Très bientôt : la «Sécurité Sociale Intégrale» (toujours soigné sans jamais bourse délier)

Nouveau : la « Sécurité Sociale Intégrale » (être soigné sans jamais bourse délier)

 

Bonjour

Voilà de quoi phosphorer de conserve jusqu’à la présidentielle. Dans une tribune du Monde (daté 15-16 janvier) deux spécialistes bien connus (Didier Tabureau, responsable de la chaire santé de Sciences Po et Martin Hirsch – qui fut membre du gouvernement Fillon de mai 2007 à mars 2010) proposent la création d’une « assurance-maladie universelle ». Elle rembourserait tous les soins de santé à 100%. Selon les auteurs, soigner gratis n’a rien d’une utopie.

MM Tabuteau et Hirsch ont clairement voulu créer l’événement dans une campagne qui, sur ce point, s’enlise. Ils savent que leur proposition va « à contre-courant de la pensée dominante », celle qui cherche à « améliorer la protection des Français et à réduire les dépenses ». Leur projet est simple à formuler : « étendre l’assurance maladie à l’ensemble des dépenses de santé, en incluant dans la sécurité sociale la couverture complémentaire ». C’est là l’objet de nombreux travaux menés de longue date par Didier Tabuteau, un grand expert du système.

Deux étages qui ont vécu

Selon eux le système « à deux étages », assurance-maladie et couverture complémentaire (assurances, mutuelles), est « source de complexité, de coût et d’iniquité », assurent-ils. Sans parler des six milliards d’euros que les complémentaires santé et la Sécu dépensent chaque année en frais de gestion. Qui ne voit que leur fusion permettrait « de faire des économies substantielles » ? Mieux : elle permettrait de réinjecter à terme des milliards d’euros (…) dans le financement de médecins, d’infirmiers, d’hôpitaux ».Il faut passer à la longère.

« L’Assurance-maladie, pour rembourser 150 milliards par an, dépense 6,5 milliards en gestion (4 % de ses coûts). Les assurances complémentaires dépensent également 6 milliards de frais de gestion pour couvrir 32 milliards de dépenses maladie (19 % !), avec une variabilité forte selon les organismes. La fusion de ces deux étages permettrait de diviser par deux les frais de gestion de l’ensemble de l’Assurance-maladie, et donc d’économiser environ 6 milliards d’euros par an, sans affaiblir la protection d’aucun assuré et, au contraire, en améliorant l’accès aux soins. »

Que des bénéfices à dire vrai, au point que l’on se demande pourquoi les deux ne s’étaient pas exprimés plus tôt, du temps ou François Hollande était président de la République et Marisol Touraine ministre de la Santé.  Marisol Touraine, précisément. On la retrouve entre les lignes de cette tribune quand les auteurs, évoquent « la polémique sur le tiers payant, où les médecins se sont rebiffés contre l’idée qu’ils iraient se faire payer auprès de chacun des organismes complémentaires de leurs patients ». « On comprend leur inquiétude quand on voit, à l’hôpital, les ressources qu’il faut consacrer pour vérifier les droits complémentaires des patients » disent-ils. Une compréhension qui ne passera pas inaperçue.

Jean-Luc et Emmanuel

Evidemment on ne propose pas la révolution sans savoir que des émeutes surviendront. Les deux auteurs songent notamment à deux problèmes : celui des « dépassements d’honoraires », aujourd’hui couverts en grande partie par les complémentaires. Il suffira pour cela de revaloriser « la rémunération des professionnels dont les tarifs sont actuellement sous-cotés ». Qu’en diront les officiants en secteur 2 acceptant plus ou moins la Carte Vitale ?

Un autre nuage noir est le devenir des mutuelles. Les auteurs préconisent une réforme « avec une période de transition de quatre ou cinq ans », et l’intégration de certains personnels dans les équipes de l’assurance maladie.

