Alcoolisme : le baclofène est finalement remboursé, chichement, par la collectivité

Bonjour

26/05/2020. On l’avait presque oublié. « C’est l’aboutissement d’un long feuilleton, le baclofène est enfin inscrit sur la liste des spécialités pharmaceutiques remboursées par la Sécurité sociale dans l’alcoolodépendance » nous apprend Le Quotidien du Médecin (Damien Coulomb) qui a fort jeureusement retrouvé un avis publié dans le « Journal officiel » du 20 mai dernier.

La fin d’un feuilleton mi-médical mi-idéologique qui n’aurait jamais dû tant durer. En décembre dernier la Haute Autorité de santé (HAS) avait finalement donné un avis favorable au remboursement de Baclocur, la formulation du baclofène développé par le laboratoire Ethypharm dans l’indication de la réduction de la consommation d’alcool, après échec des autres traitements médicamenteux disponibles. Un avis conditionné à la collecte de données d’efficacité et de tolérance dans un délai maximal de trois ans en vue d’une réévaluation.

Rappelons que l’autorisation de mise sur le marché avait été obtenue en octobre 2018, au terme de longues années de polémiques et d’incompréhensions multiples. Dans son avis, la HAS accorde un service médical rendu faible (SMR IV) et une absence d’amélioration du service médical rendu (ASMR V). Le prix et le remboursement du Baclocur devait alors faire l’objet de négociation entre Ethyfarm et le comité économique des produits de santé (CEPS).

Remboursement à 15%

« S’il existe une marge de négociation, un SMR IV et un ASMR V laissent présager d’un remboursement à hauteur de 15 %, expliquait Le Quotidien du Médecin en décembre dernier. À titre de comparaison, Selincro (nalméfène, commercialisé par Lundbeck) vendu à hauteur de 50,67 euros pour une boîte de 14 comprimés, est remboursé à 30 %. L’Aotal (acamprosate calcique, Merck) est lui vendu 10,17 euros la boîte de 60 comprimés, remboursé à 65 %. »

Et pour finir, la douche froide annoncée, pour le baclofène : remboursé à 15%. Commercialisé sous le nom de Baclocur, il sera disponible à différentes posologies : 10 mg (4,84 euros la boite de 30), 20 mg (9,58 euros), 30 mg (14,33 euros), et 40 mg (19,09 euros). Son utilisation doit s’accompagner d’un suivi médical rapproché en particulier pendant la phase de titration. La dose journalière maximale de baclofène est de 80 mg par jour – un objet de controverse. En l’absence d’efficacité après trois mois de traitement, ce dernier doit être arrêté de façon progressive

Corollaire de ce remboursement : l’Agence nationale de sécurité du médicament a annoncé l’arrêt de la recommandation temporaire d’utilisation (RTU) des spécialités contenant du baclofène dans l’indication de l’alcoolodépendance. À compter du 15 juin 2020, il ne sera plus possible aux praticiens de prescrire, dans le cadre de cette RTU les autres spécialités à base de baclofène (Lioresal 10 mg et Baclofène Zentiva 10 mg). Des années pour un tel résultat.

A demain @jynau

Hôpital : voici venu le temps des micro-mea-culpa (François Hollande et Marisol Touraine)

Bonjour

25/05/2020. De retour sur les ondes. Ils ont été au pouvoir durant cinq ans. L’hôpital public français est en crise comme jamais, prêt d’imploser. Responsabilité ? Culpabilité ? Ils acceptent d’en parler. Et ce à la veille d’un improbable « Ségur de la santé » organisé en urgence pour tenter de régler des problèmes structurels, économiques et identitaires vieux de plusieurs décennies.

François Hollande s’est confessé sur France Inter. Il reconnaît une « part de responsabilité dans la situation de l’hôpital ».

