Non, Marisol Touraine n’occuperait pas le poste de Premier ministre d’Emmanuel Macron

 

Bonjour

C’était une rumeur comme il en court mille dans le Paris d’aujourd’hui. Marisol Touraine (ou Ségolène Royale) serait déjà préemptée. D’ores et déjà désignée pour, le cas échéant, être nommée au poste de Premier ministre d’Emmanuel Macron président de la République. C’était une rumeur et la rumeur n’est plus: Emmanuel Macron a mis fin à ces spéculations.

Pourquoi non ? Il faut, pour comprendre, lire le prochain numéro de Femme actuelle (à paraître le … 27 mars). Le magazine confie qu’à moins d’un mois et demi de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron a reçu plusieurs de ses lectrices. Il s’agissait de répondre à leurs interrogations sur son programme, son projet. Santé, éducation, GPA, fonction publique, parité…Autant de points évoqués avec le candidat. A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes le candidat pour qui « la politique a quelque chose de mystique » a évoqué la question de la parité au sein de son futur gouvernement.

Exclues a priori du gouvernement

S’il est élu président de la République il a émis « le souhait de nommer une femme Premier ministre ». Précision : un choix qui reposera sur la compétence et non sur la simple parité. Mais alors, qui, veut savoir Femme Actuelle ?  Ségolène Royal « qui semble encore hésiter entre Emmanuel Macron et Benoît Hamon » ? Marisol Touraine, dont personne ne sait où elle est mais qui, dit-on, serait courtisée par Benoît Hamon ? Réponse du premier intéressé :

 « Je vais être direct avec vous. Il y a une promesse de renouvellement et d’alternance dans l’offre politique que nous portons. J’ai beaucoup de respect pour ces deux femmes mais elles n’ont pas vocation à avoir des responsabilités dans un gouvernement qui serait le mien parce que il faut faire monter de nouveaux talents, de nouvelles forces politiques.

« Il faut absolument que cette promesse de renouvellement et d’alternance soit concrète. Si je reprenais les mêmes, je trahirais cette promesse initiale. Je n’ai pas dit que ce serait forcément une femme, je le souhaite mais je cherche le meilleur profil pour le pays. On ne rend pas service à la cause féminine en faisant cela. J’ai plusieurs noms en tête, c’est un choix très compliqué. Mais ce ne sont pas les deux noms que vous avez évoqués. »

Où l’on voit que la lecture de Femme Actuelle peut aussi, grâce à Emmanuel Macron, confiner à la tragédie.

A demain

 

Les terribles diagnostics de Mme Elisabeth Roudinesco sur François et Pénélope Fillon

Bonjour

François et Pénélope Fillon porteront-ils plainte contre Mme Elisabeth Roudinesco, psychanalyste à Paris ? Dans la dernière livraison de L’Obs la gardienne des temples freudiens se livre à un exercice qui n’est ni anodin ni sans danger : porter à distance des diagnostics sur les Grands de ce monde.

C’est, dans la période moderne, une entreprise que mena depuis Genève, avec talent et succès,  le Dr Pierre Rentchnick (« Ces malades qui nous gouvernent »). François Mitterrand n’était pas encore au pouvoir en France et l’affaire apparaissait alors comme encore sulfureuse. On sait ce qui, depuis, s’est passé.

Judas et Brutus

N’étant pas médecin Mme Roudinesco se borne aux pathologies mentales. Et encore, traitant longuement de Donald Trump elle se garde de décréter qu’il est « cliniquement fou ». « Je ne peux pas le dire, car je ne fais pas de diagnostic foudroyant (sic) » prévient-elle. Pour la France et l’actuelle élection présidentielle la psychanalyste ne résiste pas à nous offrir ses lumières. Nous avons assisté « à la mise à mort de François Hollande par Judas et Brutus, c’est-à-dire Emmanuel Macron et Manuel Valls ».

