Soupçonné de neuf empoisonnements mortels : non, le Dr Péchier ne passera pas Noël à Besançon

Bonjour

C’est un petit soubresaut dans une affaire dont les médias peinent à prendre la mesure ; l’affaire Frédéric Péchier, anesthésiste soupçonné de vingt-quatre empoisonnements dont neuf mortels. La cour d’appel de Besançon a, le 18 décembre, rejeté une requête du Dr Péchier qui demandait à passer Noël chez lui, près de Besançon.

La défense de l’anesthésiste avait plaidé devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel la modification temporaire du contrôle judiciaire du praticien, interdit de séjour dans le secteur de Besançon, afin de lui permettre de passer une semaine avec sa famille pendant les fêtes de Noël, a précisé la même source.

 « C’est inadmissible qu’il demande ça, il faut respecter les familles », a déclaré à l’AFP le père du petit Teddy, l’une des victimes. Opéré des amygdales en 2016 alors qu’il avait 4 ans, l’enfant avait survécu à deux arrêts cardiaques. « Les neuf morts, on sait où ils passeront Noël », a ajouté le père.

« S’il existait la moindre preuve matérielle je ne serais pas là »

Le Dr Péchier a été mis en examen pour vingt-quatre empoisonnements de patients entre 2008 et fin 2016 – neuf sont décédés. Il est soupçonné d’avoir « pollué » les poches de perfusion de ces patients (âgés de 4 à 80 ans), pour provoquer des arrêts cardiaques puis démontrer ses talents de réanimateur et discréditer des collègues de cliniques de Besançon avec lesquels il était en conflit.  Ce qu’il « conteste farouchement ». L’anesthésiste a été maintenu en liberté sous contrôle judiciaire, avec obligation de quitter Besançon. Il réside désormais chez ses parents à Poitiers.

Il y a six mois il avait donné un entretien en exclusivité à La Nouvelle République (Emmanuel Coupaye). « Depuis deux ans, je clame mon innocence, et je la clame toujours, affirmait-t-il. Moi, je connais le fond du dossier, je ne suis donc pas surpris de cette situation. Mais je comprends que ça choque les gens avec toutes les accusations lancées contre moi. Ce que je retiens, c’est que le dossier n’est pas si clair que ça et qu’il n’y a pas de preuves de ma culpabilité. Vous pensez bien que sinon, je serais en détention. Sur les vingt-quatre cas que l’on me reproche, s’il existait la moindre preuve matérielle ou le moindre témoignage, je ne serais pas là. »

Son avenir ? « Il est catastrophique. Je sais que ma carrière est finie, disait-il. Je ne ferai plus d’anesthésie, c’est impossible. Comment voulez-vous que je sois serein en endormant un patient, vous allez repenser à tout, au moindre pépin, on va venir me voir. Ma vie professionnelle est foutue, quinze ans d’études pour rien. J’ai le bac en poche pour retravailler, voilà ! »

A demain @jynau

Guerre des tranchées entre les «bons vivants» et ceux qui entendent bien le rester (1)

Bonjour

Terribles ambivalences de l’alcool. Ambivalences sans cesse amplifiées avec le vin. C’est un texte dont on pourrait rire. Un texte que l’on pourrait maudire. Un texte que l’on dénoncera. Un texte que nous aurions sans doute pu (avec quelques coupes et compléments) signer.

On le trouvera dans Le Figaro sons un titre trop éloquent :  «Arrêtez de culpabiliser les amateurs de vin ! ». Signés par un groupe fort hétérogène de personnalités embrassant un vaste horizon – dont le journalisme 1. C’est aussi une tribune de mauvaise foi puisque ces personnalités s’opposent aux associations qui militent pour un ‘’mois sans alcool’’ en janvier prochain » – une opération qu’elles dénoncent pour ce qu’elle n’est pas… 2

Voilà bien le début (ou plus exactement la résurgence) d’une guerre. Une guerre médiatique des tranchées. Un conflit entre les « bons vivants » autoproclamés et ceux désignés comme étant leur profil inversés. Une guerre et des impasses. Comment avancer ?

