Première grève de la faim hospitalo-universitaire contre le « manque de moyens humains »

 

Bonjour

De l’énervement à la colère. De la colère à l’action. Puis une grève de la faim dans le hall de l’hôpital Dupuytren (CHU de Limoges) annonce Le Populaire du Centre. Trois hommes et une femme, ont décidé de cesser de s’alimenter pour dénoncer « le manque de moyens humains » dans l’établissement et « se faire entendre de la direction ». Tout est dit. Entamée le 20 mars cette grève de la faim est aujourd’hui dans une impasse précise France 3 Aquitaine.

Trois hommes, une femme, quatre agents hospitaliers syndiqués : Jacqueline Lhomme-Léoment, secrétaire générale adjointe de la CGT au CHU, Thierry Collas, aide-soignant et secrétaire général Sud Santé 87, Aymeric Martin, préparateur en pharmacie devenu permanent CGT à l’hôpital, Christophe Zegadi, agent de sécurité incendie, cégétiste.

Pour ces grévistes de la faim ce mode d’action extrême et inédit est « à la hauteur de la souffrance du personnel et de la gravité de la situation ». « Le conflit social dure depuis novembre et on a l’impression de ne pas être écoutés, de n’obtenir que des broutilles », a déclaré Thierry Collas à la presse. Les principales revendications des grévistes ? Le remplacement des arrêts maladie et départs en retraite, ainsi qu’une titularisation massive des contractuels (ils seraient plus de neuf cents à travailler dans l’établissement).

Broutilles

« Est-il normal que des gens restent en CDD des années durant ? Cela veut bien dire que les postes sont pérennes, s’indigne Jacqueline Lhomme-Léoment. Ils n’ont pas les mêmes conditions de travail, ne peuvent pas refuser de revenir sur leurs jours de repos ou de vacances… J’ai l’exemple d’une maman de trois enfants en bas âge, sous contrat depuis six ans, qui n’aura pas un jour de congé en juillet et août prochains. Comment voulez-vous que les gens ne craquent pas ? »

Les premières rencontres avec la direction générale n’ont pas entamé la détermination des grévistes et les différentes parties syndicales ne sont pas, ici, unies. « Nous nous sommes engagés à résorber l’emploi précaire : en 2017-2018, les postes aux concours seront ouverts pour 346 personnes (en vue d’une titularisation ou promotion), a publiquement expliqué Jean-François Lefebvre, directeur général du CHU de Limoges depuis 2015. Un nouveau dispositif de suppléance avec une organisation plus proche du terrain, pour remplacer l’absentéisme, comprendra aussi une quarantaine d’agents. »

La direction générale dit aussi entendre certaines demandes supplémentaires des syndicats. Elle y travaillera dans les jours à venir mais ne peut y répondre dans l’immédiat. Une pétition signée par trois mille usagers et salariés du CHU a été remise à l’Agence Régionale de Santé de la Nouvelle Aquitaine à Bordeaux. Rien n’interdit de penser qu’elle a, via la nouvelle ligne de TGV, déjà atteint Paris.

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Contre la pauvreté notre gouvernement aimerait une société «plus juste et plus solidaire»

Bonjour

Quatre ministres sous les ors de la Vème République. Quatre femmes en fin de mandat 1 et de nombreuses associations caritative réunies au sein du Collectif « ALERTE ». C’était, rue de Varenne, un entretien au sujet de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Cette réunion a lieu chaque année depuis le lancement du plan pluriannuel 2013-2017 de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale. Elle permet, nous dit-on,  de faire le point sur la réalisation du plan mais aussi d’échanger sur les adaptations considérées comme nécessaires.

