L’éclairante radiographie des richissimes coulisses de l’Ordre des chirurgiens-dentistes

Bonjour

Dans l’ombre de l’affaire François et Pénélope Fillon, le rapport millésimé 2017 de la Cour des comptes est une mine à ciel ouvert. On y trouve tout et son contraire : le rappel nécessaire à l’ordre comptable républicain mais aussi le terreau d’un dangereux populisme. Après les petites turpitudes des hôpitaux de Bastia et d’Ajaccio, voici un dossier ordinal qui ne manque pas de piquant, celui de l’Ordre national des chirurgiens-dentistes 1.

Cet ordre est un organisme de droit privé chargé d’une mission de service public. Il a, comme d’autres, été créé par une ordonnance de 1945 (24 septembre 1945). Sa mission première ? Etablir le tableau d’inscription qui est obligatoire pour exercer et de s’assurer du respect des règles de déontologie professionnelle par les praticiens. A ce titre il est doté de compétences administratives et juridictionnelles. Avec près de 44 000 chirurgiens-dentistes cotisants dont 4 000 retraités et environ 20 M€ de cotisations annuelles (417 euros par praticien actif), il compte sept fois moins d’inscrits que l’Ordre des médecins et près de deux fois moins que les Ordres des pharmaciens et des masseurs-kinésithérapeutes.

Graves désordres dans les comptes et la gestion

Les vérifications conduites par les magistrats de la Cour des comptes (effectuées « sur pièces et sur place ») ont porté sur le conseil national, trois des 26 conseils régionaux et quatorze des 103 conseils départementaux. Les conclusions sont d’une particulière sévérité :

« La gouvernance de l’Ordre national des chirurgiens-dentistes se caractérise par un défaut de représentativité et de renouvellement des instances dirigeantes ainsi que par l’absence de contrôle sur son mode de fonctionnement. De ce fait, l’Ordre a délaissé une partie de ses missions d’organisation et de contrôle de la profession dentaire au profit de la défense d’intérêts catégoriels qui ne lui incombe pas. L’aisance financière que lui procure une augmentation continue des cotisations a favorisé de graves désordres dans les comptes et la gestion. »

Les citoyens, chirurgiens-dentistes ou pas, liront (gratuitement) ce qu’il en est ici : « Rapport public annuel 2017 » (à compter de la page 115). Voici, pour commencer, quelques exemples de « défaillance »

« Dans le département de l’Isère, l’absence de séparation des fonctions de validation de la dépense, de saisie dans le logiciel comptable et de paiement, voire parfois de décision, a permis la prise en charge, par l’Ordre, de dépenses sans rapport avec ses missions ou d’achats personnels du président. Dans plusieurs autres conseils départementaux, les responsabilités confiées à des salariés, en particulier le suivi des éléments constitutifs de la paie, sans trace écrite ni contrôle des instances ordinales, sont à l’origine d’abus. Ainsi, des avantages et primes ont été attribués à des salariés, sans décision formelle du bureau ou du président.

« Dans un conseil au moins, l’augmentation des rémunérations a atteint 45 % entre 2010 et 2015. Au sein du conseil national, l’absence de factures ou de pièces justificatives des dépenses n’est pas rare. Ainsi entre 2010 et 2015, 7 % des achats effectués par carte bancaire, en particulier dans le domaine informatique, ont été enregistrés sans facture et ne donnent lieu à aucun inventaire. Les achats effectués par les conseillers ordinaux avec une carte de crédit de l’Ordre ne font l’objet d’aucun encadrement. »

Hôtel particulier de 1 500 m² dans le XVIème

Peut-être y a t-il plus grave. On apprend par exemple que le conseil national n’établit pas de comptes combinés (ni même agrégés) des différentes instances de l’Ordre, comme le font, par exemple, l’Ordre des experts comptables ou l’Ordre des pharmaciens – et ce alors que l’unicité de la cotisation, posée par la loi, l’y invite. C’est ainsi que sans vue d’ensemble de la situation financière et du patrimoine de l’Ordre, le conseil national n’est pas en mesure de satisfaire à son obligation légale de gérer les biens de ce même Ordre. Ce seul fait aurait dû inciter le commissaire aux comptes du conseil national à recommander à l’Ordre la tenue de comptes combinés. Le patrimoine immobilier total de l’ordre est estimé par la Cour à près de 50 M€. Celui des conseils locaux (16 M€ environ) n’est comptabilisé « nulle part ». Celui du conseil national est inscrit dans les comptes pour une valeur immobilisée brute de 8,5 M€ en 2015.

