Alcools et whiskies : le ministre de l’Agriculture lutte contre l’alcoolisme et l’addictologie

Bonjour

De Carybde fermentée en Scylla distillée. Didier Guillaume, 59 ans, n’est plus un novice. Et pourtant. Ancien agent du Trésor Public, longtemps élu socialiste il annonça son abandon de la politique. Puis en abandonna l’idée. Il est aujourd’hui le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation d’Emmanuel Macron.

Il y a quelques jours M Guillaume faisait parler de lui. Contre l’évidence sanitaire et œnologique il affirmait sur BFMTV-RMC, que le vin n’était pas « un alcool comme un autre ».

« Le vin n’est pas un alcool comme un autre. (…) L’addiction à l’alcool est dramatique, et notamment dans la jeunesse, avec le phénomène du “binge drinking. Mais je n’ai jamais vu un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu’il a bu du côtes-du-rhône, du crozes-hermitage, du bordeaux, jamais. Ils boivent des mélanges, de l’alcool fort. »

Où l’on retrouvait les immortels clichés opposant, en lieu et place des alcoolémies, des ivresses, de leurs fréquences et des symptômes de la dépendance, des alcools qui seraient « forts » quand d’autres seraient « doux ».

Un ministre non recadrable

Une semaine plus tard M. Guillaume persiste et, dans la plus grande confusion, signe de son nom. Invité de la matinale d’Europe 1, mercredi 23 janvier, il a déclaré (6’): « une molécule de vin et une molécule de whisky ont le même degré d’alcool, sauf que moi je ne bois pas des molécules, je bois des verres. » Et surtout ne pas parler de « se saouler ».

Les premiers propos du ministre lui avait valu une sèche réplique de sa collègue Agnès Buzyn. « Le vin fait partie de notre patrimoine, avait-elle concédé sur France info, avant de souligner le caractère identique des molécules d’alcool éthylique présentes dans le côtes-du-rhône, dans les apéritifs anisés et toutes les autres boissons alcoolisées.

Pour autant, Didier Guillaume assure être sur la même ligne que le reste du gouvernement. « Je ne suis pas recadrable, moi, s’est-il agacé à l’adresse de Mme Buzyn. Il n’y a pas de débat, la position du gouvernement est de lutter contre l’alcoolisme. Il y a une grand plan de lutte contre l’alcoolisme qui a lieu. La filière viticole en fait partie, travaille avec le ministère de l’Agriculture et de la Santé. »

Et puis ce formidable lapsus ministériel (réitéré) : « Je veux lutter contre l’alcoolisme et lutter contre l’addictologie ». On attend l’interprétation d’Agnès Buzyn.

A demain

@jynau

 

 

L’entrecôte feuilletée d’or du lièvre Ribéry, les lunettes de tortue écaillée d’Audrey Pulvar

Bonjour

Plus un débat sans violence, plus un repas sans débat. Ainsi Franck Ribéry, 35 ans, footballeur international français sur le déclin, évolue toujours néanmoins au poste d’ailier gauche du Bayern Munich. Victime, à l’âge de deux ans, d’un accident de la circulation qui lui laisse des cicatrices sur le visage,  commence le football à six ans au FC Conti de Boulogne-sur-Mer, rejoint à douze ans le centre de formation du LOSC Lille, dont il sera renvoyé quatre ans plus tard à la suite de mauvais résultats scolaires et de problèmes de comportement.  Généralement caricaturé comme un « footballeur surexcité à la syntaxe sommaire ». Converti à l’islam depuis 2006 il porte aussi le nom de Bilal Yusuf Mohammed.

Franck Ribéry vient d’insulter sans ménagement les personnes qui l’ont critiqué après un article paru dans Bild évoquant une facture de 1200 euros pour une « entrecôte recouverte d’or ». Bild avait révélé qu’en vacances à Dubaï, le célèbre joueur avait rendu visite au célèbre chef Nusret Gökçe à la Nusr-Et Steakhouse pour y déguster une des spécialités de l’établissement.

