Déficit et tarification à l’activité : l’AP-HP devrait connaître une année 2018 assez agitée

 

Bonjour

Rien ne va plus. Ce sont des informations glanées par l’AFP. L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a revu en hausse sa prévision de déficit pour l’année 2017 – deux « sources internes » évoquant un montant supérieur à 200 millions d’euros – montant non confirmé par une direction générale habituellement plus loquace – direction générale qui a décidé de « geler une partie des dépenses de personnel pour 2018 ».

« Le déficit budgétaire de l’institution serait porté (…) à plus de 200 millions d’euros pour l’année 2017 », indique le syndicat SUD au lendemain d’une réunion avec le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch. Le même montant a été évoqué devant les représentants de la commission médicale d’établissement (CME) du 6 février, qui explique que « contrairement aux attentes, l’activité ne s’est pas redressée en fin d’année ». Où l’on retrouve pour partie les absurdités, aujourd’hui officiellement dénoncées, de la « tarification à l’activité ».

La direction générale ? Elle a reconnaît « une dégradation par rapport au résultat prévisionnel » ; ajoute que « les chiffres ne seront confirmés officiellement qu’au moment de la clôture des comptes » – mais se garde bien de donner une date. sans en préciser la date. « Le budget du plus grand centre hospitalier français a déjà été révisé en octobre, puis en novembre, en raison de recettes atones, de dépenses supérieures aux attentes et d’une réduction des dotations de l’Etat, explique-t-on. La dernière mouture tablait sur un déficit de 174 millions d’euros pour le budget principal, qui correspond aux activités de soins, et de 134 millions pour le résultat consolidé, qui inclut notamment les ventes immobilières. »

Cette troisième aggravation du déficit en quatre mois a conduit Martin Hirsch à annoncer pour 2018 « un gel de 0,5 % de la masse salariale à titre conservatoire », ainsi qu’un « effort particulier » sur les « dépenses de médicaments et de dispositifs médicaux », selon l’AP-HP. « L’année s’annonce particulièrement difficile », résume la CME. Le syndicat SUD redoute pour sa part la « suppression de 600 postes » et dénonce déjà « un plan social d’ampleur ».

Suppression de 600 postes ?

Une estimation réfutée par la direction, qui précisé que le gel des dépenses de personnel « pourra être réajusté d’ici la fin de l’année » et viser « d’autres paramètres que les emplois », comme « l’intérim » et les « remplacements ». Fin novembre dernier le projet de budget pour 2018 prévoyait déjà la suppression de 180 postes non médicaux, doublée d’un moindre recours à l’intérim non médical et aux heures supplémentaires.

Pour sa part ‘USAP-CGT redoute à son tour ce vendredi un « nouveau tour de vis »Le syndicat évoque même un déficit 2017 attendu « encore provisoire autour de 219 millions d’euros ». Un déficit qui serait selon lui  significatif « de l’intensification de la politique d’austérité et de l’étranglement budgétaire impulsé par Bercy, le ministère et l’agence régionale de santé, le directeur général de l’AP-HP, main dans la main avec le gouvernement Macron ».

Dans le même temps le collège de déontologie de l’AP-HP vient de se réunir, pour la première fois, sous la présidence de Maud Vialettes, conseillère d’Etat. Il aura pour mission d’apporter aux agents de l’AP-HP tout conseil utile au respect des obligations et principes déontologiques, notamment en vue de mieux prévenir « les situations de conflits d’intérêts ».

Tout agent de l’AP-HP peut saisir le collège de déontologie via l’adresse dédiée collegedeontologie@aphp.fr ou par l’intermédiaire des Directions des affaires médicales et des ressources humaines de l’AP-HP. Conflits d’intérêts ?

A demain

 

Immigrés et « tarif à l’activité » : l’hôpital de Calais, nouveau havre des patients anglais

 

Bonjour

Impossible est Français : Calais. Quelques siècles après l’affaire des bourgeois et sa traduction par Rodin,  le dernier écho médiatique en date est à lire sur France Bleu Nord (Matthieu Darriet) : « L’hôpital de Calais est pris d’assaut par les patients anglais, depuis le début d’année ». Calais en même temps pris d’assaut depuis des années par des milliers de migrants-immigrés voulant partir vers une Angleterre interdite.

