Nos amis les bêtes : verser du sang faux sur l’étal d’un boucher bio n’est pas autorisé

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L’antispécisme n’autorise pas tout. Et la défense des animaux ne justifie guère de bousculer les hommes. « Deux militants antispécistes ont été condamnés, mardi 25 juin, à des peines de prison avec sursis pour avoir déversé du faux sang dans le commerce d’un boucher bio début mai, à Paris, nous apprend l’AFP. Un jeune homme de 21 ans a été condamné à six mois de prison avec sursis pour violences et dégradations en réunion. Sa coprévenue, une femme de 30 ans à trois mois avec sursis pour les dégradations – mais relaxée s’agissant des violences.

Ce n’est pas tout : les deux militants ont interdiction de se rendre au marché parisien de Saint-Quentin (pendant un an). Et ils devront verser solidairement 5 000 euros à l’entreprise du boucher au titre de ses préjudices corporel et moral – et en  outre, régler 1 euro symbolique de dommages et intérêts à la Fédération de la boucherie et à l’Association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes (Interbev).

Le 4 mai dernier, une quinzaine d’activistes avaient aspergé de faux sang le vitrine et l’intérieur d’une boucherie du marché couvert Saint-Quentin (10earrondissement de Paris). L’un d’eux aurait ensuite porté un coup au boucher, Steevens Kissouna, à qui avait été prescrit une incapacité totale de travail de sept jours pour une côte fêlée, renouvelée une fois.

 Cinéma

« Je préparais une commande pour un client. J’ai senti un liquide me toucher, j’ai mis la main à la tête, le liquide était très rouge. J’ai levé la tête, il y avait entre quinze et vingt individus devant l’étalage avec des slogans : “liberté et défense des animaux” », avait témoigné le boucher sur BFM-TV. Paradoxe ou pas cet homme vend de la « viande bio ». « C’est un boucher qui est dans la filière bio. Ce monsieur est dans une démarche de proximité, de suivi du bien-être animal », avait confirmé à l’AFP  Jean-François Guihard, président de la Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs.

Le jeune homme avait nié les faits de violence et revendiqué sa « philosophie non violente ». « Le mot d’ordre était d’être à visage découvert et de n’opposer aucune violence, on n’était pas là pour dégrader la boucherie, avait-il assuré. Nous ne voulons pas dire que tel animal est l’égal de telle personne, mais que le critère de l’espèce ne justifie pas tout ». Sa compagne, qui « milite depuis quelques années pour la cause animale », pensait « interpeller » et « montrer l’horreur de l’abattage ».

Le couple avait été interpellé alors qu’il repassait devant la boucherie peu après leur action – et ce pour aller au cinéma. Leur avocat, François Ormillien, a indiqué que les jeunes gens « réfléchissent » à un éventuel appel.  Depuis plusieurs mois, les actes de vandalisme se multiplient contre des boucheries et les commerces de bouche, tagués de revendications antispécistes par des activistes opposés à toute hiérarchie entre les espèces et qui prêchent pour une alimentation végétalienne.

A demain @jynau

Vertiges judiciaires de l’affaire Vincent Lambert : y a-t-il une liberté après la mort ?

Bonjour

25 juin 2019. Les patients du CHU de Reims, unité des cérébrolésés, souffrent-ils de la canicule qui fait trembler la France ?  Il faut, aujourd’hui, ouvrir Le Monde (Jean-Baptiste Jacquin) pour prendre le pouls su sujet : « Affaire Vincent Lambert : la Cour de cassation sommée de mettre fin à la cacophonie ». Où l’on apprend que cette affaire a été qualifiée de « vertigineuse » par Guillaume Lecuyer, avocat de l’Etat, lors de l’audience du 24 juin de la Cour de cassation. Où l’on apprend, aussi, que dans sa formation la plus solennelle, l’assemblée plénière composée de dix-neuf magistrats, cette prestigieuse institution judiciaire suprême va rendre, vendredi 28 juin, sa décision – décision sur les pourvois de l’Etat et de l’hôpital de Reims contre l’arrêt de la cour d’appel de Paris du 20 mai ordonnant la reprise de l’alimentation de cet homme de 42 ans, en état végétatif depuis plus de dix ans.