«  Si la réforme se fait sur une période d’environ cinq ans, il est possible d’intégrer une partie de leurs personnels dans les équipes de l’Assurance-maladie, qui connaîtront d’importants départs à la retraite dans les cinq ans. Il est aussi envisageable de favoriser la reconversion des mutuelles en opérateurs de soins. Mais, là aussi, l’avenir de l’ensemble du système de santé ne peut être conditionné par le devenir des organismes d’assurance complémentaire, aussi respectables soient-ils. »

Certes. Qu’en diront les respectables mutualistes et les assureurs omnipotents ? Pour les deux auteurs il serait légitime (ou plus précisément il ne serait pas illégitime) se soumettre cette proposition de révolution à un référendum. On sait que Jean-Luc Mélenchon défend également l’idée d’un remboursement à 100% de tous les soins par la sécurité sociale. Il n’est pas impensable d’imaginer qu’Emmanuel Macron ne dise pas non.

A demain

Votez Montebourg : oasis médicales, hussards sanitaires, dispensaires du troisième millénaire!

 

Bonjour

Arnaud Montebourg, 54 ans, n’est jamais aussi bon (dit-on) que devant des journalistes. Mardi 10 janvier il était devant l’Association des journalistes de l’information sociale. Et Le Quotidien du Médecin était dans la salle (Anne Bayle-Iniguez)

Que peut dire d’original (en janvier 2017) un ancien ministre de François Hollande (mai 2012 – août 2014) à des journalistes s’intéressant à la société et à la santé ? Que dire de captivant quand fut le porte-parole de Ségolène Royale  battant la campagne de 2007 ? Suffit-il de décliner quelques éléments d’un programme destiné à l’ascension  de la face gauche des Primaires Citoyennes ?  Peut-être.

Mr et Mme Bovary

Contre François Fillon (qui a confirmé ce matin sur RMC-BFMTV la suppression d’un demi-million de fonctionnaires) il prévoit de créer 5 000 postes supplémentaires par an à l’hôpital public. Il sait (ou croit savoir) que François Fillon supprimera «100 000 à l’hôpital » sur la durée du quinquennat. « Ça fait 20 000 postes en moins par an quand moi, je dis que les effectifs des hussards sanitaires de la République doivent être renforcés de 5 000 personnes en plus » affirme le citoyen Montebourg.

Il se dit conscient de la « crise » que vit l’hôpital public. Sait-il bien, le candidat de gauche, que l’on ne peut guère plaisanter, en médecine, avec le concept de hussard qui renvoie, pour certains, à celui d’officier de santé ?  C’est une affaire qui date de Flaubert, de Madame Bovary et de son mari : le médecin libéral français déteste l’Etat.

 Soigner en paix

Plonger dans le passé pour réenchanter l’avenir français ? On construira les « dispensaires du XXIe siècle » des « oasis médicales », de sources de vie dans les déserts médicaux ; des espaces où chanteront des généralistes et des infirmières salariés désireux d’exercer en groupe et de soigner en paix.

L’ancien ministre du redressement productif est, comme depuis peu Manuel Valls, partisan de l’interdiction du libre vissage des plaques. Cela vaut pour les plaques en cuivre des médecins comme pour celles, en bakélite, des autres professionnels de santé.

Arnaud Montebourg était porte-parole de Ségolène Royal en 2007 ? C’est la députée (socialiste, Haute-Garonne)  Catherine Lemorton, qui est aujourd’hui la sienne. Présidente de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale elle fut longtemps pharmacienne d’officine. A ce titre elle reste « lucide » sur les chances de convaincre le corps médical. Le secteur 2 ? Les dépassements d’honoraires ? Les supprimer au nom de l’égalité citoyenne devant la maladie, la souffrance et la mort ?

