Brouillards tabagiques : comment ne pas interpréter les statistiques de l’année 2016

Bonjour

« Après une hausse en 2015, l’année 2016 marque un recul de 1,2 % des ventes de cigarettes en France. » Comment ne pas se réjouir ?  Juste sous la barre de 45 milliards de cigarettes livrées l’an dernier aux buralistes dans l’Hexagone – soit une baisse de 1,2 % par rapport à l’année précédente. Ce sont là les chiffres officiels du distributeur unique, Logista. En valeur, le recul des ventes de cigarettes est similaire et atteint 15,17 milliards d’euros.

 « Toute baisse de la vente de tabac correspond à une baisse de la consommation, donc on ne peut que s’en féliciter mais elle pourrait baisser encore plus vite si on augmentait les prix, si on appliquait les lois avec l’interdiction de fumer dans les lieux publics ou encore l’interdiction de vente aux mineurs » commente, auprès de l’AFP, le Pr Yves Martinet, président du Comité national contre le tabagisme (CNCT).

L’or et l’argent de la contrebande 

Pour le Pr Bertrand Dautzenberg, président de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT), « ce recul des ventes est un bon signe, il y a un frémissement mais nous sommes encore en dessous des autres pays européens, qui voient leurs ventes de cigarettes et la consommation diminuer plus rapidement ». Il ajoute que « l’arrivée des paquets neutres sur le marché français dès l’automne, l’opération « Moi(s) sans Tabac » en novembre et l’essor de la cigarette électronique n’ont pas été sans avoir eu un effet sur les ventes de 2016.

Les Prs Dautzenberg et Martinet parlent d’or. Les professionnels du secteur parlent argent. Pour expliquer ces baisses ils accusent leur bête noire : la contrebande, le marché parallèle qui, selon eux, « ne cesse d’augmenter ». Selon une étude de KPMG publiée en juin 2016, il s’établissait, en 2015, à 27,1% de la consommation française. Ce qui est proprement ahurissant.  « Nous avons vraiment le sentiment qu’il s’agit d’un transfert de consommation qui se fait au profit des réseaux officieux car des études montrent que la consommation de tabac ne baisse pas tant que ça en France », observe Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes.

M. Montredon est toutefois quelque peu contredit par le « tableau de bord tabac » de l’Observatoire français des Drogues et Toxicomanies (OFDT). Novembre 2016 (correspondant à la première campagne « Moi(s) sans tabac ») aurait été marqué par une baisse de 3,1 % des ventes (officielles) de cigarettes et de 9,1 % sur le tabac à rouler. Mais l’OFDT pondère :

« Cette baisse doit cependant être interprétée avec précaution car novembre 2015 avait été marqué par une augmentation sensible des ventes de tabac liée probablement en partie à la déclaration de l’état d’urgence qui a réduit les déplacements dans les pays limitrophes ».

Emmanuel Macron et les addictions

Même les buralistes reconnaissent que, concernant les aides au sevrage, l’effet « Moi(s) Sans Tabac », « semble moins discutable ». Les ventes de substituts nicotiniques ont progressé de 28 % par rapport à novembre 2015 « poursuivant la tendance des derniers mois et aboutissant à une hausse en cumul depuis janvier qui atteint 17 % », précise l’OFDT. En novembre 2016, les Français ont aussi été plus nombreux à consulter un tabacologue. Le nombre de patients accueillis a ainsi augmenté de 24,4 % et les nouveaux patients ont également été plus nombreux (+ 6,3 %). La part de démarches personnelles à l’origine de ces visites est à la hausse (44 % en novembre 2016, contre 36 % en moyenne depuis le début de l’année 2016).

On peut voir là un nouveau symptôme de la volonté d’un nombre croissant de fumeurs de briser les chaînes qui les attachent à une substance dont l’Etat détient le monopole de la vente. Et regretter une nouvelle fois l’absence de réelle volonté politique et sanitaire de les aider massivement.

