Covid: Le Pr Caumes désavoué par le président du Conseil scientifique du gouvernement

Bonjour

05/08/2020. Lancée par le Pr Eric Caumes et rapportée par le menu dans ces colonnes la controverse ne cesse de prospérer. Rappelons la position, sur une question pratique et politique majeure, du chef du service des maladies infectieuses de la Pitié -Salpêtrière :

« Ce qui semble ne pas avoir été compris dans mes propos c’est que de toute façon les jeunes n’en ont rien à faire. Il faut composer avec cette réalité incontournable ou assumer d’envoyer police ou armée pour faire respecter la distanciation ou le port du masque.

« Comme ce n’est pas fait, avec juste raison, je pense qu’il faut composer – c’est à dire relever le positif (immunité dans ce groupe qui s’avérera bien utile au moment de reprendre école, collèges, lycées et universités), tout en avertissant des dangers pour eux (formes rares possibles aussi, même si rares), et pour les autres (respect des anciens). »

Réponse ce matin, sur RTL, (Jérôme Florin) du Pr Jean-François Delfraissy, toujours omniprésident du Conseil scientifique du gouvernement  – et, ici, porte-parole officieux d’un exécutif en semi-vacances.

« L’épidémie de cet été touche beaucoup les sujets jeunes. Reprenons ça autrement : ce sont les jeunes qui prennent le moins de distanciation sociale, qui portent le moins le masque. Les messages de prévention ont du mal à passer. Ce sont eux qui se contaminent », a-t-il souligné. Pour autant, le président du Conseil scientifique se place en total désaccord avec le professeur Eric Caumes qui propose de  laisser les jeunes se contaminer entre eux pour participer à « l’immunité collective ».

« Surtout pas ! », « Surtout pas ! », martelle Jean-François Delfraissy qui explique -euphémisme- être en « léger désaccord » avec son confrère.   « Si on laisse les jeunes se contaminer entre eux avec son idée d’obtenir une immunité collective plus importante, ça a été réalisé en Suède et ça n’a pas marché. Et y a eu une contamination très importante des personnes âgées, plus importante qu’en France. Si on laisse le virus circuler dans cette population jeune, forcément à un moment donné, il va nous échapper » prévient-il. Les mesages de prévention concerne aussi les jeunes. »

Pourquoi ces silences d’Olivier Véran et de Jérôme Salomon (DGS)

Pour le reste le citoyen, submergé par des médias en boucles sanitaires permanentes, peine à s’y retrouver. Il apprend ainsi que  les rassemblements culturels (spectacles, concerts etc.) « de plus de 5000 personnes » pourront être autorisés, à compter du 15 août, par les préfets en respectant «certaines conditions» sanitaires, a indiqué mardi 4 août le ministère de la Culture dans un communiqué. La distanciation d’un siège entre deux personnes ou groupes de personnes est requise ainsi que le port du masque, rappelle le ministère, après la publication d’un décret fin juillet annonçant de possibles dérogations pour tous les rassemblements.

En pratique, à compter du 1er septembre 2020, « les spectacles, festivals, concerts, ainsi que les foires et salons », pourront se tenir, « sans jauge, ni autorisation préfectorale ». De nouvelles informations sur l’évolution des mesures sanitaires seront disponibles aux alentours du 24 août, affirme le ministère, alors que les divers secteurs du spectacle vivant n’ont cessé d’alerter sur la pérennité de leurs activités, du fait de l’interdiction de grands rassemblements avec la crise du coronavirus.

Dans le même temps le même citoyen apprend que le SARS-CoV-2 continue de circuler en France. Deux personnes en sont décédées ces dernières 24 heures, portant à 30.296 le nombre total de victimes depuis le début de l’épidémie, a annoncé le mardi 4 août la Direction Générale de la Santé (DGS) dans son communiqué quotidien. 1039 nouveaux cas ont été dépistés ces dernières 24 heures. 139 nouvelles admissions à l’hôpital ont été recensées, portant à 5162 le nombre total de malades actuellement hospitalisés.

Parmi eux, 21 nouveaux patients graves ont été admis en réanimation depuis hier, portant le solde de patients dans ces unités à 388, contre 384 hier. Les régions «Île de France, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Hauts-de-France et Guyane regroupent 70% des malades en réanimation», précise la DGS. A quand les spectacles, festivals, concerts, ainsi que les foires et salons dans ces régions ?

Une DGS qui, pas plus que le ministre Olivier Véran, n’ont encore  répondu de manière circonstanciée et transparente à la dérangeante proposition du Rr Eric Caumes. Le citoyen, spécialiste ou pas, aimerait un jour prochain comprendre pourquoi.

A demain @jynau

Covid-19 : la provocation du Pr Eric Caumes face aux recommandations du Conseil scientifique

Bonjour

04/08/2020. Ainsi donc deux conceptions, deux stratégies s’opposent au grand jour. D’une part celle développée par le Pr Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses (Pitié-Salpêtrière). De l’autre celle, globale, développée par le Conseil scientifique du gouvernement qui vient d’émettre un nouvel avis documenté à l’adresse de l’exécutif. Résumons à très grands traits. Pour être clair et compris le Pr Caumes nous a adressé ces quelques lignes :

« Ce qui semble ne pas avoir été compris dans mes propos c’est que de toute façon les jeunes n’en ont rien à faire. Il faut composer avec cette réalité incontournable ou assumer d’envoyer police ou armée pour faire respecter la distanciation ou le port du masque.

« Comme ce n’est pas fait, avec juste raison, je pense qu’il faut composer – c’est à dire relever le positif (immunité dans ce groupe qui s’avérera bien utile au moment de reprendre école, collèges, lycées et universités), tout en avertissant des dangers pour eux (formes rares possibles aussi, même si rares), et pour les autres (respect des anciens). »

Daté du 27 juillet l’avis du Conseil scientifique est ainsi sous-titré : « Se préparer maintenant pour anticiper un retour du virus à l’automne ». les auteurs expliquent qu’il s’inscrit dans un contexte français où récemment le virus circule de façon plus active, avec une perte accentuée des mesures de distanciation et des mesures barrières. On peut notamment y lire:

«Vu la faible circulation du virus sur le territoire français depuis la fin du confinement, il
est attendu que l’immunité collective reste très inférieure au seuil des 50% à 70% requis
pour empêcher la circulation active du virus. Cette notion est bien sûr à prendre en
compte pour les décisions à prendre lors d’une éventuelle survenue d’une 2ème vague.»