Vertiges assurés, à coup sûr, pour qui a suivi, depuis le départ, ces interminables entrelacs médicaux, judiciaires et médiatiques. Trente-quatre décisions juridictionnelles, des déchirements récurrents, des médecins encadrés puis déboutés. Une loi incomprise sinon détournée de son esprit. Des parents qui s’opposent à l’arrêt de l’alimentation au nom du droit à la vie, quand l’épouse soutient la décision de l’équipe médicale prise au nom de la non-obstination déraisonnable inscrite dans la loi Claeys-Leonetti de 2016. Le Monde :

« A l’issue de deux heures de débats, le procureur général François Molins, qui a choisi cette affaire pour « monter à l’audience » pour la première fois depuis son arrivée Quai de l’horloge en novembre 2018, a tenu à circonscrire la question soumise à la Cour. ‘’Elle n’est pas saisie de la question de la fin de vie de Vincent Lambert ni du bien-fondé des décisions médicales prises à son égard. Ce procès n’est pas non plus celui de la loi Leonetti’’, a-t-il souligné.

Ce procès est celui de l’arrêt de la cour d’appel du 20 mai, où trois juges saisis en référés avaient tenu une audience après 17 heures avant de rendre leur décision le soir même, semblant prendre le contre-pied de toutes les décisions de justice précédentes, jusqu’à celles du Conseil d’Etat et de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Le raisonnement retenu par la cour d’appel a été mis à mal. »

Raisonnement anthropomorphique

Comment comprendre cette justice qui ne cesse de sembler se désavouer ? Pour s’estimer légitimes sur ce dossier, les juges de référés de la cour d’appel ont invoqué une « voie de fait » de l’administration (une violation manifeste d’une liberté individuelle par l’Etat) ; seule exception qui permet au juge judiciaire d’aller sur le terrain du juge administratif. L’arrêt estime que le droit à la vie a été violé par l’Etat. Et l’avocat du même Etat y voit un « raisonnement anthropomorphique spécieux basé sur l’idée que s’il n’y a pas de vie, il n’y a pas de liberté ».  Anthropomorphique ou pas, il est une question que l’on aimerait poser à Guillaume Lecuyer, avocat de l’Etat français  : selon lui, les morts sont-ils libres ? Le Monde :

« M. Molins a ainsi rappelé la jurisprudence du Conseil constitutionnel cantonnant la liberté individuelle, dont l’autorité judiciaire est la gardienne, à la question de la détention arbitraire. Le droit à la vie ou le droit au respect de la vie privée n’en font pas partie. La CEDH qui consacre le droit à la vie a d’ailleurs considéré que les modalités de la décision de l’arrêt des soins de M. Lambert ne le violaient pas et respectaient au contraire le droit à la dignité. ‘’La cour d’appel a créé une catégorie de liberté suprême qui n’a aucun fondement’’, a souligné le procureur général. Le juge judiciaire n’était donc pas compétent, conclut-il. »

Serait-ce si simple ? Me Claire Lebret-Desaché, avocate des parents de Vincent Lambert, a soulevé une autre question-vetige :  « Quelles raisons exceptionnelles pouvaient empêcher de prendre ces mesures conservatoires pour Vincent Lambert ? Il n’y a aucune urgence à le tuer, son état est stabilisé, il respire seul, il ne souffre pas ». L’avocate souligne tout simplement que le non-respect des mesures conservatoires empêcherait l’examen du recours par le comité de l’ONU, ce droit à saisine que la France a reconnu à ses citoyens. « La cour d’appel a pris la seule décision qui n’avait pas un effet irréversible », a-t-elle plaidé.

M. Molins a solennellement demandé aux dix-neuf magistrats de la haute juridiction de casser, sans renvoi, c’est-à-dire sans nouvel examen, l’arrêt de la cour d’appel. Sinon, a-t-il prévenu « cela remettrait en cause notre ordonnancement juridique », sans parler de la « remise en question immédiate de la loi Leonetti ou de la loi sur l’interruption volontaire de grossesse ». Excessif sans doute. Vertigineux à coup sûr.

