Descente de la police du médicament au sein de l’antique Abbaye Sainte-Croix de Poitiers

Bonjour

Croisement de deux mondes, sans précédent en France. Vertiges religieux, médicaux, éthiques, déontologiques. C’était un « essai clinique sauvage» d’une ampleur rare. Il a été interdit ce jeudi 19 septembre, par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Produit expérimenté : un patch mixte contenant deux hormones (valentonine et 6-méthoxy-Harmalan). Donneur d’ordre : le « Fonds Josefa » 1 et la société Sodeval. Cible : trois-cent cinquante patients. Site : l’antique Abbaye Sainte-Croix, à Poitiers. Aucune autorisation officielle.

Circonstance aggravante selon l’ANSM : cette « recherche interventionnelle » a été menée en dehors d’un lieu de soin « disposant de moyens humains, matériels et techniques adaptés ». Selon sœur Martina, sœur hôtelière du monastère (jointe par l’AFP), « l‘abbaye dispose d’une quinzaine de chambres et cela fait une année à peu près » qu’elles servent pour héberger les patients de cet essai clinique.

Ces derniers souffraient de diverses maladies neurologiques (Parkinson, Alzheimer, dépressions nerveuses, troubles du sommeil etc ). Les patches devaient être appliqués au coucher (les patients passaient une nuit à l’abbaye) puis retirés au matin après « prélèvement de sang pour dosage des hormones pinéales », selon les extraits du protocole 2 qui a été divulgué par l’ANSM.

Un an de prison

Quel effet recherché ? L’ANSM ne le dit pas, qui rappelle toutefois que ces molécules sont proches de la mélatonine, hormone fréquemment utilisée pour mieux dormir – en vente libre mais déconseillée dans certains cas en raison d’effets secondaires.

Deux organismes visés par la procédure d’interdiction et la plainte de l’ANSM : le Fonds Josefa fondé par le Pr Jean-Bernard Fourtillan, et dont le vice président est le célèbre Pr Henri Joyeux, et la société SOVEDAL, également présidée par le Pr Fourtillan. Conseil de l’ANSM aux participants : « ne plus utiliser ces patchs » ; « consulter rapidement leur médecin traitant pour l’informer de la situation, réaliser un bilan de santé et s’assurer que la prise en charge de leur maladie est adéquate ».

En France mener un essai clinique sans autorisation est passible de 15 000 euros d’amende et d’un an de prison. Que l’essai soit mené dans une antique abbaye, ou pas.

A demain @jynau

1 « Fonds Josefa » est un fonds de dotation (à but non lucratif) créé par les Professeurs Jean-Bernard Fourtillan et Henri Joyeux. Il se présente notamment, sur son site Internet comme ayant pour objectif « d’améliorer les traitements des maladies neurologiques à tous les âges et de transformer la vie des nombreuses personnes qui en sont victimes ».

2 Décision du 19/07/2019 portant interdiction d’une recherche impliquant la personne humaine, non autorisée par l’ANSM et mise en oeuvre par l’association Fonds Josefa et la société SODEVAL (19/09/2019)   (1980 ko)

Mediator® : l’Agence du médicament promet de concourir à la manifestation de la vérité

Bonjour

C’est un peu banal communiqué de presse que vient de publier la direction générale de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Une initiative aux frontières du superfétatoire sinon du mélange des genres. Le voici :

« Le procès du Mediator s’ouvrira lundi 23 septembre 2019 au tribunal de grande instance de Paris. L’ANSM attend de ce procès que les souffrances des victimes et de leurs familles soient reconnues et que justice leur soit rendue (sic).

« L’ANSM a été créée en 2011 par la loi, en réponse au drame du Mediator, dans le cadre d’une continuité juridique avec l’Afssaps. Cette nouvelle structure a pour principal objet de renforcer la sécurité sanitaire afin qu’une telle affaire ne puisse se reproduire. L’ANSM, par la voix de son directeur général le Docteur Dominique Martin, participera aux débats judiciaires dans la transparence la plus totale, afin de concourir à la manifestation de la vérité et d’assumer sa responsabilité d’établissement public.

