Brutale accélération de la fermeture de toutes les «petites maternités de proximité» : et après ?

Bonjour

« Le nombre de femmes qui vivent à plus de 45 minutes d’une maternité a doublé en 20 ans » titre Le Monde (François Béguin, Véronique Malécot, Mathilde Costil, Eugénie Dumas, Eric Dedier et Xemartin Laborde). Une information opportunément publiée à la veille des « Etats généraux des maternités de proximité » qui se tiendront les 22 et 23 mars au Blanc (Indre), l’une des petites cités directement concernée par un processus jacobin déjà ancien de fermeture programmée.

« En un peu plus de vingt ans, entre le 1er janvier 1997 et le 11 mars 2019, la France a perdu 338 maternités (413 fermetures et 73 ouvertures) sur 835, précise Le Monde qui a demandé à un ‘’géographe de la santé’’ un travail original sur le sujet. A l’issue de cette colossale refonte de la carte sanitaire, le nombre de femmes en âge de procréer se trouvant à plus de quarante-cinq minutes d’une maternité a plus que doublé, passant de 290 000 à 716 000, soit 430 000 de plus. Le nombre de celles se trouvant à plus de trente minutes a, lui, augmenté de près de deux millions, passant de 1,9 million en 1997 à 3,7 millions en 2019.

Au milieu du gué

Ces chiffres jusqu’ici inédits sont différents des données produites par le service statistiques du ministère de la santé. Et au vu du contenu du projet de loi « santé » défendu par Agnès Buzyn et dont l’examen est en cours devant l’Assemblée nationale de nouvelles fermetures sont à prévoir dans les prochaines années. « On continue à fermer et à concentrer, on a l’impression que ça ne finira jamais », déplore Rosine Leverrier, vice-présidente des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité. Une angoisse qui vient s’ajouter à toutes celles que nourrissent ceux qui estiment vivre aujourd’hui « en périphérie ».

Un paradoxe d’autant plus étonnant que les autorités sanitaires arguent de la sécurité des femmes pour justifier les fermetures de maternités où les médecins spécialistes font défaut. Une politique qui a récemment reçu le soutien affiché d’un vaste aréopage représentant les anesthésistes-réanimateurs, les gynécologues médicaux et les gynécologues-obstétriciens, les pédiatres et des médecins généralistes 1.

« L’évolution est urgente et inéluctable du fait de la démographie médicale, expliquent-ils. Elle est nécessaire pour la sécurité des patientes. Nous comprenons les craintes des patientes mais rester crispé au milieu du gué est particulièrement dangereux. Refusons la démagogie et construisons l’avenir avec les patients, les soignants et les élus responsables. »

Comment décrisper ceux qui au Blanc (Indre) et ailleurs, à la fois en périphérie et au milieu du gué, voient monter les eaux, tremblent et n’osent plus avancer ?

