OGM=Poisons : les toutes dernières révélations ! Un mea culpa du Nouvel Observateur ?

Bonjour

C’était il y a six ans. Septembre 2012 Une formidable tornade médiatique lancée par un Nouvel Observateur s’affranchissant de toutes les règles médiatiques relatives aux publications scientifiques. Et cette manchette jaune maïs :  « Exclusif : oui les OGM sont des poisons ! » . Images spectaculaires de rats atteints de tumeurs envahissantes. Commentaires à l’avenant. Artillerie en batterie, livre à suivre et pouvoir exécutif comme tétanisé. C’était le début de la triste autant que formidable « affaire Séralini ».

19 septembre 2012. « Tumeurs mammaires chez les femelles, troubles hépatiques et rénaux chez les mâles, espérance de vie réduite sur les animaux des deux sexes… L’étude conduite par le biologiste Gilles-Eric Séralini (université de Caen) et à paraître dans la prochaine édition de la revue Food and Chemical Toxicology fait grand bruit : elle est la première à suggérer des effets délétères, sur le rat, de la consommation d’un maïs génétiquement modifié – dit NK603, commercialisé par la firme Monsanto – associé ou non au Roundup, l’herbicide auquel il est rendu tolérant. » pouvait-on lire ce jour-là dans Le Monde

Se souvenir

« Vous souvenez-vous ? » demande aujourd’hui, sur son blog, notre confrère Sylvestre Huet. Celles et eux qui l’ont vécue se souviennent de cette ahurissante affaire – une affaire qui vit  de solides confrères allant (pourquoi diable ?) jusqu’à signer de leur encre un pacte contre nature leur assurant une « exclusivité ». Le Monde écrivait ainsi alors, toute colère rentrée :

« De manière inhabituelle, Le Monde n’a pu prendre connaissance de l’étude sous embargo qu’après la signature d’un accord de confidentialité expirant mercredi 19 septembre dans l’après-midi. Le Monde n’a donc pas pu soumettre pour avis à d’autres scientifiques l’étude de M. Séralini. Demander leur opinion à des spécialistes est généralement l’usage, notamment lorsque les conclusions d’une étude vont à rebours des travaux précédemment publiés sur le sujet. »

Dès le 4 octobre 2012 l’Autorité européenne de sécurité des aliments avait jugé que ce travail était d’une «qualité scientifique insuffisante». Puis la publication fut, sanction grave, «rétractée» avant d’être publiée, sous une autre version, dans une autre revue. L’affaire conservait tout son mystère. Où était la vérité vraie ?

Puis le temps passa, l’aura du chercheur de Caen baissa en intensité, d’autres turbulences émergèrent sur le front des OGM, des herbicides toxiques et des convictions qui ne s’embarrassent guère de la raison scientifique. On attendait toutefois que la lumière soit faite. « Affaire Séralini: six ans après, l’heure des comptes » signions-nous en juillet dernier sur Slate.fr.  « Trois expertises, française et européennes, invalident alors les résultats et conclusions de l’étude de GE Séralini sur les maïs OGM » assurait alors l’Association française des biotechnologies végétales.

Derniers clous

Aujourd’hui c’est l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) qui enfonce les derniers clous : « Maïs OGM MON 810 et NK603 : pas d’effets détectés sur la santé et le métabolisme des rats »

« Un régime alimentaire à base de maïs transgénique MON 810 ou NK603 n’affecte pas la santé et le métabolisme des rats dans les conditions du projet GMO 90+. Cette étude inédite réalisée par un consortium de recherche piloté par l’Inra implique de nombreux partenaires dont l’Inserm. Les travaux ont été réalisés dans le cadre du programme Risk’OGM financé par le Ministère de la transition écologique et solidaire.

