Nouveau coronavirus : va-t-on clouer au sol tous les avions venant de Chine vers la France ?

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Que la France ne tremble pas : la ministre des Solidarités et de la Santé surveille de près la propagation du nouveau coronavirus chinois 2019 n-CoV .  Agnès Buzyn a annoncé ce mardi 21 janvier sur Europe 1 que des « recommandations ont été données aux aéroports » pour faire face à d’éventuelles contaminations dans les infrastructures françaises. Chaque jour, plus d’une centaine avions en provenance Chine arrivent dans douze aéroports français. Pour autant aucune restriction de vol n’a été décidée. Agnès Buzyn : « Pas d’annulations à prévoir pour l’instant, ça reste une épidémie encore cantonnée » (sic).

« Les voyageurs qui reviennent de Chine reçoivent une info sur la conduite à tenir en cas de température [plus précisément de fièvre NDLR]. Il leur est demandé s’ils sont fébriles et s’ils se sentent mal, de ne pas se rendre aux urgences mais d’appeler le centre 15. Toutes les autorités sanitaires sont informées du risque. Elles vont chercher les personnes et les emmènent dans les lieux où elles ne sont pas en contact avec le reste de la population. Ces recommandations sont données à tous les voyageurs qui qui reviennent de Chine, quel que soit leur trajet. »

Clouer des avions au sol

Dans le même temps, s’il en était besoin, le rôle des déplacements aériens comme facteur de dissémination virale se confirme. Taïwan a annoncé ce 21 janvier le premier cas de maladie due au 2019 n-Co  : une Taïwanaise retournée la veille dans son pays mais qui vit à Wuhan, la ville du centre de la Chine où la maladie a été la première fois signalée en décembre. « Cette femme âgée d’une cinquantaine d’années est arrivée en proie à de la fièvre, toussant et la gorge douloureuse à l’aéroport de Taoyuan de la capitale Taïpeï où elle a elle-même informé les agents des services de quarantaine de ces symptômes, a précisé le Centre pour le contrôle des maladies (CDC) » rapporte Reuters.

 «Nous demandons à la population de ne pas paniquer, cette personne ayant été emmenée directement de l’aéroport à l’hôpital» souligne le CDC taïwanais dans un communiqué – soulignant en avoir référé à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et à la Chine. Pékin appréciera. La malade a assuré aux responsables sanitaires qu’elle ne s’était rendue sur aucun marché local ni avait eu aucun contact avec des oiseaux ou des animaux sauvages à Wuhan. Les quarante six passagers et membres de l’équipage de l’avion dans lequel elle a voyagé devaient subir des examens.

L’OMS se réunira mercredi 22 janvier pour déterminer « en urgence » s’il convient de décréter une «urgence de santé publique de portée internationale». Et les mêmes causes (virales) produisant les mêmes effets (humains), la question sera soulevée de savoir si, au vu du Règlement sanitaire international revisité, il conviendra de clouer certains avions dans certains aéroports. Et jusqu’à quand.

A demain @jynau

Nouveau coronavirus pathogène chinois: multiplication des cas, affolement des Bourses

Bonjour

Avec le sommet de Davos (Trump-Thunberg) c’est l’affaire montante. Elle envahit les ondes et les fils des agences. La Chine a annoncé mardi 21 janvier un sixième mort victime d’un mystérieux virus et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) annonce une « réunion d’urgence » ( sujet : restriction des vols aériens ?). Et tous de rappeler que la souche incriminée « est un nouveau type de coronavirus, cousine de celui responsable du SRAS (syndrome respiratoire aigu) – un virus hautement contagieux, qui avait tué quelque 650 personnes en Chine continentale et à Hongkong en 2002-2003 ».

Zhong Nanshan, « scientifique chinois renommé » de la Commission nationale de la santé, a fait savoir à la chaîne de télévision d’Etat CCTV que la transmission par contagion entre personnes était « avérée ». L’OMS estime pour sa part qu’un animal semble être « la source primaire la plus vraisemblable », avec « une transmission limitée d’humain à humain par contact étroit ».

Le 21 janvier la Chine avait (officiellement) recensé deux cent quatre vinft-onze cas confirmés. Neuf cent vingt-deux patients sont par ailleurs en observation, a annoncé dans un communiqué la Commission nationale de la santé. Annonces faites alors qu’une sixième personne est morte mardi du virus en Chine, a annoncé le maire de Wuhan.

