Curare : l’anesthésiste de l’hôpital de Lavaur a été mise en examen pour homicide volontaire 

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Pour l’heure son nom n’est pas connu. Une médecin anesthésiste, soupçonnée d’avoir euthanasié une patiente octogénaire à l’hôpital de Lavaur (Tarn), a été mise en examen vendredi 21 décembre pour « homicide volontaire ». le Le parquet de Toulouse a précisé à l’AFP qu’elle avait placée sous contrôle judiciaire. L’infirmière qui a injecté la dose mortelle, sous l’autorité de cette anesthésiste, a quant à elle été « placée sous le statut de témoin assisté » – et n’a donc pas été mise en examen, a précisé le parquet.

L’affaire avait été révélée par La Dépêche (Richard Bornia). On apprenait alors que ce médecin, soupçonné d’avoir injecté une dose létale à une patiente de 84 ans avait été placée en garde à vue à la gendarmerie de Gaillac dans la soirée du 19 décembre.  Motif : le décès suspect d’une octogénaire survenu en fin de semaine dernière. Elle avait été admise la veille de sa mort au centre hospitalier de Lavaur (605 lits). « Entre la pression et le désarroi d’une famille confrontée à une situation dramatique » cette praticienne expérimentée aurait administré (ou fait administrer) à la patiente un « produit sédatif » ajoutait La Dépêche.

La garde à vue de cette anesthésiste avait alors été confirmée par le parquet de Castres qui qualifiait cette affaire de «complexe», se refusant à tout autre commentaire. Bernard Carayon, maire de Lavaur et président du conseil de surveillance de l’hôpital, avait d’emblée réagi . «Je suis bouleversé, dit-il. Je ne me prononcerai pas avant la fin de l’enquête. Notre ville, notre hôpital a toujours été à la pointe en matière de soins palliatifs. Nous avons toujours soutenu JALMALV (Jusqu’à la mort accompagner la vie) l’association locale pour le développement des soins palliatifs qui a été pionnière, dès la fin des années 90, dans l’accompagnement des personnes en fin de vie.»

Rassurer sur la qualité de la prise en charge

Vendredi 21 décembre cette anesthésiste a été mise en examen pour homicide volontaire après sa présentation devant le juge d’instruction du parquet de Toulouse. Lors de la réunion du conseil de surveillance de l’hôpital de Lavaur, réuni le même jour il a été précisé que la morts avait été obtenue par injection de curare 1.

« Cette femme de 81 ans avait été admise aux urgences du centre hospitalier de Lavaur le mercredi 12 décembre au soir. Après une nuit cauchemardesque pour ses proches qui étaient restés à son chevet, le lendemain matin, jeudi 13 décembre, l’anesthésiste a pris la décision de mettre un terme à l’agonie de la patiente avec une injection létale, précise La Dépêche (Richard Bornia).  Selon plusieurs témoignages, elle aurait dit qu’elle avait par le passé connu une situation identique lors de la fin de vie d’un de ses parents. Un douloureux souvenir qui pourrait expliquer peut-être son geste. »

Le quotidien régional ajoute que cette anesthésiste est « reconnue pour sa compétence et estimée par le personnel hospitalier ». Dans le box des urgences, elle était assistée d’une infirmière « dont le professionnalisme a été mis en avant lors du conseil de surveillance ». C’est cette infirmière (âgée d’une quarantaine d’années et qui exerce dans ce centre hospitalier depuis de nombreuses années) qui a signalé à un supérieur les conditions du décès de l’octogénaire.

« Le mardi 18 décembre, dans l’après-midi, très certainement informée que son geste était connu, l’anesthésiste a téléphoné au directeur de l’hôpital. Au téléphone c’est une femme effondrée, qui reconnaît sa faute et en assume l’entière responsabilité. Devant la gravité des faits exposés, la direction de l’hôpital informe dans la foulée le parquet de Castres et l’Agence Régionale de Santé (ARS) du Tarn. »

Deux décisions ont été prises par le conseil de surveillance de l’établissement hospitalier : un courrier sera adressé très rapidement aux familles des personnes actuellement hospitalisées pour les rassurer sur la qualité de la prise en charge des patients à l’hôpital de Lavaur ;  l’ensemble du personnel hospitalier sera également destinataire d’une note informative de la direction. Un personnel, dont un soignant a confié à La Dépêche qu’il est « abasourdi et triste » par l’ampleur de cette crise qui secoue leur hôpital.