« La loi a doté l’ANSM de règles de gouvernance et de fonctionnement fondamentalement différentes de celles de l’Afssaps : les règles de déontologie et de gestion des conflits d’intérêt sont plus exigeantes en vue d’une parfaite transparence. A cette fin, l’agence a mis en œuvre des mesures extrêmement strictes visant à assurer son indépendance. Ainsi, elle ne reçoit aucun financement des industries de santé, qui par ailleurs ne participent à aucune instance de gouvernance.

« Enfin, l’ANSM échange en permanence avec les professionnels de santé et les patients, de manière à les impliquer dans les processus de décision et à garantir un accès sécurisé aux produits de santé. La préoccupation constante et quotidienne de l’ANSM et de ses agents est, et demeure, d’assurer la sécurité des patients. »

On rappellera, avec Le Monde, que conformément aux réquisitions du parquet, sont renvoyées devant le tribunal correctionnel quatorze personnes physiques et onze personnes morales, dont les Laboratoires Servier et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), les premiers pour « tromperie aggravée » et la seconde pour « homicides et blessures involontaires ».

Où l’on voit donc, aujourd’hui,  que pour l’ANSM, le Mediator® est synonyme de « drame ». Pour sa part Prescrire, célèbre mensuel indépendant de l’industrie pharmaceutique qui joua un rôle non négligeable dans la prise de conscience 1 qualifie aujourd’hui cette affaire de « désastre » – quand chacun, dans les médias, use aisément du terme de « scandale ».

Le communiqué de presse de l’ANSM aura-t-il un impact sur les juges ? Faut-il s’attendre désormais à un communiqué des Laboratoires Servier ? Qui s’opposerait, quarante-trois ans après la mise sur le marché du médicament, à la manifestation de la vérité ?

A demain @jynau

1 Prescrire fait la promotion de « Visages du Mediator », un ouvrage qui recueille, les portraits et les blessures de cinquante-deux personnes reconnues victimes à l’issue d’une expertise médicale – ainsi qu’une préface d’Irène Frachon, un résumé de l’histoire du Mediator et une postface du mensuel. Un ouvrage « sensible, fort et juste » commente le mensuel et dont la publication «  s’inscrit dans le droit fil des actions de Prescrire pour informer et sensibiliser, afin d’assurer à tous les patients un accès à des soins de qualité ». Prescrire s’engage d’autre part à affecter les bénéfices générés par la vente de cet ouvrage au dispositif « Abonnés Solidaires », qui vise à aider les soignants des pays à faibles revenus et les professionnels de santé en formation à obtenir une (in)formation pharmacothérapeutique de qualité. 208 pages – 195 x 265 mm – 24,50 €

Alerte : Agnès Buzyn désormais menacée par une implosion psychiatrique nationale

Bonjour

Il est des journalistes, et c’est heureux, qui ne lâchent pas leurs dossier. On les appelait, jadis, des rubriquards. Souvent respectés, parfois moqués des reporters. Ainsi François Béguin (Le Monde), l’un des rares, dans la presse généraliste, à se pencher régulièrement sur le dédain politique dont souffre la psychiatrie française.  « C’est un rapport d’initiative parlementaire dont se serait sans doute bien passée la ministre de la santé, Agnès Buzyn, écrit-il aujourd’hui 18 septembre 2019. A quelques jours d’une nouvelle journée d’action des personnels paramédicaux des urgences en grève, et quelques mois seulement après des mouvements sociaux d’ampleur dans plusieurs établissements psychiatriques, les députées Caroline Fiat (La France insoumise, LFI, Meurthe-et-Moselle) et Martine Wonner (La République en marche, LRM, Bas-Rhin) livrent, mercredi 18 septembre, un diagnostic explosif de la situation de la psychiatrie en France. 

