Faire appel à Freud pour expliquer l’engouement dont Brigitte Macron est l’objet ?

Bonjour

Que serait la démocratie française sans les ondes gratuites de France Culture ? Lundi 7 mai 2018. Journal de la mi-journée. Invitée : Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes. Outre la réponse embarrassée de Mme Schiappa quant à la polémique naissante sur « la quête française de l’absolu et les 50 euros d’APL », on entend notamment ceci :

« Les Français sont dans une forme de paradoxe. On est à la fois extrêmement attaché à notre histoire et notamment à la Révolution française qui est un événement fondateur du pays avec les valeur qui ont été portées par la Révolution. tel que nous le connaissons aujourd’hui. Et dans le même temps, c’est vrai, je crois que la France a un besoin d’incarnation, qui se retrouve dans ce que propose le chef de l’Etat. Et d’ailleurs la cinquième République elle est fondée sur cela. Elle est fondée sur un Président de la République qui incarne véritablement  l’Etat.

« Et je crois d’ailleurs que l’engouement des Française et des Français pour la personne de Brigitte Macron, elle se trouve aussi là-dedans, dans ce besoin d’incarnation de quelque chose qui nous dépasse. Je sais que c’est politiquement incorrect de dire cela, mais je crois que l’explication est quasiment freudienne, on est un peuple romanesque, romantique, et qui aime avoir un couple à sa tête. Et c’est la vérité que l’on observe. Il suffit de voir le nombre de courrier et la popularité de Brigitte Macron pour le comprendre. »

Invité suivant de France Culture : Régis Debray, philosophe et écrivain, figure de la vie intellectuelle française. Il revient sur les mutations de notre histoire politique qu’il a observées ces cinquantes dernières années – et ce à l’occasion de la sortie de son « Bilan de faillite » (Gallimard). Hauteur de vue avec quelques envolées lumineuses. Redoutable passage sur la « transcendance ». L’auditeur en vient à regretter que Marlène Schiappa ne soit plus là.

A demain

PS: les biographes à venir de Mme Schiappa retiendront que, selon Le Canard Enchaîné, cette dernière multiplie les compliments à l’égard de la Première dame. « Je suis très proche de Brigitte, on s’appelle souvent. Elle me soutient beaucoup. Elle me demande des conseils », raconterait ainsi la secrétaire d’Etat, ancienne mancelle.  Lors d’un récent déplacement au consulat de New York, elle aurait confié à quelques femmes autour d’elle : « Hier, Simone de Beauvoir, aujourd’hui Brigitte Macron ». Cette comparaison a été confirmée par l’entourage de la secrétaire d’État à Closer.

Conflits d’intérêts : Agnès Buzyn va-t-elle pouvoir encore conserver la tutelle de son mari ?

Bonjour

L’affaire avait été publiquement évoquée dès sa nomination : comment Agnès Buzyn, 55 ans, ministre des Solidarités et de la Santé pourrait-elle traiter des dossiers relatifs à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) dirigée par Yves Lévy, 60 ans, son mari ?

« Peut-on être la ministre de tutelle de… son mari ? » demandait il y a un an, sans naïveté, La Croix (Pierre Bienvault). « La question se pose de manière très concrète depuis l’entrée au gouvernement d’Agnès Buzyn, nommée au portefeuille des Solidarités et de la Santé, expliquait le quotidien catholique. En effet, elle est aussi mariée au Pr Yves Lévy, président-directeur général de l’Inserm. Or, cet important organisme public est placé sous la double tutelle du ministère de la Recherche et de la Santé. Bref, le Pr Lévy est désormais sous la tutelle de sa femme, ce qui n’est pas sans poser un problème à un moment où la prévention des conflits d’intérêts des ministres est une priorité affichée par le président de la République. »

Il y a un an Agnès Buzyn  assurait que la question sera vite réglée et que, en même temps, son mari serait maintenu dans ses fonctions. « Le problème est clairement identifié et va être traité. Il appartient maintenant au secrétariat général de l’Elysée d’examiner quelle est la modalité juridique la plus adaptée. Mais une chose est certaine : Mme Buzyn n’aura pas à prendre de décisions concernant l’Inserm » déclarait à La Croix le cabinet de la nouvelle ministre.