A demain

@jynau

1 Laurent Heyer, président du CNP-AR (Conseil National Professionnel d’Anesthésie-Réanimation) ; Benoît Plaud, président du CNEAR (Collège National des Enseignants d’Anesthésie-Réanimation) ; Xavier Capdevila, président de la SFAR (Société Française d’Anesthésie et de Réanimation) ; Christian-Michel ARNAUD, président du SNARF (Syndicat National des Anesthésistes-Réanimateurs de France) ; Denis Cazaban, président du SMARNU (Syndicat des Médecins Anesthésistes-Réanimateurs Non Universitaires) ; Anne Wernet, présidente du SNPHAR-e (Syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes-Réanimateurs) ; Élie SALIBA, président de la SFN (Société Française de Néonatologie) ; Olivier Claris, Chef de service de néonatologie et de réanimation néonatale au CHU de Lyon ; Blandine Mulin, présidente de la FFRSP (Fédération Française des Réseaux de Santé Périnatale) ; Thierry Debillon, président de la SFMP (Société Française de Médecine Périnatale) ; Jean-Christophe Rozé, professeur de Pédiatrie à l’Université de Nantes ; Israël Nisand, président du CNGOF (Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français) ; Michèle Scheffler, présidente du CNPGO (Conseil National Professionnel de Gynécologie et Obstétrique) ; Vincent Zerr, président de la FECEGOCH (Fédération des Cercles d’étude des Gynécologues Obstétriciens des Centres Hospitaliers) ; Bertrand de Rochambeau, président du SYNGOF (Syndicat National des Gynécologues Obstétriciens de France) ; Pascale Le Pors, vice-présidente du SYNGOF, pôle Praticiens  Hospitaliers ; Jacques Trévidic, président de la CPH (Confédération des Praticiens des Hôpitaux) et de APH (Action Praticiens Hôpital) ; Renaud Péquignot, président Avenir Hospitalier ; Emmanuel Loeb, président de Jeunes Médecins ; Jeremy Do Cao, président de l’AJP (Association des Juniors en Pédiatrie) ; Gabriel Saiydoun, président du CNJC (Conseil national des Jeunes Chirurgiens) ; Franck Verdonk, président du SNJAR (Syndicat des Jeunes Anesthésistes-Réanimateur) ; François BRAUN, président de Samu-Urgences de France

 

Mobilisation médicale : voici pourquoi et comment il faut fermer toutes les petites maternités  

Bonjour

C’est une formidable prise de position œcuménique – un phénomène rarissime dans la profession médicale. Un texte destiné à la presse et signé par un vaste aréopage représentant les anesthésistes-réanimateurs, les gynécologues médicaux et les gynécologues-obstétriciens, les pédiatres et des médecins généralistes 1. Ils disent « entendre les inquiétudes qui grandissent autour de la fermeture de certaines maternités de proximité» .  Pour autant ces acteurs du réseau de périnatalité entendent rappeler que le problème de sécurité des patientes et des nouveau-nés doit être « au cœur de la réflexion sur l’évolution de ces structures ». Ecoutons-les :

« La dissémination de l’offre de soins en maternité sur chaque territoire de santé est un facteur déterminant de risque de perte de qualité et de sécurité des soins. Les ressources humaines médicales nécessaires pour assurer en permanence une qualité égale sur tous les territoires sont limitées. La restructuration de l’offre dans ce domaine est une nécessité pour préserver la qualité et la sécurité des soins.

« L’assouplissement des critères de sécurité, la baisse du niveau de qualification des acteurs, la multiplication des contrats de médecins remplaçants à la place d’équipes expérimentées, ne peuvent constituer des solutions pour maintenir des maternités qui ne répondent pas aux exigences de qualité/sécurité. »

Selon eux il ne faut pas s’y tromper : « la proximité n’est pas gage de sécurité »

« Ne pas accepter les nécessaires restructurations, c’est contraindre les soignants à moins de sécurité des pratiques, à moins de qualité dans la prise en charge des accouchements. C’est  mettre en danger les femmes qui viennent accoucher, comme les personnels soignants. Ceci aboutira dans un futur très proche à une aggravation de la situation actuelle qui cumule les déserts médicaux, l’insatisfaction des femmes, l’augmentation de pathologies graves et accroît le risque de mortalité pour les femmes et les nouveau-nés. »

 Le torrent des modernités

En d’autres termes, le projet médical de territoire «doit être guidé par l’équilibre sécurité-proximité» via les communautés médicales des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT).

« Le maillage des maternités publiques et privées situées dans les villes ou départements limitrophes du lieu de résidence, les moyens déployés pour améliorer les voies d’accès afin que le temps d’accès moyen n’augmente pas malgré les fermetures, le transport des parturientes ou encore leur hébergement dans des hôtels hospitaliers sur les lieux d’accouchement sont autant de solutions qui doivent être analysées et proposées pour accompagner la fermeture des maternités qui ne répondent plus aux exigences de sécurité. 