« Pendant six mois, des rats ont été nourris avec un régime contenant soit du maïs OGM (MON 810 ou NK603) soit du maïs non OGM, à différentes concentrations. Les chercheurs, par les techniques de biologie à haut débit, n’ont identifié aucun marqueur biologique significatif lié à l’alimentation au maïs transgénique. De même, ils n’ont observé aucune altération anatomo-pathologique du foie, des reins ou de l’appareil reproducteur des rats soumis aux régimes contenant ces OGM. Ces travaux, publiés le 10 décembre 2018 dans la revue Toxicological Sciences, ne mettent pas en évidence d’effet délétère lié à la consommation de ces deux maïs OGM chez le rat même pour de longues périodes d’exposition. »

Et Le Monde (Stéphane Foucart) de contextualiser: « OGM : six ans après l’’’affaire Séralini’’, une étude conclut à l’absence de toxicité sur les rats. En 2012, les photos de rongeurs déformés par des tumeurs avaient provoqué l’émoi et la controverse. Une étude d’ampleur prouve finalement l’innocuité des maïs transgéniques. C’est l’épilogue de l’’’affaire Séralini’’ ».

Le calibre de l’ânerie

Pour autant rien n’est acquis. « Dire que ces expériences prouvent que ‘’Les OGM ne sont pas des poisons’’ serait une ânerie de même calibre que l’affirmation inverse du Nouvel Observateur en septembre 2012, souligne fort justement Sylvestre Huet. Elles montrent seulement que les plantes transgéniques testées, et uniquement celles-là, ne sont pas des poisons. Ces expériences donnent raison une fois de plus aux biologistes qui estiment qu’il faut « une raison » (biochimique, biologique) de se demander si telle ou telle plante transgénique pose un problème de santé ou non et non supposer a priori que l’introduction d’un gène (ou sa manipulation à l’aide des nouvelles techniques disponibles comme CRISPR) représente un risque sanitaire plus élevé que, par exemple, un croisement artificiel utilisé en sélection de semences traditionnel. »

Puis notre confrère fait un rêve :  que les journaux, radios, télévisions, journalistes et ONG (ou responsables politiques) qui ont en chœur assuré à leurs publics, lecteurs, électeurs et militants que Gilles-Eric Séralini avait « prouvé » que « les OGM » sont des « poisons » mortels, vont consacrer autant d’efforts, de temps de paroles, de longueur d’articles et de propos publics à annoncer cette nouvelle  désormais bien établie.

Ce rêve n’a que bien peu chance de se réaliser :  cela ne susciterait guère d’écoute – et ne ferait guère vendre. « L’homme qui mord un chien, c’est une info, mais si c’est un chien qui mord un homme, c’est une info seulement s’il en meurt, rappelle-t-il. Une plante transgénique qui tue, c’est une information; elle se contente de nourrir, ce n’en est pas une. Et les près de 98% des journalistes qui ont écrit sur cette affaire sans lire l’article originel de G-E Séralini ne vont pas plus lire les résultats de ces expériences ni se voir incité à les présenter par des rédactions en chef qui n’y verront pas le motif d’un titre bien saignant. (…) Il est regrettable que l’affaire Séralini soit celle d’un lanceur de fausse alerte, puisque toute fausse alerte occupe une part de la citoyenneté et de l’expertise publique disponible pour une vraie alerte sanitaire ou environnementale. Certes, il vaut mieux se tromper de temps en temps et traiter une fausse alerte que de passer à côté d’une vraie mais ne pas se noyer dans les fausses alertes est indispensable.

Où l’on en revient à une histoire qui reste à écrire. Celle du journaliste qui criait toujours au loup et qui n’a pas été cru lorsque le vrai loup survint.

A demain

@jynau

Quand prendrez-vous le temps de parler avec le pauvre livreur à vélo de votre veau Marengo ?

Bonjour

Méchants Gilets Jaunes ou pas, les faits sont là: la France est un pays où de verts coursiers numérisés pédalent pour, dans les quartiers et territoires, livrer de tièdes repas encapsulés. Tout cela ne va pas sans impacter les équilibres alimentaires et marchands. Et, sur ce point, le droit français, jacobin et numérisé vient de s’exprimer

La Cour de cassation, plus haute juridiction française a ainsi, mercredi 28 novembre 2018, jugé qu’il pouvait exister entre pédalants et plate-forme un « lien de subordination ». Tout est expliqué ici : « Arrêt n°1737 du 28 novembre 2018 (17-20.079) – Cour de cassation – Chambre sociale- ECLI:FR:CCASS:2018:SO01737 ».