D’où il ressort que l’auteur de la célèbre formule selon laquelle « la politique c’est mystique » est bien un homme qui trahit pour de l’argent. Et qu’il n’a, si l’on se souvient bien, guère d’avenir. Puis vient le cas et l’affaire Fillon qui voit un homme s’acharner.  Mme Roudinesco :

« L’acharnement à dénier est un mécanisme que chacun peut comprendre, mais s’acharner à dénier un fait avéré en affirmant avoir la légalité avec soi mais pas la moralité, et bafouer ce qu’on a dit, c’est un vrai problème, cela montre que ce candidat est atteint de démesure. Voilà une névrose qui effare tout le monde, y compris son propre camp. Pour se défendre, il ne peut que développer des théories complotistes : « Je n’ai rien fait, les médias sont ligués contre moi pour m’abattre etc. »

Donald Trump a d’ailleurs usé de la même rhétorique. François Fillon n’est pas fou mais son raisonnement l’est. Car s’il perd, il détruit son parti. Et s’il gagne, comment pourra-t-il être président après avoir refusé de se soumettre à la justice ? »

Le cas Emma Bovary

Pour Mme Roudinesco (qui vote Benoît Hamon), François Fillon « fait  passer son narcissisme personnel avant son parti et avant l’intérêt de l’Etat ». Est-il le premier ? « Il fait d’ailleurs peser un risque non négligeable sur sa vie de famille, ajoute-t-elle. On peut éprouver de la compassion pour Pénélope Fillon réduite au silence et dont on en connaît la voix que par une vidéo où elle exprime une plainte, un ennui, une sorte de bovarysme. »

Rappelons que le « bovarysme »  est, schématiquement, un trouble de la personnalité dont souffrent (parfois) les personnes dites « insatisfaites » 1. Ce terme fait référence à la célèbre héroïne de Gustave Flaubert, Emma Bovary. On se souvient qu’Emma passe son enfance dans un couvent. Pour tromper son ennui, elle se réfugie dans la lecture, rêvant d’une vie aventureuse et romanesque. Plus tard, elle épousera un triste médecin, Charles Bovary. En apparence, Emma a tout pour être heureuse. Mais elle s’ennuie en Normandie, sa vie amoureuse ne correspond en rien à celle de ses rêves. Elle va alors dépenser sans compter et entretenir plusieurs liaisons adultères. On connaît la fin. Cette entité a fait l’objet de nombreux travaux et écrits médicaux, psychiatriques et psychanalytiques.

Au final cette étrange conclusion de Mme Roudinesco concernant le couple Fillon : « Le spectateur-électeur est ainsi mis dans une situation de voyeur devant quelque chose qui ne le regarde pas ».

A demain

1 http://madamebovary.fr/definition-du-bovarysme/

 

 

Mystique et politique: Emmanuel Macron, le candidat d’«En marche!» assume sa verticalité

 

Bonjour

On lit des choses étranges, parfois, dans Le Journal du Dimanche. Ainsi, aujourd’hui les « confidences sacrées » d’Emmanuel Macron. Des confidences ferroviaires faites, qui plus est, peu après le départ en TGV du vieux bastion communiste de Saint-Pierre-des-Corps. La France est un pays riche qui sait dépasser ses apparentes contradictions. Un séjour un petit nuage en Touraine et le candidat d’ « En Marche! » s’est confié au JDD sur son charisme, sur la nature du lien qu’il veut établir avec les électeurs et sur sa propre mystique… Extraits :

« La politique, c’est mystique. » […] « C’est tout mon combat. C’est une erreur de penser que le programme est le cœur d’une campagne. Les médias passent du commentaire d’un point de détail mineur du programme aux pires polémiques, et ainsi de suite. »

« Comment se construit le pouvoir charismatique? C’est un mélange de choses sensibles et de choses intellectuelles. J’ai toujours assumé la dimension de verticalité, de transcendance, mais en même temps elle doit s’ancrer dans de l’immanence complète, de la matérialité. Je ne crois pas à la transcendance éthérée. Il faut tresser les deux, l’intelligence et la spiritualité. Sinon l’intelligence est toujours malheureuse. Sinon les gens n’éprouvent de sensations que vers les passions tristes, le ressentiment, la jalousie, etc. Il faut donner une intensité aux passions heureuses. »

« La dimension christique, je ne la renie pas ; je ne la revendique pas. Je ne cherche pas à être un prédicateur christique. »

Transcendance-immanence

Où l’on comprend que ne pas chercher à être un prédicateur christique ne signifie pas que l’on ne sait pas que l’on en est un. Où l’on comprend, aussi, que (même « sans programme ») l’homme sait comment on échafaude un pouvoir charismatique -et comment on peut avoir conscience d’assumer la « dimension de verticalité » (entendre de transcendance). Où l’on s’interroge, enfin, sur la nature de l’ancrage transcendance-immanence, sur le malheur de l’intelligence, sur cette marche entreprise entre les éthers infinis et la lourdeur de la matérialité. C’est là, tout simplement, pour le commun des mortels, une marche ascensionnelle.

