La récente, réjouissante et très édifiante histoire de Libération et des antifongiques

 

Bonjour

Ne pas désespérer : sous la Macronie tous les contre-pouvoirs n’ont pas disparu. Un exemple réjouissant, édifiant,  en témoigne. Lundi 16 avril 2018 Libération publiait une tribune signée par un groupe de scientifiques 1 alertant sur la nocivité potentielle de certaines substances massivement utilisées dans la nature : « Une révolution urgente semble nécessaire dans l’usage des antifongiques ». Extraits :

« Nous sommes un collectif de chercheurs, cancérologues, médecins, et toxicologues, du CNRS, de l’Inserm, de l’Université, et de l’Inra. Au moment où se multiplient les communications alarmantes sur l’effondrement de la biodiversité en France, en Europe et dans le monde, il nous paraît urgent d’attirer l’attention sur les risques potentiels pour la santé humaine et l’environnement de l’usage d’une classe de pesticides, les SDHI (inhibiteurs de la succinate déshydrogénase), désormais utilisés à grande échelle comme antifongiques en agriculture. Ces fongicides visent à détruire les champignons, moisissures qui se développent sur les végétaux dans les cultures, les produits de récolte et les fruits. En France ce sont de l’ordre de 70 % des surfaces de blé tendre et près de 80 % de celles d’orge d’hiver qui sont traitées par les SDHI (données de 2014). S’y ajoute le traitement des semences, des fruits (raisins et des agrumes), mais aussi des pelouses, notamment celles des terrains de golf. (…)

Sur la base de nos tout récents résultats et pour ne pas reproduire les erreurs du passé, nous appelons à suspendre l’utilisation tant qu’une estimation des dangers et des risques n’aura pas été réalisée par des organismes publics indépendants des industriels distribuant ces composés et des agences ayant précédemment donné les autorisations de mise sur le marché des SDHI. »

Deux jours plus tard, victoire : l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) publie un communiqué qui commence ainsi :

« Dans une tribune récemment publiée dans la presse (sic) , plusieurs scientifiques ont souhaité alerter sur les risques potentiels pour la santé de l’usage en agriculture des fongicides inhibiteurs de la succinate déshydrogénase (SDHI). Dans ce contexte, l’Anses mobilise son expertise afin de prendre en compte l’ensemble des données scientifiques disponibles sur ce sujet et notamment examiner sans délai les éléments évoqués par les scientifiques lanceurs d’alerte. »

Cinq mois après

« Examiner sans délai »… La précision ne manque pas de sel quand on sait que le principal auteur de l’alerte, Pierre Rustin (équipe physiopathologie et thérapie des maladies mitochondriales, hôpital Robert-Debré, université Paris-Diderot) avait contacté l’Anses en novembre dernier… après la publication des ses derniers résultats potentiellement inquiétants : « A new threat identified in the use of SDHIs pesticides targeting the mitochondrial succinate dehydrogenase enzyme ».  Cinq mois plus tard, tribune dans Libé. Pierre Rustin racontait tout cela par le menu, cet après-midi, sur France-Inter, dans l’émission La Tête au carré.

Quelques heures plus tard, publication du communiqué de l’Anses. Mobilisation des troupes :

« Conformément à ses principes de traitement des alertes, l’Agence constitue un groupe d’experts dédié qui sera chargé d’auditionner les chercheurs auteurs de l’alerte, et d’examiner les éléments évoqués au regard de la littérature scientifique et des données issues de la phytopharmacovigilance. Ce travail aura notamment pour objectif d’évaluer si des éléments nouveaux doivent être portés au niveau européen et, si nécessaire, de prendre toute mesure de gestion des risques qui apparaitrait appropriée. »

Ne pas désespérer.

A demain

1 Paule Bénit PhD, ingénieure de recherches IR2 à l’Inserm, Dominique Chrétien PhD, ingénieur de recherches IR2 à l’Inserm Malgorzata Rak PhD, chargée de recherches CR1 au CNRS, Manuel Schiff MD, PhD, pédiatre, maître de conférences des universités, praticien hospitalier APHP, Pierre Rustin PhD, directeur de recherches CE au CNRS, unité Inserm UMR1141, (équipe physiopathologie et thérapie des maladies mitochondriales), hôpital Robert-Debré, université Paris-Diderot, Judith Favier PhD, directrice de recherches DR2 à l’Inserm, Anne-Paule Gimenez-Roqueplo MD, PhD, professeure, APHP-Université, unité Inserm UMR970 (équipe phéochromocytomes et paragangliomes), hôpital européen Georges-Pompidou, université Paris-Descartes, Sylvie Bortoli PhD, ingénieure de recherches IR1 à l’INSERM, UMR 1124, (équipe toxicologie, pharmacologie et signalisation cellulaire), université Paris-Descartes, Laurence Huc PhD, chargée de recherches CR1 Inra, unité Inra – Toxalim (équipe contaminants et stress cellulaire), université Toulouse-Paul-Sabatier.