« L’enjeu des ‘’20 grandes métropoles’’ »

« L’équilibre est fragile et nous pouvons basculer à tout moment dans un scénario moins contrôlé comme en Espagne par exemple, ajoutent-ils. A moyen terme, cet avis envisage ce que pourrait être une reprise de la circulation du virus à un haut niveau à l’automne 2020. La réponse à cette probable deuxième vague devra être différente de la réponse à la première vague, car nous disposons d’outils pour y répondre ». Avec cette précision de taille à l’attention de l’exécutif  : la réponse devra s’appuyer « sur un choix politique et sociétal et pas seulement sanitaire (…) Les décisions devront faire l’objet d’une discussion avec la société civile et une nouvelle politique de communication devra être menée.

En écho au Pr Caumes les auteurs de l’avis soulignent qu’au vu de la circulation du virus sur le territoire français depuis le début de l’épidémie, « il est attendu que l’immunité collective reste très inférieure au seuil des 50% à 70% requis pour empêcher la circulation active du virus ».Pour autant il n’en tirent nullement les mêmes conclusions. Et d’ajouter :

«  Il est hautement probable qu’une seconde vague épidémique soit observée à l’automne ou hiver prochain. L’anticipation des autorités sanitaires à mettre en place opérationnellement les plans de prévention, de prise en charge, de suivi et de précaution est un élément majeur. Le Conseil scientifique insiste sur deux points essentiels concernant les tests : – Définir, clarifier et présenter rapidement une nouvelle doctrine d’utilisation des tests : vision de diagnostic d’une part, vision de dépistage et de santé publique d’autre part, par les autorités de santé. – Rendre l’accès aux tests plus accessible au « consommateur ». Tester de façon large. »

« L’enjeu des ‘’20 grandes métropoles’’ 1, dans lesquels les risques de propagation du virus sont important, est essentiel. Un « confinement local » plus ou moins important en fonction de l’épidémie doit faire l’objet d’une préparation dans ces zones à forte densité de population. Le développement de messages de santé publique locaux, combiné à une gestion ciblée de l’épidémie intégrant le soutien aux personnes vulnérables et la prise en compte des inégalités sociales est indispensable. »

Deux stratégies, schématiquement, s’opposent. Il reste à un exécutif (qui semble toujours comme dépassé par les événements) à trancher et agir au plus vite dans la clarté. Et à répondre, publiquement, au Pr Eric Caumes.

A demain @jynau

1 Extraits :

« Le premier pic épidémique de la crise de la COVID-19 a montré la fragilité des métropoles à des risques sanitaires de ce type et ou d’autres comme des risques environnementaux (Rouen /Lubrizol) par exemple. Ainsi la surmortalité liée au COVID-19 a été plus importante dans les zones les plus denses (données INSEE).

« L’évolution actuelle dans différents pays montre que la reprise de l’épidémie se produit sous la forme de clusters critiques soit dans des espaces professionnels à forte promiscuité (abattoirs, foyers de saisonniers, …) soit dans des métropoles (Leicester, Melbourne, etc ). Dans ces zones à fortes densités de population, des actions de confinement localisé sont prises pour contenir et arrêter la propagation du virus et pour sauver des vies. Les enseignements tirés de ces expériences sont importants à prendre en compte pour développer un plan « Métropole » français. On peut noter que des pays comme l’Angleterre ont développé de tels plans sous la conduite de Public Health England (PHE). 

« Il est impératif de mobiliser et solliciter les autorités locales des 20 premières villes de France afin qu’elles conçoivent et opérationnalisent des plans locaux d’intervention en cas de menace sanitaire comme dans le cas de l’épidémie COVID-19 à l’instar de ce qui est fait au Royaume – Uni et en Allemagne. »

Pas de « prime Covid » pour les soignants intérimaires : Olivier Véran face à l’injustice

Bonjour

31/07/2020. Qui, dans les médias généralistes, hormis Le Monde (Bertrand Bissuel), s’intéresse encore à ce dossier bien ingrat : la « prime exceptionnelle » créé pour les personnels ayant accompagné les malades du Covid-19 ? C’est là une affaire qui a provoqué quelques remous depuis l’annonce, par Emmanuel Macron le 25 mars dernier, d’une gratification financière. Il s’agissait de faire un geste à l’égard de « nos soignants qui se battent aujourd’hui pour sauver des vies ». Des retards puis, progressivement, des mécanismes mis en place, en plusieurs étapes, prévoyant le versement de sommes pouvant aller jusqu’à 1 500 euros, dans les établissements publics et privés.

Le dernier remous ne tient à rien d’autre qu’à une véritable injustice : les soignants employés en intérim ont tout simplement été bannis de ce dispositif. « C’est, en substance, ce que dénoncent le patronat et les syndicats de la branche du travail temporaire, dans une ‘’ lettre paritaire’’ envoyée, mercredi 29 juillet, au ministère des Solidarités et de la Santé, rapporte Le Monde. A travers cette démarche – rarissime du fait de son caractère unanime –, les partenaires sociaux souhaitent obtenir la suppression d’une ‘’discrimination incompréhensible’’, synonyme de ‘’mépris’’ pour celles et ceux qui en sont victimes. » Les soignants intérimaires potentiellement éligibles à la prime représenteraient un effectif d’un peu moins de 13 000 équivalents temps plein.