 « Dans certaines régions, ces solutions existent déjà et fonctionnent, que ce soit à l’étranger (Suède, Finlande) ou en France (l’exemple des îles de la côte Ouest, Belle Ile, Groix, Ile d’Yeu, où habitent plus de 12 000 habitants est significatif). »

 On peut, selon eux, le dire autrement : maintenir une maternité qui ne parvient pas, dans les faits, à offrir une organisation pérenne 24h/24 répondant aux critères de qualité / sécurité de la HAS est une erreur managériale pour les directions d’hôpitaux, médicale pour les médecins et les sages-femmes et une tromperie politique envers les femmes auxquelles est annoncé que tout fonctionne correctement. Sans réaction rapide, ces situations vont se multiplier.

Que l’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas là un soutien aveugle au pouvoir exécutif. Car pour les signataires l’accompagnement financier et organisationnel de ces mutations incombe bel et bien au gouvernement au travers des dispositions de la loi d’organisation de la transformation du système de santé, aux ARS pour le financement des réseaux périnataux de partenariat et à l’Assurance maladie au travers du nécessaire accompagnement des Communautés professionnelles territoriales de santé.

« L’évolution est urgente et inéluctable du fait de la démographie médicale. Elle est nécessaire pour la sécurité des patientes. Nous comprenons les craintes des patientes mais rester crispé au milieu du gué est particulièrement dangereux. Refusons la démagogie et construisons l’avenir avec les patients, les soignants et les élus responsables. »

Refusons la démagogie facile et la perversité populiste, certes. Mais comment ne pas rester crispé au milieu du gué quand on ne voit pas ce qui nous attend de l’autre côté des torrents de la modernité ?

 A demain

@jynau

1 Signataires : Laurent Heyer, président du CNP-AR (Conseil National Professionnel d’Anesthésie-Réanimation) ; Benoît Plaud, président du CNEAR (Collège National des Enseignants d’Anesthésie-Réanimation) ; Xavier Capdevila, président de la SFAR (Société Française d’Anesthésie et de Réanimation) ; Christian-Michel ARNAUD, président du SNARF (Syndicat National des Anesthésistes-Réanimateurs de France) ; Denis Cazaban, président du SMARNU (Syndicat des Médecins Anesthésistes-Réanimateurs Non Universitaires) ; Anne Wernet, présidente du SNPHAR-e (Syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes-Réanimateurs) ; Élie SALIBA, président de la SFN (Société Française de Néonatologie) ; Olivier Claris, Chef de service de néonatologie et de réanimation néonatale au CHU de Lyon ; Blandine Mulin, présidente de la FFRSP (Fédération Française des Réseaux de Santé Périnatale) ; Thierry Debillon, président de la SFMP (Société Française de Médecine Périnatale) ; Jean-Christophe Rozé, professeur de Pédiatrie à l’Université de Nantes ; Israël Nisand, président du CNGOF (Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français) ; Michèle Scheffler, présidente du CNPGO (Conseil National Professionnel de Gynécologie et Obstétrique) ; Vincent Zerr, président de la FECEGOCH (Fédération des Cercles d’étude des Gynécologues Obstétriciens des Centres Hospitaliers) ; Bertrand de Rochambeau, président du SYNGOF (Syndicat National des Gynécologues Obstétriciens de France) ; Pascale Le Pors, vice-présidente du SYNGOF, pôle Praticiens  Hospitaliers ; Jacques Trévidic, président de la CPH (Confédération des Praticiens des Hôpitaux) et de APH (Action Praticiens Hôpital) ; Renaud Péquignot, président Avenir Hospitalier ; Emmanuel Loeb, président de Jeunes Médecins ; Jeremy Do Cao, président de l’AJP (Association des Juniors en Pédiatrie) ; Gabriel Saiydoun, président du CNJC (Conseil national des Jeunes Chirurgiens) ; Franck Verdonk, président du SNJAR (Syndicat des Jeunes Anesthésistes-Réanimateur) ; François BRAUN, président de Samu-Urgences de France

 

Vingt morts suspectes : l’ Hypnovel® a-t-il été méchamment utilisé à l’Ehpad de Pontarlier ?