Résumons: c’est  la première fois que la Cour tranche quant au lien contractuel entre un livreur cycliste – enregistré comme « autoentrepreneur » – et une plate-forme numérique (la défunte société de livraison de repas Take Eat Easy -TEE).  Les livreurs de TEE (sic) étaient enregistrés comme autoentrepreneurs – une condition obligatoire pour travailler avec la plate-forme belge -une plate-forme dont la liquidation en août 2016 a mis sur le carreau (re-sic)  2 500 personnes en France. Toutes avaient signé avec l’application un contrat de « prestation de service ».

Or voici que l’un des livreurs saisit les prud’hommes pour demander une requalification de sa relation contractuelle avec TEE en « contrat de travail ». « Le conseil de prud’hommes puis la cour d’appel s’étaient déclarés incompétents », rappelle la Cour de cassation dans une note explicative. La cour d’appel de Paris avait notamment motivé sa décision par le fait que « le coursier n’était lié à la plate-forme numérique par aucun lien d’exclusivité ou de non-concurrence et qu’il restait libre chaque semaine de déterminer lui-même les plages horaires au cours desquelles il souhaitait travailler ou de n’en sélectionner aucune s’il ne souhaitait pas travailler ».

Puis, révolution copernicienne et jurisprudentielle : la Cour de cassation établit que le système de géolocalisation permettant à l’entreprise de suivre en temps réel la position du coursier, ainsi que l’existence d’un pouvoir de sanction ne permettent pas d’« écarter la qualification de contrat de travail ».

Et de casser l’arrêt rendu le 20 avril 2017 par la cour d’appel de Paris en ordonnant un nouveau procès en appel.

Gilets Jaunes et coursiers verts ou pas.

A demain

@jynau

« Des tonnes de vitamine B2 contaminées » selon Le Monde. Cette alerte sera-t-elle justifiée?  

Bonjour

« OGM : alerte sur une bactérie résistante aux antibiotiques dans des aliments pour animaux ». Selon les informations du  Monde (Stéphane Mandard)  « plusieurs tonnes » d’une « vitamine contaminée par un OGM interdit » ont été « répandues à travers l’Europe ». Elle serait « jugée à risque » par les autorités sanitaires. Et Le Monde de parler de ce qui « pourrait devenir un nouveau scandale sanitaire ».

« Selon des documents confidentiels auxquels Le Monde a eu accès, des organismes génétiquement modifiés (OGM) interdits ont été retrouvés en grande quantité dans des aliments pour animaux d’élevage dans plusieurs pays européens. Cette découverte est d’autant plus inquiétante que les micro-organismes impliqués sont résistants aux antibiotiques et représentent donc un risque à moyen terme pour la santé animale et humaine.

Substance incriminée :  la vitamine B2 (riboflavine)  – additif utilisé dans la nourriture de nombreuses espèces animales (porcs, volailles, bovins…). L’inquiétude porterait cette fois sur  son mode de fabrication – les premières traces de micro-organismes résistants aux antibiotiques ayant été retrouvées dans un lot provenant de Chine en 2015 par un laboratoire de recherche allemand. Le Monde :

Chômer ou ne pas ?

« Mais il aura fallu attendre trois ans et un avis de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), le premier signalant un risque spécifique lié à la présence d’un OGM, pour que la Commission européenne décide d’interdire la vitamine B2 produite à partir de ladite bactérie. Rendu le 8 mars, celui-ci conclut que la vitamine présente un « risque » à la fois pour « les animaux, les consommateurs, les utilisateurs et l’environnement ». En cause, « la propagation de cellules génétiquement modifiées viables contenant [quatre] gènes de résistance à des antibiotiques importants du point de vue de la santé humaine et vétérinaire ». »

Et Le Monde d’expliquer  « avoir eu accès » à une note de synthèse des services de contrôle néerlandais datée du 14 novembre dernier – note qui permettrait « de retracer une partie de la contamination et d’en mesurer l’ampleur ». « L’enquête n’en est qu’à ses débuts, ajoute encore Le Monde.  Selon les informations des services néerlandais, des lots contaminés ont aussi été distribués en Allemagne, Norvège, Russie, Finlande, Islande et France. »

Pour le quotidien français, dans les prochains mois; « les services de répression des fraudes européens ne devraient pas chômer ». Mais qui, dans les prochains mois, pourrait s’offrir le droit de ne pas travailler ?