A demain

@jynau

1 Très fréquemment utilisées en anesthésie les spécialités pharmaceutiques à base de curare ne peuvent en aucune façon utilisées dans les sédations mises en œuvre lors des soins palliatifs. Ce sujet avait été au cœur de l’affaire du Dr Nicolas Bonnemaison, ancien médecin urgentiste à l’hôpital de Bayonne qui avait été poursuivi pour sept « empoisonnements » de patients.

Pour tuer des condamnés, l’opioïde fentanyl est du meilleur effet : premier cas au Nebraska

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Fête-t-on l’Assomption dans l’Etat du Nebraska ?

Le mardi 14 août 2018, pour la première fois au Etats-Unis (et sans doute au monde) un condamné à mort a été exécuté dans le Nebraska par une injection létale à base de fentanyl. C’est là un analgésique opioïde, dérivé de la phénylpipéridine, qui interagit principalement sur les récepteurs morphiniques µ du cerveau, de la moelle épinière et des muscles lisses.

« Il présente un effet analgésique rapide et une courte durée d’action, nous apprend le site de l’antique dictionnaire Vidal.  Le fentanyl possède un effet analgésique environ 100 fois plus puissant que celui de la morphine.Ses principaux effets thérapeutiques sont analgésiques et sédatifs. Les concentrations sériques de fentanyl qui induisent un effet analgésique minimal chez les patients non traités antérieurement par des opioïdes fluctuent entre 0,3 et 1,5 ng/ml ; la fréquence des effets indésirables augmente lorsque les concentrations plasmatiques dépassent 2 ng/ml. »

Commercialisé en France sous une dizaine de marques ce médicament est officiellement prescrit dans la prise en charge des accès douloureux paroxystiques d’origine cancéreuse, comme analgésie postopératoire, dans les anesthésies, contre les douleurs chroniques intenses ainsi que dans les neuroleptanalgésies.

Au Nebraska il aura, pour la première fois, servi à tuer. L’affaire est racontée dans The New York Times : « Fentanyl Used to Execute Nebraska Inmate, in a First for U.S. ». Une double première pour cet État situé au cœur de la région des Grandes Plaines et du Midwest. Le Nebraska n’avait pas exécuté de prisonnier depuis 1997. Et il s’agissait de la première mise à mort par injection létale de son histoire. Carey Dean Moore a été tué après avoir été condamné pour deux meurtres commis en 1979. Son exécution a, nous assure-t-on, duré environ une vingtaine de minutes.

Aimer avant d’être tué

« Calme et posé », selon les représentants des médias, M. Moore s’est tourné vers ses proches pour leur adresser ses derniers mots : « Je vous aime ; Je vous aime ; Je vous aime ».

Puis il est mort après l’injection d’une association de quatre substances, dont trois n’avaient encore  jamais été utilisées lors d’une exécution : diazépam, fentanyl et cisatracurium associé au chlorure de potassium.

Soucieux d’élargir la perspective du sujet les médias rapportent que la consommation de fentanyl, est responsable aux Etats-Unis d’un épidémie de morts par overdoses – plus de 20 000 décès en 2016. Sans oublier quelques célébrités dont Prince (2016) et Dolores O’Riordan (2018), égérie des Cranberries.

Carey Dean Moore, lui, ne chantait pas. Ou rarement. Ses avocats arguaient que sa condamnation à mort avait été commuée en peine de prison à perpétuité en 2015 quand le Nebraska avait aboli la peine capitale. C’était un an an avant que les électeurs la rétablissent par référendum.  Le condamné aura passé 38 ans de sa vie dans le couloir de la mort. On dit qu’il avait fait savoir qu’il ne voulait plus que son exécution soit repoussée.

Il semble, tout bien pesé, que l’Assomption ne soit pas fêtée dans l’Etat du Nebraska.

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Alcools : Emmanuel Macron, premier président de la régression dans la lutte contre les addictions ?

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L’affaire prend de l’ampleur. Jamais un président de la République française n’avait, publiquement, été aussi loin sur un sujet éminemment médical et français. Emmanuel Macron a osé, en quelques minutes, remettre en question deux ou trois décennies de lutte démocratique contre la maladie alcoolique ; et créer un abcès politique : « Emmanuel Macron boit du vin midi et soir et désavoue publiquement la ministre de la Santé ».