« J’ai présidé la France pendant cinq ans, donc j’ai ma part de responsabilité aussi dans la situation de l’hôpital […]. Depuis des années, on a contraint l’hôpital et j’ai pris ma part, je ne veux pas m’exclure, même si j’ai apporté des moyens supplémentaires. On a mis une suradministration de codage d’actes, etc., et c’est ce que les personnels, notamment les médecins, rejettent aujourd’hui, et une tarification qui les a obligés à passer parfois plus de temps à remplir des papiers qu’à soigner. »

Bien évidemment l’ancien président de la République s’est défendu en mettant en avant la création de 30 000 postes dans les hôpitaux publics et une hausse de 7 % de la masse salariale « sous son autorité ». Plus gêné sur la rémunération directe des personnels soignants : « J’ai fait en sorte sous ma présidence d’améliorer les parcours professionnels, de valoriser un certain nombre de catégories, aides-soignantes et infirmières, mais ça ne suffit pas. » 

Et déjà un remède politique : « Il faut donner beaucoup de souplesse aux hôpitaux (…) rattraper le retard sur les rémunérations et changer l’organisation du travail ». En revanche, il s’oppose à un retour sur les 35 heures hebdomadaires. On sait que l’une des propositions paradoxales de l’actuel gouvernement sera le « travailler plus pour gagner plus ». François Hollande :  « Vous imaginez dire ça à des personnels qui ont travaillé sans compter leur temps, pour des heures supplémentaires qui ne seront peut-être jamais payées ? Qu’on mette de la souplesse, de la négociation, qu’on rémunère mieux certaines activités mais de grâce, ne revenons pas sur ce qui est aujourd’hui regardé comme un acquis social. »

Masques : il ne s’agit plus de polémiquer

En écho de François Hollande, Marisol Touraine, inflexible ministre des Affaires sociales et de la Santé de 2012 à 2017. Elle répondait à la question sur France Info :

« Effectivement, il n’y a pas eu d’effort suffisant sur les rémunérations, même s’il y a eu des primes.  Sans aucun doute sur le plan des rémunérations des personnels hospitaliers, en particulier des personnels soignants non médicaux, nous n’avons pas pu dégager les ressources qui nous auraient permis de faire des revalorisations significatives. Il y a eu des primes, mais j’entends parfaitement que les professionnels de santé en ont assez des primes et veulent des rémunérations. » (sic)

Bien évidemment Marisol Touraine s’est défendue de tout immobilisme. « Il y a eu des transformations qui ont été engagées et sans lesquelles l’hôpital ne serait pas aujourd’hui ce qu’il est. J’ai engagé la transformation de la tarification à l’activité. Je ne l’ai pas supprimée, je ne l’ai pas fait éclater, mais nous avons mis en place ce que nous avons appelé la tarification à la qualité pour valoriser des pratiques, valoriser la proximité des hôpitaux. Ces processus auraient pu être accélérés après 2017. Cela n’a pas été le cas et je le regrette. » (sic)

L’avenir pour Marisol Touraine aujourd’hui présidente de l’organisation de santé Unitaid , après Philippe Douste-Blazy ? Elle s’est déclarée prête à aller témoigner devant une commission d’enquête sur la gestion de la crise sanitaire et sur la pénurie de masques si elle est convoquée. « Je ne souhaite polémiquer avec personne aujourd’hui, a-t-elle conclu. D’ailleurs, plus personne ne conteste le fait qu’il y avait autant de masques lorsque j’ai quitté le ministère que lorsque j’y suis entrée. Alors il ne s’agit plus de polémiquer, il s’agit de faire connaître les choses et de les mettre à plat. »

Unitaid est une organisation internationale d’achats de médicaments, chargée de centraliser les achats de traitements médicamenteux afin d’obtenir les meilleurs prix possibles, en particulier à destination des pays en voie de développement. Unitaid est financée par une taxe de solidarité sur les billets d’avion, adoptée par certains pays à l’initiative de Jacques Chirac. Quel sera l’impact de l’épidémie de Covid-19 sur l’avenir du transport aérien et, donc, d’Unitaid ? La question n’a pas été posée à l’ancienne ministre de la Santé.

