès attribuables à l’alcool par an, dont 30 000 chez les hommes et 11 000 chez les femmes · 16 000 décès par cancer et 9 900 décès par maladie cardiovasculaire chaque année · 87% des 18-75 ans consomment de l’alcool au moins une fois par an · 26% des 65-75 ans déclarent une consommation quotidienne d’alcool · 13,4% des 18-24 ans déclarent au moins dix ivresses par an · 10% des 18-75 ans consomment à eux seuls 58% de l’alcool consommé.

Le poids et la publicité des grands alcooliers industriels

Aujourd’hui Santé publique France tente aussi de dresser une « cartographie de la consommation d’alcool en France ». Qui boit quoi et combien (sinon pourquoi) ? Que découvre-t-on que l’on ne connaisse (ou pressente) déjà ?

« La consommation quotidienne d’alcool concerne, selon les régions, 7,1 % à 12,6 % des adultes sachant que la moyenne nationale est de 10,0 %. Elle est significativement moins fréquente en Ile-de-France (7,1 %), Normandie (7,9 %) et Pays de la Loire (8,1 %), ainsi que dans l’ensemble des DROM. Selon le Baromètre Santé 2014, la Guadeloupe (6,9 %), la Guyane (5,2 %), la Martinique (7,0 %) et La Réunion (5,8 %) affichent des prévalences comparables entre elles, et significativement moins élevées que la moyenne de la France métropolitaine. Les régions Hauts-de-France (11,5 %), Nouvelle-Aquitaine (12,3 %) et Occitanie (12,6 %) se distinguent par une consommation quotidienne plus fréquente, etc. etc. etc. »

Elargit la focale ? « Ces données confirment les tendances observées en Europe, nous apprend Santé publique France. Même si les pays européens conservent des caractéristiques culturelles spécifiques, en termes de préférences de consommation comme de pratiques d’alcoolisation (un modèle latin d’usage régulier d’alcool opposé à un modèle nordique et anglo-saxon de consommations moins fréquentes mais plus importantes), les comportements tendent à s’uniformiser depuis quelques décennies en population générale comme parmi les adolescents. » Pourquoi ? Poids des grands alcooliers industriels et de leurs publicité ? Santé publique France se garde bien de nous renseigner.

Maximum dix verres par semaine et danger dès le premier verre

Pour finir un copié-collé et quelques bonnes intentions : « La consommation d’alcool fait partie des principaux déterminants de santé et des trois premières causes de mortalité évitable avec 41 000 décès en 2015. L’alcool constitue donc l’un des axes forts du programme de Santé publique France. L’Agence produit à la fois des données d’observation et de surveillance, et des actions nationales de prévention adaptées aux différents publics. Son programme Alcool répond à l’objectif de réduire la morbi-mortalité associée à la consommation d’alcool en France. »

Rappel : En 2017, le travail d’expertise scientifique mené par Santé publique France et l’Institut National du Cancer a permis d’élaborer de nouveaux repères de consommation à moindre risque : si l’on consomme de l’alcool, maximum 10 verres par semaine, maximum 2 verres par jour, et des jours dans la semaine sans consommation . Ces repères permettent désormais aux Français de faire le choix éclairé d’une consommation à moindre risque pour leur santé, sachant que les risques pour la santé d’une consommation d’alcool existent dès le premier verre.

Comprendra qui le pourra. En sachant que nous sommes nombreux à attendre que la tête de cette agence publique ait le courage de révéler quelles sont les véritables raisons de son absence au Dry January.

A demain @jynau

Bien-être animal: Paris et Berlin ne «broieront» plus des dizaines de millions de poussins mâles

Bonjour

Du bien-être animal, de chaque côté du Rhin. Il est d’étranges, de troublants, communiqués adressés à la presse. Ainsi celui émis aujourd’hui 13 janvier 2020 par les services de Didier Guillaume, ministre français de l’Agriculture et de l’Alimentation.

