Vérité post-politique : Le Guen, Natacha Polony et le grand mercato de Roselyne Bachelot

Bonjour

Il y a une vie après la politique socialiste. Ainsi le Dr Jean-Marie Le Guen, 64 ans. Hier secrétaire d’État chargé du Développement et de la Francophonie, avant-hier Premier secrétaire du Mouvement de la Jeunesse Socialiste, membre fondateur de l’Unef-ID, vice-président de la Mutuelle nationale des étudiants de France. Ancien député au long cours ; toujours Conseiller de Paris.

A présidé le Conseil d’administration (juin 2008 – juin 2010)  puis le Conseil de surveillance (juin 2012-mai 2014) de l’AP-HP. Déjà recyclé chez Siaci Saint-Honoré, le premier courtier en assurance indépendant français. Il y occupe les fonctions de « conseiller du président ». Siaci Saint-Honoré, « une vision, des valeurs partagées ». Personne ne parle de conflits d’intérêts.

1400 euros par émission

La vie n’est pas toujours simple après la chronique politique. Ainsi Natacha Polony, 42 ans. Titulaire d’un DEA de poésie contemporaine, agrégée de lettres modernes, ancienne secrétaire nationale du Mouvement des citoyens, puis membre du bureau du Pôle républicain de Jean-Pierre Chevènement, chargée du droit des femmes. En 2002, candidate aux législatives dans la 9e circonscription de Paris (2,24 % des suffrages exprimés).

Puis journaliste à l’hebdomadaire Marianne, au Figaro, invitée dans l’émission Ce soir (ou jamais !), chroniqueuse sur France Ô. Chroniqueuse sur Europe 1. Engagée comme chroniqueuse dans l’émission On n’est pas couché présentée sur France 2. Confie au Nouvel Observateur qu’elle perçoit 1 400 euros par émission – ne participera pas à une quatrième saison.

« Talk d’actu »

« Après Paris Première, c’est au tour d’Europe 1 d’évincer la journaliste, vient de faire savoir puremedia.com. Depuis 2012, elle était en charge de la revue de presse dans la matinale de Thomas Sotto, mais également co-animatrice tous les samedis de l’émission Médiapolis avec Oliver Duhamel. Elle a reçu une lettre mettant un terme à tous ses contrats avec son employeur. ‘’Je suis surprise d’avoir reçu ce courrier. Je m’explique difficilement cette décision, affirme la journaliste. Pour l’instant, je suis donc sans rien. Je cherche du travail’’. a-t-elle confié au site média. Elle serait toutefois en discussion avec la chaîne C8 ainsi que Thierry Ardisson pour rejoindre sa bande du dimanche. »

Il y a une vie après un poste de ministre. Mais quelle vie ? Roselyne Bachelot , 70 ans. Reconvertie dans les médias depuis 2012 (D8, RTL, France 2 etc.) Elle « animait 100% Bachelot » sur  RMC. C’est fini, nous dit Le Point. Elle va rejoindre LCI à la rentrée. Avec Julien Arnaud ex-journaliste d’iTélé passé l’an dernier sur LCI, Roselyne présentera « un grand talk d’actu au sein de la tranche 10-12 heures du lundi au vendredi ». « Sa personnalité et sa liberté de ton vont renforcer LCI dans sa position de chaîne de débat d’idées », fait valoir Thierry Thuillier, directeur général de la chaîne. C’est mot pour mot (ou presque) ce que disait RMC avant de s’en séparer.

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PMA pour toutes : oui ou non ? C’est le président Macron qui, seul, répondra à la question

 

Bonjour

Samedi 24 juin 2017 :  quarantième anniversaire de la « Marche des fiertés » LGBT. A Paris ce sera entre les places de la Concorde et de la République. Formidable symbolique tricolore. Quatre catégories et un slogan unique : « La PMA pour toutes, sans condition ni restriction, c’est maintenant ».

