Le baclofène, enterré ou ressuscité : la finale sera retransmise en direct les 3 et 4 juillet

Bonjour

Réserver ses journées. Les responsables de la revue Le Flyer nous rappellent que les 3 et 4 juillet, il sera possible de suivre en direct sur Dailymotion 1 « ce que certains annoncent comme l’enterrement du dossier baclofène ».

« Va-t-on assister au lynchage en règle du baclofène, comme nous avons pu assister au lynchage de la « primo-prescription de méthadone en Ville »- quel que soit l’avis qu’on peut avoir sur chacun de ces deux dossiers ? » s’interrogent-ils. Ils font aussi valoir que d’autres, plus optimistes, « espèrent que l’esprit « Santé Publique » va souffler sur la commission créée pour l’occasion ».

Rappelons que cadre de l’instruction de la (première) demande d’AMM du baclofène dans l’alcoolo-dépendance, l’ANSM a récemment annoncé la création d’une commission mixte ad hoc,  composée d’un tiers des membres de chacune des trois commissions consultatives qui siègent auprès d’elle 2. Il y a un an le laboratoire pharmaceutique Ethypharm avait formulé une demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM) afin de commercialiser spécifiquement le baclofène (sous un nom de marque) dans le traitement de la maladie alcoolique. Grosses polémiques.

Empathique

L’ANSM explique aujourd’hui avoir créé cette commission « pour bénéficier d’une approche pluridisciplinaire au travers d’auditions de représentants de professionnels de santé et de patients utilisant ce médicament ». « Chacun des membres, ajoute-t-elle, a rempli une déclaration publique d’intérêt disponible sur le site. La commission se réunira les 3 et 4 juillet 2018. Un relevé d’avis de cette commission sera disponible dans les jours suivants sur le site Internet de l’Agence. Le compte rendu détaillé sera publié ultérieurement. »

Baclofène enterré ou baclofène ressuscité ? « L’AMM du baclofène pourrait permettre de créer les conditions d’une arrivée dans le système de soins de milliers de patients souhaitant bénéficier d’une prise en charge empathique, comme ce qui s’est passé avec les médicaments de substitution il y a plus de 20 ans, estime pour sa part Le Flyer. Et si ce n’est pas le cas, tant pis, on aura au moins essayé. La mortalité et les conséquences sanitaires et sociales liées à l’alcool devraient peser dans la balance; Nous l’avons déjà dit, depuis les débuts du baclofène. L’avis des cliniciens de terrain comme les quarante-sept qui ont signé une récente tribune 3 pourrait peser également dans les débats. Ou pas.. ».

Est-ce trop espérer, après des années de polémiques acharnées, que l’on parvienne, en direct, aux prémices d’une forme de paix ?

A demain

1 https://www.dailymotion.com/ANSMofficiel

2 Les membres de cette commission, présidée par le Professeur Nicolas AUTHIER, psychiatre et pharmacologue, sont : Pr. Marc BARDOU, gastro-entérologue, en qualité de Vice-Président, Pr. Antoine PARIENTE, médecin de santé publique et pharmaco-épidémiologiste en qualité de Vice-Président, Marie BONNET, psychologue, Dr. Jean-Michel DELILE, psychiatre et addictologue, Véronique OLIVIER, représentante associative, Fabrice OLIVET, représentant associatif, Hélène POLLARD, représentante associative, Dr. Marie-Alix ALIX, pharmacien d’officine, Dr. Pascale DUGAST, pharmacien hospitalier, Dr. Francis ABRAMOVICI, médecin généraliste, Dr. Claude SICHEL, médecin généraliste, Dr. Muriel GREGOIRE, psychiatre et addictologue, Dr. Albert TRINH-DUC, médecin urgentiste, Pr. Marie-Christine PERAULT-POCHAT, pharmacologue.