Pour commencer voici ce texte, porté par le talentueux Philippe Claudel. Il vaut d’être lu (nous soulignons), relu et débattu:

« À quoi reconnaît-on qu’une civilisation s’effondre? Peut-être au désintérêt dont certains font montre à l’égard de son patrimoine et de sa culture, ouvrant ainsi le chemin à un piétinement général de ses valeurs et de son histoire, et au rétrécissement de son champ d’existence et de liberté.

« Certaines voix autorisées – par qui? – s’élèvent aujourd’hui pour stigmatiser la consommation d’alcool et culpabiliser le buveur à chaque fois qu’il s’apprête à caresser les flancs d’un verre avant de le porter à ses lèvres. On évoque même la possibilité d’un «mois sans alcool» dès janvier prochain, suivant en cela, comme les moutons que nous sommes souvent, la toquade anglo-saxonne et puritaine du «dry january».

« Cette initiative me consterne. Et je ne sais si la placer de plus en janvier, mois de Saint-Vincent, patron des vignerons, relève de la simple bêtise ou de la provocation.

« On dit une partie et on oublie un tout, comme si on évoquait seulement les notes et pas la musique, les couleurs et non la peinture, les lettres de l’alphabet et jamais la littérature.

« On parle d’alcool pour accuser. On dit une partie et on oublie un tout, comme si on évoquait seulement les notes et pas la musique, les couleurs et non la peinture, les lettres de l’alphabet et jamais la littérature.

« Certes, la molécule d’éthanol est présente dans un armagnac ou un vieux calvados, dans un chassagne-montrachet, un flacon de la Coulée de Serrant, un pauillac, un côte-rôtie, un champagne, un grand vin du Languedoc, mais à la façon de l’armature interne d’une sculpture, qui soutient un ensemble mais n’en constitue pas la beauté. Reprochera-t-on à celui qui contemple le travail de Bourdelle ou de Maillol d’être un pervers adorateur du grillage à poulets sur lequel la glaise ou le plâtre s’appuient et la grâce s’élève?

« Le pays de France est un faible territoire, en superficie, mais je ne connais au monde nul autre endroit qui offre une marqueterie de paysages aussi divers, posés les uns au côté des autres, et, reliées à ces paysages, enracinées en eux, y tirant leur sève et leur vérité, autant de cultures qui s’incarnent dans l’architecture, la gastronomie, les savoirs, les arts et le vin.

« Je m’inquiète de l’inquiétude dont les politiques font preuve à mon égard »

« Certes il existe quantité de vignobles sur terre, et des vins remarquables. Mais les plus grands vins naissent dans les terroirs de France, grâce à une géographie unique et un savoir séculaire transmis de génération en génération. Sur cela chacun s’accorde. Faudrait-il commencer à en avoir honte?

« Au même titre que les châteaux de la Loire, les Pensées de Pascal, la peinture de Poussin, la poésie de Rimbaud, la musique de Pierre Boulez, le vin est un haut fait culturel français, sur lequel se portent les regards et les désirs du monde. Nous sommes les dépositaires de cette richesse. Nous en sommes les heureux bénéficiaires, les gardiens et les garants.

« Notre responsabilité est considérable. Bien sûr, on peut vivre sans vin, et nul n’est contraint d’en boire. Les censeurs nous diront qu’on peut alors espérer vivre plus longtemps, ce qui reste encore à prouver. Mais qu’on ne contraigne pas non plus quiconque à s’en priver. Et puis vivre sans plaisir et sans joie, sans lumière et sans fête, sans soleil et sans feu, sans mémoire et sans histoire, est-ce vivre?

 « Depuis quelques décennies, je m’inquiète de l’inquiétude dont les politiques font preuve à mon égard. Ils se soucient sans cesse de ma santé et de mon intégrité physique, et paraissent conspirer, en dignes successeurs des grotesques médecins de Molière, à m’amener jusqu’à ma mort en parfaite santé.

« Commencer à interdire, c’est interdire tout court, et à jamais. On commence par un mois, mais un mois, c’est le début de l’éternité. Et tant qu’à faire, pourquoi ne pas imaginer aussi un mois sans sexe, un mois sans sport, un mois sans paroles, un mois sans pensées, un mois sans imagination, tant on sait combien ces différentes activités peuvent se révéler parfois dangereuses et toxiques pour qui les pratique?