Bonjour

Il y avait depuis la fin janvier « de fortes suspicions d’euthanasie ». Le procureur de la République de Besançon, Etienne Manteaux vient cette fois d’annoncer qu’il ouvrait une enquête en « recherche des causes de la mort » après les décès suspects de vingt pensionnaires de l’Ehpad du Larmont près de Pontarlier (Doubs). Elle fait suite à l’enquête précédemment ouverte pour « homicide involontaire ». 

Concrètement les enquêteurs de la police judiciaire de Besançon et le commissariat de Pontarlier ont été saisis des dossiers des vingt résidents décédés et «un médecin légiste va être désigné pour étudier chaque cas »a-t-il été précisé à l’AFP. L’enquête devra notamment déterminer s’il y a eu un « usage excessif du midazolam [ midazolam® Hpnovel®] , un puissant hypnotique sédatif ».

« Y-a-t-il eu ou non euthanasie, s’interroge le procureur. Le cadre de la loi Leonetti sur la fin de vie est très précis. Il autorise l’utilisation de certaines molécules dans un protocole associant la famille du patient en fin de vie et nécessite toujours un double avis médical, en vue de la prise d’une décision ».

Cité dans l’affaire Bonnemaison

On se souvient peut-être que l’ Hypnovel® (chlorydrate de midazolam) avait été cité lors du procès en appel de Nicolas Bonnemaison, ancien urgentiste jugé pour sept «empoisonnements» de patients en fin de vie, entre mars 2010 et juillet 2011.

Hypnovel® : « Agit rapidement afin de vous rendre somnolent ou de vous endormir. Il vous rend également calme et entraîne un relâchement de vos muscles. Hypnovel®est utilisé chez l’adulte: comme anesthésique général pour endormir ou maintenir endormi.

Hypnovel®:  Est également utilisé chez l’adulte et l’enfant: pour les rendre calmes et somnolents s’ils sont en unité de soins intensifs. C’est ce que l’on appelle la « sédation » ; avant et pendant un examen ou une procédure médicale où ils vont rester éveillés. Cela les rend calmes et somnolents. C’est ce que l’on appelle la « sédation vigile » ; pour les rendre calmes et somnolents avant de leur administrer un anesthésique. »

Hypnovel®: Peut aussi (sous conditions) être utilisé dans les « processus de fin de vie ».

A demain

@jynau

Les amphétamines de Bernard-Henri Lévy et les injections sanguines de la star Neymar

Bonjour

Du pain et des bleus. « 19-24 Désespérant » titre justement L’Equipe au lendemain d’un match catastrophe du XV de France cintre le XV de Galles. Où l’on pressent que le jeu de rugby, à l’échelon français, est une éponge du moral national. Et sans jamais pouvoir le démontrer on pourrait soutenir l’hypothèse que les violences inhérentes aux Gilets Jaunes ne sont pas étrangères aux malheurs des Bleus. Un vrai chef vous manque, et c’est le désespoir.

Nous avions laissé  Neymar da Silva Santos Júnior, 26 ans, souffrant d’une « élongation des adducteurs droits ». C’était en novembre. Nous voici en février, le gracile génie est à nouveau blessé. L’Equipe nous apprend que l’homme vient de faire un aller-retour en urgence à Barcelone. Là il a « reçu une injection de plasma riche en plaquettes (PRP) par leDr Ramón Cugat Bertomeu, chirurgien orthopédiste et spécialiste international de cette pratique régénératrice».

Traitement des tendinopathies chroniques

Chacun sait que Neymar s’est blessé contre Strasbourg (2-0) en Coupe de France, le 23 janvier. La star brésilienne salariée par le Qatar à Paris « souffre d’une pseudarthrose, c’est-à-dire un défaut de consolidation de la fracture du cinquième métatarsien du pied droit opéré en pars dernier par Rodrigo Lasmar, le médecin de la sélection brésilienne ». Pas d’intervention, cette fois, mais « un traitement conservateur à base de kiné, de magnétothérapie et d’injection de PRP ».