Et le quotidien allemand de se délecter, précisant que le joueur français et ses proches avaient commandé une entrecôte pailletée d’or d’une valeur de 1200 euros, déclenchant de nombreuses critiques à son égard. Une information reprise par de nombreux médias, notamment par Le Figaro.fr. Avant que l’on apprenne que la facture entrecotesque avait été largement surévaluée,  Bild confondant les euros et les dirhams émiratis. La pièce de chair coûtait un peu moins de 300 euros, et non 1200 comme indiqué.

Remettre les points sur les i et les barres sur les t…

Meurtris par les critiques, l’ancien international a violemment répondu à ses détracteurs et notamment aux médias, via les réseaux sociaux. Extrait (repris non sans délectation par Le Figaro):

«Pour 2019, remettons les points sur les i et les barres sur les t… Commençons par les envieux, les rageux, nés sûrement d’une capote trouée: n*iquez vos mères, vos grands-mères et même votre arbre généalogique. Je ne vous dois rien, ma réussite c’est avant tout grâce à Dieu, à moi et mes proches qui ont cru en moi. Pour les autres, vous n’étiez que des cailloux dans mes chaussettes!».

Ribéry poursuit, amer, regrettant notamment que les médias n’avaient pas relayé ses actions généreuses auprès des associations.

«Ensuite, concernant ces pseudo-journalistes qui ont toujours été dans la critique négative envers moi, mes actes (dernier exemple en date: le prix de ce que je mange!)… Quand je fais des dons (car on m’a appris à donner quand je reçois beaucoup), pourquoi aucun grand média national ne diffuse-t-il cela ?. Non, vous préférez parler des vacances que je passe en famille, vous scrutez mes faits et gestes, ce que je mange etc. Oh, oui, pour ce genre de futilités, vous êtes présents!»

 Puis, « pour mettre un terme à cette polémique qui n’a même pas lieu d’être », Franck Ribéry a publié une capture d’écran d’un article reprenant un tweet de l’ancienne journaliste Audrey Pulvar où elle proclamait « Je fais ce que je veux de l’argent que je gagne ». A l’époque Mme Pulvar avait été particulièrement critiquée après avoir dévoilé le prix de ses lunettes en écaille de tortue… d’une valeur de 3300 euros. Un modèle de la célèbre maison Bonnet, lunetier, dont le prix habituel est nettement plus élevé.

Or aujourd’hui la même tacle le joueur sur Twitter : « Monsieur Franck Ribéry, si vous ne savez pas quoi faire de votre argent, il reste plein de causes à financer et soutenir dans le monde » écrit celle qui désormais préside de la Fondation Nicolas Hulot. Reprise de volée de Franck Ribéry:

« J’espère que vos lunettes [en écaille de tortue] vous permettent d’entrevoir un meilleur avenir professionnel que celui de la pseudo journaliste que vous êtes actuellement ».

 A demain

@jynau

Viandes, poissons : allez-vous jurer ne plus jamais manger, le lundi, de «choses ayant eu vie»?

Bonjour

Aux frontières de l’étrange. C’est une exhortation sans religion à un nouveau carême : une tribune 1 publiée au lendemain des bombances des réveillons 2018-2019. A lire dans Le Monde ; un engagement citoyen et publicitaire qui ne mange guère de pain : « parce qu’elles le font déjà ou qu’elles l’envisagent, 500 personnalités, parmi lesquelles Isabelle Autissier, Juliette Binoche, Luc Ferry, Isabelle Adjani, Matthieu Ricard, s’engagent dans un appel des 500 publié dans « Le Monde », à remplacer chaque lundi la viande et le poisson à partir de 2019 ». Extrait :

« Il existe aujourd’hui des raisons impératives de diminuer collectivement notre consommation de chair animale en France. Nous pensons que chaque personne peut faire un pas significatif dans ce sens pour l’un ou l’autre des motifs suivants : la sauvegarde de la planète, la santé des personnes, le respect de la vie animale. Nous nous engageons à titre personnel à remplacer la viande et le poisson chaque lundi (ou à aller plus loin dans ce sens). »

Il faut lire et relire cette tribune  pour saisir les limites de l’entreprise.  Les arguments qui « semblent décisifs » aux signataires constituent un ensemble bien complexe jouant à la fois sur la raison, sur les peurs et les émotions. Le respect de l’environnement et des animaux, avec une place toute particulière réservée à la « santé »:

