Pourquoi Agnès Buzyn surveille-t-elle les mails des médecins hospitaliers tentés par la grève ?

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Elle l’a (enfin) reconnu … Dimanche 13 octobre, sur le plateau de CNews/Europe1/Les Echos  Agnès Buzyn a parlé d’« un problème de rémunération »des personnels hospitaliers, médicaux ou pas. Mieux encore « rendre l’hôpital public plus attractif ». Une annonce qui précédait de deux jours la nouvelle journée de manifestation (15 octobre) de deux collectifs : « inter-urgences » et « inter-hôpitaux ». Interrogée sur leur revendication centrale (une revalorisation salariale générale de 300 euros net) la ministre des Solidarités et de la Santé, a (enfin) déclaré :

« Il la faut, il y a un vrai sujet sur les rémunérations directes, mais il faut aussi tenir compte des rémunérations indirectes, le temps de travail, les gardes, etc. Un vrai travail doit s’engager. J’ai demandé à mes équipes d’ouvrir ce dossier pour les débuts de carrières médicales et infirmières, parce que c’est vraiment trop difficile aujourd’hui. » « Je pense qu’il y a un problème de rémunération si on veut rendre l’hôpital attractif ».

Ceci ne va pas sans faire mal : en parlant ainsi Agnès Buzyn en a profité, observe Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez), pour jeter une pierre dans le jardin de ses prédécesseurs (citons notamment Marisol Touraine, Roselyne Bachelot et Xavier Bertrand): « Il y a eu plein de réformes non accompagnées qui ont entraîné des dysfonctionnements internes. Il faut changer la gouvernance et l’attractivité. J’y travaille.» 

Manquement à la confraternité

Mais, ajoute Le Quotidien, l’ancienne hématologue hospitalo-universitaire devenue ministre macronienne a aussi osé prendre le risque de critiquer l’implication de certains médecins hospitaliers dans le « collectif inter-hôpitaux .

« Ils ne le savent pas mais je suis dans la boucle de mails des médecins qui s’écrivent au sujet de leur envie de faire grève, a souri la ministre, rappelant qu’elle avait une activité de consultation d’hématologie à l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP) il y a moins de trois ans. Je suis sidérée, d’abord de leur méconnaissance du système, du nombre d’informations fausses dont ils disposent et sur lesquelles ils basent leurs raisonnements et à quel point leurs solutions sont des solutions de court terme qui ne régleront pas le problème. »

Cette sidération sera appréciée. L’Ordre verra-t-il là un grave manquement à la confraternité par personne ayant autorité ? On observera enfin que celle qui a abandonné l’hôpital public pour la politique rejette, la concernant, le qualificatif de « mandarin ». On désignait ainsi, il y a quelques années encore dans le monde hospitalier-universitaire français, un médecin qui, souvent en raison de ses titres, de ses diplômes, de ses fonctions, fait figure de potentat dans son domaine. On pouvait ainsi, dans Le Monde du 15 décembre 1976 lire ceci: «La population finalement appréciera peu de ne plus pouvoir ‘’se payer’’, quand elle estime en avoir besoin, une consultation privée de mandarin ! ».

Ou encore, en 1931 : « À côté des médecins et thérapeutes, qui cherchent à guérir, il y a les pontifes, mandarins et autres, qui ne cherchent qu’à donner le change, gagner des grades, des titres et à faire de l’argent (Léon Daudet, Devant la douleur,1931, p. 7). Question : combien reste-t-il, aujourd’hui, de véritables mandarins dans les hôpitaux français en mal d’attractivité ?

A demain @jynau

Lutter contre le VIH/sida : les objectifs français ne seront jamais atteints. Voici pourquoi

Bonjour

Bientôt quarante ans que nous « vivons avec le VIH ». À la demande du Sénat, la Cour des comptes a mené une enquête « sur les évolutions majeures de la politique de prévention et de prise en charge du VIH en France ». Et nous disposons depuis peu de cette enquête . Un beau tableau de l’incurie dans le champ du sanitaire. Ou, pour de le dire autrement, du décalage entre d’ambitieux objectifs affichés sous les ors du ministère de la Santé et la réalité du terrain français, sexuel et infectieux.