Vigilance française déclenchée

« En plein chassé-croisé dans les transports avant le Nouvel An chinois samedi, qui fait craindre une accélération des contaminations, le président, Xi Jinping, a donné lundi le signal d’une mobilisation du pays, souigne l’AFP.  L’isolement des personnes chez qui la maladie a été diagnostiquée devient désormais obligatoire et des mesures de quarantaine peuvent être décrétées par les autorités locales. D’autres cas de cette mystérieuse pneumonie ont été détectés à l’étranger : deux en Thaïlande et un au Japon. Le virus a également été détecté en Corée du Sud chez une Chinoise de 35 ans arrivée dimanche par avion de Wuhan. Les autorités sanitaires sud-coréennes ont révélé qu’elle s’était rendue samedi à l’hôpital à Wuhan en raison d’un rhume. On lui avait prescrit des médicaments avant qu’elle s’envole pour Séoul, où ses symptômes ont été détectés. Elle a été placée en quarantaine.

Suspicions en En Australie et aux Philippines. Les Etats-Unis et la Thaïlande renforcent les contrôles dans les aéroports En France, « la vigilance vient d’être déclenchée », a fait savoir Santé publique France au Parisien. Les médecins doivent désormais orienter vers le SAMU ou « un infectiologue référent », toute personne « présentant une infection respiratoire aiguë, quelle que soit sa gravité, ayant voyagé ou séjourné dans la ville de Wuhan en Chine dans les quatorze jours précédant la date de début des signes cliniques ou ayant eu un contact étroit avec une personne tombée malade dans cette ville ».

Et symptôme qui ne trompe guère, les bourses accusent une forte baisse de leurs valeurs. A Tokyo, à l’issue des échanges  l’indice Nikkei des 225 principales valeurs avait perdu 0,91 %. Idem à Shanghaï, où l’indice composite a chuté de 1,41 %. En France, la Bourse de Paris a débuté en baisse de 1,36 %.

Un beau sujet de débat pour Donald et Greta, à Davos.

A demain @jynau

Alcool-tabac et mort subite du nourrisson: le gouvernement est désormais attendu au tournant

Bonjour

Santé publique. C’est une publication médicale et scientifique à haute valeur politique. On peut la découvrir dans EClinicalMedicine un journal en ligne du Lancet : « Combined prenatal smoking and drinking greatly increases SIDS risk ». Sans confondre corrélation et causalité force est bien d’observer la conclusion chiffrée : passé le premier trimestre de la grossesse, les effets de l’alcool et du tabac s’additionnent et augmentent de manière significative le risque de mort subite du nourrisson avant un an.

Ce travail a été dirigé par le Pr Amy J. Elliott (Avera Health Center for Pediatric & Community Research in Sioux Falls, South Dakota). Il a été mené sur la base des données de la « Safe Passage Study », une étude observationnelle multicentrique (États-Unis et Afrique du Sud) – 10 088 femmes et 12 029 fœtus. Parmi ces derniers, 94,2 % ont été suivis jusqu’à l’âge d’un an. Soixante-six sont décédés : vingt-huit  d’un syndrome de mort subite et trente-huit d’autres causes identifiées.

« Le syndrome de mort subite du nourrisson est la principale cause de mortalité post-néonatale. La recherche des causes et des facteurs de risque demeure un problème de santé publique majeur », notent les auteurs cités par Le Quotidien du Médecin (Chralène Catalifaud).

« Notre travail est la première étude prospective à grande échelle à étudier de près l’association entre l’exposition prénatale à l’alcool et au tabac et le risque de mort subite du nourrisson, explique le Pr Elliott. Nos résultats suggèrent que les expositions combinées à l’alcool et au tabac ont un effet synergique sur le risque : la double exposition est associée à un risque considérablement plus élevé que l’une ou l’autre exposition seule. »

Le risque de mort subite du nourrisson est multiplié par 11,79 lorsque la mère déclarait avoir bu et fumé après le 1er trimestre de grossesse – par rapport aux enfants nés de femmes n’ayant pas bu d’alcool ni fumé ou n’ayant été exposées qu’au cours du premier trimestre. Chez les enfants dont la mère a uniquement bu mais au-delà du premier trimestre, le risque est multiplié par 3,95, et chez ceux dont la mère a fumé, au-delà du premier trimestre, le risque est multiplié par 4,86.