Alcoolisme, vin et gastronomie : Agnès Buzyn contre Stéphane Travert. Premier round

Bonjour

La cloche a sonné et cela donne un communiqué où la violence sourd d’entre les lignes : « Agnès Buzyn ministre des Solidarités et de la Santé, et Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, ouvrent la concertation sur la prévention avec les professions viticoles ». Un communiqué gouvernemental orné (c’est nouveau) d’un « encadré » rappelant l’enjeu de la partie 1. Un communiqué n’expliquant pas pourquoi les grands alcooliers industriels, présents dans la salle, ne sont pas sur le ring.

Ainsi donc, après les propos radicalement opposés sur le vin tenus ces derniers temps par Emmanuel Macron (qui en boit « midi et soir ») et Agnès Buzyn (« c’est de l’alcool contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire ») les deux camps se sont rencontrés « pour une première séance commune d’échanges avec les représentants de la  profession viticole ». Avec la bénédiction du président de la République qui « ambitionne d’opérer en France la ‘’révolution de la prévention’’ ».

Stéphane Travert a accueilli favorablement la volonté des professions viticoles de s’associer aux politiques publiques de prévention. Et Agnès Buzyn aussi, les deux ministres entendant « conduire ces discussions dans un esprit constructif et d’ouverture ». Certes, mais encore ? Voici :

« Les ministres ont proposé un cadre de travail commun permettant de définir des mesures à même d’améliorer la lutte contre les addictions et prévenir les dommages sanitaires et sociaux qui en résultent ainsi que les moyens nécessaires à leur mise en œuvre effective.

 « Ils ont évoqué avec les organisations viticoles les objectifs majeurs en matière de prévention, au premier rang desquels la protection des personnes sensibles (femmes enceintes avec un objectif de zéro alcool pendant la grossesse, jeunes) et l’amélioration de  l’impact des messages de santé publique sur les pratiques abusives. »

 Et puis ce passage résumant  lui seul l’inextricable difficulté du sujet (nous soulignons) :

« Les ministres ont rappelé leur attachement à un discours public de responsabilité et de sensibilisation de la population dès lors qu’il est aussi reconnu que la consommation de vin fait partie du patrimoine gastronomique français et du rayonnement des produits des territoires français à l’international. »

On attend le second round.

A demain

1 ENCADRE : « La consommation d’alcool est un des facteurs de risques importants pour la santé de la mère et de son enfant. On estime que 700 à 1000 enfants sont concernés chaque année par le syndrome d’alcoolisation fœtale. Une des priorités du gouvernement en matière  de prévention  en  santé est de sensibiliser les femmes enceintes à ces risques et  de renforcer les messages de prévention sur l’absence de consommation pendant la grossesse.

Les publics jeunes sont particulièrement sensibles aux messages valorisant certaines consommations. A un âge où les comportements sont aisément influençables et où s’acquièrent les bonnes comme les mauvaises pratiques, il est important de raisonner la présence de messages à caractère publicitaire dans l’environnement des jeunes. De même, les messages qui alertent sur les dangers associés à la  consommation d’alcool comme ceux sur les valeurs nutritionnelles des produits doivent permettre une meilleure information des consommateurs. »

 

Mélatonine : Agnès Buzyn osera-t-elle en finir avec sa commercialisation en vente libre ?

Bonjour

C’est un marché fructueux qui pourrait ne pas durer. On vend chaque année en France environ 1,4 million de boîtes de mélatonine, présente dans diverses formes de compléments alimentaires. Or la mélatonine est tout sauf un aliment: il s’agit d’une hormone naturellement sécrétée la nuit par une glande cérébrale, l’épiphyse, qui informe le cerveau que l’heure est venue de s’endormir. À ce titre, elle peut être utilisée comme une forme «douce» et «naturelle» de somnifère.

