L’étrange métaphore religieuse européenne d’Agnès Buzyn, ministre française de la Santé

Bonjour

Toujours rien d’officiel mais des clignotants qui passent au vert. La fin progressive du mystère : Agnès Buzyn en haut de l’affiche de La République en marche pour les européennes. Ainsi Europe 1 (Hadrien Bect) :

« Aujourd’hui à la Santé, Agnès Buzyn est très bien là où elle est et elle le fait savoir. Au travail, son ministère, elle y tient, elle qui est hématologue de profession. Mais la voilà presque malgré elle émancipée de son statut de ministre de la société civile : d’abord pour défendre un président trop seul au début du quinquennat, ensuite pour parler d’Europe, sujet fondamental pour la ministre, elle qui compare la construction européenne à celle d’une cathédrale au Moyen-Âge : ‘C’est ce que des hommes sont capables de bâtir ensemble qui va les dépasser et leur survivra’, dit-elle. C’est beau comme un discours de campagne. »

 Ainsi, encore, Paris Match (Mariana Grépinet) : « Agnès Buzyn, la pasionaria de l’Europe »

« ‘’L’Europe est le sujet majeur, le sujet d’avenir’’, insiste la ministre de la Santé. Si elle assure que personne ne l’a sollicitée pour être candidate aux élections européennes de mai 2019 sur la liste LREM-Modem, Agnès Buzyn ne ferme pas la porte et loin de là. ‘’Si on (1) me demande c’est qu’on (1) considère que l’Europe mérite que j’abandonne tout ça’’, ajoute t-elle, en référence à la loi Santé qu’elle va porter en mars, à la loi bioéthique qui doit passer en conseil des ministres avant l’été et au chantier de la dépendance.

« L’Europe est la cathédrale du futur, ce que des hommes sont capables de construire, ce qui va les dépasser et leur survivra », dit, comme habitée par le sujet, l’ancienne belle-fille de Simone Veil qui fut la première femme présidente du premier Parlement européen élu au suffrage universel. Estimant que la liste de la majorité doit être composée « d’une équipe qui montre des compétences et des intérêts diversifiés », elle rappelle que c’est en grande partie pour son engagement pro-européen qu’elle a voté pour Emmanuel Macron à la présidentielle.

(…) Nouvelle venue en politique, Agnès Buzyn revendique de faire de la politique autrement, sans changer ce qu’elle est. ‘’On peut faire de la politique sans être dans la posture et sans mentir, en étant gentil, honnête…’’, dit-elle. L’ex-hématologue pourrait accepter un nouveau défi, elle qui se décrit comme ‘’une femme de bataille mais très posée’’. Et de conclure : ‘’Je ne me défile pas devant les combats’’. »

Survivre à ses bâtisseurs

Sans oublier Le Figaro pour qui  la  «Mme Santé» du gouvernement cache de moins en moins bien son intérêt pour ce « changement de carrière ». Se présentant en privé (et de plus en plus en public) comme une «combattante», la ministre de la Santé parlerait du Vieux Continent avec « lyrisme ». Elle oserait comparer la construction européenne à une « cathédrale du futur », patiemment érigée, survivant à ses bâtisseurs.  « J’en ai marre qu’on me cantonne uniquement à mon champ de compétences Je veux bien parler tous les jours de la grippe et des urgences mais je suis engagée sur tous les  sujet, déclarait-elle le 10 février dernier.  On a besoin d’un récit collectif. Je veux pouvoir m’autoriser à parler de tout. »

Sortir de son champ de compétences, donc. Parler de tout et métaphoriser en liberté. A commencer par cet étrange fil rouge catholique de la « cathédrale », cette église où se trouve le siège de l’évêque (la cathèdre) ayant la charge d’un diocèse. Sans doute peut-on, par métaphore, désigner ainsi ce qui évoque une cathédrale par ses dimensions, sa magnificence, etc. «  (…) nous quittâmes enfin ce sale canot sauvage pour entrer dans la forêt par un sentier caché qui s’insinuait dans la pénombre (…), illuminé seulement de place en place par un rais de soleil plongeant du plus haut de cette infinie cathédrale de feuilles. Céline, Voyage au bout de la nuit,1932, p. 204.

