Marisol Touraine devient un cas clinique pour les observateurs médiatiques et politiques

La Fédération du Parti socialiste d’Indre-et-Loire a saisi mardi la commission des conflits du PS en vue d’une sanction pouvant aller jusqu’à une exclusion du PS de Marisol Touraine

Bonjour

Cette affiche fait aujourd’hui la Une des médias généralistes. Elle est devenue un triple symbole : de la nécessaire évolution politique, de l’opportunisme ou d’une trahison trop tardive pour être pardonnée. Dans tous les cas le fait est là : jusqu’ici protégée des médias l’ancienne ministre socialiste de la Santé est désormais devenue un cas clinique. Placée en observation jusqu’aux élections législatives. Pronostic très incertain.

 

Sur Slate.fr Jean-Marie Pottier a épinglé Marisol et son affiche dans la catégorie des « candidats mutants ».

« Ministre de la Santé durant les cinq années de la présidence Hollande, elle a gardé l’investiture PS dans l’Indre-et-Loire mais se présente sur son matériel de candidature comme ‘’candidate de la majorité présidentielle avec Emmanuel Macron’’, écrit-il. Résultat : dans sa circonscription, des militants PS ont décidé de la lâcher et d’appeler à voter pour les candidats écologiste ou France Insoumise, tandis que des militants En Marche! ont fait part de leur ‘’dégoût’’ à l’idée de ne pas avoir de candidat(e). »

Exit les oripeaux socialistes

Dans Libération Lilian Alemagna décrypte l’affiche ligérienne : « Son nom est en bleu ciel. Tout comme la mention ’candidate de la majorité présidentielle avec Emmanuel Macron’’, inscrite sur un liseré jaune. Exit le rose, le vert et tous les oripeaux du Parti socialiste. Marisol Touraine a beau s’être inscrite comme ‘’socialiste’’ en préfecture pour la législative de la 3e circonscription d’Indre-et-Loire, les codes couleur choisis pour son matériel de campagne sont très proches de ceux de La République en marche (LREM). »

Et Marisol Touraine (très critiquée localement et sur les réseaux sociaux pour cette prise de distance avec «l’identité» socialiste) dit à Libération qu’elle «assume» :

«Il n’y a aucune ambiguïté sur le fait que je suis socialiste. Il ne faut pas prendre les gens pour des idiots ! Dans ce document, je rappelle que je suis une femme de gauche, que je suis candidate avec mon histoire, avec mon bilan, avec mes regrets, mes projets…»

Certes. Mais alors, pourquoi avoir choisi l’étiquette «majorité présidentielle» alors qu’elle n’est pas LREM. C’est, dit-elle, parce qu’elle « assume clairement » d’aider Emmanuel Macron à avoir une « majorité qui soit stable » et «de gauche ». « Assumer ? ». Lequel ? Marisol Touraine veut-elle dire « Prendre sur soi, à son compte, avec toutes les implications de ce qu’on assume » ou « Prendre mais sans le faire sien, c’est-à-dire se donner ou recevoir à titre d’hypothèse comme base d’une recherche d’un raisonnement » ?

Vinaigre local

Dans les deux cas, localement, l’affaire tourne vinaigre. « L’ex-ministre a changé d’étiquette pour s’afficher “ Macron ”. Au PS, on crie “ à la trahison ” et des militants appellent à voter pour d’autres candidats annonce La Nouvelle République (Olivier Pouvreau et Pierre Calmeilles):

« Marisol Touraine a-t-elle trahi le PS, ses militants, ses électeurs ? Jusqu’à vendredi dernier et la clôture des candidatures, elle est restée dans le  »flou  ». Elle se disait toujours au PS, mais regardait avec bienveillance du côté d’Emmanuel Macron et de ses ‘’Marcheurs’’. Puis, comme par hasard, elle n’a pas eu de candidat investi La République en marche face à elle en Lochois, ce qui lui dégage bien le terrain.