De ce point de vue le tout récent intérêt porté, dans les Hauts-de-France, par Emmanuel Macron à l’alcoolo-tabagisme en terres paupérisées pourrait être comme la première esquisse de prolégomènes d’une nouvelle politique de réduction des risques dans le champ prolifique des addictions. Un bulle d’espérance ? Prenons garde. C’est peut-être là prendre le risque de lendemains moins roses que ceux qu’aujourd’hui l’on nous chante.

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Rideau sur la pseudoéphédrine: l’histoire du pharmacien militant qui l’a retirée de ses vitrines

 

Bonjour

Prenons le risque d’irriter Mme Isabelle Adenot, présidente de l’Ordre national des pharmaciens, avec une petite histoire très exemplaire. Elle nous est rapportée, depuis Bordeaux, par Le Moniteur des Pharmacies ( Matthieu Vandendriessche) ainsi que par Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long).

François Couchouron est pharmacien d’officine, titulaire à la « Pharmacie du Lac », préfecture de la Gironde. Depuis septembre 2016 il ne commercialise plus en « libre service » les « anti-rhumes » contenant de la pseudoéphédrine. Le pharmacien, installé à Bordeaux, a placardé une affiche dans son officine pour alerter les patients : « Stop à la pseudoéphédrine. Un rhume ne vaut pas un accident cardiovasculaire. »

Selon le Vidal, les médicaments suivants contiennent de la pseudoéphedrine : Actifed rhume®, Dolirhume®, Fervex®, Humex®, Nurofen rhume®, Rhinadvil®, Rhumagrip®, Rhinureflex® et Sudafed® .

« Le pharmacien se fonde dans sa démarche sur un rapport de la Commission nationale de pharmacovigilance, en date de 2008, qui met en garde contre les effets indésirables rares mais graves » rapporte Le Moniteur.

Retrait du marché

Il a pris cette décision radicale sans attendre « une hypothétique décision de retrait du marché » par les autorités sanitaires. Il précise cependant qu’il ne refuse pas la délivrance sur prescription. M. Couchouron développe son choix dans un courrier publié dans le forum du mensuel Prescrire de janvier 1. La revue médicale demandait dès 2009 aux pharmacies de bannir ces produits. « Les risques, lors de la prise de ces médicaments, sont trop grands. Les effets indésirables graves, avance-t-il, sont sous-déclarés à la pharmacovigilance. »

Le pharmacien Coucheron s’appuie sur les résultats de pharmacovigilance. Il rappelle que plusieurs mises en garde ont été émises depuis 2008 par les autorités sanitaires qui ont relevé des effets indésirables cardiologiques et neurologiques rares, mais très graves. La question de réserver à la prescription ces spécialités administrées par voie orale s’est d’ailleurs posée au sein de la commission nationale de pharmacovigilance. C’est aussi ce que réclame l’Académie de médecine depuis juin 2015. Dans une note destinée aux professionnels diffusée en 2011, l’Agence du Médicament rappelait les risques liés aux vasoconstricteurs et s’alarmait de leur mésusage par les patients dans 25 % des cas.

« Battage médiatique »

« J’ai déjà vu deux patients coronariens qui ont fini en soins intensifs. Je me sens mieux de ne pas vendre ces médicaments, d’autant plus qu’il existe des alternatives », précise-t-il au Quotidien. Attention toutefois aux nouvelles alternatives 1. Tout cela ne va pas sans égratignures aux voilages de la confraternité.  « Il y a des précautions à prendre, des questions à poser aux patients, des conseils à prodiguer… et ce n’est pas toujours fait ».

 Pour la présidente de l’Ordre des pharmaciens ce confrère est parfaitement libre de refuser de délivrer ce médicament. En revanche il serait sanctionnable s’il refusait de le faire en cas de prescription. Combien de temps pourra-t-on encore prescrire ? « Je suis surprise par ce battage médiatique car c’est ce que nous faisons au jour le jour, ajoute la présidente. Il y a des tas de produits que nous ne référençons pas ! » Combien ?