Rappelons qu’en 2016 environ 172 700 personnes vivaient dans en France « avec le VIH » – dont 31 000 « hors de toute prise en charge » et 24 000 « ignorant leur statut sérologique ». Cette épidémie est toujours active et le nombre de cas découverts (estimé à 6 424 en 2017)  demeure « à un niveau élevé ».

Il faut aussi rappeler que bien au-delà des recommandations de l’OMS, la France a mis en place une stratégie « très ambitieuse ». Il s’agit tout simplement d’éradiquer « les nouveaux cas » et ce «  à l’horizon 2030 ». Belle et noble ambition. « Mais elle ne s’est pas donné les moyens d’atteindre ses objectifs, en particulier en matière de prévention et de dépistage » observe la Cour des comptes  Une Cour qui estime qu’une « maîtrise renforcée des dépenses de médicaments » permettrait « de dégager des moyens supplémentaires pour développer les nouveaux outils de prophylaxie ou de dépistage ».

Silence du ministère des Solidarités et de la Santé

Une épidémie qui n’est toujours pas maîtrisée, un nombre croissant de personnes infectées, des outils statistiques fragiles – et ce alors même que la recherche française (après la découverte du VIH dès 1983) est « internationalement reconnue » et que le monde associatif occupe ici une place historique.

« Quel dommage que la Cour des comptes se montre aussi ‘’polie’’ dans son rapport, commente Libération (Eric Favereau). En effet, vu la situation médiocre de la France qui s’habitue, bon an, mal an, à ses 6 000 nouveaux diagnostics par an, on rêvait que les magistrats de la rue Cambon s’énervent, mettent les pieds dans le plat et bousculent cette gestion bien pépère que l’on a depuis quelques années de l’épidémie. Le résultat est en demi-teinte. Certes, la Cour des comptes est critique, pointant une politique manifestement dépassée, mais ce énième rapport a été présenté de façon bien discrète. Mesuré et diplomatique, sans mot de trop, il risque de ne pas provoquer de changements. D’ailleurs le ministère de la Santé s’est bien gardé de réagir. »

Rassurons-nous : le ministère des Solidarités et de la Santé ne réagira pas ; ce ministère est étrillé par les magistrats de la rue Cambon qu’il s’agisse des outils statistiques, du pilotage de la politique, des brouillards ou des imbroglios administratifs. Comment, dans ce contexte, avoir cru pouvoir aller au-delà des objectifs de l’OMS ?  «Cette stratégie peine à trouver une traduction cohérente et opérationnelle faute d’un pilotage suffisant et de définition assumée des priorités et des objectifs par le ministère de la Santé». 

Que faire ? On lira les « dix recommandations » de la Cour, et tout particulièrement la dixième : « Mieux réguler les dépenses de médicaments en mettant en œuvre un plan ambitieux de baisse des prix des antirétroviraux sur la base d’une réévaluation d’ensemble de cette classe thérapeutique, et en augmentant la part des génériques dans les prescriptions d’antirétroviraux, par une sensibilisation des prescripteurs, des pharmaciens et des patients. »

« La Cour propose surtout de sortir du ronron actuel » résume Libération. Question : comment sort-on, en France, du ronron ?

A demain @jynau

Vingt-quatre empoisonnements, neuf mortels : comment l’affaire bisontine évoluera-t-elle ?

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Son nom peine à imprimer : le Dr Frédéric Péchier. Aussi les médias parlent-ils de « l’anesthésiste bisontin ». L’affaire est simplement inimaginable. Aussi cherche-t-on des points d’ancrage. Et, quand ils se souviennent, les médias évoquent « l’affaire Mériel » (CHU de Poitiers, 1984, un mort).