« Et ce week-end, surprise, elle sautait le fossé. Ses affiches ne présentent plus le logo à la rose « PS », et s’intitulent  ‘’Majorité présidentielle, avec Emmanuel Macron’’. (…)  Des militants et cadres socialistes de tout le département ont lancé un « appel » aux électeurs du Lochois ‘’à ne pas voter pour Mme Touraine en portant leurs votes sur les candidats fidèles aux valeurs de la gauche et de l’écologie’’. Officiellement, la fédération ne dit mot, mais c’est bien une grande partie du PS qui s’insurge de cette « trahison », dont le député frondeur chinonais Laurent Baumel. Il parle lui-même d’un « opportunisme scandaleux » de Marisol Touraine. » 

Après Libération l’intéressée, repartie en campagne, a parlé au journal local : « Je me suis enregistrée à la préfecture en tant que socialiste, mais je dis clairement que, face au choix qui est devant nous entre être dans la majorité ou dans l’opposition, j’assume être dans la majorité présidentielle. » La suppression du logo PS sur la désormais fameuse affiche ? « C’est un choix. Personne ne m’a rien demandé. » Opportunisme scandaleux? Evolution ? Trahison ?

A demain

PS: La Fédération du Parti socialiste d’Indre-et-Loire a saisi mardi 23 mai la commission des conflits en vue d’une sanction pouvant aller jusqu’à une exclusion du PS de Marisol Touraine

Conflits d’intérêts : le mariage compliqué du PDG de l’Inserm et de la ministre de la Santé

 

Bonjour

Personne n’y avait donc, en haut lieu, pensé ? « Peut-on être la ministre de tutelle de… son mari ? » demande, jésuitiquement, La Croix (Pierre Bienvault). Et voici une affaire qui vient compliquer les lendemains de la constitution du gouvernement « Edouard Philippe I ». Où l’on découvre que la « société civile » soulève, elle aussi, des situations de conflits d’intérêts que l’éthique politique ne peut plus ignorer. 1

« La question se pose de manière très concrète depuis l’entrée au gouvernement d’Agnès Buzyn, nommée au portefeuille des Solidarités et de la Santé, explique La Croix. En effet, elle est aussi mariée au Pr Yves Lévy, président-directeur général de l’Institut national de la santé et la recherche médicale (Inserm). Or, cet important organisme public est placé sous la double tutelle du ministère de la Recherche et de la Santé. Bref, le Pr Lévy est désormais sous la tutelle de sa femme, ce qui n’est pas sans poser un problème à un moment où la prévention des conflits d’intérêts des ministres est une priorité affichée par le président de la République. »

Quitter la salle

Agnès Buzyn, hier encore à présidente du Collège de la Haute Autorité de santé (HAS) assure que la question sera vite réglée. Elle ajoute aussi que son mari sera maintenu dans ses fonctions. « Le problème est clairement identifié et va être traité. Il appartient maintenant au secrétariat général de l’Elysée d’examiner quelle est la modalité juridique la plus adaptée. Mais une chose est certaine : Mme Buzyn n’aura pas à prendre de décisions concernant l’Inserm » a déclaré à La Croix le cabinet de la nouvelle ministre.

Comment régler ce conflit d’intérêt ? On peut imaginer le « déport systématique », du verbe déporter dans son acception se désister, se départir. C’est une procédure prévue par la loi du 29 décembre 2011 de renforcement de sécurité sanitaire (gouvernement Fillon). Le cas le plus fréquent est celui des médecins experts consultants  pour des laboratoires pharmaceutiques. Le cas échéant ils doivent (désormais) quitter la salle pour ne pas être juge et partie. Mais imagine-t-on raisonnablement une telle procédure pour une ministre ayant une tutelle continue sur son mari ?

« Pour un ministre de la Santé, l’Inserm n’est pas un domaine occasionnel, mais un sujet d’activité quasi quotidien, observe Le Monde (François Béguin, Paul Benkimoun). La prédécesseure d’Agnès Buzyn, Marisol Touraine, avait obtenu, non sans discussions, que la gouvernance du programme hospitalier de recherche clinique, qui fonctionne sur des fonds provenant de l’objectif national des dépenses d’assurance-maladie gérés par les services du ministère de la santé, reste entre les seules mains de ce dernier plutôt que d’être partagée avec l’Inserm-Aviesan. Une alliance qui regroupe des organismes de recherche publics. »

Terrain à déminer

Il faudra trouver autre chose. Une piste, selon La Croix : un décret du 16 janvier 2014 relatif à la prévention des conflits d’intérêts dans l’exercice des fonctions ministérielles (signé Jean-Marc Ayrault). Un ministre estimant se trouver en situation de conflit doit en informer par écrit le Premier ministre en « précisant la teneur des questions pour lesquelles il estime ne pas devoir exercer ses attributions ». Un décret détermine alors les attributions que le Premier ministre exerce en lieu et place du ministre intéressé. Édouard Philippe exercerait alors la cotutelle de l’Inserm avec le ministre de la recherche.

