Le spritz de Campari : comment faire un succès alcoolisé à partir d’une tache d’huile d’Italie ?

Bonjour

Loi Evin ou pas, avez-vous observé le nombre des publicités agressives réclamant de consommer au plus vite des boissons alcooliques anisées d’origine industrielle ? C’est là une convergence publicitaire qui fait suite à celle incitant à la consommation intensive de bières durant la Coupe du monde de football. Autre sujet d’actualité, dans l’ombre du mojito, le « spritz », raconté par l’AFP et repris dans les pages d’été de nombre de quotidiens.

Prosecco, de l’eau de Seltz et association alcoolisée plus ou moins amère : Campari (Spritz bitter) ou Aperol,(Spritz dolce ou Aperol Spritz). Sans oublier une rondelle de citron, d’orange ou d’orange sanguine ainsi – le cas échéant – qu’une olive.

A chaque marque il faut une histoire. Elle commencerait, ici, à l’occupation autrichienne dans le nord-est de l’Italie, au XIXe siècle. Quand un vin n’était pas très bon (ou qu’il faisait chaud) les soldats, dit-on, l’allongeaient avec de l’eau pétillante. Puis vient l’Aperol® , en 1919, à Padoue : alcool, oranges amères, gentiane et rhubarbe remplacent le vin : l’ancêtre du Spritz est né. Puis, en 2003, le puissant groupe milanais Campari s’empare de la marque Aperol®, alors inconnue en dehors du nord-est de l’Italie.

« Quand nous l’avons achetée, cette marque vendait quelques millions de litres dans trois villes du nord-est de l’Italie : Venise, Padoue et Trévise, où en moyenne chaque habitant buvait cinq spritz par jour », explique Bob Kunze-Concewitz, le patron de Campari – qui compte dans son large portefeuille de spiritueux la marque du même nom, mais aussi des vodkas ou des whiskys.

« ‘’Nous nous sommes rendu compte de son vrai potentiel et nous avons conçu grâce à l’Italie, notre laboratoire, un modèle de développement très précis’’. A chaque fois, le groupe entre dans un quartier d’une ville (choisie pour son potentiel) et collabore avec deux ou trois bars, en offrant une formation intense aux barmen et des événements pour faire déguster le breuvage. Petit à petit, selon une ‘’stratégie de tache d’huile’’, le spritz séduit des consommateurs. »

Puis Campari s’est ensuite attaqué à l’immense secteur international de la grande distribution. « Le groupe a mis le paquet sur la publicité pour casser cette image de boisson juste pour la période estivale. Ensuite, les internautes ont pris le relais. Sur les réseaux sociaux, #Spritz compte plus d’un million de publications Instagram, rapporte l’AFP. Aperol est désormais la marque la plus importante du groupe (13 % des ventes). Elle a connu une croissance de 19,5 % en 2017, avec des hausses de 27 % en France ou 51 % aux États-Unis, et même supérieure à 100 % dans de nouveaux marchés comme la Russie, le Mexique ou le Brésil. Au premier semestre 2018, les ventes ont encore progressé de 24,7 %. Aperol vise une croissance encore à deux chiffres dans les prochaines années. »

Face à Instagram et à la « stratégie de la tache d’huile » que reste-t-il, aujourd’hui, de la loi Evin ?

A demain

Folie et politique : Emmanuel Macron osera-t-il un jour visiter un hôpital psychiatrique ?

Bonjour

« ‘’Une nuit, un patient a uriné dans son lit. Il était tellement proche des autres – c’était une chambre de deux avec trois lits – que ça a inondé les deux d’à côté. » Hochements de têtes résignés autour de la table. Des anecdotes comme ça, on en entend dix par jour sous le barnum dressé devant le mur d’enceinte de l’hôpital psychiatrique Philippe-Pinel d’Amiens (Somme). Une partie du personnel y fait grève depuis soixante-six jours pour protester contre la dégradation des conditions de travail et de la qualité des soins. Et, depuis trente-sept nuits, se relaie pour dormir dans les tentes plantées à l’entrée de l’établissement. »

C’est Le Journal du Dimanche (Pierre Bafoil) qui, aujourd’hui, raconte l’insupportable. L’hôpital psychiatrique d’Amiens en grève après ceux de Bourges, Allonnes, Rennes, Amiens ou Saint-Etienne. Des personnels en grève non pas pour de l’argent mais pour « réclamer les moyens d’exercer dignement leur métier », des soignants usés d’être devenus de simples gardes-malades. Et puis, en juin, à l’hôpital du Rouvray, à Sotteville-lès-Rouen, des soignants observant une grève de la faim de près de deux semaines avant d’obtenir, péniblement, la création d’une trentaine de postes d’infirmiers et d’aides-soignants.