Vérité officielle

Quatre ministres d’un gouvernement en souffrance et un communiqué officiel expliquant ce qu’il en est de la vérité officielle des cinq dernières années :

« Les engagements pris par le gouvernement dans le cadre du « plan pauvreté » ont été tenus. Il a conduit à un grand nombre de mesures, tout particulièrement en matière de revalorisation des minima sociaux, d’accès aux droits pour les plus démunis, d’insertion professionnelle, de santé et de logement. La réunion a été l’occasion de rappeler que le revenu de solidarité active (RSA) a été constamment revalorisé depuis 2012. L’engagement du gouvernement de revaloriser le RSA de 10 % dans le cadre du plan 2013-2017 a été réaffirmé, ce qui portera son montant à 545 euros par mois pour une personne seule en 2017. Les décrets en ce sens seront pris très prochainement. »

« L’allocation de soutien familial, le complément familial et l’allocation de solidarité aux personnes âgées ont également été revalorisés. Les seuils de revenus pris en compte pour la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-c) et l’aide à l’acquisition d’une complémentaire santé ont été revus : 1 million de personnes supplémentaires bénéficient ainsi d’une couverture complémentaire santé solidaire. »

Zones urbaines à la dérive

On nous explique aussi qu’au cours de l’entretien, le Collectif « ALERTE » a salué les mesures prises dans le cadre dde ce plan.  Le gouvernement, enfin, a exprimé aux représentants du collectif « son souhait que les actions menées en faveur des plus démunis de nos concitoyens soient poursuivies et amplifiées (…) pour une société plus juste et plus solidaire ».

A dire vrai le Collectif, lui, est plus précisément pour « une société bienveillante, fraternelle et solidaire ». La bienveillance et la fraternité avant la justice en somme. Il s’intéresse moins au cinq années passées qu’à celles à venir. Ainsi réclame-t-il  « un plan interministériel de lutte contre la pauvreté traduit dans une loi de programmation financière sur cinq ans ». Ecoutons-le un instant parler de sa propre voix :

« La pauvreté ne diminue pas dans notre pays. 14 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Le nombre de sans-abri s’accroît. 5 millions de Français souffrent de l’isolement. De nombreuses zones urbaines sont à la dérive. La politique du logement est défaillante. Si le plan de lutte contre l’exclusion mis en place en 2013 a sans doute permis une stabilisation du taux de pauvreté, une amélioration des minima sociaux, ou des avancées significatives dans le domaine de la santé, il n’a pas profondément modifié la situation des personnes en précarité, particulièrement des jeunes et des familles monoparentales. »

A demain

1 Communiqué officiel : « Marisol Touraine, ministre des affaires sociales et de la santé, Myriam El Khomri, ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l’habitat durable, et Ségolène Neuville, secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion, ont reçu à l’Hôtel Matignon une délégation du Collectif « ALERTE », composée de la FAS (Fédération des acteurs de la solidarité), de la Fondation Abbé Pierre, de Médecins du Monde, du Secours catholique, de l’Union nationale des associations familiales (UNAF) et de l’UNIOPSS, pour s’entretenir avec eux sur la lutte contre la pauvreté et l’exclusion. »

 

Esthétique et consentement éclairé : les mystères du grand marché épilatoire et lipolytique

Esthétique et consentement éclairé : le marché épilatoire et lipolytique reste à surveiller

Bonjour

Rien (ou presque) ne sépare l’éthique de l’esthétique. Comment ne pas faire ce rapprochement à la lecture du considérable travail que vient d’abattre l’ANSES ? L’Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail s’attaque, après les carafes-filtrantes, aux appareils destinés à épiler et à la lipolyser. Et l’ANSES de nous alerter.

De quoi parle-t-on ici ? D’une demande (celle d’actes à visée esthétique) qui est en forte croissance. Une demande stimulée par une offre bondissante elle-même résultant du développement de nouvelles énergies : lasers, la lumière pulsée intense, ultrasons, maniement du froid et/ou des radiofréquences. Les actes d’épilation dite « définitive » et de « lipolyse » sont aujourd’hui effectués à l’aide d’appareils destinés à des professionnels, dans des cabinets médicaux ou des instituts de beauté, explique l’ANSES. Par ailleurs, la pratique de l’épilation à l’aide d’appareils à usage domestique, essentiellement au moyen de lumière pulsée intense, est en forte croissance.