Copié par Macron

« Le candidat ne s’est pas prononcé directement » souligne Le Quotidien du Médecin. « Il faudra les plafonner mais ça ne va pas arriver du jour au lendemain », concède Mme Lemorton. Le tiers payant généralisé voulu par Marisol Touraine, dénoncé par François Fillon ? « Hors de question de revenir sur le sujet. »

Arnaud Montebourg est progressiste : il favoriser l’accès à la couverture santé, à la faveur d’une nouvelle mutuelle publique à 10 euros par mois. Pourquoi ? Parce qu’il a appris qu’entre 30 et 40% des Français éligibles à la CMU-C ne le savent pas. Pourquoi ? On ne le sait pas.

Prothèses auditives

Tout le monde est pour la prévention ? Arnaud Montebourg aussi : il instaurera une consultation annuelle de prévention remboursée à 100 % par la Sécurité sociale. Le type même de la fausse bonne idée ? « L’ambition d’une Sécurité sociale du XXIe siècle doit être d’atteindre une couverture complète de […] soins en matière de prothèses auditives, de soins dentaires et de lunettes », écrit le candidat dans son programme santé.

A l’évidence Emmanuel Macron s’en est inspiré – et il  évoque l’horizon 2022. Arnaud Montebourg ne fixe pas de date. Il parle d’ambition et du XXIème siècle  dans sa globalité.

Finalement, tout bien pesé, on reste sur sa faim.

A demain

1 Tabuteau D. Démocratie sanitaire, les nouveaux défis de santé publiqueEditions Odile Jacob, 2013.

 

 

Premier mea culpa de François Fillon, candidat chrétien à la présidentielle (Sécurité Sociale)

Bonjour

Mieux vaut tôt que trop tard. Il était accusé, depuis sa victoire napoléonienne à la primaire de la Droite, de vouloir « privatiser » la Sécurité Sociale. On se souviendra qu’à l’aube du 11 janvier François Fillon est passé à confesse. C’était sur RMC-BFMTV  (21 minutes) face à Jean-Jacques Bourdin, journaliste auto-déclaré athée.

On l’avait agressé sur le rhume plus ou moins bénin 1. Bourdin le cherche sur la grippe. François Fillon en profite pour lancer quelques piques à Marisol Touraine. Répondra-t-elle ?

Rembourser

« On n’a pas été bons, on n’a pas été clairs dans nos propositions » sur la Sécurité sociale, a reconnu l’ancien Premier ministre. Ce que nous avions écrit a été mal compris, je l’ai retiré, j’ai lancé un débat avec l’ensemble des responsables de la santé, les médecins ». Et encore :

« Les auditions se déroulent en ce moment, je referai des propositions (…) avant la fin du mois de janvier ou début février. Ce que je veux c’est qu’il y ait une meilleure répartition entre les mutuelles et la Sécurité sociale et que les mutuelles soient plus contrôlées car la réforme qui a consisté à rendre obligatoire les mutuelles s’est traduite par des baisses de remboursement. »

Le candidat à la présidentielle proposera « une agence de régulation sur les mutuelles ». Et uniquement sur les mutuelles. C’est immanquable puisque le postulat est qu’« il va bien falloir réorganiser notre système de protection sociale et de santé ».

« On voit que [la Sécu] marche pas. Ce matin toutes les radios nous expliquent que le système est en train de sauter, parce qu’il n’y a plus assez de place dans les services d’urgence, de médecins sur le terrain… Une simple épidémie de grippe est en train de paralyser le système. Ce qui montre que quand Mme Touraine explique que tout va bien, que tout est formidable, que c’est le programme de François Fillon qui menace la Sécurité sociale, ça n’a juste aucun sens. »

Malaise vagal

Bourdin lui demande s’il a changé de position, notamment sur la question des mutuelles, François Fillon répond : « Il y a parfois des porte-parole qui sont un peu rapides, puis comme on est en train de fusionner des équipes qui faisaient campagne pour des candidats différents, il y a encore un peu de réglages à faire, je le reconnais. » Ainsi donc les torts sont partagés.