L’hôpital de Calais, donc – ou centre hospitalier « Dr Jean Eric Techer ». -120 lits de médecine – 60 de chirurgie. Un seul patient anglais en 2016, dix l’année dernière. Et un objectif affiché d’en accueillir au minimum chaque année quatre cents  – ce depuis le signature en 2015 d’un accord avec le National Health Service britannique (NHS). Une solution inespérée pour ces patients, croit savoir, à Calais, Martin Trelcat, jeune directeur de l’hôpital et déjà ancien de l’EHESP :

« Ils ont l’impression d’avoir gagné au loto, puisque en général ils ont entre sept et douze mois d’attente et nous, en trois semaines, on arrive à boucler l’intervention. C’est pour des vésicules biliaires ou des prothèses de genoux ou de hanche. Ce sont des opérations pour lesquelles, en France, il n’y a pas de délai d’attente. » 

Genoux et vésicules biliaires britanniques

Tout s’est précipité, nous dit-on, avec la crise du NHS et l’annulation de 55 000 opérations en Angleterre – des dizaines de britanniques ont alors contacté directement l’hôpital, qui les renvoie vers leur médecin généraliste, seul habilité à lancer la procédure. Ensuite, tout va très vite.

Indications ? Pour l’essentiel des « vésicules biliaires », des prothèses de genoux ou de hanche … des interventions pour lesquelles, en France, il n’y a pas de délai d’attente ose avancer M. Trelcat. Et d’ajouter : « On essaie de tout organiser le même jour, pour leur éviter de revenir. Les consultations chirurgicales, consultations anesthésiques, imageries et analyses de sang sont faites en trois heures, alors qu’en Grande-Bretagne, il y a des délais d’attente de sept mois. »

Emirs de l’AP-HP

On en vient à songer aux très vives oppositions formulées il y a quatre ans lors de l’ouverture de l’AP-HP à de richissimes  clients-patients étrangers 1. L’hôpital de Calais précise ici que ces nouveaux patients ne prennent pas la place des Calaisiens. Au moment de sa construction en 2012, l’établissement avait vu grand : soixante-dix membres du personnel calaisien ont été formés à l’accueil en langue anglaise.

L’arrivée tant attendue, programmée, de cette patientèle anglaise redorera-t-elle le vieux blason de Calais ? « C’est très intéressant pour l’image de Calais écornée par la grève de My Ferry Link et le dossier des migrants, expliquait en 2016 au Monde Thaddée Segard, directeur de Frenchdeals, l’entreprise de relations transmanche mandatée par l’hôpital de Calais pour ce partenariat avec le NHS. Il y a eu un “Calais bashing qu’on est en train de renverser. » Le directeur de l’hôpital confirmait : après avoir pris en charge de nombreux migrants en 2015 (environ 5 % des séjours), notamment au service orthopédique, il avait constaté une relative désaffection de la patientèle habituelle qui ne souhaitait pas être en contact direct avec les réfugiés (sic).

Avant la fin de la T2A et la naissance du Brexit, voilà un bien beau sujet. Il pourrait tenter économistes, sociologues et journalistes. Sans parler du ministère français de la Santé.

A demain

1 « AP-HP : riches émirs hospitalisés et Martin Hirsch en ‘’Robin des bois’’. Comprendra qui pourra. » Journalisme et santé publique, 18 mai 2014.