A Amiens, rapporte le JDD c’est la fermeture d’une unité au début de l’été, la quatrième en quatre ans, qui a mis le feu aux poudres. En réaction, le « collectif Pinel en lutte » s’est formé, réunissant représentants des syndicats et acteurs concernés, des aides­-soignants aux psychiatres en passant par les familles de patients. Pour mettre fin au bras de fer, l’Agence Régionale deSsanté a promis une « aide » (sic) d’un million d’euros et la direction, dix postes supplémentaires. Insuffisant, selon les grévistes, qui réclament l’effacement de la dette de l’hôpital, une large table ronde et soixante embauches.

Et puis, ces derniers mois, une dizaine de praticiens ont déjà « rendu la blouse du service public » ; douze autres vont les suivre d’ici à février 2019. Cela porterait à 50% le taux de postes vacants. Elio Mélis, le directeur général, assure au JDD que « des recrutements sont en cours »…

 «  Le diagnostic est largement partagé : la psychiatrie publique française est en pleine dépression. Ces dernières années, de nombreux rapports en ont fait le constat unanime éditorialise pour sa part Le Monde. Sur le terrain, tout contribue à cette crise : des délais sans fin de prise en charge, des soignants usés et désabusés, des familles et des patients qui se sentent abandonnés. La ministre de la santé, Agnès Buzyn, a elle-même reconnu, il y a quelques mois, qu’ ‘’il n’y a pas eu un vrai investissement depuis des années ‘’ en psychiatrie, et elle a déploré un état de ‘’souffrance générale’’ des professionnels et des malades. »

Paupérisation mais budgets constants

Il faut ici citer, précisément, les propos d’Agnès Buzyn. C’était en janvier dernier et ce dans un entretien au Monde, corrigé jusqu’à la dernière seconde, Extraits :

« La psychiatrie est une discipline qui s’est paupérisée et sur laquelle il n’y a pas eu un vrai investissement depuis des années. Pourtant les besoins sont en constante augmentation, parce que la société est de plus en plus dure, qu’il y a plus d’addictions, moins d’accompagnement des familles…

« On peut dénoncer des conditions de travail parfois très dures, ainsi que des conditions d’hospitalisation parfois dégradées, mais il faut être attentif à ne pas généraliser les situations dramatiques que l’on peut observer dans certains endroits. Ce serait dévaloriser le travail formidable qui est fait dans beaucoup d’établissements de santé mentale. En psychiatrie, il y a le pire et le meilleur. »

« Il me semble important de donner un signal de prise en compte de cette souffrance générale, des professionnels et des malades. Ce faisant, je veux parvenir à destigmatiser ces derniers, et rendre leur dignité à ceux qui sont pris en charge dans des conditions déplorables. Le regard de la société sur ce secteur doit changer. »

C’était en janvier dernier. Puis rien. Et les symptômes du grand mal hospitalier n’ont, depuis, cessé de se multiplier

Il y a sept mois Le Monde demandait à la ministre Buzyn si le « manque de moyens financiers mis en avant par les soignants » était « une réalité ». « Dans beaucoup d’endroits, les psychiatres tirent la sonnette d’alarme sur les moyens parce que leur activité est la variable d’ajustement du budget du reste de l’hôpital, répondait Agnès Buzyn. Vu la faiblesse et la souffrance du secteur psychiatrique, je souhaite que les moyens de cette discipline soient préservés. »

Loin d’imaginer une augmentation des moyens la ministre réclamait donc, au mieux, à un statu quo. « Annoncer des moyens supplémentaires n’est pas toujours l’alpha et l’oméga en matière de bonnes pratiques, rétorquait la ministre. C’est même parfois la solution de facilité. » Sept mois plus tard comment qualifier cette facilité politique ?

On lira aussi, dans le JDD l’entretien (Anne-Laure Barret) avec Daniel Zagury, psychiatre spécialiste de la barbarie du quotidien 1 – et pour autant toujours resté fidèle à l’hôpital public. Il y explique le déni des directeurs et des administrations hospitalières, l’obsession politico-administrative de la maîtrise des coûts, le triomphe absolu de l’idéologie managériale au sein des directions et des cadres infirmiers – des cadres qui jadis ne faiaient qu’un avec les médecins mais aujourd’hui tragiquement aspirés par les moquettes directoriales…

Fort de Brégançon

« Personne, pourtant, ne semble véritablement mesurer la gravité de cette situation, observe, avec justesse, Le Monde.  Cette indifférence, voire cette cécité, est aussi alarmante qu’incompréhensible, alors que, au cours de sa vie, un Français sur cinq connaîtra un trouble psychique. En 2016, 2,1 millions de patients (dont un quart âgés de moins de 18 ans) ont été pris en charge, soit par les quelque 3 900 centres médico-psychologiques répartis sur le territoire, soit par les hôpitaux psychiatriques, qui ont accueilli 417 000 malades. »

L’origine de cette crise est connue : augmentation sans fin de la demande -réduction continuelle de l’offre. Entre 2010 et 2016, près de 300 000 personnes supplémentaires ont ainsi été suivies en psychiatrie. Le Syndicat des psychiatres des hôpitaux estime qu’entre 900 et 1 000 postes de psychiatres sont aujourd’hui non pourvus.