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 1 Prescrire qui précise que les extraits de Pelargonium n’ont pas d’efficacité démontrée pour soulager le rhume au-delà d’un effet placebo. Et qu’ils exposent à des saignements et des réactions d’hypersensibilité.

« En France, des extraits de racine de deux espèces de Pelargonium sont désormais autorisés en comprimés et en solution buvable avec le statut de médicament, dès l’âge de 6 ans. Les données du dossier d’évaluation clinique ne démontrent pas que ces extraits de racine de Pelargonium réduisent la durée d’un rhume, ni qu’ils aient une efficacité symptomatique probante au-delà d’un effet placebo.

 « Les extraits de racine de Pelargonium exposent à des troubles digestifs, et plus rarement à des réactions d’hypersensibilité, ainsi qu’à de rares saignements de nez et des gencives. Des atteintes du foie, parfois graves, ont été rapportées. La solution buvable d’extrait de racine de Pelargonium (Activox pelargonium rhume°) contient de l’alcool, et sa consommation est donc à risque pour certains patients, notamment les enfants.

 « Les conditionnements de ces médicaments mettent davantage en avant les noms des gammes « ombrelles » Activox® et Belivair® que les substances contenues, ce qui apporte des confusions en les distinguant mal des autres produits de ces gammes. Pas d’efficacité démontrée, et risques, certes rares, mais parfois graves : il est préférable de s’en passer. »

« Extraits de racine de Pelargonium et rhume » Rev Prescrire 2017 ; 37 (399) : 8. (pdf, réservé aux abonnés)

Très bientôt : la «Sécurité Sociale Intégrale» (toujours soigné sans jamais bourse délier)

Nouveau : la « Sécurité Sociale Intégrale » (être soigné sans jamais bourse délier)

 

Bonjour

Voilà de quoi phosphorer de conserve jusqu’à la présidentielle. Dans une tribune du Monde (daté 15-16 janvier) deux spécialistes bien connus (Didier Tabureau, responsable de la chaire santé de Sciences Po et Martin Hirsch – qui fut membre du gouvernement Fillon de mai 2007 à mars 2010) proposent la création d’une « assurance-maladie universelle ». Elle rembourserait tous les soins de santé à 100%. Selon les auteurs, soigner gratis n’a rien d’une utopie.

MM Tabuteau et Hirsch ont clairement voulu créer l’événement dans une campagne qui, sur ce point, s’enlise. Ils savent que leur proposition va « à contre-courant de la pensée dominante », celle qui cherche à « améliorer la protection des Français et à réduire les dépenses ». Leur projet est simple à formuler : « étendre l’assurance maladie à l’ensemble des dépenses de santé, en incluant dans la sécurité sociale la couverture complémentaire ». C’est là l’objet de nombreux travaux menés de longue date par Didier Tabuteau, un grand expert du système.

Deux étages qui ont vécu

Selon eux le système « à deux étages », assurance-maladie et couverture complémentaire (assurances, mutuelles), est « source de complexité, de coût et d’iniquité », assurent-ils. Sans parler des six milliards d’euros que les complémentaires santé et la Sécu dépensent chaque année en frais de gestion. Qui ne voit que leur fusion permettrait « de faire des économies substantielles » ? Mieux : elle permettrait de réinjecter à terme des milliards d’euros (…) dans le financement de médecins, d’infirmiers, d’hôpitaux ».Il faut passer à la longère.

« L’Assurance-maladie, pour rembourser 150 milliards par an, dépense 6,5 milliards en gestion (4 % de ses coûts). Les assurances complémentaires dépensent également 6 milliards de frais de gestion pour couvrir 32 milliards de dépenses maladie (19 % !), avec une variabilité forte selon les organismes. La fusion de ces deux étages permettrait de diviser par deux les frais de gestion de l’ensemble de l’Assurance-maladie, et donc d’économiser environ 6 milliards d’euros par an, sans affaiblir la protection d’aucun assuré et, au contraire, en améliorant l’accès aux soins. »