Troubles pigmentaires

Or, et on ne le sait pas assez, toutes les méthodes utilisées (généralement non encadrées) peuvent occasionner des effets indésirables. Il n’en fallait pas plus pour que l’ANSES travaille le sujet des risques liés à ces pratiques esthétiques, domestiques ou pas. Elle y fut d’ailleurs incitée par la Direction générale de la santé, la Direction générale du travail, la Direction générale de la prévention des risques et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Et nous disposons aujourd’hui du rapport :

« Dans le cas des appareils à visée d’épilation, les effets indésirables les plus fréquemment rapportés sont des réactions inflammatoires immédiates, localisées, de faible intensité et de faible durée. Les troubles pigmentaires, plus tardifs, sont observés moins fréquemment. Des sensations de brûlures et des douleurs modérées pendant les séances, qualifiées par les experts d’effets indésirables légers, sont également rapportées. Des effets plus importants sont observés après des usages inadaptés des appareils : brûlures cutanées profondes et brûlures oculaires. »

 « S’agissant de la lipolyse, les effets indésirables rapportés les plus fréquents sont des inflammations importantes et des douleurs. Peuvent également survenir, plus rarement, des cas d’hyper- ou hypo pigmentation transitoire, d’acné ou de croûtes, en cas d’utilisation de diode laser, de cryolipolyse ou de massages mécaniques. La cryolipolyse entraîne des effets secondaires immédiats : érythème, inflammation avec œdème et douleur ; ces effets régressent spontanément en quelques heures. »

Information obligatoire

On observera aussi, aux frontières du placebo, que les principes de fonctionnement et d’efficacité de certains de ces appareils ne sont pas démontrés. Faut-il s’en indigner ?

Dans sa sagesse administrative l’ANSES « souligne la nécessité de prendre des mesures visant à limiter la survenue des effets indésirables observés ». Elle « recommande de revoir l’ensemble du cadre réglementaire associé aux appareils à visée esthétique et à leur utilisation » et propose « de soumettre les appareils à visée esthétique, y compris à usage domestique, aux mêmes exigences que celles applicables aux dispositifs médicaux afin de garantir des niveaux d’efficacité et d’innocuité satisfaisants ».

Plus philosophiquement l’ANSES recommande la mise en place d’une information obligatoire préalable des personnes qui s’exposent à des actes à visée esthétique concernant le risque de survenue d’effets indésirables. Une forme, là aussi, de consentement libre et éclairé. Où l’on confirme que rien (ou presque) ne sépare l’éthique de l’esthétique.

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Révélations: les promesses d’Emmanuel Macron et de François Fillon aux vendeurs de tabac

 

Bonjour

Lendemain du « grand ‘’débat’’ télévisé sans précédent sous la Vème République ». Exposés et catalogues, postures et quelques invectives. Une « pudeur de gazelle »… Les commentateurs décryptent, soupèsent les scores des acteurs. De quoi se souviendra-t-on ?

En marge de ce spectacle de masse existent, en coulisse, des échanges éclairants. Le site des buralistes révèle pour sa part les deux courriers adressés à Pascal Montredon, président de leur Confédération. Le premier est signé de François Fillon. Il faut lire, dans le détail, ce courrier. Extraits donnés par le site :

 « Le réseau des débitants a un rôle économique et social crucial à jouer (…) je suis très attaché au maintien de son monopole dans la distribution du tabac ainsi qu’au développement et à la diversification de vos activités (…)

 « Je souscris à votre proposition de grand plan de lutte contre le marché parallèle du tabac. Avec notamment une meilleure coordination entre les services douaniers et les autres forces de l’ordre sur le terrain ainsi qu’une vraie sensibilisation de l’opinion publique. Je souhaite engager la France, comme le préconise l’OMS, et conformément à la Directive européenne qui devra s’appliquer dans les meilleurs délais, dans une logique de traçabilité de l’origine des paquets de cigarettes jusqu’au buraliste (…)

 « Il faudra aussi évaluer la mise en place du paquet neutre pour en mesurer l’efficacité réelle. En fonction de cette évaluation, aucune option n’est à écarter. L’essentiel étant que nous soyons au même niveau de normes que nos voisins européens ».