C’est là un dossier dossier majeur tôt développée sur Slate.fr par notre confrère Claude Askolovitch : « Macron, choisit le vin, désavoue Buzyn et oublie Mendès France ». Ainsi donc Emmanuel Macron président reconnait avec fierté avoir, ministre, délibérément détricoté la loi Evin dans sa partie publicité et boissons alcooliques. Emmanuel Macron assurant que lui président rien ne bougerait. Pourquoi ? Il ne le dit pas. L’affaire prend de l’ampleur et en prendra. Pour l’heure, ces lignes par le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Larges extraites :

« Aux States, les armes. En France, le vin. A chacun, son Lobby et son Président. La pollution idéologique hexagonale est sans doute aussi puissante que la pression économique, les deux aux dépens de la santé publique. Rappeler les chiffres (49 000 morts par an soit plus de dix fois la mortalité routière), le coût sanitaire et social (quelques centaines de milliards, pas plus, selon la Cour des Comptes), l’embouteillage aux urgences hospitalières pour overdoses d’alcool chaque vendredi ou samedi soirs, les violences faites aux femmes et aux enfants ds le cadre familial, le SAF par manque d’information, etc. ne change rien ou si peu…. »

« Promouvoir le quinquennat de la Femme en pensant que les personnes dépendantes ou cancéreuses que nous voyons en consultation ou hospitalisation ne boivent, c’est bien connu, que de la méchante vodka, de la bière étrangere ou de la tequila exotique mais jamais ni vin rouge, ni vin blanc, ni vin rosé, ni champagne est une triste contre-Addiction. De même que penser que le binge-drinking des djeuns résumerait le vertigineux problème de santé publique de l’alcool en France. » 

Régression politique

Le Dr Lowenstein s’interroge : « Comment en sommes nous revenus là ? » Après les déclarations d’Agnès Buzyn lors d’un débat sur l’alcoolisme (« L’alcool, un tabou français » France 2), trois semaines avant le salon de l’agriculture, rappelant que le vin était un alcool comme un autre, le lobby du vin s’est activé, avec la puissance qu’on lui connaît, indignation en drapeau et assurance des « sciences fakes News » à l’appui relayée par la presse nationale.

Pour ce spécialiste des soins et de la lutte contre les addictions assurer que «  évidemment il y a de l’alcool ds le vin, mais que cet alcool n’est pas fort » (Christophe Castaner sur RMC-BFMTV) témoigne du sens de la formule, d’un joli talent de communication politique mais ne résiste pas à la pauvre et simple formule chimique : vodka, whisky, bière, tequila ou vin, la molecule d’alcool est la même, avec la même toxicité. Dès le premier verre, ce dont il faut informer chaque femme enceinte. Il poursuit :

« Notre président de la République est le fondateur de la « en-même-temps-logie », ce qui devrait permettre de sauver notre patrimonial vinicole et en réguler les productions et abus. Également, son côté « silex », dur et tranchant, bien moins connu, est une bonne surprise pour faire évoluer notre pays. (…)  Laissons passer le Salon de l’Agriculture et revenons à nos moutons ! Ceux-ci ne sont pas de Panurge et n’entendront plus longtemps les inepties dont nous venons d’être abreuvés. » 

 On peut être moins optimiste devant une telle régression assumée depuis le Palais de l’Elysée : comment la ministre des Solidarités et de la Santé pourra-t-elle accepter d’être, à ce point et sur un tel sujet, publiquement désavouée par le chef de l’Etat ? Démissionner ?

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Ségolène Royal désavouée : les dauphins français sont autorisés à procréer en captivité

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La vie comme elle va, dans l’océan, place du Palais-Royal et dans les médias. Avec cette petite merveille procréatrice du Conseil d’Etat : « Reproduction des dauphins en captivité ». Les exploitants de parcs aquatiques viennent de remporter une bataille juridique, résume l’AFP. La plus haute juridiction administrative française a annulé, lundi 29 janvier, un arrêté interministériel interdisant la reproduction des Tursiops truncatus (« grands dauphins ») en captivité.

Cet arrêté daté du 3 mai 2017 avait été pris par la ministre de l’Environnement de François Hollande : Ségolène Royal. Il interdisait la reproduction des dauphins et des orques en captivité dans les delphinariums français. Ce texte était notamment demandé par certaines associations de défense des animaux. Un recours avait alors été déposé par les trois établissements du pays : le Marineland d’Antibes (Alpes-Maritimes), le Parc Astérix (Oise) et Planète sauvage (Loire-Atlantique), pour qui l’arrêté signifiait à terme la fermeture des delphinariums.