Pharmacie : le géant Boehringer n’apprécie pas le traitement réservé à son Pradaxa® 

 

Bonjour

Habituellement ce sont des affaires qui ne sortent pas des cocons feutrés du monde pharmaceutique. Tel n’est pas le cas avec l’affaire Pradaxa®, du nom du célèbre anticoagulant de la multinationale Boehringer Ingelheim 1. Cette dernière se dit « surprise » et « ne partage pas » les éléments de l’avis rendu par la Haute Autorité de Santé. Cette HAS vient en effet de faire passer niveau de Service Médical Rendu (SMR) de Pradaxa® « d’important » à « modéré ». Une décision totalement injustifiée selon Boehringer qui « place la France dans une situation singulière par rapport aux autres pays européens ».

Et Boehringer Ingelheim de « réaffirmer sa profonde conviction dans les bénéfices de Pradaxa® et sa place dans la stratégie thérapeutique, démontrés par les études conduites sur plusieurs centaines de milliers de patients à travers le monde ».

Le Pradaxa® (dabigatran)  est un anticoagulant oral. Dosé à 75 mg et à 110 mg, il est utilisé dans la prévention des accidents thromboemboliques veineux dans le cadre d’une chirurgie pour la pose d’une prothèse de hanche ou du genou. Dosé à 110 mg et à 150 mg, il est utilisé dans la prévention des accidents vasculaires cérébraux (AVC) et de la formation de caillots chez les adultes présentant un trouble du rythme cardiaque ( « fibrillation atriale non valvulaire ») ainsi que dans le traitement des thromboses et des embolies pulmonaires et en prévention des récidives.

D’important à modéré

Tout résulte ici de la publication, le 9 février dernier, de l’avis de la Commission de Transparence (CT) concernant le Pradaxa® – avis émis dans le cadre de la réévaluation de l’ensemble de la classe des anticoagulants oraux directs (AOD).  Cet avis considère le SMR de Pradaxa® comme ‘’modéré’’, revenant ainsi sur l’avis rendu en 2016 par la même autorité, qui reconnaissait à Pradaxa® un SMR ‘’important ‘’, observe Boehringer Ingelheim.

Que s’est-il passé en si peu de temps pour que l’on en vienne à un tel déclassement ? Il faut ici rappeler que la firme avait déjà publiquement attaqué, il y a trois ans, la Commission de Transparence pour les mêmes raisons : « Praxada® : Boehringer Ingelheim voit rouge et menace la Commission de Transparence ».

Boehringer Ingelheim avait alors alerté la presse et disait ne pas comprendre et ne pas partager l’évaluation défavorable de la Commission. La firme réaffirmait alors que Pradaxa® offre un bénéfice médical important en prévention des accidents vasculaires cérébraux (AVC) chez les patients souffrant d’une fibrillation atriale. Et Boehringer Ingelheim annonçant qu’elle userait de tous les recours légaux pour faire appel des conséquences de cet avis concernant le remboursement de Pradaxa®.

Cette réaction était d’autant plus vive que deux des concurrents de ce médicament conservaient un SMR « important ». Elle avait semble-t-il atteint son objectif puisque nous nous retrouvons aujourd’hui dans une situation identique.

100 000 patients traités en France

Aujourd’hui Boehringer prend soin de souligner qu’il est le seul laboratoire commercialisant un anticoagulant oral  à mettre à disposition des médecins un agent de réversion (Praxbind®)  permettant une maîtrise du risque hémorragique dans des situations d’urgence pour les patients sous Pradaxa®.  « Notre souhait, conclut la firme,  est que les 100 000 patients traités en France puissent continuer à bénéficier de Pradaxa® car les études en vraie vie (sic) menées depuis 2012 confirment le rapport bénéfice/risque de Pradaxa®. C’est pourquoi nous abordons avec détermination les prochaines étapes de ce processus dans les semaines à venir. »

Où l’on comprend que bien des éléments nous manquent pour saisir la totalité des éléments de cette nouvelle affaire. Sans doute faut-il ici ajouter une pièce datant d’octobre 2016 : la décision prise par la Haute Autorité de Santé, au vu des revendications transmises par Boehringer Ingelheim  concernant son Pradaxa®.