« Plutôt que sur l’interdiction, c’est sur l’éducation qu’il faut mettre l’accent. Apprendre à discerner. Apprendre à connaître. Apprendre à aimer. Apprendre à apprécier le vin, et l’apprécier non pas en fonction de la quantité à boire mais de sa qualité même, car si l’ivresse est à rechercher, c’est bien celle qui naît de l’admiration devant ce qui est singulier, et non celle qui brouille les sens et la raison.

« Le vin est un secret fragile 3. Sa célébration l’est aussi, qui scelle des moments heureux d’amitié et de fête, et des noces mystiques avec des puissances terrestres, géologiques et climatiques, qui nous dépassent. Il n’est pas inutile de rappeler que dans bien des religions polythéistes et monothéistes, le vin se regarde comme un don des dieux, leur boisson aimée, voire leur sang. Tout cela nous dit que le vin n’est en rien banal, qu’il n’est en rien commun, mais qu’il est l’incarnation d’un supplément d’âme dont on voudrait aujourd’hui peu à peu nous priver. »

A suivre : la contre-attaque

A demain @jynau

1 Ce texte a été cosigné par Philippe Claudel, Cyril Lignac, Guy Savoy, Pierre Arditi, Katherine Pancol, Christophe Alévêque, humoriste ; Yannick Alléno, chef restaurateur ; Laurent Batsch, universitaire ; Éric Beaumard, vice-meilleur sommelier du monde (1998) ; Serge Blanco, ancien international de rugby ; Philippe Bourguignon, chef d’entreprise ; Pascal Bruckner, écrivain ; Éric Carrière, footballeur ; Philippe Caubère, comédien ; Antoine de Clermont-Tonnerre, producteur ; Vincent Duluc, journaliste sportif ; Guy Forget, joueur de tennis ; Jean Gachassin, ancien président de la Fédération française de tennis ; Jean-Philippe Girard, PDG d’Eurogerm ; Gérard Idoux, chef cuisinier ; Gaspard Koenig, essayiste ; Emmanuel Krivine, chef d’orchestre ; Jean-Marie Laclavetine, éditeur et romancier ; Christian Le Squer, chef cuisinier ; Dominique Loiseau, présidente du groupe Bernard Loiseau ; Michel Maffesoli, sociologue ; Carole Martinez, écrivain ; Éric Matton, éditeur ; Mathieu Pacaud, chef cuisinier ; Emmanuel Petit, ancien footballeur ; Jean-Pierre Pernaut, journaliste ; Hervé Pierre, sociétaire de la Comédie-Française ; Éric Pras, chef cuisinier ; Denis Robert, journaliste et écrivain ; Jean Sévillia, journaliste et écrivain ;Laurent Stocker, sociétaire de la Comédie-Française ; Anne Sylvestre, chanteuse ;et Michel Troisgros, chef cuisinier.

2  Voir « ‘’Dry January’’ français: une affaire politico-sanitaire en cinq actes »  Slate.fr  4 décembre 2019

3 NDLR : « La vie mystérieuse du vin » de Bruno Quenioux, Editions du Cherche-midi

«2000 euros par jour !» La guerre d’Agnès Buzyn contre les médecins mercenaires-sorcières

Bonjour

C’est un formidable sous-dossier dans le grand classeur des malheurs et de la réforme de l’hôpital public français. Une affaire financière et judiciaire qui dit beaucoup des absurdités d’un service public dégradé sur lequel l’exécutif ne semble plus avoir vraiment prise. rebondit aujourd’hui avec la déclaration du Syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes-Réanimateurs Elargi aux autres spécialités (SNPHARE).

Il faut ici rappeler le lourd contentieux qui oppose le Syndicat national des médecins remplaçants des hôpitaux (SNMRH) à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. En 2018 le ministère avait porté plainte devant l’Ordre contre ce syndicat. Audience prévue le 14 janvier prochain devant la chambre disciplinaire du conseil régional d’Île-de-France de l’Ordre des médecins.