Il semble que la ministre penchait initialement pour la solution du déport systématique ». L’affaire se règlerait, dit-on à l’échelon suprême : le secrétariat général de l’Elysée. Reste la question initiale : comment comprendre, à l’heure affichée de la transparence absolue et de l’éradication des conflits d’intérêts que le terrain n’ait pas été déminé avant l’annonce de la composition du gouvernement ?

A demain

1 C’est Gilles de Margerie, 61 ans qui sera le directeur de cabinet d’Agnès Buzyn. Gilles de Margerie est ancien élève de l’Ecole normale supérieure et de l’ENA.  Il a débuté sa carrière en tant qu’inspecteur des finances avant d’occuper différentes fonctions dans le secteur public, notamment directeur adjoint au cabinet de Roger Fauroux au ministère de l’Industrie et conseiller technique en charge des affaires industrielles au cabinet de Michel Rocard. Il a rejoint le monde bancaire d’abord chez Rothschild et Cie Banque, puis à la Banque Lazard en 1992, et à la banque Indosuez à partir de 1994.  En 2001, il devient directeur général adjoint de Crédit Agricole Indosuez, et rejoint Crédit Agricole SA comme directeur financier en 2002, poste qu’il occupe jusqu’en 2007. De 2007 à 2011, il est membre du comité exécutif de Crédit Agricole SA.

Depuis 2013, il occupait le poste de directeur général adjoint chez Humanis. Il est membre de plusieurs think-tank (comme les Gracques) ou du club En Temps Réel. « Il a participé, sous la conduite du directeur général, Jean-Pierre Menanteau, lui aussi énarque, au redressement financier d’Humanis- l’équilibre des comptes a été retrouvé pour l’exercice 2016- et à la fusion opérationnelle des trois entités qui composaient le groupe (Novalis-Taitbout, Aprionis et Vauban-Humanis) » explique L’Opinion.  Le Monde ajoute : « Son profil d’assureur fait déjà réagir, les médecins craignant notamment le poids pris par les complémentaires santé (mutuelles, institutions de prévoyance, assurances privées) dans leur secteur. »

Comment, en trois clics, en savoir trop sur le Premier ministre Edouard Philippe

 

Bonjour

Combien de temps Edouard Philippe (hier maire du Havre, aujourd’hui Premier ministre) résistera-t-il au dépeçage médiatique ? Quelques heures après l’annonce de sa nomination (un secret élyséen de Polichinelle) voici que l’on sait tout de lui – et que l’on peut aussi, en trois clics déjà tout savoir sur bien des coulisses. Démonstration :

Le Monde se régale en donnant les extraits les plus croustillants de ce que le maire du Havre, intime d’Alain Juppé écrivait dans Libération (sic) sur celui qui allait le sacrer Premier ministre. Car pendant les quatre derniers mois de la campagne, M. Philippe tenait une chronique dans le quotidien de Jean-Paul Sartre. Et il prenait alors plaisir à éreinter le futur président de la République.

« Chaque semaine, explique Le Monde, le maire Les Républicains du Havre – également romancier occasionnel 1– a livré dans une chronique publiée dans Libération son regard sur cette élection atypique, dans laquelle « la réalité a définitivement battu la fiction dans le registre de l’inattendu »comme il l’écrit le 12 avril. Des textes dans lesquels il n’épargne pas toujours celui qui est devenu président de la République. »

Naevius Sutorius Macro

Edouard Philippe consacre précisément sa première chronique, le 18 janvier, à Emmanuel Macron. Quand certains voient en lui Brutus, le fils adoptif de César qui a participé à la mort de son père, lui estime que « le Romain qui ressemble le plus à Macron, c’est Macron » , ou plus précisément « Naevius Sutorius Macro, dit Macron ».  Il décrit ce « haut fonctionnaire devenu, à la faveur d’une révolution de palais, le conseiller de Tibère, empereur détaché des affaires courantes », chef qu’il « finira par assassiner ».