3 Texte paru sur Le Flyer signé de Dr Alain Morel, Paris ; Pr Olivier Cottencin, Lille ; Pr Christophe Lançon, Marseille ; Dr Maroussia Wilquin, Abbeville ; Dr Antoine Gérard, Le Puy-en-Velay ; Dr Laurent Michel, Paris ; Dr Jean-François Aubertin, Thionville ; Dr Beatrice Cherrih-Pavec, Charleville-Mézières Dr Grégoire Caracotch, Archamps ; Dr Didier Bry, Avignon ; Dr Claude Bronner, Strasbourg ; Dr Christophe Cutarella, Marseille ; Dr Jean-Jacques Pik, Creil ; Dr Eliane Herran, Bayonne ; Dr Dominique Jourdain de Muizon, Chauny ; Dr Ariane MA, Montreuil ; Dr Frédéric Fry, Cergy Dr Véronique Vosgien, St-André-lez-Lille ; Dr Philippe Masson, Pont-à-Mousson ; Dr Christian Michel, Strasbourg ; Dr Patrick Vogt, Mulhouse ; Dr Pierre Bodenez, Brest ; Dr Pascal Vesproumis, St-Brieuc ; Dr Jean Levy, Charleville-Mézières ; Dr Françoise Etchebar, Pau ; Dr May Boumendjel, Versailles ; Dr Pierre Polomeni, Sevran ; Dr Philippe Grunberg, Montfermeil ; Dr Eric Doudet, Tours ; Dr Catherine Caron, Paris ; Dr Richard Lopez, St-Denis.

Les signataires de cette tribune précisent « n’avoir aucun lien d’intérêt avec une firme qui commercialise le baclofène (Zentiva® et Liorésal®) dans d’autres indications ni avec celle qui a demandé une AMM (Ethypharm) ».

 

Comment autoriser les médecins à se faire de la publicité avec loyauté et confraternité ?

 

Bonjour

L’une des clef de voûte de la déontologie médicale française a vécu. C’est à découvrir sur le site du Conseil d’Etat : « Règles applicables aux professionnels de santé en matière d’information et de communication ». Où l’on apprend qu’Edouard Philippe, Premier ministre avait, en décembre dernier confié au Conseil d’État la réalisation d’une étude sur ce thème. Adoptée le 3 mai dernier par l’assemblée générale du Conseil d’État cette étude est aujourd’hui rendue publique.

Après avoir longuement consulté (auditions des ordres professionnels et des syndicats professionnels des professions de santé, de représentants des établissements de santé publics et privés, d’associations de patients, de l’Autorité de la concurrence et de la Caisse nationale d’assurance maladie etc.) le Conseil d’État relève que la réglementation française interdisant la publicité directe ou indirecte aux professions de santé a vécu.

« Cette réglementation est susceptible d’être affectée par l’évolution de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne, conclut le rapport. De plus, l’encadrement strict des informations que les praticiens peuvent aujourd’hui rendre publiques ne paraît plus répondre totalement aux attentes d’un public demandeur de transparence sur l’offre de soins. Enfin, l’essor rapide de l’économie numérique a rendu obsolètes certaines des restrictions actuelles en matière d’information dans le domaine de la santé. »

Le cadre actuel des informations pouvant être communiquées par les médecins au public (sur leur plaque et leur ordonnancier – noms, prénoms, numéro de téléphone, jours et heures de consultations, secteur d’exercice, diplômes, titres et qualifications reconnus) devrait donc prochainement s’élargir. Jusqu’où ? Comment ne pas, ici, ouvrir les vannes à la jungle de la dérégulation marchande et à ses innombrables outrances ?

« Tout ne doit pas être possible. Il ne faudrait pas, sous prétexte de suppression de l’interdiction de la publicité pour ces professions, que l’on puisse faire n’importe quoi, a précisé à l’AFP Yves Doutriaux, président du groupe de travail. Cette liberté de communiquer, si elle est adoptée, s’accompagnera de l’interdiction d’exercer la profession comme un commerce, conformément à la déontologie médicale consacrée par le droit français et européen. La communication du professionnel de santé devra, entre autres, être loyale, honnête, ne faire état que de données confirmées et s’abstenir de citer des témoignages de tiers, comme des anciens patients.»

