Le gouvernement interdit les «fontaines à soda» Désormais, pour boire sucré, il faut payer

 

Bonjour

Un course déshydratante : il aura fallu près de deux ans entre la première annonce officielle  de Marisol Touraine 1 et l’arrêté correspondant (Journal Officiel du 26 janvier) 2. A compter de ce 27 janvier 2017 on ne pourra plus abreuver sucré. Cet arrêté, signé conjointement par les ministres de la Santé, de l’Agriculture et de la Consommation, fixe la liste des catégories de boissons touchées par cette interdiction :

« les boissons gazeuses et non gazeuses aromatisées, des concentrés comme les sirops de fruits, les boissons à base d’eau, de lait, de céréales, de légumes ou de fruits y compris les boissons pour sportifs ou les boissons énergisantes, les nectars de fruits, les nectars de légumes et produits similaires, dès lors que ces boissons contiennent des sucres ajoutés ou des édulcorants de synthèse ».

Publics concernés :

« les professionnels de la restauration commerciale et de la restauration collective et sociale, les professionnels de l’hôtellerie et des clubs de vacances ainsi que les gérants de tous autres lieux de restauration ouverts au public, les établissements destinés à l’accueil, à la formation et à l’hébergement des mineurs, le public fréquentant ces établissements et lieux de restauration, en particulier les mineurs. »

Désormais la mise à disposition, en accès libre, sous forme d’offre à volonté gratuite ou pour un prix forfaitaire, y est interdite.  Cet arrêté est pris pour l’application de l’article 16 de la loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé créant un article L. 3232-9 dans le code de la santé publique.

Pour boire sucré il faudra, désormais, payer. On sait, par ailleurs, qu’il existe des addictions sucrées.

A demain

1 « Addiction au sucre : contre l’obésité le gouvernement interdira les «fontaines de soda » Journalisme et santé publique, 23 mai 2015

2 « Arrêté du 18 janvier 2017 relatif à l’interdiction de la mise à disposition de boissons à volonté, gratuites ou pour un prix forfaitaire, avec ajout de sucres ou d’édulcorants de synthèse » 

Il est vous recommandé de faire une croix sur toutes les charcuteries et les sucres des sodas

Bonjour

Fin programmée des galettes, mais pas des fèves.  Nuages noirs sur les charcutiers et les sucriers. 24 janvier 2017, l’actualité s’invite à table : « l’Anses actualise les repères de consommations alimentaires pour la population française ». Comme souvent le jargon étouffe-chrétien est en apéritif :

« L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) publie ce jour ses avis et rapports relatifs à l’actualisation des repères de consommations alimentaires pour la population française adulte. Ce travail a visé pour la première fois à élaborer des repères de consommation pour les principaux groupes d’aliments visant à satisfaire les besoins nutritionnels de la population adulte, tout en intégrant les enjeux associés à la présence de certains contaminants chimiques dans l’alimentation. L’avis de l’Agence conduit à des évolutions fortes au regard des recommandations antérieures, etc.»

Un seul plat :  

« Consommation renforcée et régulière de légumineuses (lentilles, fèves ou pois chiches), la nécessité de privilégier les produits céréaliers les moins raffinés (pains, pâtes et riz complets ou semi-complets), favoriser la consommation d’huiles végétales riches en acide alpha-linolénique (huiles de colza et de noix).

 « Les consommations de fruits et légumes restent cruciales et doivent être renforcées en privilégiant les légumes. L’Anses souligne également que la consommation de boissons sucrées (de type soda ou jus de fruits) doit être inférieure à un verre par jour.

 « Enfin, l’Agence insiste sur la nécessité de réduire considérablement la consommation de charcuteries (telles que le jambon, saucisson, saucisse, pâté, etc.) afin qu’elle ne dépasse pas 25 g par jour. La consommation de viandes hors volailles (telles que le bœuf, porc, agneau, etc.) devrait quant à elle ne pas dépasser 500 g par semaine. L’intérêt d’une consommation bihebdomadaire de poissons, dont un poisson gras (tel que la sardine, le maquereau, etc.), est réaffirmé. »

Digestif

Un fruit de saison en dessert. Café brut et un bréviaire sucré-salé pour la route :

« Certains nutriments, en particulier le sodium et les sucres, constituent toujours des enjeux forts en matière de santé publique associés à des excès de consommation. Aussi, pour le sodium, les combinaisons d’aliments proposées doivent permettre de rester en-deçà de la moyenne de consommation de la population française, en réduisant les apports chez les forts consommateurs.