Le futur Premier ministre dépeint encore un Emmanuel Macron « tribun adepte d’un populisme désinvolte », « qui n’assume rien mais promet tout, avec la fougue d’un conquérant juvénile et le cynisme d’un vieux routier ».  « Il marche sur l’eau en ce moment », note M. Philippe le 15 février. Et d’ironiser sur l’attitude christique du candidat : « Il guérit les aveugles, il multiplie les pains, il répand la bonne parole. A la France paralysée, il ordonne “Lève-toi et en marche !” (…) Et tout ça tout seul, sans réel programme ni réelle équipe. Il suffit de croire en lui. D’avoir la foi. » Le maire du Havre cite alors Saint-Matthieu – « par ailleurs saint patron des banquiers, ça ne s’invente pas  » – rapportant les paroles de Jésus : « Car il en viendra beaucoup sous mon nom qui diront : “C’est moi le Christ”, et ils abuseront bien des gens. »

Puis le ton change à mesure que l’on s’approche du premier tour. « Il faut aider Macron car sa victoire n’est pas acquise » écrira-t-il bientôt. Aider Naevius Sutorius Macro ? On connaît la suite.

Un « pote de droite »

Sur Slate.fr Jean-Marie Pottier éclaire joliment l’affaire sous un autre angle : « Édouard Philippe, notre ‘’pote de droite’’ ». Depuis plus d’une décennie, la caméra de Laurent Cibien, un ancien camarade de lycée, suit l’ascension politique du nouveau Premier ministre. Il faut lire (et regarder) pour comprendre.

Enfin, sur France Culture on retrouve le maire du Havre, ancien rocardien passé avec armes humour et bagages dans le camp d’en face.  Cela donne : « Édouard Philippe : pourquoi j’ai vu 4 fois la série « The West Wing » ». Un entretien daté de novembre 2016 dans lequel David Kessler (ancien conseiller à la présidence de la République) échange avec Édouard Philippe, autour d’une passion qui leur est commune, la série « The West Wing ». Ou comment les séries permettent au personnel politique de voir son travail avec distance.

« C’est dans l’air du temps: la politique française se raconte en séries, au point que même Alain Juppé s’incruste sur le tournage de la deuxième saison de Baron noir. observe Jean-Marie Pottier. Après le film de Yann L’Hénoret sur Emmanuel Macron, dont on a évoqué une possible version sérielle sur Netflix, voici donc la nomination à Matignon d’un Premier ministre, le député-maire du Havre Édouard Philippe qui est déjà le héros d’une série documentaire. » Déjà.

A demain

1 Libération (Alain Auffray) rapporte qu’avec son grand ami Gilles Boyer (ex-directeur de campagne d’Alain Juppé) il a écrit en 2011 un thriller politique remarqué. Dans l’ombre (Le livre de poche) raconte une primaire truquée précédant une élection présidentielle infestée de magouilles et de trahisons. Dans le dénouement, une scène haletante montre le narrateur, un «apparatchik» sans état d’âme, découvrant que la personne que son «patron» s’apprête à nommer Premier ministre est mouillée jusqu’au cou dans une histoire criminelle. Mais tout finit bien. Démasqué in extremis, le méchant n’ira pas à Matignon.

Mediapart révélait d’autre part il y a peu que le député Philippe était aussi, dans la vraie vie, capable de petits dérapages désinvoltes. Il a ainsi écopé d’un blâme de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique qui a constaté quelques négligences dans sa déclaration de patrimoine de 2014. « Aucune idée », avait-il écrit en réponse aux questions sur la valeur de son appartement parisien.