Symbolique : Le Monde souligne que, pour la première fois, l’Etat français est partenaire de cet événement festif – et ce par le biais du soutien de la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah). « On mesure le chemin parcouru, observe Yohann Roszéwitch, conseiller à la Dilcrah. Les premiers militants réclamaient le droit à la différence dans un contexte où l’homosexualité était encore pénalisée. Puis est venue la revendication du droit à l’indifférence. Aujourd’hui, c’est l’égalité de traitement qui est réclamée. »

C’est maintenant

« La PMA pour toutes, sans condition ni restriction, c’est maintenant ». Egalité de traitement ? « La PMA n’est pas un traitement qui guérit la stérilité, mais un accès à des techniques médicales qui permettent d’avoir des enfants, affirme Alexandre Urwicz, président de l’association des familles homoparentales (ADFH). Pourquoi la réserver aux couples hétérosexuels ? »

Telle est bien la question, politique, qui doit être posée : la PMA est-elle un « traitement qui guérit la stérilité » ? N’est-elle, au contraire, qu’un « accès à des techniques médicales qui permettent d’avoir des enfants ». L’autre question est de savoir qui doit, désormais, y répondre en France. Où l’on en revient aux responsabilités du politique face au questionnement éthique. On sait que durant le précédent quinquennat François Hollande n’a cessé de louvoyer autour du sujet. Et nous savons qu’une nouvelle dynamique semble être en marche avec Emmanuel Macron.

Monde meilleur

Le nouveau président se souvient-il du candidat qui se déclarait « favorable à une loi qui ouvrira la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires » ? Mais qui ajoutait en même temps : « afin de ne pas réitérer les erreurs du passé, le calendrier de cette réforme sera soigneusement préparé. J’attendrais que le Comité national d’éthique ait rendu son avis pour pouvoir construire un consensus le plus large possible ».

Nous y sommes : le CCNE rendra public mardi 27 juin son « avis » sur le sujet. Et des « indiscrétions » font que l’on sait que le fruit collectif de ses cogitations pencherait du côté de l’ouverture à laquelle le président est favorable. Où l’on voit que le monde est sinon le meilleur du moins assez bien fait, puisque jusqu’ici les sages du vieux Comité étaient opposés à ce que la PMA sorte du champ qui l’avait vu naître : celui de la thérapeutique de la stérilité.

Et ensuite ? « Nous attendons un signal fort du gouvernement,  dit Clémence Zamora-Cruz, porte-parole de l’Inter-LGBT, organisatrice de la marche. Il ne peut pas continuer à se cacher derrière un avis du CCNE. Ce n’est pas une question éthique, mais une question d’égalité des droits. » Le gouvernement Philippe II ? Personne ne semble être en charge du dossier. Et en toute hypothèse il faudra attendre la prochaine révision de la loi de bioéthique programmée, au plus tôt, pour l’année 2018. Et donc le vote d’une Assemblée où les nouveaux députés du Président sont omniprésents.

Combats farouches

« Seul Benjamin Griveaux, ancien porte-parole du mouvement du président, a montré de l’intérêt pour la cause LGBT, observe Le Monde. Il a été nommé au gouvernement mercredi 21 juin… secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’économie, donc sans possibilité d’intervenir dans ce dossier. En revanche, il n’a pas échappé aux militants que deux personnalités promues par M. Macron avaient farouchement combattu la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe lorsqu’ils étaient députés Les Républicains : le ministre des comptes et de l’action publique, Gérald Darmanin, et le tout récent secrétaire d’Etat au Quai d’Orsay, Jean-Baptiste Lemoyne. Quant au député de Guadeloupe, Olivier Serva, il a conservé son investiture LRM malgré des propos homophobes passés – dont il s’est excusé depuis. »

Au final, démocratie ou pas, il apparaît que c’est bien le président de la République qui, en personne, décidera de l’issue de ce débat éthique majeur. Viendront, aussitôt, les questions majeures de réarrangement des dispositions historiques de filiation et de prise en charge (ou pas) par la collectivité d’une procréation médicalement assistée qui ne sera plus, stricto sensu, une thérapeutique.

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Jupiter- tabac : le prix n’augmentera pas avant les calendes de la seconde année du quinquennat  

Bonjour

Des politiques présentées comme différentes peuvent avoir les mêmes effets. Le 4 juillet, le Premier Ministre Édouard Philippe II prononcera devant l’Assemblée nationale son discours de politique générale. L’ancien maire du Havre a donc demandé expressément aux principaux ministres de faire remonter une note de dix pages détaillant la vision de leur propre travail ministériel ; une « feuille de route ». Et le Premier ministre d’en faire son miel politique : y puiser sources d’inspiration et imposer ses premiers arbitrages.

Agnès Buzyn, ministre de la Santé (et des Solidarités) a fait le travail demandé par Matignon et, curieusement, la feuille de route a « fuité » (sans que l’origine de la fuite soit encore localisée). Nous avons vu que L’Argus de l’assurance avait été privilégié. Le site des buralistes a aussi observé que L’Argus avait tweeté : « Feuille de route d’Agnès Buzyn : la lutte contre le tabagisme sera intensifiée en augmentant dès 2018 le prix du tabac ». Confirmation, ce vendredi 23 juin, par Les Echos : « Agnès Buzyn veut intensifier la lutte contre le tabagisme, en augmentant rapidement et fortement, dès 2018, le prix du tabac ».