« Concernant les sucres, les données disponibles n’ont pas permis de distinguer les effets sur la santé des sucres naturellement présents dans les aliments de ceux des sucres ajoutés. Néanmoins, des éléments convergent vers des effets néfastes d’apports élevés en sucres, au-delà d’une limite maximale d’apport. Dans le but de diminuer les apports totaux pour la population la plus exposée, la maîtrise de la consommation des aliments vecteurs de sucres ajoutés, s’agissant en particulier des boissons, apparait cruciale. »

A demain

Fragments de physiologie et d’éthologie pour ceux qui croient que le foie gras est une pathologie

 

Bonjour

Nous évoquions il y a peu la tribune d’un improbable collectif réuni par la détestation du foie gras de canard et, sans doute, d’oie : « Foie gras : Nagui et Marcela Iacub n’en veulent plus. Et ils réclament que nous n’en mangions pas ». Des précisions s’imposent 1. Elles nous sont apportées par le Pr. Gabriel Perlemuter. Membre de l’Académie nationale de médecine, il est chef du service d’hépato-gastroentérologie et nutrition de l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart et directeur de l’unité de l’Inserm « Microbiote intestinal, macrophages et inflammation hépatique ». C’est dire si sa parole fait autorité (du moins quand on reconnaît une légitimité aux experts).

Détestation

On peut partager la détestation des méthodes utilisées pour élaborer le foie gras et ne pas accepter les erreurs commises par ces militants «anti-foie gras français». Voici les explications du Pr Perlemuter :

 «Les affirmations des auteurs de cette tribune sur les oies et canards malades sont fausses. Ce n’est que du marketing pour faire avancer de façon mensongère une cause», «Les oies et les canards sont des animaux qui ont la capacité naturelle de faire de la stéatose (foie gras). Les Egyptiens l’avaient bien compris et les utilisaient déjà il y a bien longtemps.

 « Ces animaux font naturellement de la stéatose pour emmagasiner un stock d’énergie sous forme de graisse afin de pouvoir faire leurs grandes migrations hivernales, du Nord vers le Sud, en passant au dessus du Proche-Orient… et de l’Egypte. Ils consomment alors progressivement la graisse accumulée dans le foie pour ne pas avoir à atterrir et à s’alimenter. Il n’y a dans le foie de ces animaux ni inflammation, ni fibrose, ni cirrhose. D’ailleurs, les hommes et femmes qui font une stéatose sans inflammation ou fibrose n’ont pas de diminution de leur espérance de vie.»

Jésuites

Ainsi donc le foie gras n’est pas stricto sensu une maladie mais bien un état. Il faut ici faire la part entre la stéatose et la cirrhose hépatique qui est pathologique. On ne saurait goûter un foie cirrhotique. Il faut ajouter que s’intéresser à la stéatose des palmipèdes conduit à découvrir l’existence du zugunruhe, cette étrange  « agitation migratoire », sentiment d’anxiété qui apparaît chez les animaux migrateurs et que l’on retrouve lorsqu’ils sont en cage. Zugunruhe ? Le mot vient de l’allemand Zug : mouvement, migration et Unruhe : inquiétude, anxiété (lui-même venant de un : particule de négation et Ruhe : quiet, calme). En allemand, les oiseaux migrateurs sont nommés Zugvögel.

Où l’on voit que loin d’enfermer le foie gras peut, aussi, ouvrir sur de bien vastes horizons. Pour un peu un père jésuite pourrait soutenir que le gavage calme les anxiétés. Celle des migrateurs avant le grand voyage. Celles des humains lors des fêtes de famille. En toute hypothèse il exacerbe également les passions. «La seule chose sur laquelle je ne peux pas me prononcer est la souffrance animale éventuelle induite par le gavage», souligne le Pr Perlemuter. Qui le pourrait ?

A demain

1 « Non, Marcela Iacub, le foie gras n’a pas de maladie! » Slate.fr 24 décembre 2016.

Foie gras : Nagui et Marcela Iacub n’en veulent plus. Et ils réclament que nous n’en mangions pas

 

Bonjour

Un malheur peut ne pas arriver seul. Ainsi, aujourd’hui en France la multiplication des foyers de grippe aviaire H5N8 qui tétanise les élevages du grand Sud-Ouest. Et puis ces propos signés de Nagui et de Marcella Iacub dans une tribune que vient de publier  Le Monde. Une tribune exclamative simplement titrée : « Interdisons la production de foie gras en France ! ».