Il n’en reste pas moins que c’est là, pour parler de l’Union européenne depuis un pays attaché comme la France à la séparation des Eglises et de l’Etat, une bien étrange image.

A demain

@jynau

(1) Le Canard Enchaîné de ce 6 mars s’interroge : « Qui est ‘’on’’ ? »

 

 

Deux ans ont passé : Agnès Buzyn est-elle encore ministre des Solidarités et de la Santé ?

Bonjour

3 mars 2019. Pleine page du Journal du Dimanche (Sarah Paillou). « Agnès Buzyn sur le départ du gouvernement (sic). Pressentie pour prendre la tête de liste LREM aux élections européennes de mai, la ministre des Solidarités et de la Santé devrait quitter le gouvernement. Un remaniement est en préparation. »

« C’est désormais l’hypothèse la plus sérieuse pour les européennes d’En marche : Agnès Buzyn, tête de liste. La ministre des Solidarités et de la Santé serait donc sur le point de quitter le gouvernement. « Il ne manque que la validation finale du Président », confie-t-on, à La République en marche (LREM). Mardi, Emmanuel Macron a abordé le sujet lors d’un dîner avec, outre son premier cercle élyséen, le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand, le président du MoDem, François Bayrou et son bras droit, la députée Marielle de Sarnez.

 « Et il a fortement plaidé pour l’option Buzyn. Il « l’apprécie, souligne-t-on dans son entourage. Il y a eu une mue : d’une ministre plutôt technique, elle se fait de plus en plus politique. Elle est très à l’aise, sur ses sujets et dans la riposte ». La médecin est devenue le visage social d’un gouvernement accusé de rouler trop à droite, sans pour autant être un repoussoir pour les alliés du centre droit. Et quel symbole que d’adouber l’ex-belle-fille de Simone Veil, première présidente du Parlement européen il y a tout juste quarante ans (…) ».

Nouveau monde, ancienne politique

Le 26 février dernier, concernant son départ imminent du gouvernement pour participer comme tête de liste aux élections européennes, elle déclarait sur RTL : « Emmanuel Macron ne me l’a pas demandé. J’ai de très belles lois à porter. Les noms qui circulent dans la presse sont des spéculations. Je n’y réfléchis même pas. » Une semaine plus tard y réfléchit-elle ? « Ce serait étrange que le gouvernement se prive de l’une de ses ministres les plus appréciées » s’étonne, plus ou moins hypocrite, un conseiller ministériel anonyme. « C’est une très grande ministre de la Santé, mais pas forcément une grande ministre des affaires sociales » persifle, toujours anonymement, un député LREM.

Où l’on voit que le nouveau monde s’accommode fort bien de la politique à l’ancienne. Reste un sujet, précisément, de réflexion : comment gère-t-on au quotidien un ministère aussi vaste et important que celui d’Agnès Buzyn quand les médias annoncent, chaque jour, que vous allez abandonner votre maroquin ?

A demain

@jynau

 

Agnès Buzyn : elle n’a jamais été aussi proche que maintenant d’un départ du gouvernement

Bonjour

La rumeur parisienne enfle. Hier encore elle n’y « réfléchissais même pas ». Interrogée sur RTL sur son départ imminent du gouvernement pour participer comme tête de liste aux élections européennes elle répond  : « Emmanuel Macron ne me l’a pas demandé. J’ai de très belles lois à porter. Les noms qui circulent dans la presse sont des spéculations. Je n’y réfléchis même pas. »