« Le siège de l’ordre, un hôtel particulier de 1 500 m² situé dans le 16ème arrondissement [22, rue Emile Menier] de Paris, d’une valeur vénale de 20 M€ environ, ne figure à l’actif que pour 9 909 €. Les biens immobiliers sont comptabilisés, l’année de leur acquisition, en dépenses courantes et ne donnent lieu à aucun amortissement. Ni les dettes, ni les créances ne sont enregistrées dans les comptes des conseils locaux et les emprunts sont comptabilisés en recettes courantes, l’année où ils sont contractés, et non comme une obligation financière à honorer et susceptible d’affecter durablement la capacité financière des conseils. Les cotisations ne sont pas plus comptabilisées en droits constatés. Enfin, aucune provision pour risques et charges n’est passée. »

« Convaincre les pouvoirs publics »

Plus ennuyeux, la Cour des comptes relève que l’Ordre finance des lobbyistes, pour des montants importants, l’un auprès des pouvoirs publics français, l’autre auprès des institutions de l’Union européenne.

« L’Ordre a réglé, depuis 2014, un montant total de près de 130 000 €, afin de convaincre les pouvoirs publics, jusqu’au plus haut niveau (sic), d’encadrer davantage l’activité des centres dentaires. Au second, il verse environ 80 000 € d’honoraires chaque année. Auparavant, l’Ordre a rémunéré pendant dix ans une ancienne attachée parlementaire, chargée des relations institutionnelles, en application d’une convention de prestations qui s’apparentait, en réalité, à un contrat de collaboration salariée, évitant à l’Ordre de payer des charges sociales.

« À la rupture du contrat en 2009, l’Ordre a d’ailleurs été amené à payer une indemnité contractuelle de 51 000 € et une indemnité transactionnelle de 50 000 € pour éteindre l’action intentée contre lui devant le Conseil des prud’hommes de Paris. L’Ordre combat également les réseaux mutualistes. Bien que sanctionné, en juin 2011, par la Cour de cassation pour avoir menacé de sanctions disciplinaires, via une lettre-type adressée à tous les praticiens, ceux qui adhéreraient à un réseau ou ne résilieraient pas un protocole déjà conclu, les pressions qu’il continuait d’exercer conduisaient encore en 2015 de nombreux praticiens à dénoncer le contrat les liant à un réseau mutualiste, de peur, comme l’écrivent certains, « d’avoir enfreint la règle [en signant] un accord qui serait illégal ou contraire au code de déontologie ». »

« Sauvons nos dents »

Autre grief, en non des moindres : la « confusion » avec des responsabilités syndicales. Extrait :

« L’Ordre a de surcroît subventionné la CNSD en 2014 pour l’aider à organiser une manifestation afin d’obtenir la fermeture définitive de l’université́ privée d’odontologie Fernando Pessoa. Cette revendication n’entre pas dans les missions de l’Ordre. La subvention allouée comme les indemnités et frais de mission versés à des conseillers ordinaux ayant participé à cette manifestation syndicale sont irrégulières. En 2015, la campagne nationale de communication intitulée « Sauvons nos dents », au caractère clairement revendicatif, et mené avec trois syndicats représentatifs de la profession, l’Association dentaire française (ADF) et l’Union française pour la santé bucco-dentaire, a été prise en charge entièrement par l’Ordre pour un montant de 1,2 M€ ».

On n’oubliera pas l’aisance financière dont jouit l’Ordre et qui a contribué à favoriser la dérive des dépenses et le laxisme de la gestion. A savoir, « des indemnités généreuses, parfois même indues ». La loi portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires (HPST) du 21 juillet 2009 a posé le principe « du bénévolat de la fonction ordinale », mais « tout en prévoyant la possibilité de verser aux conseillers des indemnités limitées par décret à trois fois le plafond annuel de la sécurité sociale (soit 115 848 € par conseiller au 1er janvier 2016) ». Or qu’apprend-on ?

« Le montant des indemnités versées en 2015 aux membres du conseil national a, au total, dépassé 600 000 €, dont plus de 400 000 € pour les huit membres du bureau (soit 50 000 € par conseiller en moyenne). De nombreux conseillers nationaux perçoivent, en plus, des indemnités liées à leur participation à des conseils locaux qui peuvent, pour certains, dépasser 20 000 € par an et par personne. Les huit membres du bureau bénéficient tous, en outre, d’un appartement de fonction que l’Ordre, qui en est propriétaire, met gracieusement à leur disposition. Les conditions d’attribution en sont opaques et n’ont jamais été soumises à l’approbation de l’assemblée plénière. Toutes les charges afférentes à ces logements sont payées par l’Ordre, jusqu’aux factures de blanchisserie du linge de maison, pour un total de plus de 100 000 € par an. L’avantage en nature que constituent ces logements n’est ni déclaré ni réintégré dans les rémunérations des conseillers. S’il peut se justifier pour les conseillers domiciliés en province, qui se rendent deux jours par semaine à Paris, il est sans fondement pour les trois membres du bureau qui habitaient Paris ou la région parisienne au cours de la période contrôlée. »