Marcella Iacub, 52 ans, est une personnalité atypique dans le paysage médiatique français. Juriste, essayiste, paradoxale sur le féminisme elle est, pour tout dire, inscrite dans une longue quête provocatrice. En 2013, cette directrice de recherches au CNRS avait gagné en notoriété à la suite de la publication de son livre Belle et Bête — inspiré de sa relation avec Dominique Strauss-Kahn. Ses lecteurs la retrouvèrent ensuite dans la célèbre émission  Les Grosses Têtes, sur RTL.

On ne présente pas Nagui. Les deux signent, dans Le Monde,  une tribune avec un « collectif » médiatique assez hétéroclite 1 que réunit la détestation de l’existence, en France, dufoie gras (de canard).

Berceau français

La provocation ne manque pas de sel. Les auteurs font d’emblée valoir que les premières victimes de l’épizootie de grippe aviaire « sont d’abord et avant tout, les canards ! » – animaux qui meurent, par milliers, des suites de la maladie ou des campagnes d’abattage menées à titre ‘’préventif’’. » Lisons la suite :

« Quand on sait que le foie gras est un foie malade – les canards étant atteints de la stéatose hépatique –, la filière du foie gras – et donc du canard gras – n’en est plus à une maladie près ! Certains d’entre nous ont grandi dans le sud de la France, berceau français du foie gras. En tout cas, depuis notre tendre enfance, nous avons tous été bercés par une petite musique sur la place importante du foie gras sur la table des fêtes de fin d’année et tout l’imaginaire qui va avec : convivialité, gastronomie, tradition – même si la production de foie gras ne prend son essor qu’au XIXe siècle. Des fêtes sans foie gras ne seraient pas des fêtes dignes de ce nom ! »

De fait, pour certains, non ! Et pas les plus aisés de notre société.

Inséminations forcées

Suit un passage pédagogique où le collectif explique comment est produit le foie gras : canes « inséminées de force artificiellement » (sic) ; canetons femelles tués à la naissance, « généralement par broyage » ; vingt-trois millions de femelles chaque année qui sont broyées ou gazées à la naissance ; quarante millions de canards  gavés par pompe hydraulique ou pneumatique à l’aide d’un embuc métallique d’une vingtaine de centimètres enfoncé dans l’œsophage.

Et que l’on ne fasse pas de différence entre l’industriel sadique et le gentil gaveur producteur : « il n’y a pas de gavage heureux ».

Vient la confession collective :

«  Nous aussi, nous aimons partager des moments conviviaux en famille et entre amis durant cette période particulière que sont les fêtes de fin d’année. A une époque pas si lointaine, le foie gras en faisait partie et était bien présent sur nos tables. Pourtant, nous avons fait le choix de ne plus en consommer pour ne plus soutenir et encourager une activité tout entière fondée sur l’immense souffrance des canards. Pour mettre fin à cette souffrance, nous demandons que la production de foie gras soit interdite en France, comme elle l’est déjà dans de nombreux pays européens. »

Travail des enfants

Les auteurs ne nous disent malheureusement par quoi ils remplacent la stéatose hépatique. Ont-ils versé dans le végétarisme ? Sinon comment résolvent-ils leurs contradictions ?  Ils disent « souhaiter profondément que les relations que nous entretenons avec les animaux changent ». Ils entendent « construire une société bienveillante où les animaux auraient une véritable place dans une société fondée sur la justice ».

Qui ne le souhaiterait ? Mais en quoi la croix sur le foie gras aidera-t-elle à la construction de ce temple de la bienveillance ? On est d’autant plus dérangé par le propos que les auteurs avancent un argument redoutable. Le voici :

«  L’argument économique n’est souvent que le paravent du conservatisme aveugle. Défendant le travail des enfants, la chambre de commerce de Mulhouse affirmait déjà en 1837 : ’Leur coopération est d’une nécessité absolue et la question de leur admission en général en serait une question de vie ou de mort pour nos fabriques.’’  Cependant, nous avons été capables en Europe d’évoluer vers d’autres pratiques et l’économie ne s’est pas pour autant effondrée. »

Osons le mot : ce parallèle historique entre le travail des enfants et le gavage des canards est assez délicat à avaler.