User ou pas du PRP ? On lit ceci dans la précieuse Revue Médicale Suisse, sous la signature de Jean-Luc Ziltener, Maxime Grosclaude et Lara Allet (Service d’orthopédie et traumatologie de l’appareil moteur, Hôpitaux Universitaires de Genève).

« Les tendinopathies chroniques chez le sportif sont fréquentes et pour certaines difficiles à traiter. La guérison et la régénération tendineuse sont sous le contrôle, entre autres, de nombreux facteurs de croissance. Il est actuellement possible de concentrer quelques facteurs de croissance autologues dans une fraction plasmatique du sang prélevé chez un sujet (plasma riche en plaquettes – PRP), et de la réinjecter au site lésionnel. La recherche de base et animale paraît plutôt prometteuse. Néanmoins, en clinique, le nombre d’études scientifiquement acceptables dans cette indication est faible. Actuellement, il n’est ainsi pas possible de recommander formellement ce type d’injections sanguines pour le traitement des tendinopathies chroniques chez l’homme. »

Passer chez Ruquier ou descendre une piste noire ?

L’Equipe, toujours (supplément papier glacé) et un « auto-portrait » glaçant (propos recueills par Estelle Lenartowicz – photo Roberto Frankenberg) de « Bernard-Henri Lévy, 70 ans, écrivain ». Où l’on en apprend un peu plus encore sur ses centaines de chemises toujours portées sans cravate (peur d’étouffer, « vieux truc d’enfant asthmatique ») ; sur ses modalités d’écriture dans une piscine (magnétophone, brasse papillon, un peu de dos crawlé) ; sur sa pratique, jeune, des sports de combat (judo, ju-jitsu, bâton japonais) ; sur le ski (« Passer chez Ruquier, c’est comme descendre une piste noire à ski » – sic).

Sans oublier le dopage aux amphétamines 2 :

« Jusqu’à il y a quinze ans, il m’est arrivé de me doper. Pour rendre plus pertinente cette partie du corps qu’est mon cerveau. Sous amphétamines, on se sent invincible, extralucide, invulnérable. Je ne regrette pas cette époque mais elle est derrière mois. Aujourd’hui j’ai besoin de bouger, de brûler mon énergie, de respirer. Je nage ».

Et L’Equipe de compléter : « 0 cigarette depuis trente ans après avoir fumé 5 paquets par jour. Au théâtre Antoine à Paris, le 20 mai, dans sa pièce ‘’Looking for Europe’’ ».

A demain

@jynau

1 Traitement des tendinopathies chroniques : intérêt des injections de plasma riche en plaquettes (PRP) Rev Med Suisse 2011; volume 7. 1533-1537

2 Dans Le Figaro daté du 3 juillet 2014 (Emilie Geffray), en réponse à la question de savoir s’il avait été gêné des  révélations sur France 2  (par sa femme Arielle Dombasle) de ses prise de « psychotropes » Bernard-Henri Lévy répondait : « Il y a une vraie tradition, vous savez, des écrivains consommateurs de substances. Artaud et le peyotl, Henri Michaux, Baudelaire et Théophile Gautier. À quoi sert un corps, pour un écrivain, sinon à produire le maximum de texte possible? Et de la meilleure qualité? Les amphétamines, parfois, m’y ont aidé. »

 

Curare : l’anesthésiste de l’hôpital de Lavaur a été mise en examen pour homicide volontaire 

Bonjour

Pour l’heure son nom n’est pas connu. Une médecin anesthésiste, soupçonnée d’avoir euthanasié une patiente octogénaire à l’hôpital de Lavaur (Tarn), a été mise en examen vendredi 21 décembre pour « homicide volontaire ». le Le parquet de Toulouse a précisé à l’AFP qu’elle avait placée sous contrôle judiciaire. L’infirmière qui a injecté la dose mortelle, sous l’autorité de cette anesthésiste, a quant à elle été « placée sous le statut de témoin assisté » – et n’a donc pas été mise en examen, a précisé le parquet.