« Esprit fort éloigné du bénévolat « 

Ou encore ceci :

« Les indemnités servies au président de 2009 à 2015 Le président de l’Ordre, chirurgien-dentiste retraité depuis le 31 décembre 2008, s’était fait embaucher en avril 2009, pour un salaire de 150 € nets par mois, comme « assistant dentaire » par un confrère. En réalité, son contrat, qui ne comportait qu’une obligation d’une demi-journée de travail par semaine, avait surtout pour effet de lui permettre de continuer à percevoir les indemnités ordinales au taux maximum, le montant alloué aux actifs (605 € en 2015) étant supérieur de 30 % à celui alloué aux retraités (462 €). Son complément de revenu a atteint 107 000 € sur la période. Il y a mis fin lorsqu’a cessé son mandat de président du conseil national de l’Ordre en juin 2015.

« Nombreux sont les conseillers qui, au niveau national mais aussi au niveau local, se font verser des indemnités à l’occasion d’événements festifs auxquels ils sont conviés, voire à l’occasion de manifestations sans rapport avec l’Ordre, dans un esprit fort éloigné du bénévolat : participation au goûter de Noël des enfants du personnel, participation à un concert organisé par une mutuelle, à un cocktail de départ d’un agent de l’ARS, aux cérémonies du 14 juillet ou à diverses réunions syndicales. Par ailleurs, les « réunions délocalisées » du bureau du conseil national donnent lieu, elles aussi, au paiement d’indemnités de présence, y compris lorsqu’elles s’apparentent davantage à des déplacements d’agrément outre-mer, comme ce fut le cas en 2011, 2012 et 2014 aux Antilles et à La Réunion, pour un coût cumulé de 55 000 € (indemnités, transports, hébergement). »

Coffret « Relais et châteaux® »

Et pour finir, quelques exemples de « pratiques dispendieuses ».

« La pratique des cadeaux, achetés sur les fonds de l’Ordre, et donc au moyen des cotisations ordinales, en faveur des conseillers, des membres de leur famille ou parfois des salariés, est extrêmement répandue : grands vins, coffret « Relais et châteaux® » d’une valeur de plusieurs milliers d’euros, bijoux et accessoires de haute couture, pulls en cachemire, montre sertie de diamants, ordinateurs, stylos de grande marque, soins de thalassothérapie et autres chèques cadeaux sont offerts avec prodigalité. Les ordinateurs portables attribués systématiquement aux conseillers nationaux, qui ne font l’objet d’aucun recensement, d’aucun amortissement et d’aucun déclassement, ne sont jamais restitués à l’Ordre en fin de mandat.

« Certains conseils locaux organisent des voyages d’agrément, tous frais payés, pour les conseillers. Le conseil départemental du Loiret a ainsi organisé des séjours dans des villes thermales, avec les conjoints, à Vichy en 2012 pour 18 participants et près de 9 000 €, à La Baule en 2014 pour 21 participants et un coût de 14 000 €. En juin 2012, le président et les membres du bureau du conseil départemental de l’Isère ont, quant à eux, séjourné quatre jours en Corse, près de Porto-Vecchio, aux frais de l’Ordre. Ce voyage, réalisé sous couvert d’une « réunion confraternelle » avec les membres du conseil départemental de l’Ordre de Corse du Sud, a, en réalité, été conçu et organisé comme un voyage d’agrément : présence de conjoints, traversée depuis le continent avec des motos, hôtel de charme à 150 km d’Ajaccio où se trouvent les locaux du conseil départemental de l’Ordre. »

A demain

1 Le conseil national de l’Ordre des chirurgiens-dentistes a d’ores et déjà répondu « aux articles de presse parus concernant les critiques de la Cour des comptes ». Les réponses déjà fournies à la Cour des comptes figurent en deuxième partie de son rapport au lien suivant : https://www.ccomptes.fr/Publications/Publications/Rapport-public-annuel-2017

Post-vérité alternative : Bernard Kouchner vote Manuel Valls et soutiendra Emmanuel Macron

Bonjour

Hic et nunc. Nous vivons des temps étranges et Bernard Kouchner est, une nouvelle fois, déchiré. Dans un entretien au journal Le Parisien-Aujourd’hui en France, mardi 24 janvier, l’ancien ministre de gouvernements de gauche et de droite Bernard Kouchner, apporte son soutien à Emmanuel Macron en vue de l’élection présidentielle. Selon lui l’ancien ministre de l’Economie de François Hollande (désormais dirigeant du mouvement En marche !) incarne « l’espoir ». Pour l’ancien ministre de François Mitterrand et de Nicolas Sarkozy, l’ancien secrétaire général de l’Elysée est « un homme qui ouvre le jeu, qui ne dit pas de mal des gens par goût électoral (…) C’est l’homme qui ne s’arrête pas au clivage droite-gauche ».