Importance vitale

« Ces résultats fournissent encore plus de preuves de l’importance vitale de l’environnement prénatal précoce pour des résultats postnatals sains, concluent les auteurs sur ScienceDaily. Dans la mesure où de nombreuses femmes cessent de boire et de fumer seulement après avoir appris qu’elles sont enceintes, cette étude plaide fortement pour le dépistage de la consommation de substances au début de la grossesse et pour les interventions les plus précoces possibles. Elle appelle également à un renforcement des messages de santé publique concernant les dangers de la consommation d’alcool et de tabac pendant la grossesse et chez les femmes qui envisagent de devenir enceintes. »

Agnès Buzyn et les autorités sanitaires françaises entendront-elles ce message ? A quand, sur les paquets de cigarettes, la mention « mort subite du nourrisson » ? Et quid de l’information pour ce qui est des boissons alcooliques ?

« Voilà plus de deux ans que le chantier de la visibilité du pictogramme préventif « Femme enceinte » sur les bouteilles est à l’arrêt complet, rappelle aujourd’hui Le Monde au terme d’une longue enquête politique et addictologique (Pascale Santi et Stéphane Horel). Le ministère de la Santé propose une silhouette en noir et blanc et un cercle barré en rouge à l’arrière des bouteilles, d’une taille allant de 12 à 15 mm. Le secteur, lui, s’oppose à ce qu’il qualifie publiquement de « logo mortifère ». Il plaide contre « les coûts engendrés par une impression en couleurs pour les petits exploitants », selon le ministère, qui a fini par concéder la monochromie à ces derniers. Malgré d’autres concessions comme un délai de mise en œuvre, les alcooliers refusent catégoriquement d’aller au-dessus de 8 mm. »

Que répond au Monde (par mail) l’entourage d’Agnès Buzyn ? Que le « plan » des alcooliers « n’a pas fait l’objet d’une validation des pouvoirs publics ».« La prévention est une compétence portée résolument par le ministère et une priorité assumée de la ministre.Les objectifs et moyens mis en œuvre relèvent donc de la puissance publique, même si les producteurs sont invités à prendre leur part de responsabilité » (sic).

On attend donc, ici, la  décision de la puissance publique quant à l’information à donner sur le risque de mort subite du nourrisson.

A demain @jynau

Découvrez comment le langage managérial en vient à étouffer les espaces hospitaliers français

Bonjour

Répétons-nous. Voilà un opuscule (3,90 euros) essentiel pour qui veut comptendre la crise majeure dont souffre le monde hospitalier français : « L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme ». Editions Gallimard, collections Tracts. Un document majeur signé du du Pr Stéphane Velut, chef du service de neurochirurgie du CHU de Tours.

On sait que cette crise ne cesse, depuis un an, de prendre de l’ampleur et d’inquiéter le plus grand nombre. Nous observons aussi que face à ce mouvement sans précédent en France, le président de la République et le gouvernement semblent désormais comme dépassés. Les quelques réponses techniques et financières annoncées au fil des mois par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, sont vite apparues comme déconnectées de la réalité et des ressentis. Et la ministre, formée dans ce monde hospitalier, apparaît désormais sinon comme discréditée du moins comme ne pouvant plus être sérieusement écoutée.

C’est ainsi que nous commençons, collectivement, à prendre conscience d’un mal plus profond : après avoir incarné la charité, puis avoir développé la compétence voici que l’hôpital public français est, pour la première fois de son histoire, en quête de son identité, de sa raison d’être. C’est dans ce contexte que nous est offerte cette analyse originale – une réflexion qui intègre le foisonnement, rarement exploré, d’un  langage managérial qui a envahi et étouffe l’hôpital public français. Où l’on retrouve quelques-unes des perversités du/de la novlangue imaginé.e par George Orwell dans son 1984.

Répétons-nous, une document essentiel dont Slate.fr vient de publier un extrait : « La novlangue managériale a infesté l’administration hospitalière ».

A demain @jynau

Nos sénateurs et députés vont-ils autoriser la création d’embryons humains transformés ?