Aujourd’hui tout se précipite, comme en témoigne Le Figaro (Marcelo Wesfreid) : « Européennes: malgré de nombreux dossiers en cours, Agnès Buzyn tentée par une candidature ». « Pour beaucoup, ce n’est déjà plus une hypothèse, écrit le quotidien. Mais une certitude. ‘’Sa candidature comme tête de liste pour les européennes est fortement probable», confie un cadre de La République en marche. Agnès Buzyn a d’ailleurs rencontré le directeur de campagne Stéphane Séjourné, la semaine dernière. »

« Elle ferait une excellente tête de liste, a rajouté la garde des Sceaux Nicole Belloubet sur BFMTV. Elle a à la fois le charisme et la volonté.» «Elle est très appréciée, tant au parti qu’au groupe, et incarne le renouvellement et la société civile», souligne la porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée nationale, Aurore Bergé. Cette piste semble tenir la corde par rapport à un autre scénario, qui a également circulé: la candidature de la ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau.

Et Le Figaro de préciser, comme d’autres, que la  «Mme Santé» du gouvernement cache de moins en moins bien son intérêt pour ce « changement de carrière ». Se présentant en privé (et de plus en plus en public) comme une «combattante», la ministre de la Santé parlerait du Vieux Continent avec « lyrisme ». Elle oserait comparer la construction européenne à une « cathédrale du futur », patiemment érigée, survivant à ses bâtisseurs. Et dans le même temps elle l’assure: Emmanuel Macron ne lui aurait rien demandé.

Sortir de son champ de compétences et « parler de tout »

« Ex-belle-fille de Simone Veil, fille et petite-fille de déportés à Auschwitz, Agnès Buzyn porte en elle les stigmates de l’histoire tragique du XXe siècle, écrit Le Figaro. Son entrée en lice, pour le scrutin de mai, rebattrait les cartes au gouvernement. ‘’Un remaniement pourrait intervenir en avril’’, croit savoir un macroniste historique. Sans attendre, les spéculations vont bon train. Le nom de Nicolas Revel circule d’ores et déjà pour occuper son fauteuil. Directeur de la Caisse nationale de l’assurance-maladie, c’est surtout un proche d’Emmanuel Macron (tous deux furent secrétaire général adjoint à l’Élysée, au début du quinquennat Hollande). »

La tentation sera-t-elle à ce point forte qu’elle abandonnerait ses « belles lois » qu’elle se disait heureuse de porter ?  A commencer par celle qui vise à refonder notre système de santé ? Sans oublier la révision de la loi de bioéthique et celle de la réforme des retraites. Mais il semble bien Agnès Buzyn entend quitter au plus vite sa casquette  d’experte pour entrer de plain-pied dans le grand et rutilant univers de la politique. Mais après vingt mois au pouvoir, elle se sent armée pour sauter le pas.

« J’en ai marre qu’on me cantonne uniquement à mon champ de compétences Je veux bien parler tous les jours de la grippe et des urgences mais je suis engagée sur tous les  sujet, déclarait-elle le 10 février dernier.  On a besoin d’un récit collectif. Je veux pouvoir m’autoriser à parler de tout. » Elle disait encore souhaiter, désormais, « faire de la politique et [se] lâcher » (sic). Est-ce dire que faire de la politique c’est, consubstantiellement, sortir de son champ de compétences ? Et si oui à quelles fins ?

A demain

@jynau

 

 

 

 

Champs de compétences : Agnès Buzyn pourrait prochainement quitter le gouvernement

Bonjour

C’est une « indiscrétion exclusive » des Echos (Cécile Cornudet) : Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, pourrait très prochainement quitter le gouvernement. Cette figure de proue de la société civile « envisagerait f’être candidate aux prochaines élections européennes » sur la liste de La République En marche (LREM). « Elle doit rencontrer prochainement Stéphane Séjourné, le directeur de la campagne du mouvement présidentiel. Sans être tête de liste, elle pourrait faire partie d’un quatuor de personnalités pour porter la campagne » précise le quotidien économique.