Mais elle devrait alors pour cela rentrer dans le cadre très réglementé des médicaments, comme c’est le cas dans de nombreux pays européens –Belgique, Allemagne, Danemark, République Tchèque, Royaume-Uni, Slovénie et Suisse. Au Canada et aux États-Unis, elle est en vente libre. Or en France, comme en Lettonie, elle est autorisée dans les compléments alimentaires, en dessous de deux milligrammes par prise et par jour.

La situation française ne va sans doute pas perdurer. Dans un avis rendu public le 11 avril, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) estime que le moment est venu, pour des raisons médicales, d’en finir avec ce laxisme commercial.

La suite sur Slate.fr : « Comment la mélatonine a-t-elle pu être proposée en vente libre ? »

A demain

 

 

Tragique : la crêpe offerte par une maîtresse à un enfant allergique aux produits lactés

Bonjour

Tous les éléments d’une tragédie moderne peuvent résider dans quelques lignes de l’AFP. La France vient de découvrir, à la veille de Pâques, qu’un enfant de six ans allergique aux produits lactés est mort dans le Beaujolais. Le garçonnet, en grande section de maternelle à l’école Fernand-Gayot de Limas, fêtait le carnaval avec ses camarades. Après les festivités, le personnel avait confectionné et proposé des crêpes à l’ensemble des élèves. Selon Le Progrès l’enfant avait l’habitude de manger des crêpes à l’eau chez lui – il a donc accepté celle qu’on lui offrait. Il en est mort.

L’autopsie a en effet très vite confirmé que l’enfant avait succombé à un choc anaphylactique. L’information a été donnée par le procureur de Villefranche-sur-Saône, Sylvain Cordesse, confirmant une information de la presse régionale. Il ressort de l’enquête que « c’est la maîtresse qui a proposé à la crêpe à l’enfant » alors que « son régime alimentaire était connu » du personnel de l’école : allergie aux produits lactés.

Après avoir ouvert une enquête pour recherche des causes de la mort, le parquet entre désormais dans une autre phase : celle de déterminer les responsabilités personnelles et notamment celle de l’enseignante. Cette dernière a déjà été entendue. Tous les éléments d’une tragédie.

A demain

 

« Le vin n’est pas un ‘’alcool’’ » : qui soutient ainsi Emmanuel Macron contre Agnès Buzyn ?

Bonjour

«  En témoignant de son attachement pour le vin, Emmanuel Macron a rendu un hommage à nos artisans, à nos paysages, à notre histoire ». C’est le début d’une étonnante chronique œnologico-politique publiée dans un grand quotidien généraliste du matin. Ce même quotidien qui avait publié, il y a quelques jours, une tribune demandant à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, de « cesser de diaboliser le vin qui est une part de la société française » – tribune signée des membres de l’ « Académie du vin de France » 1.

Aujourd’hui, donc, le texte d’une chroniqueuse réputée dont nous vous laissons deviner le nom. Elle prend ici, sans nuance, le relais des attaques de l’Académie en s’appuyant sur la phrase désormais célèbre d’Emmanuel Macron confiant qu’il boit du vin « deux fois par jour ». Morceaux choisis :

« (…) Mais il est un élément qui sera compté au crédit du Président. Quelques mots, sans doute bien anodins aux yeux des énarques du Trésor, et pourtant majeurs, tant ils constituent une défense et illustration de la civilisation française dans ce qu’elle a d’irréductible à l’esprit comptable de l’hygiénisme contemporain.

(…) Ainsi Emmanuel Macron a-t-il répondu à ceux qui lui demandaient s’il faudrait un nouvel amendement pour durcir la loi Evin. Mots incroyables. Pour la première fois depuis des années, un président de la République ose réhabiliter la consommation quotidienne et raisonnable de vin. Mieux, il l’a fait pour répondre à sa ministre de la Santé, qui reprenait l’antienne des nouveaux combattants du Bien, pour qui toute consommation de vin est à mettre sur le compte d’une déviance malsaine. »

Suit un rapprochement historique religieux et médical qui, en ce début du XXIe siècle, ne manque pas de piquant :

« Bien sûr, ce ne sont plus les dames patronnesses du XIXe siècle fustigeant les penchants coupables de l’ouvrier, mais il y a quelque chose d’effroyablement condescendant, et, pour tout dire, inquisitorial, dans cette façon de désigner le «premier verre de vin» comme premier pas vers le cancer. Inquisitorial car tout cela s’édicte au nom du Bien.