Bonjour

Les médias en ont-ils beaucoup « trop fait » sur l’extension à « toutes les femmes » de l’accès aux techniques de PMA ? Au lendemain de la manifestation parisienne contre ce projet gouvernemental c’est ce que pensent, dans les colonnes de Libération,  Philippe Meirieu, professeur émérite en sciences de l’éducation à l’université Lumière-Lyon II et Hélène Le Gardeur , formatrice en bioéthique .  Ils développent leur (dérangeant) propos dans une tribune intitulée « PMA, un (bel) arbre qui cache la forêt… ». Et rejoignent ici, peu ou prou, les voix de José Bové, Jacques Testart, Dominique Bourg ou Sylviane Agacinski.

Sans remettre en question le bien-fondé de la promesse présidentielle de l’extension des techniques de PMA « à toutes les femmes qui forment le projet d’avoir et d’élever un enfant », M. Meirieu et Mme Le Gardeur  rappellent une donnée malheureusement trop oubliée des médias généralistes  : la loi dite de «bioéthique», actuellement en débat entre l’Assemblée nationale et le Sénat, comporte trente-quatre articles dont trente traitent de sujets sur lesquels le débat public a été largement escamoté.

« Qui sait que cette loi, dans son article 14 (25-26), autorise l’implantation d’embryons humains dans un animal à des fins de gestation ? Qui a compris toutes les conséquences de la suppression de l’actuel article 17 du code de la santé publique («la création d’embryons transgéniques ou chimériques est interdite») et de son remplacement par un nouvel article qui autorise, de fait, la création d’embryons humains génétiquement modifiés avec la technique dite des «ciseaux ADN» ? Qui a vu l’impact de la possibilité (ouverte par l’amendement posé par le Sénat sur l’article 2) donnée à des structures à but lucratif de conserver et de commercialiser des gamètes, des ovocytes et des embryons ? »

Bienvenue chez Frankenstein et à Gattaca

Pour les deux auteurs de cette tribune, ce qui est en train de se décider sous nos yeux « change radicalement le rapport anthropologique de l’humain à la procréation ». « Même si la loi réserve pour le moment – mais pour combien de temps ? – cette possibilité à la recherche, il s’agit bien de pouvoir enlever tel ou tel gène ou d’en remplacer un par un autre pour modifier des embryons humains : rien d’autre que la possibilité de ‘’fabriquer’’ des enfants en manipulant les données génétiques selon notre bon vouloir » ajoutent-ils. Ce n’est pas tout.

« Il n’est plus seulement question de permettre aux femmes de choisir le moment de leur grossesse, il sera possible, dès maintenant et grâce à la congélation d’ovocytes (autorisée à l’article 2), d’améliorer la «performance» des femmes au travail et d’ouvrir la porte à leurs employeurs pour qu’ils décident à leur place de leur maternité. Il n’est plus seulement question de conserver dans des banques de sperme publiques les moyens offerts aux femmes et aux couples infertiles de procréer, il s’agit d’organiser un véritable marché des spermatozoïdes où les officines privées feront sans doute miroiter, moyennant finance, des enfants de meilleure qualité. »

Où l’on en revient, immanquablement, aux marchands et à l’entrée dans Gattaca.

« Comment ne pas voir qu’il s’agit là, tout simplement, de la marchandisation du vivant ? Comment ne pas déceler, dans les interlignes d’une loi qui s’avance masquée sous le vœu légitime de «la PMA pour toutes», la vieille songerie du docteur Frankenstein ? Comment ne pas s’inquiéter des risques d’eugénisme que font courir les techniques légitimées par cette loi : à quand l’élimination systématique des embryons qui ne correspondraient pas exactement à nos vœux ? Et comment ne pas imaginer que nous ouvrons la porte, grâce au recueil systématique des données génétiques (auquel la loi fait référence à de nombreuses reprises), à la mise en place de fichiers dont l’usage par un pouvoir politique ou par des «industries de l’humain» pourrait s’avérer terrifiant ? »

Pour M. Meirieu et Mme Le Gardeur, cette loi dite de «bioéthique» n’est «ni faite ni à faire», le débat sur la bioéthique « a été confisqué ». Entreprises capitalistes et laboratoires de biotechnologie « y trouveront leur compte ». Et « sans un sursaut de démocratie » c’est « l’humain même, dans sa précieuse spécificité, qui est menacé ». Résumons : les sénateurs et les députés français vont-ils, demain, autoriser la création d’embryons humains transformés ?