Injustice

C’est le troisième projet de loi de finances rectificatives pour 2020, définitivement adopté par le Parlement le 23 juillet qui « a traduit en termes juridiques cette exclusion », a déclaré au quotidien Isabelle Eynaud-Chevalier, déléguée générale de Prism’emploi, organisation qui regroupe plusieurs centaines d’entreprises de travail temporaire.. « Une telle mesure entre en contradiction avec un principe fondamental, celui de l’égalité de traitement, inscrit dans le code du travail, ajoute-t-elle. C’est assez terrible, sur le plan symbolique, car les soignants, quel que soit leur statut, ont tous été actifs. Et le virus, lui, n’a fait aucune distinction. » 

Faudrait-il en effet rappeler que l’énergie déployée pour sauver des vies de même que les risques inhérents de contamination furent en effet les mêmes pour l’ensemble des personnels, titulaires ou non de leur poste ? Et Le Monde de citer un haut fonctionnaire anonymisé : le ministère de la santé ne voudrait pas payer notamment parce qu’il considère que « les intérimaires sont déjà bien rémunérés, surtout les médecins » 1.

Au ministère d’Olivier Véran on a d’autres explications à donner :  « La prime Covid a été mise en place pour que chaque établissement puisse valoriser l’engagement de ses soignants, médecins comme paramédicaux face à la crise  Elle couvre donc l’ensemble des professionnels de l’établissement, mais ne s’étend ni aux intérimaires salariés ni aux prestataires ». Qui pourrait imaginer un seul instant qu’Olivier Véran, hier encore soignant hospitalier, puisse accepter qu’une telle injustice soit commise ?

A demain @jynau

1 Commentaire du Collectif Inter-Hôpitaux: « Il y a effectivement une discussion sur certains intérimaires qui ont été beaucoup plus payés que les soignants en poste… La prime étant alors une sorte de « compensation » ».

Voici donc le temps venu des vraies-fausses blouses blanches et de la grande décadence

Bonjour

29/07/2020. On pourrait en rire. Ou s’interroger : où sommes-nous et jusqu’où descendre ? « Je nous vois comme de vieux Romains à la fin du Ve siècle, qui témoignaient dans certains textes d’une impression de déliquescence, comme si tout foutait le camp, explique  le philosophe Jean-Luc Nancy dans Libération, Comme si aucune valeur ni aucun ordre ne résistaient plus au temps qui vient. Au même moment, le christianisme se développait et qui au fond n’était pas autre chose qu’une réponse à l’angoisse qui saisissait l’époque. Une nouvelle société allait se constituer, mais cela a pris des siècles. »

Et Nancy d’estimer que non, « le progrès » n’est plus une « valeur refuge » et que le monde est fragile, au bord d’un « changement civilisationnel ».

Une preuve ? « Le 27 juillet, plus de 17 millions de personnes ont cliqué sur une vidéo de médecins en blouses blanches qui expliquent devant la Cour suprême des États-Unis que l’hydroxychloroquine et le zinc guérissent du Covid-19 et que le port du masque est inutile » rapporte Slate.fr (Claire Levenson).

On peut y voir la médecin et pasteure Stella Immanuel qui (elle aussi) déclare avoir guéri plus de 350 personnes atteintes du coronavirus. Le président Donald Trump a retweeté cette vidéo. Puis, comme on sait, le 28 juillet, Facebook, YouTube et Twitter ont effacé ce contenu et déclaré qu’il constituait une violation de leurs règles en matière de désinformation sur le coronavirus (qui a fait plus de 150.000 morts aux États-Unis- 1592 décès supplémentaires en 24 heures).

Incubes et succubes êtes-vous là ?

Stella Immanuel, donc. «  Le discours de cette médecin qui fait l’apologie de l’hydroxychloroquine montre à quel point la droite américaine a sombré dans l’obscurantisme, explique Slate.fr. En effet, Stella Immanuel, qui est décrite dans les cercles trumpiens comme ‘’une défenseure de la vérité’’ croit, entre autres, que les homosexuel·les vont en enfer et que des scientifiques sont en train de créer un vaccin qui rendra les gens athées.

Stella Immanuel : à Houston au Texas, son cabinet médical est signalé par une pancarte indiquant un «centre de ressources chrétiennes» proposant «prières, délivrance, soutien psychologique, librairie et cadeaux». Elle dispose d’une une licence pour exercer la médecine dans son État. Selon elle, des démons qui hantent les rêves érotiques des femmes sont la cause de nombreux problèmes gynécologiques (elle évoque le sperme de démon). Elle pense aussi que le gouvernement américain a été infiltré par des reptiliens et que les médecins utilisent de l’ADN d’extraterrestres pour certains traitements – source de chimères hommes-démons.

Interrogé lors d’une conférence de presse le 28 juillet, Trump a déclaré que Stella Immanuel était «très impressionnante». Et à la suite d’un article du Daily Beast qui détaillait ses théories, Stella Immanuel a fait la promotion de ses services sur Twitter: «Le Daily Beast a très bien résumé notre ministère de la délivrance et a bien décrit les incubes et les succubes. Merci au Daily Beast. Si vous avez besoin d’être libéré de ces esprits. Contactez-nous.»

L’hydrocychloroquine ? Après les éloges venus de Marseille, au-delà des incubes  (démons mâles qui prennent corps pour abuser sexuellement d’une femme endormie) et des succubes (équivalents féminins) ce médicament est devenu le favori des anti-systèmes et, aux Etats-Unis, de la droite trumpiste qui chaque jour s’éloigne un peu plus de la raison. Et Marseille ne répond plus …

A demain @jynau

Le cannabis à 150 euros : réquisitoire contre les mesures et la «posture» du gouvernement

Bonjour

28/07/2020. C’est peu dire que la majorité des soignants professionnels spécialisés en addictologie n’ont pas apprécié l’annonce par le premier ministre de la généralisation de l’amende forfaitaire à 200 euros pour les usagers de drogues illicites. Une mesure présentée comme « sécuritaire »….  A peine évoquée par le futur président de la République cette mesure avait  été très largement critiquée par les spécialistes  pour son incohérence et sa très probable inefficacité. Puis vinrent l’heure des auditions au Parlement. « Ces auditions se sont avérées être une consultation de façade puisque le projet présidentiel est resté identique » regrette aujourd’hui, amèrement, l’Association nationale de prévention en alcoologie et en addictologie (ANPAA).