« Ce rapport est avant tout un manifeste politique et un cri d’alarme », expliquent les deux élues que la triste logique politique devrait opposer – la première aide-soignante, la seconde médecin psychiatre. « Sans être véritablement inédit, tant les rapports et alertes sur le sujet se sont accumulés ces dernières années, les constats de la mission d’information sur ‘’l’organisation territoriale de la santé mentale’’ sont très forts, observe le rubriquard du Monde. Cette organisation y est qualifiée d’’’ inefficiente’’ et d’ ‘’ inefficace’’, la filière psychiatrique publique est jugée ‘’au bord de l’implosion’’, et la prise en charge des patients est décrite comme ‘’catastrophique’’. A l’issue de plusieurs semaines d’auditions de soignants et de patients à travers tout le pays, les deux femmes se demandent même si ‘’l’hôpital psychiatrique, tel qu’il existe aujourd’hui en France, peut (…) encore soigner les malades’’ ».

Il faut ici remonter dans le temps pour mieux saisir la désespérancela c, olère montante. Plus précisément en janvier 2018 quand Agnès Buzyn s’exprimait sur dans Le Monde (Sandrine Cabut , François Béguin et Laetitia Clavreul) en marge de la présentation de son plan de « douze mesures d’urgence » en faveur de la psychiatrie. Extraits :

 « Déstigmatiser » « Il me semble important de donner un signal de prise en compte de cette souffrance générale, des professionnels et des malades. Ce faisant, je veux parvenir à déstigmatiser ces derniers, et rendre leur dignité à ceux qui sont pris en charge dans des conditions déplorables. Le regard de la société sur ce secteur doit changer. »

« Différentes chapelles » « Il faut que les psychiatres de secteur, les généralistes et les acteurs du médico-social se parlent et mettent en place des filières de prise en charge. Les différentes chapelles de professionnels de santé mentale doivent aussi un peu baisser la garde, car nous avons besoin de tout le monde pour assurer les soins sur le territoire. »

Le cercle vicieux de la pédopsychiatrie « La démographie est en chute libre dans cette spécialité. Les professionnels sont débordés, et les universitaires ne peuvent plus faire d’enseignement et de recherche tellement il y a de patients à prendre en charge. C’est un cercle vicieux, plus personne ne veut s’investir. Il y a des régions entières où il n’y a pas de formation. Je souhaite donc qu’il y ait au moins un poste de professeur de pédopsychiatrie par faculté de médecine. C’est un premier pas indispensable pour retrouver l’attractivité.»

Le Monde demanda alors à la ministre si le « manque de moyens financiers mis en avant par les soignants » était « une réalité ». « Dans beaucoup d’endroits, les psychiatres tirent la sonnette d’alarme sur les moyens parce que leur activité est la variable d’ajustement du budget du reste de l’hôpital, répondit Agnès Buzyn. Vu la faiblesse et la souffrance du secteur psychiatrique, je souhaite que les moyens de cette discipline soient préservés. Annoncer des moyens supplémentaires n’est pas toujours l’alpha et l’oméga en matière de bonnes pratiques, rétorque la ministre. C’est même parfois la solution de facilité. »

On apprit, par la suite la nomination en avril 2019 du Pr Frank Bellivier au poste de délégué ministériel à la psychiatrie. Puis rien, ou presque. Pour les deux élues, les problèmes sont « identifiés », les solutions sont « connues » et « ce qui a manqué jusque-là, c’est une volonté politique suffisamment forte pour faire changer les choses de manière radicale ».

Le « secteur » ? Soixante ans après sa mise en place ce système qui  structure géographiquement la prise en charge psychiatrique en France, est jugé en « échec ». Au fil des années il s’est complexifié, transformé en un « mille-feuille indigeste » et « illisible » de structures et d’acteurs. Conséquence : « une incompréhension totale du dispositif de la part des patients et de leurs familles », relèvent les députées.

Le « parcours de soins » ?  Un « parcours du combattant » et un « labyrinthe ». L’ « offre de soins » ? Outre sa complexité, elle est devenue « hétérogène et incohérente ». Les centres médico-psychologiques (CMP), censés proposer une aide au plus proche du domicile du demandeur ? « Saturés ». Les urgences psychiatriques ? « Engorgées ».  Sans oublier la croissance – jugée « sans précédent » par le contrôleur général des lieux de privation de liberté – du nombre d’hospitalisation sans consentement. Mille patients supplémentaires hospitalisés sans consentement entre 2017 et 2018, selon les chiffres de l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation. 