« La santé humaine est la deuxième raison objective de limiter la consommation de chair animale. L’intérêt que les êtres humains ont développé pour la viande ne présente plus aujourd’hui les mêmes bénéfices que durant d’autres périodes de l’évolution humaine. Selon les autorités scientifiques, la viande n’est absolument pas indispensable à l’équilibre alimentaire : dans tous les pays développés, elle peut être remplacée par des végétaux, lesquels fournissent des protéines et des nutriments que l’organisme peut assimiler. Manger moins de viande serait même favorable à la santé en contribuant à atténuer le risque de maladies cardiovasculaires, de diabète et d’obésité.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a établi que la viande rouge transformée était en effet une cause certaine de cancer, tandis que la viande rouge non transformée en était une cause probable. Aujourd’hui, les Français consommant près de 100 g de viande chaque jour augmentent de 30 % leur probabilité de développer un cancer en comparaison à ceux qui se limitent à 40 g en moyenne.

Plus globalement, si l’humanité optait pour une alimentation entièrement à base de végétaux, le taux de mortalité humaine chuterait entre 6 % et 10 %. Enfin, les risques sanitaires liés à l’élevage industriel sont un autre préjudice majeur : les fermes industrielles qui regroupent des milliers d’animaux dans des espaces très confinés facilitent la propagation d’épidémies et de souches bactériennes dont certaines sont résistantes aux antibiotiques. »

Au final un discours à la fois séduisant et militant. Un appel à la raison qui perd de sa puissance en usant du fouet de la contrition et de la peur de la maladie. Une incitation au végétalisme intégral qui se bornerait au trois repas du lundi sur les vingt-et-un de la semaine. Etrange tribune qui réunit ces « 500 personnalités ». Comment l’interpréter ? On peut, après Le Monde, retrouver le lumineux Jean de La Fontaine :

« Un Loup rempli d’humanité
(S’il en est de tels dans le monde)
Fit un jour sur sa cruauté,
Quoiqu’il ne l’exerçât que par nécessité,
Une réflexion profonde.
Je suis haï, dit-il, et de qui ? De chacun.
Le Loup est l’ennemi commun :
Chiens, chasseurs, villageois, s’assemblent pour sa perte.
Jupiter est là-haut étourdi de leurs cris ;
C’est par là que de loups l’Angleterre est déserte :
On y mit notre tête à prix.
Il n’est hobereau qui ne fasse
Contre nous tels bans publier ;
Il n’est marmot osant crier
Que du Loup aussitôt sa mère ne menace.
Le tout pour un Âne rogneux,
Pour un Mouton pourri, pour quelque Chien hargneux,
Dont j’aurai passé mon envie.
Et bien, ne mangeons plus de chose ayant eu vie ;
Paissons l’herbe, broutons ; mourons de faim plutôt.
Est-ce une chose si cruelle ?
Vaut-il mieux s’attirer la haine universelle ?
Disant ces mots il vit des Bergers pour leur rôt
Mangeants un agneau cuit en broche.
Oh, oh, dit-il, je me reproche
Le sang de cette gent. Voilà ses Gardiens
S’en repaissants eux et leurs Chiens ;
Et moi, Loup, j’en ferai scrupule ?
Non, par tous les Dieux. Non. Je serais ridicule.
Thibaut l’Agnelet passera
Sans qu’à la broche je le mette ;
Et non seulement lui, mais la mère qu’il tette,
Et le père qui l’engendra.
Ce Loup avait raison. Est-il dit qu’on nous voie
Faire festin de toute proie,
Manger les animaux, et nous les réduirons
Aux mets de l’âge d’or autant que nous pourrons ?
Ils n’auront ni croc ni marmite ?
Bergers, bergers, le loup n’a tort
Que quand il n’est pas le plus fort :
Voulez-vous qu’il vive en ermite ? »

