Arrêter le tabac? Votre pharmacien peut vous aider. Comptez 105 euros («tarif conseillé»)

Bonjour

Il arrive à certains pharmaciens d’officine de faire des cadeaux. C’est le cas des pharmaciens Giphar. Ils offrent volontiers un magazine papier glacé : « Giphar Magazine ». Sa « valeur au numéro » est de 2,50 euros. C’est dire très précisément la valeur de ce cadeau tiré à 320 000 exemplaires et enluminé de publicités.

Le dernier numéro (janvier-février 2017) est assez varié. Il surfe sur la cryothérapie, se penche sur la zoothérapie, expose les vertus du potimarron, donne des conseils pour la litière du chat et les abdos des adolescents. Et puis, pages 28 et 29 on trouve : « J’arrête de fumer avec mon pharmacien Giphar ».

« N’hésitez pas à faire appel à votre pharmacien Giphar pour stopper la cigarette, et pas seulement pour choisir les bons produits. Il peut aussi faire office de coach tout au long de votre processus de sevrage. »

Homéopathie oui, e-cigarette non

De quoi s’agit-il ? Votre coach Giphar pourra vous aider à choisir le bon substitut nicotinique et le bon dosage. Ecoutons Caroline Mazet, docteur en pharmacie :

« Les comprimés à sucer, par exemple, ne doivent être ni croqués, ni avalés. Quant à la gomme à mâcher, dès que’elle devient un peu moins ‘’piquante’’, coincez-la entre vos joues et vos gencives. L’envie de fumer passera vite ! »

Votre coach Giphar vous offrira une grille d’évaluation à remplir avant chaque rendez-vous. Précision : « La phytothérapie (plantes), l’homéopathie, la micro-nutrition ou encore les huiles essentielles peuvent vous aider à passer le cap délicat des premières semaines ». Certains pourraient, ici, percevoir l’ombre d’une possibilité de conflit d’intérêts. Rien n’est dit sur la cigarette électronique. Elle n’existe pas dans les espaces officinaux.

Viendront ensuite le mesure du monoxyde de carbone dans l’air expiré, différentes mesures (poids, tour de taille etc.). « En cas de prise de poids votre pharmacien pourra vous conseiller ».

« Bref, cet accompagnement global qui s’étale sur un an vise à mettre toutes les chances de votre côté pour en finir avec le tabac… une bonne fois pour toutes. »

Ce coaching prévoit des rendez-vous à J-0, J+8, J+30, J+60, J+90, J+180 et J+360. Le tarif Giphar conseillé est de 15 euros par séance. Aucune prise en charge n’est à prévoir.

A demain

« Tuer le cancer pour 486 euros » : l’Académie de médecine se saisira-t-elle de l’affaire ?

 

Bonjour

Le temps fait (parfois) bien les choses. Prenons l’exemple de l’Académie nationale de médecine. A l’ombre des Deux Magots cette institution prérévolutionnaire (historiquement parlant) traverse de nouveaux tourments. Après avoir étonnement su se renouveler la voici à nouveau tourmentée par ses vieux démons. Transcendance ou immanence ? Se sanctifier ou tenter la sécularisation ? Des questions qui font immanquablement songer aux propos tenus il y a quelques jours par Emmanuel Macron – candidat dont on attend toujours sa vision de la médecine, de sa pratique et de son éthique.

L’Académie nationale de médecine entend aujourd’hui évoluer pour mieux peser sur la politique et la société. C’est ainsi que, mardi 21 février, elle innove : un débat magistral intitulé « Le Droit de savoir ». Mieux : le « premier débat public de l’Académie nationale de médecine ». Son thème : « Dépistage des cancers. Pour ou contre ». L’affaire sent la poudre. Claude Jaffiol, actuel président de l’Académie, sera suivi de Hélène Sancho-Garnier (membre correspondant), Frédéric de Bels, (responsable du Département Dépistage de l’INCa), Brigitte Séradour (radiologue), Catherine Hill (Institut Gustave Roussy), Jacques Rouëssé (membre), Guy Launoy (épidémiologiste) ….. Stéphanie Barré (Département Dépistage du Pôle Santé Publique et Soins de l’INCa) et Grégoire Moutel (ancien responsable du groupe de recherche sur l’éthique du dépistage et ancien membre du Comité d’éthique et de déontologie de l’INCa).