A demain @jynau

Chloroquine : comment mieux comprendre les coulisses politiques de la «folie Raoult»

Bonjour

25/05/2020. L’affaire fait grand bruit : le président de la République française aurait téléphoné à Jean-Marie Bigard, humoriste impossible à classer, supposé porte-drapeau des Gilets Jaunes.  Le Monde (Solenn de Royer) :

« Il y a quelques jours, M. Macron a appelé Jean-Marie Bigard, par l’intermédiaire de Patrick Sébastien. L’humoriste, soutien des « gilets jaunes », avait critiqué le gouvernement, peu avant le déconfinement. « J’en ai marre de voir des guignols nous diriger », s’indignait-il sur Instagram, en plaidant pour la réouverture des « bistrots ». L’humoriste a assuré que le chef de l’Etat lui avait donné « raison », en lui promettant un « échéancier ».

Le Monde, toujours :

« Le 9 avril, Macron avait également créé la surprise en rendant visite à Didier Raoult, défenseur de l’hydroxychloroquine contre le Covid-19. L’infectiologue 1 controversé s’en était félicité, louant un « homme intelligent » qui « comprend tout ». M. Macron l’avait qualifié de « grand scientifique ». « En allant le voir, il a délégitimé sa posture », positive un proche du président. Dans un registre différent, le chef de l’Etat a décroché son téléphone le 1er mai pour appeler Eric Zemmour, agressé dans la rue. L’information a fuité dans Valeurs actuelles« Entre un Bigard, un Zemmour, un Raoult ou un Philippe de Villiers [à qui Macron a promis la réouverture du Puy du Fou, en Vendée], il y a un lien : la France populaire », note un conseiller. »

Après les « conseillers » du prince, on lira  (Lucie SoullierAbel Mestre et Gilles Rof) : « Tout le monde veut récupérer son aura » : Didier Raoult, infectiologue 1 courtisé et héraut des antisystèmes.

Puis on écoutera, sur France Inter, la chronique politique de Thomas Legrand, joliment tricotée autour des paradoxes d’un chevalier « anti-système » soutenu par les chevaliers du système en place : « L’antisystème… ce système ». Extraits :

« Le  Président, dans sa stratégie de calino-thérapie des antisystèmes (dont  visiblement il regrette -par fonction- de ne plus pouvoir être)  avait  lui-même rendu visite à Didier Raoult ! Quant au méchant Big Pharma…  Sachant que Raoult prône l’utilisation de molécules produites par les  gros laboratoires, à n’en pas douter, il aurait été ravi que les tests  soient concluants ! Alors pourquoi l’image de l’antisystème s’est-elle imposée ?

Solidarité de pestiférés

« D’abord  parce que Didier Raoult a eu l’idée (pas originale mais souvent  efficace) de se présenter comme rebelle et solitaire. Son look ZZ-Top  colle avec son discours en marge des protocoles, qui suppose  publications, certifications, expertises, donc possible mises en cause.  Un ensemble de procédures admises par la plupart des praticiens,  chercheurs et journalistes spécialistes du sujet. Or, par les temps qui  courent, ceux-là sont soupçonnés d’abuser de leur savoir, de le  transformer en pouvoir et donc en privilège. Alors quand un personnage  présente son savoir comme dissident, il recueille un écho auprès de ceux  qui estiment que leur malheur est dû au fameux système.

« Le qualificatif  ‘d’antisystème’ (surtout s’il est décerné par la presse dite ‘mainstream’)  devient un label qui assure toute une série de soutien en cascade par  principe ou démagogie… par système, pourrait-on dire ! (…)_Il  s’agit donc d’une solidarité bien comprise de pestiférés stratégiques…  Tous les antisystèmes autoproclamés d’extrême-droite, de droite, de  gauche, de n’importe où comme Onfray, crient au lynchage… en lynchant  partout dans la presse audiovisuelle et écrite… ou sur les réseaux  sociaux! En réalité, si vous faites la listes des puissants, des  fortunés, des détenteurs de vrais pouvoirs qui soutenaient Raoult…  l’antisystème… en voilà un beau système ! »

Le président de la République a-t-il songé à téléphoner à Michel Onfray – philosophe qui, souquant fort vers la droite, vient d’annoncer le lancement (présenté sous forme de « mook » ; hybridation livre-revue-magazine) de Front Populaire, qu’il présente lui-même comme « une nouvelle revue pour les jours d’après » ?