Il ajoute que cette l’ancienne hématologue et professeure des universités a souvent exprimé son envie de s’inscrire en politique sur la durée, dans un mandat électif. Quitter le gouvernement ? C’était le 10 février dernier. Nous avions, pour notre part, déjà perçu un symptôme signifiant.  « Quand le moment du bilan sera venu, voilà un portrait qu’il faudra retrouver » écrivions-nous. Un portrait intitulé « Buzyn, la ministre qui veut se ‘’lâcher’’ ». Signé d’Anna Cabana on le trouvait alors dans le Journal du Dimanche.

S’autoriser à parler de tout

Portrait peu banal d’une ministre longtemps tenue pour idéale et dont on découvrirait (à l’Elysée) qu’elle serait notablement sous-employée. « Profil rassurant », certes, mais ne parvenant pas à imprimer dans les médias – à la différence notable de Marlène Schiappa, 36 ans. « Aux yeux des journalistes, les sujets n’existent que s’ils sont polémiques, confiait Agnès Buzyn. Je ne parle pas fort et je ne suis pas clivante. » Et encore :

« J’en ai marre qu’on me cantonne uniquement à mon champ de compétences Je veux bien parler tous les jours de la grippe et des urgences mais je suis engagée sur tous les  sujets (…) On a besoin d’un récit collectif. Je veux pouvoir m’autoriser à parler de tout. »

Elle disait encore souhaiter désormais « faire de la politique et [se] lâcher » (sic). « Si cette option se confirmait, elle devrait quitter le gouvernement précisent Les Echos. Et ce à l’occasion du remaniement qui est envisagé dans les prochaines semaines pour remplacer les ministres candidats aux européennes du 26 mai et aux élections municipales de 2020. » Contacté le vendredi 22 février par Le Quotidien du Médecin  (Martin Dumas Primbault), l’entourage d’Agnès Buzyn  a déclaré « ni confirmer ni infirmer cette information » et « ne pas vouloir faire de commentaire pour le moment ». Certes. Mais jusqu’à quand ?

A demain

@jynau

Le dérangeant mea culpa de Marlène Schiappa : PMA, homophobie et terrorisme islamique 

Bonjour

« La Manif pour Tous » attendait des « excuses immédiates » ; elle n’aura reçu que la moitié d’un mea culpa de Marlène Schiappa. Rappelons que dans l’application soutenue qu’elle met dans la mise en scène médiatique d’elle-même la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes a accordé un improbable entretien à Valeurs actuelles. Là elle « souligne l’existence d’une convergence idéologique » entre La Manif pour tous et « les terroristes islamistes » – sans toutefois les mettre « sur le même plan » (sic).

Extraits :  «  (…) Il y a une explosion des actes antisémites, mais aussi homophobes. Ce sont deux catégories de la population soupçonnées d’être riches. Le deuxième point commun entre homophobie et antisémitisme est que ce sont les théories islamistes radicales qui désignent comme boucs émissaires ces personnes-là. Il y a une alliance entre les gens d’extrême droite et les islamistes, qui s’unissent de fait dans ce combat. Il y a des slogans de La Manif pour tous qui sont lancés dans les banlieues. (…) Les slogans et l’agressivité de la « manif pour tous » ont nourri la recrudescence de violences homophobes: + 64 % l’année dernière. L’homophobie se nourrit des messages de haine proférés par La Manif pour tous. (…) »  

Ce fut, à droite, un tollé. Et, à gauche, un silence plus que gêné sinon gênant.  « En comparant l’incomparable, Marlène Schiappa se livre à une provocation qui augure très mal du débat à venir sur les enjeux majeurs de la révision de la loi de bioéthique, observa La Manif pour tous. Les caricatures et les violences verbales n’ont pas leur place dans le débat public. »Un débat qu’Emmanuel Macron  souhaitait, hier encore, « apaisé ». Et cette association de porter plainte pour diffamation publique auprès de la Cour de justice de la République, dénonçant des « propos scandaleux » et une « insulte gravissime aux millions de Français mobilisés depuis 2012 pour témoigner pacifiquement de leur attachement à la famille ».