A demain

@jynau

 

 

Les confidences d’Alexandre Ricard sur les boissons au cannabis et la prévention de l’alcoolisme

Bonjour

Un géant vient de se confier au Figaro Eco (Ivan Letessier). Cela donne : « Pernod Ricard livre ses recettes pour accélérer encore » (sic). Où l’on apprend que les petits actionnaires de Pernod Ricard auront de quoi boire du petit-lait (re-sic) : « le géant français des spiritueux, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 9  milliards d’euros sur l’exercice clos fin juin, atteint un sommet en Bourse, où il est valorisé plus de 37 milliards ».

Alexandre Ricard, son PDG depuis février 2015 a, nous explique Le Figaro,  remis son groupe sur les rails de la croissance (re-re-sic) plus tôt que prévu. « Mieux, le petit-fils de Paul Ricard, le fondateur du groupe [19 000 collaborateurs], veut désormais passer la surmultipliée (sic.s). Extraits choisis de son entretien au Figaro.

« En juillet 2015, alors que nous n’avions plus de croissance, je m’étais engagé à la redresser dans la fourchette de 4 à 5 % en trois à cinq ans. Nous avons dépassé cette ambition à la fois en valeur, puisque le chiffre d’affaires a progressé de 6 % sur le dernier exercice, et en temps, puisque nous y sommes parvenus en trois ans. Nous avons atteint tous les objectifs d’une feuille de route centrée sur les consommateurs: notre approche de la distribution est plus efficace et nos innovations représentent un tiers de notre croissance. Nous avons formé nos managers à être plus réactifs et à ne pas avoir peur de l’échec. Les fondamentaux sont là, nous avons construit de quoi accélérer. Ma mission est simple: construire dans la durée une croissance pérenne et profitable. »

 « (…) J’ai du mal à cacher mon enthousiasme. Nous avons deux leviers extraordinaires pour accélérer: d’une part, notre portefeuille est de loin le plus complet de l’industrie pour couvrir tous les moments de consommation (apéritif, cocktail chic, dîner, soirée festive…) ; d’autre part, nous sommes le seul acteur à disposer d’une exposition unique à la classe moyenne émergente à travers la Chine et l’Inde où nous sommes leaders avec respectivement 42 et 45 % de part de marché. Nous sommes les mieux placés pour saisir la plus grande partie de la croissance future du secteur.

 « La France est à la fois le centre névralgique du groupe et ses racines. Ricard reste la première marque de spiritueux en France. J’éprouve un réel plaisir à observer l’attachement viscéral entre la France et Ricard, même de la part de ceux qui n’en boivent pas. Je ressens de la fierté et de l’émotion d’être à la tête d’un groupe qui a un tel lien avec la France. Nous sommes un des rares champions français. »

 Cannibalisation des vins et spiritueux

 Le Figaro pose alors cette question :  « Le cognac est l’une de vos trois priorités, avec la vodka et le whisky. Le secteur fait face à une pénurie de matières premières, notamment en termes d’eaux-de-vie jeunes. Comment comptez-vous gérer ce handicap ? » Réponse :

« Nous n’avons pas de handicap. Pendant les années difficiles pour le cognac, Pernod Ricard a continué d’investir dans des stocks stratégiques d’eaux-de-vie. Nous sommes capables de servir une croissance en volumes de 7 à 9 %, à laquelle s’ajoute notre capacité à augmenter les prix. Gérer la rareté, cela peut être un moteur de croissance. »

 Puis, enfin, sur le fond : « L’alcool fait l’objet de mises en garde de plus en plus vives, et la Cour des comptes préconise une hausse des taxes. Est-ce un risque pour le secteur des spiritueux ? » Réponse :