« La colère est née de la mise en œuvre, depuis le 1er janvier 2018, d’un décret d’application de la loi de santé 2016, rappelait il y a peu Le Quotidien du Médecin (Martin Dumas-Primbault) Celui-ci contraint les directeurs d’hôpitaux à plafonner les rémunérations des praticiens remplaçants recrutés dans les spécialités en tension de leur établissement (anesthésie, urgences, réanimation, obstétrique). Le plafond était fixé à 1 404,05 euros brut pour 24 heures de travail en 2018. Il est de 1 287,05 euros pour l’année 2019 et doit passer à 1 170,04 euros à partir de 2020. Vent debout contre cette mesure, un collectif de médecins remplaçants – devenu ensuite le SNMRH – avait publié en mars 2018 sur son site Internet la « liste noire » des hôpitaux qui appliquent ce plafonnement, encourageant ses adhérents à ne pas aller y travailler. »

« Cette plainte s’apparente à nouvelle offensive de la ministre de la Santé face à des médecins remplaçants qu’elle n’a cessé de brocarder. Tantôt qualifiés de ‘’mercenaires (…) payés 2 000 euros par jour’’, tantôt accusés d’adopter une ‘’attitude irresponsable’’, Agnès Buzyn fait de la lutte contre les dérives de l’intérim médical un quasi-sacerdoce depuis son arrivée à Ségur » ajoutait Le Quotidien.

Le prix du marché et la chasse aux sorcières

Et la ministre d’annoncer « des campagnes de contrôle dans les prochaines semaines auprès des médecins pratiquant l’intérim via les comptables publics ». Ainsi que « l’opportunité d’une mesure législative pour renforcer encore l’effectivité de l’encadrement des rémunérations ». Selon elle  « l’hôpital ne peut constituer une zone de non-droit dans laquelle certains acteurs imposeraient par le chantage exercé sur la continuité des soins leurs conditions tarifaires aux acteurs du système de santé ».

C’est dans ce cadre potentiellement explosif que s’exprime aujourd’hui le SNPHARE et sa présidente, le Dr Anne Geffroy-Wernet. « Le ministère de la Santé vient d’annoncer un ‘’probable’’ amendement au projet de loi de financement de la Sécurité Sociale, afin de contrôler le non-respect du décret et de l’arrêté du 24 novembre 2017 encadrant les rémunérations des praticiens intérimaires, explique-t-elle. Si le SNPHARE s’est ému des montants exorbitants de certaines rémunérations des intérimaires, il rappelle que la réglementation encadrant les rémunérations des intérimaires devait être assortie d’une revalorisation des praticiens hospitaliers… qui n’est jamais venue ! »

Pour ce syndicat les choses sont claires et les mercenaires ne sont là que parce que les soldats du cru n’ont pas le solde qui leur est dû. « L’intérim est un palliatif à la pénurie médicale dans les hôpitaux, notamment en anesthésie-réanimation ou dans les services d’urgences en raison de la démographie mais surtout du manque d’attractivité de l’hôpital public : les médecins intérimaires ont souvent renoncé à des postes de praticiens hospitaliers en raison de conditions de travail trop difficiles et/ou de rémunérations insuffisantes fait valoir le Dr Geffroy-Wernet. La flambée des tarifs dans certaines régions ou à certaines périodes de l’année, contraignant les établissements à outrepasser la loi pour garantir la permanence des soins, reflètent simplement le prix réel du marché et jettent une lumière crue sur la faiblesse des rémunérations médicales hospitalières. »

Pour le SNPHARE, « il est consternant de constater que les mesures d’urgence se réduisent à une chasse aux sorcières – dont le seul effet sera, faute de médecins remplaçants, de fermer des blocs opératoires et des lignes de garde aux urgences/SAMU ». Une affaire exemplaire qui éclaire les impasses d’un système en perte de sens – un hôpital public que la ministre des Solidarités et de la Santé semble, au fil du temps, incapable de régénérer.

A demain @jynau

Né en 1923, le Pr Louis Lareng, créateur éclairé du premier SAMU français, vient de décéder

Bonjour

Un grand servant de la médecine. C’était un descendant du baron Dominique-Jean Larrey, père de la médecine d’urgence et, sous Napoléon, promoteur des premières « ambulances volantes » (voitures à chevaux transportant deux à quatre blessés) : dispenser les premiers soins le plus tôt possible au plus près des victimes ; rapatrier ces dernières au plus vite dans un espace hospitalier.