Nous vivons au temps curieux : les « faits alternatifs » succèdent déjà à la « post vérité ». « Mensonge » est devenu grossier. Il y a quelques jours M. Kouchner avait déjà jugé « possible » de voter pour M. Macron au printemps – ajoutant toutefois que les propositions de ce dernier n’étaient pas encore assez « musclées ». Il salue d’ores et déjà son « ouverture d’esprit », sa « façon d’aborder les choses, de n’insulter personne, de ne pas parler de la droite comme si elle était méchante et la gauche le problème ». Un modèle dégagé des idéologies en somme.

Bouffes Parisiens

Le cofondateur (en 1971) de Médecins Sans Frontières confirme en outre dans cet entretien qu’il a bel et bien participé, dimanche 22 janvier, au premier tour de la primaire organisée par la « Belle alliance populaire ». Il a voté Manuel Valls, « parce que son langage au départ de sa primature [lui] semblait un langage d’ouverture, avec son vieux fond rocardien… Puis il a dû en rabattre et se banaliser ». Pour Bernard Kouchner le diagnostic est clair s’il veut survivre le PS « doit complètement se réformer ».

Bernard Kouchner a été interrogé sur le fait que François Hollande n’ait ostensiblement pas écouté le premier débat, préférant assister (accompagné de la ministre de la Culture) au dernier spectacle parisien de l’animateur Michel Drucker. M. Kouchner a commenté : « c’est un pied de nez qui lui ressemble bien ». « Cela me fait de la peine pour lui, il valait mieux. Mais bon il n’a pas su s’imposer, c’est comme ça. » C’est ainsi. François Hollande, mutin, avait précisé qu’il regarderait peut-être le débat en replay. « L’ailleurs et le jadis sont plus forts que le hic et nunc. » (Gaston Bachelard, 1957).

A demain

2017 : la loi interdit la fessée. Aucune sanction n’est prévue si elle n’est pas respectée

 

Bonjour

« Ce qui change avec la nouvelle année » : le marronnier glacé des gazettes. Pour 2017 : le divorce à grande vitesse, le paquet de tabac neutralisé, le don d’organe facilité. Et l’interdiction de la fessée. Un fil rouge: la volonté de bien faire en s’y prenant bien mal. Aller plus vite avec l’illusion que l’on souffrira moins (le divorce). Confondre l’image et la cause d’une addiction (le tabac). S’emmêler dans les mots à l’heure de la mort (le don d’organe).

Penchons-nous sur la fessée 1. De quoi est-elle le nom ? Son interdiction annoncée résulte de l’interprétation d’un article du projet de loi « Egalité et citoyenneté » adopté dans les derniers jours de l’année 2016. Ce texte comprend un volet inédit concernant les « méthodes éducatives ». Son article 68 dispose que le deuxième alinéa de l’article 371-1 du code civil est complété par les mots : « et à l’exclusion de tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles ».

L’exercice de l’autorité parentale exclut désormais toute punition physique impliquant l’usage de la force et visant à infliger un certain degré de douleur ou de désagrément, aussi léger soit-il, dans le but de modifier ou d’arrêter un comportement estimé incorrect ou indésirable.

Frapper, pincer, tacler, secouer

Selon l‘Observatoire de la violence éducative ordinaire (OVEO), cela signifie que sont désormais interdits tous les actes de violence, qu’elle soit verbale et psychologique (crier, injurier, se moquer, humilier, mentir, menacer, culpabiliser, rejeter, chantage affectif…) mais aussi physique (gifler, fesser, pincer, tirer les oreilles ou les cheveux, donner des coups de pied, secouer, saisir brutalement, bousculer, pousser, contraindre l’enfant dans une position inconfortable, le priver de nourriture…).

 Qui pourrait être contre ? Qui oserait soutenir que la violence éducative pourrait être promue comme une vertu pédagogique ? Qui oserait contester que cette violence, officialisée, revendiquée, légitimée peut avoir des conséquences ultérieures d’une particulière gravité ? L’ OVEO explique sur son site :

« Depuis quinze ans, les recherches scientifiques ont prouvé que chaque violence subie par un enfant a des conséquences néfastes sur son développement et sa santé physique et psychologique (faible estime de soi, addictions, troubles alimentaires, dépression, comportements violents…). Ces violences, intériorisées, auront plus tard des répercussions sur la société tout entière. »

Symboles et marronniers

Voilà donc une belle et bonne intention. Et maintenant ? Rien, ou presque. L’objectif de la loi est une interdiction symbolique. Il s’agit de « favoriser une prise de conscience », de « changer l’attitude des adultes envers les enfants ». « La règle posée est de nature exclusivement civile et ne s’accompagne d’aucune sanction, explique l’OVEO. Nous attendons maintenant que cette loi soit accompagnée de campagnes d’information et de sensibilisation de l’ensemble de la société (enfants, parents, professionnels de l’enfance et de la santé…) et de mesures d’aide et de soutien aux parents afin de privilégier un accompagnement respectueux des enfants.