Où l’on en vient au politique. Emmanuel Macron, président de la République doit annoncer dans quelques semaines une grande réforme du système de santé – réforme sans cesse reportée. Abandonnant sa réclusion en notre fort de Brégançon et les charmes de Bormes-les-Mimosas trouvera-t-il le courage et le temps de se rendre dans cet Amiens qu’il connaît si bien ? Il y retrouvera la symbolique de la grandeur de la France : Philippe Pinel (1745-1826). Un homme qui œuvré pour l’abolition de l’entrave des malades mentaux par des chaînes et, plus généralement, pour l’humanisation de leur traitement.

A demain

1 « La Barbarie des hommes ordinaires » de Daniel Zagury. Editions de l’Observatoire. 2018

« Pourquoi les actes les plus barbares sont-ils si souvent commis par les hommes les plus ordinaires ? Un mari assassine brutalement la femme qu’il disait aimer ; une mère tue son enfant à la naissance ; un homme respectable participe à un génocide ; un petit délinquant prépare une tuerie. Cela suscite à chaque fois l’incrédulité et la stupéfaction de l’entourage et des médias. C’était « un homme sans histoire », « une jeune femme discrète », « un marginal sans grande envergure »…

 « Comment ces personnes basculent-elles dans la barbarie ? Quels sont les mécanismes psychiques à l’œuvre pour que leur pensée se vide et que plus rien ne les retienne ? Quelles barrières émotionnelles et morales sont un temps franchies pour que surgisse l’impensable ?

Ce livre éclaire les conditions qui, d’étape en étape, conduisent à des actes aussi atroces. Il explore la clinique de la banalité du mal. Il nous semble incroyable de commettre de telles horreurs. Cela dépasse notre entendement. Pourtant, les cas ici présentés ne relèvent ni de la maladie, ni de la perversion, ni de la psychopathie. Autrement dit, ils nous ressemblent. »

 

 

Rugby et violences : les obsèques de Louis Fajfrowski, 21 ans – le silence de cinq présidents

Bonjour

Vendredi 17 août 2018. Près de 400 personnes ont, en l’église Saint-Jacques de Fabrègues (Hérault), assisé aux obsèques de Louis Fajfrowski, un jeune rugbyman d’Aurillac (Pro D2) mort vendredi 10 août à l’âge de 21 ans -lors d’un match amical contre Rodez (Férérale 1). Un match d’été, pour le plaisir de s’affûter.

Fabrègues, situé la périphérie de Montpellier, village natal du jeune joueur. Les médias rappellent qu’il est mort à la suite d’un un plaquage thoracique jugé « régulier » par tous les observateurs. Régulier ou pas l’affaire fait grand bruit dans les milieux de l’Ovalie – et bien au-delà. Les médias :

« Vers 14 h 30, la cérémonie religieuse a débuté en présence de la famille et des proches du jeune homme, ainsi que des joueurs des clubs d’Aurillac, de Saint-Jean-de-Védas, le premier club de Fajfrowski, et de Montpellier, parmi lesquels Fulgence Ouedraogo, Kelian Galletier et Yvan Reilhac.

« Bernard Laporte, le président de la Fédération française de rugby, Serge Simon, le vice-président, Mohed Altrad, le président du MHR, de même que Robins Tchale-Watchou, président du syndicat des joueurs de rugby professionnels, et Paul Goze, le président de la Ligue nationale de rugby, étaient également présents. »

Dans un éditorial publié lundi 13 août et titré « La nausée », Midi olympique, dénonce le fait que ce sport soit « de plus en plus destructeur », qu’il mette  « ses propres acteurs en danger à force de collisions à très grande vitesse ».

Pour le Midi Olypique, comme de nombreux amateurs et observateurs il y a désormais urgence : modifier les règles pour réduire les risques de l’affrontement physique, revenir à l’art de l’évitement et augmenter ainsi la beauté de ce jeu incomparable.

La question est désormais ouvertement posée à Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby, au Dr Serge Simon, le vice-président, à Mohed Altrad, président du MHR, à Robins Tchale-Watchou, président du syndicat des joueurs de rugby professionnels. Sans oublier Paul Goze, le président de la Ligue nationale de rugby.

Il y a urgence. Quand parleront-ils ?