A demain

1 Françoise Armengaud, philosophe ; Aurélien Barrau, astrophysicien, professeur, université Grenoble-Alpes ; Pierre-Emmanuel Barré, humoriste ; Adélaïde De Clermont-Tonnerre, romancière et journaliste ; Jean-Baptiste Del Amo, écrivain ; GiedRé, chanteuse ; Marcela Iacub, juriste, CNRS ; Thomas Lepeltier, historien et philosophe des sciences ; Guillaume Meurice, humoriste ; Nagui, animateur, producteur et comédien ; Philippe Reigné, juriste, Conservatoire national des arts et métiers ; Matthieu Ricard, biologiste et fondateur de Karuna-Shechen ; Mathieu Vidard, journaliste

Lait de femme : un marché illicite se développe sur Internet. Que font les trois ministres ?

 

Bonjour

Décembre 2016. On se fatigue de tout, surtout de la politique. L’âtre crépite. Le vieux Monde est sur écran. On tombe sur un pied de page accrocheur. Il signé de notre consœur Anne Chemin. Le titre séduit : « Quel statut pour le lait maternel ? ». On y apprend qu’un « marché informel de lait humain s’est développé sur Internet ». Et que cela ne va pas, en France, sans créer quelques problèmes. « Le Lait et la Toile ».

Anne Chemin interroge Mathilde Cohen. Mme Cohen chargée de recherche au CNRS, maître de conférences à l’université du Connecticut et lauréate de la Fondation pour les sciences sociales (FSS). Elle sait tout du sujet passé. Et tout nous est expliqué en résumé. Hippocrate, Diderot, les frères ou les sœurs de lait qui, jadis, n’avaient pas le droit de se marier ? Le pratique et le symbolique. Les nourrices et l’allaitement mercenaire, un salaire contre une poitrine.

Transcendance laïque

Et puis, comme toujours, la technique qui libère ou asservit. Les premiers tire-lait ­électriques, la pasteurisation, le ­conditionnement stérile et les locomotives. On dissocie le lait humain du corps qui le produit. On payait (chichement) la nourrice, pourquoi ne pas commercialiser cet aliment ?

Pourquoi pas, en effet. Il serait de meilleur rendement (et de meilleur qualité) que les laits maternisés des multinationale suisses. Mais en France, le bât blesse.  Les lois de bioéthique, constitutionnalisées, ont consacré l’indisponibilité du corps humain, sa non-patrimonialité. C’est ainsi : loi de 1905 ou pas, votre corps ne vous appartient pas. Une transcendance laïque et républicaine vous interdit de faire commerce des éléments de votre corps : rein, sang, sperme, ovocytes etc.

Esprit de lucre

Et le lait ? C’est l’équivalent du sang : il existe des circuits monopolistiques à visée thérapeutique mais ils sont hors-commerce, hors esprit de lucre. C’est là une forme nouvelle de charité caractérisée par la triade bénévolat-gratuité-anonymat.   Pour le lait il s’agit des lactariums qui fournissent du lait offert par des mères à des bébés prématurés ou malades. Un circuit qui, comme celui du sang ou du sperme, est régi par de strictes dispositions de réglementations sanitaires.

Comme pour les organes, le sang et les cellules sexuelles la vente ou le don direct de lait ­humain sont donc –illégaux.  Or, nous révèle Anne Chemin, « face à cette réglementation, un marché informel de lait humain s’est développé sur Internet ». Elle ajoute que ces pratiques « sont vivement critiquées par l’Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé (ANSM) ».

Rongeurs marchands

Pour Mathilde Cohen l’ANSM craint « de voir entrer dans la ­logique marchande un produit du corps humain qui touche à l’intimité des personnes et à leur intégrité autant qu’à la santé ­publique ». Car, dit-elle,  la commercialisation du lait humain, comme celle des organes ou des gamètes, « soulève des controverses morales qui ­favorisent ou bloquent l’émergence d’un marché institutionnalisé ».

Est-ce vraiment à l’ANSM de traiter d’un tel sujet ? On attendrait plutôt ici, et en urgence, l’Agence de biomédecine. Mieux encore: les ministres de la Santé, de la Justice et de l’Intérieur, tous trois en charge de l’application et de l’évolution de la loi de bioéthique – voire du respect de la morale républicaine en marche. Faute de quoi l’architecture en place depuis plus de vingt ans pourrait bien commencer à vaciller. La marché et se rongeurs attendent.