TripAdvisor

Sur ce point, précisément, voici ce que l’on peut lire dans le rapport, pour justifier l’évolution d’ores et déjà souhaitée par le gouvernement comme par l’Ordre des médecins 1 :

« Une telle réflexion apparaît d’autant plus nécessaire qu’une « rupture de fait » affecte déjà les relations traditionnelles entre le public et les professionnels de santé. Ainsi, il n’est plus rare de voir certains patients consulter, sur Internet, les avis émis par d’autres internautes avant de choisir leur praticien, un peu à la manière de touristes choisissant leurs hôtels au vu des notations en ligne. De même, certains professionnels de santé se plaignent, désormais, de ne pas pouvoir préserver leur e-réputation. Face aux informations, parfois teintées de charlatanisme, qui circulent sur les réseaux sociaux, les conseils donnés par les pouvoirs publics et les professionnels de santé semblent quelquefois peu audibles dans un contexte de méfiance alimenté par les crises sanitaires, passées et actuelles. »

 Voilà pourquoi le moment est aujourd’hui venu de « changer de braquet ». Sans pour autant accorder une autorisation pure et simple de publicité  : payer pour se faire référencer dans des moteurs de recherche … passer des annonces payantes … etc. Un laxisme qui ouvrirait car la voie à des pratiques commerciales contraires à la déontologie, à la confraternité, à la loyauté et potentiellement néfastes pour la santé publique.

Etre de son temps, en somme, sans oublier totalement les vertus du passé.

A demain

1 Rapport du docteur Jacques Lucas, vice-président du Conseil national de l’ordre des médecins, « Le médecin dans la société de l’information et de la communication, » septembre 2016.

 

 

 

L’affaire Lupuzor®, poule aux oeufs d’or et conflits d’intérêts (Canard Enchaîné)

Bonjour

Le 17 avril dernier le CNRS diffusait un communiqué de presse national : « Efficacité clinique démontrée pour le Lupuzor®, premier traitement contre le lupus sans effets secondaires ». Un communiqué qui, officiellement, n’existe plus, n’a jamais existé.

C’était, sous un sceau officiel et prestigieux, la suite d’une histoire médiatique commencée en 2006  , puis poursuivie en 2008 sans oublier 2013. Une affaire médicalement intéressante laissant espérer une thérapeutique efficace et sans danger du lupus « maladie auto-immune handicapante qui touche cinq millions de personnes dans le monde – une trentaine de milliers en France ».

Deux mois plus tard il faut brutalement déchanter – et ce à cause du Canard Enchaîné. Dans son édition du 20 juin l’hebdomadaire satirique, sous la signature d’Isabelle Barré, vient dire une autre vérité : « Le CNRS a vanté un médicament bidon à coups de ‘’fake news’’ ». C’est là une histoire qui vaut d’être contée. Extraits du communiqué « disparu » du 17 avril :

« L’étude pivot internationale de phase III du Lupuzor® vient de s’achever avec des résultats positifs : ce candidat-médicament a été efficace pour 68,8 % des patients ayant suivi la phase d’essai jusqu’au bout. Le Lupuzor® est le premier traitement spécifique non immunosuppresseur contre le lupus, une maladie auto-immune handicapante qui touche 5 millions de personnes dans le monde.

 « Découvert par l’équipe de Sylviane Muller, chercheuse CNRS alors au Laboratoire d’immunopathologie et chimie thérapeutique du CNRS à Strasbourg, ce peptide a fait l’objet d’un brevet du CNRS (délivré en 2001) puis de phases d’essais cliniques réglementaires gérés par ImmuPharma-France. Débutée en décembre 2015 aux Etats-Unis, l’étude-pivot internationale de phase III du Lupuzor® a été étendue ensuite en Europe et menée sur 202 patients répartis en deux groupes : le premier s’est vu administrer le Lupuzor®, tandis que le deuxième recevait un placebo.