A demain

PS On apprend que Bernard Laporte, ancien secrétaire d’Etat chargé des Sports (2007-2009) et actuel président de la Fédération française de rugby (FFR) « interviendra » dans la nouvelle émission de l’humoriste Cyril Hanouna sur C8. Il y « commentera l’actualité ».

« Ancien manager du club de Toulon (2011-2016) Bernard Laporte animait une émission, Direct Laporte, le lundi et le dimanche sur RMC lorsqu’il a été élu président de la FFR fin 2016, rappellent l’AFP et 20 minutes. A contre-coeur, d’autant qu’il s’était engagé à ne pas être rémunéré par la FFR, il avait alors renoncé à cette activité afin d’éviter d’être accusé d’un conflit d’intérêts avec un grand groupe de médias. . La chaîne C8 fait partie du groupe Canal+, diffuseur exclusif du Top 14. »

 

 

 

Jeu de rugby : les traumatismes sont désormais similaires à ceux de la circulation routière

Bonjour

« Si les médias s’emparent du dossier, cela peut évoluer. confiait-il il y a quelques jours au Figaro. Pour le moment, je suis le seul à dire les choses. J’ai reçu les témoignages de tas de gens mais ils ne s’expriment pas dans le presse. Je suis tout seul. Certains ne veulent pas perdre leur truc… »

Aujourd’hui le Pr Jean Chazal, neurochirurgien et ancien doyen de la faculté de Clermont-Ferrand est toujours aussi seul. Il reprend la parole dans Centre Presse. A la veille des obsèques de Louis Fajfrowski, 21 ans, un rugbyman d’Aurillac mort le 10 août après un choc reçu lors d’un match amical – une mort qui pourrait constituer une salutaire prise de conscience dans un sport qui, sinon, court à sa perte.

La parole du Pr Chazal fait autorité. « Il a opéré plus d’une trentaine de joueurs de rugby. Ainsi qu’un grand nombre de sportifs de haut niveau, rappelle Centre Presse (Caroline Devos). Le skieur Luc Alphand (après un accident de moto), les rugbymen Damien Chouly et Wesley Fofana sont ainsi passés entre ses mains au CHU de Clermont-Ferrand. Jean Chazal est un neurochirurgien réputé mais aussi un vrai spécialiste de la traumatologie du sport. Et depuis des années, il tire la sonnette d’alarme pour dénoncer les dérives qui rendent la pratique sportive – et surtout celle du rugby – de plus en plus dangereuse. »

Ce lanceur d’alerte dérange les gros pardessus de l’Ovalie autant que nombre de ses confrères confortablement installés sous les ors des institutions rugbystiques nationales. Et le président Bernard Laporte vient d’obtenir son exclusion…  de l’Observatoire médical du rugby 1.

Les instances du rugby français et international ont certes pris la mesure du péril des commotions cérébrales (Le « protocole commotion », « carton bleu », renforcement de l’encadrement médical) mais rien n’est fait pour que ces « commotions » ne surviennent pas.

« Dès 2005,  avec le médecin du club de Clermont, nous avons commencé à nous préoccuper de la violence sur les terrains, précise-t-il. Aujourd’hui, on a une augmentation des blessures et notamment celles qui touchent le crâne, le thorax et l’abdomen.

 « Aujourd’hui, dans le rugby, on a une traumatologie qui ressemble à celle de la routeEt pour cause. On a mis des moteurs de 1.000 chevaux dans des carrosseries qui ne sont pas faites pour cela. Les joueurs ont pris dix kilos de masse musculaire en quelques années. On a des ailiers de 130 kg qui courent comme des lapins. Mais à l’intérieur, les ligaments, les articulations, les viscères, les os sont restés identiques. Le rugby fabrique des surhommes, des exceptions physiques. »

Exclusion immédiate

Dans Le Figaro Le Pr Chazal mettait aussi en garde les jeunes rugbymen rarement prêts pour le très haut niveau. Des jeunes en pleine maturation de leur système ostéo-ligamentaire et de leur système cérébral. Ce n’est qu’à 25 ans, selon lui, que le cerveau est totalement mature, en particulier pour l’esprit critique, la préhension de l’espace, la gestion de l’émotion.