Et de dénonce le fond, la forme et la méthode. « Alors qu’une expérimentation était en cours depuis peu à Marseille, Lille, Reims, Rennes et Créteil, le Premier ministre a décidé la généralisation à l’ensemble du territoire national sans attendre l’évaluation de cette expérimentation, dont nous ne connaitrons jamais les résultats ni les modalités de cadrage local » observe l’ANPAA.

Elle ajoute que l’amende forfaitaire a pour objectif initial d’alléger la charge de travail des policiers et gendarmes, alors même que Jean Castex annonce une intensification des contrôles. « Le Premier ministre considère que l’efficacité de cette politique dépend de la certitude de la sanction pour les contrevenants. Or aujourd’hui, les contrôles ne concernent qu’une faible proportion des consommateurs (175 000 selon l’OFDT en 2016) alors que les consommateurs réguliers sont estimés à 1,2 millions sans parler des consommateurs occasionnels (près de 5 millions). On voit mal comment la certitude de la sanction pourrait se concrétiser sans une mobilisation considérable des forces de police alors que l’objectif est d’alléger leur charge de travail en ce domaine. »

« Seule une légalisation encadrée du cannabis …. »

Comment le Premier ministre peut-il présenter cette mesure comme un moyen de lutter contre l’insécurité alors même que la prohibition est à la racine de l’économie souterraine et de l’enrichissement des réseaux mafieux ? Pourquoi développer une politique en apparence répressive alors que la logique sanitaire voudrait avant tout un effort accru de prévention – une prévention dont le candidat Emmanuel Macron avait fait l’une de ses priorités. Et ce réquisitoire de l’ANPAA :

« Mais c’est surtout la philosophie politique de la mesure qui parait de plus en plus anachronique. Alors que le constat de l’échec de la guerre à la drogue fait désormais consensus, que nous avons la politique la plus répressive d’Europe et que se multiplient les appels à dépénaliser l’usage de stupéfiants et réformer la politique des drogues, le gouvernement persiste dans une logique qui a démontré son absurdité.

« Traiter le problème de manière cohérente supposerait un courage politique qui aborderait les drogues de manière universelle, en particulier pour les plus consommées qu’elles soient légales (tabac, alcool) ou illégales (cannabis). Seule une légalisation encadrée du cannabis peut permettre une prévention cohérente, et un assèchement des réseaux mafieux qui en vivent et qui enferment des cités dans des ghettos de pauvreté. Ce courage pourrait trouver des arguments dans un grand débat citoyen sur le modèle de la convention pour le climat. »

« Mais le nouveau gouvernement démontre que l’heure n’est pas à l’ambition, ni au débat transparent sur des sujets difficiles, pas plus qu’à la recherche de solutions efficaces à un problème sociétal chronique. C’est pourquoi il faudra se contenter jusqu’aux présidentielles de postures et de coups de menton. »

On connaît les coups de menton en politique. Mais quelles différences entre « posture » 1 et « imposture » 2 ?  

A demain @jynau

1 « Attitude, position du corps, volontaire ou non, qui se remarque, soit par ce qu’elle a d’inhabituel, ou de peu naturel, de particulier à une personne ou à un groupe, soit par la volonté de l’exprimer avec insistance ».

2 « Acte, parole qui tend à tromper autrui dans le but d’en tirer profit ».

Un géant de Big Tobacco accuse Olivier Véran de ne pas faire appliquer la loi sur le tabac

Bonjour

28/07/2020. Publicitaire et commerciale l’affaire n’en est pas moins à la fois troublante et cocasse. On sait que depuis le 20 mai 2020, les cigarettes mentholées sont interdites à la vente au sein de l’Union européenne. Pour autant il est établi que certains fabricants continuent de mettre sur le marché des produits de tabac contenant du menthol. Or on apprend aujourd’hui que le géant British American Tobacco (BAT) 1 demande au ministère de la Santé de se prononcer rapidement sur la légalité de la présence d’arôme caractérisant dans ces cigarettes.

« Deux mois après l’interdiction du menthol, 62% des anciens fumeurs de menthol consomment toujours du tabac et 12,5 % se sont tournés vers de nouvelles cigarettes contenant encore du menthol sous forme résiduelle  : les références Camel Shift Fresh et Winston Xsphere Fresh, commercialisées par Japan Tobacco International (JTI) » dénonce BAT.

À la suite du lancement de ces nouvelles références, et face à la suspicion d’arôme caractérisant mentholé, BAT explique « avoir réalisé une étude sensorielle sur ces nouveaux produits en interne et par un institut français spécialisé ». « Il en ressort que le panel de fumeurs a significativement identifié la caractéristique « mentholée » de ces produits et ce de manière spontanée » ajoute le géant.

La présence de ces cigarettes mentholées sur le territoire interpelle

Pascal Marbois, Directeur des Affaires Publiques de BAT : « La présence de ces cigarettes mentholées sur le territoire interpelle, deux mois seulement après l’entrée en vigueur de l’interdiction. La France doit assumer son statut de leader européen en matière de lutte contre le tabagisme (sic). D’autres pays comme l’Autriche et le Danemark ont déjà réagi avec plus de célérité ».

BAT nous apprend aussi que le 15 juin 2020, une enquête a été ouverte par les pouvoirs publics français pour étudier ces références, mesurer le niveau de menthol et déterminer leur légalité. L’ensemble des acteurs du secteur attendent toujours les résultats. Ailleurs en Europe, la situation a été prise en charge rapidement. En Autriche et au Danemark par exemple, les Ministères de la Santé et les autorités exécutives respectives se sont penchés sur la légalité de ces produits et ont demandé au fabricant des observations dans un délai imparti.