A demain @jynau

1 Il convient ici de rectifier au plus vite : le Pr Didier Raoult est un microbiologiste, non pas infectiologue. Via un commentaire un lecteur nous précise qu’à l’université d’Aix Marseille
https://medecine.univ-amu.fr/fr/personnels. Il est l’un des sept professeurs de bactériologie-virologie.
Il n’est pas dans la liste des cinq professeurs de maladies infectieuses (infectiologues).

L’infectiologie est définie sur le site de la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française (SPILF) comme une discipline clinique: https://www.infectiologie.com/fr/l-infectiologie.html. « L’infectiologue est un médecin clinicien assurant la prise en charge des patients atteints d’infections bactériennes, virales, fongiques ou parasitaires, notamment les plus complexes et difficiles à traiter, et les maladies infectieuses émergentes ».

Sur BFMTV, il y a quelques jours, l’infectiologue Christophe Rapp, à propos de Didier Raoult : « Je rappelle qu’il est microbiologiste et non pas infectiologue, alors il faudra arrêter de marquer infectiologue sur le bandeau, car on n’est que quatre-vingt professeurs de maladies infectieuses en France et ce n’est pas le même métier ».

Après la chloroquine, les annonces publicitaires de Gilead Sciences sur son remdesivir

Bonjour

23/05/2020. Nous sommes au lendemain de la publication critique à grand écho du Lancet sur l’hydroxychloroquine. C’est un message mandé aux journalistes français, depuis Boulogne-Billancourt, et qui concerne le déjà célèbre remdesivir 1une récidive. C’est aussi un symptôme signifiant de l’évolution des pratiques pharmaceutiques en phase pandémique. Extraits (nous soulignons):

« Gilead Sciences a publié aujourd’hui la déclaration suivante du Dr Merdad Parsey, MD, PhD, Chief Medical Officer, Gilead Sciences, sur les données de l’étude conduite par le National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID) sur le remdesivir, médicament antiviral expérimental, publiées dans le New England Journal of Medicine (NEJM) : Remdesivir for the Treatment of Covid-19 — Preliminary Report

« Nous sommes heureux que les résultats de l’essai du NIAID sur le remdesivir chez des patients hospitalisés présentant une forme avancée de COVID-19 soient publiés dans une revue scientifique à comité de lecture. Ces résultats soutiennent l’utilisation du remdesivir dans cette population, avec un bénéfice le plus important observé parmi les patients qui nécessitaient une oxygénothérapie mais qui n’étaient pas sous ventilation mécanique. Les résultats de notre étude de phase 3 SIMPLE-Sévère, qui évalue remdesivir dans une population semblable de patients COVID-19 nécessitant une supplémentation en oxygène mais qui ne sont pas sous ventilation mécanique, devraient être publiés prochainement.

« Ces données de l’étude SIMPLE-Sévère soutiennent une durée de traitement de 5 jours plutôt que de 10 jours pour le traitement de certains patients, en fonction de leur état clinique. En outre, les résultats de notre étude de phase 3 SIMPLE-Modéré, qui évalue le remdesivir chez des patients hospitalisés présentant une forme de COVID-19 avec atteinte pulmonaire et ne nécessitant pas d’oxygénothérapie, sont attendus à la fin de ce mois. Cette étude devrait apporter davantage d’informations sur l’intérêt de 5 ou 10 jours de traitement par le remdesivir versus les traitements standards chez des patients à un stade plus précoce de la maladie. »

Gilead Sciences ajoute « attendre avec intérêt la mise en place des études étudiant le remdesivir associé à d’autres molécules afin de comprendre si de telles associations sont susceptibles d’améliorer l’efficacité clinique ». Gilead Sciences qui se dit « pleinement engagé pour poursuivre les études sur le remdesivir afin d’améliorer notre compréhension du traitement contre le COVID-19 » et poursuivre « également notre collaboration avec les gouvernements et les autorités réglementaires de par le monde afin d’apporter une réponse à la situation d’urgence actuelle ».