« Considérant que le chiffre d’affaires du produit Pradaxa® est supérieur à vingt millions d’euros » la HAS estimait qu’il était « susceptible d’avoir un impact significatif sur les dépenses de l’assurance maladie ».  En conséquence il était décidé que la « Commission évaluation économique et de santé publique » procéderait à l’évaluation médico-économique de ce produit. Ce document date du 26 octobre 2016. Il est signé par la présidente de la HAS d’alors : Agnès Buzyn.

A demain

1 Boehringer Ingelheim se présente comme une entreprise familiale, engagée dans la recherche et développement, qui figure parmi les vingt premières entreprises du médicament au monde. En 2016, Boehringer Ingelheim a réalisé un chiffre d’affaires de 15,9 milliards d’euros. Avec plus de trois milliards d’euros d’investissements, les dépenses en Recherche & Développement représentent 19,6 % du chiffre d’affaires du groupe.

C’est promis – c’est juré: l’hôpital ne sera pas rafistolé (Edouard Philippe, Premier ministre)

 

Bonjour,

Comment tout refaire, de la cave au grenier avec rien sinon un peu d’ingéniosité ? 13 février 2018 Edouard Philippe a annoncé que le gouvernement se donnait « trois mois » pour réfléchir « intensément » au nouveau visage d’un hôpital public exsangue et à bout de souffle. En d’autre termes le Premier ministre annonce le prochain lancement d’une « réforme globale, cohérente et méthodique » non seulement del’hôpital mais bien de l’ensemble du système de santé. « Le temps des rafistolages est révolu » claironne l’ancien maire du Havre. Et pour cela prévoit une enveloppe budgétaire de … 100 millions d’euros par an – sur les  200 milliards d’euros que la Nation consacre dans le même temps à la santé. S’attendre à quelques mouvements dans les rangs blancs.

Tout est expliqué dans un dossier de presse ministériel : « Stratégie de transformation du système de santé ». En pratique une concertation « à plusieurs niveaux » se tiendra de mars à mai, à la fois « au niveau local » pour « recueillir l’avis des acteurs du terrain » et au niveau national, « notamment par une consultation en ligne ». Le gouvernement a d’ores et déjà identifié « cinq grands chantiers » pour sortir d’un système de santé « cloisonné » et fondé sur une tarification à l’acte qui pousse à la « course aux volumes ». a indiqué Édouard Philippe.

Sans barguigner

Les mots de l’exécutif sont choisis :  numérique, formation et ressources humaines, organisation territoriale. Ce sont ceux que le Premier ministre a fixé à l’agenda d’Agnès Buzyn, sa ministre des Solidarités et de la Santé. Les 100 millions d’euros « en plus  du budget de l’Assurance maladie lui donneront « un peu de marge pour accompagner les initiatives » ajoute Édouard Philippe. Sans rire. Pour sa part Mme Buzyn explique à qui veut l’entendre que « sur l’hôpital » nous sommes aujourd’hui « arrivés au bout du système ».  Et d’ajouter, sans barguigner, que 30 % des dépenses « ne sont pas pertinentes ».

« En dehors de ce budget dédié, Edouard Philippe et Agnès Buzyn ne desserrent néanmoins pas la contrainte budgétaire imposée depuis plusieurs années à un monde hospitalier à bout de souffle, traversé par de fortes tensions, observe Le Monde (François Béguin). Conformément à la promesse de campagne d’Emmanuel Macron, ils proposent en revanche de ’corriger’’ et de ‘’rééquilibrer’’ la tarification à l’activité, qui pousse les hôpitaux à réaliser toujours davantage d’actes pour obtenir des financements. Une réforme que n’avait pas menée Marisol Touraine lors de ses cinq années au ministère de la santé, malgré la promesse faite en 2012 par François Hollande d’en finir avec ’l’hôpital entreprise’’ ».

Les nouveaux modèles à imaginer ne verront pas le jour avant « la fin de l’année 2019 ». Et d’ici là, on ne rafistolera pas un grand corps hospitalier malade  – une entreprise exsangue et à bout de souffle, qui ne sait plus trop vers où elle doit aller.