L’ambassadrice des deux pôles

L’affaire avait fait grand bruit sur terre est dans les eaux. Les associations « Alliance of Marine Mammal Parks » et « European Association for Aquatic Mammals » étaient intervenues au soutien de ce recours, tandis que les associations « One Voice », « Sea Sheperd », « C’est assez ! », « Réseau Cétacés », l’association pour la protection des animaux sauvages et la fondation droit animal, éthique et sciences intervenaient pour demander le maintien de l’arrêté attaqué.

Aujourd’hui l’affaire est close. Dans sa décision, le Conseil d’Etat a estimé que l’arrêté présenté par Mme Royal « a été pris au terme d’une procédure irrégulière ». Il rappelle ainsi que cet arrêté avait été pris après consultation de plusieurs organismes, mais qu’il avait aussi subi des modifications après ces consultations. Le texte prévoyait initialement un « contrôle étroit de la reproduction des dauphins » – avant d’être modifié au dernier moment en faveur d’une interdiction totale. Et ce alors qu’au vu du risque de fermeture des parcs aquatiques une vaste consultation aurait été nécessaire. La plus haute juridiction administrative a ainsi estimé que les organismes qui avaient donné leur avis sur la précédente version de l’arrêté auraient dû être recontactés.

Ségolène Royal s’intéresse-t-elle encore aux dauphins des deux sexes et à leur bien-être ? C’est fort possible : elle a été nommée par Emmanuel Macron ambassadrice chargée de la négociation internationale pour les deux pôles du globe terrestre.

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L’étrange affaire de la couronne dentaire de Christophe Castaner, porte-parole du Président

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Présent sur tous les écrans Christophe Castaner, 51 ans, est un homme solide. Venu du Var profond, il est titulaire d’un DESS de « juriste d’affaires internationales » et d’un diplôme de sciences pénales et de criminologie. Puis il s’est enfui vers la politique.

Maire de Forcalquier, député socialiste des Alpes de Haute-Provence, porte-parole d’Emmanuel Macron pendant la campagne électorale jupitérienne il fut vite récompensé : le voici aujourd’hui secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement d’Édouard Philippe.

Solide l’homme politique n’est jamais totalement immunisé ; ni contre les lapsus ni contre les approximations qui font mal. Ainsi, hier, parlant du Premier ministre, ce superbe lapsus « polémique-politique » qu’il a lui-même attribué à sa fatigue et à son hypoglycémie. Ainsi, hier encore, sur RMC-BFM-Jean-Jacques Bourdin. Il s’agissait cette fois de dents et de gros sous. Soit une mise en parallèle de l’impact de la hausse de la CSG pour les retraités avec la baisse des coûts de l’audioprothèse et des soins dentaires. Et tout particulièrement de la « couronne dentaire ». Christophe Castaner :

« L’augmentation de la CSG de 1,7 % (…) touchera seulement les 20% des retraités les plus aisés et en parallèle, je peux vous dire que quand ils n’auront plus à payer les prothèses auditives, un certain nombre de soins dentaires, les couronnes qui coûtent 1 500 euros pour ne citer qu’un exemple, ils verront qu’ils auront fait beaucoup d’économies ».

Une couronne de sa connaissance

La couronne à 1 500 euros ! Réaction immédiate de la Confédération nationale des syndicats dentaires :

 « Mais quelle mouche a piqué le ministre ? Quel rapport entre la hausse de la CSG et les soins dentaires ? D’où sort-il ce chiffre de 1500 € alors que le prix moyen d’une couronne céramique est de 539 € et d’une couronne métallique de 321 € ? »

Aujourd’hui plus ou moins en grève les chirurgiens-dentistes se souviennent que Christophe Castaner a fait partie des députés qui ont voté la LFSS2017 et l’article 75 autorisant la ministre à user du Règlement Arbitral en cas d’échec des négociations conventionnelles. » Il a contribué ainsi à la situation délétère actuelle » ajoutent-ils, l’accusant d’avoir voté « sans savoir et sans mesurer les conséquences de ce vote ». Ils l’accusent aussi d’« attiser le feu ».