A demain

@jynau

 1 Premiers signataires : Isabelle Adjani, actrice ; Christophe André, psychiatre ; Yann Arthus-Bertrand, photographe ; Isabelle Autissier, navigatrice et présidente du WWF France ; Aurélien Barrau, astrophysicien (Institut universitaire de France) ; Stéphane Bern, journaliste ; Juliette Binoche, actrice ; Allain Bougrain-Dubourg, journaliste ; Eymeric Caron, journaliste ; Jean Paul Curtay, médecin nutritionniste (académie des sciences de New York) ; Boris Cyrulnik, neuropsychiatre ; Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France ; Luc Ferry, ancien ministre ; Flavie Flament, animatrice ; Cécile de France, actrice ; Brigitte Gothière, cofondatrice de L214 ; Jean François Julliard, directeur général de Greenpeace France ; Lolita Lempicka, créatrice de mode ; Frédéric Lopez, animateur ; François Mariotti, nutritionniste (INRA-AgroParisTech) ; Eric Piolle, maire de Grenoble ; Matthieu Ricard, moine bouddhiste ; Liv Sansoz, triple championne du monde d’escalade ; Jean-Louis Servan-Schreiber, patron de presse ; Matthieu Vidard, journaliste ; Cédric Villani, mathématicien et député ; Delphine Wespiser, Miss France 2012. La liste complète

Détergent : quand « J’aime le lait d’ici », économique, écologique et citoyen, est contaminé

Bonjour

Il est des alertes sanitaires qui lèvent des voiles sur les coulisses de l’agroalimentaire et de la grande distribution. Des alertes sanitaires aux accents surréalistes. Ainsi, en cette veille de Noël 2018, ces quelques lignes de l’Agence France Presse : un lot de briques de lait de la marque « J’aime le lait d’ici » a fait l’objet d’une mesure de rappel et de retrait des rayons.

Un lot de briques de lait, de la marque « J’aime le lait d’ici », contenant des résidus de produits de nettoyage a fait l’objet d’une mesure de rappel et de retrait, a annoncé dimanche 23 décembre la coopérative de lait française Sodiaal . Sodiaal est la 16e plus grande entreprise de ce secteur au niveau mondial  et la 3e française, derrière Danone et Lactalis. Ses principales marques sont : Yoplait (à 49 %), Candia et Entremont. La société a réalisé 5,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2014.

« Le lot contaminé porte le numéro 18312, une date de péremption du 8 mars 2019, un horaire de production entre 8 h 40 et 11 h 54, ainsi que l’agrément sanitaire FR 44-025-001. Ni la zone géographique, ni la composition des détergents responsables de la contamination, ne sont précisées dans la fiche d’information que s’est procurée l’AFP. »

Lait de couleur brune

C’est la société CSA, qui commercialise « J’aime le lait d’ici » pour Orlait qui  a procédé à ce « retrait/rappel » après avoir reçu « une réclamation pour du lait de couleur brune » a précisé Sodiaal qui détient encore les marques Entremont, Le Rustique, Cœur de Lion, RichesMonts ou Régilait.

« Cet incident est lié à une erreur humaine » et « s’est produit sur une très courte durée, environ deux minutes dans la ligne de production », a expliqué la première coopérative de lait française qui dit n’avoir reçu « aucun signalement de consommateurs malades », contrairement à des allégations en ce sens qui circulent sur Facebook. « Une analyse » a toutefois été lancée à la suite de ce problème qui concerne des « réseaux de distributeurs spécialisés dans la restauration et quelques magasins Systèmes U ».

Sodiaal, chiffre d’affaires de 5,1 milliards d’euros, a collecté 4,7 milliards de litres de lait auprès de 20 000 producteurs l’an dernier. Le groupe emploie plus de 9 000 salariés. Il est présent dans les produits laitiers frais mais aussi les laits en poudre dont les laits infantiles. Et déjà l’ombre (pour ne pas parler de scandale) des laits infantiles contaminés du fragile géant Lactalis.

A demain

@jynau

 

OGM=Poisons : les toutes dernières révélations ! Un mea culpa du Nouvel Observateur ?