A demain

 

 

 

 

Edouard Philippe et Agnès Buzyn entre  #BalanceTonHosto  et  #FierDeMonHopital   

Bonjour

Aujourd’hui, mardi 13 février, événement politique et médical : Edouard Philippe, Premier ministre se déplace jusqu’à Eaubonne (Val d’Oise) sur le thème « Transformation de l’offre de soins ». Ce sera à l’hôpital Simone Veil et en compagnie d’Agnès Buzyn. « Matignon s’empare du sujet de l’offre de soins. Est-ce consécutif à la fronde qui gagne du terrain, entre les EHPAD et la pétition récente des médecins et cadres de santé des hôpitaux, contre la diète budgétaire et la course à la rentabilité imposées à leurs établissements ? » s’interroge France Inter qui invitera, demain matin, la ministre des Solidarités et de la Santé.

Mais d’ores et déjà France Inter prévient : il ne faut pourtant pas s’attendre à l’annonce de mesures radicales immédiates. Édouard Philippe va plutôt ouvrir un chantier de plusieurs années, en partant du constat que l’offre de soins et son financement aujourd’hui sont devenus obsolètes. France Inter qui invite le journaliste Philippe Pujol qui signe aujourd’hui une affolante prophétie sanitaire, orwellienne et algorithmique sur laquelle nous reviendrons bientôt : « Le jour où notre système de santé craquera : Marseille 2040 » (Editions Flammarion).

Rage et fierté

Pour l’heure rien ne va plus dans un système hospitalier français qui se vit comme exsangue et à bout de souffle 1. Symptôme édifiant, rapporté hier par Libération, les affrontements twittesque entre #BalanceTonHosto (praticiens, personnels soignants)  et #FierDeMonHopital . « Une réaction au hashtag #BalanceTonHosto, qui est très insultant pour les hôpitaux si on le compare à celui de la campagne #BalanceTonPorc,explique le président de la conférence des directeurs de CHU et patron de celui de Lille, Frédéric Boiron. Nous avons voulu envoyer des messages positifs, dans un contexte de fortes critiques pour les hôpitaux publics.»

« Dans les rangs des personnels hospitaliers, la pilule passe mal, observe Libération. Le camp #BalanceTonHosto reproche au personnel administratif son indifférence face aux difficultés récurrentes que rencontrent les soignants.  Les hôpitaux publics feraient-ils l’autruche ? » Frédéric Boiron assure que non : «Nous ne sommes pas dans une négation de la réalité. Bien sûr qu’il y a des problèmes et des choses rageantes. On ne nie pas les erreurs qui peuvent être faites. On veut juste montrer qu’on est fiers de notre métier et de travailler dans des établissements publics.»

Message enregistré. Message inadapté. Message à compléter.

A demain

1 « Notre système hospitalier est à bout de souffle et personne ne fait rien » Slate.fr, 7 février 2018

 

 

Méthadone mortelle, « chemsex » à la mode, alcools et conflits d’intérêts à l’Elysée  

Bonjour

Dernières nouvelles en provenance du font de la lutte contre les drogues et des addictions.

Méthadone. C’est un communiqué de presse de la Fédération Française d’Addictologie : « Risques d’overdoses et de décès liés à la méthadone ». Il y a quelques jours le bilan à neuf ans du suivi d’addictovigilance et de toxicovigilance (pour les formes sirop et gélule de la méthadone) a été présenté à la Commission des stupéfiants et psychotropes de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé : « Retour sur la séance du 1er février 2018 de la Commission des stupéfiants et psychotropes ».

La méthadone « forme sirop » est indiquée dans le « traitement substitutif des pharmacodépendances majeures aux opiacés dans le cadre d’une prise en charge médicale, sociale et psychologique ». Quant à la « forme gélule », elle est indiquée « en relais de la forme sirop chez des patients traités par la forme sirop depuis au moins un an et stabilisés, notamment au plan médical et des conduites addictives ».