La cour d’appel de Besançon a, le 12 juin,  maintenu le Dr Frédéric Péchier, soupçonné de vingt-quatre empoisonnements dont neuf mortels, en liberté sous contrôle judiciaire. L’information a été donnée par les avocats de la défense et ceux des parties civiles. À l’issue de quatre heures de débats et d’une heure de délibéré les magistrats bisontin ont (à nouveau) laissé le médecin anesthésiste libre – comme il l’est depuis sa première mise en examen, prononcée en mars 2017, pour sept premiers cas d’empoisonnement.

Me Jean-Yves Le Borgne, l’un des avocats du médecin : « La chambre de l’instruction a purement et simplement confirmé la décision qui avait été prise au mois de mai par le juge des libertés et de la détention. C’était ce que nous sollicitions, c’était ce que nous espérions, c’était dans notre esprit ce que l’équité mais aussi le droit et la procédure pénale française commandaient. Nous vous le disons avec force, le Dr Péchier est présumé innocent (…), c’est un dossier en l’état sans preuves, il y a encore beaucoup d’actes d’investigation à accomplir ».

La démesure de l’ego

C’est peu dire que les parties civiles ont mal compris la décision des magistrats bisontins. Les chaînes télévisées ont amplement relayé leurs réactions. A ce stade l’affaire est d’un peu banale complexité, comme en témoigne un remarquable dossier du Parisien (Louise Colcombet) : « Anesthésiste de Besançon : révélations sur le mobile présumé du docteur Péchier En plus d’un ‘’ego démesuré’’, les enquêteurs soupçonnent le docteur Péchier d’avoir empoisonné des patients pour se venger de ses confrères. Le mobile est selon eux pluriel. Narcissisme confinant à la mégalomanie ou volonté de régler ses comptes par patients interposés ? (…) ».

Où l’on en revient à cette fascination que peut exercer le « fait divers ». Un sujet traité dans Libération ( Frédérique Roussel) : « Ecrire un fait divers est un défi lancé au réel » – un remarquable entretien avec Frédérique Toudoire-Surlapierre (« Le fait divers et ses fictions » Minuit, 192 pp., 18 €).

« Le fait divers n’existe que par les médias. Si un crime a lieu mais qu’il n’est pas signalé dans le journal, ce n’est pas un fait divers. Donc sa première expression est médiatique ; elle se caractérise souvent par la concision, la surprise, elle est un surgissement de l’extraordinaire dans une vie ordinaire. En revanche, le fait divers littéraire est tout autre puisque l’écrivain développe l’intrigue, il donne aussi des éléments de biographie des protagonistes, il rend compte de la complexité, voire de l’ambivalence des faits. C’est le cas de Truman Capote avec De sang-froid, Philippe Jaenada avec La Serpe, Lola Lafon avec Mercy, Mary, Patty, Emmanuel Carrère avec L’Adversaire à sa façon. »

Quel écrivain, s’emparera, demain, de l’affaire de l’anesthésiste bisontin ?

A demain @jynau

 

Que les gens insoumis se le tweetent : non, le chef Jean-Luc Mélenchon ne souffre pas de dépression

Bonjour

Le dépressif est-il le mieux placé pour parler de sa dépression ? Le Monde qualifie de « sibylline » la « note » de son blog « L’ère du peuple ». Comprendre que l’on ne comprend pas aisément ce texte sens obscur, mystérieux, symbolique comme celui des oracles antiques. Synonyme : abscons, cabalistique, énigmatique, ésotérique, hermétique, impénétrable, indéchiffrable. Voilà qui ne réjouira guère le leader de La France insoumise, 67 ans, député des Bouches-du-Rhône. On peut aussi parler de « repli stratégique » du chef de cette famille politique ; un chef qui entend prendre du recul pour mieux gagner en hauteur. Voici le texte de son post simplement titré : « Pendant que la poussière retombe »

« Pour que l’on ne se méprenne pas sur mon silence depuis mon intervention dimanche dernier, je crois utile de donner quelques nouvelles.