« Il faut se placer du point de vue du consommateur. La consommation d’alcool a baissé de 60 % en volume depuis les années 1960. 71 % du prix des bouteilles est constitué de taxes. N’exagérons pas, c’est assez cher. La consommation responsable est celle de la majorité, même si je ne nie pas certains comportements. Il n’y a pas de convivialité dans l’excès: d’ailleurs, un patron de bar ne sert pas de clients ivres, car il ne veut pas perdre ses clients conviviaux. Nous sommes pour une consommation responsable et modérée. La tendance, c’est de boire moins et mieux, le bon verre au bon moment. Chacun doit trouver son propre équilibre. C’est ce qu’il y a de plus compliqué, car il y a autant d’équilibres que d’individus. Cela ne passe pas par des décrets, mais par l’éducation et la responsabilisation. »

 Et pour finir :  « Le marché du cannabis se légalise en Amérique du Nord, certains de vos rivaux y investissent 1. Avez-vous de tels projets ? »

« Nous n’avons aujourd’hui aucun projet d’investissement. Nous analysons les conditions dans lesquelles le cannabis se légalise, dans la mesure où certains estiment que cela peut disrupter le marché. Notre responsabilité est de vérifier qu’il n’y a pas de cannibalisation sur des vins et spiritueux haut de gamme. Rien ne permet de craindre un tel phénomène pour le moment. »

 A demain

1 Sur ce sujet furieusement d’avenir :  « Cannibalisme, spiritueux et Pernod Ricard : légalisé le cannabis liquide sera-t-il alcoolisé ? » Journalisme et santé publique du 30 août 2018

Chronique mondaine : mariage d’IntegraGen et de Google Cloud ; la sale gale reste orpheline  

Bonjour

C’est une bouteille tweetée dans l’océan du futur : « IntegraGen » (FR0010908723 – ALINT –Éligible PEA PME), société spécialisée dans la transformation de données issues d’échantillons biologiques en information génomique et en outils de diagnostic pour l’oncologie, annonce aujourd’hui 12 novembre 2018 sa collaboration avec « Google Cloud » pour la mise en ligne de ses outils avancés d’analyse génomique, SIRIUS™ et MERCURY™ sur la Google Cloud Platform. Ce partenariat permet le transfert et le traitement accéléré des données ainsi qu’une amélioration de leur sécurité pour les utilisateurs, cliniciens ou chercheurs. Bérengère Génin, Directeur de la bio-informatique chez IntegraGen :

« Collaborer avec Google Cloud nous permet de fournir à nos clients des solutions intégrées et puissantes, comme SIRIUS et MERCURY, pour analyser rapidement des données de génomiques à grande échelle. Comme nous l’avons présenté lors du Paris Google Cloud Summit en juin dernier, la disponibilité de nos logiciels d’analyse génomique sur le cloud fait désormais de la médecine personnalisée une réalité ».

Les pêcheurs le disent autrement : « La collaboration entre Google Cloud et IntegraGen facilite la réalisation d’importants projets de recherche et aide l’analyse de données de séquençage de façon à déployer les approches de soins personnalisés. Contribuer ainsi à rendre ces outils disponibles est non seulement une opportunité de marché très significative, mais également une avancée majeure pour favoriser l’accès aux soins ».

Ou encore : « La collaboration entre IntegraGen et Google Cloud Platform inclut un support technique de Google Cloud et de son partenaire SFEIR pour l’intégration de SIRIUS et de MERCURY sur la plateforme. Les utilisateurs de ces logiciels peuvent désormais effectuer, en parallèle, leurs projets d’interprétation et accéder aux résultats rapidement. IntegraGen continue d’ajouter des fonctionnalités à chacun de ces outils tout en tirant partie de la richesse des outils de Google aussi bien dans le domaine du big data que dans celui de l’intelligence artificielle (IA). Par ailleurs, les deux sociétés continuent de travailler en étroite coopération pour se conformer aux plus stricts standards de sécurité et de confidentialité de traitement des données en Europe, et de se conformer aux régulations HIPAA aux États-Unis. »

Heureuse comme la gale commune en France

C’est une bouteille parcheminée que l’on n’imaginait plus devoir être lancée dans les mers du passé. « Il y a régulièrement des épidémies de gale dans les collectivités – hôpitaux, maisons de retraite, écoles, crèches, camps de migrants – mais on ne sait toujours pas encore quel est le mieux de traiter par voie locale ou générale », explique  au Quotidien du Médecin. le Pr Olivier Chosidow, dermatologue au Hôpital Henri-Mondor, AP-HP).