Or en France, malgré l’ouverture de l’enquête depuis un mois et demi, le Ministère de la Santé ne s’est pas encore prononcé sur ce sujet. On ajoutera que BAT se fait fort de ne pas commercialiser de cigarettes à « l’arôme caractérisant mentholé », le géant préférant « accompagner les anciens fumeurs de menthol vers des produits à risques potentiellement réduits comme le vapotage ». Sans doute est-ce ici qu’il convient d’applaudir.

A demain @jynau

1 British American Tobacco (BAT) se présente ainsi : entreprise fondée en 1902, est la seconde plus grande entreprise de tabac manufacturé au monde en parts de marché. Ses marques sont vendues dans plus de 200 pays. Sa filiale française, British American Tobacco France emploie près de 250 collaborateurs à travers le pays. Son activité comprend le soutien commercial, la vente et la distribution des produits du tabac du Groupe BAT sur le territoire national ainsi que ses gammes innovantes de produits de vapotage à travers la marque Vype

Elargir le champ du diagnostic pré-implantatoire ouvre-t-il la porte au nouvel eugénisme ?

Bonjour

27/07/2020. Où l’on évoque à nouveau, sous couvert de bioéthique, le spectre de l’eugénisme. Et ce au travers d’une équation exemplaire. Ce sont deux tribunes jumelles et militantes à ne pas manquer. La première est publiée par Le Monde elle est signée de quatre rapporteurs de la loi de bioéthique 1. Ils défendent l’extension du diagnostic préimplantatoire (DPI) à la recherche d’anomalie du nombre de chromosomes. Même propos dans Libération 2. Accusée (notamment) de vouloir éradiquer la trisomie 21, cette mesure permettrait (avec le consentement des parents) de réduire le nombre des fausses couches chez les femmes ayant recours à la PMA. Eléments de la controverse qui renaît avec le retour à l’Assemblée nationale, lundi 27 juillet, pour une deuxième lecture du projet de révision de la loi bioéthique.  

Contexte. Le DPI est pratiqué dans cinq centres en France depuis 1999. Il est proposé aux quelques centaines de couples connus pour être à risque de transmettre à leur enfant une maladie génétique d’une particulière gravité au moment où la démarche de PMA est lancée. L’intérêt de cette technique est de pouvoir réaliser un diagnostic génétique sur un embryon – obtenu par fécondation in vitro – avant qu’il ne soit porté par la femme. Le couple peut alors débuter une grossesse avec un embryon non atteint par la maladie suspectée.

« Mais, tel que pratiqué actuellement, le DPI ne vérifie pas si l’embryon a le bon nombre de chromosomes, ajoutent les auteurs des tribunes. Or, comme dans le cas d’une fécondation normale, une partie importante des embryons obtenus par fécondation in vitro (FIV) est aneuploïde, conduisant dans la quasi-totalité des cas à une fausse couche et expliquant une partie des échecs des FIV. C’est sur ce point que nous souhaitons agir. »

« Polémique gonflée d’accusations aussi outrancières qu’erronées » 

Ils ajoutent que parmi les mesures adoptées récemment en commission, une disposition, que nous soutenons, est « au centre d’une polémique gonflée d’accusations aussi outrancières qu’erronées ». Il s’agit de l’extension du diagnostic préimplantatoire, ou DPI, à la recherche d’aneuploïdie, ou anomalie du nombre de chromosomes, ici limitée aux chromosomes non sexuels. C’est ce que l’on nomme, dans le jargon, le « DPI-A ».

Selon eux compléter le DPI par une recherche d’aneuploïdie permettrait, simplement, de vérifier si l’embryon qui fait l’objet d’un DPI a le bon nombre de chromosomes afin d’accroître les chances d’implanter un embryon viable. Associer, en somme, un « DPI-A » à un DPI avec le consentement des deux parents – et ce en limitant le « DPI-A » aux autosomes (les chromosomes non sexuels) « afin d’éviter tout risque de discrimination basée sur le sexe et d’écarter la recherche des syndromes de Turner et de Klinefelter, qui peuvent faire l’objet d’un traitement ».

Cette extension ne s’appliquerait qu’aux DPI existants (environ 4 % des FIV), afin qu’aucun acte supplémentaire ne soit réalisé sur l’embryon. Il rendrait plus sûresles grossesses déjà considérées à risque et objet d’un parcours particulièrement difficile car recourant à un DPI. Il s’agit donc bien d’utiliser les possibilités ouvertes par le progrès scientifique pour éviter aux femmes qui recourent à une FIV avec DPI un parcours du combattant.

Mais le sujet est hautement sensible. « Ainsi, c’est avec effarement, stupéfaction et tristesse que nous avons pris acte des procès en eugénisme 3 accusations de vouloir éradiquer la trisomie 21 et autres mésinterprétations qui circulent d’Internet à l’Hémicycle. L’origine du malentendu est la suivante : dans une part infime des cas, une mauvaise numération des chromosomes n’aboutit pas à une fausse couche, mais à une trisomie 21. Le DPI-A permettrait alors à la future mère de disposer de cette information et de décider d’implanter, ou non, l’embryon avec trisomie 21.

De quelle « hauteur » parlent les auteurs ?

Or aujourd’hui, cette information est disponible après l’implantation. Une femme a, en effet, droit à un diagnostic non invasif de la trisomie 21 en début de grossesse par un prélèvement sanguin. En cas de suspicion, une amniocentèse peut alors être conduite. Celle-ci ouvre la possibilité d’un avortement thérapeutique, qui pourrait être évité si l’information était transmise au bon moment, soit pendant le DPI….

« L’argument de l’eugénisme, brandi comme un épouvantail, ne peut ici que choquer, tant les mots ont un sens, écrivent es deux auteures de Libé.  L’eugénisme d’hier était collectif et coer­citif, reposant sur un désir de purification ou d’amélioration de la race humaine qui ont justifié des politiques raciales, autoritaires et meurtrières. Est aujourd’hui invoqué un ‘’nouvel eugénisme’’, décrit comme plus individuel et libéral, lié à une génétique médicale moderne. » Faudrait-il s’en étonner ?