Que des bénéfices à dire vrai, au point que l’on se demande pourquoi les deux ne s’étaient pas exprimés plus tôt, du temps ou François Hollande était président de la République et Marisol Touraine ministre de la Santé.  Marisol Touraine, précisément. On la retrouve entre les lignes de cette tribune quand les auteurs, évoquent « la polémique sur le tiers payant, où les médecins se sont rebiffés contre l’idée qu’ils iraient se faire payer auprès de chacun des organismes complémentaires de leurs patients ». « On comprend leur inquiétude quand on voit, à l’hôpital, les ressources qu’il faut consacrer pour vérifier les droits complémentaires des patients » disent-ils. Une compréhension qui ne passera pas inaperçue.

Jean-Luc et Emmanuel

Evidemment on ne propose pas la révolution sans savoir que des émeutes surviendront. Les deux auteurs songent notamment à deux problèmes : celui des « dépassements d’honoraires », aujourd’hui couverts en grande partie par les complémentaires. Il suffira pour cela de revaloriser « la rémunération des professionnels dont les tarifs sont actuellement sous-cotés ». Qu’en diront les officiants en secteur 2 acceptant plus ou moins la Carte Vitale ?

Un autre nuage noir est le devenir des mutuelles. Les auteurs préconisent une réforme « avec une période de transition de quatre ou cinq ans », et l’intégration de certains personnels dans les équipes de l’assurance maladie.

«  Si la réforme se fait sur une période d’environ cinq ans, il est possible d’intégrer une partie de leurs personnels dans les équipes de l’Assurance-maladie, qui connaîtront d’importants départs à la retraite dans les cinq ans. Il est aussi envisageable de favoriser la reconversion des mutuelles en opérateurs de soins. Mais, là aussi, l’avenir de l’ensemble du système de santé ne peut être conditionné par le devenir des organismes d’assurance complémentaire, aussi respectables soient-ils. »

Certes. Qu’en diront les respectables mutualistes et les assureurs omnipotents ? Pour les deux auteurs il serait légitime (ou plus précisément il ne serait pas illégitime) se soumettre cette proposition de révolution à un référendum. On sait que Jean-Luc Mélenchon défend également l’idée d’un remboursement à 100% de tous les soins par la sécurité sociale. Il n’est pas impensable d’imaginer qu’Emmanuel Macron ne dise pas non.

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France Culture témoigne de ce qui peut se passer dans certains EHPAD. Douloureux à entendre

 

Bonjour

Pourquoi certaines affaires le deviennent-elles ? Et pourquoi d’autres pas ? Les faits avaient été évoqués à la mi-décembre à Marseille – notamment par FR3 Provence-Alpes: « Marseille : des aides-soignantes licenciées témoignent sur des cas de maltraitances en maison de retraite » :

« Deux aides-soignantes d’un établissement du groupe Korian à Marseille [l’Ehpad « Les Parents »]. ont été licenciées et réclament leur réintégration. Selon elles, il y aurait des maltraitances de personnes âgées dans cette maison de retraite. Elles ont témoigné dans une émission de France-Culture début décembre. »

Prendre soin

L’émission de France Culture dont il est question est, à juste titre, bien connue : « Les Pieds sur terre » (Sonia Kronlund). Celle datée du 9 décembre avait un bien joli titre : « Prendre soin » » ; on peut l’écouter ici : https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/prendre-soin (28minutes).

« Hella, Pauline, Farida et Murielle sont aides-soignantes dans une maison de retraite médicalisée (Ehpad) à Marseille. En sous-effectif, avec un manque de matériel, des cadences de travail insoutenables, Hella, Pauline, Farida et Murielle ont décidé de sortir du silence et d’alerter sur leurs conditions de travail et sur la maltraitance dans cet établissement où résident quatre vingt onze retraités.