Financement public

Or on sait que depuis quelques semaines une technique se proposant de mieux dépister les cancers pour « les tuer » fait l’objet d’une promotion médiatique intensive touchant de larges pans de la population 1 Si cette technique soulève certaines espérances la médiatisation de sa commercialisation ne va pas sans soulever quelques problèmes médicaux, économiques et, corollaire, éthiques. Sa mise au point et son développement  doivent beaucoup au financement (public) de l’INCa. Or, précisément, l’INCa se refuse obstinément à répondre aux questions qui peuvent lui être posées sur ce sujet. Sans fournir l’ombre d’une explication. Pourquoi ?

« Tuer le cancer pour 486 euros » n’est certes pas au programme de la séance académique du 21 février. Pour autant le thème retenu, la qualité des intervenants et la présence de trois représentants de l’INCa (Frédéric de Bels, Stéphanie Barré, Grégoire Moutel) laisse penser que le sujet pourrait être enfin publiquement abordé. Cela serait aussi, pour la vieille et noble Académie, une première.

A demain

1 « ‘’Tuer le cancer’’ pour 486 euros : sur France Inter, l’affaire du Pr Paterlini-Bréchot » Journalisme et santé publique, 19 janvier 2017

« Peut-on « tuer le cancer pour 486 euros » ? Interrogé l’INCA ne répond pas. Pourquoi ? » Journalisme et santé publique, 5 février 2017

 « ‘’Tuer le cancer pour 486 euros’’ ? Le bon sens médical selon Patrizia Paterlini-Bréchot » Journalisme et santé publique, 18  février 2017

« Tuer le cancer pour 486 euros » ? Le bon sens médical selon Patrizia Paterlini-Bréchot

Bonjour

Poursuivons notre contre-enquête 1 sur l’affaire de la commercialisation du nouveau test « anti-cancer »  ISET  et des assertions du sa créatrice, le Pr Patrizia Paterlini-Bréchot. Et poursuivons en dépit du silence plus que troublant de l’Institut National du Cancer. Tout se passe comme depuis plus d’un mois comme si les autorités sanitaires fermaient les yeux sur une pratique qui, en toute logique, se devrait, en France, d’être autrement régulée : la mise sur le marché d’un test de diagnostic biologique qui n’a nullement satisfait aux exigences d’efficacité (aucune demande auprès de la Haute Autorité de Santé n’a été formulée).

Un test mis au point grâce à un financement public ; un test facturé 486 euros l’unité (non remboursé par la Sécurité Sociale) par deux laboratoires privés français (l’un à Paris, l’autre à Nice) ; un test vanté par sa créatrice dans un ouvrage grand public qui fait l’objet d’une intense promotion dans de nombreux médias « grand public », à commencer par France Inter lors d’un échange à bien des égards ahurissant.

Dernière opération en date : Télérama (Vincent Rémy) « Cancer, on t’a repéré ! » :

« Filtrer le sang pour y détecter le tueur en série tant qu’il n’a pas encore frappé : c’est le combat de Patrizia Paterlini-Bréchot, hématologue et figure de proue de la médecine préventive. Patrizia Paterlini-Bréchot est une guerrière. Le titre de son livre, Tuer le cancer, donne le ton. Hématologue, chercheuse, professeur en biologie moléculaire à la faculté de médecine Necker-Enfants malades, elle traque depuis plusieurs décennies sans relâche ce « tueur de masse ». La mise au point par son équipe du test ISET, qui permet de détecter les cellules tumorales dans le sang avant même l’existence de métastases, révolutionne les perspectives thérapeutiques. Et pose de nouvelles questions éthiques et philosophiques au chercheur, au médecin et au malade. Les avancées futures de cette médecine préventive compenseront-elles l’angoisse née de ce nouveau savoir sur les dérèglements incessants de la vie ? »

 « Enorme espoir ! »