Né le 8 avril 1923 à Ayzac-Ost (Haute-Pyrénées) le Pr Louis Lareng avait connu les premières heures de l’anesthésie-réanimation. Avant de créer sous ce nom, en 1968 à Toulouse, le premier service d’aide médicale urgente (SAMU) avec le Dr Madeleine Bertrand. Comme quelques autres esprits éclairés « il avaient fait le constat de la surprenante disproportion entre les moyens mis en œuvre lors de l’arrivée à l’hôpital d’un malade ou d’un blessé grave, et ceux toujours très sommaires ou archaïques utilisés avant la phase hospitalière dans les longues minutes qui suivent l’accident ou le malaise ».

Ces médecins trouvent alors des ambulances, les équipent à grande peine avec du matériel récupéré dans les unités hospitalières et se mettent à la disposition des services publics de secours, gendarmerie, police ou pompiers. Cette innovation fut d’emblée perçue comme dérangeante (comme oser transporter l’Hôpital hors les murs ? ) 1. Avant de devenir indispensable et, parfois, victime de son succès. Elle fut consacrée en 1986 lorsque Louis Lareng, devenu député (socialiste, Haute-Garonne), fera adopter la « loi Lareng sur la médecine d’urgence et les transports sanitaires ».

Depuis 1989, visant toujours plus loin, le Pr Lareng présidait la Société européenne de télémédecine et e-santé. Sur Twitter, plusieurs personnalités lui ont rendu hommage. Comme l’ancien premier vice-président de l’Ordre des médecins, le Dr Jacques Lucas, qui a salué « un homme engagé plein d’humour, combatif et grand humaniste ». On ne dira pas mieux.

A demain @jynau

1 On se reportera avec grand intérêt rétrospectif à la tribune du Pr Louis Lareng publiée dans Le Monde du 9 février 1977: « Une planification de l’urgence »

Pourquoi le Dr Frédéric Péchier, soupçonné d’avoir empoisonné, reste-t-il en liberté ?

Bonjour

Difficile, parfois, pour le citoyen, de comprendre l’aveugle justice rendue au nom du Peuple français. Pourquoi Isabelle Balkany, condamnée à trois ans de prison peut-elle continuer à gouverner Levallois-Perret ? Qu’adviendra-t-il de Jean-Luc Mélenchon, trop bruyant représentant de la République ? Pourquoi Richard Ferrand blanchi à Brest Ferrand Richard se retrouve-t-il soudain mis en examen à Lille ?

Et puis, aujourd’hui, la sombre affaire des empoisonnements de Besançon pour lesquels est soupçonné le Dr Frédéric Péchier. Affaire d’une grande complexité qui voit cet anesthésiste âgé de 47 ans, accusé de vingt-quatre cas d’empoisonnement, dont neuf mortels, sur des patients âgés de 4 à 80 ans. Ce médecin a été mis en examen le 16 mai dernier pour dix-sept nouveaux cas qui s’ajoutent aux sept premiers.

L’anesthésiste est soupçonné d’avoir entre 2008 et 2017 « pollué » (c’est le terme retenu) des poches de perfusion pour provoquer des arrêts cardiaques. Hypothèse : la possibilité pour lui de démontrer ainsi ses talents de réanimateur et, incidemment, discréditer ses confrères anesthésistes avec lesquels il aurait été en conflit. Le « frisson de la réanimation ».

« Le contrôle judiciaire du docteur lui interdit d’exercer sa profession depuis sa première mise en examen en 2017, rappelle franceinfo. La cour d’appel de Besançon avait ordonné le maintien en liberté sous contrôle judiciaire de l’anesthésiste, et ce à quatre reprises, la dernière fois le 12 juin 2019. »

Collusion et diffamation

Dernièrement le parquet général avait formé un pourvoi contre cette décision de maintien en liberté. Or ce pourvoi, examiné mercredi 18 septembre par la chambre criminelle de la Cour de cassation vient d’être rejeté. Sans, malheureusement, que les magistrats de la Cour ne jugent nécessaire de faire la pédagogie de leur décision.