L’athée Bourdin l’interroge sur son usage politique (TF1) de la chrétienté. C’était « spontané ». Le catholique répond que certains se revendiquent marxistes. Il ne s’agit pas de « foi » mais de « valeurs ». Il « recommencera ». Une question connectée sur le malaise vagal de Nicolas Sarkozy 2.  Puis cette révélation : Emmanuel Macron aurait pu être le « directeur adjoint de cabinet » de François Fillon. A ce moment-là, dans le studio de RMC-BFMTV, certains jureraient avoir vu un ange passer.

A demain

1 « Une définition du ‘’petit rhume’’ pour François Fillon ». Slate.fr 14 décembre 2016

2 « Nicolas Sarkozy hospitalisé : malaise vagal ? ». Slate.fr 26 juillet 2009

François Fillon et la Sécurité sociale : Mme Le Pen ironise sur la «nausée» et le «petit risque»

 

Bonjour

Qui se souvient d’Antoine Roquentin, célibataire d’environ trente-cinq ans qui vivait seul à Bouville ? C’était avant la dernière guerre mondiale. Roquentin tient un journal, blog de l’époque. Vague à l’âme… Soudain il prend conscience que son rapport aux objets ordinaires change, a changé. Est-ce le temps, le blog ? Voici que cette prise de conscience induit du désagréable. Ce blog à la première personne (exercice redoutable) voit  l’inconscient de Roquentin titiller son nerf vague.

On sait ce qu’il en sera de cette plongée dans le végétatif parasympathique : le désagréable… le haut le cœur… le dégoût de soi… des autres… de tout… Rien n’y fera.  On ne supporte plus les bourgeois, on vomit l’humanisme, tout vous révulse… Ne vous aimant plus, vous avez l’étranger en horreur. La femme crue aimée vous quitte… Voici que vous divaguez… que vous divaguerez. C’est la Nausée.

Du Flore à Billancourt

2016. Pour ne pas désespérer Billancourt Marine Le Pen tient un blog. Aux antipodes du Flore c’est « Carnets d’espérances ». Chaque mot y est pesé. On en compte d’ailleurs assez peu. Il y a quelques jours, la présidente du Front National traitait, publiquement, de la Sécurité sociale. Elle répondait à son ennemi François Fillon, candidat comme elle à la présidence de la République. Elle l’attaquait sur son flanc droit, l’élu de la Sarthe ayant commis l’impair d’annoncer (si l’on a bien compris) sa volonté de purger à l’excès notre Sécurité sociale.

Tenus devant son collectif d’usagers, les propos de la candidate d’extrême-droite sont rapportés par Le Quotidien du médecin (Marie Foult) : « Sur la santé et la Sécu, Marine Le Pen étrille François Fillon et Marisol Touraine ». La candidate frontiste  estime que  Marisol Touraine vient « d’achever le malade, en annonçant un nouveau plan d’économies d’1,5 milliard d’euros à l’hôpital ». Elle observe, déjà, que « les soignants sont soumis à des conditions de travail déplorables, que l’hôpital doit assumer le poids d’une immigration de plus en plus lourde, sans parler des urgences et des patients mal orientés qui attendent des heures ».

Quand la nausée sera passée

Et puis elle eut ce mot, qui marqua :

 « En lisant le programme de François Fillon, j’ai la nausée, j’espère que cela passera car je sais que cela fait partie du petit risque.»

Mme Le Pen faisait ici référence à la volonté du candidat de la droite de cantonner le rôle de l’assurance-maladie aux seules « pathologies graves ».  On comprend qu’elle ironise, qu’elle use, à sa manière, d’une métaphore neurologique et parasympathique. Elle n’a pas strict sensu la nausée, cette « envie de vomir due au mal de mer ». Elle évoque sans doute ici une sensation de dégoût insurmontable, un sentiment de profonde répugnance (dans l’ordre intellectuel ou moral).

Sartre s’éloigne.  On songe à Montherlant, mort un jour d’équinoxe cinquante ans après ces lignes : «  Est-ce que jamais vous n’avez eu la nausée en regardant le calendrier, à voir les semaines passer, passer toujours sans un changement. » (Songe,1922, p.178).