A demain @jynau

Marchandisation de l'humain et «malédiction»: nouvelles alertes à l’adresse du législateur

Bonjour

Peut-on, aujourd’hui en France, donner de la voix, s’exprimer publiquement, sans défiler ? Deux jours avant l’examen au Sénat du projet de loi bioéthique (qui prévoit l’extension « à toutes les femmes » de l’accès à la procréation médicalement assistée (PMA), les opposants devaient à nouveau se retrouver dans les rues de Paris le dimanche 19 janvier.

Le cortège devait « s’élancer » à partir de 13 heures de la place de la Résistance (7e arrondissement), en bord de Seine, pour rejoindre la place de l’Opéra. La présidente de la Manif pour tous, Ludovine de la Rochère, se veut « optimiste » : « Je pense que ce sera une manifestation très importante avec un public très conscient des enjeux derrière la loi bioéthique. » En est-elle si certaine ?  Le collectif « Marchons Enfants ! », qui réunit vingt-deux associations (dont La Manif pour tous), espère mobiliser au moins autant que lors de la précédente manifestation du 6 octobre dernier. Ce jour-là, rappelle l’AFP, 74 500 personnes avaient défilé dans les rues de la capitale (comptage du cabinet indépendant Occurrence pour un « collectif de médias »). Les organisateurs annonçaient … 600 000 manifestants et la préfecture de police de Paris avançait le chiffre de … 42 000.

Les opposants à la « PMA pour toutes » espèrent réaliser une démonstration de force avant l’examen mardi 21 janvier, au Sénat, du projet de loi bioéthique, déjà voté en première lecture par l’Assemblée nationale. Les sénateurs, réunis en commission spéciale, ont déjà adopté le 8 janvier le texte, dont l’article sur la PMA – et ce en dépit  de l’hostilité d’une partie de la droite, majoritaire au palais du Luxembourg. Malgré un processus législatif bien engagé, les associations gardent espoir. Le médecin et archevêque de Paris Mgr Michel Aupetit a il y a quelques jours qualifié de « monstrueux » le fait d’« infliger volontairement [l’absence d’un père] ». Et François-Xavier Bellamy, sur les ondes dominicales et laïques de France Inter, maintient sa prophétie sur la « malédiction ».

« Disqualifier les catholiques parce qu’ils sont catholiques »

Peut-on, aujourd’hui en France, donner de la voix, s’exprimer publiquement, sans avoir recours aux médias généralistes ?   Une nouvelle fois, dans le silence de la gauche, Sylviane Agacinski, philosophe et féministe, alerte sur la marchandisation progressive du vivant qu’entrainerait l’adoption du projet de loi bioéthique .C’est à lire dans Le Figaro (Guyonne de Montjou).   Elle nous dit son  « impression de scandale doublée d’une perte de confiance». Selo elle « les puissances de l’argent et les intérêts particuliers sont en train de triompher de la justice. »  La philosophe est selon Le Figaro, l’une des rares figure à gauche « qui conteste l’inéluctabilité du progrès et alerte sur la marchandisation progressive du vivant depuis deux décennies ».

 «Les sénateurs et députés sont soit indifférents, soit inconscients, soit lâches. Oui, les parlementaires ne prennent pas conscience des conséquences de leur passivité. Ils peinent à aller à rebours d’un mouvement qui se dit soi-disant progressiste, craignant d’être traités de réacs ou d’homophobes. Qu’ils se réveillent! Contrairement à ces militants actifs qui servent des intérêts particuliers, les défenseurs de la justice s’attachent à l’éthique et aux principes fondamentaux du droit.» 

«La seule position décente que devrait avoir notre pays serait de travailler à l’abolition pure et simple de la GPA dans le monde. Au lieu de cela, les juges de la CEDH et de la Cour de cassation traitent au cas par cas la transcription des états civils des enfants nés de mères porteuses à l’étranger et admettent ceux qui désignent deux pères comme parents de l’enfant. L’intention et l’argent fondent la filiation. Nous touchons à la distinction fondamentale qui devrait être faite entre une personne et une choseSi les enfants ou les mères porteuses deviennent des marchandises qu’on peut en partie acheter, alors un des piliers du droit s’effondre. Ce qui me choque aujourd’hui, c’est que règne une certaine terreur intellectuelle qui disqualifie les catholiques parce qu’ils sont catholiques.» 