Bonjour

C’était il y a six ans. Septembre 2012 Une formidable tornade médiatique lancée par un Nouvel Observateur s’affranchissant de toutes les règles médiatiques relatives aux publications scientifiques. Et cette manchette jaune maïs :  « Exclusif : oui les OGM sont des poisons ! » . Images spectaculaires de rats atteints de tumeurs envahissantes. Commentaires à l’avenant. Artillerie en batterie, livre à suivre et pouvoir exécutif comme tétanisé. C’était le début de la triste autant que formidable « affaire Séralini ».

19 septembre 2012. « Tumeurs mammaires chez les femelles, troubles hépatiques et rénaux chez les mâles, espérance de vie réduite sur les animaux des deux sexes… L’étude conduite par le biologiste Gilles-Eric Séralini (université de Caen) et à paraître dans la prochaine édition de la revue Food and Chemical Toxicology fait grand bruit : elle est la première à suggérer des effets délétères, sur le rat, de la consommation d’un maïs génétiquement modifié – dit NK603, commercialisé par la firme Monsanto – associé ou non au Roundup, l’herbicide auquel il est rendu tolérant. » pouvait-on lire ce jour-là dans Le Monde

Se souvenir

« Vous souvenez-vous ? » demande aujourd’hui, sur son blog, notre confrère Sylvestre Huet. Celles et eux qui l’ont vécue se souviennent de cette ahurissante affaire – une affaire qui vit  de solides confrères allant (pourquoi diable ?) jusqu’à signer de leur encre un pacte contre nature leur assurant une « exclusivité ». Le Monde écrivait ainsi alors, toute colère rentrée :

« De manière inhabituelle, Le Monde n’a pu prendre connaissance de l’étude sous embargo qu’après la signature d’un accord de confidentialité expirant mercredi 19 septembre dans l’après-midi. Le Monde n’a donc pas pu soumettre pour avis à d’autres scientifiques l’étude de M. Séralini. Demander leur opinion à des spécialistes est généralement l’usage, notamment lorsque les conclusions d’une étude vont à rebours des travaux précédemment publiés sur le sujet. »

Dès le 4 octobre 2012 l’Autorité européenne de sécurité des aliments avait jugé que ce travail était d’une «qualité scientifique insuffisante». Puis la publication fut, sanction grave, «rétractée» avant d’être publiée, sous une autre version, dans une autre revue. L’affaire conservait tout son mystère. Où était la vérité vraie ?

Puis le temps passa, l’aura du chercheur de Caen baissa en intensité, d’autres turbulences émergèrent sur le front des OGM, des herbicides toxiques et des convictions qui ne s’embarrassent guère de la raison scientifique. On attendait toutefois que la lumière soit faite. « Affaire Séralini: six ans après, l’heure des comptes » signions-nous en juillet dernier sur Slate.fr.  « Trois expertises, française et européennes, invalident alors les résultats et conclusions de l’étude de GE Séralini sur les maïs OGM » assurait alors l’Association française des biotechnologies végétales.

Derniers clous

Aujourd’hui c’est l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) qui enfonce les derniers clous : « Maïs OGM MON 810 et NK603 : pas d’effets détectés sur la santé et le métabolisme des rats »

« Un régime alimentaire à base de maïs transgénique MON 810 ou NK603 n’affecte pas la santé et le métabolisme des rats dans les conditions du projet GMO 90+. Cette étude inédite réalisée par un consortium de recherche piloté par l’Inra implique de nombreux partenaires dont l’Inserm. Les travaux ont été réalisés dans le cadre du programme Risk’OGM financé par le Ministère de la transition écologique et solidaire.

« Pendant six mois, des rats ont été nourris avec un régime contenant soit du maïs OGM (MON 810 ou NK603) soit du maïs non OGM, à différentes concentrations. Les chercheurs, par les techniques de biologie à haut débit, n’ont identifié aucun marqueur biologique significatif lié à l’alimentation au maïs transgénique. De même, ils n’ont observé aucune altération anatomo-pathologique du foie, des reins ou de l’appareil reproducteur des rats soumis aux régimes contenant ces OGM. Ces travaux, publiés le 10 décembre 2018 dans la revue Toxicological Sciences, ne mettent pas en évidence d’effet délétère lié à la consommation de ces deux maïs OGM chez le rat même pour de longues périodes d’exposition. »

Et Le Monde (Stéphane Foucart) de contextualiser: « OGM : six ans après l’’’affaire Séralini’’, une étude conclut à l’absence de toxicité sur les rats. En 2012, les photos de rongeurs déformés par des tumeurs avaient provoqué l’émoi et la controverse. Une étude d’ampleur prouve finalement l’innocuité des maïs transgéniques. C’est l’épilogue de l’’’affaire Séralini’’ ».