 « Les blouses blanches ont remplacé les dames patronnesses, les comptes de la Sécurité sociale sont le nouvel objectif, et non plus la morale bourgeoise, mais le processus est le même. Pour la meilleure des causes, lutter contre la souffrance et les maladies, limiter les méfaits d’un alcoolisme dont nul ne pourrait dire qu’il n’est pas un fléau, ceux qui savent entendent rééduquer les pauvres âmes errantes et faibles. Non pas informer les citoyens pour leur permettre de choisir les risques qu’ils entendent assumer, mais les dresser à adopter le comportement ‘’vertueux’’. »

 « Boisson de table »

Puis les flèches décochées contre la ministre de la Santé :

« C’est bien ainsi qu’il faut entendre les remarques de la ministre de la Santé: ‘’L’industrie du vin laisse croire que le vin est différent des autres alcools. En termes de santé publique, c’est exactement la même chose de boire du vin, de la bière, de la vodka ou du whisky. […] On a laissé penser à la population française que le vin […] apporterait des bienfaits que n’apporteraient pas les autres alcools. C’est faux scientifiquement, le vin est un alcool comme un autre.’’

 Agnès Buzyn se réclame de la ‘’science’’, non seulement pour nier les données scientifiques sur les antioxydants contenus dans certains vins, mais surtout pour masquer la manipulation des mots. Parler d’ ‘’industrie’’ à propos du vin est une insulte à tous ces artisans qui constituent l’immense majorité des producteurs de vin en France, justement parce que le vin de France, par son ancrage dans les terroirs, a toujours résisté à l’industrialisation réclamée par les tenants du marché et de l’alignement sur les critères anglo-saxons. »

Et, in fine, l’argumentaire jésuite sur lequel repose l’ensemble ; puis la conclusion politique :

« Mais surtout, le vin n’est pas un ‘’alcool’’.Il est une boisson de table contenant de l’alcool, et pour cela à boire avec pondération et intelligence. Mais il est avant tout une boisson culturelle, porteuse de toute la mémoire historique et géographique de la France. Et c’est justement quand on le réduit à n’être qu’un ‘’alcool’’ qu’on le condamne à n’être qu’un vecteur d’alcoolisation. C’est en niant sa dimension culturelle, alimentaire et agricole, qu’on en fait un danger pour la santé et la sécurité (…)

« Nul ne sait quelle France Emmanuel Macron laissera dans quatre ans. Mais il a par, ces quelques mots, et peut-être malgré lui, rendu hommage à ce pays qui résiste à l’uniformisation des marchés et à la réduction du monde à des nombres, à ces citoyens émancipés parce que porteurs d’une histoire et d’un patrimoine, à ce qui fait que la France est belle. »

Agnès Buzyn se devrait de répondre au plus vite à cette philippique. Mais dispose-t-elle pour cela, face au président de la République, d’assez d’autonomie politique ?

A demain

1 Les membres de l’Académie du vin de France : Alain Graillot, Domaine Alain Graillot (président) ; Jean-Charles Abbatucci, Domaine Comte Abbatucci ; Nicolas de Bailliencourt, Château Gazin ; Olivier Bernard, Domaine de Chevalier ; Michel Bettane, journaliste ; Christian de Billy, Champagne Pol Roger ; Jean-Noël Boidron, Château Corbin-Michotte ; Philippe Bourguignon, Restaurant Laurent ; Gérard Chave, Domaine Jean-Louis Chave ; Béatrice Cointreau, Château du Perron ; Pierre Couly, Domaine Pierre et Bertrand Couly ; Jean-Bernard Delmas, Château Montrose ; Philippe Demailly, ophtalmologiste ; Véronique Drouhin, Maison Joseph Drouhin ; Alain Dutournier, Restaurant Le Carré des Feuillants ; Benoît France, Éditions Benoît France ; Claude Geoffray, Château Thivin ; Léonard Humbrecht, Domaine Zind-Humbrecht ; Olivier Jullien, Mas Jullien ; David Khayat, cancérologue ; Dominique Lafon, Domaine des Comtes Lafon ; Alain de Laguiche, Château d’Arlay ; Jean-Charles Le Bault de la Morinière, Pernand-Vergelesses ; Alexandre de Lur-Saluces, Château de Fargues ; Henry Marionnet, Domaine de la Charmoise ; Erik Orsenna, de l’Académie française ; Jean-Pierre Perrin, Château de Beaucastel ; Noël Pinguet, Vouvray ; Jean-Robert Pitte, membre de l’Institut ; Bernard Pivot, de l’académie Goncourt ; Jacques Puisais, œnologue ; Henri Ramonteu, Domaine de Cauhapé ; François Roland-Billecart, Champagne Billecart-Salmon ; René Rougier, Château Simone ; Frédéric Rouzaud, Champagne Louis Roederer ; Jacques Seysses, Domaine Dujac ; Régine Sumeire, Château Barbeyrolles ; Pierre Trimbach, Domaine Trimbach ; Jean-Laurent Vacheron, Domaine Vacheron ; Christine Vernay, Domaine Georges Vernay ; Aubert de Villaine, Domaine de la Romanée-Conti.