Que faire ? On lira les propositions des députées dans Le Quotidien du Médecin ( Marie Foult). Sans oublier la mise en place d’une « Agence nationale en charge des politiques de santé mentale », sur le modèle de ce qui avait été fait pour lutter contre le cancer avec la création de l’Institut national du cancer (INCa). Un dispositif dont le coût serait« modeste » au regard des innombrables souffrances et des milliards d’euros que coûtent chaque année les maladies psychiatriques à notre collectivité.

 Où l’on en revient à ceci :

 « La psychiatrie est une discipline qui s’est paupérisée et sur laquelle il n’y a pas eu un vrai investissement depuis des années. Pourtant les besoins sont en constante augmentation, parce que la société est de plus en plus dure, qu’il y a plus d’addictions, moins d’accompagnement des familles… On peut dénoncer des conditions de travail parfois très dures, ainsi que des conditions d’hospitalisation parfois dégradées, mais il faut être attentif à ne pas généraliser les situations dramatiques que l’on peut observer dans certains endroits. Ce serait dévaloriser le travail formidable qui est fait dans beaucoup d’établissements de santé mentale. En psychiatrie, il y a le pire et le meilleur.» (Agnès Buzyn, Le Monde, 26 janvier 2018).

Le pire, depuis, a gagné la partie.

A demain @jynau

Drogues, sardine et cages d’escalier : la réplique du Dr Lowenstein à Christophe Castaner

Bonjour

Zéro hasard en Macronie. Le solennel déplacement du gouvernement à Marseille pour distiller médiatiquement les « cinquante-cinq mesures anti-drogues »  1 coïncidait avec le coup de barre « anti-bourgeois » d’Emmanuel Macron tricotant sur l’immigration 2. Nous publions ici le réplique du Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions à Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur.

«  Vous venez de présenter cinquante-cinq mesures contre les stupéfiants accompagné de votre secrétaire d’Etat Laurent Nuñez, de Nicole Belloubet, garde des Sceaux, ministre de la Justice et de Gérald Darmanin , ministre de l’Action et des Comptes publics. Comment justifiez-vous l’absence d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, et celle de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse ?

Au-delà de la pertinence de certaines des mesures annoncées nous comprenons que vous placez la barre plus haut encore que Richard Nixon et sa célèbre ‘’War on Drugs’’ . Votre cible : nettoyer « de l’international à la cage d’escalier », en finir avec le dysfonctionnement ravageur de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS). Objectif : construire une super Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA) – sans nous dire ce que devient l’actuelle. Sans oublier l’installation d’une antenne en République Dominicaine et, le meilleur étant toujours pour la fin, votre 55ème mesure : demander une plus grande complémentarité avec la Justice….

Dans quelle cage d’escalier, quelle cave, dans quel grenier ?

On peut aisément résumer votre discours : voilà un  « plan de plus » qui se refuse, une nouvelle fois, à intégrer la réalité de l’échec sécuritaire, sociale et sanitaire des stratégies prohibitionnistes coupées des volets médicaux, préventifs et de réduction des risques. 

« De l’international à la cage d’escalier » Voici une formule commerciale et bien attractive. Ce n’est qu’un formule. Elle remplace celle, aujourd’hui surannée, de la « tolérance zéro ». Il fallait bien vous trouver une phrase de nature à impressionner.

Reste la vérité internationale : que peut la France face aux productions et trafics internationaux ? Comment parviendrait-elle à réduire les volumes des productions toujours plus florissantes d’Amérique du Sud (cocaïne), d’Afghanistan (héroïne) et du Maroc (tout le monde connaît) ?

Reste, aussi, la vérité de la cage d’escalier : la meilleure option pour casser le marché serait de légaliser. Or votre secrétaire d’Etat nous affirme que « légaliser un cannabis à 7% de THC ne réglerait en rien le dossier ». Nous dira-t-il un jour dans quelle cage d’escalier, dans quelle cave, dans quel grenier il a puisé ce 7% ? Et quand il compte le régler, ce dossier ?