« C’est une véritable révolution qu’il faut opérer. Se mettre autour de la table et trouver des solutions. Les arbitres aussi doivent être impliqués. Certaines actions dangereuses ne sont pas sifflées. J’ai vu des joueurs se faire ‘’décalquer’’ par derrière, sans ballon, totalement relâchés… Ce devrait être l’exclusion immédiate ! (…)

« Dans l’équipe de France des moins de 20 ans qui a été championne du monde, il y a des gars qui font 2 m et plus de 100 kg. Faire marche arrière pour la génération actuelle, c’est un peu tard… Il faut modifier les règles, voir ça avec les arbitres. Il faut sévir ! (…)

« En Top 14, les joueurs sont gainés, prévenus, ils sont avertis. Mais au niveau professionnel, il n’y a que quatre ou cinq clubs qui ont un médecin permanent. Dans d’autres clubs, ils ne passent que quelques heures par semaine. On nous met de la poudre aux yeux en disant que le rugby est médicalisé. Au Racing, à Toulon, à Clermont, dans quatre ou cinq clubs, c’est médicalisé. J’ai reçu des SMS d’insultes après avoir déclaré dans Midi Olympique que certains clubs faisaient passer des protocoles commotions par visioconférence. Je ne comprends pas comment on peut procéder ainsi… (…)

Le Pr Chazal en est persuadé : « Si les médias s’emparent du dossier, cela peut évoluer. » Il dit aussi : « Je ne suis pas sûr que ce nouveau décès changera quelque chose ». Que feront les médias ?

A demain

1 Sur ce sujet lire la réponse donnée, sur le site Rugbyrama, par le Dr Bernard Dusfour, président de la commission médicale de la LNR.

 

Cigarette électronique : à quel titre pourrait-on interdire de vapoter au grand air ?

Bonjour

Qui dira les vertus démocratiques et pédagogiques de la presse écrite ? Le Parisien / Aujourd’hui en France du 14 août 2018 (Elsa Mari avec Ch. B.) consacre sa Une à la vague montante, dans l’Hexagone, des interdictions de fumer en plein air. Et le site des buralistes français ne cache pas son intérêt pour le sujet. En soulignant que « créer de l’interdit n’est pas une solution ».

C’est ici la dernière étape en date d’un processus de prohibition spatiale vieux de plus de quarante ans.1976 : une loi défendue par Simone Veil interdit de fumer dans certains espaces (hôpitaux, ascenseurs…) et impose la mention « abus dangereux » (sic) sur les paquets de cigarettes. 1991 : une loi défendue par Claude Evin crée des zones fumeurs et non-fumeurs dans les lieux et les transports publics. 2006 : un décret prohibe la cigarette dans tous les « lieux publics » – y compris les entreprises. La mesure prendra également effet l’année suivante, saufs exceptions, dans les cafés, restaurants bars et discothèques. Dans les lycées et collèges, l’interdiction est étendue aux cours de récréation.

Parc Georges-Brassens

Puis le mouvement continue : la consommation de tabac sera bientôt interdite dans les aires de jeux et dans les voitures transportant des enfants de moins de 12 ans – de même que le vapotage dans certains lieux publics. Et en juin dernier Strasbourg est devenue la première ville française à interdire totalement le tabac dans ses parcs et jardins.

Depuis le mois dernier, Paris fait de même dans six parcs et squares : Jardin Anne-Franck (3e) ; Jardin Yilmaz-Güney (10e) ; Square Trousseau (12e) ; Square Henri-Cadiou (13e) ; Parc Georges-Brassens (15e) ; Square des Batignolles (17e). Un mouvement encouragé par le gouvernement. « Cela fait partie des stratégies inscrites dans le Programme national de lutte contre le tabac 2018-2022 », a indiqué le ministère de la Santé au Parisien. Agnès Buzyn compte sur les municipalités pour « augmenter le nombre d’espaces sans tabac (plages, installations sportives, parcs…) relevant de leurs compétences ».

« Le mouvement est déjà bien lancé. Dans le Sud, Cannes (Alpes-Maritimes) a pris un arrêté pour interdire jusqu’à fin septembre narguilés et chichas sur une large partie de son territoire, y compris les plages. Plus de clope non plus sous le parasol à Nice, Menton, Saint-Malo, Royan… précise encore Le Parisien. Sur l’ensemble de la France, on compte désormais 973 « espaces sans tabac », le label officiel décerné par la Ligue contre le cancer et reconnu par le ministère de la Santé. Une cinquantaine de plages, des parcs, jardins mais aussi des zones de loisirs, des entrées d’école ou d’hôpitaux. »

Puis l’on entend Philippe Coy, président de la Confédération des buralistes français : « Quel est le sens de ces actions ? On est face à des gens qui font du spectacle. Créer de l’interdit n’est pas une solution. » M. Coy n’en dira pas plus.

Cigarette, bonheur et vapotage

On connaît le premier objectif de ces interdictions : lutter contre la pollution des mégots – sujet avec lequel un proche d’Emmanuel Macron tentait il y a peu de faire rire.  « Il faut dénormaliser la présence de tabac dans les lieux publics, explique encore le Dr Alexandre Feltz, addictologue et adjoint (SE) au maire de Strasbourg. Les enfants qui voient des adultes fumer dans des espaces de loisirs associent la cigarette au bonheur. » Le Dr Feltz est-il bien certain quant au lien de causalité ? Il ne nous le dit pas.

