A savoir : Agnès Buzyn «en a marre» d’être cantonnée à son champ de compétences

Bonjour

Quand le moment du bilan sera venu, voilà un portrait qu’il faudra retrouver: « Buzyn, la ministre qui veut se ‘’lâcher’’ ». Signé d’Anna Cabana on le trouve dans le Journal du Dimanche. Etrange portrait qui vient au terme d’un très long dossier consacré aux « vrais chiffres » des hôpitaux et maternités qui ont fermé, ce sous-chapitre des déserts médicaux, aiguillon des Gilets Jaunes.

Portrait peu banal, donc, d’une ministre longtemps tenue pour idéale et dont on découvrirait (à l’Elysée) qu’elle serait notablement sous-employée. « Profil rassurant », certes, mais ne parvenant pas à imprimer dans les médias – à la différence notable de Marlène Schiappa, 36 ans. « Aux yeux des journalistes 1, les sujets n’existent que s’ils sont polémiques, dit-elle. Je ne parle pas fort et je ne suis pas clivante. » Et quand elle cherche à « cliver » c’est souvent une opération ratée.Comme quand elle a « forcé le trait » vis-à-vis de François-Xavier Bellamy, 33 ans, (tête de liste des Républicains aux élections européennes) accusant ce dernier « d’être hostile à la contraception » quand il s’est déclaré personnellement opposé à l’IVG.

« A cogner trop fort on prend le risque de disqualifier son indignation, non ? demande la journaliste. ‘’Je suis très spontanée, je ne calcule pas sur qui je vais cogner ni quand, répond-elle. Un peu comme le président de la République qui parfois se lâche et dit ce qu’il pense’’ (sic). » Et de revenir sur le cas François-Xavier Bellamy qu’elle qualifie cette fois d’ « archaïque ».

Parler tous les jours de la grippe et des urgences

Portrait en rupture d’une femme que « l’on ne saurait soupçonner d’être hypocrite » et qui entend désormais ouvertement faire de plus en plus de « politique ». « J’en ai marre qu’on me cantonne uniquement à mon champ de compétences, ose-t-elle déclarer à la journaliste. Je veux bien parler tous les jours de la grippe et des urgences mais je suis engagée sur tous les  sujets (…) On a besoin d’un récit collectif. Je veux pouvoir m’autoriser à parler de tout. »

Elle le dit aussi autrement. Elle souhaite désormais « faire de la politique et [se] lâcher » (sic). Est-ce dire que faire de la politique c’est, consubstantiellement, sortir de son champ de compétences ? Et si oui à quelles autres fins que le seul exercice du pouvoir ?

Et puis retour à la modestie : «  Je ne sais pas si le président de la République a eu raison de me faire confiance en mai 2017 ». Avant de menacer et de prendre le risque de se vanter avec une phrase à l’emporte-pièce : « Je suis extrêmement tenace, je ne lâche rien et je gagne à la fin ». Agnès Buzyn gagnera-t-elle à la fin ? Sur quels tableaux ? Le moment du bilan venu c’est un portrait qu’il faudra retrouver.

A demain

@jynau

1 Cette interrogation de l’historien Patrick Boucheron dans le même Journal du Dimanche (propos recueillis Marie-Laure Delorme) : « Comment en est-on arrivé à ce que les journalistes soient perçus comme des nantis et des ‘’chiens de garde’’ de l’Etat, au mépris de toute sociologie réaliste de l’exercice de leur métier ? » Il est peu vraisemblable que « les journalistes » soient, ici, capables d’apporter une réponse objective. Qui le pourra ?

 

Mais qui est ce médecin et député macronien soudain accusé de sexisme et de vulgarité ?

Bonjour

Le nouveau monde macronien n’est pas sans réserver quelques surprises et autres désinhibitions. Au lendemain de Noël les citoyens apprenaient que le chef de file des députés La République en marche (LRM), Gilles Le Gendre, dénonçait les « propos inadmissibles » d’un député LRM – député « des Français établis à l’étranger ». Avant le réveillon ce député avait tweeté ceci à l’adresse d’Esther Benbassa, sénatrice Europe Ecologie-Les Verts (EELV) du Val-de-Marne.