A dire vrai, monsieur le ministre de l’Intérieur, vous ne pouviez trouver meilleur place que celle de Marseille et de la Canebière pour pouvoir oser affirmer qu’avec ces mesures nous serons armés, de l’international à la cage d’escalier. Une cinquante-sixième mesure s’impose : la confiscation immédiate des bénéfices de cette sardine qui continue à boucher le Vieux Port. »

A demain @jynau

1 Plus précisément « Plan national de lutte contre les stupéfiants »  

2 Sur ce thème, sur Slate.fr : « À son tour, Macron s’abaisse à instrumentaliser l’immigration » de  Claude Askolovitch 

Immenses pincettes pour la pauvre e-cigarette ; pas de vente à l’unité pour celles de tabac

Bonjour

Serait-ce un effet de la croissance de la grande pauvreté ? Le site des buralistes français observe une nette augmentation de la demande de vente de cigarette « à l’unité ». Un phénomène déjà décrit par Le Parisien (Christel Brigaudeau). « Depuis un an, on a ce genre de demandes. Jusqu’à dix fois par jour, des gens qui n’ont pas beaucoup d’argent, ou bien des fumeurs occasionnels, qui demandent une cigarette à l’unité … Quand on leur dit non et qu’on leur explique que c’est interdit, ils ne comprennent pas» témoigne, dans L’Union, Isabelle Moline, buraliste de Reims.

Une première affiche d’avertissement avait été collée avant l’été dans son établissement. Une seconde vient de faire son apparition. Mais après une petite enquête, des buralistes ont découvert qu’un de leurs collègues acceptait ce type de demandes. Pour en avoir la preuve une buraliste a (discrètement) fait le test. Elle a obtenu sa cigarette et aurait vivement réagi à l’encontre de son collègue.

« J’avais fait la chasse à cette pratique il y a des années rappelle Alain Sauvage, président de la Chambre syndicale des buralistes de la Marne et trésorier national de la Confédération des buralistes. Ce genre de ventes était plutôt pratiqué dans certaines épiceries. ’est totalement interdit pour un buraliste de changer le conditionnement des cigarettes, et donc de vendre à l’unité. Je vais faire un rappel aux buralistes, car ils risquent gros. Ils peuvent perdre leur gérance tabac. Le contrat avec l’État est très clair. »

Et l’on sait que l’Etat français ne plaisante pas. Il sait aussi faire silence – comme celui observé par les autorités sanitaires sur les quelques centaines de cas d’atteintes pulmonaires (« « maladie sans nom ») observées aux Etats-Unis chez des vapoteurs inconséquents. Rien pour le grand public en provenance de la Direction Générale de la Santé (DGS). Mais, aujourd’hui, un peu banal communiqué de la Fondation du Souffle et de la Société de pneumologie de langue française (SPLF). Extraits :

« En France. Au stade actuel, faisant suite à une demande de la DGS une demande de signalement a été adressée aux pneumologues. Les signalements seront colligés par Santé Publique France (les outils sont en cours de développement). Cas particulier de la e-cigarette utilisée dans un objectif d’aide au sevrage tabagique : message de la Fondation du Souffle et de la SPLF :

« La e-cigarette est parfois utilisée comme outil d’aide au sevrage tabagique. Se pose donc la question de l’attitude face à cette pratique, à la lumière des cas récents de possibles atteintes pulmonaires toxiques graves liées à leur usage. Jusqu’ici, les données scientifiques montraient que l’utilisation de la cigarette électronique a des effets biologiques délétères mesurables, donc un potentiel de toxicité réel, même si de nombreux toxiques majeurs de la fumée de cigarette (mais pas tous) sont absents des vapeurs produites par les cigarettes électroniques. Les conséquences cliniques de ces effets biologiques ne sont pas connues.