C’est pourquoi deux essais randomisés académiques (PHRC) font un appel à recrutement, l’un dans la gale commune et l’autre dans la gale profuse. L’essai SCRATCH dans la gale commune, ouvert à l’enfant (P≥15 kg) et l’adulte, a pour but de comparer l’ivermectine deux doses au traitement local par perméthrine 5 % en deux applications.

Sans oublier l’essai CRUSTED : il s’intéresse à la gale profuse (éruption squameuse du cou, du tronc ou du visage) et à la gale hyperkératosique (au moins 2 sites de lésions hyperkératosiques). L’objectif est de démontrer la supériorité de l’association ivermectine 3 doses à 400 μg/kg + perméthrine 5 % + crème émolliente à l’association ivermectine 3 doses à 200 μg/kg + perméthrine 5 % + crème émolliente.

En France, il n’existe pas de données épidémiologiques sur la prévalence de la gale en l’absence de déclaration obligatoire et de centre national de référence. Avec 100 à 200 millions de cas/an dans le monde, la gale est un problème de santé publique dans les pays dits en développement.

PS/ Chronique maritime : Francis Joyon a remporté, dans la nuit de dimanche à lundi 12 novembre, la Route du rhum, au terme d’un « sprint » final haletant face à François Gabart. Il a coupé la ligne en vainqueur au terme de 7 jours 14 heures 21 minutes et 47 secondes passés en mer, soit un nouveau record.

Fin assurée du scorbut. Question moderne : la gale intéresse-elle la Macif  3 étrange proue de Gabart ?

A demain

@jynau

1 IntegraGen se présente ainsi : « Société spécialisée dans le décryptage du génome humain qui réalise des analyses pertinentes et rapidement interprétables pour des laboratoires de recherche académiques et privés. Dans le domaine de l’oncologie, qui se caractérise par des altérations du génome des cellules cancéreuses, IntegraGen fournit aux chercheurs et aux médecins des outils universels et individualisés de guidage thérapeutique leur permettant d’adapter le traitement des patients au profil génétique de leur tumeur.

« IntegraGen compte quarante collaborateurs et a réalisé un chiffre d’affaires de 6,2 M€ en 2017. Basée au Génopole d’Evry, IntegraGen est également implantée aux États-Unis à Cambridge, MA. IntegraGen est cotée sur Euronext Growth à Paris (ISIN : FR0010908723 – Mnémo : ALINT – Eligible PEA-PME). »

2 Pour inclure dans SCRATCH, contacter au 01 49 81 25 07 : Dr Charlotte Bernigaud (36 809), Dr Gaëlle Hirsch (36 826) ou le Dr Arnaud Jannic (36 808). Pour inclure dans CRUSTED, contacter Mme Hayat Medjenah au 01 49 81 44 86 ou par mail hayat.medjenah@aphp.fr

3 « Mutuelle assurance des commerçants et industriels de France et des cadres et des salariés de l’industrie et du commerce »

 

 

Microbiote : il nous faut désormais compter avec le charme discret, mais sans fin, de l’intestin 

Bonjour

Ce fut une thèse de médecine. Puis une anomalie éditoriale allemande. Puis un titre génial (en français). Puis un best-seller mondial. Puis une nouvelle édition augmentée. Et désormais, au rayon infini des déclinaisons, voici l’exposition.

Du 4 décembre 2018 au 4 août 2019, la Cité des sciences et de l’industrie présente à Paris l’exposition Microbiote, d’après Le charme discret de l’intestin de Giulia et Jill Enders (Actes Sud, 2015) vendu à 1 200 000 exemplaires en quarante langues.

Cet incroyable succès de librairie est aussi le reflet d’une série d’avancées et de nouveaux regards sur le corps : l’accélération de l’exploration du  microbiote  cette galaxie de micro-organismes (bactériesmicrochampignonsprotistesvirus) vivant dans le  microbiome . Et, pour ce qui nous concerne, dans un tube digestif, un ventre, devenu soudain une « deuxième cerveau ». La dernière en date de nos révolutions coperniciennes. L’espoir, peut-être, d’une « nouvelle médecine ». La garantie d’un nouveau regard sur le corps.