Pour régler ce conflit d’intérêt une solution :  le « déport systématique », du verbe déporter dans son acception se désisterse départir. C’est une procédure prévue par la loi du 29 décembre 2011 de renforcement de sécurité sanitaire (gouvernement Fillon). Le cas le plus fréquent, connu de Mme Buzyn, est celui des médecins experts consultants  pour des laboratoires pharmaceutiques. Le cas échéant ils doivent (désormais) quitter la salle pour ne pas être juge et partie. Mais imagine-t-on raisonnablement une telle procédure pour une ministre ayant une tutelle continue sur son mari ?

Visiteuse du soir de Marisol Touraine

La Croix avait touvé une piste : un décret du 16 janvier 2014 relatif à la prévention des conflits d’intérêts dans l’exercice des fonctions ministérielles (signé Jean-Marc Ayrault). Schématiquement : un ministre estimant se trouver en situation de conflit doit en informer par écrit le Premier ministre en « précisant la teneur des questions pour lesquelles il estime ne pas devoir exercer ses attributions ». Un décret détermine alors les attributions que le Premier ministre exerce en lieu et place du ministre intéressé. Édouard Philippe exercerait alors la co-tutelle de l’Inserm avec le ministre de la recherche. Ce qui fut fait.

Un an plus tard, réémergence de l’affaire dans les colonnes du Canard Enchaîné daté de ce 18 avril 2018. Page 7 dans le toujours savoureux portrait « Prises de Bec » signé Anne-Sophie Mercier . Aujourd’hui : « Agnès Buzyn : Soldate du peu ». On en apprend un peu plus sur les raisons véritables qui conduisirent cette hématologue hospitalo-universitaire à quitter le service du sacro-saint hôpital Necker-Enfants malades où tout ou presque était réuni pour qu’elle fasse carrière. « Elle a longtemps été une visiteuse du soir de Marisol Touraine au ministère de la Santé confie au volatile un ‘’haut fonctionnaire’’ anonyme. Elle ne s’en vante pas parce que Touraine était cassante et pas très populaire. »

Le Canard revient aussi sur l’affaire de la situation de conflit d’intérêts officiellement déjouée. « Imaginer que la recherche médicale puisse être déconnectée du ministère de la Santé c’est du foutage de gueule » a expliqué à l’auteure du portrait un « ponte de l’Inserm » ; un ponte qui, avec quelques collègues, parle de « l’arrogance » de son PDG.

« Yves Lévy, qui a tenté de se faire renommer discrètement, devra passer devant une commission s’il veut se succéder à lui-même en juin, explique Anne-Sophie Mercier. Une façon de le dissuader, sans doute, alors que sa femme pèse de tout son poids, selon certains, en faveur de sa reconduction. » Qui l’emportera dans cet éclairant dossier ? Des rumeurs donnent Agnès Buzyn perdante. Le verdict élyséen ne saurait tarder.

A demain

Maltraitance : pourquoi les directeurs d’hôpitaux en veulent-ils, à ce point, aux médecins ?  

Bonjour

Enfin ! C’est un entretien hors du commun accordé au Quotidien du Médecin (Dr Isabelle Catala).  Il devrait, en toute logique, susciter quelques remous. Nous y entendons le Pr Philippe Halimi (HEGP, Paris), spécialiste de radiologie par ailleurs fondateur – président de l’« Association Nationale Jean-Louis Mégnien contre le harcèlement morale et la maltraitance au sein de l’hôpital public ».  Une association comme il n’y en avait jamais eu en France, créée après le suicide, par défenestration le 17 décembre 2015, du Pr Jean-Louis Mégnien dans le « vaisseau-amiral » de l’AP-HP 1.

« Avant l’arrêt de travail de 9 mois du Pr Jean-Louis Mégnien, j’ai été le témoin de la descente aux enfers qu’a vécu ce confrère que je voyais tous les jours à l’hôpital, se souvient le Pr Halimi. Après son geste fatal, je me suis senti dévasté de n’avoir pu l’empêcher ; – mais je connais ceux que je pense être les responsables de ce suicide – et j’ai découvert l’étendue de la souffrance et de la maltraitance hospitalière. C’est pour cette raison que j’ai choisi de faire du combat contre ces deux fléaux un de mes derniers combats. Car d’une part je suis proche de la retraite : qu’ai-je donc à craindre maintenant ? Et d’autre part, je sais que cette lutte est essentielle pour la survie d’une certaine vision, éthique et bienveillante, de l’hôpital public. »