A demain @jynau

Vincent Lambert : xième rebondissement judiciaire, voie entrouverte à la fin des aliments

Bonjour

Toutes les tragédies ont une fin. Celle de l’affaire Vincent Lambert semble ne pas devoir en avoir. 20 juin 2019 ; on apprend que le procureur général de la Cour de cassation préconise de casser la décision qui, à la surprise générale, avait ordonné le 20 mai dernier la reprise de l’alimentation/hydratation permettant à Vincent Lambert de rester en vie.  24 juin  Dans son avis écrit qu’il soutiendra à l’audience de la Cour de cassation, lundi en assemblée plénière, François Molins préconise la «cassation» de l’arrêt de la cour d’appel de Paris – et ce «sans renvoi» devant une autre juridiction. Si une telle cassation intervenait, cela pourrait entraîner indirectement un nouvel arrêt des traitements.e procureur général est allé contre la décision de la cour d’appel de Paris, qui avait ordonné la reprise de l’alimentation du malade.

Il appartiendra à la haute juridiction non pas de statuer sur le bien-fondé de l’arrêt des soins, mais de trancher un débat hautement technique sur le caractère compétent ou non du juge judiciaire – la cour d’appel – dans cette affaire. Pour se déclarer compétente, la cour d’appel s’était fondée sur la notion juridique de « voie de fait », qui permet au juge judiciaire de sanctionner une atteinte à la « liberté individuelle » commise par l’administration. Pour les juges, cette dernière avait porté atteinte au droit « à la vie » en se dispensant de maintenir les traitements comme le demandait le Comité onusien des droits des personnes handicapées.

François Molins souligne au contraire qu’il n’y a pas là d’atteinte à la « liberté individuelle » au sens de la Constitution et de la jurisprudence, que la décision d’arrêt des traitements était légale et que les demandes du comité de l’ONU ne sont pas contraignantes. Il conclut qu’en l’absence de « voie de fait », la cour d’appel n’était pas compétente. Où l’on peine à suivre les méandres du droit confronté à celles de la tragédie.

A demain @jynau

Cannabis : interdiction au Canada d’en mettre dans la bière, les bonbons et les sucettes

Bonjour

C’était écrit dans la légalisation du cannabis : son industrie du cannabis se professionnalise à grande vitesse 1, élargit sans cesse sa palette. Aujourd’hui l’Agence France Presse nous apprend que des « produits comestibles à base de cannabis » seront vendus au Canada dès la mi-décembre. Annonce officielle faite, vendredi 14 juin, par le gouvernement canadien. Qui précise que les « produits susceptibles de plaire aux enfants » (comme les bonbons ou les sucettes) ne pourront pas en contenir 2. Ces nouvelles dispositions  entreront en vigueur un an après la légalisation du cannabis « à usage récréatif ». Elles concernent également les « extraits de cannabis » et les « produits à usage dermatologique ».

Légaliser c’est aussi encadrer : des règles strictes pour limiter l’attractivité des produits dérivés du cannabis auprès des mineurs devront être respectées, parmi lesquelles l’obligation d’adopter des emballages « neutres » et « difficiles à ouvrir », ou encore la restriction de certains ingrédients, colorants et parfums. Bill Blair, ministre canadien de la Sécurité frontalière et de la réduction du crime organisé (sic) :

« La réglementation modifiée est la prochaine étape visant à réduire les risques pour la santé et la sécurité publiques associés au cannabis comestible, aux extraits de cannabis et au cannabis (à usage dermatologique) et de supplanter le marché illégal de ces produits au Canada.»

La nouvelle réglementation imposera que les aliments ou boissons « infusés au cannabis » ne pourront pas contenir plus de 10 milligrammes de THC. Pour les extraits de cannabis et les produits à usage dermatologique, la dose maximale autorisée sera de 1 000 milligrammes par unité d’emballage. Les autorités recommandent néanmoins aux nouveaux consommateurs de ne pas consommer des aliments ou boissons comportant plus de 2,5 milligrammes de THC.

Quant aux  producteurs et distributeurs, ils ne pourront pas mettre en avant d’éventuels « bénéfices pour la santé ou le régime ». Contrairement à ce que l’industrie alcoolique espérait l’association cannabis-boissons alcooliques sera interdite – au grand dam des  entreprises qui avaient déjà commencé à développer des « bières au cannabis ».

L’agence fédérale canadienne de la statistique a fait ses premiers calculs : environ 5,4 millions de Canadiens ont acheté du cannabis depuis sa légalisation en octobre – parmi eux, 600 000 naïfs.