Primo : je me repose. C’est normal au terme de près d’un an de campagne dans laquelle j’ai été très investi en même temps que je menais ma vie de parlementaire.

Deuxio : par tradition intellectuelle, j’attends toujours que « la poussière retombe » avant d’analyser un nouveau paysage.

Tertio : j’attends aussi la fin de l’installation de notre délégation insoumise au Parlement européen avant de m’exprimer.

Quatuor : je ne suis choqué ni meurtri d’aucune expression critique. D’abord parce qu’il est normal que chacun veuille vivre sa vie, faire entendre ses conclusions et déployer ses calculs si vite que ce soit. Ensuite parce que, après ce que je viens de vivre depuis un an, je ne serais pas raisonnable d’attendre de l’élégance dans la vie politique. Enfin parce que les différents regards qui se portent sur le contexte font partie de celui-ci. Et donc ils méritent d’être eux-aussi observés sérieusement pour bien comprendre ce qui se passe.

Quinque : j’ai été très touché des innombrables marques de solidarité et de tendresse dans l’épreuve qui m’ont été adressées venant de partout. J’en remercie cordialement leurs auteurs. Comme moi ils savent que « la lutte pour les sommets suffit à remplir le cœur d’un Homme » comme dit Albert Camus. Ils savent que ceci n’a rien à voir avec les crapahutages carriéristes.

Tout ceci dit, après le 6 juin, je m’exprimerai plus largement, aussi clairement que j’en suis capable. Je dirai mon appréciation du moment politique. Je proposerai une suite pour notre chemin et je dirai ce qu’il en sera pour moi. »

Et puis cette fin, qui intrigue :

« Quelques précisions pour éviter les fantasmes médiatiques traditionnels à mon sujet : je ne déprime pas, je ne pars pas à la retraite. Je suis au combat et j’y resterai jusqu’à mon dernier souffle, si je le peux. Comme pour beaucoup de mes lecteurs, la nature de mon engagement n’est pas celui d’une carrière (au demeurant la mienne serait faite) mais plutôt de l’ordre d’un chemin de vie. Mon intention est d’en maîtriser le contenu, la forme et les rythmes, dans l’intérêt du but poursuivi et pour moi-même. Je le tente une fois de plus en sachant aussi que les rythmes de l’histoire sont imprévisibles, pour le meilleur comme pour le pire de ce qu’elle contient, aujourd’hui encore. Mais ‘’il faut imaginer Sisyphe heureux’’, vous le savez bien. »

Et pendant ce temps là les jeunes Insoumis.es (Clémentine Autain, Alexis Corbière, François Ruffin)) ne cachent plus ni leurs impatiences ni leurs appétits. Lire les oracles fut longtemps de l’ordre du sacré. C’est aujourd’hui devenu un métier.

A demain

@jynau

Narcissisme. Quand Emmanuel Macron remet la Légion d’honneur à l’auteur de «Soumission» 

 

Bonjour

Emmanuel Macron remettra ce jeudi 18 avril la Légion d’honneur à Michel Houellebecq. La cérémonie se déroulera au Palais de l’Elysée en présence de nombreux amis du célèbre écrivain… dont l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy. Le sujet est traité dans Paris Match (Bruno Jeudy) :

« Finalement Nicolas Sarkozy sera présent à la remise de légion d’honneur à son «ami» Michel Houellebecq (il avait été invité à son récent mariage) L’agenda de l’ancien président s’est finalement libéré et il sera à l’Elysée ce soir pour honorer le célèbre écrivain. En revanche, son épouse Carla Bruni-Sarkozy sera absente. L’ex-chef d’Etat y croisera les nombreux invités personnels de l’auteur de «Sérotonine». Parmi eux : le philosophe et académicien Alain Finkielkraut, l’écrivain Frédéric Beigbeder, le journaliste David Pujadas, le chanteur Jean-Louis Aubert (ex-Téléphone), le directeur de la rédaction de «Valeurs Actuelles» Geoffroy Lejeune et la journaliste Charolotte d’Ornellas. »