Au-delà de l’abolition de toute forme de violence envers les enfants, c’est le regard porté sur eux par les adultes qui doit changer et permettre des relations plus apaisées dans toute la société. »

Pourquoi, sur le fond, en vient-on à frapper ses enfants ? De quelles frappes parle-t-on ? Comment changer le regard des adultes sur les plus jeunes ? Comment apaiser notre société ? Ce sont là de bien beaux marronniers glacés.

A demain

 1 « Fessée » : Coups répétés donnés sur les fesses en guise de châtiment. Administrer, donner, ficher une (bonne) fessée (à un enfant).

-Donnons-lui une bonne fessée. Aussitôt, entourant le moine, les sœurs retroussèrent sa robe par-dessus sa tête et le frappèrent avec les poignées d’épines (France, Puits Ste Claire,1895, p. 21).

− Au fig. Donner une fessée à qqn. Lui infliger une humiliation. C’était pourtant un homme né, ce bon Gautier, et fait pour être un artiste exquis. Mais le journalisme, (…) le mutinage d’esprit (…), l’ont abaissé (…) au niveau de ses confrères. Ah! que je serais content si une plume grave comme celle du philosophe (…) leur donnait un jour une bonne fessée, à tous ces charmants messieurs! (Flaub., Corresp.,1852, p. 399).

 

Voici le temps des prothèses péniennes en titane avec la mémoire de la forme (Le Figaro)

 

Bonjour

Le Figaro n’est plus ce que l’on croyait qu’il était. Ainsi ce papier de Damien Mascret, publié au lendemain des fêtes de Noël : « Un pénis en titane à mémoire de forme ». On y apprend que des chercheurs ont mis au point une nouvelle prothèse de pénis à mémoire de forme. Que c’est là une approche originale pour un marché en croissance (sic), dominé par des dispositifs semi-rigides et des prothèses gonflables.

Pressions diverses

On y apprend encore que « cinq cents grammes » est la « pression axiale minimum à laquelle un pénis doit résister sans se courber pour que soient possibles la pénétration vaginale et les mouvements de va-et-vient ». Mais on y apprend aussi que « ‘’les forces de résistance’’ du vagin peuvent, notamment selon sa lubrification et sa taille, varier entre 500 grammes et 1,5 kg. Des pressions auxquelles les pénis en ‘’bonne santé’’ résistent sans problème ». Suivent des considérations techniques, avec liens hypertextes, qui peuvent ne pas être sans intérêt :

« Les fabricants de prothèses de pénis (PP), destinés à rendre l’érection à des hommes qui n’en étaient plus capables, utilisent donc des appareils de mesure sophistiqués pour s’assurer que leurs dispositifs résistent au moins à 1,5 kg de résistance. Les prothèses n’empêchent pas les sensations et le plaisir, voir l’éjaculation si le patient a toujours sa prostate et ses vésicules séminales (on les enlève en cas de cancer).

 Bien que préliminaires, les résultats de la nouvelle prothèse mise au point par des urologues de trois universités américaines, avec le soutien de la société Boston Scientific, sont prometteurs. La rigidité axiale, la plus importante, mesurée en exerçant une pression dans l’axe du pénis, est conservée jusqu’à 2,62 kg. Largement suffisant pour permettre la pénétration. Mais la grande nouveauté de cette prothèse est qu’elle est à mémoire de forme, ce qui lui permet de cumuler les avantages des deux types de prothèses actuellement utilisées. »

Discrétions caverneuses

Le Figaro cite un spécialiste (le Dr Marc Galiano, chirurgien urologue à Paris) qui détaille les limites des prothèses péniennes les plus simples (deux tiges placées dans le pénis à la place des corps caverneux et qui peuvent se replier « pour plus de discrétion » hors activité sexuelle). Il y a aussi, plus appréciées les « prothèses gonflables » (durcissement pénien obtenu via une pompe manuelle placée dans le scrotum).