« En la matière, ce spectre de la sélection, visant, pour faire court, un enfant parfait alliant beauté, intelligence, santé et longévité, n’a aucun sens, ajoutent-elles. Le DPI-A n’est là ni pour sélectionner les ‘’meilleurs’’ ni pour éliminer les plus ‘’mauvais’’ embryons. » En est-on si certain ? Certes son rôle premier est d’éviter de transférer des ­embryons qui ne se développeront pas jusqu’à un terme viable. D’éviter aux femmes, aux couples, la violence d’échecs à répétition liés à une anomalie chromosomique, dans un parcours d’assistance médicale à la procréation long et douloureux.

Et son rôle second est bien de mettre en évidence des anomalies, qui sont de toute façon recherchées en début de grossesse par le diagnostic prénatal ­légal, autorisé et organisé. Reste, néanmoins, cette hantise récurrente d’un « Meilleur des Mondes » (1931) dont nous n’aurions jamais été aussi prêt – comme en témoignent nombre d’exemples étrangers… « Sur un sujet aussi sérieux et lourd de conséquences, le niveau du débat parlementaire doit maintenant être à la hauteur » font valoir les auteures. De quelle « hauteur » parlent-elles ?

A demain @jynau

1 Philippe Berta, député (MoDem) du Gard, rapporteur du projet de loi bioéthique ; Coralie Dubost, députée (LRM) de l’Hérault, rapporteure du projet de loi bioéthique ; Hervé Saulignac, député (PS) de l’Ardèche, rapporteur du projet de loi bioéthique ; Jean-Louis Touraine, député (LRM) du Rhône, rapporteur du projet de loi bioéthique.

2 Loi bioéthique : examiner le statut génétique de l’embryon n’est pas de l’eugénisme. Par Catherine Rongières Cheffe du service clinico-biologique d’assistance médicale à la procréation CHRU Strasbourg  et Estelle Naudin Professeure à la Faculté de droit de Strasbourg. Libération, 23/07/2020

3 En janvier dernier le Sénat à majorité de droite s’était opposé à l’expérimentation d’un dépistage préimplantatoire recherchant des anomalies chromosomiques qualifiée de « démarche d’eugénisme » par le chef de file des sénateurs Les Républicains (LR) Bruno Retailleau. Et le Sénat de supprimer cette disposition par 181 voix contre 123. « Très clairement, on est dans une démarche d’eugénisme : il s’agit de trier les embryons et d’éliminer ceux qui ne sont pas normaux », a déclaré M. Retailleau, faisant en particulier référence à la trisomie 21. 

« Ne cherchons pas, au nom de ce que permet la science, à uniformiser ce que sera la société demain », a appuyé Cécile Cukierman, du groupe Communiste, républicain, citoyen et écologiste (CRCE, à majorité communiste). Pour sa part la ministre de la Santé d’alors, Agnès Buzyn, avait affirmé que l’efficacité de cette technique est « loin d’être démontrée ». « Le temps est encore à la recherche », avait-elle ajouté.

« Cannabis ? 150 euros et vous êtes libre… ! » : la France aux antipodes de la légalisation

Bonjour

27/07/2020. « La France confirme qu’elle est un vieux pays répressif dans un vieux continent qui, lui ose en légalisant. Vive l’Europe ! » C’est le commentaire du Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions à l’annonce de Jean Castex relative au cannabis . Une annonce faite par le Premier ministre lors d’un déplacement à Nice, samedi 25 juillet, avec les ministres de l’intérieur et de la justice.

Il a notamment annoncé, dans le cadre de « la sécurité » la généralisation « dès la rentrée » des amendes forfaitaires pour consommation de drogue. Une mesure qui doit permettre, selon lui, de « lutter contre les points de vente qui gangrènent les quartiers ». Pour un peu les délinquants souriraient. Sans parler des usagers.

Cette procédure (une amende forfaitaire de 200 euros) s’applique « à toutes les drogues » mais vise d’abord les usagers de cannabis. On court-circuite ici une justice devenue trop occupée à d’autres priorités. Mais dans le même temps, fort étrangement, le Premier ministre a eu ce mot : « La justice a trop longtemps été délaissée », a souligné M. Castex, citant le philosophe criminaliste du XVIIIe siècle Cesare Beccaria : « l’important dans une peine, ce n’est pas sa sévérité, mais sa certitude », or « l’Etat, faute de moyens suffisants, a laissé s’installer l’incertitude ».

Déjà, Gérard Collomb

« Généralisation de la forfaitisation des délits de stupéfiants ». Une vieille histoire déjà, annoncée en 2018 par Gérard Collomb, alors ministre de l’Intérieur et qui n’imaginait pas ce que serait la suite de son parcours politique. Le projet est déjà testé. En mars 2019, un article du Code de procédure pénale a concrétisé la volonté gouvernementale et ouvert la voie à l’expérimentation de la mesure dans plusieurs villes françaises. Le site de Gendinfo (magazine de la gendarmerie nationale) précise que le dispositif est expérimenté cet été en deux temps, pendant « une durée moyenne de deux mois ». La première phase est terminée, tandis que la seconde concerne depuis le 16 juillet « toutes les unités de la gendarmerie du ressort des tribunaux judiciaires de Marseille, Rennes, Reims, Lille » et le groupement de gendarmerie départemental d’Ille-et-Vilaine. Le projet sera donc ensuite généralisé dès la rentrée, comme l’a annoncé le Premier ministre samedi.

Cette mesure, explique franceinfo  consiste à sanctionner d’une amende forfaitaire et systématique l’usage de drogue, en cas de flagrant délit. L’objectif est de punir immédiatement les consommateurs âgés de plus de 18 ans. L’amende de 200 euros est payable sous 45 jours, afin d’éviter des procédures judiciaires longues et à l’issue hypothétique. Si elle est réglée sous quinze jours, elle est minorée à 150 €. Au-delà de 45 jours, elle est majorée à 450 €. 