Qu’apprend-on ? Que 5,9 % des consommateurs de méthadone l’ont obtenu illégalement en 2008 (contre 9,7 % en 2016) avec une augmentation des cas nécessitant une prise en charge hospitalière. Que l’on observe une augmentation, durant la neuvième année du suivi : de la consommation de méthadone par des sujets naïfs ou occasionnels, du nombre de patients ayant présenté un coma profond et du nombre de patients ayant fait une tentative de suicide.

On estime que le taux de décès par méthadone est de 2 décès pour 1 000 patients traités – six fois plus élevé avec la méthadone qu’avec la buprénorphine et 4,5 fois plus élevé qu’avec l’héroïne. L’analyse des données met également en évidence des prescriptions de méthadone hors AMM dans la douleur et dans certains cas ne respectant pas les recommandations de 2010 (douleurs rebelles en situation palliative avancée – complexité de la titration et extrême importance de la surveillance des patients). Une demande d’AMM pour la méthadone dans le traitement de la douleur est en cours d’instruction.

La Commission des stupéfiants et psychotropes « s’est interrogée sur l’accessibilité de la méthadone en France et plus particulièrement sur les raisons de son obtention illégale ».

« ChemSex » ; soit l’usage de substances psychoactives avant ou pendant les relations sexuelles afin d’améliorer performance, durée et plaisir sexuel. Le « Slam » désigne quant à lui l’injection de substances psychoactives psychostimulantes dans ce même contexte sexuel. Le « ChemSex » peut avoir des conséquences sanitaires individuelles (addictions, complications somatiques) et collectives  (transmission d’infections virales ou bactériennes) très importantes, rappellent les spécialistes. En 2016, un signal d’addictovigilance avec des décès en lien avec la pratique du « ChemSex » avait alerté l’ANSM. Au vu des risques liés à cette pratique et du nombre de décès rapportés au réseau d’addictovigilance, une mise à jour du rapport précité a été réalisée.

Les données de cette mise à jour qui porte sur les risques liés à la pratique du « ChemSex» (Slam inclus) sur la période de janvier 2014 à août 2017 font état : – d’une augmentation du nombre de cas notifiés ; – d’une population plus jeune ; – d’une répartition géographique nationale plus homogène ; – d’une évolution des substances psychoactives utilisées ; – de risques cardiovasculaires, neuropsychiques (suicides) et d’addiction plus importants ; – de comas et décès plus nombreux. Aucun chiffre n’est ici malheureusement donné.

L’alcool et l’Elysée. Alerte de plusieurs associations de lutte contre les addictions.  L’affaire remonte à mai 2017 et concerne Audrey Bouroleau nommée au Palais de l’Elysée après avoir été déléguée générale de « Vin et Société ». Nous avions alors évoqué ce qui avait été présenté comme une percée du lobby alcoolier.

« Huit mois plus tard, ce risque est confirmé alors que la filière vin se félicite du rôle joué par l’ex-lobbyiste pour aider la filière à obtenir ce qu’elle « n’avait jamais obtenu précédemment, écrivent les associations. Les professionnels du vin ont remis le 29 janvier 2018 leur plan de filière. Depuis le 15 décembre, ils refusaient de le transmettre au Ministre de l’Agriculture tant qu’ils n’auraient pas obtenu une « clarification de la politique de santé publique à l’égard du vin ». En cause, la Stratégie nationale de santé 2018-2022 qui inclut l’alcool – et non le vin pris isolément – dans les « substances psychoactives licites ou illicites » au même titre que le tabac . Une vérité scientifique alors que l’alcool est à l’origine chaque année en France de près de 50 000 décès prématurés et la 2ème cause de mortalité routière.