MM Fillon et Macron

Le Monde nous éclaire sur la situation qui prévaut aux Etats-Unis, où le Code of Federal Regulations considère que le lait n’est justement pas un produit du corps humain ­ (human tissue). « Il n’est donc pas soumis à la stricte réglementation qui encadre la collecte, le traitement et la distribution de ces produits, explique Mme Cohen.. Il n’est pas non plus un aliment ou un médicament réglementé par la Food and Drug Administration. Face à ce quasi-vide juridique, les banques de lait américaines ont pris l’initiative de s’autoréglementer. »

Sommes-nous, en France, à l’heure de la déréglementation et de la grande libéralisation? Que pensent de ce sujet (au hasard) MM Fillon et Macron ? On ne se lasse jamais, à dire vrai, de la politique.

A demain

 

Cancers (sein et côlon) : avec viandes et charcuteries l’INRA conseille fruits et légumes

Bonjour

Jusqu’où ne pas aller dans la rédaction des communiqués de presse  à haut risque ? La question est soulevée aujourd’hui via l’Institut national de la recherche scientifique (INRA) et cette publication dans la revue Oncotarget : “Dietary iron intake and breast cancer risk: modulation by an antioxidant supplementation”.

C’est là une suite à l’émotion soulevée, en 2015, par le Centre international de recherche sur le cancer qui avait  classé la consommation de charcuteries et de viandes rouges comme étant cancérigène pour l’homme. Des travaux menés par des chercheurs de l’INRA (unité Toxalim) avaient, la même année,  révélé que le fer héminique (celui de la viande rouge) était le principal facteur en cause dans la promotion du cancer du côlon. Ils expliquaient cet effet via une réaction de ce fer avec des lipides alimentaire « aboutissant à la formation de composés délétères pour les cellules épithéliales coliques ». Cette même équipe de chercheurs a ensuite développé des travaux pour proposer une prévention nutritionnelle.

Fer et cancer du sein

« Ils ont vérifié chez l’animal que l’ajout de calcium (agent capable de fixer le fer héminique) ou d’antioxydants (vitamine E, polyphénols) permettait de limiter in vitro l’effet promoteur du fer héminique, de la viande bovine et de la charcuterie » explique l’INRA.

Plus récemment, les scientifiques de l’Inra se sont rapprochés d’épidémiologistes de l’Inserm, notamment ceux qui ont mené l’étude SUVIMAX (SUpplémentation en VItamines et Minéraux Anti-oXydants) pendant huit ans sur près de 13 000 personnes. (SUVIMAX est une étude d’intervention chez l’homme avec des antioxydants à dose nutritionnelle versus placebo). Les travaux ont permis de montrer qu’une consommation importante de fer alimentaire est associée à un risque élevé de cancer du sein dans le groupe placebo – augmentation de 67% (référence non précisée). Dans le même temps l’association entre consommation de fer alimentaire et risque de cancer du sein disparaît dans le groupe supplémenté en antioxydants à doses nutritionnelles (c’est-à-dire proches de celles que l’on trouve dans le cadre d’une alimentation équilibrée, riche en fruits et légumes).

Questions sans réponses

« Ces résultats mettent donc en évidence un risque pour le cancer du sein qui pourrait être maitrisé par les antioxydants de notre alimentation, explique encore l’INRA. Ils sont cohérents avec les données expérimentales de l’équipe de l’Unité Toxalim obtenues dans les modèles animaux et conforte l’hypothèse que les antioxydants de notre alimentation pourraient protéger contre le risque de promotion de cancer (du sein et du côlon) induite par le fer des viandes et charcuteries.

En France, 25 % de la population présente une consommation élevée de fer héminique (soit plus de 500g de viande rouge par semaine). « Pour cette population à risque spécifiquement, il semble donc important d’augmenter la part des antioxydants dans le régime, notamment sous forme de fruits et légumes » ajoute le service de presse le l’INRA.

A dire vrai, on saisit doublement mal. Est-ce vraiment important ou cela le semble-t-il ? Cette « population à risque » doit-elle se ruer sur les rayons des antioxydants ou augmenter, simplement, ses rations de fruits et de légumes ? Jusqu’où aller dans la rédaction des communiqués de presse ?

A demain

Donneriez-vous un peu de votre sang contre une petite louche de caviar ? Exercice éthique.