L’affaire avait été révélée par La Dépêche (Richard Bornia). On apprenait alors que ce médecin, soupçonné d’avoir injecté une dose létale à une patiente de 84 ans avait été placée en garde à vue à la gendarmerie de Gaillac dans la soirée du 19 décembre.  Motif : le décès suspect d’une octogénaire survenu en fin de semaine dernière. Elle avait été admise la veille de sa mort au centre hospitalier de Lavaur (605 lits). « Entre la pression et le désarroi d’une famille confrontée à une situation dramatique » cette praticienne expérimentée aurait administré (ou fait administrer) à la patiente un « produit sédatif » ajoutait La Dépêche.

La garde à vue de cette anesthésiste avait alors été confirmée par le parquet de Castres qui qualifiait cette affaire de «complexe», se refusant à tout autre commentaire. Bernard Carayon, maire de Lavaur et président du conseil de surveillance de l’hôpital, avait d’emblée réagi . «Je suis bouleversé, dit-il. Je ne me prononcerai pas avant la fin de l’enquête. Notre ville, notre hôpital a toujours été à la pointe en matière de soins palliatifs. Nous avons toujours soutenu JALMALV (Jusqu’à la mort accompagner la vie) l’association locale pour le développement des soins palliatifs qui a été pionnière, dès la fin des années 90, dans l’accompagnement des personnes en fin de vie.»

Rassurer sur la qualité de la prise en charge

Vendredi 21 décembre cette anesthésiste a été mise en examen pour homicide volontaire après sa présentation devant le juge d’instruction du parquet de Toulouse. Lors de la réunion du conseil de surveillance de l’hôpital de Lavaur, réuni le même jour il a été précisé que la morts avait été obtenue par injection de curare 1.

« Cette femme de 81 ans avait été admise aux urgences du centre hospitalier de Lavaur le mercredi 12 décembre au soir. Après une nuit cauchemardesque pour ses proches qui étaient restés à son chevet, le lendemain matin, jeudi 13 décembre, l’anesthésiste a pris la décision de mettre un terme à l’agonie de la patiente avec une injection létale, précise La Dépêche (Richard Bornia).  Selon plusieurs témoignages, elle aurait dit qu’elle avait par le passé connu une situation identique lors de la fin de vie d’un de ses parents. Un douloureux souvenir qui pourrait expliquer peut-être son geste. »

Le quotidien régional ajoute que cette anesthésiste est « reconnue pour sa compétence et estimée par le personnel hospitalier ». Dans le box des urgences, elle était assistée d’une infirmière « dont le professionnalisme a été mis en avant lors du conseil de surveillance ». C’est cette infirmière (âgée d’une quarantaine d’années et qui exerce dans ce centre hospitalier depuis de nombreuses années) qui a signalé à un supérieur les conditions du décès de l’octogénaire.

« Le mardi 18 décembre, dans l’après-midi, très certainement informée que son geste était connu, l’anesthésiste a téléphoné au directeur de l’hôpital. Au téléphone c’est une femme effondrée, qui reconnaît sa faute et en assume l’entière responsabilité. Devant la gravité des faits exposés, la direction de l’hôpital informe dans la foulée le parquet de Castres et l’Agence Régionale de Santé (ARS) du Tarn. »

Deux décisions ont été prises par le conseil de surveillance de l’établissement hospitalier : un courrier sera adressé très rapidement aux familles des personnes actuellement hospitalisées pour les rassurer sur la qualité de la prise en charge des patients à l’hôpital de Lavaur ;  l’ensemble du personnel hospitalier sera également destinataire d’une note informative de la direction. Un personnel, dont un soignant a confié à La Dépêche qu’il est « abasourdi et triste » par l’ampleur de cette crise qui secoue leur hôpital.