Propos atypique d’un homme qui estime avoir « une responsabilité vis-à-vis des plus jeunes ». « Si on laisse l’hôpital continuer dans sa dérive actuelle, ce sera à terme la mort du système public de soins tel qu’on l’a connu et qui a fait l’admiration du monde entier, assure-t-il. L’avenir de nos jeunes confrères ne doit dépendre ni d’un chef de pôle, souvent ambitieux et autoritaire, choisi par l’administration pour cette raison, ni d’une administration mettant en place des pratiques managériales inhumaines sous prétexte d’objectifs chiffrés à atteindre. Ce serait un gâchis énorme. Déjà les patients commencent à prendre conscience que certaines situations anormales se produisent dans les hôpitaux et que cela va retentir sur la qualité des soins qu’ils vont recevoir dans l’avenir. »

Trois passages à surligner, partager, méditer

En moins de deux ans plus de 450 personnes ont contacté l’Association. Ce nombre augmente de façon exponentielle et très peu de cas ont été résolus 2. Pour le fondateur, dans le contexte actuel d’un « hôpital public déshumanisé », personne ne peut plus se considérer à l’abri de comportements maltraitants – même si le constat actuel montre que les médecins en fin de carrière sont sur-représentés. Et puis ces trois passages de cet entretien, trois passages à surligner, trois textes à partager, à méditer :

« Certains directeurs d’hôpitaux ne prennent pas suffisamment en compte la valeur de ces professionnels qui ont souvent 30 ans d’expérience. Ils peuvent penser que, dans leur logique managériale purement comptable où la qualité de la prise en charge n’est plus une priorité, tout médecin est a priori interchangeable et qu’un jeune médecin sera plus “malléable” et coûtera moins cher à l’hôpital. La qualité de l’exercice des professionnels du soin n’est malheureusement plus une préoccupation pour ces “managers” de l’hôpital, et c’est ce qui fait que les soignants ne se reconnaissent plus dans l’hôpital d’aujourd’hui et sont en souffrance et démotivés. »

« La loi ‘’Hôpital, Patients, Santé et Territoires du 21 juillet 2009’’ a donné tous les pouvoirs aux directeurs 3 qui, dans leur grande majorité, au cours de leur cursus à l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP) de Rennes ont acquis une culture très anti-médecins : le médecin, en raison de son indépendance d’esprit et de son éthique, est en quelque sorte l’homme qui plombe l’hôpital et qui l’empêche de devenir une entreprise comme une autre. Quelle vision décalée et tellement à l’opposé de ce que devrait être l’hôpital ! »

« Nous constatons aussi que, contrairement à ce que l’on peut penser ou à ce qu’on veut nous faire croire, ce ne sont pas les personnels les plus fragiles qui font l’objet de harcèlement. Ce sont les personnels les plus professionnels, ceux qui essayent de bien faire malgré le système mis en place. Ils sont confrontés à un « Conflit éthique » car les conditions de leur exercice ne sont plus celles qui correspondent à leurs exigences professionnelles. Mis face à l’obligation de travailler dans des conditions qu’ils estiment insatisfaisantes pour bien prendre en charge leurs patients, ces médecins ‘’ trop professionnels’’, s’isolent, se retrouvent ‘’mis au placard’’. Ils doivent être ‘’éliminés’’ car ils sont un obstacle au “bon fonctionnement” d’un système dans lequel le quantitatif doit être au premier plan. C’est à ce moment que, pour ce médecin qu’on ‘’empêche’’ de travailler par tous les moyens, le risque sur sa santé physique et psychique devient important. » 

Un entretien hors du commun qui, au-delà des remous, réclame des réponses. Qu’en est-il de cette « culture anti-médecins » dont il est assez aisé de faire l’expérience ? D’où vient-elle ? Pourquoi s’est-elle installée ? Sera-t-il possible de la faire régresser ?