Près d’un million d’usagers quotidiens…

Mieux : « Le paiement de l’amende met fin aux poursuites judiciaires », précise le gouvernement. Un dispositif forfaitaire existe déjà pour les délits de conduite : volant et psychotropes illégaux, même combat ? Faudrait-il rappeler que la France compte 900 000 usagers quotidiens de cannabis selon les autorités ? Comment imaginer qu’autant de consommateurs seront dissuadés du fait des amendes immédiates ?

Officiellement, en sanctionnant la possession et la consommation de drogue de manière systématique et immédiate, le gouvernement explique lutter contre la lenteur de la chaîne pénale et s’assurer que des « sanctions » soient appliquées. Toujours officiellement la consommation de stupéfiants est en France un délit passible d’un an de prison et de 3 750 euros d’amende. Or si environ 140 000 personnes chaque année sont interpellées pour usage de stupéfiants, la justice a prononcé, en 2015,  moins de 40 000 condamnations, parmi lesquelles ne figurent qu’environ 3000 peines de prison.

Par ailleurs, en vingt ans (de 1990 à 2010), le nombre de personnes interpellées pour usage simple de cannabis a été multiplié par sept tandis que le nombre de celles mises en cause pour trafic a été quasiment divisé par deux …. C’est tout dire de la réalité.

Attention : l’objectif affiché n’est pas celui de « dépénaliser la consommation de stupéfiants », nullement, mais bien de la pénaliser plus efficacement. « L’amende forfaitaire n’exclut pas pour autant des poursuites judiciaires. Ainsi, le consommateur pourra être traduit en justice, par exemple en cas de récidive ou s’il est un trafiquant ou producteur présumé » précise franceinfo. Pour autant comment se satisfaire d’une telle distorsion entre la loi et la pratique, d’un tel laisser-aller thérapeutique ?

Des effets catastrophiques et contre-productifs en termes de santé publique

En mars 2019, de nombreuses associations 1 publiaient une tribune où elles expliquaient redouter qu’en automatisant « la répression de l’usage de drogues », le gouvernement n’aille « à l’encontre de la logique de prévention, de réduction des risques et de prise en charge qui devrait prévaloir ».

« Nous réitérons que cette nouvelle disposition aura des effets catastrophiques et contre-productifs en termes de santé publique et de dommages sociaux et réaffirmons que le cadre pénal actuel n’est pas à la hauteur des enjeux posés par la consommation de drogues. Il est nécessaire d’en changer et de prôner une nouvelle politique publique visant une véritable régulation de l’usage de drogues et davantage de prévention et de réductions des risques. »

On peut le dire autrement : « La France confirme qu’elle est un vieux pays répressif dans un vieux continent qui, lui ose en légalisant. Vive l’Europe ! »

A demain @jynau

1 Quinze organisations représentent la société civile française dans sa diversité (policiers, avocats, magistrats, usagers, consommateurs, citoyens, médecins, professionnels du secteur médico-social, acteurs communautaires) : AIDES ; ASUD (Autosupport des usagers de drogues) ; CIRC (Collectif d’information et de recherche cannabique) ; Fédération Addiction ; Ligue des droits de l’Homme ; Médecins du Monde ; NORML France ; OIP (Observatoire international des prisons) – Section française ; collectif Police Contre la Prohibition ; Principes Actifs ; Psychoactif ; SAFE ; SOS Addictions ; Syndicat de la Magistrature ; Syndicat SUD-Intérieur – Union syndicale Solidaires.

Idéologie et PMA : mais pourquoi diable le gouvernement refuse-t-il d’autoriser la «ROPA»?

Bonjour

27/07/020. « Le grand projet sociétal du quinquennat » est de retour. Neuf mois (sic) après son adoption en première lecture à l’Assemblée nationale, bioéthique et PMA pour toutes sont aujourd’hui de retour dans l’Hémicycle. Idéologies, références à la religion catholique et noms d’oiseaux garantis.

On se souvient de la clef de voûte du projet de loi : l’ouverture des techniques de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes et aux femmes seules. Au choix, une dangereuse régression anthropologique ou, à l’inverse, le droit enfin offert aux femmes fécondes qui souhaitent pouvoir procréer sans devoir avoir recours à des relations sexuelles avec un homme. Jusqu’ici, en France, au nom de la médecine et de la thérapeutique  seuls les couples hétérosexuels stériles (ou hypofertiles) pouvaient avoir accès à ces techniques.

A dire vrai « le grand projet sociétal du quinquennat » aurait pu attendre ; après la crise sanitaire liée au Covid-19, la mobilisation de plusieurs députés de la majorité et de la gauche aura été nécessaire pour que le projet de loi soit inscrit à l’agenda parlementaire avant l’été. Désormais, après le départ d’Agnès Buzyn vers d’autres cieux et le remaniement gouvernemental on retrouvera, pour défendre la position du gouvernement, les ministres de la Santé Olivier Véran, de la Justice Eric Dupond-Moretti et de l’Enseignement supérieur et de la recherche Frédérique Vidal.

Prise en charge intégrale des actes par la Sécurité sociale

Le texte a déjà bourlingué : voté par l’Assemblée nationale en première lecture le 15 octobre 2019, il a ensuite été discuté et nettement amendé par les sénateurs, qui l’ont adopté le 4 février. « Lors des travaux en commission qui ont eu lieu début juillet, les députés ont sans surprise rétabli dans les grandes lignes leur version, et ont ajouté quelques modifications, résume Le Monde (Solène Cordier). Ainsi, sur la PMA, ils ont réintroduit la prise en charge intégrale des actes par la Sécurité sociale, quel que soit le profil des patientes, contrairement aux sénateurs qui l’avaient limitée aux cas relevant d’une infertilité pathologique –  ce qui excluait de fait les nouvelles candidates (femmes seules et couples de lesbiennes) (…) Au cours des trente-sept heures de discussion, l’examen d’amendements sur l’ouverture de la PMA aux personnes transgenres, et la PMA post-mortem, avec les gamètes d’un conjoint décédé, a aussi occasionné de vifs débats. Ils ont finalement été rejetés. »

Mais il y a aussi, plus troublant : les députés se sont montrés favorables (et ce contre l’avis du gouvernement) à l’acceptation de la méthode « ROPA » (réception d’ovocytes de la partenaire) ; ce procédé, autorisé notamment en Espagne, consiste à permettre qu’au sein d’un couple de femmes, l’une mène une grossesse en portant l’ovocyte fécondé de l’autre. La pratique croisée peut aussi être réalisée.