Le calibre de l’ânerie

Pour autant rien n’est acquis. « Dire que ces expériences prouvent que ‘’Les OGM ne sont pas des poisons’’ serait une ânerie de même calibre que l’affirmation inverse du Nouvel Observateur en septembre 2012, souligne fort justement Sylvestre Huet. Elles montrent seulement que les plantes transgéniques testées, et uniquement celles-là, ne sont pas des poisons. Ces expériences donnent raison une fois de plus aux biologistes qui estiment qu’il faut « une raison » (biochimique, biologique) de se demander si telle ou telle plante transgénique pose un problème de santé ou non et non supposer a priori que l’introduction d’un gène (ou sa manipulation à l’aide des nouvelles techniques disponibles comme CRISPR) représente un risque sanitaire plus élevé que, par exemple, un croisement artificiel utilisé en sélection de semences traditionnel. »

Puis notre confrère fait un rêve :  que les journaux, radios, télévisions, journalistes et ONG (ou responsables politiques) qui ont en chœur assuré à leurs publics, lecteurs, électeurs et militants que Gilles-Eric Séralini avait « prouvé » que « les OGM » sont des « poisons » mortels, vont consacrer autant d’efforts, de temps de paroles, de longueur d’articles et de propos publics à annoncer cette nouvelle  désormais bien établie.

Ce rêve n’a que bien peu chance de se réaliser :  cela ne susciterait guère d’écoute – et ne ferait guère vendre. « L’homme qui mord un chien, c’est une info, mais si c’est un chien qui mord un homme, c’est une info seulement s’il en meurt, rappelle-t-il. Une plante transgénique qui tue, c’est une information; elle se contente de nourrir, ce n’en est pas une. Et les près de 98% des journalistes qui ont écrit sur cette affaire sans lire l’article originel de G-E Séralini ne vont pas plus lire les résultats de ces expériences ni se voir incité à les présenter par des rédactions en chef qui n’y verront pas le motif d’un titre bien saignant. (…) Il est regrettable que l’affaire Séralini soit celle d’un lanceur de fausse alerte, puisque toute fausse alerte occupe une part de la citoyenneté et de l’expertise publique disponible pour une vraie alerte sanitaire ou environnementale. Certes, il vaut mieux se tromper de temps en temps et traiter une fausse alerte que de passer à côté d’une vraie mais ne pas se noyer dans les fausses alertes est indispensable.

Où l’on en revient à une histoire qui reste à écrire. Celle du journaliste qui criait toujours au loup et qui n’a pas été cru lorsque le vrai loup survint.

A demain

@jynau

Quand prendrez-vous le temps de parler avec le pauvre livreur à vélo de votre veau Marengo ?

Bonjour

Méchants Gilets Jaunes ou pas, les faits sont là: la France est un pays où de verts coursiers numérisés pédalent pour, dans les quartiers et territoires, livrer de tièdes repas encapsulés. Tout cela ne va pas sans impacter les équilibres alimentaires et marchands. Et, sur ce point, le droit français, jacobin et numérisé vient de s’exprimer

La Cour de cassation, plus haute juridiction française a ainsi, mercredi 28 novembre 2018, jugé qu’il pouvait exister entre pédalants et plate-forme un « lien de subordination ». Tout est expliqué ici : « Arrêt n°1737 du 28 novembre 2018 (17-20.079) – Cour de cassation – Chambre sociale- ECLI:FR:CCASS:2018:SO01737 ».