Et puis la nouveauté américaine : un nouvel alliage de nickel et de titane (Ni-Ti), le nitinol, qui forme un exosquelette autour de tiges en latex et silicone. Le Figaro :

« À la température normale du corps, l’exosquelette en nitinol reste resserré. Mais soumis à une température extérieure de 42°C, il se dilate, ce qui accroît la circonférence du pénis et produit l’érection. Pourquoi 42°C? ‘’Parce que c’est plus que la température normale du corps humain au repos (37°C, NDLR) et moins que la température qui deviendrait douloureuse’’, expliquent les auteurs. Le prototype semble fonctionner mais les chercheurs précisent qu’il faudra encore déterminer quel est le meilleur dispositif extérieur pour apporter cette chaleur et vérifier que les tissus environnant la prothèse en nitinol supportent bien cette température. Il suffit ensuite de refroidir le pénis pour que l’exosquelette le ramène à l’état de repos. »

 Données nationales

Où l’on voit, finalement, que rien n’est jamais gagné. «En France, nous implantons actuellement environ six cents  prothèses chaque année, a expliqué le Dr Galiano au Figaro, mais le nombre de patients qui pourraient en bénéficier est plutôt estimé à plusieurs milliers».

On dispose ici de données nationales : “Evolution of the number and type of penile prostheses implanted in France for erectile dysfunction: Analysis of French national coding database (2006-2013). Elles montrent que le nombre des implantations progresse. Pour l’essentiel en Ile-de-France, en Languedoc-Roussillon et dans la région Rhône-Alpes. Rien n’est dit sur les prix, ni sur les prises en charge.

A demain

Lumières thérapeutiques : jouer sur la couleur verte pour calmer les douleurs chroniques

 

Bonjour

« La santé c’est la vie dans le silence des organes » (René Leriche).On a beaucoup écrit sur la nécessité médicale de la douleur, symptôme éclairant  d’une pathologie émergente. Il en va tout autrement quand le phénomène s’installe, devient chronique. Ce n’est plus la douleur mais bien la souffrance. S’il devait exister on pourrait voir là un avant-goût des soufres de l’enfer.

Et puis, ici ou là, quelques lumières, scientifiques et médicales. Une équipe internationale, comprenant des chercheurs français (CNRS, Inserm) et espagnols (Conseil Supérieur de la Recherche Scientifique de Barcelone) vient d’annoncer avoir identifié (et pouvoir « contrôler »)  un des centres cérébraux associés aux douleurs chroniques. Cette découverte vient d’être publiée dans Molecular Psychiatry : Dynamic modulation of inflammatory pain-related affective and sensory symptoms by optical control of amygdala metabotropic glutamate receptor 4”. Elle fait l’objet d’un communiqué de presse du CNRS qui n’a malheureusement connu qu’une diffusion restreinte.

Désordres affectifs

Le postulat des auteurs était que les épisodes de douleurs chroniques (une personne sur cinq en a fait – ou en fera – l’expérience) est associée à des modifications du système nerveux central. Comment le cerveau module-t-il la douleur physique et les désordres affectifs et cognitifs qui l’accompagnent (anxiété majeure, perte des « émotions positives », hypersensibilité à la douleur etc.).

Ces chercheurs ont, ici, focalisé leur attention sur l’amygdale, une région du cerveau passionnante en ce qu’elle est impliquée dans la gestion de la douleur et des émotions. Puis ils ont réduit leur focale sur le récepteur du glutamate de type 4 (mGlu4). Il s’agit là du principal transmetteur des signaux de douleur dans le système nerveux des mammifères. Pour faire court, ce neurorécepteur « détecte la présence du glutamate et diminue, selon les besoins, sa libération au niveau de la synapse ». Voici la suite de leur travail :

« Afin d’étudier ces récepteurs, les chercheurs utilisent en général un ligand capable de les activer ou de les inhiber. Ils ont innové en créant un ligand particulier photo-contrôlable, l’optogluram, dont l’action sur mGlu4 est pilotée par la lumière. L’utilisation de fibres optiques leur permet alors de contrôler très précisément l’activation du neurorécepteur dans une zone donnée du cerveau. »

Souris libres et conscientes

Ces chercheurs ont travaillé  sur des souris « conscientes et libres de leurs mouvements » mais souffrant de douleurs inflammatoires chroniques. En activant l’optogluram par la lumière, ils ont pu inhiber de manière rapide et réversible ces symptômes douloureux. Ils démontrent ainsi que le cerveau de ces souris conservait sa capacité à contrer ces effets. Avec l’identification d’un modulateur capable d’agir sur la douleur chronique, ces travaux sont  porteurs d’espoirs thérapeutiques.