Dans son dernier « manifeste – Tract » 1  elle souligne que «s’évader de son corps ou en acquérir un autre est une question qui hante l’humanité. Nous adoptons le vocabulaire et la logique des instituts technologiques de reproduction humaine californiens qui font que l’enfant n’est plus conçu comme un être engendré mais fabriqué.» Où l’on retrouve, là encore, un peu de la novlangue d’Orwell.

Ce risque de marchandisation de l’humain est également dénoncé par Dominique Bourg, philosophe professeur à l’université de Lausanne et tête de liste d’Urgence écologie aux européennes de 2019, qui s’inquiète tout particulièrement de la levée de l’interdiction des embryons transgéniques et chimères. Il s’était exprimé dans Le Monde. Il le fait aussi dans La Vie. (Marie-Armelle Christien). « Avec cette méthode Crispr-Cas9, qui serait permise par la loi et qu’on a déjà sur les OGM, il y a une ouverture par principe à la technique. Et ceci, afin de ne pas perdre de marché potentiel. Ne pas perdre de marché, c’est la posture d’Emmanuel Macron. Mais chaque nouveau progrès technique, en général, approfondit les inégalités entre les individus. La manipulation des embryons, elle aussi, approfondit les inégalités entre individus ».

Le philosophe estime que « l’enjeu fondamental (…) c’est la possibilité aberrante de produire un être humain à la demande, selon les fantasmes. Nous assistons à la marchandisation et la technicisation de l’engendrement d’êtres humains, sur une base sans référentiel. (…) On est sorti du médical pour entrer dans la plasticité des êtres humains futurs. Il n’y a plus de référentiel, sinon les fantasmes de tout un chacun, rendus possibles par la logique marchande ». Or, « un marché sans limites n’a pas de sens. Aujourd’hui, nous devons réapprendre les limites qu’on donne au marché ». Nous ne souhaitons pas «  la société froide, abstraite, inégalitaire vers laquelle nous nous dirigeons ».

Qui le souhaite ? Et quand défileront-ils.elles ?

A demain @jynau

1 Agacinski S. L’Homme désincarné. Du corps charnel au corps fabriqué, Gallimard, collection «Tracts».

L'exfiltration d’Emmanuel Macron et les blouses blanches au sol: radicalisation et symbole

Bonjour

Nuages noirs sur la scène politique et médiatique : nous entrons dans la « radicalisation » des conflits. Ce fut, hier 17 janvier, un événement sans précédent dans l’histoire de la République : un Président « exfiltré » d’une salle de théâtre parisienne – sous les huées des manifestants et la protection rapprochée des forces de l’ordre.

Selon les images diffusées sur les réseaux sociaux, des dizaines de personnes se sont réunies vers 22 heures devant le théâtre des Bouffes du Nord, dans le 10arrondissement de Paris, où le chef de l’Etat assistait, en compagnie de sa femme Brigitte, à une représentation de La Mouche  criant des slogans pour protester contre la réforme des retraites. « Tous ensemble, grève générale » ET « Macron démission », illustraient, comme rapporte Le Monde  « l’impopularité du chef de l’Etat dans une partie de la population ».

Selon le Palais de l’Elysée, c’est le « journaliste militant »  Taha Bouhafs qui a révélé sur les réseaux sociaux la présence d’Emmanuel Macron au théâtre des Bouffes du Nord et incité des militants contre la réforme des retraites à se rassembler devant l’établissement. « Il a été interpellé par les forces de l’ordre et le spectacle a pu se poursuivre », explique-t-on au cabinet présidentiel.

Taha Bouhafs@T_Bouhafs Je suis actuellement au théâtre des bouffes du Nord (Métro La Chapelle) 3 rangées derrière le président de la république. Des militants sont quelque part dans le coin et appelle tout le monde à rappliquer. Quelque chose se prépare… la soirée risque d’être mouvementée.

Le Monde (Cédric Pietralunga et Alexandre Lemarié) précise que le chef de l’Etat est un grand admirateur de l’acteur et metteur en scène belge Christian Hecq, sociétaire de la Comédie-Française, et ne rate aucun de ses spectacles. Il ajoute que cette scène n’est pas sans rappeler celle déjà vécue par Emmanuel Macron le 4 décembre 2018, au Puy-en-Velay quand, « venu en catimini », M. Macron avait dû rapidement s’éclipser sous les huées de la foule, sa voiture ayant même été poursuivie par des manifestants, aux cris de « Démission ! » ou « Ça va vous coûter cher ! ».