 « L’ensemble des patients recevait également d’autres médicaments comme des stéroïdes, des antipaludéens, du méthotrexate, etc. Parmi eux, 153 ont mené l’essai clinique à son terme. Malgré ce nombre relativement limité, cette phase d’essai a permis de démontrer l’efficacité du peptide découvert par Sylviane Muller, chercheuse au CNRS : le Lupuzor®, associé aux traitements de fond, s’est montré efficace pour 68,8 % des patients qui le recevaient. »

Jusqu’ici, rien à signaler. Puis la suite :

« A noter que 59,2 % des patients recevant le placebo et les traitements de fond ont également réagi positivement, un taux particulièrement élevé. Le Lupuzor® s’avère donc au moins aussi efficace que le seul traitement existant à ce jour. Mais contrairement à celui-ci, le Lupuzor® n’est pas immunodépresseur, il ne diminue pas les défenses immunitaires des patients : la phase III a confirmé son innocuité exceptionnelle, aucun effet indésirable grave n’ayant été signalé (…) Ces résultats renforcent l’intérêt potentiel de ce candidat-médicament dans le traitement d’autres maladies auto-immunes comme le syndrome de Sjögren (maladie des yeux secs) ou la maladie de Crohn (une maladie auto-immune à l’origine d’une inflammation chronique de l’intestin). »

 Légalité et conflits d’intérêts

Au final, donc, 68,8 % contre 59,2% sur un total de 202 participants dont 153 seulement sont allés au terme de l’essai … Et un communiqué de presse triomphant ne citant pas la revue où ces résultats étaient publiés…. Personne, jusqu’ici, ne s’était ému. Jusqu’au Canard Enchaîné qui, bien informé, est entré dans les coulisses du sujet : une histoire d’intérêts, de brevet et de détenteurs siégeant (en toute légalité) au conseil scientifique de la société ImmunoPharma. Des liens évoqués en avril dernier :

« Lupuzor® candidat-médicament développé par ImmuPharma : cette start-up possède une licence exclusive sur les brevets protégeant cette famille de peptides, tous propres au CNRS ou déposés en copropriété. Après le succès de cette phase III, ImmuPharma vise la commercialisation du Lupuzor® et poursuit les discussions en cours avec un certain nombre de grandes sociétés pharmaceutiques. »

Sans oublier ceci :

« Parallèlement, suite à la demande de médecins et de patients, la société a initié une phase supplémentaire permettant à tous ceux qui avaient participé à l’étude de phase III de recevoir Lupuzor® pendant six mois (…) Contre le lupus on ne dispose aujourd’hui que de traitements palliatifs, la plupart non spécifiques : des corticoïdes et des immunosuppresseurs, qui affaiblissent le système immunitaire dans son ensemble. S’ils font cesser l’agression auto-immune, ils rendent aussi les patients très sensibles aux multi-infections. Il était donc urgent de développer une thérapie plus ciblée. »

Cibler ? Le Canard révèle que la Pr Nathalie Costedoat-Chalumeau, spécialiste de médecine interne (hôpital Cochin, AP-HP) vient, avec une vingtaine de ses collègues affûtés sur le sujet, d’écrire au CNRS en lui demandant, d’urgence une « clarification » : en substance dire que l’essai a permis de démontrer, contre placebo, l’inefficacité du Lupuzor®.

Dans le sillage du Canard nous avons interrogé la « direction de la communication » du CNRS. Réponse :

« Le CNRS ne fera pas de mise au point concernant cet article. Je rappellerai simplement que le CNRS a écrit à tous les journalistes qui avaient reçu notre communiqué sur le Lupuzor pour leur signaler son retrait : tout l’inverse d’un ‘’voile pudique’’ ou d’un ‘’retrait discret’’, comme l’écrit la journaliste du Canard Enchaîné, que nous avions pourtant informée de cette démarche de notre part. »

 Passons sur « voile pudique » et « retrait discret », et allons à l’essentiel : le vieux et prestigieux CNRS a-t-il ou non cédé aux insoutenables sirènes du « conflits d’intérêts » ?

A demain

 

 

 

Mais pourquoi diable a-t-on ainsi mis au pilori les homéopathes et l’homéopathie ?