« Que faites-vous quand vous découvrez grâce à ce test une ou deux cellules tumorales ? » demande-t-on à Patrizia Paterlini-Bréchot :

« Si le patient à un cancer diagnostiqué, on sait qu’il y a 99,9% de chances que ces cellules viennent de ce cancer, qu’il est invasif, et qu’il faut donc l’attaquer très vite »

« Et s’il n’y a pas de cancer diagnostiqué ? »

« C’est un nouveau domaine de la médecine qui s’ouvre ! Et un espoir énorme. Car seuls les cancers très invasifs diffusent dans le sang, dès qu’ils sont petits, des cellules tumorales. Mais il nous faut encore du travail pour mettre au point un test qui détecterait de quel organe elles dérivent. Un an et demi de travail. Et beaucoup d’argent, pas loin de deux millions d’euros. Tous les droits d’auteur de mon livre seront consacrés à ce financement… »

 Patrizia Paterlini-Bréchot est préoccupée par le fait que cette « médecine prédictive » puisse être un « facteur d’angoisse ». C’est pourquoi elle estime qu’il faut que son test soit « usuel, fait dans le cadre d’une prise de sang ». « Le coût serait alors très bas » explique-t-elle. En toute hypothèse il ne pourrait être qu’inférieur à celui auquel il est facturé aujourd’hui.

Bon sens

 Télérama demande, prosaïquement, ce que peut aujourd’hui faire une personne avec le résultat de ce test. Réponse :

« La médecine est souvent guidée par le bon sens. Je trouve des cellules tumorales dans mon sang. Je fais une mammographie, une coloscopie. On ne trouve rien. Je fais un scanner complet. S’il n’y a pas encore de masse visible, je vais continuer à traquer le cancer dans les mois qui suivent sachant que j’arriverai de toute façon plus tôt que si je n’avais pas fait le test, et que je m’étais retrouvée avec des métastases partout. »

 Les responsables de l’INCa sont-ils abonnés à Télérama ? La question vaut pour tous ceux, nombreux, qui tentent d’élaborer des politiques de dépistage (du sein, de la prostate etc.) fondées sur une approche aussi rationnelle que possible. Elle vaut aussi pour ceux qui critiquent, souvent de manière acerbe, ces politiques. Elle vaut, enfin pour les sociétés savantes concernées. Le silence des autorités peut-il durer ? Nous reviendrons prochainement sur le sujet.

A demain

1 « ‘’Tuer le cancer’’ pour 486 euros : sur France Inter, l’affaire du Pr Paterlini-Bréchot » Journalisme et santé publique, 19 janvier 2017

2 « Peut-on « tuer le cancer pour 486 euros »? Interrogé l’INCA ne répond pas. Pourquoi ? » Journalisme et santé publique, 5 février 2017

Mariage fusion-acquisition de deux géants de l’assistance médicale (privée) à la procréation

Bonjour

« Sans vouloir généraliser à l’ensemble des cliniques, dans nombre de pays la pratique de l’assistance médicale à la procréation (AMP) est avant tout un business fort lucratif, basé sur l’espoir des couples à fonder une famille. Certains de ces couples sont prêts à dépenser sans compter pour atteindre leur but et il est très ­facile de leur faire miroiter le meilleur et surtout de le leur vendre. » Tel est le constat lucide et courageux fait publiquement il y a quelques jours (Le Monde du 15 février) par le Pr Stéphane Viville, spécialiste de l’infertilité (CHU de Strasbourg).

Le lendemain on apprenait l’entrée en fanfare de l’AMP dans le processus des fusions-acquisitions, l’une des caractéristiques majeures de la mondialisation. L’Institut Valencien de l’Infertilité (IVI) vient ainsi d’annoncer son « arrivée aux États-Unis » via une fusion avec l’Américain RMANJ (Reproductive Medicine Associates of New Jersey).1