Où l’on voit que tout est presque parfait dans le meilleur des mondes possibles. Où il est presque démontré « que les choses ne peuvent être autrement : car, tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin ».

A demain @jynau

1 Gilead Sciences présente ainsi son remdesivir : « Le remdesivir est un médicament antiviral en cours de développement qui fait actuellement l’objet de nombreux essais cliniques internationaux. La sécurité et l’efficacité du remdesivir pour le traitement du Covid-19 n’ont pas encore été établies. Aucune utilisation du remdesivir n’a été approuvée par la FDA. Pour plus d’informations concernant l’utilisation autorisée et les dispositions légales relatives à l’autorisation d’utilisation en urgence aux États-Unis, veuillez consulter la fiche d’informations émise à l’intention des professionnels de santé et la lettre d’autorisation de la FDA disponible à l’adresse www.gilead.com/remdesivir. »

Affaire des masques: comment Emmanuel Macron a-t-il pu s’exprimer comme il l’a fait ?

Bonjour

22/05/2020. Christian Lehmann est médecin et écrivain. Il tient, dans les colonnes de Libération un Journal d’épidémie qui tranche avec ce qu’on peut lire dans la majorité des médias généralistes. Sa dernière chronique résume le médecin et l’écrivain : «Le mensonge est peut-être pire que l’incompétence».

Où l’on retrouve les mille et une interrogations que soulève l’incompréhensible sortie d’Emmanuel Macron sur l’affaire des masques ; affaire qui voit, un comble, la France tancée par la Commission européenne. Emmanuel Macron tentant (sur BFMTV) de démontrer l’indémontrable («Nous n’avons jamais été en rupture de masques »). Christian Lehman transcrit :

« (…) Les choses ont été dites, les choses ont été gérées. Il y a eu une doctrine restrictive, pour ne jamais être en rupture, que le gouvernement a prise et qui était la bonne. Il y a eu ensuite un approvisionnement renforcé et une production renforcée et nous n’avons jamais été en rupture. Ce qui est vrai, c’est qu’il y a eu des manques, qu’il y a eu des tensions, c’est ça qu’il faudra regarder pour le corriger et pour prévenir (…) Ayons collectivement l’honnêteté de dire qu’au début du mois de mars même et même en février et en janvier personne ne parlait des masques, parce que nous n’aurions jamais pensé être obligés de restreindre la distribution de ceux-ci, pour les soignants.»

Extraits du Journal de Christian Lehmann :

« Je ne regrette pas cette parenthèse. J’espère qu’elle ne reviendra pas, je doute même que cela soit possible, psychologiquement et socialement. Les Français, collectivement, ont fait preuve d’un sang-froid et d’une résilience remarquables. Une fois. Les confronter à la perspective d’un reconfinement serait périlleux, pour un pouvoir dont l’impéritie n’échappe à personne sauf à ses affidés. Récemment, lors d’une cérémonie virtuelle de remise de diplômes, Barack Obama a pris la parole : ‘’Avant toute chose, cette pandémie a enfin enterré l’idée que tant de nos responsables savent ce qu’ils font… Nombre d’entre eux ne cherchent même pas à faire semblant d’être responsables.’’ A l’évidence, cette remarque s’adressait à Donald Trump. »

« Mais à écouter Emmanuel Macron nier l’existence d’une pénurie de masques l’autre soir sur BFM TV , je me suis demandé si le mensonge n’était finalement pas pire que l’incompétence. J’ai beau tourner ses déclarations lunaires dans tous les sens, j’ai du mal à concevoir qu’un homme normalement intelligent puisse espérer être cru quand il martèle, contre toute évidence, après deux mois de confinement lié en grande partie à la pénurie de masques, et au-dessus des cercueils d’une trentaine de soignants, cette succession de sophismes (…) Je ne ressens pas seulement de la colère. C’est bien au-delà. C’est de la sidération (…) Tout se passe comme si, plutôt que les faits, Emmanuel Macron préférait la fable qu’il invente. Peut-être même au final réussit-il à s’en persuader ? Que faudra-t-il exactement pour le ramener à la réalité ? »

C’est une excellente et douloureuse question. Elle était posée dans le Libération daté du 21 mai 2020. Le hasard voulait, sans doute, que ce soit le jour de l’Ascension.