Il rappelle tout d’abord que le 16 octobre dernier à Toulouse, lors du Conseil des ministres franco-allemand, les deux ministres français et allemande de l’Agriculture et de l’Alimentation se sont engagés à mettre un terme à la pratique de fin du broyage des poussins mâles d’ici fin 2021. Il s’agit ici de développer et de mettre en œuvre des alternatives durables « au devenir d’environ 90 millions de poussins mâles issus des couvoirs qui, faute de pouvoir être élevés sont à l’heure actuelle éliminés en Allemagne et en France ». C’est, ajoutent les deux ministres « un défi majeur pour les filières poules pondeuses » (sic). Suite :

« Afin de mettre rapidement fin à cette pratique inacceptable du point de vue de la protection animale et ainsi de répondre à cette attente forte de la part des consommateurs et des associations de protection animale, les deux ministres ont réuni ce lundi 13 janvier au Ministère de l’Alimentation et de l‘Agriculture à Berlin, les organisations professionnelles avicoles, les organismes de recherche, les entreprises, qui mettent les procédés sur le marché, les instituts techniques, et les associations de protection animale des deux pays.

Bien-être animal

« Le séminaire de Berlin a permis de formaliser un partenariat bilatéral, avec un cadre de travail sur 2020 et 2021 portant à la fois sur la recherche appliquée et l’innovation, et sur les développements industriels. Ainsi, les ministres ont lancé un consortium franco-allemand qui aura pour mission le partage des connaissances scientifiques et la mise en œuvre de méthodes alternatives dans la pratique. Une plate-forme d’échanges sera créée, et des réunions seront organisées alternativement en Allemagne et en France qui permettront de piloter et de suivre les actions engagées. »

Comment procédera-t-on ? Cela ne nous est pas dit. Deux ans de travaux pour ne plus « broyer » des dizaines de millions de poussins mâles. On peut le dire autrement : « l’initiative prise par Julia Klöckner et Didier Guillaume, à Toulouse puis à Berlin, souligne la préoccupation et l’engagement politiques partagés des deux côtés du Rhin d’agir en faveur de la protection animale et de promouvoir un élevage responsable et durable ».

De l’émergence, en somme du jeune concept de bien-être animal.

A demain @jynau

Noël 2019. Haro moral sur les foies gras, insémination artificielle de la femelle panda

Bonjour

Noël et sa crèche. Jésus, Marie, Joseph, le bœuf (qui aurait réchauffé le nouveau-né de son souffle), l’âne (qui a transporté Marie enceinte) et les agneaux des fidèles bergers, premiers informés par les anges.

Noël 2019 dans une France où l’animal (sa place, ses perceptions, son statut) soulève chaque jour de nouvelles questions – à commencer par celle de sa consommation. L’affaire est traitée aujourd’hui dans un « Libé des animaux ». Editorial de Matthieu Ecoiffier :

« Notre événement s’ouvre sur ces «maîtres» qui (mal) traitent leurs animaux de compagnie en les considérant comme des mini-humains. Et propose un petit guide pour éviter de tomber dans la «décanisation» de son chien. Une maltraitance plus light, certes, mais une forme de violence. A l’autre extrémité du spectre, notre enquête met en lumière les dérives de la recherche agronomique qui usine des animaux d’élevage génétiquement modifiés. Jusqu’à créer des porcs ou des poulets qui ne tiennent plus debout.

Face à ces monstruosités, une prise de conscience a lieu, aussi via les réseaux et les vidéos. En mars, le Parti animaliste compte se faire entendre aux municipales. Et nombreux sont ceux qui interrogent leurs propres pratiques. Comme le patron du zoo de Montaigu-la-Brisette. A quoi servent les répliques de grenouilles rares qu’un savant, au milieu des Andes, recrée dans son labo ? Qu’est-ce que pensent les dindes à Noël ? Il n’est pas, en la matière, de réponse toute faite, mais se le demander, c’est déjà sortir de l’illusion anthropocentrique. Car le porc, c’est moi. Les porcs, c’est nous. »

Noël 2019. L’Agence France Presse nous apprend que Huan Huan, la célébrissime femelle panda prêtée à la France par la Chine au Zoo de Beauval (Loir-et-Cher), a été inséminée artificiellement. Cela s’est passé dans la soirée du lundi 23 décembre soir. Une opération décidée après cinq « mises en contact » (sic) manquées avec le mâle Yuan Zi. Une autre insémination pourrait être pratiquée afin de « multiplier les chances » d’obtenir une grossesse, a précisé le chef vétérinaire du zoo, Baptiste Mulot.

Le Monde nous rappelle que le 4 août 2017, Huan Huan (désormais âgée de 11 ans) avait donné naissance à Yuan Meng, premier panda né en France (baptisé par Brigitte Macron) était (déjà) le fruit d’une insémination artificielle. Le jeune mâle, qui doit s’installer en Chine en 2020, a été séparé de sa mère en septembre. Le sevrage et l’indépendance de son premier enfant permettaient à Huan Huan d’être prête pour une nouvelle gestation.