On parle ici d’ « optopharmacologie ». « Quand une lumière verte est projetée dans le thalamus via une fibre optique est allumée, l’animal atteint de douleur chronique inflammatoire se comporte normalement, poursuit Le Quotidien du Médecin. Quand cette lumière est violette, il redevient hypersensible à la douleur, se toilette moins et explore peu son environnement. » Moins se toiletter…

Amygdales et Parkinson

Cyrille Goudet chercheur au CNRS (Institut de génomique fonctionnelle, Université de Montpellier) :

 « L’amygdale est impliquée dans le contrôle des émotions, elle reçoit des infos provenant de diverses régions du cerveau pour intégrer les émotions dans la réponse à la douleur. Nos travaux ont mis en évidence que des récepteurs aux neurotransmetteurs régulent, dans certains circuits de l’amygdale, les symptômes liés aux douleurs chronique. »

 « L’optopharmacologie est une technique complémentaire à l’optogénétique. Cette dernière qui consiste à exprimer par manipulation génétique des canaux ioniques commandés par la lumière pour prendre le contrôle des neurones, l’optogénétique nous renseigne sur le rôle des différents circuits de neurones, tandis que l’optopharmacologie, nous permet d’agir sur les mécanismes naturels de ces circuits », et ainsi débusquer de nouvelles pistes pharmaceutiques. »

« Il n’existe pas encore de médicament agissant sur le récepteur, mGlu4. Des molécules sont toutefois en développement dans le traitement symptomatique de la maladie de Parkinson ».

On rapprocher ce travail de celui, récents (maladie d’Alzheimer)  où la rétine semble pouvoir devenir, comme avec l’hypnothérapie, une nouvelle approche soignante. L’espoir luirait-il ?

A demain

François Fillon et la Sécurité sociale : Mme Le Pen ironise sur la «nausée» et le «petit risque»

 

Bonjour

Qui se souvient d’Antoine Roquentin, célibataire d’environ trente-cinq ans qui vivait seul à Bouville ? C’était avant la dernière guerre mondiale. Roquentin tient un journal, blog de l’époque. Vague à l’âme… Soudain il prend conscience que son rapport aux objets ordinaires change, a changé. Est-ce le temps, le blog ? Voici que cette prise de conscience induit du désagréable. Ce blog à la première personne (exercice redoutable) voit  l’inconscient de Roquentin titiller son nerf vague.

On sait ce qu’il en sera de cette plongée dans le végétatif parasympathique : le désagréable… le haut le cœur… le dégoût de soi… des autres… de tout… Rien n’y fera.  On ne supporte plus les bourgeois, on vomit l’humanisme, tout vous révulse… Ne vous aimant plus, vous avez l’étranger en horreur. La femme crue aimée vous quitte… Voici que vous divaguez… que vous divaguerez. C’est la Nausée.

Du Flore à Billancourt

2016. Pour ne pas désespérer Billancourt Marine Le Pen tient un blog. Aux antipodes du Flore c’est « Carnets d’espérances ». Chaque mot y est pesé. On en compte d’ailleurs assez peu. Il y a quelques jours, la présidente du Front National traitait, publiquement, de la Sécurité sociale. Elle répondait à son ennemi François Fillon, candidat comme elle à la présidence de la République. Elle l’attaquait sur son flanc droit, l’élu de la Sarthe ayant commis l’impair d’annoncer (si l’on a bien compris) sa volonté de purger à l’excès notre Sécurité sociale.

Tenus devant son collectif d’usagers, les propos de la candidate d’extrême-droite sont rapportés par Le Quotidien du médecin (Marie Foult) : « Sur la santé et la Sécu, Marine Le Pen étrille François Fillon et Marisol Touraine ». La candidate frontiste  estime que  Marisol Touraine vient « d’achever le malade, en annonçant un nouveau plan d’économies d’1,5 milliard d’euros à l’hôpital ». Elle observe, déjà, que « les soignants sont soumis à des conditions de travail déplorables, que l’hôpital doit assumer le poids d’une immigration de plus en plus lourde, sans parler des urgences et des patients mal orientés qui attendent des heures ».

Quand la nausée sera passée

Et puis elle eut ce mot, qui marqua :

 « En lisant le programme de François Fillon, j’ai la nausée, j’espère que cela passera car je sais que cela fait partie du petit risque.»

Mme Le Pen faisait ici référence à la volonté du candidat de la droite de cantonner le rôle de l’assurance-maladie aux seules « pathologies graves ».  On comprend qu’elle ironise, qu’elle use, à sa manière, d’une métaphore neurologique et parasympathique. Elle n’a pas strict sensu la nausée, cette « envie de vomir due au mal de mer ». Elle évoque sans doute ici une sensation de dégoût insurmontable, un sentiment de profonde répugnance (dans l’ordre intellectuel ou moral).

Sartre s’éloigne.  On songe à Montherlant, mort un jour d’équinoxe cinquante ans après ces lignes : «  Est-ce que jamais vous n’avez eu la nausée en regardant le calendrier, à voir les semaines passer, passer toujours sans un changement. » (Songe,1922, p.178).