Première : un traitement permet à une femme transgenre d’allaiter l’enfant de sa compagne 

Bonjour

C’est, officiellement, une première mondiale. C’est aussi un dossier médical et sociétal à lire dans  The New York Times (Ceylan Yeginsu) : « Transgender Woman Breast-Feeds Baby After Hospital Induces Lactation », dans The Washington Post (Lindsey Bever) « How a transgender woman breast-fed her baby » ou dans  Le Monde (Paul Benkimoun). Une affaire qui voit « une femme transgenre allaiter un enfant ». Tous les détails sont à lire dans le numéro de janvier de Transgender Health :  « Case Report: Induced Lactation in a Transgender Woman ».

La publication est signée depuis New York par la Dr Tamar Reisman (Department of Endocrinology, Icahn School of Medicine at Mount Sinai) et Zil Goldstein (Center for Transgender Medicine and Surgery). Les deux auteurs expliquent longuement, et avec de très nombreux détails, comment ils sont parvenu à induire une lactation chez une femme transgenre âgée de 30 ans qui n’avait pas subi de chirurgie de réattribution sexuelle (plastie mammaire, ablations testiculaires ou vaginoplastie).

Spironolactone – estradiol – progestérone-dompéridone

Elle suivait depuis 2011 un traitement médicamenteux hormonal féminisant (spironolactone – estradiol – progestérone). Elle prenait occasionnellement du clonazépam (contre des épisodes de « panic disorder ») et du zolpidem (contre des insomnies). Elle était par ailleurs en bonne santé, ne fumait pas et ne présentait pas de risque cardiovasculaire – avec une poitrine similaire à celle d’une femme adulte.

Cette patiente souhaitait ardemment pouvoir allaiter le futur nouveau-né auquel sa compagne allait donner naissance – cette dernière ne souhaitant pas nourrir  elle-même son enfant. La lactation a été induite par un traitement commencé trois mois avant la naissance : doses croissantes d’estradiol et de progestérone ; ­prise de dompéridone favorisant la sécrétion ; utilisation d’un tire-lait, susceptible d’élever les niveaux des hormones favorisant la lactation ; réduction des doses d’estradiol et de progestérone simulant la dynamique hormonale de l’après-accouchement.

Après trois mois de traitement (deux semaines avant la naissance de l’enfant)  elle emme produisait 227 g de lait par jour – une quantité relativement faible mais qui a permis d’assurer un allaitement au sein exclusif durant six semaines, avant de l’associer à un allaitement artificiel. Parfait développement du bébé aujourd’hui âgé de six mois.   A New York les deux auteurs expliquent qu’ils vont chercher, autant que faire se pourra, à optimiser leur protocole.

A demain

Cancers et aliments « ultras-transformés » : jusqu’où  traduire sans trahir la vérité ?  

Bonjour

C’est un bien beau cas clinique pour école de journalisme (médical). D’un côté une publication (scientifique). De l’autre un communiqué (de presse). Entre les deux le monde, immense, passionnant, toujours renouvelé, de la traduction et des interprétations. Voici ce  dossier.

La publication est celle, signée par un groupe de chercheurs français, dans le  British Medical Journal : « Consumption of ultra-processed foods and cancer risk: results from NutriNet-Santé prospective cohort » 1

Le communiqué de presse est celui de l’Inserm :  « Consommation d’aliments ultra-transformés et risque de cancer » :

« Une nouvelle étude associant des chercheurs de l’Inserm, de l’Inra et de l’Université Paris 13 (Centre de recherche épidémiologie et statistique Sorbonne Paris Cité, équipe EREN) suggère une association entre la consommation d’aliments ultra-transformés et le sur-risque de développer un cancer.