« Les familles [des victimes présumées] ne vont pas comprendre le rejet de la Cour de cassation », a expliqué à France 3 Bourgogne Franche-Comté Me Frédéric Berna, l’un des avocats des parties civiles. Ce dernier va jusqu’à s’interroger sur « d’éventuelles relations de collusion entre les défenseurs du médecin et un haut magistrat ». C’est d’ailleurs, selon France 3, cette interrogation sur l’indépendance et l’impartialité de la justice qui a poussé les familles a engager un  pourvoi.

Réplique : « Quand j’entends les avocats des parties civiles qui parlent de collusion, je pense que c’est de la diffamation, répond Me Randall Schwerdorffer, un des avocats de l’anesthésiste. Il n’a jamais eu de discussions privées ou de déjeuner à Lyon sur le dossier Péchier, entre le président de la chambre de l’instruction [qui n’est plus en fonction] et ses avocats » . Aussi,selon Me Schwerdorffer, le rejet du pourvoi était-il acquis. « Il n’est plus possible d’attaquer cette décision, on va enfin pouvoir travailler sur le fond du dossier », se réjouit-il.

Hypothèse, désormais : un renvoi du médecin devant la cour d’assises vers le milieu de l’année 2021. En attendant le Dr Fréderic Péchier ne peut plus exercer sa profession ni se rendre à Besançon.

 A demain @jynau

La «colère froide» de Nicolas Bonnemaison contre Jérôme Cahuzac et l’Ordre des médecins

Bonjour

« Deux poids, deux mesures ». C’est le titre d’une tribune peu banale publiée aujourd’hui dans Sud Ouest – un texte hors du commun signé de l’ex-médecin Nicolas Bonnemaison, jadis urgentiste à l’hôpital de Bayonne. L’homme réagit à la décision du Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) du 21 juin autorisant le Dr Jérôme Cahuzac à exercer la médecine. Extraits :

« Depuis le vendredi 21 juin 2019, je rumine une colère froide, ce qui n’est pourtant pas dans ma nature. En cause : une décision que vient de rendre le CNOM. Je m’explique. Je ne connais pas et je n’ai jamais rencontré le docteur Jérôme Cahuzac. Je n’ai évidemment rien de personnel contre l’ancien ministre délégué au Budget. Seulement voilà, la décision du CNOM qui le concerne, elle, m’intéresse au plus haut point. Resituons le contexte. Chirurgien de formation, le docteur Cahuzac a notamment exercé la médecine en posant des implants capillaires dans la clinique Cahuzac, fondée avec son épouse, puis en tant que « conseiller technique » pour des laboratoires pharmaceutiques au sein de la société Cahuzac conseil à partir de 1993. Par ailleurs, à la fin des années 1980, il se lance en politique, ce qui l’amène jusqu’à sa participation au gouvernement Ayrault, sous la présidence Hollande. »

On sait que l’histoire se termine assez mal. En mai 2018, celui qui était au départ promis à un brillant avenir chirurgical est condamné à quatre ans de prison, dont deux ans fermes, pour fraude fiscale et blanchiment. Il échappera à l’incarcération, bénéficiant, en avril 2019, d’un aménagement de sa peine avec port d’un bracelet. Il vit désormais en Corse et a exprimé le souhait d’y exercer la médecine. Après bien des péripéties fort peu confraternelles le Conseil régional de l’Ordre des médecins Corse s’y était montré favorable, mais le Conseil national avait suspendu, dans un premier temps, l’autorisation d’exercer du docteur Cahuzac, estimant qu’il n’avait pas le niveau et les connaissances requis.

Puis, vendredi 21 juin, plusieurs médias ont fait savoir que le CNOM a fait volte-face. Après avoir à nouveau siégé, le 13 juin, le Conseil national est en effet revenu sur son premier jugement, autorisant finalement Jérôme Cahuzac à exercer la médecine. Nicolas Bonnemaison :