Non, Marisol Touraine n’occuperait pas le poste de Premier ministre d’Emmanuel Macron

 

Bonjour

C’était une rumeur comme il en court mille dans le Paris d’aujourd’hui. Marisol Touraine (ou Ségolène Royale) serait déjà préemptée. D’ores et déjà désignée pour, le cas échéant, être nommée au poste de Premier ministre d’Emmanuel Macron président de la République. C’était une rumeur et la rumeur n’est plus: Emmanuel Macron a mis fin à ces spéculations.

Pourquoi non ? Il faut, pour comprendre, lire le prochain numéro de Femme actuelle (à paraître le … 27 mars). Le magazine confie qu’à moins d’un mois et demi de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron a reçu plusieurs de ses lectrices. Il s’agissait de répondre à leurs interrogations sur son programme, son projet. Santé, éducation, GPA, fonction publique, parité…Autant de points évoqués avec le candidat. A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes le candidat pour qui « la politique a quelque chose de mystique » a évoqué la question de la parité au sein de son futur gouvernement.

Exclues a priori du gouvernement

S’il est élu président de la République il a émis « le souhait de nommer une femme Premier ministre ». Précision : un choix qui reposera sur la compétence et non sur la simple parité. Mais alors, qui, veut savoir Femme Actuelle ?  Ségolène Royal « qui semble encore hésiter entre Emmanuel Macron et Benoît Hamon » ? Marisol Touraine, dont personne ne sait où elle est mais qui, dit-on, serait courtisée par Benoît Hamon ? Réponse du premier intéressé :

 « Je vais être direct avec vous. Il y a une promesse de renouvellement et d’alternance dans l’offre politique que nous portons. J’ai beaucoup de respect pour ces deux femmes mais elles n’ont pas vocation à avoir des responsabilités dans un gouvernement qui serait le mien parce que il faut faire monter de nouveaux talents, de nouvelles forces politiques.

« Il faut absolument que cette promesse de renouvellement et d’alternance soit concrète. Si je reprenais les mêmes, je trahirais cette promesse initiale. Je n’ai pas dit que ce serait forcément une femme, je le souhaite mais je cherche le meilleur profil pour le pays. On ne rend pas service à la cause féminine en faisant cela. J’ai plusieurs noms en tête, c’est un choix très compliqué. Mais ce ne sont pas les deux noms que vous avez évoqués. »

Où l’on voit que la lecture de Femme Actuelle peut aussi, grâce à Emmanuel Macron, confiner à la tragédie.

A demain

 

Les terribles diagnostics de Mme Elisabeth Roudinesco sur François et Pénélope Fillon

Bonjour

François et Pénélope Fillon porteront-ils plainte contre Mme Elisabeth Roudinesco, psychanalyste à Paris ? Dans la dernière livraison de L’Obs la gardienne des temples freudiens se livre à un exercice qui n’est ni anodin ni sans danger : porter à distance des diagnostics sur les Grands de ce monde.

C’est, dans la période moderne, une entreprise que mena depuis Genève, avec talent et succès,  le Dr Pierre Rentchnick (« Ces malades qui nous gouvernent »). François Mitterrand n’était pas encore au pouvoir en France et l’affaire apparaissait alors comme encore sulfureuse. On sait ce qui, depuis, s’est passé.

Judas et Brutus

N’étant pas médecin Mme Roudinesco se borne aux pathologies mentales. Et encore, traitant longuement de Donald Trump elle se garde de décréter qu’il est « cliniquement fou ». « Je ne peux pas le dire, car je ne fais pas de diagnostic foudroyant (sic) » prévient-elle. Pour la France et l’actuelle élection présidentielle la psychanalyste ne résiste pas à nous offrir ses lumières. Nous avons assisté « à la mise à mort de François Hollande par Judas et Brutus, c’est-à-dire Emmanuel Macron et Manuel Valls ».