A demain @jynau

1 The New York Times, Conor Dougherty, 25 avril, repris dans Courrier international N° 1493 du 13 au 19 juin 2019)

2 En France, depuis 2009, la loi a instauré une interdiction totale de vente de tabac et d’alcool aux mineurs. Dix ans plus tard on vient d’apprendre que les lycéens qui fument quotidiennement continuent de s’approvisionner principalement chez les buralistes. Ils sont ainsi 77,0  % à y acheter personnellement leurs cigarettes « presque toujours » ou « souvent », tandis que 16,0 % déclarent le faire « rarement » ou «  parfois  ». Quant à l’approvisionnement en alcool il s’opère avec la même facilité. (Spilka S, Godeau E, Le Nézet O et al Usages d’alcool, de tabac et de cannabis chez les adolescents du secondaire en 2018 Tendances n° 132, OFDT, juin 2019)

Attaché.e.s de presse et soupçons de conflits d’intérêts : un bel exemple à méditer

Bonjour

Mercredi, Le Canard chasse. Dans son viseur Sophie Le Quellec. Qui la connaissait ? Elle  a été nommée, le 3 juin 2019, « directrice de la communication et des relations institutionnelles » de la prestigieuse Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail. Et, en même temps, Directrice de cabinet du Directeur général de l’Agence (le scientifique Roger Genet). Elle est officiellement présentée ainsi à la presse spécialisée :

« Spécialiste des enjeux de communication associés aux sujets scientifiques et techniques d’intérêt public, Sophie Le Quellec coordonne désormais la réflexion et les actions visant à renforcer le rayonnement de l’expertise et les valeurs de l’Anses. Elle succède à Alima Marie-Malikité, nommée Directrice de la communication à Météo France.

« Ingénieur agronome, Sophie Le Quellec débute sa carrière comme chargée de communication pour la Société commerciale des potasses d’Alsace. Après une première expérience dans le conseil, en tant que directrice d’études auprès d’entreprises du secteur agricole, puis après avoir suivi un cursus de formation en communication institutionnelle au Celsa, elle rejoint en 2002 l’agence de communication et de relations publiques i&e.  Chez i&e puis Burson-Marsteller i&e, où elle évolue jusqu’au poste de directeur conseil, elle se spécialise dans le domaine de la santé et en particulier dans les sujets de santé publique, de santé environnementale ou encore d’innovation médicale

« Elle conseille et accompagne notamment l’Afsset, l’Agence de la biomédecine et le ministère en charge de l’écologie sur des orientations de communication institutionnelle, des campagnes de santé publique (don d’organes, don de gamètes) et des actions de concertation (Etats généraux de la bioéthique 2009, Assises nationales des risques naturels 2013, Rencontres nationales santé environnement 2013).

Un CV du genre à se pâmer

« En 2016, Sophie Le Quellec rejoint l’Unédic pour accompagner le développement de sa communication sur sa performance et son utilité sociale en tant que gestionnaire de l’Assurance chômage. Promue directrice de l’information et de la communication en 2017, elle s’attache à faire connaître et à mettre en valeur l’appui expert apporté par l’Unédic aux récentes phases de négociation et de concertation entre les partenaires sociaux, et entre les partenaires sociaux et l’Etat. 

« Sophie Le Quellec assure désormais la fonction de directrice de cabinet du directeur général et pilote la stratégie de communication et des relations institutionnelles de l’Anses. A ce titre, elle impulse et met en œuvre les orientations de l’Agence pour diffuser ses travaux scientifiques en appui aux politiques publiques. Elle contribue ainsi à poursuivre un dialogue continu avec l’ensemble des partenaires et parties prenantes afin de partager l’expertise scientifique de l’Anses selon ses principes d’ouverture et de transparence. »

Salaire non précisé. Au terme ce ce CV à se pâmer la nouvelle Directrice déclare :

« Soucieuse de l’utilité sociale des projets et actions que je porte, j’adhère pleinement aux engagements scientifiques et déontologiques ainsi qu’aux valeurs de transparence et de dialogue portés par l’Anses. Alimenter les débats et la décision de repères scientifiques solides, c’est essentiel pour accompagner les politiques publiques au plus près des réalités sanitaires et des questions de la société civile. »