« Moi qui suis, aujourd’hui, dans la résilience, et depuis longtemps, je pensais que toutes ces péripéties ne m’atteindraient plus. Mais ces derniers jours, le CNOM a réussi à réveiller la colère que j’avais reléguée aux tréfonds de mes pensées et sentiments. Ce n’est pas Jérôme Cahuzac – il se bat et c’est légitime – qui fait resurgir cette colère, c’est le sentiment d’injustice. J’ai exercé la médecine hospitalière de 1989 à 2011, avec des responsabilités au sein de mon service et de mon pôle médical, pendant plusieurs années. Puis en août 2011, dès mon arrestation pour suspicion d’euthanasie, le Conseil de l’ordre m’a évidemment suspendu. J’ai traversé deux procès d’assises. Acquitté à Pau en 2014, j’ai été condamné à deux ans de prison avec sursis à Angers en octobre 2015, au terme d’un procès que j’ai (mal) vécu comme joué d’avance. »

Cinq ans d’emprisonnement avec sursis requis

L’ancien praticien encourait la réclusion criminelle à perpétuité – accusé d’avoir abrégé, au moyen d’injection de sédatifs (ou de curare), la vie de sept de ses patients âgés et atteints de maladies incurables. Les faits s’étaient passés en 2010 et 2011 dans son service de l’hôpital de Bayonne.En juin 2014 la cour d’assises des Pyrénées-Atlantiques l’avait acquitté. Le parquet général avait alors fait appel et l’affaire avait été dépaysée.

A Angers (comme à Pau) l’avocat général avait requis cinq ans de prison avec sursis. Les avocats de Nicolas Bonnemaison avaient appelé les jurés à l’acquitter une seconde fois. La cour d’assises du Maine-et-Loire n’avait, finalement,, retenu la culpabilité de l’ancien médecin que pour une seule des sept morts à l’origine de l’accusation d’empoisonnement

« J’ai purgé mon sursis, puis le Conseil de l’ordre départemental des Pyrénées-Atlantiques et le Conseil régional d’Aquitaine m’ont autorisé à reprendre mon activité, et je les en remercie de tout cœur. Mais c’était sans compter sur le Conseil national, qui a fait appel de ces décisions. Il a finalement mis fin à tous mes espoirs en maintenant ma radiation au motif que je n’apportais pas suffisamment de gages du maintien à niveau de mes connaissances, soit exactement ce qui était aussi reproché à Jérôme Cahuzac !

« Mais le Conseil national me paraît avoir été moins regardant avec lui, dont la suspension a finalement été levée, d’où ma colère devant ce que je considère comme une injustice flagrante. Pourtant, depuis 2011, je n’ai jamais cessé de m’intéresser à la médecine, parce qu’elle a toujours été et reste une passion. Je me suis appliqué à entretenir mes connaissances et à me familiariser avec les avancées médicales. Le Conseil national en a douté. Mais il semble que, pour pouvoir réexercer la médecine après une suspension ou une radiation, il serait plus important, dans certains cas, d’avoir un carnet d’adresses plutôt que le soutien des Conseils de l’Ordre départemental et régional. »

Et pour finir :

« Aujourd’hui, huit ans après mon arrestation, je suis toujours interdit d’exercer. Je pensais en avoir pris mon parti, mes soutiens de la première heure, mes proches, ma famille et mes filles m’aidant à aller de l’avant. En fait ce n’est pas si simple… Depuis octobre 2018, je travaille à temps plein au centre hospitalier de Bayonne, où j’ai été chaleureusement accueilli. Cet emploi, bien qu’évidemment purement administratif, est cependant fondé sur l’analyse de dossiers médicaux. Mes connaissances médicales m’aident chaque jour, et chaque jour je continue à les approfondir davantage. Mais contrairement au docteur Cahuzac, le Conseil national me considère toujours comme un docteur en médecine inapte à exercer son métier. Au bout du compte, que penser de tout cela ? Ma colère pourrait-elle être, finalement, constructive ? »

Et Nicolas Bonnemaison de se demander ca qu’il adviendrait si le CNOM, se penchaat à nouveau sur « le cas Bonnemaison » dans les mêmes dispositions que pour le cas Cahuzac. Comparaison peut-elle être raison ? L’Ordre se penchera-t-il sur le cas de l’ancien médecin ?