D’où il ressort que l’auteur de la célèbre formule selon laquelle « la politique c’est mystique » est bien un homme qui trahit pour de l’argent. Et qu’il n’a, si l’on se souvient bien, guère d’avenir. Puis vient le cas et l’affaire Fillon qui voit un homme s’acharner.  Mme Roudinesco :

« L’acharnement à dénier est un mécanisme que chacun peut comprendre, mais s’acharner à dénier un fait avéré en affirmant avoir la légalité avec soi mais pas la moralité, et bafouer ce qu’on a dit, c’est un vrai problème, cela montre que ce candidat est atteint de démesure. Voilà une névrose qui effare tout le monde, y compris son propre camp. Pour se défendre, il ne peut que développer des théories complotistes : « Je n’ai rien fait, les médias sont ligués contre moi pour m’abattre etc. »

Donald Trump a d’ailleurs usé de la même rhétorique. François Fillon n’est pas fou mais son raisonnement l’est. Car s’il perd, il détruit son parti. Et s’il gagne, comment pourra-t-il être président après avoir refusé de se soumettre à la justice ? »

Le cas Emma Bovary

Pour Mme Roudinesco (qui vote Benoît Hamon), François Fillon « fait  passer son narcissisme personnel avant son parti et avant l’intérêt de l’Etat ». Est-il le premier ? « Il fait d’ailleurs peser un risque non négligeable sur sa vie de famille, ajoute-t-elle. On peut éprouver de la compassion pour Pénélope Fillon réduite au silence et dont on en connaît la voix que par une vidéo où elle exprime une plainte, un ennui, une sorte de bovarysme. »

Rappelons que le « bovarysme »  est, schématiquement, un trouble de la personnalité dont souffrent (parfois) les personnes dites « insatisfaites » 1. Ce terme fait référence à la célèbre héroïne de Gustave Flaubert, Emma Bovary. On se souvient qu’Emma passe son enfance dans un couvent. Pour tromper son ennui, elle se réfugie dans la lecture, rêvant d’une vie aventureuse et romanesque. Plus tard, elle épousera un triste médecin, Charles Bovary. En apparence, Emma a tout pour être heureuse. Mais elle s’ennuie en Normandie, sa vie amoureuse ne correspond en rien à celle de ses rêves. Elle va alors dépenser sans compter et entretenir plusieurs liaisons adultères. On connaît la fin. Cette entité a fait l’objet de nombreux travaux et écrits médicaux, psychiatriques et psychanalytiques.

Au final cette étrange conclusion de Mme Roudinesco concernant le couple Fillon : « Le spectateur-électeur est ainsi mis dans une situation de voyeur devant quelque chose qui ne le regarde pas ».

A demain

1 http://madamebovary.fr/definition-du-bovarysme/

 

 

Mystique et politique: Emmanuel Macron, le candidat d’«En marche!» assume sa verticalité

 

Bonjour

On lit des choses étranges, parfois, dans Le Journal du Dimanche. Ainsi, aujourd’hui les « confidences sacrées » d’Emmanuel Macron. Des confidences ferroviaires faites, qui plus est, peu après le départ en TGV du vieux bastion communiste de Saint-Pierre-des-Corps. La France est un pays riche qui sait dépasser ses apparentes contradictions. Un séjour un petit nuage en Touraine et le candidat d’ « En Marche! » s’est confié au JDD sur son charisme, sur la nature du lien qu’il veut établir avec les électeurs et sur sa propre mystique… Extraits :

« La politique, c’est mystique. » […] « C’est tout mon combat. C’est une erreur de penser que le programme est le cœur d’une campagne. Les médias passent du commentaire d’un point de détail mineur du programme aux pires polémiques, et ainsi de suite. »

« Comment se construit le pouvoir charismatique? C’est un mélange de choses sensibles et de choses intellectuelles. J’ai toujours assumé la dimension de verticalité, de transcendance, mais en même temps elle doit s’ancrer dans de l’immanence complète, de la matérialité. Je ne crois pas à la transcendance éthérée. Il faut tresser les deux, l’intelligence et la spiritualité. Sinon l’intelligence est toujours malheureuse. Sinon les gens n’éprouvent de sensations que vers les passions tristes, le ressentiment, la jalousie, etc. Il faut donner une intensité aux passions heureuses. »

« La dimension christique, je ne la renie pas ; je ne la revendique pas. Je ne cherche pas à être un prédicateur christique. »

Transcendance-immanence

Où l’on comprend que ne pas chercher à être un prédicateur christique ne signifie pas que l’on ne sait pas que l’on en est un. Où l’on comprend, aussi, que (même « sans programme ») l’homme sait comment on échafaude un pouvoir charismatique -et comment on peut avoir conscience d’assumer la « dimension de verticalité » (entendre de transcendance). Où l’on s’interroge, enfin, sur la nature de l’ancrage transcendance-immanence, sur le malheur de l’intelligence, sur cette marche entreprise entre les éthers infinis et la lourdeur de la matérialité. C’est là, tout simplement, pour le commun des mortels, une marche ascensionnelle.