A demain

1 Tous les papiers consacrés dans ce blog à cette dramatique affaire sont disponibles à cette adresse : https://jeanyvesnau.com/page/5/?s=M%C3%A9gnien

2 L’Association met aussi en ligne une carte de France des hôpitaux où des signalements de maltraitance ou de harcèlement lui sont signalés ; cette carte a pour but d’alerter le public, les médias, les organismes de tutelle (ARS en particulier), et le ministère de la Santé sur certains pratiques managériales déshumanisées et brutales, notamment lorsqu’il y a plusieurs signalements dans le même établissement

3 « La loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires » du 21 juillet 2009 porte une réforme majeure, une réforme historique. Elle modifie en profondeur l’ensemble de notre système de santé, car elle touche à la modernisation des établissements de santé, à l’accès de tous à des soins de qualité, à la prévention et à la santé publique, comme à l’organisation territoriale du système de santé. » (Roselyne Bachelot-Narquin, alors ministre de la Santé et des Sports, aujourd’hui animatrice de radio et de télévision)

 

Le Président, le soft power, la poésie : Emmanuel Macron dans « Les Loups et les Brebis »

 

Bonjour

« Pierre et le Loup ». Ainsi donc Emmanuel Macron, président de la République a fait le récitant du célèbre conte musical de Prokofiev joué par l’orchestre de la Garde républicaine, C’était hier 1er mars. Public : « le personnel de l’Elysée et leurs enfants ainsi que des enfants de milieu défavorisé qui n’ont pas l’occasion d’aller voir des spectacles ou d’avoir accès à la culture de manière aussi simple que d’autres »  avait, la veille, expliqué le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux  à l’issue du Conseil des ministres.

« Dans cet esprit de transmission de la culture, le président prend toute sa part, a ajouté M. Griveaux en réponse à une question de journaliste. La transformation du pays ne se résume pas à la réforme structurelle, nécessaire, indispensable d’un grand service public, comme nous sommes en train de le faire pour la SNCF. » Et d’ajouter : « C’est aussi par ce « soft power » que se fait la transformation du pays et que se gagnera la bataille culturelle. C’est parfaitement sa place. Chacun peut s’en réjouir. » Réjouissons-nous.

« Ennemis sans foi »

« L’expression « soft power » peut se comprendre par « pouvoir d’influence, de persuasion » ou « manière douce », explique l’AFP.  Depuis son entrée à l’Elysée, Emmanuel Macron et son épouse Brigitte organisent régulièrement le jeudi à l’Elysée des soirées musicales privées, dont le premier invité a été le violoniste Renaud Capuçon. « Pierre et le Loup » sera joué par l’orchestre de la Garde républicaine, selon l’Elysée.

Réjouissons-nous. Demain 3 mars commencera la 20ème édition du Printemps des Poètes. Thème : « L’Ardeur ». On songe au président de la République récitant,  Jean de La Fontaine et en même temps nous faisant réfléchir à son action politique. Soft power. Avec, par exemple, « Les Loups et les Brebis » :

« Après mille ans et plus de guerre déclarée,
Les Loups firent la paix avecque les Brebis.
C’était apparemment le bien des deux partis :
Car, si les Loups mangeaient mainte bête égarée,
Les Bergers de leur peau se faisaient maints habits.
Jamais de liberté, ni pour les pâturages,
Ni d’autre part pour les carnages :
Ils ne pouvaient jouir,  qu’en tremblant,  de leurs biens.
La paix se conclut donc ; on donne des otages :
Les Loups, leurs Louveteaux ; et les Brebis leurs Chiens.
L’échange en étant fait aux formes ordinaires,
Et réglé par des Commissaires,
Au bout de quelque temps que Messieurs les Louvats
Se virent Loups parfaits et friands de tuerie,
Ils vous prennent le temps que dans la bergerie
Messieurs les Bergers n’étaient pas,
Étranglent la moitié des Agneaux les plus gras,
Les emportent aux dents, dans les bois se retirent.
Ils avaient averti leurs gens secrètement.
Les Chiens, qui sur leur foi, reposaient sûrement,
Furent étranglés en dormant :
Cela fut sitôt fait qu’à peine ils le sentirent.
Tout fut mis en morceaux ; un seul n’en échappa.
Nous pouvons conclure de là
Qu’il faut faire aux méchants guerre continuelle.
La paix est fort bonne de soi :
J’en conviens ; mais de quoi sert-elle
Avec des ennemis sans foi ? »

A demain

Dans sa « vie d’avant », Agnès Buzyn avait toujours « voté à gauche ». Et maintenant ?

Bonjour

Brillante, bosseuse, empathique. C’est un premier portrait plus que flatteur que brosse d’elle Le Monde. Tout y est, à commencer par l’Ecole alsacienne.  « J’ai fait vingt ans de piano, joué Chopin, Mozart, mais j’écoute aussi du metal, j’adore Linkin Park a-t-elle confié au dernier quotidien vespéral. Du hard rock aussi. Rien ne m’effraie. » Et de raconter l’été de ses 16 ans où elle fréquentait les salles de metal à New York avec ses cousins musiciens, et traversait bruyamment la ville à l’arrière de choppers.