« Comme le veut la tradition, Emmanuel Macron prononcera un discours pour retracer la carrière du décoré. Le chef de l’Etat connaît Michel Houellebecq depuis plusieurs années. Leur première rencontre date de l’époque où le futur président de la République était ministre de l’Economie. Il avait reçu le romancier à Bercy. Les deux hommes se tutoient. Parmi les sept romans publiés par l’auteur de ‘’Sérotonine’’, Emmanuel Macron a une préférence pour ‘’La carte et le territoire’’ récompensé par le prix Goncourt en 2010. Le chef de l’Etat a pris l’habitude d’ailleurs de qualifier l’écrivain ‘’d’entomologue de la société française’’. »

Un minimum de culture et de connaissance historique

Le sujet est aussi traité dans Le Monde – sous un angle différent, le quotidien vespéral ouvrant ses colonnes à Jean-Philippe Domecq, romancier et essayiste (« L’amie, la mort, le fils » (Thierry Marchaisse, 2018) et « Exercices autobiographiques » (La Bibliothèque, 2017) :

«  Sauf à considérer qu’une récompense républicaine n’a plus de sens, on ne peut laisser sans discussion l’octroi de la Légion d’honneur à Michel Houellebecq. D’autant que, d’ordinaire, les cérémonies de décoration honorifique à l’Elysée sont collectives et que celle-ci sera entièrement dédiée à l’auteur de ‘’Sérotonine’’ (…) Est-il possible de faire entendre enfin, malgré le concert de louanges qui accueille la parution de chaque roman de Michel Houellebecq, qu’il y a un décalage, profond mais passé sous silence, entre la ferveur médiatique dont il bénéficie et l’appréciation critique que beaucoup de lecteurs ont de son œuvre ? Tout un lectorat qui n’a pas de leçon d’ouverture d’esprit à recevoir a fort bien perçu que chaque narrateur des romans de Houellebecq exprime son dégoût de l’émancipation.

« Souvenons-nous : pourquoi et quand Céline a-t-il sorti son sinistre fonds de commerce politique ? Dès l’instant où Céline s’est confondu avec Bardamu, son narrateur. Ceux qui invoquent sans cesse la pertinente et nécessaire distinction entre narrateur et auteur pourraient s’aviser que, de roman en roman, le narrateur de Michel Houellebecq a la même attitude à l’encontre des conquêtes de la modernité européenne ; cela finit par faire des romans porte-voix, et porte-voix d’une idéologie nauséabonde. Evidemment, l’auteur est un malin, chaque fois il se dérobe derrière son narrateur et échappe aux mains qui le veulent bien. C’est qu’il les soulage, il leur signifie que tout est permis dans les opinions.

« ‘’Cette distinction vient récompenser un grand écrivain français reconnu comme tel’’, dit le communiqué de l’Elysée. Un minimum de culture et de connaissance historique permet pourtant de voir qu’il y eut toujours des succès massifs pour la littérature du « ça va mal », du « on a tout perdu ». Des titres comme Les Beaux Draps, de Céline, ou Les Décombres, de Lucien Rebatet, ont donné à qui les lisait le sentiment d’avoir tout compris et qu’’’on se le disait bien’’. Depuis les années 1930, ce tour d’opinion facile n’y va plus si direct ; on est passé du lyrisme paranoïaque à l’ironie perverse-narcissique. »

Ironie ou pas, et bien au-delà du lyrisme de la paranoïa, de la perversité et du Palais de l’Elysée, on ne peut que conseiller, de la psychiatre, psychanalyste et victimologue Marie-France Hirigoyen, le remarquable « Les Narcisse » (Editions La Découverte)

A demain

@jynau

 

Vacance : avez-vous le profil pour devenir le prochain patron de «Santé Publique France» ?