« La politique, c’est mystique » confie-t-il à Anna Cabana qui n’attendait sans doute pas cette manne tombée à Saint-Pierre-des-Corps. Plus tard, vers Vendôme, Orléans, Beaugency, Notre-Dame-de-Cléry (et le Dauphin si gentil…),  Emmanuel ajoutera : « La politique, c’est comme la littérature, c’est un style. » Est-ce dire que le mystique l’est aussi ? Puis le TGV arriva à Montparanasse. Dans le lointain, des cloches….

Un style ? « Quand il les eut mises en branle ; quand il sentit cette grappe de cloches remuer sous sa main ; quand il vit – car il ne l’entendait pas – l’octave palpitante monter et descendre sur cette échelle sonore comme un oiseau qui saute de branche en branche ; quand le diable musique, ce démon, se fut emparé du pauvre sourd, alors il redevint heureux, il oublia tout, et son cœur qui se dilatait fit épanouir son visage. »

C’était Quasimodo qui sonnait les cloches de Notre-Dame. Et c’était Victor Hugo.

A demain

 

 

Généralistes changez de trottoir ! SOS Médecins débarque dans les cœurs de nos villes

 

Bonjour

« Etre heureux avant d’être vieux ». Ce ne sont pas les « journaux du soir » mais bien, ce matin, La Nouvelle République qui l’annonce : « A Tours, SOS Médecins se renforce en centre-ville » (Pascal Denis). Marisol Touraine, ministre tutélaire, n’est pas annoncée pour l’inauguration de ce « nouveau pôle médical pluridisciplinaire ». Elle eût pu être présente pour dire bon vent à cette « structure inédite ouverte 24 heures sur 24 » – une entreprise privée qui, si tout se passe bien, pourrait déchargée les urgences publiques, source récurrente de polémique.

C’est un évènement tourangeau mais c’est aussi une première nationale. Trente ans après sa création et douze ans après son installation dans l’enceinte du CHU Bretonneau, l’antenne tourangelle de SOS Médecins innove : elle s’installe au cœur même de la vieille cité de César – galerie des allées Béranger (entrée 19, rue de la Dolve), à deux pas de la mythique place Jean-Jaurès (« place du Palais » pour les intimes).

Première nationale pour les plus modestes

« Pour le réseau d’urgence et de permanence des soins, il s’agit d’un changement de taille. Longtemps confiné dans des locaux étroits et vétustes dans les oubliettes du CHU, le groupement médical disposera désormais d’un vaste plateau de 600 m2, en plein centre-ville, regroupant trois cabinets de médecine générale, un secrétariat ouvert de 8 h à 22 h, mais aussi un service de soins infirmiers et (d’ici quelques semaines) un laboratoire d’analyses biologiques et un cabinet de radiologie-échographie. L’antenne tourangelle de SOS Médecins est ainsi la première en France à proposer à la population un pôle de prise en charge pluridisciplinaire. De surcroît, cette structure inédite assurera une permanence des soins, tous les jours, 24 heures sur 24. »

Pour le Dr Paul Phu, président du groupement SOS Médecins à Tours l’objectif est clair : « Notre volonté est de créer un véritable pôle d’urgence de proximité en centre-ville ». Il évoque, vers le sud de la ville, l’engorgement du service hospitalier au CHU Trousseau et le prochain départ (difficilement compréhensible)  de la réputée clinique Saint-Gatien vers le nord.

En s’installant au cœur de la ville, à l’ombre du Palais de Justice, l’ambition de SOS Médecins est « d’offrir des soins de qualité dans des locaux plus accueillants, notamment pour les patients les plus modestes ». Oui, vraiment, Marisol Touraine eût pu honorer de sa présence une telle entreprise.

A demain