« La politique, c’est mystique » confie-t-il à Anna Cabana qui n’attendait sans doute pas cette manne tombée à Saint-Pierre-des-Corps. Plus tard, vers Vendôme, Orléans, Beaugency, Notre-Dame-de-Cléry (et le Dauphin si gentil…),  Emmanuel ajoutera : « La politique, c’est comme la littérature, c’est un style. » Est-ce dire que le mystique l’est aussi ? Puis le TGV arriva à Montparanasse. Dans le lointain, des cloches….

Un style ? « Quand il les eut mises en branle ; quand il sentit cette grappe de cloches remuer sous sa main ; quand il vit – car il ne l’entendait pas – l’octave palpitante monter et descendre sur cette échelle sonore comme un oiseau qui saute de branche en branche ; quand le diable musique, ce démon, se fut emparé du pauvre sourd, alors il redevint heureux, il oublia tout, et son cœur qui se dilatait fit épanouir son visage. »

C’était Quasimodo qui sonnait les cloches de Notre-Dame. Et c’était Victor Hugo.

A demain

 

 

Généralistes changez de trottoir ! SOS Médecins débarque dans les cœurs de nos villes

 

Bonjour

« Etre heureux avant d’être vieux ». Ce ne sont pas les « journaux du soir » mais bien, ce matin, La Nouvelle République qui l’annonce : « A Tours, SOS Médecins se renforce en centre-ville » (Pascal Denis). Marisol Touraine, ministre tutélaire, n’est pas annoncée pour l’inauguration de ce « nouveau pôle médical pluridisciplinaire ». Elle eût pu être présente pour dire bon vent à cette « structure inédite ouverte 24 heures sur 24 » – une entreprise privée qui, si tout se passe bien, pourrait déchargée les urgences publiques, source récurrente de polémique.

C’est un évènement tourangeau mais c’est aussi une première nationale. Trente ans après sa création et douze ans après son installation dans l’enceinte du CHU Bretonneau, l’antenne tourangelle de SOS Médecins innove : elle s’installe au cœur même de la vieille cité de César – galerie des allées Béranger (entrée 19, rue de la Dolve), à deux pas de la mythique place Jean-Jaurès (« place du Palais » pour les intimes).

Première nationale pour les plus modestes

« Pour le réseau d’urgence et de permanence des soins, il s’agit d’un changement de taille. Longtemps confiné dans des locaux étroits et vétustes dans les oubliettes du CHU, le groupement médical disposera désormais d’un vaste plateau de 600 m2, en plein centre-ville, regroupant trois cabinets de médecine générale, un secrétariat ouvert de 8 h à 22 h, mais aussi un service de soins infirmiers et (d’ici quelques semaines) un laboratoire d’analyses biologiques et un cabinet de radiologie-échographie. L’antenne tourangelle de SOS Médecins est ainsi la première en France à proposer à la population un pôle de prise en charge pluridisciplinaire. De surcroît, cette structure inédite assurera une permanence des soins, tous les jours, 24 heures sur 24. »

Pour le Dr Paul Phu, président du groupement SOS Médecins à Tours l’objectif est clair : « Notre volonté est de créer un véritable pôle d’urgence de proximité en centre-ville ». Il évoque, vers le sud de la ville, l’engorgement du service hospitalier au CHU Trousseau et le prochain départ (difficilement compréhensible)  de la réputée clinique Saint-Gatien vers le nord.

En s’installant au cœur de la ville, à l’ombre du Palais de Justice, l’ambition de SOS Médecins est « d’offrir des soins de qualité dans des locaux plus accueillants, notamment pour les patients les plus modestes ». Oui, vraiment, Marisol Touraine eût pu honorer de sa présence une telle entreprise.

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Non, Philippe Douste-Blazy ne sera pas le patron de l’Organisation Mondiale de la Santé

 

Bonjour

Lit-on Le Monde dans les bars des hôtels de luxe et sur les hauteurs aseptisées de Genève ? Il y a peu le dernier quotidien parisien du soir lui consacrait un portrait hors des normes : « Philippe Douste-Blazy, un médecin en campagne » (Paul Benkimoun et Pierre Jaxel-Truer) :

« (…) Même ceux qui le détestent (un contingent bien fourni) veulent bien lui concéder ce talent : l’ancien maire de Lourdes et de Toulouse a toujours su faire des pieds et des mains pour se placer. Naguère, lorsqu’il était encore une petite vedette de la politique française, ses collègues sont souvent restés cois devant tant de toupet. Il distribuait les compliments avec une obséquiosité inégalée et savait comme personne se placer sur la photo. Quand il était maire, il se voyait ministre. Et ministre, se voyait à Matignon. Persuadé de sa bonne étoile (…) »