A demain

@jynau

1 Très fréquemment utilisées en anesthésie les spécialités pharmaceutiques à base de curare ne peuvent en aucune façon utilisées dans les sédations mises en œuvre lors des soins palliatifs. Ce sujet avait été au cœur de l’affaire du Dr Nicolas Bonnemaison, ancien médecin urgentiste à l’hôpital de Bayonne qui avait été poursuivi pour sept « empoisonnements » de patients.

Pour tuer des condamnés, l’opioïde fentanyl est du meilleur effet : premier cas au Nebraska

Bonjour

Fête-t-on l’Assomption dans l’Etat du Nebraska ?

Le mardi 14 août 2018, pour la première fois au Etats-Unis (et sans doute au monde) un condamné à mort a été exécuté dans le Nebraska par une injection létale à base de fentanyl. C’est là un analgésique opioïde, dérivé de la phénylpipéridine, qui interagit principalement sur les récepteurs morphiniques µ du cerveau, de la moelle épinière et des muscles lisses.

« Il présente un effet analgésique rapide et une courte durée d’action, nous apprend le site de l’antique dictionnaire Vidal.  Le fentanyl possède un effet analgésique environ 100 fois plus puissant que celui de la morphine.Ses principaux effets thérapeutiques sont analgésiques et sédatifs. Les concentrations sériques de fentanyl qui induisent un effet analgésique minimal chez les patients non traités antérieurement par des opioïdes fluctuent entre 0,3 et 1,5 ng/ml ; la fréquence des effets indésirables augmente lorsque les concentrations plasmatiques dépassent 2 ng/ml. »

Commercialisé en France sous une dizaine de marques ce médicament est officiellement prescrit dans la prise en charge des accès douloureux paroxystiques d’origine cancéreuse, comme analgésie postopératoire, dans les anesthésies, contre les douleurs chroniques intenses ainsi que dans les neuroleptanalgésies.

Au Nebraska il aura, pour la première fois, servi à tuer. L’affaire est racontée dans The New York Times : « Fentanyl Used to Execute Nebraska Inmate, in a First for U.S. ». Une double première pour cet État situé au cœur de la région des Grandes Plaines et du Midwest. Le Nebraska n’avait pas exécuté de prisonnier depuis 1997. Et il s’agissait de la première mise à mort par injection létale de son histoire. Carey Dean Moore a été tué après avoir été condamné pour deux meurtres commis en 1979. Son exécution a, nous assure-t-on, duré environ une vingtaine de minutes.

Aimer avant d’être tué

« Calme et posé », selon les représentants des médias, M. Moore s’est tourné vers ses proches pour leur adresser ses derniers mots : « Je vous aime ; Je vous aime ; Je vous aime ».

Puis il est mort après l’injection d’une association de quatre substances, dont trois n’avaient encore  jamais été utilisées lors d’une exécution : diazépam, fentanyl et cisatracurium associé au chlorure de potassium.

Soucieux d’élargir la perspective du sujet les médias rapportent que la consommation de fentanyl, est responsable aux Etats-Unis d’un épidémie de morts par overdoses – plus de 20 000 décès en 2016. Sans oublier quelques célébrités dont Prince (2016) et Dolores O’Riordan (2018), égérie des Cranberries.

Carey Dean Moore, lui, ne chantait pas. Ou rarement. Ses avocats arguaient que sa condamnation à mort avait été commuée en peine de prison à perpétuité en 2015 quand le Nebraska avait aboli la peine capitale. C’était un an an avant que les électeurs la rétablissent par référendum.  Le condamné aura passé 38 ans de sa vie dans le couloir de la mort. On dit qu’il avait fait savoir qu’il ne voulait plus que son exécution soit repoussée.

Il semble, tout bien pesé, que l’Assomption ne soit pas fêtée dans l’Etat du Nebraska.

A demain

Alcools : Emmanuel Macron, premier président de la régression dans la lutte contre les addictions ?