Le Parisien nous conduit aussi à La Ciotat (Bouches-du-Rhône) – première commune française à avoir interdit la cigarette sur le sable d’une plage. Sept ans plus tard, son maire (LR) Patrick Boré s’en félicite. « On a longtemps distribué des cendriers que l’on retrouvait enfouis dans le sable. Depuis, les enfants ne font plus des châteaux de mégots, c’est redevenu familial. » Ces mesures visent aussi à aider ceux qui n’arrivent pas à décrocher. « La contrainte entraîne l’arrêt », assure-t-il. Punir pour sauver, en somme. C’est là un bien beau sujet de philosophie médicale et politique.

Et demain ? Les promoteurs de l’interdit ont déjà d’autres cibles : les terrasses, les lieux de concerts et spectacles en plein air. « Nous, on ne fera rien de plus. Ce sera aux futurs élus de s’en charger, il faut y aller progressivement », temporise Alexandre Feltz. Quant au ministère, il se contente d’indiquer qu’« il n’est pas prévu de nouvelle mesure législative ». Pour l’instant.

Et Le Parisien va un peu plus loin en donnant la parole au Pr Alexandre Duguet, pneumologue à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP). Extrait :

 « La liberté individuelle est magnifique quand elle n’a pas d’impact sur les autres. Or, fumer dans les lieux publics, c’est priver les non-fumeurs de respirer un air pur. Le tabac est le seul produit autorisé qui tue un consommateur sur deux. Il rapporte 15 milliards d’euros par an à l’Etat et en coûte 120 milliards. Ce n’est pas une question de liberté car les fumeurs ne sont pas libres. 80 % d’entre eux aimeraient arrêter mais ils n’y parviennent pas, ils sont dépendants. Et pourquoi ? Car le tabac est une drogue. Avec l’héroïne, c’est celle dont il est plus le difficile de se débarrasser. Si on l’interdisait, on pourrait sauver 78 000 vies par an, l’équivalent d’un Stade de France.

  « Je suis par exemple pour interdire la cigarette sur les terrasses. Demandez aux non-fumeurs ce qu’il s’y passe ? Il y a une gêne très importante. Je ne suis pas non plus pour instaurer des trottoirs fumeurs et non-fumeurs comme aux Etats-Unis ou l’interdire dans la rue. Il faut un peu de répression, prendre des mesures sur les prix et surtout une vraie aide au sevrage. Cela veut dire rembourser tous les substituts nicotiniques, rendre les consultations gratuites. On n’a rien à inventer, juste à suivre ce qui a été fait ailleurs et qui a fonctionné. C’est une question de courage politique. »

Courage  politique ? Quel dommage que le Pr Alexandre Duguet omette de traiter de la cigarette électronique…. Et dans l’attente une question : à quel titre, de quel droit, les interdits frappant le tabac, les cigarettes et leurs mégots devraient-ils concerner le vapotage et ses volutes ? Par quel méchant syllogisme politique pourrait-on assimiler les conséquences sanitaires publiques d’une affection de longue durée (le tabagisme ) à des pratiques qui ont précisément pour objet d’en réduire les risques (le vapotage)– et ce sans aucun danger pour le voisinage immédiat ?

Courage politique : combien faudra-t-il encore attendre, sur ce point, pour entendre Agnès Buzyn ?

 A demain

 

 

 

 

Jeu de rugby : qui a tué Louis Fajfrowski, qui est responsable et pourquoi est-il mort ?

Bonjour

Ecouter Graeme Allwright dans « Qui a tué Davy Moore ? ».

Louis Fajfrowski, 21 ans joueur de rugby du club d’Aurillac est mort le 10 août dernier. Mort après avoir subi un choc lors d’un match amical. Un placage « viril mais correct ». On apprend aujourd’hui que l’autopsie pratiquée le 13 août à l’institut médico-légal de Clermont-Ferrand n’a pas permis de déterminer la cause exacte du décès.

« Les constatations du médecin légiste ne sont pas probantes et ne permettent pas de conclure à la cause du décès, a précisé Mars Rous, substitut du procureur de la République. Des prélèvements ont été effectués en vue de réaliser des analyses toxicologiques et anatomo-pathologiques ». On sait déjà que les résultats de ces nouvelles analyses ne seront pas connus avant un mois et demi ou deux mois.