Ne pas boycotter Valeurs actuelles

Serait-ce le vent du boulet ? Voici qu’aujourd’hui, l’encre de Valeurs actuelles à peine sèche, Marlène Schiappa, présentr ses « excuses à toutes les personnes qui auraient pu se sentir sincèrement blessées ». « J’en assume la responsabilité. Lorsqu’un message est mal reçu c’est qu’il a été mal émis. Les gens qui ont adhéré à La Manif pour tous ne sont évidemment pas des terroristes », écrit la secrétaire d’Etat dans un communiqué publié vendredi 22 février. Explications :

 « Au cours des échanges d’une durée de près de deux heures, j’ai souligné une convergence idéologique entre différents courants de pensée se rejoignant dans le refus de l’altérité, dans la remise en cause des droits des femmes ou des droits des personnes LGBT + . Je souhaite depuis le début de mes missions m’adresser à tout le monde, sans sectarisme, et sans boycotter [sic] aucune publication que ce soit, et dans le respect mutuel. Je continuerai en ce sens. »

Une chose en somme, suivie de son contraire. Où l’on retient cette justification : « lorsqu’un message a été mal perçu c’est qu’il a été mal émis ». Et ce nouveau message qui « souligne une convergence idéologique entre différents courants de pensée se rejoignant dans le refus de l’altérité (…) ». Un message émis, sans sectarisme, par l’actuelle secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes.

A demain

@jynau

PS Sur l’usage fait du mot « homophobie » dans les médias on peut consulter le précieux « La langue des médias. Destruction du langage et fabrication du consentement  » d’Ingrid Riocreux Editions de l’Artilleur/Toucan

 

 

 

A savoir : Agnès Buzyn «en a marre» d’être cantonnée à son champ de compétences

Bonjour

Quand le moment du bilan sera venu, voilà un portrait qu’il faudra retrouver: « Buzyn, la ministre qui veut se ‘’lâcher’’ ». Signé d’Anna Cabana on le trouve dans le Journal du Dimanche. Etrange portrait qui vient au terme d’un très long dossier consacré aux « vrais chiffres » des hôpitaux et maternités qui ont fermé, ce sous-chapitre des déserts médicaux, aiguillon des Gilets Jaunes.

Portrait peu banal, donc, d’une ministre longtemps tenue pour idéale et dont on découvrirait (à l’Elysée) qu’elle serait notablement sous-employée. « Profil rassurant », certes, mais ne parvenant pas à imprimer dans les médias – à la différence notable de Marlène Schiappa, 36 ans. « Aux yeux des journalistes 1, les sujets n’existent que s’ils sont polémiques, dit-elle. Je ne parle pas fort et je ne suis pas clivante. » Et quand elle cherche à « cliver » c’est souvent une opération ratée.Comme quand elle a « forcé le trait » vis-à-vis de François-Xavier Bellamy, 33 ans, (tête de liste des Républicains aux élections européennes) accusant ce dernier « d’être hostile à la contraception » quand il s’est déclaré personnellement opposé à l’IVG.

« A cogner trop fort on prend le risque de disqualifier son indignation, non ? demande la journaliste. ‘’Je suis très spontanée, je ne calcule pas sur qui je vais cogner ni quand, répond-elle. Un peu comme le président de la République qui parfois se lâche et dit ce qu’il pense’’ (sic). » Et de revenir sur le cas François-Xavier Bellamy qu’elle qualifie cette fois d’ « archaïque ».