Résumons: c’est  la première fois que la Cour tranche quant au lien contractuel entre un livreur cycliste – enregistré comme « autoentrepreneur » – et une plate-forme numérique (la défunte société de livraison de repas Take Eat Easy -TEE).  Les livreurs de TEE (sic) étaient enregistrés comme autoentrepreneurs – une condition obligatoire pour travailler avec la plate-forme belge -une plate-forme dont la liquidation en août 2016 a mis sur le carreau (re-sic)  2 500 personnes en France. Toutes avaient signé avec l’application un contrat de « prestation de service ».

Or voici que l’un des livreurs saisit les prud’hommes pour demander une requalification de sa relation contractuelle avec TEE en « contrat de travail ». « Le conseil de prud’hommes puis la cour d’appel s’étaient déclarés incompétents », rappelle la Cour de cassation dans une note explicative. La cour d’appel de Paris avait notamment motivé sa décision par le fait que « le coursier n’était lié à la plate-forme numérique par aucun lien d’exclusivité ou de non-concurrence et qu’il restait libre chaque semaine de déterminer lui-même les plages horaires au cours desquelles il souhaitait travailler ou de n’en sélectionner aucune s’il ne souhaitait pas travailler ».

Puis, révolution copernicienne et jurisprudentielle : la Cour de cassation établit que le système de géolocalisation permettant à l’entreprise de suivre en temps réel la position du coursier, ainsi que l’existence d’un pouvoir de sanction ne permettent pas d’« écarter la qualification de contrat de travail ».

Et de casser l’arrêt rendu le 20 avril 2017 par la cour d’appel de Paris en ordonnant un nouveau procès en appel.

Gilets Jaunes et coursiers verts ou pas.

A demain

@jynau

« Des tonnes de vitamine B2 contaminées » selon Le Monde. Cette alerte sera-t-elle justifiée?  

Bonjour

« OGM : alerte sur une bactérie résistante aux antibiotiques dans des aliments pour animaux ». Selon les informations du  Monde (Stéphane Mandard)  « plusieurs tonnes » d’une « vitamine contaminée par un OGM interdit » ont été « répandues à travers l’Europe ». Elle serait « jugée à risque » par les autorités sanitaires. Et Le Monde de parler de ce qui « pourrait devenir un nouveau scandale sanitaire ».

« Selon des documents confidentiels auxquels Le Monde a eu accès, des organismes génétiquement modifiés (OGM) interdits ont été retrouvés en grande quantité dans des aliments pour animaux d’élevage dans plusieurs pays européens. Cette découverte est d’autant plus inquiétante que les micro-organismes impliqués sont résistants aux antibiotiques et représentent donc un risque à moyen terme pour la santé animale et humaine.

Substance incriminée :  la vitamine B2 (riboflavine)  – additif utilisé dans la nourriture de nombreuses espèces animales (porcs, volailles, bovins…). L’inquiétude porterait cette fois sur  son mode de fabrication – les premières traces de micro-organismes résistants aux antibiotiques ayant été retrouvées dans un lot provenant de Chine en 2015 par un laboratoire de recherche allemand. Le Monde :

Chômer ou ne pas ?

« Mais il aura fallu attendre trois ans et un avis de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), le premier signalant un risque spécifique lié à la présence d’un OGM, pour que la Commission européenne décide d’interdire la vitamine B2 produite à partir de ladite bactérie. Rendu le 8 mars, celui-ci conclut que la vitamine présente un « risque » à la fois pour « les animaux, les consommateurs, les utilisateurs et l’environnement ». En cause, « la propagation de cellules génétiquement modifiées viables contenant [quatre] gènes de résistance à des antibiotiques importants du point de vue de la santé humaine et vétérinaire ». »

Et Le Monde d’expliquer  « avoir eu accès » à une note de synthèse des services de contrôle néerlandais datée du 14 novembre dernier – note qui permettrait « de retracer une partie de la contamination et d’en mesurer l’ampleur ». « L’enquête n’en est qu’à ses débuts, ajoute encore Le Monde.  Selon les informations des services néerlandais, des lots contaminés ont aussi été distribués en Allemagne, Norvège, Russie, Finlande, Islande et France. »

Pour le quotidien français, dans les prochains mois; « les services de répression des fraudes européens ne devraient pas chômer ». Mais qui, dans les prochains mois, pourrait s’offrir le droit de ne pas travailler ?

A demain

@jynau