Souvenons-nous. Tout cela n’est pas sans rappeler le « petit rhume » du porte-parole du candidat Fillon. Revenons au texte. « Les couronnes qui coûtent 1 500 euros pour ne citer qu’un exemple » a déclaré Christophe Castaner à Jean-Jacques Bourdin. Il lui faudra revenir sur le sujet. Ne parlait-il que d’une seule couronne de sa connaissance ou du seul exemple des couronnes dans leur ensemble ? A-t-il, à 51 ans, confondu couronne et implant ? Or ne plaisante pas avec l’argent, les dents et la santé. Tourner sept fois sa langue. Porter la parole est un métier.

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Drogue et psychiatrie : prescrire la kétamine comme un antidépresseur majeur ?

 

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La kétamine n’a pas fini de faire rêver. Cette amine psychotrope synthétisée en 1962 pour les laboratoires Parke-Davis est aujourd’hui utilisée comme anesthésique général. Son usage fut rapidement détourné à d’autres fins que thérapeutique et on a, ici ou là, signalé son usage sur les théâtres d’opérations militaires où l’indifférence du combattant à la douleur constitue un avantage certain. Ses propriétés stupéfiantes expliquent aussi son usage (illégal) en milieu festif 1.

Il faut aujourd’hui compter avec le texte publié par  The Lancet Psychiatry « Ketamine treatment for depression: opportunities for clinical innovation and ethical foresight » signé par le Dr Rupert McShane (Oxford Health NHS Foundation Trust, Warneford Hospital, Oxford). Un texte repris et développé par la BBC.

Selon lui la kétamine peut constituer un traitement remarquable chez certaines personnes souffrant de dépressions sévères et résistantes à toutes les autres approches médicamenteuses. Ce spécialiste estime que le moment est venu d’en savoir plus et de constituer un registre pour surveiller sn usage et en tirer au plus vite les leçons pratiques.  Dans son expérience clinique sur cent-une personnes souffrant de dépression résistante quarante-deux ont répondu à la kétamine.

Pas d’automédication

Le Dr McShane espère qu’un nombre croissant de médecins l’utiliseront pour traiter ces formes de dépression. « Nous pensons que le traitement des patients devrait se faire dans des centres spécialisés et être officiellement suivi dans les registres nationaux ou internationaux, explique-t-il. Cela nous aiderait à résoudre les problèmes de sécurité ou d’abus à long terme et à réduire la dose, la fréquence, let les durées de traitement. »

Les dosages de la kétamine utilisée dans son essai clinique sont beaucoup moins élevés que les quantités utilisées par les personnes qui le prennent comme drogue illégale. Le Dr McShane met en garde contre tout type d’automédication et avertit qu’il ne s’agit en rien d’une thérapeutique miracle obtenue en une prise unique.

Prudence

Outre-Manche l’institution psychiatrique demeure prudente. Le Pr Allan Young (Collège royal des psychiatres) a estime qu’il existe toujours des « lacunes importantes » dans la connaissance de l’utilisation de la kétamine. « Avant que la kétamine puisse être recommandée en pratique clinique contre la dépression, une recherche approfondie est nécessaire pour comprendre comment utiliser de manière optimale, a-t-il déclaré. Le Collège royal des psychiatres s’inquiète de la sécurité des patients et, par conséquent, recommande aux praticiens de la santé mentale de faire preuve de prudence lorsqu’ils traitent des patients avec la kétamine ».

Pour Paul Keedwell, psychiatre à l’Université de Cardiff, « La kétamine dans le traitement de la dépression est l’une des découvertes les plus excitantes en psychiatrie depuis des années. Cependant, plus de recherche est nécessaire ainsi qu’un registre qui permette aux chercheurs de partager de nouveaux résultats, positifs ou négatifs ». Un point de vue entièrement partagé, en France, par le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions.

A demain

1 En France la kétamine en tant que matière première est inscrite sur la liste des stupéfiants par l’arrêté du 8 août 1997. Ce classement était justifié par l’apparition de cas d’abus en milieu médical et l’émergence d’une consommation de kétamine dans les milieux festifs (« rave-party »), confirmée par une enquête réalisée en 2000 et 2001. Selon cette enquête, les produits impliqués, quand ils étaient identifiés, étaient le plus souvent des médicaments vétérinaires, plus fortement dosés que les médicaments à usage humain.

Le « frisson de la réanimation » au cœur de l’affaire des empoisonnements de Besançon ?

 

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Pour l’heure, c’est encore « Frédéric P. , 45 ans ». Pour l’heure, l’affaire conserve son potentiel médiatique de sidération : un médecin anesthésiste soupçonné d’avoir empoisonné sept patients dont deux seraient morts suite à ses agissements. Comment parvenir à comprendre en dehors de tout contexte de fin de vie et d’aide à mourir dans la dignité ?