« Avec le pot de maquillage @EstherBenbassa que vous vous mettez sur la tête, vous incarnez plus que jamais ce que vous tentez maladroitement de caricaturer. Vous le sentez l’amalgame violent maintenant? https://twitter.com/EstherBenbassa/status/1076414210370883584 … »

Réaction, deux jours plus tard, de M. Le Gendre sur Twitter : « Le bureau du groupe parlementaire LRM se désolidarise de notre collègue Joachim Son-Forget à la suite de ses propos inadmissibles contre la sénatrice Esther Benbassa. Aucune controverse politique ne justifie de verser dans le sexisme et la vulgarité », a déclaré M. Le Gendre sur Twitter.

Pour sa part la sénatrice déclarait à l’Agence France Presse que « l’expression sans complexe d’un tel sexisme, venant d’un parlementaire, après #metoo, a de quoi laisser sans voix ». Et le député de répliquer : « La référence au maquillage ne peut en aucun cas être mélangée à une attaque sur le physique ». Et Le Monde de rappeler qu’en septembre dernier ce député des Français de l’étranger avait déjà reçu de vives critiques pour avoir défendu le forain Marcel Campion, qui avait tenu des propos homophobes à propos d’élus parisiens.

Rebondissement à la veille des vœux du président de la République : le député accusé de sexisme a annoncé au magazine Valeurs actuelles puis à l’Agence France-Presse, samedi 29 décembre, qu’il venait de quitter le parti présidentiel et son groupe parlementaire. Ce représentant à l’Assemblée nationale « des Français de Suisse et du Liechtenstein » a confié à l’hebdomadaire continuer de soutenir le président Emmanuel Macron, mais ne pas exclure de « constituer une liste aux élections européennes et de créer un parti, quitte à continuer à utiliser la satire et des méthodes de communication innovantes ».

Drame et constance

« Après échanges téléphoniques non fructueux, j’ai pris ma décision après l’avoir annoncée au président. Pas de drame mais de la constance », a, de son côté, écrit le député de 35 ans dans un de ses nombreux messages publiés samedi sur Twitter. « J’ai fait la guerre pour habiter rue de la paix », a-t-il encore publié, citant ainsi le rappeur Booba, accompagné du mot-clé « démissionLREM ».

Et la sénatrice EELV Esther Benbassa de se réjouir (toujours sur Twitter) de ce départ :

« Merci à ttes & ts pour votre soutien. D’abord suspendu de son groupe à l’#Assemblée, @sonjoachim quitte #LREM. Le #sexisme en politique, ça ne passe plus, ça casse. Un seul espoir: qu’il ne passe plus nulle part. C’est notre combat commun à ttes et à ts. Avis à @MarleneSchiappa. »

Les médias recensent les sorties du député abandonnant son groupe. Un peu avant minuit jeudi, il avait commencé par un selfie posté par le député avec une peluche de blaireau, où il s’en prenait à ceux, dont ses collègues LRM, qui avaient critiqué ses propos envers Mme Benbassa. « Dédicace spéciale à tous les trolls, collègues hypocrites déversant leur fiel, poltrons cachés dans leur anonymat, et toute ma compassion envers les binaires et les coincés au level 1, le boss de fin étant trop subtil et trop intelligent pour eux », avait-il légendé.

Plus tard, le député a posté une vidéo de lui tirant avec un fusil de sniper – un de ses hobbies – ou des photomontages le montrant en personnage de dessin animé ou en joueur de foot avec le maillot de la Suisse devant le drapeau du Kosovo.