« Les gens payent la maltraitance et la mort de leurs parents. » Chanson de fin : « O canal » par Elza Soares – Album : « A mulher do fim do mundo » (2016) – Label : Mais um discos. Reportage : Pascale Pascariello Réalisation : Marie Plaçais »

Intra-muros

On y entend un combat – combat syndical, combat soignant. On n’entend jamais parler des médecins. On y apprend notamment que l’inspection du travail va mener une enquête sur les risques psycho-sociaux dans cet établissement du puissant groupe Korian. On y entend, aussi, ce que peut être le quotidien d’un Ehpad, Ehpad de Marseille ou d’ailleurs. Il faut ici écouter France Culture pour commencer à comprendre ce qu’il peut en être, sans gants, de certaines  coûteuses fins de vie.

Que s’est-il passé ensuite ? Après le sujet de FR3 la CGT a lancé une pétition de soutien : « Licenciées pour avoir dénoncé des faits de maltraitance ». Peu de signatures. L’Ehpad effraie. L’affaire rebondira-t-elle, demain, avec la reprise du sujet sur le site « Révolution Permanente, site d’information du Courant Communiste Révolutionnaire du NPA » : « Marseille. Deux aides-soignantes virées pour avoir dénoncé pressions et maltraitance ! » ?  Voilà bien, au delà des syndicats, un combat intra-muros auquel les politiques en place ne s’intéressent guère. On ajoutera, pour en avoir été le témoin, que tous les Ehpad ne se ressemblent pas.

A demain

Votez Montebourg : oasis médicales, hussards sanitaires, dispensaires du troisième millénaire!

 

Bonjour

Arnaud Montebourg, 54 ans, n’est jamais aussi bon (dit-on) que devant des journalistes. Mardi 10 janvier il était devant l’Association des journalistes de l’information sociale. Et Le Quotidien du Médecin était dans la salle (Anne Bayle-Iniguez)

Que peut dire d’original (en janvier 2017) un ancien ministre de François Hollande (mai 2012 – août 2014) à des journalistes s’intéressant à la société et à la santé ? Que dire de captivant quand fut le porte-parole de Ségolène Royale  battant la campagne de 2007 ? Suffit-il de décliner quelques éléments d’un programme destiné à l’ascension  de la face gauche des Primaires Citoyennes ?  Peut-être.

Mr et Mme Bovary

Contre François Fillon (qui a confirmé ce matin sur RMC-BFMTV la suppression d’un demi-million de fonctionnaires) il prévoit de créer 5 000 postes supplémentaires par an à l’hôpital public. Il sait (ou croit savoir) que François Fillon supprimera «100 000 à l’hôpital » sur la durée du quinquennat. « Ça fait 20 000 postes en moins par an quand moi, je dis que les effectifs des hussards sanitaires de la République doivent être renforcés de 5 000 personnes en plus » affirme le citoyen Montebourg.

Il se dit conscient de la « crise » que vit l’hôpital public. Sait-il bien, le candidat de gauche, que l’on ne peut guère plaisanter, en médecine, avec le concept de hussard qui renvoie, pour certains, à celui d’officier de santé ?  C’est une affaire qui date de Flaubert, de Madame Bovary et de son mari : le médecin libéral français déteste l’Etat.

 Soigner en paix

Plonger dans le passé pour réenchanter l’avenir français ? On construira les « dispensaires du XXIe siècle » des « oasis médicales », de sources de vie dans les déserts médicaux ; des espaces où chanteront des généralistes et des infirmières salariés désireux d’exercer en groupe et de soigner en paix.

L’ancien ministre du redressement productif est, comme depuis peu Manuel Valls, partisan de l’interdiction du libre vissage des plaques. Cela vaut pour les plaques en cuivre des médecins comme pour celles, en bakélite, des autres professionnels de santé.

Arnaud Montebourg était porte-parole de Ségolène Royal en 2007 ? C’est la députée (socialiste, Haute-Garonne)  Catherine Lemorton, qui est aujourd’hui la sienne. Présidente de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale elle fut longtemps pharmacienne d’officine. A ce titre elle reste « lucide » sur les chances de convaincre le corps médical. Le secteur 2 ? Les dépassements d’honoraires ? Les supprimer au nom de l’égalité citoyenne devant la maladie, la souffrance et la mort ?