A demain @jynau

Masques : la Commission européenne contredit les affirmations d’Emmanuel Macron

Bonjour

20/05/2020. Voilà qui pèsera lourd quand la justice sera véritablement saisie. Et qui sera évoqué lors du prochain « Ségur de la santé ». A peine Emmanuel Macron avait-il tenté (sur BFMTV) de démontrer l’indémontrable («nous n’avons jamais été en rupture de masques ») que l’affaire rebondissait à Bruxelles. La Commission européenne vient ainsi de pointer «des lacunes» (sic) dans la préparation de la France à la pandémie de Covid-19.

La France n’est certes pas la seule à être méchamment tancée. Plusieurs autres pays le sont aussi comme l’Italie, l’Espagne, la Belgique ainsi que le Royaume-Uni. Bruxelles les invite également à le «renforcer leurs systèmes de santé.

 Mais, concernant la France, l’exécutif européen souligne «des difficultés à garantir la disponibilité immédiate de professionnels de la santé, de produits indispensables et d’équipements de protection individuelle » au début de la pandémie.

Paris a certes «mobilisé sa réserve de personnel et de matériel médicaux et paramédicaux», mais «la coordination de l’action entre tous les segments du système de santé» est resté «difficile», observe Bruxelles. Et la Commission de mettre également en avant «des problèmes structurels latents» dans le système de santé français- des problèmes qui «résultent d’un manque d’investissements dans les infrastructures physiques et les ressources humaines, d’une adaptation limitée de l’organisation des services et de la nécessité d’une meilleure coordination entre acteurs privés et publics».

Pour conclure Bruxelles demande à la France de « renforcer la résilience du système de santé en garantissant un approvisionnement adéquat en produits médicaux indispensables et une répartition équilibrée des professionnels de la santé, et en investissant dans la santé en ligne ».  

Voilà qui est dit et qui ne sera pas oublié par les acteurs hospitaliers conviés à « Ségur » par Olivier Véran. Il semble bien que ce soit la première fois, depuis qu’elle existe, que la Commission européenne établit un tel constat d’incurie. Pourrait-elle nous dire pourquoi ?

A demain @jynau

Zizanies à venir, grâce au gouvernement, sur la « prime Covid » octroyée aux soignants

Bonjour

20/05/2020. La promesse présidentielle sera donc à moitié tenue. Le Figaro : « Un quota envisagé pour la prime de 1500 euros dans certains hôpitaux. Versés sans distinction dans 40 départements, les 1500 euros de la ‘’prime Covid’’ maximale pourraient n’être attribués qu’à 40% des effectifs dans 79 autres hôpitaux.

C’était il y a deux mois. Relisons un instant les mots flamboyants d’Emmanuel Macron :

 «Durant plusieurs semaines, nous avons préparé, agi. Les personnels des hôpitaux, médecins, infirmiers, ambulanciers, les agents des Samu et de nos hôpitaux, les médecins de ville, l’ensemble des personnels du service public de la santé en France sont engagés avec dévouement et efficacité. Si nous avons pu retarder la propagation du virus et limiter les cas sévères, c’est grâce à eux parce que tous ont répondu présents.