Mécanismes visuo-vestibulaires de l’auto-conscience corporelle

Mais qui est donc ce député ? Il s’agit de Joachim Son-Forget, 35 ans, né Kim Jae Duk à Séoul – avant d’être adopté, à l’âge de trois ans, par une famille française et de grandir à Langres. Il fait ses études à Dijon, Paris et Lausanne. Une carrière peu banale exposée dans le détail sur Wikipédia :

« Titulaire d’un master recherche en sciences cognitives (co-accrédité par l’université Paris-Descartes, l’EHESS et l’ENS Paris) qu’il valide avec un mémoire encadré par Stanislas Dehaene. Poursuivant aussi des études de médecine, il obtient en 2008 son diplôme de fin de deuxième cycle des études médicales à l’université de Dijon puis passe l’examen classant national.

« À la suite de cet examen, il décide de poursuivre son cursus médical en Suisse et d’y effectuer l’intégralité de son internat, en tant qu’interne en radiologie au centre hospitalier universitaire vaudois à Lausanne. Il obtient en 2015 un doctorat en sciences médicales en neurosciences cohabilité par l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et l’université de Lausanne ; rédigé sous la direction d’Olaf Blanke et Reto Meuli, il porte sur le thème des mécanismes visuo-vestibulaires de l’auto-conscience corporelle. »

Et, en parallèle, ce médecin soutient François Hollande lors de l’élection présidentielle de 2012. Cinq ans plus tard est nommé candidat nommé de LREM  aux élections législatives dans la sixième circonscription des Français établis hors de France. Obtient 63,21 % des voix dès le premier tour. Une trop forte abstention ne lui permet pas d’être directement élu13. Au second tour, il obtient 74,94 % des voix, l’abstention culminant à 81,22 %.

Président du cercle de réflexion Global Variations il obtient la nationalité kosovare en juin 2018 « à titre exceptionnel ». Il explique que dès son adolescence « il a été très tôt captivé par la richesse culturelle et humaine du pays » et est par ailleurs vice-président du groupe d’amitié France-Kosovo à l’Assemblée nationale.  Le Monde parle, à son endroit, d’un député qui signe « de nombreux tweets assez éloignés de la réserve attendue d’un député ». Euphémisme. Nouveau monde macronien, surprises et désinhibitions.

A demain

@jynau

 

Premiers humains génétiquement modifiés : le Frankenstein chinois va faire une « pause »

Bonjour

28 novembre 2018. Quelques lignes mandées depuis Hongkong par l’AFP. Et une question centrale : l’a-t-il ou non véritablement fait ?  He Jiankui, chercheur de la Southern University of Science and Technology (SUSTech) à Shenzhen a-t-il commis l’irréversible : a-t-il, comme il l’avait affirmé à l’Associated Press, modifié pour la première fois dans l’histoire le patrimoine héréditaire d’embryons humains ?

Cette annonce avait suscité d’innombrables interrogations au sein de la communauté scientifique spécialisée. Puis quelques indignations. Mercredi 28 novembre dans le cadre du « Second International Summit on Human Genome Editing » (sic) He Jiankui a annoncé faire une « pause » dans ses essais cliniques – et ce « compte tenu de la situation actuelle ». Le scientifique a déclaré devoir « présenter des excuses pour le fait que ce résultat ait fuité de façon inattendue » (re-sic). Pour autant il semble être fier de son exploit, financé sur ses propres deniers nous dit la BBC.

« He Jiankui est également revenu sur les conditions dans lesquelles son expérience s’était déroulée, précise l’AFP. Il a ainsi expliqué lors d’une table ronde qui se tenait dans un amphithéâtre bondé que huit couples composés d’un père séropositif et d’une mère séronégative s’étaient portés volontaires avant que l’un d’entre eux ne se rétracte. »

Nous sommes en novembre 2018. Que se passera-t-il ensuite ?

A demain

@jynau

Le rugby ne faisait pas de «beaux vieux». Devrait-il, désormais, tuer des jeunes ?