« Lors d’une conférence de presse, les Présidents de IVI, Prof. José Remohí et Prof. Antonio Pellicer, accompagnés des Présidents de RMANJ, Paul A. Bergh, Richard T. Scott et Michael R. Drews, ont rendu publique cette fusion qui consolide IVI-RMA Global, devenant ainsi le plus grand groupe de reproduction assistée dans le monde. Après une année de négociations, IVI et RMANJ ont formalisé le contrat. Après la fusion des deux sociétés, le groupe atteindra environ 300 millions d’euros de chiffre d’affaires. Les actionnaires d’IVI conserveront une participation majoritaire (environ 70% appartiennent à IVI et 30% à RMANJ). «

Entité mondiale unique

Les deux jeunes mariés ont gentiment expliqué « partager les mêmes valeurs et intérêts en matière de médecine, de sciences et d’affaires ». Cela nous permettra de tirer pleinement partie de l’expertise, de l’expérience et des éléments propres à nos deux entreprises, pour le bénéfice de nos patients et employés », ont-ils ajouté. « L’expertise reconnue des Pr José Remohí, Antonio Pellicer et Richard T. Scott, dans le domaine de la reproduction assistée (science récente et révolutionnaire), donne tout son sens à cette fusion. Avec dix cliniques actuellement aux États-Unis, l’objectif initial d’IVI-RMA Global est de poursuivre son expansion aux États-Unis » peut-on lire dans les bans.

L’objectif des deux parties ? Continuer à être des chefs de file dans les domaines de la recherche et des connaissances scientifiques. Le but ultime de cette union est de partager les meilleures pratiques et les dernières technologies dans chaque phase des différents traitements offerts, toujours pour le bénéfice des patients. L’avenir est rose :

« En tant qu’entité mondiale unique, il n’existe aucune limite géographique ou autre à notre engagement à fournir des solutions de fertilité basées sur des preuves scientifiques, afin d’offrir les meilleures chances de succès dans les plus courts délais. L’année dernière, des patients de plus de trente États des États-Unis et de quarante autres pays sont venus à nous en quête d’espoir. Avec IVI, nous pouvons chercher de nouveaux marchés et apporter de l’espoir à tous les patients qui ont des problèmes d’infertilité. »

Esprit de lucre

Avec le regroupement d’IVI et de RMANJ, le nouveau groupe IVI-RMA Global compte près de 2400 employés, dont plus de 200 médecins et 300 chercheurs. Avec une présence dans 13 pays et plus de 70 cliniques.

Dans Le Monde le Pr Stéphane Viville écrit aussi : « L’offre d’innovations, améliorant prétendument le taux de grossesses et réduisant les délais d’obtention de naissance d’enfants vivants, ne cesse de croître. Ainsi, durant ces dix dernières années ont été mis en place pléthore de nouveaux tests pour lesquels, au moins pour la vaste majorité d’entre eux, aucune donnée robuste ne démontre qu’ils apportent un bénéfice tangible et avéré dans la prise en charge des couples. » Où l’on peut aussi confirmer aujourd’hui que l’esprit de lucre peut ne pas être sans conséquences éthiques. Nous reviendrons sous peu sur ce sujet à la lumière de l’évolution de la situation française.

A demain

1 A propos d’IVI : « IVI, fondée en 1990, est la première institution médicale en Espagne entièrement dédiée à la reproduction assistée. Depuis sa création, elle a contribué à donner naissance à plus de 125 000 enfants, grâce à l’application des dernières technologies de procréation assistée. Elle compte actuellement plus de 70 cliniques dans 13 pays et est leader en médecine de la reproduction. »

A propos de RAMANJ : « Les experts de RMANJ dont les taux de succès de FIV sont les plus élevés aux Etats-Unis, ont été les pionniers d’une technologie de pointe, connue sous le nom de Comprehensive Chromosome Screening (CCS). Celle-ci permet de détecter plus précisément les embryons sains qui mèneront à des grossesses réussies et des naissances saines. RMANJ est le seul centre de fertilité au monde à avoir développé un système de CCS avec une précision sans précédent, validée par des années de recherches cliniques rigoureuses. Depuis 1999, ils ont aidé près de 40 000 bébés à naître. »

 

Cinq femmes mortes sous Docétaxel® : ce médicament devrait être retiré du marché

Bonjour

Depuis 24 heures silence dans les rangs officiels sanitaires. Pour autant l’affaire Docétaxel® est loin d’être close. Elle vient même de connaître un rebondissement. Sur France Info. On se souvient que dans un communiqué publié dans la soirée du 15 février , l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a annoncé qu’une enquête de pharmacovigilance avait été ouverte en septembre 2016 sur les médicaments contenant du docétaxel : « Survenue de décès chez des femmes traitées par docétaxel dans le cadre du traitement du cancer du sein – Point d’Information ».