« Tous ont accepté de prendre du temps sur leur vie personnelle, familiale, pour notre santé. C’est pourquoi, en votre nom, je tiens avant toute chose à exprimer ce soir la reconnaissance de la Nation à ces héros en blouse blanche, ces milliers de femmes et d’hommes admirables qui n’ont d’autre boussole que le soin, d’autre préoccupation que l’humain, notre bien-être, notre vie, tout simplement. »

Un mois plus tard les héros en blouses blanches apprenaient de la bouche du Premier ministre que le gouvernement allait octroyer une « prime » aux soignants qui étaient «en première ligne jour et nuit». Une prime qui serait versée en mai. Nous approchons de juin et rien n’est encore versé. Mais tout, depuis peu est couché sur papier à en-tête de la République française 19 mai : « Une prime exceptionnelle pour les soignants pendant l’épidémie du Covid-19 » :

« Par reconnaissance pour l’effort des personnels soignants mobilisés depuis le début de l’épidémie du coronavirus, une prime exceptionnelle leur sera versée en mai ou en juin. Le montant de cette prime pourra atteindre 1 500 euros nets pour les soignants travaillant dans les départements les plus touchés par le Covid-19 par exemple.

Le versement d’une prime exceptionnelle en faveur des professionnels de la santé mobilisés pour faire face à l’épidémie de covid-19 est précisé dans un décret publié au Journal Officiel le 15 mai 2020. Professionnels concernés, montant, liste des départements y sont définis. »

Restait à faire la part entre les héros immaculés et ceux qui l’étaient moins. Faire le décompte, en somme, parmi « les agents des établissements publics de santé et à certains agents civils et militaires du ministère des armées et de l’Institution nationale des invalides ».

Le directeur pourra relever  cette prime de 500 à 1500 euros …

Pour les 1500 euros, a priori tout est acquis : les départements concernés par la prime de 1 500 € sont essentiellement les département situés dans le nord et l’est du pays. Tous les départements d’Ile-de-France (8 départements), du Grand Est (10), de Bourgogne-Franche-Comté (8) et des Hauts de France (5). Quatre départements d’Auvergne-Rhône-Alpes (Drôme, Loire, Rhône, Haute-Savoie) ainsi que l’Eure-et-Loir, les Bouches-du-Rhône, les deux départements de Corse et Mayotte figurent dans la liste.

Tout se complique pour la petite prime de 500 euros « versée aux professionnels des établissements publics de santé situés dans les autres départements ou ne faisant pas partie de la liste des établissements Covid+. » Et c’est là que tout, brutalement, se complique :

« Le responsable d’un établissement pourra toutefois décider de porter le montant de la prime à 1 500 €« ‘’pour les services ou agents impliqués dans la prise en charge de patients contaminés par le virus Covid-19 ou mobilisés par les circonstances exceptionnelles d’exercice’’ ».

On imagine sans difficulté l’atmosphère créée par cette possibilité offerte au «directeur » de « pouvoir relever » cette prime de 500 à 1500 euros sur de tels critères….1  Et ce d’autant que tout est déjà plafonné : «Ce dispositif dérogatoire est mis en œuvre dans la limite de 40% des effectifs physiques», précise l’instruction rédigée par la Direction générale de l’offre de soins (DGOS).

Pour pimenter le tout le quota est assorti d’une recommandation aux directeurs d’hôpitaux, invités à présenter aux instances représentatives du personnel (comité technique, commission médicale) «les critères envisagés (…) notamment pour la liste des services éligibles» – document qui (pour simplifier) devra être transmise à l’Agence régionale de santé. Trois organisations syndicales ont déjà confirmé à l’AFP avoir eu connaissance de ce document ou de son contenu. Contactée dès lundi, la DGOS n’avait pas encore répondu le 19 mai….

Le « Ségur de la Santé » grand œuvre annoncé d’Olivier Véran, ne pouvait pas mieux commencer.

A demain @jynau

NB A écouter, sur France Inter, : « A l’hôpital, le monde d’avant est déjà de retour ? » avec le Dr François Salachas  neurologue et membre du collectif inter-hôpitaux (à l’origine d’une vidéo virale où il interpelle le président de la République, alors en visite à la Pitié-Salpêtrière) et Anne Thiollier, est infirmière à l’hôpital Robert-Debré de Paris.

Les passages concernant les relations entre soignants et administration hospitalières sont tout particulièrement éclairants quant à la crise majeure de l’hôpital public. Ils entre en pleine résonance avec l’opuscule essentiel  de Stéphane Velut : « L’Hôpital est une industrie » (Gallimard, Collection Tracts)