Le Parisien/Aujourd’hui en France (Louise Colcombet avec Stéphane Sellami) a enquêté et apporte quelques lumières.  Selon ses informations « les enquêteurs examineraient actuellement à la loupe pas moins d’une quarantaine d’autres cas suspects, dont une vingtaine mortels, survenus entre 2008 et 2017 à la clinique Saint-Vincent de Besançon (Doubs) ». Il a aussi interrogé Me Randall Schwerdorffer, l’avocat de Frédéric P. qui parle « d’horreur judiciaire ».

Selon l’avocat Frédéric P. est « un professionnel archi reconnu, de grande qualité, qui pratique 2 000 anesthésies par an, et dont le métier est plus qu’un métier : c’est une passion ». Ce dossier ne reposerait selon lui « que sur les impressions des enquêteurs qui se sont focalisés sur l’hypothèse criminelle au lieu d’explorer d’autres possibilités, une contamination accidentelle par exemple ». Et l’avocat ajoute, point clef :

« Cette affaire éclate uniquement parce qu’il est présent ou à proximité lors de ces incidents cardiaques, et parce qu’un collègue s’est étonné qu’il ait immédiatement posé le bon diagnostic. En clair, on lui reproche d’avoir été bon ! De là naît un parti pris chez les enquêteurs. On y raccroche ensuite des faits anciens pour lesquels il n’a pas été mis en cause, qui, subitement, deviennent des éléments à charge. (…) »

 « Garçon très professionnel »

La clinique Saint-Vincent vient d’annoncer avoir déposé une plainte alors même qu’une information judiciaire a été confiée à deux juges d’instruction. Le Dr Dreyfus Schmidt, président du comité médical de l’établissement et chirurgien orthopédiste a très souvent travaillé à ses côtés : « garçon très professionnel, très au fait des nouvelles techniques et sur le travail duquel nous n’avions jamais rien eu à redire », témoigne-t-il au Parisien. La suite :

« Mais le 11 janvier dernier, un premier incident éveille les soupçons : dans le bloc opératoire voisin de celui de Frédéric P., le patient endormi, pourtant en bonne santé, est victime d’un problème cardiaque grave. Appelé à la rescousse, Frédéric P. pose très vite le diagnostic et le ranime avec succès. Intrigué, l’anesthésiste en charge ordonne des analyses sur les poches perfusées à son patient pendant l’intervention.

 « Les résultats, reçus cinq jours plus tard, sont sans appel : celles-ci ont été contaminées à haute dose avec des produits dangereux. Un incident immédiatement signalé à l’agence régionale de santé (ARS) et au procureur de la République, qui pousse alors la clinique à remplacer l’ensemble des poches et à renforcer drastiquement les contrôles en interne. Mais le 20 janvier, le même scénario se répète, toujours en présence de Frédéric P., suscitant les doutes d’un deuxième anesthésiste. »

 Série télévisée

« Dans les deux cas, les analyses ont permis de retrouver de fortes quantités de potassium ou d’anesthésiques à doses létales », substances introduites « sciemment » dans ces poches « où elles n’avaient pas lieu d’être, a ensuite révélé Christine de Curraize, vice-procureure de Besançon, qui exclut l’erreur médicale. Il ne pouvait s’agir que d’actes volontaires de nature à entraîner la mort des patients. »

Les suspicions conduisent les policiers à faire le lien avec deux cas suspects survenus en 2008 et en 2016 dans cette même clinique, toujours en présence de Frédéric P. : un homme de 53 ans, opéré des reins, et une femme de 51 ans, hospitalisée pour une fracture, morts d’un arrêt cardiaque inexpliqué. Et puis une procédure ancienne, remontant à 2009, dans un autre établissement où Frédéric P. était présent. Et dans un communiqué voici la polyclinique de Franche-Comté qui évoque « trois événements graves » survenus sur « une courte période ». Des « faits troublants » qui avaient donné lieu à une enquête, classée sans suite.

 Depuis Besançon Le Parisien évoque, enfin, des policiers qui « s’interrogent notamment sur les motivations » de Frédéric P. Des policiers qui n’excluent pas « qu’il ait pu provoquer volontairement ces accidents cardiaques dans le seul but de se procurer le frisson de la réanimation ». Et voici que soudain, bien loin de Besançon, nous nous retrouvons comme projetés dans une série télévisée.

A demain