« L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé a été informée de la survenue de six cas d’entérocolites sur terrain neutropénique, dont cinq ayant conduit au décès, chez des patientes traitées par docétaxel. Tous ces cas concernaient des femmes, âgées de 46 à 73 ans, atteintes d’un cancer du sein. Une enquête de pharmacovigilance, ouverte en septembre dernier, est en cours de finalisation. Elle sera présentée au Comité Technique de Pharmacovigilance (CTPV) du 28 mars 2017. »

 Ce que le communiqué ne disait pas c’est que sa publication coïncidai avec la révélation de ces trois morts, quelques heures plus tôt par Le Figaro (Anne Jouan) : « Questions après des décès lors de la prise d’un anticancéreux ». Ce qu’il ne disait pas non plus c’est ce que déclarerait à France Info le Dr Paul Cottu, (département de médecine oncologique, Institut Curie de Paris) : « Docétaxel : pas de risque pour « les patientes traitées antérieurement » aux décès ». Le titre, ici, ne résume pas tout, loin s’en faut.

Brutalité et gravité

France Info : Utilisez-vous le Docétaxel dans votre institut ?

Dr Paul Cottu Nous le prescrivons très fréquemment. Il est utilisé depuis très longtemps dans des traitements du cancer du sein. (…) Dès que nous avons été confrontés à un deuxième décès, nous avons pris la décision immédiatement, sans même attendre la notification de l’Agence nationale de sécurité du médicament, de suspendre toute utilisation du Docétaxel.

 Est-ce l’aspect générique du médicament qui est en cause ?

 Je ne pense pas que ce soit une question de générique ou pas générique. C’est une question de qualité de fabrication du médicament, par ce fournisseur. Que ce soit un générique ou pas, la question est exactement la même.

Pourquoi le Docétaxel pose-t-il un problème maintenant alors qu’il est utilisé depuis si longtemps ?

Nous avons une expérience très ancienne avec le Docétaxel. Nous savons qu’il y a parfois des toxicités digestives, en général très modérées et très transitoires mais qui ne limitent pas l’utilisation du médicament. Depuis quelques mois, il y a un effet très particulier, de brutalité et de gravité, au caractère totalement imprévisible. Une enquête doit être menée. Il peut s’agir d’une question transitoire qui sera résolue par l’enquête. 1

Que pouvez-vous dire pour rassurer les patientes atteintes d’un cancer du sein ?

Les patientes qui ont reçu du Docétoxel antérieurement et qui vont bien, iront bien. C’est une toxicité qui est extrêmement précoce et brutale. Si elle n’est pas arrivée, elle n’arrivera pas. Il a des alternatives thérapeutiques tout à fait validées, reconnues, que nous utilisons parfois quand on considère qu’il y a une contre-indication à un traitement. Il n’y a pas de remise en jeu du traitement cancéreux. »

Faire une croix

Contacté par Le Figaro, le laboratoire pharmaceutique concerné (Accord-France) avait, par la voix de son pharmacien responsable, Jean-Paul Drouhin, déclaré : « Tous les médicaments ont des effets indésirables. Il n’y a rien de particulier. Il n’y a aucun problème. Le nombre de décès éventuellement rapporté au global en France est tout à fait dans les normes. L’ANSM a confié une étude au centre de Toulouse. Ce n’est pas un problème de molécule, mais il va falloir exclure une partie de la population », qui ne supporterait pas le Docétaxel®.