Quarante ans plus tard elle vit toujours dans le quartier de son enfance, le « Paris intello du 5», à deux pas de l’immanquable jardin du Luxembourg. Un quartier symptomatique et une carrière exemplaire : médecin hématologue hospitalo-universitaire, puis nommée successivement à la tête de trois institutions sanitaires : l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), l’Institut national du cancer (INCa), la Haute Autorité de santé (HAS).

« Sur l’hôpital, il ne faut pas la chercher » prévient Le Monde qui rapporte à son tour une récente anecdote. Fin septembre, lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale un député communiste Il l’invitait à venir découvrir « l’accablant quotidien des hospitaliers ». La réponse, alors, fuse. « M. le député Jumel, contrairement à vous, je n’ai pas besoin d’aller visiter les hôpitaux, j’y ai passé vingt-cinq ans de ma vie ! »

Au vu des restrictions budgétaires hospitalières qu’elle annonce, il est fort possible que la ministre soit vite amenée à retourner les visiter.

Les « labos » et le harcèlement moral

Oui, elle a « travaillé avec l’industrie » (Bristol-Myers Squibb et Novartis) mais l’argent touché pour les essais cliniques a été reversé à l’association Robert-Debré. Avec ces confidences aux frontières de la confraternité :

« Certains sont allés au resto. Moi, je n’ai jamais utilisé un centime pour financer autre chose que l’achat de matériel, ou des congrès aux infirmières (…) Et depuis dix ans, en congrès, je sors acheter mon jambon-beurre. »

Oui, elle a été « victime de harcèlement moral » et « aurait pu se suicider ». Oui, elle a été victime de la misogynie et du machisme de certains chefs de service comme elle l’a confié au Journal du Dimanche. Non, elle « ne brandit pas son féminisme en étendard », mais « refuse d’intervenir dans un colloque si le programme annonce moins d’un tiers d’oratrices ». Non elle ne comprend pas que l’on évoque un possible conflit d’intérêts  avec son mari, Yves Lévy, père de son dernier fils et actuel PDG de l’Inserm. Et s’il avait dû, lui, démissionner pour qu’elle puisse devenir ce qu’elle est, elle aurait refusé ce que lui offrait Emmanuel Macron.  Confidences, encore:

« Elle rabroue sa mère lorsque celle-ci émet l’idée, mi-mai, que sa fille aînée pourrait être la prochaine ministre de la santé. Elle a déjà la tête en Corse, dans ce petit village de Balagne où elle s’apprête à partir quelques jours. Edouard Philippe appelle le lendemain. C’est le patron de l’Assurance-maladie , Nicolas Revel, secrétaire général adjoint de l’Elysée sous François Hollande, qui a notamment glissé son nom. »

 Aujourd’hui son poste au gouvernement coiffe la santé, la famille, les jeunes, les pauvres et les personnes âgées. Elle avait « toujours voté à gauche » mais vient d’adhérer à « La République en marche ». La santé publique ? Une véritable politique de réduction des risques ? Cela reste encore bien brumeux. Le temps est toutefois venu des premiers règlements de compte.

« ‘’Aux responsabilités que j’ai occupées, j’ai été bloquée par des choix très peu courageux. J’ai milité pour une hausse du prix du tabac 1, j’ai obtenu péniblement dix centimes ‘’ dit-elleBannir la cigarette est, chez elle, une obsession.  » Voir des jeunes fumeuses me rend malade physiquement. «  Dans sa vie d’avant, elle les abordait même dans la rue, sous le regard moqueur de ses fils. Le paquet à 10  euros (d’ici à 2020) est l’une de ses premières victoires. »

C’est, peut-être, aller un peu vite en besogne.

A demain

1 « En 2013, pour Agnès Buzyn, le tabac était une ‘’bombe à retardement’’. Et maintenant ? » Journalisme et santé publique, 19 mai 2017

Mais qui est Anne Beinier, conseillère «tabac et addictions» de la ministre de la Santé ?