Bizarres névroses

Mieux, on pense à Paul Bourget, injustement oublié : « Une nausée universelle devant les insuffisances de ce monde soulève le cœur des Slaves, des Germains et des Latins. Elle se manifeste, chez les premiers par le nihilisme, chez les seconds par le pessimisme, chez nous-mêmes par de solitaires et bizarres névroses. » (Essais psychol.,1883, p.10).

On écoute Marine Le Pen : la Sécurité Sociale doit respecter le principe de solidarité nationale. Et elle  prévient : « ceux qui voudront la privatiser me trouveront sur leur chemin ». Il en ira de même pour celles et ceux qui voudraient maintenir l’aide médicale d’État (AME). Présidente, Mme Le Pen la remplacera par une aide restreinte aux urgences vitales et aux maladies graves et contagieuses (sic). Elle veut aussi lutter contre les fraudes, via une carte Vitale biométrique attachée à la carte d’identité.

Aucune annonce du Front National pour la prise en charge, en urgence, de la nausée. On attendra.

A demain

Anaphore d’Evry : « Je ne veux pas que les déremboursements de médicaments …. »

 

Bonjour

Nul ne sait, précisément ce qu’est le « vallsisme ». C’est, pour l’heure, un néologisme en gestation, aux frontières du sarkozysme de gauche, du pragmatisme revendiqué, du laïcisme affiché, du rocardisme simplifé. Pour les plus anciens cela pourrait faire songer à Georges Clémenceau (1841-1929). Clémenceau dont on oublie généralement fut stagiaire à l’hôpital psychiatrique de Bicêtre avant de devenir docteur en médecine avec une thèse positiviste intitulée De la génération des éléments anatomiques. C’était il y a, déjà, un siècle et demi.

Clémenceau oblige c’est aussi, sans les moustaches vendéenne, un discours martial, une éternelle gabardine de retour des tranchées républicaines. Ce fut encore, le 5 décembre à Evry, un cocktail de figures de style, un bouquet lyrique. L’Agence France Presse s’est piquée au jeu et repris le travail commencé sous l’ancien quinquennat avec l’inénarrable anaphore hollandienne. Qui a oublié le « Moi président de la République », syntagme repris à quinze reprises. C’était il y a, déjà, presque cinq ans. Depuis, et par synecdoque, ce syntagme désigne l’anaphore en question.

Soins dispensés aux plus modestes

Le désormais célèbre discours d’Evry ne résiste pas au procédé, assez facile, de l’anaphore.

« Je ne veux pas que les fonctionnaires travaillent plus pour gagner moins, je ne veux pas que les déremboursements massifs de médicaments empêchent les plus modestes de se soigner, je ne veux pas que nos enfants aient moins de professeurs, que nos villes et nos campagnes aient moins de policiers ou de gendarmes, je ne veux pas que l’on casse notre sécurité sociale, l’hôpital public, que nos aînés aient moins de protection, et que les salariés attendent 70 ans… 70 ans… pour toucher une retraite à taux plein. Ma candidature est aussi une révolte. »

Une fois de plus il apparaît que la médecine, la santé et la sécurité sociale seront au cœur des batailles politiques qui attendent la France. Mais il apparaît, aussi, que dans l’esprit de l’ancien maire d’Evry le médicament ne peut être que massivement « déremboursé » par ses adversaires. Il semble ici oublier que c’est l’Etat français qui (jusqu’à présent) fixe le prix des médicaments pris en charge par la solidarité nationale. Et qu’à ce titre il peut en moduler les montants sans que les malades les plus modestes aient à en souffrir.