Gazelles et cigarette électronique

 Le second courrier est signé d’Emmanuel Macron. Extraits :

 « Les buralistes sont au cœur des mutations professionnelles et sociales qui caractérisent notre époque. Ces mutations sont porteuses de risques pour vos diverses activités, mais elles sont également porteuses d’opportunités : c’est la raison pour laquelle, si je suis élu président de la Républiqueje souhaite vous accompagner dans cette transition (…)

 « Il existe aujourd’hui une part non négligeable du tabac, consommé dans notre pays, près de 30 % selon les études que vous m’avez adressées, qui provient du marché parallèle (…) En plein accord avec le traité de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) que l’Union européenne a ratifié cet été, j’entends faire de la lutte contre ces pratiques illégales une priorité (…)

« Je sais également votre préoccupation concernant la pérennité du monopole de distribution du tabac. Il est à mes yeux indispensable que cette exclusivité ne soit pas remise en cause (…) Les objectifs que j’ai fixés dans mon projet présidentiel en matière de lutte contre le tabagisme seront donc nécessairement atteints avec vous et grâce à vous (…)

 « De même, je suis sensible à votre volonté de diversifier vos activités. L’État a pris des engagements concernant cette diversification et je veux que nous puissions maintenant les mettre véritablement en œuvre (…) À ce titre, le succès du Compte Nickel démontre à quel point vos confrères peuvent être les acteurs d’innovations technologiques et sociales ».

Pudeurs de gazelles. Positions communes quant à la priorité donnée à la lutte contre le marché parallèle de tabac. Maintien du monopole. Rien sur la cigarette électronique ni sur une politique de réduction des risques contre la « première cause de mortalité prématurée évitable ». Pour qui voteront les 24 860 buralistes de France ?

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Football, alcool et publicité: des politiques préparent la rentrée des grands alcooliers

 

Bonjour

C’est un symptôme, il reste à l’interpréter. L’information est contenue dans un rapport que Le Parisien/Aujourd’hui en France (Ronan Folgoas) a pu consulter. Ce document est l’œuvre de trois sénateurs :  Dominique Bailly (PS, Nord), Jean-Jacques Lozach (PS, Creuse) et Claude Kern (UDI, Bas-Rhin). Un point les réunit : ils sont partisan d’une modification de la loi Evin de manière autoriser la vente d’alcool dans les stades.

« Ils ont, nous dit le quotidien, exploré ces derniers mois les arcanes du football professionnel français par le biais d’une trentaine d’auditions. Leur mission d’information, débouche sur diverses propositions innovantes et sujettes à controverse. Le trio de parlementaires se déclare d’abord en faveur d’une modification de la loi Evin pour ‘’permettre la vente d’alcool dans les stades ainsi que la publicité pour certaines boissons alcoolisées’’. » Nous ne sommes plus, ici, à l’époque de la buvette à l’ombre des vestiaires : la « manne supplémentaire » (sic) pour les clubs professionnels français est estimée entre 30 et 50 M€ annuels.

Logique républicaine

Le Point reprend l’information et fait quelques rappels pratiques. Il est interdit (depuis 1991 et la loi Evin) de distribuer de l’alcool dans les stades, dans les salles d’éducation physique, les gymnases et, plus généralement, dans tous les établissements d’activités physiques et sportives. Or, contrairement à toute logique républicaine, l’alcool (de luxe) peut couler à flots dans les loges et les salons des stades dès lors que ces espaces bénéficient des autorisations liées à la restauration.

Les clubs disposent également de dix dérogations par an, accordées par le maire ou le préfet, pour vendre des boissons alcoolisées dans tout le stade si la demande est formulée par son association (un club est une entité scindée en deux : une entreprise et une association). Diverses observations montrent que cette réglementation peut être contournée. Reste l’essentiel, parfaitement compris par les gros bonnets de la Ligue de football professionnelle : l’affichage des publicités qui pourraient être associées aux droits financiers des retransmissions télévisées.

Bière et convivialité

Mais, sans doute pour noyer le poisson, on s’attache à traiter d’autre sujets. A commencer par la sécurité et la nécessaire maîtrise des hordes de supporters éméchés.  Faux problème répond-on puisqu’aujourd’hui, pour contourner cette loi, de nombreux supporters boivent massivement en dehors du stade avant le match. Ainsi Arnaud Rouger, directeur des activités sportives de la Ligue dans Le Parisien  : « Ce n’est pas parce que vous vendez de la bière qu’il y a plus d’insécurité. Au contraire, jusqu’ici, certains spectateurs consomment en quantité avant de venir et arrivent complètement ivres, parce qu’ils savent qu’ils ne pourront pas boire à l’intérieur de l’enceinte. » Quant à Mathieu Ficot, directeur du développement économique de la Ligue, il assurait dans les colonnes de L’Equipe en avril 2016 que la bière « renforce le côté convivial de la soirée ».