Copié par Macron

« Le candidat ne s’est pas prononcé directement » souligne Le Quotidien du Médecin. « Il faudra les plafonner mais ça ne va pas arriver du jour au lendemain », concède Mme Lemorton. Le tiers payant généralisé voulu par Marisol Touraine, dénoncé par François Fillon ? « Hors de question de revenir sur le sujet. »

Arnaud Montebourg est progressiste : il favoriser l’accès à la couverture santé, à la faveur d’une nouvelle mutuelle publique à 10 euros par mois. Pourquoi ? Parce qu’il a appris qu’entre 30 et 40% des Français éligibles à la CMU-C ne le savent pas. Pourquoi ? On ne le sait pas.

Prothèses auditives

Tout le monde est pour la prévention ? Arnaud Montebourg aussi : il instaurera une consultation annuelle de prévention remboursée à 100 % par la Sécurité sociale. Le type même de la fausse bonne idée ? « L’ambition d’une Sécurité sociale du XXIe siècle doit être d’atteindre une couverture complète de […] soins en matière de prothèses auditives, de soins dentaires et de lunettes », écrit le candidat dans son programme santé.

A l’évidence Emmanuel Macron s’en est inspiré – et il  évoque l’horizon 2022. Arnaud Montebourg ne fixe pas de date. Il parle d’ambition et du XXIème siècle  dans sa globalité.

Finalement, tout bien pesé, on reste sur sa faim.

A demain

1 Tabuteau D. Démocratie sanitaire, les nouveaux défis de santé publiqueEditions Odile Jacob, 2013.

 

 

Stilnox®: trente ans après sa mise sur le marché il devient, officiellement, un «stupéfiant»

 

Bonjour

Zolpidem, mieux connu des insomniaques sous le nom de marque Stilnox® de la firme Sanofi-Aventis. Commercialisé depuis trente ans. Vient (enfin) d’être classé parmi les stupéfiants : dans 90 jours, les prescriptions de zolpidem devront se faire sur ordonnances sécurisées. Pourquoi ?  Pour « réduire le mésusage de cette molécule ». Pourquoi si tard ?

Le zolpidem est un sédatifhypnotique de la classe des imidazopyridines. C’est un somnifère puissant qui ne devrait être prescrit uniquement en cas d’insomnies sévères transitoire. Il est classé parmi les psychotropes qui sont bien connus pour faire l’objet « d’abus »  de nature à induire ou faciliter  une toxicomanie. En France le Stilnox® et ses génériques font l’objet d’un suivi renforcé en raison de leurs utilisations détournées (quête de ses effets secondaires à type d’hallucinations et/ou d’euphorie), C’est aussi l’hypnotique le plus prescrit en France.

Campagne médiatique percutante…

En 2014 la Commission de la Transparence de la Haute Autorité de Santé mettait en garde mais ne touchait à rien. Elle écrivait ceci :

« Le service médical rendu des spécialités Stilnox® et génériques est faible dans le traitement des « troubles sévères du sommeil dans les cas suivants : insomnie occasionnelle, insomnie transitoire. » Recommandations La Commission donne un avis favorable au maintien de l’inscription sur la liste des spécialités remboursables aux assurés sociaux dans l’indication « troubles sévères du sommeil dans les cas suivants : insomnie occasionnelle, insomnie transitoire. ».