« Grâce à l’action de Audrey Bourolleau, ‘’ conseillère agriculture, pêche, forêt et développement rural’’ du Président de la République, ces professionnels se félicitent aujourd’hui d’avoir eu gain de cause et même au-delà. Selon l’un des porte-paroles de la filière, un courrier du Président de la République aurait répondu à leurs attentes et notamment d’obtenir ‘’deux points majeurs, que nous n’avions jamais obtenus précédemment’’. En l’occurrence, la reconnaissance des acteurs du vin comme des acteurs de prévention et donc un acteur légitime auprès du ministère de la Santé. »

Les associations « ne remettent pas en cause le droit des producteurs d’alcool à faire valoir leurs arguments sur leur situation économique ou les normes des productions ». En revanche elles « alertent sur le danger d’en faire des acteurs de prévention ». Conflits d’intérêts ? Pour l’heure le Palais de l’Elysée est muet – et le ministère de la Santé se tait.

A demain

 

 

«Hôpital : silence». Quand la directrice d’un CHRU invite son personnel à ne plus parler 

Bonjour

Jusqu’où ne pas parler dans un établissement hospitalier ? C’est une note de service diffusée le 15 janvier auprès de 8.000 salariés du CHRU de Tours.  Note n° 2018-012 a signée de la directrice générale Marie-Noëlle Gérain-Breuzard. Objet : le « rappel de l’obligation de réserve de tous les agents du service public sur les réseaux sociaux et dans les médias ». Après Le Canard Enchaîné cette missive a attiré l’attention de La Nouvelle République du Centre Ouest (Mariella Esvant). « Une invitation au silence » que les syndicats digèrent mal souligne le quotidien régional.

Que dit la directrice générale ? Elle rappelle, gentiment, que « les agents doivent éviter toute manifestation d’opinion de nature à porter atteinte aux supérieurs hiérarchiques, à dévaloriser l’institution et à nuire à la considération du service public », au risque de « faire l’objet d’une sanction disciplinaire ».

Cette note est motivée par « des constats récents ». « Vise-t-elle expressément un article sur les urgences parus trois jours plus tôt dans la Nouvelle République, comme le pense  Le Canard enchaîné, qui a révélé le document ? Le  témoignage d’une soignante de neurochirurgie le même jour sur TV Tours ? Le  hashtag « Balance ton hosto », qui fleurit sur Twitter ? » demande le quotidien.

« Postures médiatisées »

Réponse de la direction de la communication (sic) : « La direction a souhaité rappeler chacun à ses responsabilités, le devoir de réserve n’empêchant pas les salariés de s’exprimer sur leurs conditions de travail ni la liberté d’expression ». Interdiction de parler tout en ayant, en même temps, le droit de s’exprimer.

Pour les syndicats, spécifiquement visés par un paragraphe qui les met en garde contre tout propos « qui excédent la vivacité de ton », ce message est plutôt le signe du climat de tension. « Il n’y a jamais eu autant de grèves, à Tours [dernière en date, le service de neurochirurgie], et ailleurs », rappelle Véronique Brisacier, de la CGT.

Et La Nouvelle République de se souvenir : lors de la cérémonie des vœux 2017, la directrice dénonçait déjà  « des postures médiatisées véhiculent une image délétère de notre CHU ». Un « hôpital bashing » dont se défendent les deux syndicats, qui prennent d’ailleurs leurs distances avec ce qui circule sur les réseaux sociaux. En lançant la campagne « Fier de mon hôpital », « la direction veut nous emmener sur ce terrain d’opposition, mais nous aussi nous sommes fiers de notre hôpital, réagit Véronique Brisacier. Ce qui nous inquiète, c’est ce que les politiques qui sont menées actuellement vont faire de notre hôpital. »

 « Nous ne sommes ni injurieux ni diffamatoires, nous témoignons des risques liés aux baisses d’effectifs, aux glissements de tâches, des difficultés rencontrées par les soignants, les personnels techniques et administratifs » confie un représentant de Sud. Le CHSCT a d’ailleurs mandaté quatre expertises pour évaluer les conséquences des restructurations dans les services. Face à la note n° 2018-012, Véronique Brisacier se demande : « Est-ce qu’il y a quelque chose à cacher ? » On pourrait presque, si l’on osait, le demander à la directrice générale. Sans savoir, à dire vrai, si elle a le droit de s’exprimer.

A demain