Où l’on voit la complexité que peut, ici, revêtir le concept de convivialité.

A demain

 

Emmanuel Macron candidat, la symbolique électronique du prix du tabac et autres blablas

 

Bonjour

Dans le dernier numéro du Point notre confrère et ami Pierre-Antoine Delhommais consacre sa chronique économique au « ‘’Coût’’ de tabac d’Emmanuel Macron ». Il rappelle que le candidat de la politique-mystique, s’il est élu, a fait la promesse (sur RTL) d’augmenter de plus de 40% le prix du paquet de cigarettes. Il s’agit pour lui de porter l’objet de cette addiction à « une frontière symbolique, significative et dissuasive ». Où l’on retrouve les éléments de langage qu’affectionne l’ancien locataire de L’Elysée et de Bercy réunis.

Pas de plus beau sujet politique que le tabac quand on veut parler de santé et de prévention (80 000 morts prématurées par an, première cause de morts évitables). On se souvient peut-être qu’Emmanuel Macron était secrétaire général adjoint de la Présidence de la République française lorsque François Hollande lança, le 4 février 2014, un Programme national de réduction du tabagisme. Et qu’il était ministre de l’Economie quand Marisol Touraine tenta de le mettre en œuvre- contre la volonté des ministères de Bercy opposés à une augmentation des prix.

Dépendant avant emploi

Pour sa part Pierre-Antoine Delhommais nous donne des chiffres sur les liens étroits qui existent entre chômage et consommation de tabac. « Pa le traumatisme psychologique et social qu’il provoque, la dépréciation de soi qu’il entraîne et le stress qu’il génère, le chômage favorise l’addiction à toutes sortes de drogue, en particulier le tabac », écrit-il, fort justement. En 2014 : 30 % de fumeurs chez les travailleurs contre plus de 48 % chez les chômeurs. Les sans-emploi de longue durée sont les habitués des buralistes.

« En résumé, écrit Pierre-Antoine Delhommais, le moyen le plus efficace de lutter contre le tabagisme et ses dégâts consiste à faire baisser le chômage. Et non l’inverse, comme le laisse entendre M. Macron. » Est-ce bien certain ? C’est, notamment, faire bien peu de cas de la puissance de l’addiction au tabac et de la proportion qui deviennent dépendant avant même d’avoir trouvé un emploi.

Le chroniqueur du Point rappelle que les taxes sur alcools et tabac rapportent chaque année une quinzaine de milliards d’euros (trois fois plus que l’ISF) : « les impôts sur les pauvres rapportent plus que les impôts sur les riches ». Et il en tire la conclusion qu’augmenter massivement le prix des cigarettes n’est pas une mesure « de gauche » dans le sens où c’est pénaliser les plus défavorisés : « des personnes ayant des conditions de vie difficiles sont logiquement moins sensibles aux risques de décès prématurés liés au tabagisme ». Il ajoute que certains ménages (10% des plus pauvres) consacrent jusqu’à 25 % de leurs revenus (contre 2% pour les plus aisés).

Sirènes socialistes

Augmenter le paquet de 3 euros équivaut à une augmentation chez le dépendant moyen à une dépense annuelle supplémentaire de plus de 1000 euros. On comprend le raisonnement : parvenir à augmenter drastiquement le prix du tabac (en déjouant les mécanismes pervers des fabricants) serait « un facteur d’accroissement des inégalités sociales ». Mais on comprend aussi que, le chroniqueur nous pardonnera, que ce raisonnement ne tient pas.

Il y a, bien évidemment, le coût considérable des dégâts induits par l’addiction au tabac. Il y a l’évidente nécessité politique, sanitaire, éthique de voir un Etat agir contre ce fléau qu’il entretient tout en donnant l’illusion de lutter contre. Des pays qui n’ont pas succombé aux sirènes socialistes (le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l’Australie) mènent cette guerre avec des succès croissants. Dans une telle optique l’augmentation massive et constante des prix du tabac n’est que l’un des outils. Il ne prend son véritable sens (politique, sanitaire et éthique) que dans une approche générale de la réduction des risques et une aide multiforme aux personnes victimes de leur addiction. En y intégrant, ce que le quinquennat finissant s’est refusé à faire, la cigarette électronique.