Bonjour

L’affaire prend de l’ampleur. Jamais un président de la République française n’avait, publiquement, été aussi loin sur un sujet éminemment médical et français. Emmanuel Macron a osé, en quelques minutes, remettre en question deux ou trois décennies de lutte démocratique contre la maladie alcoolique ; et créer un abcès politique : « Emmanuel Macron boit du vin midi et soir et désavoue publiquement la ministre de la Santé ».

C’est là un dossier dossier majeur tôt développée sur Slate.fr par notre confrère Claude Askolovitch : « Macron, choisit le vin, désavoue Buzyn et oublie Mendès France ». Ainsi donc Emmanuel Macron président reconnait avec fierté avoir, ministre, délibérément détricoté la loi Evin dans sa partie publicité et boissons alcooliques. Emmanuel Macron assurant que lui président rien ne bougerait. Pourquoi ? Il ne le dit pas. L’affaire prend de l’ampleur et en prendra. Pour l’heure, ces lignes par le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Larges extraites :

« Aux States, les armes. En France, le vin. A chacun, son Lobby et son Président. La pollution idéologique hexagonale est sans doute aussi puissante que la pression économique, les deux aux dépens de la santé publique. Rappeler les chiffres (49 000 morts par an soit plus de dix fois la mortalité routière), le coût sanitaire et social (quelques centaines de milliards, pas plus, selon la Cour des Comptes), l’embouteillage aux urgences hospitalières pour overdoses d’alcool chaque vendredi ou samedi soirs, les violences faites aux femmes et aux enfants ds le cadre familial, le SAF par manque d’information, etc. ne change rien ou si peu…. »

« Promouvoir le quinquennat de la Femme en pensant que les personnes dépendantes ou cancéreuses que nous voyons en consultation ou hospitalisation ne boivent, c’est bien connu, que de la méchante vodka, de la bière étrangere ou de la tequila exotique mais jamais ni vin rouge, ni vin blanc, ni vin rosé, ni champagne est une triste contre-Addiction. De même que penser que le binge-drinking des djeuns résumerait le vertigineux problème de santé publique de l’alcool en France. » 

Régression politique

Le Dr Lowenstein s’interroge : « Comment en sommes nous revenus là ? » Après les déclarations d’Agnès Buzyn lors d’un débat sur l’alcoolisme (« L’alcool, un tabou français » France 2), trois semaines avant le salon de l’agriculture, rappelant que le vin était un alcool comme un autre, le lobby du vin s’est activé, avec la puissance qu’on lui connaît, indignation en drapeau et assurance des « sciences fakes News » à l’appui relayée par la presse nationale.

Pour ce spécialiste des soins et de la lutte contre les addictions assurer que «  évidemment il y a de l’alcool ds le vin, mais que cet alcool n’est pas fort » (Christophe Castaner sur RMC-BFMTV) témoigne du sens de la formule, d’un joli talent de communication politique mais ne résiste pas à la pauvre et simple formule chimique : vodka, whisky, bière, tequila ou vin, la molecule d’alcool est la même, avec la même toxicité. Dès le premier verre, ce dont il faut informer chaque femme enceinte. Il poursuit :

« Notre président de la République est le fondateur de la « en-même-temps-logie », ce qui devrait permettre de sauver notre patrimonial vinicole et en réguler les productions et abus. Également, son côté « silex », dur et tranchant, bien moins connu, est une bonne surprise pour faire évoluer notre pays. (…)  Laissons passer le Salon de l’Agriculture et revenons à nos moutons ! Ceux-ci ne sont pas de Panurge et n’entendront plus longtemps les inepties dont nous venons d’être abreuvés. » 

 On peut être moins optimiste devant une telle régression assumée depuis le Palais de l’Elysée : comment la ministre des Solidarités et de la Santé pourra-t-elle accepter d’être, à ce point et sur un tel sujet, publiquement désavouée par le chef de l’Etat ? Démissionner ?

A demain