On sait que plusieurs associations LGBT voient là une manière de partager la conception de l’enfant. Le gouvernement, et notamment Olivier Véran, défavorable au procédé, devrait tenter de le faire supprimer en séance 1. Pour sa part le dérangeant Pr Israël Nisand, président du Collège national des gynécologues et obstétriciens,  trouve que la « ROPA » est « légitime », comme il vient de le déclarer sur France Inter. Il sera du plus grand intérêt de savoir quelles sont les raisons de fond, idéologiques, de l’opposition du gouvernement ; et qui, finalement, l’emportera.

A demain @jynau

1 La précédente ministre « Agnès Buzyn était contre et le gouvernement est contre également cette question-là », déclarait début juillet Olivier Véran sur BFMTV/RMC. La technique implique « une stimulation hormonale et des ponctions d’ovocytes qui ne sont pas des gestes neutres, à une femme qui n’en relève pas forcément », c’est à dire, qui ne souffre pas elle-même de problèmes de fertilité, a-t-il dit. Sur un « sujet complexe, c’est la santé qui doit primer », a-t-il insisté.

« Il y a un acte invasif. Est-ce que la situation justifie d’aller faire un acte invasif ? D’un point de vue éthique la question est extrêmement complexe. La position du gouvernement restera défavorable, même si par ailleurs je peux être moi favorable à certaines évolutions dans le texte, parce qu’on peut avoir des désaccords sur des questions éthiques », a encore déclaré le ministre que l’on retrouve ici étrangement en phase avec les associations opposées à la PMA. La Manif pour tous voit notamment dans cette technique « l’antichambre de la GPA ».

Et voici les «chèques-vacances» pour les héros en blouse blanche : charité ou vraie solidarité ?

Bonjour

23/07/2020. Vous souvenez-vous encore des applaudissements quotidiens du 20 heures ? Des « héros en blouse blanche » ? Des manifestations du 14 juillet ? Comment prolonger tous ces instants ? C’est fait : le Parlement a définitivement adopté mercredi 22 juillet une proposition de loi La République en marche (LREM). Un loi « permettant d’offrir des chèques‑vacances aux personnels  des secteurs sanitaire et médico‑social en reconnaissance de leur action durant l’épidémie de covid‑19». Texte adopté en dépit des réserves de la droite et des critiques de la gauche.

« Jusqu’au 31 octobre 2020, tout salarié peut décider de renoncer à sa rémunération au titre d’une ou plusieurs journées de travail afin de financer l’effort de solidarité nationale en reconnaissance  de l’action des personnels mobilisés dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de covid‑19. Dans ce cas, l’employeur retient la fraction de la rémunération nette du salarié correspondant aux journées  de travail concernées. »

L’attribution de ces « chèques-vacances » sera réservée aux personnels (y compris vacataires et stagiaires) dont les revenus « n’excèdent pas trois Smic » (soit 4 618 euros brut). De plus les bénéficiaires devront avoir travaillé pendant la période du 12 mars au 10 mai (période de confinement de la population pour faire face à l’épidémie de coronavirus). L’acquisition de chèques-vacances au titre de ce dispositif sera exonérée de l’impôt sur le revenu.

En pratique, jusqu’au 31 octobre prochain, un salarié « pourra renoncer à un ou plusieurs jours de congé acquis dans une limite fixée par décret », contre le versement par son employeur d’une somme d’argent à l’Agence nationale pour les chèques-vacances (ANCV). Et après ? Cette agence répartira les chèques-vacances aux « établissements et services sanitaires, médico-sociaux et d’aide et d’accompagnement à domicile », en tenant compte de leurs effectifs et selon des modalités qui seront précisées par décret. Ce sont ces établissements qui seront chargés de distribuer les chèques-vacances à leurs personnels.

« Une goutte d’eau dans l’océan des besoins du monde médical » 

Pour simplifier le tout, le fonds créé au sein de l’ANCV pourra également être alimenté par un « don de rémunération » correspondant à « une ou plusieurs journées de travail » (sans possibilité de réduction d’impôt pour le donateur…. ). Un accord collectif d’entreprise peut prévoir un abondement de l’employeur en complément de ces versements. Un décret déterminera les conditions d’application du dispositif aux agents publics. Comprendra qui le pourra.

Sans oublier que le compte dédié de l’ANCV pourra encore être alimenté « par des dons versés par toute personne physique ou morale ». Attention : les sommes versées à l’ANCV qui n’auraient pas été distribuées sous forme de chèques-vacances au 31 décembre 2020 devront être reversées au Trésor public…. On pressent les polémiques.

Sans surprise la ministre déléguée à l’Insertion Brigitte Klinkert a défendu « une forme de solidarité essentielle » envers les soignants. Et d’ajouter que le texte « fait d’une pierre deux coups » en soutenant le tourisme » (sic).

La gauche a voté contre, Cathy Apourceau-Poly (CRCE à majorité communiste) dénonçant une « fausse solidarité », tandis que Bernard Jomier pointait une proposition de loi « incomplète, floue, complexe à mettre en œuvre et très probablement promise à l’insuccès ».  « Cette proposition de loi, pour Véronique Guillotin (RDSE à majorité radicale), « fait figure de goutte d’eau dans l’océan des besoins du monde médical ».

Une goutte d’eau ?  Vous souvenez-vous encore des applaudissements quotidiens du 20 heures ? Des « héros en blouse blanche » ?

A demain @jynau