Destin brisé

La bonne étoile, ce soir, a pâli. Et le soutien de François Hollande n’a plus le poids qu’il aurait, jadis, pu avoir. Le Français Philippe Douste-Blazy, 64 ans, ne sera pas directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé. L’affaire courait depuis le dimanche 8 mai 2016. Il s’était déclaré, fatalité, quand Emmanuel Macron présidait à Orléans les fêtes annuelles d’hommage à Jeanne d’Arc. Désormais leurs chemins divergent.

Aujourd’hui 25 janvier les trente-quatre membres du conseil exécutif de l’OMS ont présélectionné pour leur future tête l’Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, le Britannique David Nabarro et la Pakistanaise Sania Nishtar. Résultat fin mai à Genève.  Ecartés : l’Italienne Flavia Bustreo et le Français Philippe Douste-Blazy.

L’OMS n’a pas rendu public les suffrages réunis par chacun des derniers candidats en lice, mais Le Monde le fait :  Tedros Adhanom, 30 voix ; Sania Nishtar, 28 voix ; David Nabarro, 18 voix; Philippe Douste-Blazy, 14 voix et Flavia Bustreo, 12 voix. C’est dire à quoi tient un destin.

A demain

 

Post-vérité alternative : Bernard Kouchner vote Manuel Valls et soutiendra Emmanuel Macron

Bonjour

Hic et nunc. Nous vivons des temps étranges et Bernard Kouchner est, une nouvelle fois, déchiré. Dans un entretien au journal Le Parisien-Aujourd’hui en France, mardi 24 janvier, l’ancien ministre de gouvernements de gauche et de droite Bernard Kouchner, apporte son soutien à Emmanuel Macron en vue de l’élection présidentielle. Selon lui l’ancien ministre de l’Economie de François Hollande (désormais dirigeant du mouvement En marche !) incarne « l’espoir ». Pour l’ancien ministre de François Mitterrand et de Nicolas Sarkozy, l’ancien secrétaire général de l’Elysée est « un homme qui ouvre le jeu, qui ne dit pas de mal des gens par goût électoral (…) C’est l’homme qui ne s’arrête pas au clivage droite-gauche ».

Nous vivons au temps curieux : les « faits alternatifs » succèdent déjà à la « post vérité ». « Mensonge » est devenu grossier. Il y a quelques jours M. Kouchner avait déjà jugé « possible » de voter pour M. Macron au printemps – ajoutant toutefois que les propositions de ce dernier n’étaient pas encore assez « musclées ». Il salue d’ores et déjà son « ouverture d’esprit », sa « façon d’aborder les choses, de n’insulter personne, de ne pas parler de la droite comme si elle était méchante et la gauche le problème ». Un modèle dégagé des idéologies en somme.

Bouffes Parisiens

Le cofondateur (en 1971) de Médecins Sans Frontières confirme en outre dans cet entretien qu’il a bel et bien participé, dimanche 22 janvier, au premier tour de la primaire organisée par la « Belle alliance populaire ». Il a voté Manuel Valls, « parce que son langage au départ de sa primature [lui] semblait un langage d’ouverture, avec son vieux fond rocardien… Puis il a dû en rabattre et se banaliser ». Pour Bernard Kouchner le diagnostic est clair s’il veut survivre le PS « doit complètement se réformer ».

Bernard Kouchner a été interrogé sur le fait que François Hollande n’ait ostensiblement pas écouté le premier débat, préférant assister (accompagné de la ministre de la Culture) au dernier spectacle parisien de l’animateur Michel Drucker. M. Kouchner a commenté : « c’est un pied de nez qui lui ressemble bien ». « Cela me fait de la peine pour lui, il valait mieux. Mais bon il n’a pas su s’imposer, c’est comme ça. » C’est ainsi. François Hollande, mutin, avait précisé qu’il regarderait peut-être le débat en replay. « L’ailleurs et le jadis sont plus forts que le hic et nunc. » (Gaston Bachelard, 1957).