Parler tous les jours de la grippe et des urgences

Portrait en rupture d’une femme que « l’on ne saurait soupçonner d’être hypocrite » et qui entend désormais ouvertement faire de plus en plus de « politique ». « J’en ai marre qu’on me cantonne uniquement à mon champ de compétences, ose-t-elle déclarer à la journaliste. Je veux bien parler tous les jours de la grippe et des urgences mais je suis engagée sur tous les  sujets (…) On a besoin d’un récit collectif. Je veux pouvoir m’autoriser à parler de tout. »

Elle le dit aussi autrement. Elle souhaite désormais « faire de la politique et [se] lâcher » (sic). Est-ce dire que faire de la politique c’est, consubstantiellement, sortir de son champ de compétences ? Et si oui à quelles autres fins que le seul exercice du pouvoir ?

Et puis retour à la modestie : «  Je ne sais pas si le président de la République a eu raison de me faire confiance en mai 2017 ». Avant de menacer et de prendre le risque de se vanter avec une phrase à l’emporte-pièce : « Je suis extrêmement tenace, je ne lâche rien et je gagne à la fin ». Agnès Buzyn gagnera-t-elle à la fin ? Sur quels tableaux ? Le moment du bilan venu c’est un portrait qu’il faudra retrouver.

A demain

@jynau

1 Cette interrogation de l’historien Patrick Boucheron dans le même Journal du Dimanche (propos recueillis Marie-Laure Delorme) : « Comment en est-on arrivé à ce que les journalistes soient perçus comme des nantis et des ‘’chiens de garde’’ de l’Etat, au mépris de toute sociologie réaliste de l’exercice de leur métier ? » Il est peu vraisemblable que « les journalistes » soient, ici, capables d’apporter une réponse objective. Qui le pourra ?

 

Mais qui est ce médecin et député macronien soudain accusé de sexisme et de vulgarité ?

Bonjour

Le nouveau monde macronien n’est pas sans réserver quelques surprises et autres désinhibitions. Au lendemain de Noël les citoyens apprenaient que le chef de file des députés La République en marche (LRM), Gilles Le Gendre, dénonçait les « propos inadmissibles » d’un député LRM – député « des Français établis à l’étranger ». Avant le réveillon ce député avait tweeté ceci à l’adresse d’Esther Benbassa, sénatrice Europe Ecologie-Les Verts (EELV) du Val-de-Marne.

« Avec le pot de maquillage @EstherBenbassa que vous vous mettez sur la tête, vous incarnez plus que jamais ce que vous tentez maladroitement de caricaturer. Vous le sentez l’amalgame violent maintenant? https://twitter.com/EstherBenbassa/status/1076414210370883584 … »

Réaction, deux jours plus tard, de M. Le Gendre sur Twitter : « Le bureau du groupe parlementaire LRM se désolidarise de notre collègue Joachim Son-Forget à la suite de ses propos inadmissibles contre la sénatrice Esther Benbassa. Aucune controverse politique ne justifie de verser dans le sexisme et la vulgarité », a déclaré M. Le Gendre sur Twitter.

Pour sa part la sénatrice déclarait à l’Agence France Presse que « l’expression sans complexe d’un tel sexisme, venant d’un parlementaire, après #metoo, a de quoi laisser sans voix ». Et le député de répliquer : « La référence au maquillage ne peut en aucun cas être mélangée à une attaque sur le physique ». Et Le Monde de rappeler qu’en septembre dernier ce député des Français de l’étranger avait déjà reçu de vives critiques pour avoir défendu le forain Marcel Campion, qui avait tenu des propos homophobes à propos d’élus parisiens.

Rebondissement à la veille des vœux du président de la République : le député accusé de sexisme a annoncé au magazine Valeurs actuelles puis à l’Agence France-Presse, samedi 29 décembre, qu’il venait de quitter le parti présidentiel et son groupe parlementaire. Ce représentant à l’Assemblée nationale « des Français de Suisse et du Liechtenstein » a confié à l’hebdomadaire continuer de soutenir le président Emmanuel Macron, mais ne pas exclure de « constituer une liste aux élections européennes et de créer un parti, quitte à continuer à utiliser la satire et des méthodes de communication innovantes ».