Bonjour

La veille on dressa l’oreille. Page 12 de l’édition d’Indre-et-Loire La Nouvelle République célébrait le centenaire de la naissance du grand Charles Barrier – le premier restaurant mythique de Tours (avant l’arrivée de Jean Bardet). En tête de la colonne de gauche, une brève « santé » titrée « Un don du sang gastronome aujourd’hui » :

« Don du sang particulier aujourd’hui à la mairie de Tours avec l’opération don gastronome. Pour résumer : allier un geste solidaire avec un moment de plaisir et de découverte. Une initiative de l’Etablissement Français du Sang et de la Table ronde française. Quatre chefs tourangeaux vont concocter des collations sucrées salées pour remercier les donneurs. Le but avoué est d’attirer le maximum de donneurs et surtout de nouveau donneurs. »

Fricassée de crustacés

 Voilà bien, pour résumer, un aveu. Recruter en appâtant avec du sucré-salé…. On allait oublier quand on tomba sur la page 17 de l’édition d’aujourd’hui : « Les donneurs choyés comme au restaurant » (Alexandre Salle). Extraits :

« Lisette bretonne au citron, fricassée de crustacés avec sa crème d’aneth, faisselle au miel, soupe au chocolat et panna cotta au chocolat blanc. Ce n’est pas le menu d’un restaurant gastronomique, mais bien la collation réservée aux donneurs de sang.

Quatre chefs tourangeaux (Alain Couturier de La Roche Leroy, Thierry Jimenez de L’Auberge du XIIe siècle, Julien Perrodin, du Barju et Pauline Teston Unger, des Linottes) ont concocté, hier après-midi, 250 assiettes pour les donneurs. ‘’C’est bon, ça change du jambon blanc et de la compote servis habituellement, savoure Jocelyne. En plus de donner mon sang, j’ai découvert de nouveaux goûts comme le poisson cru que je n’apprécie pas trop. Là, c’était excellent ! ‘’ »

Passer gratuitement du jambon blanc à la crème d’aneth ? Jocelyne n’a pas flairé le piège.

Bien évidemment les chefs se sont mis aux fourneaux bénévolement. « Il faut savoir donner de son tempsexplique  Thierry Jimenez. Donner son sang, c’est une tradition familiale, mon père donnait beaucoup, ça me rappelle des souvenirs. Je partage ce moment-là avec les donneurs. Comme dans mon restaurant, je vais les voir pour savoir s’ils ont apprécié leur plat. Généralement, ils sont détendus et souriants. »

Confondre un donneur et un client ? Thierry Jimenez ne saisit pas la nuance.

Pied de cochon farci au foie gras

Ainsi donc, l’opération est menée sous l’égide du club Table Ronde Française et de l’Établissement Français du Sang (1). « On espère récupérer 175 poches de sang, confie Grégory Chesneau, président local du club. On a mis les petits plats dans les grands, on est ambitieux. Lors des sept éditions précédentes dans des hôtels en périphérie de la ville, on avait récolté 80 à 90 poches. »

« Les volontaires sont au rendez-vous. Le festin aide à faire passer la pilule. ‘’J’ai horreur des aiguilles, c’est la première fois que je donne mon sang, j’ai réussi à relever ce défi, révèle Cécile. Et le plat à l’air très bon !’’ 

« Sur leur lit, les donneurs ont un point de vue imprenable sur la salle des mariages. ‘’En plus du repas, on savoure le décor, annonce Carine. J’ai suggéré de repeindre le camion de collecte comme ce plafond !’’  Avec 195 poches récoltées, le club a déjà prévu de réserver la salle des mariages l’an prochain pour réitérer ce don du sang gourmand. »

Combien récolterait-on en appâtant avec du homard et quelques louches de caviar ? Terrine aux trois poissons, matelote d’anguilles, sandre rôti au beurre blanc, pied de cochon farci au foie gras et à la truffe, baba au rhum et fruits frais ? A partir de quand le don cesse-t-il de l’être ? A partir de quand achète-t-on du sang ? Est-ce bien ainsi que l’on répare les vivants ?

A demain

1 Cette participation ne manque pas d’étonner. L’article D1221-1 du code la santé publique dispose ainsi : « Le don de sang ou de composants du sang ne peut donner lieu à aucune rémunération, directe ou indirecte. Sont notamment prohibés à ce titre, outre tout paiement en espèces, toute remise de bons d’achat, coupons de réduction et autres documents permettant d’obtenir un avantage consenti par un tiers, ainsi que tout don d’objet de valeur, toute prestation ou tout octroi d’avantages »