A demain

Très bientôt : la «Sécurité Sociale Intégrale» (toujours soigné sans jamais bourse délier)

Nouveau : la « Sécurité Sociale Intégrale » (être soigné sans jamais bourse délier)

 

Bonjour

Voilà de quoi phosphorer de conserve jusqu’à la présidentielle. Dans une tribune du Monde (daté 15-16 janvier) deux spécialistes bien connus (Didier Tabureau, responsable de la chaire santé de Sciences Po et Martin Hirsch – qui fut membre du gouvernement Fillon de mai 2007 à mars 2010) proposent la création d’une « assurance-maladie universelle ». Elle rembourserait tous les soins de santé à 100%. Selon les auteurs, soigner gratis n’a rien d’une utopie.

MM Tabuteau et Hirsch ont clairement voulu créer l’événement dans une campagne qui, sur ce point, s’enlise. Ils savent que leur proposition va « à contre-courant de la pensée dominante », celle qui cherche à « améliorer la protection des Français et à réduire les dépenses ». Leur projet est simple à formuler : « étendre l’assurance maladie à l’ensemble des dépenses de santé, en incluant dans la sécurité sociale la couverture complémentaire ». C’est là l’objet de nombreux travaux menés de longue date par Didier Tabuteau, un grand expert du système.

Deux étages qui ont vécu

Selon eux le système « à deux étages », assurance-maladie et couverture complémentaire (assurances, mutuelles), est « source de complexité, de coût et d’iniquité », assurent-ils. Sans parler des six milliards d’euros que les complémentaires santé et la Sécu dépensent chaque année en frais de gestion. Qui ne voit que leur fusion permettrait « de faire des économies substantielles » ? Mieux : elle permettrait de réinjecter à terme des milliards d’euros (…) dans le financement de médecins, d’infirmiers, d’hôpitaux ».Il faut passer à la longère.

« L’Assurance-maladie, pour rembourser 150 milliards par an, dépense 6,5 milliards en gestion (4 % de ses coûts). Les assurances complémentaires dépensent également 6 milliards de frais de gestion pour couvrir 32 milliards de dépenses maladie (19 % !), avec une variabilité forte selon les organismes. La fusion de ces deux étages permettrait de diviser par deux les frais de gestion de l’ensemble de l’Assurance-maladie, et donc d’économiser environ 6 milliards d’euros par an, sans affaiblir la protection d’aucun assuré et, au contraire, en améliorant l’accès aux soins. »

Que des bénéfices à dire vrai, au point que l’on se demande pourquoi les deux ne s’étaient pas exprimés plus tôt, du temps ou François Hollande était président de la République et Marisol Touraine ministre de la Santé.  Marisol Touraine, précisément. On la retrouve entre les lignes de cette tribune quand les auteurs, évoquent « la polémique sur le tiers payant, où les médecins se sont rebiffés contre l’idée qu’ils iraient se faire payer auprès de chacun des organismes complémentaires de leurs patients ». « On comprend leur inquiétude quand on voit, à l’hôpital, les ressources qu’il faut consacrer pour vérifier les droits complémentaires des patients » disent-ils. Une compréhension qui ne passera pas inaperçue.

Jean-Luc et Emmanuel

Evidemment on ne propose pas la révolution sans savoir que des émeutes surviendront. Les deux auteurs songent notamment à deux problèmes : celui des « dépassements d’honoraires », aujourd’hui couverts en grande partie par les complémentaires. Il suffira pour cela de revaloriser « la rémunération des professionnels dont les tarifs sont actuellement sous-cotés ». Qu’en diront les officiants en secteur 2 acceptant plus ou moins la Carte Vitale ?

Un autre nuage noir est le devenir des mutuelles. Les auteurs préconisent une réforme « avec une période de transition de quatre ou cinq ans », et l’intégration de certains personnels dans les équipes de l’assurance maladie.

«  Si la réforme se fait sur une période d’environ cinq ans, il est possible d’intégrer une partie de leurs personnels dans les équipes de l’Assurance-maladie, qui connaîtront d’importants départs à la retraite dans les cinq ans. Il est aussi envisageable de favoriser la reconversion des mutuelles en opérateurs de soins. Mais, là aussi, l’avenir de l’ensemble du système de santé ne peut être conditionné par le devenir des organismes d’assurance complémentaire, aussi respectables soient-ils. »

Certes. Qu’en diront les respectables mutualistes et les assureurs omnipotents ? Pour les deux auteurs il serait légitime (ou plus précisément il ne serait pas illégitime) se soumettre cette proposition de révolution à un référendum. On sait que Jean-Luc Mélenchon défend également l’idée d’un remboursement à 100% de tous les soins par la sécurité sociale. Il n’est pas impensable d’imaginer qu’Emmanuel Macron ne dise pas non.

A demain