Bonjour

Ne pas désespérer ?  La prise de conscience semble en marche après la mort de Louis Fajfrowski, 21 ans et joueur professionnel d’Aurillac. Un placage « viril mais correct » nous dit-on – placage thoracique sur lequel il faudra bien revenir.

Se souvenir. C’est une de ces formules comme le rugby et les journalistes en ont le secret. Elle parle de ce jeu merveilleux et de ceux qu’il a pu enchanter, qu’il a pu abîmer. Des formules nées dans les gradins, les vestiaires et le papier dicté aux sténos avant l’heure fatidique d’une mi-temps dite troisième. La formule qui parlait des pianos, de ceux qui en jouaient et de ceux qui les déménageaient.

Et puis cette autre, une affaire d’homme, de virils en noir et blanc prenant crânement conscience des frontières temporelles de leur virilité : « nous risquons de ne pas faire de beaux vieux … ». La formule est reprise aujourd’hui dans L’Equipe (Frédéric Bernès – avec L.C., A.R. et P.P.). Elle nous dit que tout, certes, nétait pas rose jadis (notamment au sein des rachis des mêlées effondrées). Mais cette même formule est aussi citée parce que, désormais, c’est le spectre de la mort qui plane autour des tribunes, sur le pré, dans les colonnes et sur les sites.

Jeune Gros Pardessus

« On ne sait pas si le rugby tue » (sic) titre L’Equipe.  Et le quotidien sportif de réunir les témoignages de ceux qui le redoute. Bel éventail : vraies inquiétudes – lâches défausses des petits-enfants des Gros Pardessus. Une suite de syllogismes qui parle à la fois d’un « jeu » et d’un « travail ».

Mais avec aussi, enfin, une vraie question. Non  plus celle, hypocrite, des « protocoles commotions », mais bien celle, urgente, de la modification des règles du placage. Ce placage qui est au cœur des interrogations quant à l’origine de la mort du jeune Louis Fajfrowski. Ce placage qui aurait, selon L’Equipe, été filmé et enregistré mais dont les images sont aujourd’hui tenues secrètes.

Le Dr Serge Simon, jeune Gros Pardessus,  pourrait-il, au plus vite, nous dire pourquoi ? Pourquoi, après avoir tant (et quelquefois si bien) parlé il se mure désormais dans un étrange silence.

A demain

Cahuzac : l’ancien ministre doit-il aussi être condamné à ne plus jamais pouvoir soigner ?

Bonjour

Nous l’avions quitté alors qu’il venait d’être embauché, pour un mois, au fin fond de la Guyane – médecin généraliste dans un dispensaire. Et demain ? Haine vigilante, la confraternité va-t-elle le frapper de plein fouet ? Faire de l’ancien ministre prometteur de la République un paria définitif ? Le Dr Alain Choux, un confrère parisien, vient de saisir l’Ordre. Observant que le casier judiciaire de l’ancien brillant chirurgien n’est plus vierge il va engager une action contre lui. L’affaire est rapportée dans Le Journal du Dimanche.

On y explique qu’il ne reste plus au Dr Choux qu’à porter plainte contre ce confrère «  qui a manifestement bafoué les bases de notre exercice médical ». « Bien entendu, après une tentative de conciliation, je saisirai le Conseil disciplinaire de l’Ordre des médecins pour demander une radiation de ce repris de justice ». « Implacable procédurier – il avait obtenu en 2014 un an d’interdiction d’exercer, dont six mois avec sursis, à l’encontre des professeurs Philippe Even et Bernard Debré suite à la publication de leur Guide des 4.000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux, sorti en 2012 » rapporte le journal dominical, repris par de nombreux médias dans une France caniculaire à la recherche d’informations fraîches.