Rien n’est écrit

Le discours d’Evry vit aussi fleurir les épiphores, ces groupes de mots répété en fin de phrase. L’épiphore, comme son nom l’indique est une sorte d’anaphore des antipodes:

« On nous dit que la gauche n’a aucune chance mais rien n’est écrit. On nous dit qu’elle ne rassemblera jamais, qu’elle en est incapable, rien n’est écrit. On nous dit que l’extrême droite est qualifiée d’office pour le second tour, rien n’est écrit. On nous dit que François Fillon est déjà le prochain président de la République, rien n’est écrit. »

Observons, ici, que ce défenseur de la laïcité s’oppose en public au concept de « prédétermination » 1. Et l’on observera aussi que ce discours fit la part belle à la métonymie. La métonymie est un jeu dangereux, proche du novlangue orwellien. Le 5 décembre, en la mairie d’Evry, cela donna ceci :

« La réussite ne se mesure pas au montant du compte en banque, elle se mesure à la lumière que l’on a dans les yeux et je veux que mes compatriotes retrouvent tous, tous cette lumière dans les yeux. »

Chacun voit, déjà, l’usage que pourront faire de cette formule les adversaires de l’ancien Premier ministre. Qu’il s’agisse de l’aveuglement produit pas la lumière que l’on a dans les yeux ou encore de la couleur rouge du montant de son compte en banque.

A demain

1 « Tout le monde a vu de ces transports de l’âme qui décident tout à coup une vocation, un acte d’héroïsme. La liberté n’y périt pas; mais, par ses prédéterminations, on peut dire qu’il était inévitable qu’elle se décidât ainsi » (Proudhon, Syst. contrad. écon., t.1, 1846, p.350). Pierre-Joseph Proudhon était un anarchiste français  (1809-1865). On lui doit la célèbre formule paradoxale selon laquelle la propriété n’est rien d’autre, tout bien pesé, que le vol.

Maltraitance : les harceleurs de Jean-Louis Mégnien sont toujours en place. Pourquoi ?

 

Bonjour

Etrange journée médiatico-politique que ce 5 décembre 2016. Le Premier ministre n’est plus, mais ne l’a pas encore fait officiellement savoir. On donne la ministre de la Santé comme susceptible de le remplacer (ou de l’affronter) – mais rien n’est encore officiellement fait. Marisol Touraine, Première ministre ? Pour l’heure elle « fait le métier ». Ce matin elle présentait une stratégie nationale d’amélioration de la qualité de vie au travail aux représentants des professionnels de santé des établissements sanitaires et médico-sociaux. Aura-t-elle le temps d’assurer autre chose que le simple lancement ?

Pour sa part l’association Jean-Louis Mégnien « de lutte contre la maltraitance et le harcèlement au sein de l’hôpital public » a d’ores et déjà procédé à  une première analyse des annonces ministérielles. Cette association avait demandé la création d’un « Observatoire national de la maltraitance et du harcèlement au sein de l’hôpital public ». Elle apprend la création d’un « Observatoire de la qualité de vie au travail et des risques psycho-sociaux » « Cela va dans le même sens, estime-t-elle.  A condition toutefois que cet observatoire soit indépendant et puisse être alerté directement par quiconque souhaite le saisir. »

Verre à moitié plein: 

«  D’autres mesures comme l’introduction d’un enseignement sur les risques psycho-sociaux dès la formation initiale des personnels hospitaliers, le repérage des signaux faibles de souffrance au travail, une meilleure formation managériale des différents responsables, le signalement systématique et obligatoire des suicides et tentatives de suicide avec déclenchement immédiat d’une enquête vont dans le bon sens. »

Vigilance citoyenne et hospitalière :

« L’association va s’assurer que ces bonnes intentions seront mises  en œuvre de façon effective et demande à ce que leur impact soit évalué. En effet, des plans comparables à celui présenté aujourd’hui ont été annoncés ailleurs, notamment dans d’anciens monopoles publics, sans autre résultat tangible que celui d’un effet de communication. »

Diagnostic professionnel :