« La Commission recommande : – une meilleure information du public sur les risques de l’utilisation chronique de ces médicaments et sur leur bon usage par la mise en œuvre d’une campagne médiatique percutante et répétée à destination du grand public, – de renforcer la formation initiale et continue des professionnels de santé sur le bon usage des benzodiazépines et leurs modalités d’arrêt, – de développer l’usage et l’accès aux prises en charge non médicamenteuses (thérapies cognitivo-comportementales), – de soutenir les mesures qui pourront être préconisées par l’ANSM, dans le cadre de ses missions pouvant permettre une meilleure utilisation de ces produits. »

Usage toxicomaniaque

« Campagne médiatique percutante» ? Qui s’en souvient d’avoir été percuté ?   Des centaines de millions de boîtes de Stilnox® /zolpidem) ont été été vendues en France. Plus de 11 millions de Français en auraient consommé au moins une fois.  « Des personnes se sont retrouvées accros malgré elles », explique le Dr William Lowenstein, président de SOS addictions, cité par Le Monde. Des toxicomanes font aussi différents usages de cette spécialité pharmaceutique. Isabelle Adenot, présidente de l’Ordre national des pharmaciens aimerait voir cette décision sanitaire étendue aux médicaments voisins de la famille des benzodiazépines. « Moins les Français prendront ce type de médicament mieux ils se porteront », affirme-t-elle.

Mme Adenot parle d’or. Question : pourquoi tant de Français sont-ils mal au point d’en prendre si souvent – sur prescription médicale ?

A demain

1 « Arrêté du 7 janvier 2017 portant application d’une partie de la réglementation des stupéfiants »

 

Les étudiants français en médecine sont-ils gangrenés par les marchands de médicaments ?

 

Bonjour

Joli tir groupé. A la fois sur le site The Conversation : « Les facs de médecine les plus indépendantes vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique » et sur celui de la revue PLOS ONE : « Conflict of Interest Policies at French Medical Schools: Starting from the Bottom ». Le sujet est aussi repris dans Le Monde : « Prévention des conflits d’intérêts : les facs de médecine épinglées ». Où l’on apprend que l’association Formindep publie le premier classement des facultés « en fonction de leur degré d’indépendance vis-à-vis des laboratoires pharmaceutiques ».

Aider à progresser

C’est là une initiative originale qui devrait faire parler d’elle dans les amphithéâtres de médecine sinon chez Big Pharma. Elle s’inspire d’une opération similaire menée aux Etats-Unis en 2007. Ses auteurs ont adressé aux doyens de trente-sept facultés de médecine françaises un questionnaire (treize critères) visant à évaluer le degré de perméabilité sinon de compromission avec l’industrie des médicaments.  Le résultat est sévère pour ne pas dire lamentable. Toutes peuvent nettement mieux faire. Seules Angers et Lyon Est (Lyon 1) sortent-elle le nez de l’eau. Pour les auteurs « c’est un outil dont les étudiants doivent s’emparer au niveau local ».

 Ce travail lui-même n’est pas parfait mais il a pour but premier d’aider à progresser. Jusqu’où ? « Nous avons tout intérêt à avoir des liens avec l’industrie, à condition de mettre en place des garde-fous et d’être transparents, ce qui est le cas, aussi bien pour les contrats de recherche que pour les opérations de mécénat », explique au Monde le Pr  Frédéric Dardel, président de l’université Paris-Descartes. « Au niveau des facs, l’interaction avec les industries est très faible », assure pour sa part le Pr Jean-Luc Dubois-Randé, président de la conférence des doyens en médecine, qui se dit toutefois favorable à plus de transparence.

Court-circuiter

Une solution serait le court-circuit, la déconnexion : enseigner la thérapeutique non plus avec les noms commerciaux des médicaments mais en ne faisant référence qu’aux DCI (dénomination commune internationale). En France, il existe plus de 8.000 noms commerciaux de médicaments pour seulement 1.700 DCI.  On pouvait, en 2007, lire ceci sur le site de la Mutualité Française :

« Depuis septembre 2005, la Mutualité Française, la revue Prescrire et l’association de consommateurs UFC-Que choisir mènent une campagne d’information pour promouvoir « La DCI : le vrai nom du médicament ». Cette action s’est traduite par la publication de fiches pratiques expliquant les bonnes raisons de l’utilisation de la DCI. »

 Sept ans plus tard, où en est-on ? Que pourraient dire, sur le sujet, les enseignants, les doyens, les fabricants, les étudiants ? Sans oublier les pharmaciens.

A demain