C’est alors que Le Canard (Isabelle Barré) entre en scène. Il rapporte (« Une recrue très industrieuse ») que priée de préserver une totale indépendance vis-à-vis des lobbys, l’Anses vient d’opérer un choix qui se discute : chez i&e et Burson-Marsteller les cliens se nommaient Coca Cola, Findus, Danone, Total, Bayer et Monsanto. Et Le Canard de se souvenir que Sophie Le Quellec a participé, au début des années 2000 à une oparation de communication commanditée par un consortium d’industriel – dont Monsanto « visant à redorer le blason des OGM. « C’est, dit-elle aujourd’hui, un atout » :

« J’ai observé des points de vue très divers et je sais accueillir la complexité des sujets ». [sic ajoute le volatile]

On pourrait retourner le compliment. Dénoncer un parcours qui pourrait laisser redouter une forme de duplicité. Se morfondre de la dissolution des cohérences dans le ciel des idéologies disparues. Et après ?

A demain @jynau

Incroyable mais vrai : quand le café décaféiné permet de faire œuvre de sérendipité

Bonjour

C’est l’archétype de l’histoire qui incite à faire un « bon mot ». Même la select Arte n’a pas pu résister en reprenant en boucle l’AFP (Paul Ricard) : «  Deux expressos contre une maladie orpheline, c’est fort de café ». C’est d’abord et surtout un bel exemple de sérendipité. A lire dans Annals of Internal Medicine : « Caffeine and the Dyskinesia Related to Mutations in the ADCY5 Gene ». Une lettre signée de quatre médecins exerçant dans deux hôpitaux parisiens, les Prs Aurélie Méret et Emmanuel Roze et les Drs Eavan McGovern  et Domitille Gras.   

Le cas clinique rapporté est celui d’un enfant de 11 ans, chez lequel est diagnostiqué l’an dernier une dyskinésie liée au gène ADCY5. Aucun traitement n’est scientifiquement validé contre cette maladie très dyskinésie génétique très rare et invalidante. « Les bras, les jambes et le visage se mettent à bouger de manière très importante. Cet enfant ne pouvait pas faire de vélo ni même rentrer à pied de l’école, car une crise pouvait survenir n’importe quand, explique le Pr Emmanuel Flamand-Roze, neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) ».

En rester bouche bée

Les spécialistes prescrivent toutefois, depuis quelques années, le recours à la consommation de café – et ce « depuis que d’autres patients ont raconté que c’était très efficace contre les troubles du mouvements. Et c’est ainsi que cet enfant consommait une tasse d’expresso le matin et une autre le soir. « Les parents ne sont pas choqués, étant originaires de Madagascar, cette boisson est souvent utilisée comme remède à différents maux » précise l’AFP.  De fait, en pratique, l’efficacité est là : durant sept heures, les mouvements incontrôlés disparaissent presque totalement.

Puis les parents constatent que le breuvage ne fait plus effet, les mouvements anormaux involontaires sont de retour. Au bout de quatre jours, ils réalisent avoir donné par erreur du décaféiné. Une fois le caféiné réintroduit, les mouvements anormaux disparaissent à nouveau. Ou comment réaliser, involontairement et sur un cas unique, un test « en double aveugle contre placebo ».

Hypothèse : la caféine se fixe sur des récepteurs liés à la protéine ADCY5 anormale, « très présente dans une région profonde du cerveau et responsable des mouvements anormaux ». Elle reste à confirmer, ce à quoi les auteurs des Annals of Internal Medicine vont s’employer. Dans l’attente la prescription d’expresso va faire autorité. Où l’on voit que les mystères de la sérendipité peuvent laisser bouche bée.

A demain @jynau

Aliments « ultra-transformés » : le cœur de ceux qui en mangent est-il oui on non en danger ?

Bonjour

Nouvel épisode de la grande série « alimentation, communication et grande confusion ». Dans un article du British Medical Journal,1 des chercheurs français (Inserm, Inra, Université Paris 13, Cnam) « rapportent un risque accru de maladies cardiovasculaires chez les consommateurs d’aliments ultra-transformés ». Vaste travail. Conclusions potentiellement inquiétantes. Mais « cette étude observationnelle ne permet pas à elle seule de conclure à un lien de cause à effet ». Pourquoi dès lors ce long communiqué de presse (de l’Inserm) sinon pour aguicher les médias ?