Selon les nouvelles données disponibles, les utilisateurs de e-cigarettes ayant présenté aux Etats-Unis des atteintes pulmonaires graves (pneumonies toxiques) étaient majoritairement (80% des cas) des utilisateurs de liquides contenant des dérivés de cannabis, et/ou fabriqués ou modifiés artisanalement. Il s’agit donc dans ces cas d’usages détournés de la cigarette électronique, utilisant des produits illégaux. Les données toxicologiques et épidémiologiques dont nous disposons ne permettent toutefois pas d’écarter un rôle des produits commercialisés dans les circuits de distribution autorisés 1.

De ce fait, lorsque la e-cigarette est utilisée comme outil d’aide à l’arrêt du tabac, son usage doit se limiter strictement aux personnes en échec de sevrage tabagique par d’autres méthodes, et aux produits dont la vente est autorisée. Il convient d’avertir les patients des incertitudes actuelles sur les risques d’atteintes pulmonaires. La toxicité de la e-cigarette utilisée dans ces conditions est très inférieure à celle de la cigarette. »

Où l’on prend la mesure de la longueur des pincettes prises, par les spécialistes du souffle et du poumon, avec la e-cigarette.

A demain @jynau

1 Ceci est formellement contesté par plusieurs spécialistes du vapotage et de la réduction des risques.

« Migration sanitaire » et prothèses mammaires: le nouveau chantier de Christophe Castaner

Bonjour

Bruno Retaillau, 58 ans, ancien proche de Philippe de Villiers, est aujourd’hui le chef des sénateurs Les Républicains. Il est interrogé ce matin par France Inter sur les dernières déclarations droitières d’Emmanuel Macron concernant l’immigration et le droit d’asile 1. M. Retaillau plaide ouvertement pour une réduction du panier des soins délivrés aux immigrés dans le cadre de l’Aide Médicale d’Etat (AME) – un peu moins d’un milliard d’euros par an. Rappelons que cette dernière « est destinée à permettre l’accès aux soins des personnes en situation irrégulière au regard de la réglementation française sur le séjour en France ». Elle est attribuée « sous conditions de résidence et de ressources » . Hors de question, dit en substance M. Retaillau concernant les immigrés concernés, de les laisser mourir de maladies infectieuses. Mais réduire d’urgence le panier des soins – comme son groupe le réclame depuis des années.

Aurélien Taché, 35 ans, ancien socialiste, est député macroniste (Val d’Oise). Hier, quelques heures avant la rencontre entre Emmanuel Macron et les parlementaires de son camp sur la question de l’immigration il était, le 16 septembre, l’invité de franceinfo. Où l’on traitait, déjà, de l’avenir de l’AME. Extraits :

« Des voix dans votre camp demandent qu’on durcisse l’accès à l’aide médicale d’État qui permet aux sans-papier d’être soignés. Y êtes-vous favorable ?

« Je crois que ce sujet de l’aide médicale d’État, il faut d’abord là aussi regarder un petit peu précisément de quoi il s’agit. Aujourd’hui, on a plus de 80% des gens qui y auraient droit qui n’y ont pas accès. Il faut objectiver les choses. S’il y a des dérives, s’il y a de la fraude, contrôlons les fraudes parce que c’est très important de pouvoir être intraitable sur ces fraudes pour pouvoir préserver l’aide médicale d’État. C’est un des fondements de notre pacte social. En France, oui, quand quelqu’un a besoin de se faire soigner, quand quelqu’un risque pour sa vie parce qu’il a besoin de soins, on ne lui demande pas s’il a ou non ses papiers. [En revanche, dans notre parti] personne ne veut supprimer l’AME.

« Le Premier ministre est venu mardi matin devant les parlementaires, a dit que c’était vraiment dingue qu’on puisse penser une seconde que ce gouvernement veuille supprimer l’AME. C’est justement parce qu’on y est très attachés qu’on veut pouvoir regarder si aujourd’hui il faut la réformer ou non et s’il y a des abus ou non. Mais, moi je le redis, l’AME est quelque chose d’extrêmement utile, on a tous encore en tête ce drame terrible qui s’est passé à Grenoble l’autre jour où on avait quelqu’un qui était en situation de détresse psychique, qui était psychiatriquement atteint avec ce crime qui a été commis, ce jeune homme qui a perdu la vie face à un migrant qui était en situation de déséquilibre psychiatrique, donc je ne crois pas que ce soit en réduisant les soins par exemple psychiatriques qu’on pourrait répondre à ce type de situation. Au contraire, on voit bien que les gens qui arrivent, il faut immédiatement regarder où ils en sont et s’il y a des difficultés ou non.