« L’association regrette que la ministre soit restée dans le déni des phénomènes de maltraitance et de harcèlement, bien que ceux-ci soient nombreux, plusieurs d’entre eux ayant été déjà  signalés à son cabinet. La ministre aurait pu rappeler aussi la nécessité de respecter l’Etat de droit, trop souvent bafoué dans nos établissements hospitaliers. Surtout, la question des sanctions contre les comportements maltraitants et harceleurs a été totalement éludée. Comment imaginer lutter efficacement contre les risques psycho-sociaux si ceux qui en sont à l’origine sont laissés dans l’impunité, voire protégés et encouragés dans leur carrière ? »

Et l’on en vient, un an plus tard, au dossier fondateur :

« A cet égard, l’association trouve profondément anormal que les harceleurs  de Jean-Louis Mégnien soient toujours en place et qu’aucune procédure disciplinaire n’ait été engagée à leur encontre malgré les nombreux ‘’manquements’’ constatés par les inspecteurs généraux des affaires sociales ayant enquêté sur son suicide.

La mise en œuvre et le durcissement des sanctions disciplinaires en cas d’agissements maltraitants nous paraissent prioritaires et d’une portée bien plus grande que tous les éléments du plan présenté aujourd’hui. »

A demain

Humour : un ancien de Charlie dénonce le «bashing permanent» du Président Hollande

Bonjour

L’humour conduirait-il à tout ? Quelques heures avant la « déferlante Fillon » une soixantaine de « personnalités » signaient une tribune de soutien à François Hollande. Le texte est disponible sur le site du Journal du Dimanche. Extraits :

« Dès le départ, François Hollande a fait face à un incroyable procès en illégitimité. Ce dénigrement permanent met à mal toutes les institutions de la République et la fonction présidentielle. Il perdure encore aujourd’hui malgré la stature d’homme d’État que François Hollande a parfaitement incarnée, tant dans les crises internationales que lors des épouvantables tragédies que notre pays a traversées. »

Etc. Etc. Etc.

Et ce citer la somme de ce qui a été accompli sous ses (bientôt) cinq ans de présidence :

« Les créations de postes dans l’Éducation nationale, l’alignement du traitement des instituteurs sur celui des professeurs, l’augmentation du nombre de policiers et de magistrats, les emplois d’avenir, la garantie jeunes, le soutien à l’apprentissage, le compte personnel de formation, le compte pénibilité, la complémentaire santé pour tous, la généralisation du tiers payant, la prime d’activité, la retraite à 60 ans pour les carrières longues, la refondation de l’école, les droits rechargeables à l’assurance-chômage, le mariage pour tous, la sanctuarisation du budget de la culture, le renforcement de l’égalité professionnelle hommes-femmes, l’extension de la parité dans les conseils départementaux, le remboursement complet de l’IVG et de la contraception, une meilleure protection des femmes contre le harcèlement sexuel, la mise en œuvre concrète de la transition énergétique, le non-cumul des mandats, etc., etc. »

Ce n’est pas tout :

« Ajoutons un déficit public passé de 5,1% en 2011 à 3,5% en 2015, plus de compétitivité, et plus de marges pour les entreprises pour favoriser les embauches, plus de pouvoir d’achat pour les ménages, moins d’impôts et enfin la diminution amorcée du chômage ».

Pour les auteurs de ce Bouclier de Brennus de papier tout cela est ignoré, déformé, gommé, remplacé par un procès quotidien, instruit à charge par des injures et des mensonges ignobles. «Artistes, sportifs et créateurs, penseurs, chercheurs, entrepreneurs et citoyens indépendants»  (sic) ils dénoncent «cet acharnement indigne qui entraîne le débat politique dans une dérive dangereuse pour la démocratie».

On pressent la passion. On perçoit aussi les différentes raisons qui peuvent conduire à signer, aujourd’hui,  ce texte. La fidélité, sans doute. Les médailles, peut-être. Des médailles qui ne tiennent qu’avec des épingles. Et retrouver ici le nom d’un ancien pilier du journal jadis fondé par le Pr Choron ne manque pas de piquant.

A demain