 « Les chaleurs peuvent avoir lieu toute l’année, mais c’est préférentiellement en février et mars. Là, les soigneurs ont constaté des changements dans son comportement , a expliqué M. Mulot. Nous avons procédé à cinq mises en contact, mais il n’y a pas eu d’accouplement réussi. Le mâle manquait d’expérience et n’a pas réussi ». Il faut ici savoir que la période de fertilité ne durant que 48 heures. C’est ainsi que dans le Loir-et-Cher l’équipe du zoo, épaulée par un scientifique chinois, a décidé de procéder à une insémination artificielle. Yuan Zi a été endormi quarante-cinq minutes pour un prélèvement de sperme, avant que Huan Huan ne soit anesthésiée trente minutes pour l’insémination. « Ils se sont réveillés normalement. A priori, cela ne les a pas perturbés », a assuré M. Mulot ; 50 % de chances de succès.

La réussite de l’insémination pratiquée dans la nuit de lundi à mardi ne pourra être évaluée que dans quelques mois : les femelles pandas ont en effet la faculté (rarissime dans le règne animal) d’arrêter le développement du fœtus si elles estiment que la période est « peu favorable ». L’homme parle ici de « diapause ».

Noël 2019. Le Parisien (Émilie Torgemen) se consacre au foie gras (de canard et/ou d’oie). Question : peut-on encore manger un aliment dont l’obtention est jugé barbare par les défenseurs des animaux ? Un délice gustatif qui va bientôt être interdit à New York ? « Entre le gastronome qui se fait une joie de préparer chaque année son foie gras à l’armagnac, et l’ado qui refuse catégoriquement d’en avaler la moindre bouchée, il y a tout un nuancier de Français qui culpabilisent désormais en dégustant leur toast » peut-on lire dans Le Parisien. Qui ajoute toutefois que selon un sondage commandé par le Comité interprofessionnel du foie gras (Cifog), près de huit Français sur dix (77 %) prévoient d’en manger (en terrine ou poêlé) pendant les fêtes.

Il faut toutefois compter avec la publication, le 11 décembre, d’une vidéo sur les maltraitances subies par les canards à gaver. « Diffusées par l’association de défense des animaux L214, les images indigestes ont été tournées au domaine de la Peyrousse, en Dordogne dont le foie gras a reçu la médaille d’or au concours général agricole cette année, ne craint pas d’écrire Le Parisien. On y voit notamment des canetons femelles abandonnés dans une benne jusqu’à ce que mort s’ensuive parce qu’on ne conserve que les mâles au foie plus gros et moins innervés. Les tuer est légal à condition de les broyer ou de les gazer immédiatement. L’association a porté plainte pour cette infraction et réclame des « sanctions exemplaires ».

« Les membres de L214 sont des marchands de peur, leur stratégie, c’est le sensationnalisme et la théâtralisation pour interdire l’élevage ! » défend la directrice du Cifog, Marie-Pierre Pé, qui met en cause la véracité des images d’oisons agonisant dans les bacs équarrissage. Il n’en reste pas moins vrai que vingt pays de l’Union européenne ont interdit le « gavage-stéatose » – ainsi que la Flandre et la région de Bruxelles. Seuls quatre le pratiquent encore : France, Espagne, Hongrie, Bulgarie – sans oublier la Wallonie.

Marie-Pierre Pé : « Il ne faut pas tout mélanger, les canards ne sont pas des humains, ils ne souffrent pas quand on les gave, leur gosier est extensible comme des bas en nylon (sic). Les dirigeants de L214 sont des pros de la communication qui font semblant d’ignorer que le sort des canards s’est bien amélioré depuis trente ans. »

Noël 2019. On lira, dans Libé (Catherine Calvet) le dérangeant entretien  avec l’éthologue Fabienne Delfour 1 : «Tous les animaux s’expriment, ont des émotions et même des jugements moraux». Est-ce dire que les animaux jugeraient les humains qui, après une halte devant la crèche, consomment des foies de volatiles gavés ?

A demain @jynau

1 Fabienne Delfour Que pensent les dindes de Noël ? Oser se mettre à la place de l’animal Tana, 252 pp., 18,90 €.