« Wouhhhh »

La Montagne avait rapporté que le jeune joueur, titulaire au centre de l’attaque du Stade aurillacois (Pro D2), était sorti du terrain en seconde période du match contre le club de Rodez (Fédérale 1) après avoir été l’objet d’un plaquage. Sonné, il avait pu se relever avec l’aide des soigneurs avant de se rendre par ses propres moyens aux vestiaires, accompagné d’un médecin. C’est aux vestiaires qu’il a perdu connaissance à plusieurs reprises. Pris en charge par le service médical et les secours supplémentaires arrivés sur place, il n’a pas pu être ranimé. Midi Olympique rapporte les faits :

« 50e minute : lancer en touche pour Rodez, sur les 22 mètres aurillacois. Le ballon, cafouillé, retombe chez les locaux. Relance immédiate. Une passe, puis une deuxième vers Louis Fajfrowski qui s’empare du ballon. Et, presque immédiatement, il prend un énorme tampon. Une clameur, de ces « Wouhhhh » qui résonnent dans les stades sur les chocs destructeurs, s’élève de la tribune garnie de la jeunesse cantalienne. Les copains, les copines, les familles, les joueurs de la veille sont là. Sur l’action, les Ruthénois récupèrent le ballon abandonné au contact et filent à l’essai, en contre.

« Assis en tribunes, Latuka Maïtuku et Kevin Savea, troisième ligne et talonneur du Stade, ont assisté à la scène. Leur analyse ? Rien de condamnable, sur l’action« Le plaquage était régulier. Dans le mouvement, sec. Dur, même. Mais rien de répréhensible, effectivement. Le genre d’impact qu’on voit tous les week-ends, en Top 14 et en Pro D2″ se souviendra Maxime Petitjean, le lendemain. « Le joueur d’Aurillac a hérité du ballon avec peu de vitesse. Le troisième ligne de Rodez, lui, arrivait à pleine vitesse. Il l’a plaqué au niveau de la zone poitrine-sternum, confirme Jérémy Rozier, arbitre de cette rencontre. Avec l’écart de vitesse, c’était impressionnant. L’impact a fait un gros bruit, mais il n’y avait rien de répréhensible. Le défenseur touche la bonne zone et encercle avec les bras. Des plaquages comme ça, j’en vois tous les week-ends. Même au 7, que j’arbitre souvent. » »

Deux pistes considérées sont aujourd’hui évoquées dans le milieu médical spécialisé : un arrêt cardiaque lié à des produits dopants (rien, à ce stade, ne soutient cette hypothèse) ou une pathologie cardiaque méconnue et indécelable à l’autopsie. D’où les prélèvements destinés à la toxicologie et à l’anatomopathologie.

Simple corrélation ou lien de causalité entre le placage et le décès, l’affaire commence à faire grand bruit dans le monde du rugby. Cette mort fat suite à celle d’Adrien Descrulhes, 17 ans, qui a succombé à un traumatisme crânien après un match, en mai dernier. Deux morts qui relancent comme jamais la polémique sur les nouveaux risques liés à l’inquiétante évolution de ce sport – un sport qui ne cesse de gagner en violence, en chocs et en commotions cérébrales.

Le courage de Midi Olympique

Il faut lire, ici, l’éditorial signé Emmanuel Massicard dans le Midi Olympique du 13 août. Intitulé « La nausée » il dénonce courageusement un sport « de plus en plus destructeur », mettant « ses propres acteurs en danger à force de collisions à très grande vitesse »

« Nous ne fermerons pas les yeux. Pas question de céder à la complicité. Midi Olympique continuera ainsi de donner la parole à tous les Chazal du monde 1 qui viendront éclairer le débat, prêts à se pencher sur la santé des joueurs et sur l’avenir de ce jeu évoluant contre sa propre nature. Un jeu de plus en plus destructeur, qui met ses propres acteurs en danger à force de collisions à très grande vitesse. Un jeu de plus en plus con – on se répète, hélas – à force d’oublier la moitié de son ADN: la recherche de l’évitement qui lui conféra longtemps une force créatrice enviée par tant d’autres disciplines.

Il n’est plus temps de se bercer d’illusions sans quoi, c’est sûr, nous risquons d’avoir d’autres nausées et de pleurer d’autres Louis. Il n’est plus temps de croire que les seules mesures mises en place feront des miracles et nous protègeront du danger qui plane. Il y a désormais urgence et il faut agir pour voir, demain, le rugby changer radicalement dans son approche du jeu, en assumant ses maux actuels et la propre menace qu’il génère pour avoir cédé au tout physique. »

Dans « Qui a tué Davy Moore ? » Graeme Allwright s’interroge, après Bob Dylan, sur les responsables de la mort à 29 ans, d’un champion du monde de boxe (poids plume). C’était le 21 mars 1963. Après un violent crochet Davy Moore chute, se heurte la tête et décède deux jours plus tard. En 1963 la boxe était florissante. Un demi siècle plus tard elle ne fait plus recette.