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Vive agitation, en France, dans le milieu (et aux périphéries) de la « santé publique ». La course est lancée depuis la publication de ceci au Journal Officiel de la République française (daté du 12 mars 2019) : Avis de vacance du poste de directeur général de l’Agence nationale de santé publique « Santé publique France » .

Une belle opportunité. Savoir que le directeur général de l’Agence nationale de santé publique, nommé par décret du Président de la République, dirige l’établissement et rapporte à son conseil d’administration (articles L. 1413-10 et R. 1413-15 et suivants du code de la santé publique). Il est nommé pour un mandat de trois ans renouvelable – en sachant toutefois que la limite d’âge du directeur général est fixée à 67 ans. Une limite bientôt atteinte par le Dr François Bourdillon. Le montant du salaire et le détail des avantages associés ne sont pas communiqué.

Un rafraîchissement s’impose : l’Agence nationale de santé publique (« Santé publique France ») a démarré son activité le 1er mai 2016. Trois ans, donc, qu’elle a repris l’ensemble des missions, compétences et pouvoirs exercés antérieurement par l’Institut de veille sanitaire (InVS), l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), l’Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (EPRUS), ainsi que leurs biens, personnels, droits et obligations. L’Agence nationale de santé publique a également repris les missions d’ADALIS (service public d’aide à distance).

L’affaire est de taille : 596 agents, montant de son budget annuel d’environ 190 M€, essentiellement financé par une subvention de l’Etat. Siège à Saint-Maurice (Val-de-Marne). Missions : observation de l’état de santé des populations, promotion de la santé, prévention, éducation pour la santé, veille et réponses aux « menaces et crises sanitaires ». Instances de gouvernance : le conseil d’administration, le conseil scientifique et les comités d’experts, le conseil d’orientation et de dialogue.

Cigarette électronique

Philosophie générale : la création de « Santé publique France » permet d’assurer, au sein d’un même organisme, un continuum entre l’observation de la santé des populations, la promotion de la santé et la prévention ainsi que l’intervention en cas de crise sanitaire. Ambition : une organisation unifiée, resserrée, à la fois fondée sur les meilleures pratiques antérieures, vise à être plus efficace et efficiente, plus réactive, plus agile, plus moderne aussi afin d’être à même de relever les défis émergents de santé publique. Attention :

« Il est de la plus haute importance que ‘’Santé publique France’’ exerce ses missions en cohérence avec l’ensemble du système des agences sanitaires et des réseaux de santé publique et les articule avec celles des Agences Régionales de Santé qui conduisent les politiques de santé au plus près des territoires. L’activité de l’agence est déterminée par un programme de travail consolidé annuellement qui répond aux priorités fixées par la ministre chargée de la santé [hier Marisol Touraine, aujourd’hui Agnès Buzyn] ainsi qu’à d’éventuelles problématiques émergentes de santé publique. »

De ce point de vue la marge de manœuvre peut être limitée – comme on a pu et comme on peut le voir dans le champ du tabagisme et de la réduction des risques avec la cigarette électronique.

Savoir parler au public et aux journalistes

Combien peuvent, raisonnablement, postuler ? Beaucoup moins sans doute que l’on pourrait l’imaginer :

« Il est attendu, des candidats à cette fonction, une aptitude à diriger un établissement à vocation d’excellence scientifique et technique et à rayonnement international, des capacités à concevoir et déployer des stratégies en matière de veille, de surveillance, d’intervention en santé, à dialoguer avec les parties prenantes dans un environnement complexe, évolutif et médiatisé.

« Une expérience importante et réussie dans le domaine de la santé publique (prévention et promotion de la santé et/ou de la sécurité sanitaire, etc.) est nécessaire, de même que la capacité à porter une stratégie de communication sur les sujets qui en découlent. Ce poste requiert des garanties d’indépendance et d’impartialité, dans le but de prévenir toute situation de conflit d’intérêts. Il nécessite en outre une excellente maîtrise de la prise de parole en public et face aux média (sic).