« Au total, 104 980 participants de la cohorte française NutriNet-Santé ont été inclus. Au cours du suivi (8 ans), 2 228 cas de cancers ont été diagnostiqués et validés. Une augmentation de 10% de la proportion d’aliments ultra-transformés dans le régime alimentaire s’est révélée être associée à une augmentation de plus de 10% des risques de développer un cancer au global et un cancer du sein en particulier ».

Attention-précaution :

« Parmi les différentes hypothèses qui pourraient expliquer ces résultats, la moins bonne qualité nutritionnelle globale des aliments ultra-transformés ne serait pas la seule impliquée, suggérant des mécanismes mettant en jeu d’autres composés (additifs, substances formés lors des process industriels, matériaux au contact des aliments, etc.). »

Et encore :

« Ces résultats doivent donc être considérés comme une première piste d’investigation dans ce domaine et doivent être confirmés dans d’autres populations d’étude. Notamment, le lien de cause à effet reste à démontrer. »

Nous sommes donc ici dans les terres incertaines de la corrélation, sous les longitudes de la suggestion, bien loin des pôles de la causalité. Pour autant l’Inserm poursuit en « contextualisant » :

 « Durant les dernières décennies, les habitudes alimentaires se sont modifiées dans le sens d’une augmentation de la consommation d’aliments ultra-transformés qui contribuent aujourd’hui à plus de la moitié des apports énergétiques dans de nombreux pays occidentaux. Ils se caractérisent souvent par une qualité nutritionnelle plus faible, mais aussi par la présence d’additifs alimentaires, de composés néoformés et de composés provenant des emballages et autres matériaux de contact.

Des études récentes ont montré des associations entre la consommation d’aliments ultra-transformés et un risque accru de dyslipidémies, de surpoids, d’obésité, et d’hypertension artérielle. Toutefois, aucune étude n’a porté sur le risque de cancer, alors que des expérimentations chez l’animal suggèrent de potentiels effets cancérogènes de plusieurs composants habituellement présents dans les aliments ultra-transformés. »

Compotes de fruits plus ou moins sucrées

Mais encore ? Et l’Inserm de souligner que des résultats ne doivent être considérés que « comme une première piste d’investigation dans ce domaine », qu’ils « doivent être confirmés dans d’autres populations d’étude » que « notamment, le lien de cause à effet reste à démontrer » (sic). Ce qui ne l’empêche nullement de cibler les aliments « ultra-transformés » qui pourraient être concernés. Traduction :

« Les compotes de fruits avec seulement du sucre ajouté sont considérées comme des «aliments transformés», tandis que les desserts aux fruits aromatisés avec du sucre ajouté, mais également des agents texturants et des colorants sont considérés comme des «aliments ultra-transformés

« Les viandes rouges ou blanches salées sont considérées comme des «aliments transformés» alors que les viandes fumées et/ou avec des nitrites et des conservateurs ajoutés, comme les saucisses et le jambon, sont classées comme «aliments ultra-transformés».

« De même, les conserves de légumes uniquement salées sont considérées comme des «aliments transformés» alors que les légumes industriels cuits ou frits, marinés dans des sauces et/ou avec des arômes ou texturants ajoutés (comme les poêlées industrielles de légumes) sont considérés comme des «aliments ultra-transformés».

En tête de la Une du Monde (daté du 17 février) on peut lire ceci :

«  Plats cuisinés, boissons sucrées… Une étude révèle des risques de cancer. Les aliments dits ultra-transformés favorisent le cancer, selon une grande étude menée en France auprès de plus de 100 000 personnes et publiée dans la presse scientifique

 Un lien statistique a été établi entre la survenue de la maladie et la consommation de certains aliments comme les barres chocolatées, les plats cuisinés et les boissons sucrées (…)  Ce sur-risque de cancer, qui doit encore être confirmé, s’ajoute aux risques déjà établis : obésité, hypertension, taux de lipides anormaux. »

Voilà bien un cas clinique pour école de journalisme (médical) et responsables (éditoriaux et politiques)

A demain

1 BMJ 2018; 360 doi: https://doi.org/10.1136/bmj.k322 (Published 14 February 2018)Cite this as: BMJ 2018;360:k322