Drame et constance

« Après échanges téléphoniques non fructueux, j’ai pris ma décision après l’avoir annoncée au président. Pas de drame mais de la constance », a, de son côté, écrit le député de 35 ans dans un de ses nombreux messages publiés samedi sur Twitter. « J’ai fait la guerre pour habiter rue de la paix », a-t-il encore publié, citant ainsi le rappeur Booba, accompagné du mot-clé « démissionLREM ».

Et la sénatrice EELV Esther Benbassa de se réjouir (toujours sur Twitter) de ce départ :

« Merci à ttes & ts pour votre soutien. D’abord suspendu de son groupe à l’#Assemblée, @sonjoachim quitte #LREM. Le #sexisme en politique, ça ne passe plus, ça casse. Un seul espoir: qu’il ne passe plus nulle part. C’est notre combat commun à ttes et à ts. Avis à @MarleneSchiappa. »

Les médias recensent les sorties du député abandonnant son groupe. Un peu avant minuit jeudi, il avait commencé par un selfie posté par le député avec une peluche de blaireau, où il s’en prenait à ceux, dont ses collègues LRM, qui avaient critiqué ses propos envers Mme Benbassa. « Dédicace spéciale à tous les trolls, collègues hypocrites déversant leur fiel, poltrons cachés dans leur anonymat, et toute ma compassion envers les binaires et les coincés au level 1, le boss de fin étant trop subtil et trop intelligent pour eux », avait-il légendé.

Plus tard, le député a posté une vidéo de lui tirant avec un fusil de sniper – un de ses hobbies – ou des photomontages le montrant en personnage de dessin animé ou en joueur de foot avec le maillot de la Suisse devant le drapeau du Kosovo.

Mécanismes visuo-vestibulaires de l’auto-conscience corporelle

Mais qui est donc ce député ? Il s’agit de Joachim Son-Forget, 35 ans, né Kim Jae Duk à Séoul – avant d’être adopté, à l’âge de trois ans, par une famille française et de grandir à Langres. Il fait ses études à Dijon, Paris et Lausanne. Une carrière peu banale exposée dans le détail sur Wikipédia :

« Titulaire d’un master recherche en sciences cognitives (co-accrédité par l’université Paris-Descartes, l’EHESS et l’ENS Paris) qu’il valide avec un mémoire encadré par Stanislas Dehaene. Poursuivant aussi des études de médecine, il obtient en 2008 son diplôme de fin de deuxième cycle des études médicales à l’université de Dijon puis passe l’examen classant national.

« À la suite de cet examen, il décide de poursuivre son cursus médical en Suisse et d’y effectuer l’intégralité de son internat, en tant qu’interne en radiologie au centre hospitalier universitaire vaudois à Lausanne. Il obtient en 2015 un doctorat en sciences médicales en neurosciences cohabilité par l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et l’université de Lausanne ; rédigé sous la direction d’Olaf Blanke et Reto Meuli, il porte sur le thème des mécanismes visuo-vestibulaires de l’auto-conscience corporelle. »

Et, en parallèle, ce médecin soutient François Hollande lors de l’élection présidentielle de 2012. Cinq ans plus tard est nommé candidat nommé de LREM  aux élections législatives dans la sixième circonscription des Français établis hors de France. Obtient 63,21 % des voix dès le premier tour. Une trop forte abstention ne lui permet pas d’être directement élu13. Au second tour, il obtient 74,94 % des voix, l’abstention culminant à 81,22 %.

Président du cercle de réflexion Global Variations il obtient la nationalité kosovare en juin 2018 « à titre exceptionnel ». Il explique que dès son adolescence « il a été très tôt captivé par la richesse culturelle et humaine du pays » et est par ailleurs vice-président du groupe d’amitié France-Kosovo à l’Assemblée nationale.  Le Monde parle, à son endroit, d’un député qui signe « de nombreux tweets assez éloignés de la réserve attendue d’un député ». Euphémisme. Nouveau monde macronien, surprises et désinhibitions.

A demain

@jynau