En attendant le film

Comment mettre en exposition un bouleversement microscopique ? Giulia et Jill Enders ont relevé le défi au sein de la Cité des sciences et de l’industrie. « Exposition originale qui bénéficie d’une scénographie expressive, nous assure-t-on. Comme un voyage au cœur de notre corps, pour découvrir l’une de ses régions les plus secrètes, ce “second cerveau” est d’une importance capitale pour notre santé. 600 m2. » Explications à l’entrée de l’exposition :

« Chacun possède son propre microbiote, véritable marqueur personnel en constante évolution à l’instar des empreintes digitales. Il faut ainsi se faire à l’idée que le corps humain est non seulement constitué de chair, de sang, d’os et de muscles, mais aussi de tout un monde de bactéries, de virus et de champignons hébergé en quasi-totalité par l’intestin, véritable écosystème! Le système digestif est en effet doté de son propre système nerveux et interagit avec l’organisme au cours de la digestion. Coach du système immunitaire, il entretient donc des relations étroites et déterminantes avec le cerveau. »

Une exposition conçue en partenariat avec l’Inra, Heureka (Helsinki) et le Pavillon de la connaissance (Lisbonne), avec la participation de l’afa Crohn RCH et le soutien du Biocodex Microbiota Institute, de Danone Research et de la Fondation Roquette pour la santé.

Du 4 décembre 2018 au 4 août 2019. En attendant le film.

A demain

@jynau

 

Cholestérol et médiatisation : Philippe Even et Bernard Debré satisfaits de leur opération ?

Bonjour

Alerter ou applaudir ?  La proportion d’adultes traités par hypolipémiant a baissé de près de 30 % entre 2006 et 2015, révèle une étude sur le LDL-cholestérol (LDL-c) en France publiée dans le « Bulletin épidémiologique hebdomadaire » (BEH) et reprise dans Le Quotidien du Médecin (Dr Irène Drogou).

Chacun sait que l’hypercholestérolémie est un facteur de risque cardiovasculaire important  – pour autant elle n’est pas, loin s’en faut, toujours diagnostiqué ». En 2006, 18,8% des adultes avaient en France un cholestérol-LDL (LDL-c) supérieur à 1,6 g/l. Et depuis ? Les auteurs ont travaillé sur la base de l’étude Esteban – une étude transversale menée entre 2014 et 2016 sur un échantillon représentatif de la population de France métropolitaine (hors Corse). Elle incluait une enquête par questionnaires et un examen de santé avec un bilan lipidique chez les adultes de 18 à 74 ans. Conclusions :

« La proportion d’adultes avec un LDL-c >1,6 g/l, relativement élevée par rapport aux autres pays industrialisés, n’a pas évolué depuis 2006 ; la proportion d’adultes déclarant avoir déjà eu un bilan lipidique et celle des adultes traités par hypolipémiants ont diminué. Ce nouvel état des lieux témoigne d’une situation qui reste préoccupante en France, dans la mesure où l’hypercholestérolémie-LDL est souvent associée à d’autres facteurs de risque cardiovasculaire. (…) Il y a une tendance à l’augmentation à la fois du cholestérol moyen et de la proportion des patients ayant un taux très élevé de LDL-c > 1,9 g.»

Il apparaît de plus, dans cette étude, que la proportion d’adultes avec un traitement hypolipémiant a significativement diminué entre 2006 et 2015 (-29,6%). « Cette diminution est cohérente avec les données publiées par l’Assurance maladie, qui a mis en place dès le début des années 2000 une communication sur les recommandations de prise en charge de l’hypercholestérolémie (démarrage du traitement après échec de mesures hygiéno-diététiques) écrivent les auteurs. La baisse significative de la proportion d’adultes avec un traitement hypolipémiant observée dans notre étude pourrait également être liée à la polémique sur les statines 2 (fortement médiatisée en France à partir de 2013) et à la défiance qu’elle a pu susciter à la fois chez les prescripteurs et chez les patients. Sans pouvoir établir de lien de causalité avec la polémique sur les statines, Bezin et coll. avaient déjà observé un arrêt des statines plus important en 2013 qu’en 2012 et 2011 chez tous les patients traités, avec un risque d’arrêt augmentant inversement au risque cardiovasculaire du patient 3. »