La série continue : on se souvient de l’épisode précédent  avec les aliments « bio » et le cancer. Publication du JAMA 2 qui avait donné lieu à un communiqué de presse criticable (de l’INRA) , une manchette plus que déplacée (« L’alimentation bio réduit significativement les risques de cancer’’ Le Monde), quelques syllogismes journalistiques, une mise au point académique suivie d’une autre, bienvenue, de notre collègue blogueur Hervé Maisonneuve.

Dans les deux cas l’étude NutriNet-Santé  et le même contexte sociéto-médical. Durant les dernières décennies, les habitudes alimentaires se sont modifiées dans le sens d’une augmentation de la consommation d’aliments ultra-transformés 3. Ils contribuent aujourd’hui à plus de la moitié des apports énergétiques dans de nombreux pays occidentaux. Ils se caractérisent souvent par une qualité nutritionnelle plus faible, mais aussi par la présence d’additifs alimentaires, de composés néoformés et de composés provenant des emballages et autres matériaux de contact. Et dans le même temps on voit un engouement croissant pour le « bio » qui, souvent, n’en a que le nom (lire sur ce thème la remarquable pétition hébergée par Libération). Argumentaire, aujourd’hui, de l’Inserm :

« Des études récentes ont montré des associations entre la consommation d’aliments ultra-transformés et un risque accru de dyslipidémies, de surpoids, d’obésité, et d’hypertension artérielle. Les chercheurs de l’équipe EREN ont également déjà observé des associations entre la consommation d’aliments ultra-transformés et les risques de cancer, de mortalité, de symptômes dépressifs, et de troubles fonctionnels digestifs mais aucune étude épidémiologique n’avait, à ce jour, investigué les relations entre la consommation de ces aliments et le risque de maladies cardiovasculaires. C’est désormais chose faite grâce à ce travail réalisé dans le cadre de la cohorte NutriNet-Santé, par l’Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, plus spécifiquement par le Dr Bernard Srour (Epidémiologiste, doctorant), sous la direction du Dr Mathilde Touvier (Directrice de Recherche Inserm, directrice de l’équipe),  en collaboration avec l’Université de Sao Paulo au Brésil. »

« Au cours du suivi, la consommation d’aliments ultra-transformés s’est révélée être associée à un risque plus élevé de maladies cardiovasculaires (n = 1 409 cas sur les 105 159 participants), et en particulier de maladies coronariennes (n=665 cas) et de maladies cérébro-vasculaires (n=829 cas). Une augmentation absolue de 10% de la part d’aliments ultra-transformés dans le régime (par exemple, en comparant deux individus consommant respectivement 15% et 25% de leurs aliments sous forme ultra-transformée) était associée à une augmentation de 12% de risque de maladies cardiovasculaires au global (13% pour les maladies coronariennes et 11% pour les maladies cérébro-vasculaires). »

Pour autant, donc, « cette étude observationnelle ne permet pas à elle seule de conclure à un lien de cause à effet ». Qui plus est, « les résultats obtenus montrent également que la moins bonne qualité nutritionnelle globale des aliments ultra-transformés ne serait pas le seul facteur impliqué dans cette relation ». Dès lors verra-t-on titrer « Les aliments ultra-transformés augmentent significativement les risques de souffrir du cœur et des vaisseaux cérébraux» ?

A demain

1 Ultra-processed food intake and risk of cardiovascular disease: a prospective cohort study (NutriNet-Santé). Bernard Srour, Léopold Fezeu, Emmanuelle Kesse-Guyot, Benjamin Allès, Caroline Méjean, Roland Andrianasolo, Eloi Chazelas, Mélanie Deschasaux, Serge Hercberg, Pilar Galan, Carlos Monteiro, Chantal Julia et Mathilde Touvier. British Medical Journal, BMJ : http://dx.doi.org/10.1136/bmj.l1451

2 The frequency of organic food consumption is inversely associated with cancer risk: results from the NutriNet-Santé prospective Cohort. Julia Baudry, Karen E. Assmann, Mathilde Touvier, Benjamin Allès, Louise Seconda, Paule Latino-Martel, Khaled Ezzedine, Pilar Galan, Serge Hercberg, Denis Lairon & Emmanuelle Kesse-Guyot. JAMA Internal Medicine. 22 octobre 2018

3 « Aliments ultra-transformés : de quoi parle-t-on ? » Anthony Fardet (Université Clermont Auvergne) The Conversation, 29 mai 2019.