Bonjour

Foudre de Jupiter ou pas, l’épais mystère des cabinets ministériels demeure. Aujourd’hui ils ne doivent pas (officiellement) dépasser dix conseillers. Et les notes de frais pourraient bientôt être plafonnées. « D’où surcharge de travail et de domaines à couvrir par des conseillers, certes jeunes pour la plupart, mais qui doivent avoir la santé, observe le site des buralistes français. À la Santé, justement, où la même personne cumule, au cabinet d’Agnès Buzyn, les responsabilités de conseillère parlementaire, conseillère diplomatique et chargée du lourd dossier des addictions … dont le tabac ».

Ce bourreau de travail est une jeune femme : Anne Beinier qui, poursuit le site, a occupé, auparavant, divers postes de collaboratrices auprès de parlementaires centristes et socialistes. Et les buralistes de se féliciter que Mme Beinier ait déjà pu rencontrer leurs responsables nationaux « afin de prendre connaissance de leurs arguments contre le paquet à 10 euros, pour une vraie politique de prévention ainsi qu’un grand plan de lutte contre le marché parallèle du tabac ». Quand Mme Beinier a-t-elle programmé ses rencontres avec les vapoteurs ? Avec les anti-tabac historiques ? Avec les addictologues ? Avec Bercy ?

Addictions, outre-mer, désertification, santé visuelle

Mais qui est donc Anne Beinier, en charge de mille et un dossiers dont celui qui constitue l’un des principaux sujets sanitaires du pays ? Donnant un aperçu de ses compétences (autisme, essais cliniques, intelligence…) Mme Beinier définit ainsi le champ de son action :

« Conseils stratégiques et techniques auprès de Mme la Ministre des Solidarités et de la Santé. En charge notamment de la candidature française pour accueillir l’Agence européenne des médicaments (EMA) ainsi que des relations diplomatiques et parlementaires, des addictions, de l’outre-mer (en lien avec Yann Bubien), du medico-social (en lien avec Aude Muscatelli) de la désertification médicale et de la santé visuelle (en lien avec Jacques-Olivier Dauberton). Je mène aussi une activité d’études et de publications institutionnelles, professionnelles et de recherches dans différents domaines. »

Mme Beinier fut (durant six ans et cinq mois) conseillère parlementaire à la commission des Affaires sociales du Sénat (discours, propositions de loi, questions orales, écrites, amendements, articles et interventions. Management de l’équipe parlementaire, groupe de travail (santé publique, sécurité civile…). Relation avec les élus, cabinets ministériels, lobbying, associations, fédérations, entreprises…).

Au plus fort de l’affaire dite du « PenelopeGate », alors collaboratrice parlementaire du sénateur centriste Olivier Cigolotti, elle n’avait pas craint de s’exprimer au micro de Sénat 360 pour dire la réalité de son métier à Laure-Anne Elkabbach.

Petites mains de la politique

Mme Beinier fut aussi attachée temporaire d’enseignement et de recherche (Université de Caen Normandie) et chargée de mission au Secrétariat d’Etat à la défense et aux anciens combattants (rédaction des discours ; rédaction d’articles pour la revue « Chemins de Mémoire »), assistante auprès du chef de cabinet du Directeur du Personnel de la Marine, le Vice-amiral d’escadre Olivier Lajous. Elle fut encore expert auprès de l’AERES (autorité administrative indépendante chargée de l’évaluation des établissements d’enseignement supérieur et de recherche, des organismes de recherche, des unités de recherche, des formations et diplômes d’enseignement supérieur, ainsi que de la validation des procédures d’évaluation de leurs personnels). Ainsi qu’ATER auprès de l’Université du Pacifique – Nouvelle Calédonie. Et présidente de la Conférence nationale des Etudiants Vice-Présidents d’Université.

« On est un peu les petites mains de la politique, résumait-elle dans un papier de Paris-Match s’intéressant, en février dernier,  à la réalité des assistantes parlementaires (…) C’est très féminin, explique-t-elle : nous sommes 61% de femmes. Il y a beaucoup de mi-temps, avec des collaboratrices qui se partagent entre leur travail et leur vie familiale. Si certains sortent tout droit de Sciences Po ou d’un IEP, beaucoup ont une formation en lettres, en droit ou en sciences humaines. D’autres ont déjà exercé un travail auparavant et ont choisi de se réorienter. J’ai des collègues qui étaient comptables, d’autres urbanistes. Moi, j’étais professeur d’université (…) On est dans l’ombre, et il faut l’accepter. »

Accepter l’ombre, ne jamais parler, c’est, aussi, un métier.