Dans le courrier qu’il vient d’adresser au président du conseil de l’Ordre des médecins de Corse du Sud (« et que le JDD a pu consulter »), le médecin parisien fait mine de s’interroger : « Sauf erreur ou omission de ma part, lors de mon inscription à l’Ordre des médecins de Paris, j’ai dû fournir une copie certifiée conforme qui confirmait que mon casier judiciaire était vierge de toute condamnation ». L’ancien ministre du Budget a été condamné, en mai dernier, à 4 ans de prison et 300.000 euros d’amende pour « fraude fiscale » et « blanchiment de fraude fiscale ».

Cela impose-t-il, dans la foulée, de ne plus jamais pouvoir disposer d’un caducée ? De ne plus jamais pouvoir visser sa plaque ? De ne plus jamais regarder Knock les yeux dans les yeux ? Ce Knock qui, sur la fin, ne pouvait plus, sans trembler, se regarder dans un miroir.

A demain

Luc Montagnier auto-hypnotisé : confidences inédites d’un prix Nobel de médecine

Bonjour

« Avant d’avoir lu ce livre, l’hypnose évoquait pour moi le souvenir d’un tableau célèbre d’André Brouillet à la fin du XIXè siècle, qui montrait le Pr Jean-Martin Charcot à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière endormant une de ses patientes que l’on qualifiait à l’époque d’ « hystérique » ». Ainsi commence la préface d’un petit ouvrage de vulgarisation consacré à l’hypnose 1. Une préface d’exception, signée du Pr Luc Montagnier, prix Nobel 2008 de médecine, co-découvreur du VIH – un homme radicalement étrange qui a disparu des radars de la science officielle.

Professant des théories inaudibles. Fuyant les ors académiques et semblant goûter un malin plaisir à alimenter vindictes et polémiques. On attend l’autobiographie. Ou la biographie non autorisée.

Et Luc Montagnier, 85 ans, de remonter vers son passé : « Plus loin encore dans mes souvenirs d’enfance, sortis de mon subconscient, le nom de Charcot évoquait son fils, le commandant Jean-Baptiste Charcot, et sa disparition tragique dans sa dernière exploration arctique avec son bateau le Pourquoi pas , ce qui avait suscité beaucoup d’émotion à l’époque, juste avant les monstrueuses dévastations de la guerre. » C’était en 1936 et Charcot avait 69 ans, Luc Montagnier en avait quatre.

Pleine conscience

Et maintenant ? Le Nobel rappelle que l’hypnose, loin de sombrer, a évolué. Nous sommes aux antipodes « des salles de spectacle où des sujets bien choisis s’effondraient ou se réveillaient au doigt et à l’oeil de l’hypnotiseur ». « Non, l’hypnose est bien plus que cela, assure le Pr Luc Montagnier. Elle peut agir sur les grands maux de notre siècle, dont la douleur, l’addiction au tabac, l’obésité, le stress. Désormais, de nombreuses opérations chirurgicales sont effectuées sous hypnose, sans aucune anesthésie. »

Et d’ajouter que les médecines « intégratives » (c’est-à-dire celles qui mélangent médecine classique et médecines douces -hypnose, acupuncture, homéopathie, etc.-) « connaissent un succès grandissant dans le monde ». « La médecine d’aujourd’hui veut associer les pouvoirs insoupçonnés de la psyché à la vogue de la chimie et de la biologie moléculaire, conclut-il. Ces ressources qui sommeillent en notre cerveau, l’hypnose paradoxalement est là pour les réveiller. »

Certes, certes. Mais encore ? Qui est réveillé, les yeux fermés, en pleine conscience 2 ? Et qui , sous nos yeux, disparaît ?

A demain

1 « Votre santé les yeux fermés », de Richard Garnier (Éditions Albin Michel).

2 Remarquable : « Qu’est-ce que la conscience » du Pr Dominique Laplane (Editions Dervy)

Les nouvelles aventures de Jérôme Cahuzac, médecin généraliste à l’ombre de Cayenne 

Bonjour

Il y a toujours eu de l’épique chez Jérôme Cahuzac,  héros post-balzacien. Nous avions tôt croisé l’homme qui, dans les antichambres du pouvoir, vivait aux antipodes de la réduction des risques quand cette dernière émergeait. Rastignac, énergie hors du commun. Un atypique, alors, dans les champs ouatés de la politique et de l’industrie pharmaceutique. A dire vrai il pouvait, alors, faire peur. Trop vite, trop haut, trop loin.