La « radicalisation » gagne du terrain. Et le président de la République doit bouleverser son agenda. Le 16 janvier la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa (qui entre en campagne dans le 14arrondissement de Paris pour les municipales de mars) a été elle aussi prise à partie lors d’une réunion publique par un groupe de manifestants. Dès le lendemain elle dénonçait,  sur Radio Classique, une action « très menaçante » et « antidémocratique ». Le ministère de la culture a annoncé l’annulation de la cérémonie des vœux de Franck Riester, qui devait se tenir le 21 janvier à Paris – en raison d’une action que la CGT voulait organiser pendant cet événement pour protester contre la réforme des retraites. 

« A l’Elysée, on veut néanmoins croire qu’il ne s’agit là que d’épiphénomènes et non les prémisses d’une nouvelle mobilisation du type de celle vécue lors de la crise des « gilets jaunes » rapporte Le Monde. Et au ministère de la Santé, parle-t-on d’épiphénomènes ou de prémisses davant ces manifestations à très forte charge symbolique qui montrent des soignants hospitaliers jeter leur blouses blanches au sol pendant les vœux de la direction ?  En moins d’une minute une vidéo dit tout de la colère hospitalière. Comme dans ce texte essentiel que nous évoquions ici même, hier : « L’hôpital, une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme » de Stéphane Velut (Tracts, Gallimard, 3,90 euros).

Largement filmées et diffusées, ces nouvelles actions ont « fait le tour des réseaux sociaux ». Bernard Jomier @BernardJomier Vœux du directeur de l’hôpital St-Louis à Paris. Du jamais vu.

France Bleu Touraine ✔@FBTouraine Lors de la cérémonie des vœux de la nouvelle directrice de l’hôpital de Chinon, Dominique Osu, les personnels ont jeté leurs blouses. Une manière pour eux de mettre en lumière leur mouvement de grève sans gêner les soins des patients.

« Agnès Buzyn ne voit pas l’hôpital s’écrouler »

Une nouvelle fois invité de la matinale de France Inter Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP Martin Hirsch a dit son « émotion » devant ces actions. Au sein de l’AP-HP  environ 250 médecins viennent de se porter « démissionnaires »ont leur nom sur la liste des démissionnaires. Il leur tend la main : « ma porte est ouverte, on est à l’écoute ».

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, a elle aussi ouvert sa porte. Pour recevoir, le 17 janvier ce « six représentants des médecins chefs de service démissionnaires désignés par le collectif Inter-hôpitaux ». Communiqué officiel dont le laconisme dit tout du blocage :

« La Ministre a proposé la poursuite d’un dialogue renforcé pour le suivi régulier et collectif des mesures « Investir pour l’hôpital » et pour l’élaboration de nouvelles mesures à venir en soutien de l’hôpital public. La Ministre s’est entretenue avec six représentants des chefs de service et médecins envisageant de se retirer de leurs fonctions administratives.

La Ministre a rappelé que la priorité immédiate est à la mise en œuvre des mesures « Investir pour l’hôpital » et que tout sera fait pour que les soignants et les hôpitaux bénéficient pleinement et rapidement de cet engagement massif et inédit pour l’hôpital public (…) Afin de poursuivre un dialogue régulier avec les professionnels de santé en faveur de l’hôpital public, la Ministre a proposé de construire une démarche de travail commune pour le suivi des mesures et pour préparer un deuxième paquet de mesures pour accélérer le rétablissement de l’hôpital public. »

Amère déception des médecins hospitaliers. « Pour le moment, le compte n’y est pas du tout », et les praticiens membres du collectif vont donc aller « au bout de leur démarche » de grève administrative, a déclaré devant la presse, au sortir de cette rencontre au ministère, l’un de leur porte-parole, le Pr Stéphane Dauger, chef du service de réanimation pédiatrique à l’hôpital Robert Debré, à Paris. Pr Xavier Mariette, chef du service de rhumatologie de l’hôpital Bicêtre : « Agnès Buzyn ne voit pas l’hôpital s’écrouler. »

A demain @jynau