Bonjour

Qui ne connaît le Dr Jean-Paul Ortiz, néphrologue de Cabestany (Pyrénées-Orientales) et président de la CSMF ? Depuis plus de quatre ans déjà le Dr Ortiz s’adresse régulièrement aux médias. Et sait tricoter avec l’actualité. Ainsi, aujourd’hui, avec l’homéopathie, ses polémiques, les embarras ordinaux et les atermoiements d’Agnès Buzyn quant à son remboursement. Le Dr Ortiz prend la parole via un communiqué de presse concentré intitulé « Homéopathie : le médecin à l’écoute du patient » :

« L’homéopathie fait débat dans le pays depuis plusieurs semaines. La CSMF dénonce la mise au pilori 1 de l’homéopathie et des médecins qui la pratiquent, ainsi que le manque de confraternité des propos tenus. L’homéopathie doit faire l’objet d’une évaluation scientifique comme tous les autres produits de santé afin de démontrer scientifiquement son efficacité (sic). »

Et le Dr Ortiz, confraternellement, de poursuivre :

« Les médecins qui pratiquent l’homéopathie sont avant tout des médecins qui ont dans leur arsenal thérapeutique les outils habituels et qui, en complément, peuvent proposer à leurs patients des traitements homéopathiques. Le patient reste libre dans son choix de traitement et le médecin a pour responsabilité de l’informer de façon claire et appropriée sur toutes les thérapeutiques possibles, dont l’homéopathie pour ceux qui la prescrivent. La priorité du médecin doit être de rester à l’écoute du patient. »

 On observera que, pas plus que l’Ordre, le syndicat que préside M. Ortiz ne prend le risque de se prononcer sur la question du remboursement. Il ne nous dit pas, non plus, qui attache aujourd’hui à l’antique pilori les homéopathes et leur homéopathie.

A demain

Pilori : « Poteau ou appareil tournant sur un pilier situé sur une place publique, auquel on attachait un condamné, avec un carcan au cou, pour l’exposer aux regards de la foule et marquer ainsi son infamie ».

« Une tige en charpente, que mettait en mouvement un cabestan caché dans l’intérieur du petit édifice, imprimait une rotation à la roue, toujours maintenue dans le plan horizontal, et présentait de cette façon la face du condamné successivement à tous les points de la place. C’est ce qu’on appelait tourner un criminel. Comme on voit, le pilori de la Grève était loin d’offrir toutes les récréations du pilori des Halles » (Hugo, N.-D. Paris, 1832, p.264).

 

Exclusif  : les buralistes français vont réclamer le monopole des ventes de cannabis « légal »

Bonjour

Nous rapportions il y a peu l’arrivée dans le Jardin de la France du « cannabis légal ». L’affaire rebondit aujourd’hui, toujours dans les précieuses colonnes de La Nouvelle République. Où l’on apprend – une première ! – que nos chers buralistes réclameront sous peu à Emmanuel Macron le monopole de la vente du cannabidiol (CBD).

Le papier est signé Delphine Coutier : « Cannabidiol : les buralistes veulent l’exclusivité ». Tout s’est noué dans la soirée du dimanche 17 juin 2018, lors de l’assemblée générale de la chambre syndicale des buralistes d’Indre-et-Loire. Toile de fond : l’annonce de l’arrivée en cœur de ville, 3 rue Jules-Charpentier, d’une franchise assurant la vente de « cannabis légal ». Et la présence d’une boutique ayant pignon sur rue dans l’ancien fief communiste voisin.

« Drugstores de la vie des Français » 

Tout cela, imprimé sur papier journal, a « mis le feu aux poudres » (sic). « Il faut faire en sorte que cette franchise, qui se sert du code NAF des buralistes, n’ouvre pas », a menacé Matthieu Meunier. président des buralistes d’Indre-et-Loire. Quant à Philippe Cloy « Macron des buralistes » et président national de leur Confédération, présent à cette assemblée générale, il a une nouvelle fois montré toute l’ambivalence qui caractérise cette profession.

D’un côté attendre que la « réglementation soit éclaircie ». De l’autre et en même temps, « demander l’exclusivité de la vente ». Ne pas « jouer les apprentis sorciers » et tout faire auprès de Bercy pour les jouer au plus vite. La Nouvelle République :

« Philippe Coy, qui n’a pas les deux pieds dans le même sabot, devait envoyer un courrier à la ministre de la Santé : ‘’Une fois la législation éclaircie, si la commercialisation du CBD est autorisée, nous sommes le réseau le plus adapté à en assurer la vente. Nous sommes une profession réglementée. D’ailleurs, nous demandons l’exclusivité de sa vente. Notre formidable réseau de 25.000 buralistes qui accueillent 10 millions de clients par an. C’est le meilleur des maillages pour répondre à un commerce de proximité différencié ‘’ ».