Puis on vit ce plongeur-escaladeur prendre, avenue de Breteuil, d’autres ascenseurs autrement huilés, s’envoler vers les plus hautes cimes de l’exécutif de notre République. Sous les ors, ils lévitait. On connaît la suite. L’aveu, la justice, le tragique. Et demain ? Peut-être, la rédaction du roman de sa vie. Un roman vrai construit sur une forfaiture du tonnerre – un mensonge historique prononcé, les yeux dans les yeux, dans un temple de la République française.

On le retrouva, ici ou là, sur des photos volées dans la solitude des montagnes corses. Puis aujourd’hui, voici le Dr Cahuzac dans la moiteur de Guyane, à l’ombre réclamée de l’hôpital de Cayenne. Aucune erreur : Jérôme Cahuzac, ministre de l’Economie et des finances au temps de François Hollande, reconnu coupable de fraude fiscale et de blanchiment de fraude fiscale vient d’être recruté comme médecin contractuel à orientation généraliste (pour une durée d’un mois) au sein du CH de Guyane, centre hospitalier Andrée-Rosemon.

Plus précisément sa mission, à compter de ce lundi 2 juillet, s’effectuera à Camopi, une petite commune souffrante au bord de l’Oyapock à proximité de la frontière brésilienne. C’est le quotidien local France Guyane qui a révélé l’information. Dans une interview à « Guyane la 1ère, » Agnès Drouhin, directrice du Centre Hospitalier Andrée Rosemon, explique que c’est Jérôme Cahuzac qui a proposé sa candidature.

Avenue des flamboyants

Camopi ? Un village isolé de 1.700 habitants, accessible uniquement en pirogue ou par avion au départ de Cayenne. Camopi et son CDPS : Centre Délocalisé de Prévention et de Soins. « M. Cahuzac s’est rendu à bord d’une pirogue dans ce village isolé de 1 700 habitants au sud-est de la Guyane, entre fleuve et forêt à la frontière du Brésil. ‘’Il avait déjà repris son activité médicale, a déclaré à l’Agence France-Presse le service de communication de l’hôpital, ajoutant qu’’’il est inscrit à l’Ordre des médecins ».

On se souvient qu’à l’encontre de cet ancien médecin le tribunal correctionnel avait prononcé une peine de trois ans ferme, en première instance, en décembre 2016. Il s’agissait, selon les termes du jugement, de sanctionner une « faute pénale d’une rare et exceptionnelle gravité, destructrice du lien social et de la confiance des citoyens dans les institutions de l’Etat et de ses représentants ». L’ancien ministre a fait appel dans l’espoir de bénéficier d’un aménagement de peine qui lui permettrait de ne pas passer par la case prison.

Puis, le 15 mai dernier, la cour d’appel de Paris condamnait Jérôme Cahuzac à quatre ans d’emprisonnement dont deux avec sursis. Une aggravation symboliquement de la peine mais aussi la perspective de ne pas aller en prison : le code de procédure pénale permet à toute personne condamnée à deux ans ou moins d’emprisonnement ferme de bénéficier d’un aménagement de peine. Mais, coup de pied de l’âne judiciaire : les juges d’appel ont refusé à l’ancien ministre un aménagement ab initio – dès le prononcé de la peine –, renvoyant la responsabilité de la décision à l’un de leur collègue en charge de l’application des peines. Celui-ci se prononcera dans quelques mois lors d’une audience à huis clos.

Dans l’attente, faute de pouvoir aller à Canossa, le pénitent, ancien chirurgien brillant, est allé s’enfermer à Camopi. A 66 ans, formidablement résilient, avenue des flamboyants.

A demain