 Aujourd’hui en France le repérage d’une anomalie lipidique est recommandé dans le cadre d’une évaluation du risque cardiovasculaire global chez les hommes après 40 ans et chez les femmes après 50 ans, mais aussi lors d’une prescription d’une contraception hormonale œstroprogestative ainsi qu’en présence de certains événements de santé ou facteurs de risque (maladie cardiovasculaire, HTA, diabète, insuffisance rénale, tabagisme actuel ou arrêté depuis moins de trois ans, notamment). « Cette méconnaissance de l’hypercholestérolémie interroge sur le dépistage et/ou le suivi de l’hypercholestérolémie et sur l’information du patient après le dépistage et/ou sa compréhension des résultats » observent les auteurs.

Effet Mediator

Voir ici l’effet direct du discours amplement médiatisé des deux anciens mandarin ?  « Sans doute, une partie de la diminution de prescription lui est imputable, a expliqué au Quotidien du Médecin Valérie Olié, épidémiologiste à Santé publique France (SPF) et co-auteure de l’étude. Plus largement, il y a sans doute une défiance vis-à-vis des médicaments cardiologiques, suite au scandale du Mediator, comme cela a été constaté dans notre analyse précédente dans l’hypertension artérielle  . On n’aurait pas dû voir une baisse aussi importante et on ne se l’explique pas encore très bien.»

« Suite à la polémique des statines, beaucoup de médecins ont embrayé en ne prescrivant pas de statines en prévention primaire. L’argumentation scientifique est très faible : faut-il réellement attendre l’infarctus du myocarde (IDM) pour traiter ? Il faut vraiment abandonner l’idée simpliste de décider de traiter ou ne pas traiter en opposant prévention primaire/prévention secondaire et évaluer le risque cardiovasculaire global » explique pour sa part le Pr Jacques Blacher, cardiologue à (Hôtel-Dieu, AP-HP).

« Soyons pragmatiques, ajoute-t-il. Les médecins ne s’en servent pas, de l’échelle de risque de la HAS et il faut arrêter de recommander des outils peu utilisés. En revanche, tous les médecins savent reconnaître les facteurs de risque  cardiovasculaires, tels que le tabac, l’HTA, le diabète et les antécédents familiaux. La décision de traiter peut se prendre sur l’âge, le niveau du LDL-c et ces quatre facteurs de risque, plus ou moins associés au  niveau d’HDL-cholestérol. Avec cette cote mal taillée, charge aux médecins de discuter avec son patient du rapport bénéfices/risques et de l’informer qu’avec un hypolipémiant, il peut faire baisser de 30 % son risque d’accident cardiovasculaire. C’est une décision médicale individualisée. »

Les polémistes patentés feront observer que le Pr Jacques Blacher n’est pas sans liens d’intérêt.

A demain

@jynau

1 Cholestérol LDL chez les adultes en France métropolitaine : concentration moyenne, connaissance et traitement en 2015, évolutions depuis 2006

Camille Lecoffre1, Anne-Laure Perrine1, Jacques Blacher2,3, Valérie Olié1
1 Santé publique France, Saint-Maurice, France
2 Centre de diagnostic et de thérapeutique, Hôtel-Dieu, AP-HP, Paris, France
3 Université Paris-Descartes, Paris, France

Liens d’intérêt : Jacques Blacher déclare avoir des liens d’intérêt, en dehors du cadre de cette étude, avec les laboratoires Astra-Zeneca, BMS, MSD, Novartis, Pierre Fabre, Pfizer, Sanofi-Aventis et Servier, qui commercialisent des produits hypocholestérolémiants.

2 Sur ce thème : « L’affaire des statines pourrait être la première d’une longue série de nouvelles crises sanitaires » Slate.fr 26 juin 2018

3 Bezin J, Francis F, Nguyen NV, Robinson P, Blin P, Fourrier-Réglat A, et al. Impact of a public media event on the use of statins in the French population. Arch Cardiovasc Dis. 2017;110(2):91-8.