Rassurer les patients ? L’Institut Curie de Paris a, depuis plusieurs mois, fait une croix sur le Docétaxel®. D’autres centres anticancéreux ont fait de même puisque d’autres possibilités thérapeutiques équivalentes existent. L’Agence nationale de sécurité du médicament, elle, n’a pas fait ce choix. Pourquoi ? Le silence dans les rangs officiels sanitaires ne pourra pas durer bien longtemps.

A demain

1 Interrogée, l’ANSM précise ne disposer, à ce jour, « d’aucune information permettant de suspecter un défaut qualité d’aucun produit Docetaxel®, ni princeps, ni génériques ».

 

 

 

 

 

Après le triomphe du «deuxième cerveau», les éditeurs vont-ils exploiter notre peau ?

 

Bonjour

Aujourd’hui, au courrier, un carton d’invitation. Nous sommes conviés, un jour prochain (gardons le secret) dans un restaurant de la bien charmante rue du Cherche-Midi, à deux pas de la tanière de l’ogre-géant Depardieu. Qu’est-ce qu’un ogre-géant, sinon un corps qui se distend, qui augmente le volume de ses intestins et la surface de sa peau ? Depardieu est-il un ogre ou un géant ? La Barbe bleue ou le Gargantua ? Gentil ou méchant ? Les deux ?

Le facteur. « Veuillez trouver ci-dessous une invitation à un déjeuner presse pour la sortie du livre « Dans ma peau, une enveloppe moins superficielle qu’elle n’en a l’air » (Editions Solar). L’auteur, le Dr Yaël Alder sera parmi nous, un traducteur l’accompagnera. »

« Dans ma peau, Une enveloppe moins superficielle qu’elle n’en a l’air » ? Voici le texte qui incitera (ou pas) à acheter :

« Elle nous entoure de toutes parts, mesure près de deux mètres carrés et enveloppe tout ce que nous portons en nous. La peau est notre lien avec le monde extérieur. Notre antenne. Elle peut émettre et recevoir. Elle nourrit nos sens. Elle est objet de désir, elle est notre zone frontière, le fascinant réceptacle de toute notre vie, et en même temps une gigantesque terre d’accueil pour les bactéries, les champignons, les virus et les parasites.

Pourtant, peu d’entre nous savent vraiment ce qu’est cet organe, comment il fonctionne et surtout quelles missions vitales il accomplit pour nous. Dans cet ouvrage, Yael Adler, dermatalogue, [on peut la voir ici] choisit de parler de la peau en faisant tomber tous les tabous qui lui sont associés. Celui de la nudité très souvent ? organes génitaux visibles ou sentiments de honte invisibles ?, mais aussi ceux des odeurs, un peu fortes ou carrément nauséabondes, des petits défauts, creux, bosses et taches, ou encore des sécrétions. Bref, bien des choses dont nous n’aimons pas parler ou que nous trouvons écoeurantes viennent de la peau : pellicules, cérumen, boutons, sébum, sueur, etc. Autre tabou : les maladies vénériennes, surtout quand il s’agit de savoir où on les a attrapées.

Pour elle, tout cela n’a rien de répugnant, bien au contraire. Elle pense et analyse avec ses sens : elle observe, gratte, presse et sent. Car la nature, la consistance et l’odeur d’une affection cutanée sont autant d’indices qui aident à démasquer le coupable.

La peau est un organe fascinant, le plus vaste du corps humain. Une pure merveille ! Aussi divertissant qu’instructif, cet ouvrage nous explique ce qu’il faut savoir sur cet organe essentiel qui nous relie au monde, aux autres et à nous-mêmes. »

Bourgeoisie discrète

L’éditeur nous dit encore que ce livre est, en Allemagne, un best-seller (100 000 exemplaires vendus). « Après l’intestin, la peau est le nouvel organe qui fascine grand public et professionnels » ajoute-t-il. Où l’on voit que les maisons d’éditions peuvent se marquer à la culotte, le phare dans ce domaine étant le succès historique, prodigieux (et qui perdure) d’Actes Sud avec son inimitable « Charme discret de l’intestin ». Un titre comme en rêvent tous les éditeurs et nombre d’auteurs ; un titre que nous imaginions (à tort nous assure l’éditeur) décalqué du non moins célèbre film de Luis Buñuel (et Jean-Claude Carrière).