Le patron de LREM Stanislas Guérini déclarait il y a quelques jours que certaines femmes en profitaient pour se faire poser des prothèses mammaires. En avez-vous la preuve ? Avez-vous des chiffres ?

« Je crois que la première chose à faire, c’est bien de vérifier s’il y a des chiffres ou non. Pour l’instant, je n’ai pas connaissance de ces chiffres et peut-être qu’il peut y avoir ce type d’abus. Mais attention à la manière dont on présente les choses, parce que s’il y a un, deux, dix cas comme ça, sur plusieurs dizaines de milliers de personnes qui ont vraiment besoin de l’aide médicale d’État, n’instillons pas dans l’esprit des Français que ce serait avant tout des abus auxquels donnerait lieu l’AME parce qu’on pourrait avoir un sentiment et un résultat inverses à ceux recherchés. »

Reste que le gouvernement n’exclut plus de « réformer » le dispositif, assurent les Echos (Cécile Cornudet) estimant qu’« il y a trop d’opérations non urgentes que demandent des soi-disant demandeurs d’asile». « Les ministres, Christophe Castaner en tête, travaillent aux moyens de réduire une certaine‘’attractivité du territoire’’, et notamment le ‘’phénomène de migration sanitaire » en provenance de pays comme la Géorgie. Sans toucher à l’enveloppe globale et aux conditions d’accès, l’idée serait de redéfinir le panier de soins auquel ouvre l’AME. ‘’Il y a trop d’opérations non urgentes que demandent des soi-disant demandeurs d’asile’’, assure le gouvernement – ciblant notamment les prothèses mammaires. » Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, travaille-t-elle, ici, aux côtés de Christophe Castaner ?

A demain @jynau

1 Le 16 septembre 2019 Emmanuel Macron a affirmé à sa majorité qu’il fallait regarder le sujet de l’immigration «en face» et ne pas être «un parti bourgeois» car ce sont les classes populaires «qui vivent avec» et ont migré vers l’extrême droite. «C’est un sujet en soi qu’il faut prendre avec maturité et calme. La France a toujours été une terre d’immigration», a affirmé, selon des participants, le président devant quelque deux cents parlementaires et membres de sa majorité, quinze jours avant le débat parlementaire sur l’immigration prévu les 30 septembre et 2 octobre. Nous n’avons pas le droit de ne pas regarder ce sujet en face. La question est de savoir si nous voulons être un parti bourgeois ou pas. Les bourgeois n’ont pas de problème avec cela: ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec. On est comme les trois petits singes: on ne veut pas regarder. Vous n’avez qu’un opposant sur le terrain: c’est le Front national (devenu Rassemblement national). Il faut confirmer cette opposition car ce sont les Français qui l’ont choisie. Il y a deux projets : celui du repli, tout faire peur ou bâtir une solution ouverte mais pas naïve».

Stades alcoolisés : reprise de volée de cent députés macronistes contre le pouvoir exécutif

Bonjour

Nous écrivions il y a peu que contrairement à la joie prématurée de trois joueurs mal préparés la partie des « stades alcoolisés » était loin d’être gagnée  . Le président de la Fédération française d’addictologie (FFA), le Pr Amine Benyamina, venait alors de rendre public ces lignes à lui adressées :

« Le Premier ministre tient à vous confirmer, ainsi que l’ont fermement exprimé Agnès Buzyn, ministre de la Santé, et Roxana Maracineanu, ministre des Sports, que le gouvernement n’envisage pas de modifier la réglementation en vigueur relative à l’interdiction de vente d’alcool dans les stades, telle qu’inscrite dans la loi Evin ».