A demain

1 Il s’agit ici du Pr Jean Chazal, neurochirurgien et doyen honoraire de la faculté de médecine de Clermont-Ferrand. Cet « ancien référent » de la Ligue nationale de rugby (LNR) en matière de commotions, s’était alarmé face à ces drames. Lanceur d’alerte atypique, il redoutait depuis des mois dans les médias la mort d’un joueur sur le terrain, une liberté de ton guère du goût des instances du rugby français qui lui avaient fait savoir qu’il avait, sur ce sujet, tout intérêt à se taire.  Une réponse bien peu confraternelle vient de lui être donnée, sur le site Rugbyrama, par le Dr Bernard Dusfour, président de la commission médicale de la LNR.

 

 

 

 

L’exécutif feint de l’ignorer mais la e-cigarette est le premier outil de ceux qui veulent arrêter

Bonjour

Qu’attend le gouvernement pour se saisir, enfin, du levier anti-tabagique électronique ? Pourquoi, sur ce dossier, Agnès Buzyn est-elle médiatiquement absente ? Pourquoi le nouveau Directeur général de la Santé a-t-il rompu les ponts construits par son prédécesseur avec les révolutionnaires du vapotage ?

Le site des buralistes français reprend, sur le thème de la lutte contre le tabagisme, les commentaires du Pr Bertrand Dautzenberg qui ,sur le thème de la lutte contre le tabagisme, était, le 10 août, interrogé sur France 5. Et ce spécialiste atypique de rappeler ces vérités, trop souvent passées sous silence par les autorités sanitaires :

« Il faut savoir que la cigarette électronique est le premier recours des Français pour arrêter de fumer.

« D’ailleurs, selon moi, il faut absolument l’intégrer au parcours d’arrêt du tabac, tout comme le sont déjà les substituts nicotiniques, car c’est un moyen d’arrêter de fumer par plaisir et non par effort. L’arrivée de la cigarette électronique a aussi eu un impact positif sur les jeunes … »

La cigarette électronique premier recours pour lutter contre la première cause de mortalité évitable en France… La e-cigarette, achetée par ses utilisateurs, loin devant les substituts nicotiniques – ces substituts qui commencent (enfin) à être pris en charge par la collectivité. Pr Dautzenberg:

« Le remboursement intégral des substituts est une excellente mesure selon moi pour encourager les patients à arrêter. Il suffira d’aller à la pharmacie avec sa carte vitale et sa carte de mutuelle, sans aucun reste à charge. Je pense que cette mesure aura un impact immense notamment sur les plus gros fumeurs … »

 La cigarette électronique qui, en toute logique, devrait venir compléter un dispositif politique associant le paquet neutre et l’augmentation (trop) progressive des prix.

Les chiffres incomplets de la Douane française

 La Direction générale de la Douane vient de publier les chiffres officiels du marché du tabac pour la France continentale  (les livraisons en volume aux buralistes pour lee mois de juillet) :Cigarettes : -2,40 % ; Tabac à fumer (à rouler et à pipe) : -0,23 % ; Cigares et cigarillos : + 7,16 % ; Tabac à priser et à mâcher : + 9,01 %.  Soit un marché total du tabac se situant aux alentours de -1,85 %. Tendance en cumul, depuis le début de l’année, sur sept mois pour la totalité du marché total : -9,2 %.

Des chiffres qui doivent toutefois être rapprochés de ceux du dernier rapport KPMG sur la contrebande et la contrefaçon du tabac en Europe. Un rapport élaboré en collaboration avec le think tank britannique RUSI (Royal United Services Institute). Il précise que le marché parallèle en France (achats frontaliers plus contrebande et contrefaçon) représente 24,6 % de la consommation de tabac, la France étant pays constitue, en volume, le plus gros marché européen de tabac et de contrefaçon. Commentaire de British American Tobacco (BAT) France:

« La France reste championne d’Europe du marché parallèle avec 24,6% des cigarettes consommées en dehors du réseau officiel des buralistes en 2017. À la suite de la politique de choc de prix mise en place en 2018, la situation risque de s’aggraver cette année. Les résultats préliminaires des études « ramasses paquets » de 2018 indiquent d’ailleurs un regain de la contrebande de 9% au second semestre et de 15,6% de l’ensemble des achats hors réseau ». KPMG souligne d’ores et déjà̀ que la tendance à la baisse observée en 2017 s’inverse au regard des hausses fiscales menées par le gouvernement. »

Au-delà des mafias, de Big Tobacco  et de la contrebande qu’attend le gouvernement pour se saisir, enfin, du levier anti-tabagique électronique ? Pourquoi, sur ce dossier, Agnès Buzyn est-elle médiatiquement absente ? Pourquoi le nouveau Directeur général de la Santé a-t-il rompu les ponts construits par son prédécesseur avec les révolutionnaires du vapotage ?

A demain