« Dans ma peau, Une enveloppe moins superficielle qu’elle n’en a l’air », donc. Est-ce un bon titre ? Consulté nous aurions penché pour Paul Valéry et sa célèbre formule superficiellement profonde : « Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau ».  On l’effleure dans « L’Idée fixe ou Deux hommes à la mer » (1933) lors d’un dialogue improvisé sur une plage entre un apprenti philosophe et un médecin assez désabusé. L’ouvrage est dédié au célèbre Pr Henri Mondor, et à tous les amis que compte Valéry dans le corps médical.

« (…) Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau, — en tant qu’il se connaît. Mais ce qu’il y a de… vraiment profond dans l’homme, en tant qu’il s’ignore… c’est le foie (…). »

Tout est là, y compris de bons titres. On attend l’éditeur qui nous débitera de l’hépatique. Irons-nous rue du Cherche-Midi. Grignote-t-on calmement à l’ombre d’un géant ?

A demain

PS. Plusieurs lecteurs lettrés (mais trop timides pour se dévoiler) nous signalent l’heureux rapprochement qui eût résulté d’une référence au psychanalyste-psychologue Didier Anzieu et à son célèbre Moi-Peau. C’est ainsi: Paul Valéry tire encore trop souvent la couverture à lui. Que ces lettrés soient, ici, chaudement remerciés.

 

Polémique cœur artificiel : CARMAT n’avait pas dit ce que tout le monde avait bien compris

Bonjour

Comment mettre de l’eau dans son vinaigre ? La société CARMAT, qui publiait ce 14 février ses résultats annuels, fait in fine savoir qu’elle va bientôt déposer une demande à l’Agence nationale du médicament (ANSM) pour une reprise de son étude PIVOT interrompue après la mort du premier volontaire. Il en allait différemment il y a quelques jours, quand Stéphane Piat, directeur général, accusait dans Le Parisien l’ANSM de ne pas saisir ce que CARMAT voulait ; que l’innovation réclamait parfois des arrangements avec le pointillisme éthique. Puis de révéler que le dernier greffé était responsable de sa mort .

Aujourd’hui le ciel est redevenu serein ; es menaces voilées n’ont jamais existé, même voilées. Jamais le directeur général n’a déclaré que la société allait quitter la France pour des latitudes plus accommodantes. Carmat restera en France tout en prospectant à l’étranger où de nouveaux patients seront enrôlés. Entendre : les ponts seront vite reconstruits avec l’ANSM dont CARMAT salue le travail. C’est à peine si la société formule a minima un appel pour « plus de pragmatisme sur l’innovation de rupture » (sic) ; message-jargon  qui semble presque être entendu côté ministère de la Santé.

La vie des affaires

Pour le reste, c’est la vie habituelle des affaires avec ce langage qui n’appartient qu’à elles :

« A compter du 1er septembre 2016, Stéphane Piat a pris la fonction du Directeur général de la société. Son expertise reconnue dans le domaine des dispositifs médicaux, acquise au sein de grands groupes de cardiologie nord-américains, constitue un atout majeur dans l’exécution de la stratégie clinique et d’accès au marché de CARMAT

« Conformément à sa stratégie clinique, CARMAT confirme travailler sur l’ouverture de l’étude PIVOT à d’autres pays de la zone européenne en plus de la France. L’objectif est d’accélérer le recrutement de l’étude et surtout de sélectionner au mieux le profil des patients afin de maximiser les chances de succès de l’étude. Par ailleurs, CARMAT étudie dès à présent les opportunités de développement sur le marché américain et a pris contact avec la FDA (Food and Drug Administration), le marché américain disposant du potentiel le plus important pour les assistances circulatoires mécaniques.

« La levée de fonds réalisée l’an dernier a permis également de lancer des investissements ciblés sur le développement des processus de production. Ces derniers donneront des résultats en termes de qualité et de productivité dès le début du premier semestre de cette année. »

A l’horizon, bientôt : les débats éthiques sur les indications exactes confrontées à celle des greffons (gratuits), la fixation du prix et celle du remboursement par l’assurance maladie.

A demain