Nous rappelions aussi que la séparation des pouvoirs fait que l’exécutif ne saurait étouffer la volonté du législatif. Et voici que la proposition de loi (longtemps tenue secrète) vient d’être enregistrée à la présidence de l’Assemblée nationale. On la découvrira ici : « PROPOSITION DE LOI visant à faire de la France une nation sportive ». Et ci-dessous les noms des cent-deux députés soutenant cette volonté 1.

Où l’on retrouve, bien présent, le désormais célèbre article 18 qui « vise à assouplir, de manière encadrée, l’application de la loi Évin dans les stades en étendant l’octroi d’autorisations temporaires de vente d’alcool aux sociétés sportives ». Il s’agit donc bel et bien, « d’assouplir  de manière encadrée » (sic) une loi qui perdrait alors un peu plus de sa substance au profit des grands alcooliers et de leurs publicitaires.

On attend, ici, la réaction des trois joueurs qui pensaient, trop tôt, avoir partie gagnée : Amine Benyamina (FFA), Bernard Basset (Anpaa) et Axel Kahn (Ligue contre le cancer). Puis la décision du juge-arbitre du Palais de l’Elysée.

A demain @jynau

1 François CORMIER-BOULIGEON, Cédric ROUSSEL, Belkhir BELHADDAD, Lénaïck ADAM, Fannette CHARVIER, Éric GIRARDIN, Pierre HENRIET, Alexandre FRESCHI, Sébastien CAZENOVE, Bertrand SORRE, Caroline JANVIER, Cathy RACON-BOUZON, Stéphanie RIST, Bertrand BOUYX, Jean-François PORTARRIEU, Hubert JULIEN-LAFERRIÈRE, Emmanuelle FONTAINE-DOMEIZEL, Stéphane MAZARS, Éric POULLIAT, Pascal BOIS, Patricia MIRALLÈS, Danièle CAZARIAN, Denis MASSÉGLIA, Stéphane BUCHOU, Vincent THIÉBAUT, Yannick KERLOGOT, Jean TERLIER, Fabienne COLBOC, Céline CALVEZ, Patrick VIGNAL, Yaël BRAUN-PIVET, Anne GENETET, Christophe BLANCHET, Christophe LEJEUNE, Stéphane CLAIREAUX, Saïd AHAMADA, Jean-Marc ZULESI, Jean-Marie FIÉVET, Olivier GAILLARD, Véronique RIOTTON, Hugues RENSON, Carole BUREAU-BONNARD, Florian BACHELIER, Stéphane TESTÉ, Corinne VIGNON, Philippe CHALUMEAU, Jean-Michel MIS, Sereine MAUBORGNE, Francis CHOUAT, Danièle HÉRIN, Stéphanie KERBARH, Jacqueline DUBOIS, Olivier DAMAISIN, Guillaume GOUFFIER-CHA, Martine WONNER, Michèle PEYRON, Béatrice PIRON, Jacques MARILOSSIAN, Nicole DUBRÉ-CHIRAT, Jean-Bernard SEMPASTOUS, Didier PARIS, Cécile MUSCHOTTI, Raphaël GÉRARD, Stéphanie ATGER, Sandra MARSAUD, Jean-François CESARINI, Patrice PERROT, Christine CLOAREC-LE NABOUR, Richard LIOGER, Isabelle RAUCH, Françoise DUMAS, Pieyre-Alexandre ANGLADE, Christophe JERRETIE, Fadila KHATTABI, Martine LEGUILLE-BALLOY, Daniel LABARONNE, Carole GRANDJEAN, Hervé BERVILLE, Gwendal ROUILLARD, Alain PEREA, Ramlati ALI, Laetitia AVIA, Nathalie SARLES, Didier BAICHÈRE, Grégory BESSON-MOREAU, Benoit POTTERIE, Yolaine de COURSON, Jean-Luc FUGIT, Christophe AREND, Liliana TANGUY, Frédérique LARDET, Catherine OSSON, Fabien GOUTTEFARDE, Alexandra VALETTA ARDISSON, Buon TAN, Damien ADAM, Pierre-Alain RAPHAN, Anne-Laure CATTELOT, Blandine BROCARD, Jean-Charles LARSONNEUR, Laurent SAINT-MARTIN, Sylvie CHARRIÈRE,