 C’est aussi, dit-on, un bien beau maillage de « liens sociaux » avec amplificateurs politiques. Où l’on retrouve la ministre Agnès Buzyn – Mme Buzyn qui, comme Marisol Touraine, se refuse obstinément à rencontrer les vapoteurs et qui fait mine de ne rien comprendre aux vertus de la réduction des risques. C’est écrit : Agnès Buzyn devra bientôt, une fois encore, composer avec les buralistes, ces tenanciers auto-proclamés et amplificateurs des  futurs « drugstores de la vie des Français ».

A demain

L’homéopathie et la déontologie : le Conseil de l’Ordre des médecins botte en touche  

Bonjour

On ne plaisante plus. Adoptée en séance plénière le  14 juin 2018 elle a été rendue publique cinq jours plus tard : « Mise au point du Conseil national de l’Ordre des médecins sur le cadre déontologique qui s’impose à tous ». Quelques point sur quelques I. Et tout cela à cause des médias qui en usant des termes de « médecines alternatives et complémentaires » à propos, notamment, de l’homéopathie, « entretiennent une ambiguïté qui est source de confusion et de litiges d’interprétation ».

Une affaire commencée avec une virulente tribune anti-homéopathique signée de 124 praticiens publiée dans Le Figaro du 18 mars dernier. Une tribune dans laquelle l’Ordre était accusé  :

« En 2018, l’Ordre des médecins tolère des pratiques en désaccord avec son propre Code de déontologie et les pouvoirs publics organisent, voire participent, au financement de certaines de ces pratiques (…) L’homéopathie comme les autres pratiques qualifiées de «médecines alternatives», n’est en rien scientifique. Ces pratiques sont basées sur des croyances promettant une guérison miraculeuse et sans risques. »

Fermeté et généralités

Que l’on ne se méprenne pas : l’Ordre respecte « la liberté d’expression des opinions critiques ou divergentes de chacun dans l’espace public ». Pour autant son Conseil national de l’Ordre des médecins tient à rappeler avec la plus grande fermeté quelques généralités:

1 que le terme « médecine » implique, comme préalable à toute prescription  thérapeutique, une démarche médicale initiale de diagnostic clinique, complétée au besoin par des investigations complémentaires en faisant appel, s’il y a lieu, à des tiers compétents ;
2 que tout médecin doit exercer la médecine conformément aux données acquises de la science, tant dans l’élaboration du diagnostic que dans la proposition d’un traitement ;

3 que les données acquises de la science étant par  essence  évolutives, les controverses sur telle ou telle modalité de traitement, médicamenteux ou autre,  doivent conduire  à une évaluation actualisée, impartiale et rigoureuse par la communauté médicale et scientifique du service médical rendu.

Passage de témoin à Agnès Buzyn

On peut aussi dire la déontologie en marchant sur des œufs : « Le traitement préconisé par un médecin ne peut, en aucun cas, être alternatif aux données acquises de la science et à l’état de l’art, mais il peut comporter une prescription adjuvante ou complémentaire, médicamenteuse ou autre, que le médecin apprécie en conscience dans chaque situation, après avoir délivré au patient une information loyale, claire et appropriée. »

Mais dans le même temps la loi « interdit de présenter comme salutaires et sans danger des prises en charge ou des thérapeutiques non éprouvées ». Que conclure ? Ici l’Ordre botte en touche. « Nous n’avons aucune qualité pour savoir si l’homéopathie est bien ou non », résume le Dr Jacques Lucas, vice-président de l’Ordre national, cité par Le Quotidien du Médecin. Botte en touche et se défausse :  « Ce n’est pas l’Ordre qui délivre les diplômes ou qui fait la formation universitaire. C’est aussi à l’Université de faire le ménage dans ses diplômes. Il faut que les titres délivrés aujourd’hui soient arbitrés sur le plan de l »intérêt scientifique. À partir de là, l’Ordre en retirera les conclusions en matière de reconnaissance ou non », ajoute le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national.

Dans un tel contexte l’Ordre, bien évidemment, ne s’est pas prononcé sur la question politique du déremboursement de l’homéopathie. Il laisse prudemment le soin de trancher à l’un de ses membres : le Dr Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.