A demain

Las Vegas : son cannabis désormais en vente libre, la soirée d’Emmanuel Macron dans le désert

Bonjour

2 juillet 2017. L’actualité a ses surprises qui, soudain, braque les projecteurs sur une scène non prévue. Aujourd’hui cela devait être Liège (Belgique), deuxième étape du Tour de France. Cela sera Las Vegas (Nevada), temple du jeu et du vice fondé par les mormons au milieu du désert.

« L’usage récréatif de la marijuana est devenu légal, samedi 1er juillet, dans le Nevada, nous explique l’Agence France Presse. Des milliers d’habitants et d’étrangers se sont rués sur les trente-huit points de vente ouverts à Las Vegas, la plus grande ville de l’Etat, qui attire chaque année des millions de touristes dans ses hôtels casinos.

Certains sont restés plus de trois heures dans la file d’attente pour acheter du cannabis en toute légalité, rapporte le quotidien local Las Vegas Sun’La file d’attente du samedi matin à The Source – waouh’’, a tweeté le sénateur démocrate Tick Segerblom, avocat de longue date de la légalisation de cette substance psychotrope.

En pratique les adultes de 21 ans et plus peuvent acheter jusqu’à 28 grammes de cannabis par jour ou 3,5 grammes de « concentré ». Pragmatique, la police de Las Vegas a dressé la liste de ce qui reste interdit : vendre à des jeunes de moins de 21 ans, fumer du cannabis dans la rue, ou conduire sous l’emprise du cannabis.

Las Vegas et ses casinos ont attiré plus de 40 millions de touristes en 2016. Les autorités locales estiment que ceux-ci constitueront 63 % de la clientèle, pronostique l’agence de presse AP. Le Nevada pourrait ainsi devenir le plus important marché du cannabis légal des États-Unis . Selon le groupe Arcview (un réseau d’investisseurs qui a publié un rapport annuel sur l’industrie légale du cannabis) les Nord-Américains ont dépensé 6,7 milliards de dollars en 2016 en cannabis légal, soit une hausse de plus de 30 % par rapport à l’année précédente. L’amorce d’un cannabisness assez éloigné des lointaines imaginations californiennes

James Bond ou Frédéric Dard

« L’opération Las Vegas » : cela pourrait être un James Bond ou un Frédéric Dard. C’était une manifestation centrée sur Emmanuel Macron, alors ministre français de l’Economie organisée dans le désert du Nevada lors du Consumer Electronics Show – « grand-messe mondiale réunissant des entreprises américaines et françaises du secteur des hautes technologies ». Elle est aujourd’hui à la Une du Journal du Dimanche qui, après Libération, fait des révélations assez embarrassantes pour le gouvernement du président Macron ; plus précisément pour Muriel Pénicaud, ministre du travail du gouvernement Philippe II.

Dans un courrier électronique daté du 11 décembre 2015, Fabienne Bothy-Chesneau, alors directrice de la communication de Business France (organisme dirigé à l’époque par la ministre) écrit que cette dernière a été « briefée » par l’équipe de communication en amont sur les problèmes financiers liés à l’organisation de la soirée à Las Vegas en l’honneur d’Emmanuel Macron. Or celle qui est ministre n’aurait pas, alors, pas agi en conséquence. « Elle gérera aussi quand la CdesC [Cour des comptes] demandera des comptes à BF [Business France], ce ne sera pas faute d’avoir dit et redit », poursuit Fabienne Bothy-Chesneau dans son courrier électronique.

Il faut, pour comprendre, savoir que l’événement festif du 6 janvier 2016 a coûté 289 000 euros en fonds publics, qui ont été versés à l’agence Havas, et 45 000 euros de frais d’hôtel. Sans appel d’offres ; un montant revu à la baisse après appel à l’Inspection générale des finances. Une enquête judiciaire, ouverte par le parquet de Paris pour « favoritisme », suspecte Business France, organisme public, de ne pas avoir organisé de mise en concurrence. Selon les révélations du JDD, Business France aurait davantage servi d’intermédiaire dans une opération lancée par le cabinet du ministre Emmanuel Macron.

Le 28 juin Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement et du Président demandait instamment à la presse de « ne pas chercher à affaiblir » la ministre du Travail Muriel Penicaud visée par une enquête judiciaire. Pourquoi cette menace ? « Car nous sommes dans un moment important pour la réforme du travail » a-t-il expliqué. Et après ? Qui retrouvera, intacte, la mémoire du désert ? Qui l’emportera à Liège ?

A demain