Bizarres névroses

Mieux, on pense à Paul Bourget, injustement oublié : « Une nausée universelle devant les insuffisances de ce monde soulève le cœur des Slaves, des Germains et des Latins. Elle se manifeste, chez les premiers par le nihilisme, chez les seconds par le pessimisme, chez nous-mêmes par de solitaires et bizarres névroses. » (Essais psychol.,1883, p.10).

On écoute Marine Le Pen : la Sécurité Sociale doit respecter le principe de solidarité nationale. Et elle  prévient : « ceux qui voudront la privatiser me trouveront sur leur chemin ». Il en ira de même pour celles et ceux qui voudraient maintenir l’aide médicale d’État (AME). Présidente, Mme Le Pen la remplacera par une aide restreinte aux urgences vitales et aux maladies graves et contagieuses (sic). Elle veut aussi lutter contre les fraudes, via une carte Vitale biométrique attachée à la carte d’identité.

Aucune annonce du Front National pour la prise en charge, en urgence, de la nausée. On attendra.

A demain

La puissance de l’antalgique sans le risque de dépendance : une morphine nouvelle est annoncée

Bonjour

Alcaloïde de l’opium, grand modulateur de la conscience, la puissante fée morphine est une image de l’ambivalence. En médecine, sa puissance antalgique est grevée par les risques inhérents à son potentiel addictif et les effets secondaires qui en résultent. Certains estiment que c’est là un prétexte pour ne pas en user comme il conviendrait – un vieux reliquat du temps où l’Eglise catholique évoquait en chaire le caractère rédempteur de la douleur. Qui sait ?

Le temps a passé. Décembre 2016, une publication de la revue Anesthesiology 1 ouvre de nouveaux horizons médicaux. Elle est signée par des chercheurs de Gustave Roussy, de l’Inserm, de l’Université Paris-Sud, de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (Hôpital Bicêtre) et de l’Institut Pasteur.

Dépressions respiratoires

La morphine et ses dérivés sont les antalgiques les plus puissants actuellement disponibles. Face à des douleurs rebelles, on augmente leur posologie. Et les augmentations progressives font redouter les problèmes respiratoires, les troubles confusionnels, somnolences, nausées et autres troubles digestifs. « La dépression respiratoire est l’effet le plus redouté de la morphine et ses dérivés. Elle peut entraîner l’arrêt de la respiration et le décès. Dans notre étude, nous avons montré que l’opiorphine et sa forme stabilisée, le STR-324 étaient sans effet sur la pression artérielle et sur la dépression respiratoire, tout en ayant les même propriétés analgésiques » dexplique  le Dr Philippe Sitbon, premier auteur de la publication Anesthesiology et anesthésiste-réanimateur à Gustave Roussy.

Les auteurs de ce travail expliquent aussi que l’opiorphine, et une forme stabilisée de celle-ci (appelée STR-324), sont aussi efficaces que la morphine sur les douleurs post-opératoires. STR-324 est un peptide naturellement produit par l’organisme découvert par le Dr Catherine Rougeot, chercheur de l’Institut Pasteur. (voir la vidéo pédagogique). Lors de précédents travaux, le Dr Rougeot avait démontré les propriétés analgésiques de l’opiorphine. Elle avait également montré l’absence de dépendance et de constipation (J Physiol Pharmacol. 2010 Aug;61(4):483-90).

Premiers essais cliniques

Pour schématiser, lorsqu’on l’injecte la morphine va se fixer au niveau de tous les récepteurs opioïdes de l’organisme – avec des effets secondaires multiples selon les organes où se trouvent ces récepteurs. L’opiorphine et sa forme stabilisée n’ont pas exactement le même mécanisme d’action que la morphine. Elles bloquent la dégradation des enképhalines, « morphine humaine naturelle ». L’opiorphine agit uniquement là où il y a production importante d’enképhalines donc uniquement sur les voies de la douleur lorsqu’il y a une stimulation douloureuse

Aujourd’hui la publication de cette équipe établit les bons résultats obtenus sur les douleurs post-opératoires sur des modèles animaux – des résultats qui « encouragent le développement du STR-324 chez l’homme ». Les premiers essais cliniques devraient débuter fin 2017. A terme le STR-324 pourrait venir soulager d’autres types de douleurs comme les douleurs neuropathiques souvent difficiles (ou impossibles) à calmer par les antalgiques classiques.

On peut voir là, rédemption ou pas, un message d’espoir terrestre.

A demain

1  “STR-324, a Stable Analog of Opiorphin, Causes Analgesia in Postoperative Pain by Activating Endogenous Opioid Receptor–dependent Pathways

Philippe Sitbon, M.D., Alain Van Elstraete, M.D., Leila Hamdi, Ph.D., Victor Juarez-Perez, Ph.D.,

Jean-Xavier Mazoit, M.D., Ph.D., Dan Benhamou, M.D., Catherine Rougeot, Ph.D.

Anesthesiology, 2016; 125:1017-1029