« L’agence étant fortement impliquée dans de nombreux partenariats et projets tant européens qu’internationaux, un excellent niveau de langue anglaise, oral et écrit, est requis. La sélection des candidats comporte une audition par une commission interne du ministère chargé de la santé. A l’issue de la sélection, le candidat retenu sera auditionné par les deux assemblées parlementaires avant sa nomination. »

Le dossier de candidature comprenant un curriculum vitae détaillé avec la liste des expériences, publications et travaux ainsi qu’une lettre d’intention est à adresser dans un délai de trente jours à compter de la date de publication du présent avis au Journal Officiel au directeur de cabinet de la ministre des solidarités et de la santé, ainsi qu’au Directeur Général de la Santé uniquement par voie électronique aux adresses : raymond.lemoign@sante.gouv.fr et jerome.salomon@sante.gouv.fr.

A demain

@jynau

« Je n’ai peur de rien » assure Agnès Buzyn, ministre déconnectée ou pas du terrain

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Le suspense n’aura pas dépassé l’arrivée du printemps et le retour des chants : c’est Nathalie Loiseau qui a finalement été désignée par Emmanuel Macron pour voler vers Strasbourg et Bruxelles. Il restera à Patrick Rambaud, moderne Philippe de Commynes, à narrer, chez Grasset l’histoire d’un désaveu. Nathalie Loiseau, donc, ministre des Affaires européennes et non Agnès Buzyn ministre des Solidarités et de la Santé.

Longtemps « pressentie » elle avait progressivement, dans différents médias, distillé sa nouvelle ambition. Lasse d’évoquer les « vaccins », la « grippe » et les « urgences » elle souhaitait « sortir de son champ de compétences ». Et avait osé la métaphore de la cathédrale.

Comment faire contre mauvaise fortune bon cœur ? « Si j’avais dû partir pour l’Europe, je pense que j’aurais eu une forme de frustration de ne pas avoir été jusqu’au bout de ce que je souhaite faire dans ce ministère », vient-elle de déclarer à l’AFP, à la veille du vote de « sa loi Santé » à l’Assemblée nationale.

Des sujets de société absolument magnifiques

« Elle a été approchée par plein de gens, ça a résonné par rapport à son histoire et à ses convictions » raconte, cité par le Quotidien du Médecin un haut fonctionnaire, faisant allusion aux liens familiaux d’Agnès Buzyn avec Simone Veil. Mais, en plein vote de la loi santé, « ça aurait été un énorme gâchis de changer de ministre », d’autant qu’elle a « une forte crédibilité dans le secteur ».

Et le Quotidien du Médecin (Stéphane Long) d’ajouter ces quelques lignes : « Un sentiment moins partagé à la base du système hospitalier où les infirmières gardent en travers de la gorge quelques attitudes qualifiées de ’mépris de classe’’ : des yeux levés au ciel, un rictus lors d’une visite à Rouen… Un médecin parisien juge que la ministre est depuis trop longtemps ’déconnectée du terrain’’ »

D’autres se plaisent à raconter que certains n’auraient pas hésité à la retenir. « Ils ont tous fait une démarche auprès d’elle en disant “Vous ne pouvez pas nous laisser tomber”.  Ça l’a beaucoup touchée » distillerait  un pilier de la majorité.

Faire une croix sur le symbole d’un destin européen dans les pas de Simone Veil ? « Je trace mon propre chemin, en restant fidèle à ses valeurs », dit Agnès Buzyn. « Un chemin, rappelle Le Quotidien, qui la confrontera bientôt aux tabous d’une société : la bioéthique, les retraites, la dépendance. ‘’Ce sont des sujets de société absolument magnifiques et je n’ai pas fini le travail [au ministère], loin de là’’, dit la ministre. Redoute-elle une opposition farouche sur ces sujets clivants ? ‘’Je n’ai pas peur. En fait, je n’ai peur de rien’’. »

A demain

@jynau