A demain @jynau

L’invraisemblable scandale des urgences: celui des malades laissés sur des lits-brancards

Bonjour

Brancards, parfum de guerre et de médecine militaire. S’il n’y avait qu’une tribune à retenir, parmi toutes celles qui fleurissent aujourd’hui dans les gazettes, ce serait celle que signe aujourd’hui dans Libération le Pr Bruno Riou, membre du Conseil national de l’urgence hospitalière, doyen de la faculté de médecine, Sorbonne-Université. Cette tribune, mais aussi ses références bibliographiques, parmi lesquelles La Casse du siècle, de Pierre-André Juven, Frédéric Pierru et Fanny Vincent (éditions Raisons d’agir, 2019).

Agnès Buzyn n’a pas craint de dire du système de santé français qu’il était «à bout de souffle» . Gardons la métaphore pulmonaire : pour le le Pr Riou les urgences hospitalières sont « au bord de l’asphyxie ». Selon lui la grève du personnel paramédical illustre cet état inquiétant et le «No Bed Challenge» lancé depuis de nombreux mois par Samu et Urgences de France (1) doit être interprété comme un appel à l’aide désespéré. 

Que sait le citoyen ? Que les urgences sont débordées ; que les autres acteurs du système de santé ne veulent plus ou ne peuvent plus agir ; que c’est le dernier endroit où le patient perçoit encore une lumière «accueillante» 24 heures sur 24 ; que nul ne sait combien de temps encore durera cette lumière dans la nuit des villes et des déserts.

Les médias, le ministre et les militants syndicaux ont aussi appris au citoyen que le nombre de consultations aux urgences a augmenté de dix à plus de vingt millions par an en quelques années – et qu’une proportion notable (30 %) pourrait hypothétiquement bénéficier d’une prise en charge ambulatoire dans d’autres structures. Certes. Mais pour le Pr Riou l’essentiel  est ailleurs.  

« Le problème le plus grave auquel doivent faire face les urgences hospitalières, c’est l’absence d’aval suffisant et sa conséquence immédiate, les longues files de patients couchés sur des lits brancards pendant de très nombreuses heures dans ce qu’il convient d’appeler ‘’les couloirs de la honte’’».

Sisyphe est malheureux

Pourquoi ? « Parce qu’il est largement prouvé, dit-il,  que ces lits brancards sont associés à une augmentation de la morbidité et de la mortalité ). Parce que ces patients sur des lits brancards constituent une surcharge de travail considérable pour le personnel paramédical et médical, notamment de poursuite de soins et de surveillance, les empêchant de faire face au flux incessant d’arrivée de nouveaux patients alors même qu’ils ne sont souvent pas en nombre suffisant pour gérer ce flux. Parce que la recherche de lits pour ces patients, travail d’un ‘’Sisyphe malheureux’’ qui verrait l’ascension de son rocher constamment freinée, gâche une part importante de temps médical et paramédical. Parce que ces patients entassés dans des structures inadaptées, les couloirs, peuvent s’aggraver, renvoyant aux soignants un sentiment aigu de mal faire leur travail, quand ils ne sont pas cloués au pilori pour ‘’défaut d’organisation’’».

Ajoutons,pour ajouter au scandale, que ces « lits brancards » fournissent une manne financière non négligeable pour les établissements de santé. Les causes de ces invraisemblables abcès sont multiples et parfaitement identifiées précise le Pr Riou : restriction budgétaire de l’hôpital public, concurrence entre établissements, tarification à l’activité (T2A), virage ambulatoire décidé de manière technocratique et imposé aveuglément par l’outil budgétaire, vieillissement et précarisation de la population, proportion croissante de patients souffrant de maladies chroniques invalidantes, etc.

« Il s’agit du plus grand dysfonctionnement dont souffrent les urgences hospitalières et toutes les mesures de la loi ‘’Ma santé 2020’’ soumise au vote auront un effet homéopathique si ce phénomène délétère n’est pas pris à bras-le-corps et de manière urgente, pour libérer, au moins un peu, le carcan qui asphyxie nos urgences hospitalières. »

Brancards, carcans, homéopathie…. On ajoutera la perte de sens qui mine l’hôpital public dans son ensemble. Nous faudra-t-il imaginer que Sisyphe y est malheureux ?

A demain @jynau

1 Samu et Urgences de France. No Bed Challenge.
2 «Association entre mortalité et attente aux urgences chez les adultes à hospitaliser pour étiologies médicales», de E. Thibon et al. in Annales françaises de médecine d’urgence, 2019.