A demain

Extension du domaine de la lutte contre les addictions : les jeux sur écrans des adolescents

Bonjour

19 juin 2018. Les radios matinales s’en régalent : l’addiction aux écrans est officiellement une « maladie mentale ». France Inter et France Culture tendent utilement leur micro au Dr Olivier Phan, pédopsychiatre, addictologue à la Fondation santé des étudiants de France 1The New York Times use quant à lui du conditionnel.

L’actualité : l’addiction aux jeux vidéo (ou « trouble du jeu vidéo ») vient d’être reconnue comme une maladie par l’Organisation mondiale de la santé : elle figure dans la 11e version de sa Classification internationale des maladies – première mise à jour globale de cette nomenclature depuis le début des années 1990.

« Après avoir consulté des experts dans le monde entier, et après avoir avoir examiné la littérature de manière exhaustive, nous avons décidé que ce trouble devait être ajouté », a déclaré le directeur du département de la santé mentale et des toxicomanies de l’OMS, Shekhar Saxena. Il s’agit là, selon l’organisation onusienne, d’« un comportement lié à la pratique des jeux vidéo ou des jeux numériques, qui se caractérise par une perte de contrôle sur le jeu, une priorité accrue accordée au jeu, au point que celui-ci prenne le pas sur d’autres centres d’intérêt et activités quotidiennes, et par la poursuite ou la pratique croissante du jeu en dépit de répercussions dommageables ».

Comment porter le diagnostic ? Lorsque l’on observe au fil du temps des conséquences majeures sur les « activités personnelles, familiales, sociales, éducatives, professionnelles ». Quand « la personne joue tellement que d’autres centres d’intérêt et activités sont délaissés, y compris le sommeil et les repas ».

Prise en charge par l’Assurance-Maladie ?

L’OMS évalue à pas moins de 2,5 milliards le nombre de personnes qui, à travers le monde jouent aujourd’hui à des « jeux vidéo ». Mais le trouble ne toucherait qu’une « petite minorité » de tous les amateurs.

« Il n’y a pas de profil type, ou plutôt il n’y en a plus, expliquait en février dernier le Dr Phan au Quotidien du Médecin (Damien Coulomb) Les problèmes liés à l’usage du jeu vidéo touchent toutes les couches de la société. En revanche, il existe des différences avec les autres types de consommateurs que l’on reçoit. Là où les parents d’un accroc au cannabis vont se plaindre du fait qu’il soit ‘’toujours dehors’’, ceux d’un consommateur problématique de jeux vidéo vont trouver qu’il ne ‘’sort jamais’’. Un usage problématique des jeux vidéo ne signifie pas juste ‘’jouer beaucoup’’. Il est problématique parce qu’il s’accompagne d’un impact sur la vie familiale, sociale et sur l’emploi du temps. Un adolescent qui joue intensément, mais qui n’hypothèque pas son avenir et reçoit ses amis chez lui pour jouer à la console ou se déplace en lan (rassemblement de joueurs sur un week-end N.D.L.R), n’est pas à classer parmi les joueurs problématiques. »

Pour ce spécialiste le classement par l’OMS des troubles de l’usage de jeu vidéo au sein de la CIM pourrait changer beaucoup de choses au niveau d’une éventuelle prise en charge de ces troubles par l’Assurance-Maladie. « Nous pourrions aussi espérer obtenir des financements spécifiques pour établir des protocoles de recherche et des parcours de prise en charge, ajoutait-il en février. Pour traiter un problème, et le problème existe bel et bien, il faut le nommer. »

C’est fait.

A demain

1 « Jeux vidéo, alcool, cannabis. Prévenir et accompagner son adolescent » : le Dr Phan a cosigné (avec les Drs Céline Bonnair et Alexandre Har, la psychologue Nathalie Bastard et le coordinateur du CSAPA Pierre Nicole de Paris, Zephyr Serehen) un ouvrage qui vise à aider les parents à accompagner, informer et prévenir leurs adolescents face aux conséquences des usages problématiques de jeux vidéo, aux conduites à risques pouvant être engendrées par les prises d’alcool, et enfin aux difficultés liées à l’abus et la dépendance de cannabis.