A demain

Morale médicale : un nutritionniste trop médiatique interdit d’exercice pendant une année

Bonjour

On ne commentera pas cette décision de justice. Cette double décision devrait-on écrire. Rapportons, avec objectivité, les faits et l’interrogation qui en résulte : jusqu’où un médecin peut-il tremper le doigt dans la confiture des médias ? Une question qui, de fil en aiguille, est arrivée jusqu’au cœur battant de Paris : sous les ors du Conseil d’Etat, plus haute juridiction administrative française.

L’affaire concerne le Dr Jean-Michel Cohen, « intervenant en nutrition qui opère régulièrement dans les médias et sur Internet ». Autant qu’un nom, c’est une marque. Depuis quinze ans, innombrables ouvrages grand public, innombrables émissions de radio et de télévision. Une proximité avec plusieurs géants de l’agro-alimentaire dont l’homme ne fait nullement mystère. Un insupportable mélange des genres dénonçaient ses ennemis.

Puis, un jour, après quelques coups de semonce, l’Ordre des médecins se lassa. Le 12 novembre 2015, la chambre disciplinaire nationale de l’Ordre lui interdit d’exercer la médecine pendant deux ans – dont un avec sursis. Le dossier fut alors exposé sur le site buzzfeed.com : « Le business gourmand de l’omniprésent Dr. Jean-Michel Cohen ». Que reprochait l’Ordre au nutritionniste-vedette ? Il était selon lui coupable d’avoir « méconnu l’interdiction de pratiquer la médecine comme un commerce et l’obligation de s’abstenir de tout procédé publicitaire ». Il lui reprochait notamment de graves manquements déontologiques liés à sa participation à un site web payant de coaching pour perdre du poids.

Coup de théâtre

Puis survint un coup de théâtre comme la justice sait, parfois, les organiser :  le 27 juin dernier, 2016 le Conseil d’État suspendait la sanction ordinale à la demande du médiatique nutritionniste – il s’était pourvu en cassation. Dans sa décision le Conseil d’Etat relevait qu’il existait de sérieuses raisons pour annuler le jugement de la chambre disciplinaire ordinale et infirmer « la solution retenue par les juges du fond »« Je n’ai aucun doute sur le fait que le Conseil me donnera raison » confia alors au Quotidien du Médecin le Dr Cohen qui dénonçait un « acharnement de l’Ordre » à son endroit. Erreur.

Mars 2017 : après l’APM c’est Le Quotidien (Stéphane Long) qui revient sur l’affaire et révèle que la sanction de deux ans de suspension (dont un avec sursis) est confirmée par le Conseil d’Etat : ce dernier a rejeté le pourvoi en cassation du célèbre nutritionniste. Les magistrats n’ont pas remis en cause le jugement de la chambre disciplinaire de l’Ordre, estimant qu’elle n’avait ni commis d’erreur de droit, « ni dénaturé ni inexactement qualifié les faits » incriminés au Dr Cohen.

Morale médicale

La plus haute juridiction administrative a également jugé que la sanction retenue contre le médecin n’était pas hors de proportion avec la faute commise. Le Dr Cohen devra en outre verser la somme de 2 000 euros au Conseil national de l’Ordre des médecins. Reste l’opposition des arguments qui, avec l’évolution des techniques donneront sans doute lieu à de futurs développements juridiques.

Rappelons que pour sa défense le nutritionniste expliquait qu’il n’y avait pas, selon lui, d’incompatibilité entre son activité d’expert en nutrition et sa qualité de médecin, – et que les conseils payants délivrés sur Internet ne présentaient aucun caractère médical. Pour l’Ordre c’est ici « méconnaître l’interdiction de pratiquer la médecine comme un commerce » – de même, corollaire,  que « l’obligation de s’abstenir de tout procédé publicitaire ».

Où l’on voit s’affronter deux conceptions de ce que la morale médicale peut, ou non, accepter.

A demain