On se souvient que Mme Buzyn avait expliqué au Parisien « ne pas être contre » la promesse du candidat Macron de passer à un paquet à 10 euros. On voit désormais que cette promesse (essentielle contre la principale cause évitable de mort prématurée) s’éloigne à grand pas. Où l’on comprend que des politiques présentées comme nouvelles, consensuelles et différentes peuvent, en même temps, être strictement équivalente aux anciennes.

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Véridique : les buralistes réclament une politique de lutte efficace contre le tabagisme

Bonjour

Agnès Buzyn, nouvelle ministre de la Santé (et des Solidarités) reste silencieuse sur le principal dossier de santé publique dont elle a la charge : la lutte contre le tabagisme. Elle semble, avec ses nouvelles fonctions, avoir oublié ce que furent ses convictions quand elle était à la tête de l’Institut National du Cancer. Le cas est connu : il est des maroquins républicains qui font perdre la mémoire.

La mémoire est-elle une spécialité des buralistes ? Le président de leur Confédération vient d’adresser un courrier à la ministre de la Santé. Et le site des buralistes en révèle l’essentiel. Cela donne des phrases aussi formidables que celles-ci :

 « Il va de soi que nous ne sommes en rien opposés à une politique de lutte contre le tabagisme efficace, parfaitement conscients que nous sommes des risques que le tabac représente en termes de santé publique. Nous avons d’ailleurs à plusieurs reprises proposé aux ministres de la santé successifs que le réseau des buralistes soit associé à cette politique, par exemple à travers la vente de substituts nicotiniques. Puisque le fait est là : les buralistes sont au contact quotidien des fumeurs. »

 Une consommation intacte

Les buralistes font aussi une lecture politique de la situation passée et présente. Il observent « les mauvais résultats de notre politique de lutte contre le tabagisme, au regard de la situation observée dans des pays voisins ». Et selon eux l’incurie des gouvernements précédents « pourrait conduire les pouvoirs publics à remettre en question les grandes orientations prises sans succès depuis des décennies ». Où l’on revient sur l’abcès du « paquet neutre » voulu et imposé par Marisol Touraine, ex-ministre. « Les premiers chiffres enregistrés en France laissent penser que la consommation de tabac n’en a pas été affectée » estiment les buralistes qui rêvent encore de le voir disparaître.

L’augmentation des prix ? « Cette mesure est en réalité illusoire, comme le montre la progression – constatée d’année en année et mesurée officiellement par la direction générale des douanes – du marché parallèle du tabac (c’est-à-dire l’ensemble des produits de tabac achetés hors du réseau officiel des buralistes : contrebande et trafics divers, achats transfrontaliers, achats sur Internet, …) » estiment-ils. On avoue, ici, ne pas être certain de percevoir toutes les finesses du raisonnement buralistique.

 Au final les buralistes espèrent avoir donné un aperçu à la ministre de la complexité du problème de la lutte contre le tabagisme. « Sans doute les priorités que nous réclamons méritent-elles quelque attention de la part des pouvoirs publics, concluent-il. Sans oublier la pédagogie à laquelle nous savons que vous êtes attachée et qui, probablement, n’a pas été suffisamment développée, notamment en milieu scolaire ». Quand on connaît la proportion des adolescents qui fument en France (et achètent du tabac à des buralistes qui ne devraient pas leur en vendre), ce probablement est tout bonnement admirable.

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Scoops : avec Agnès Buzyn le tiers payant va devenir «généralisable». Rien sur le tabac 

 

Bonjour

C’est un scoop. Ou une fuite savamment organisée. Dans une note au Premier ministre, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, détaille le contenu et le calendrier des actions qu’elle entend mener notamment sur les dépenses de santé, les dépassements d’honoraires, le RSI, ou encore la Sécu étudiante. Sans oublier la réforme des retraites. L’Argus de l’assurance dévoile les grandes lignes de ce document qu’il a pu consulter :

« ‘’Une forte inflexion dans la conduite de la politique de santé’’ : telle est la ligne directrice de la nouvelle ministre des Solidarités et de la Santé. Dans une note d’une dizaine de pages à l’attention du Premier ministre Edouard Philippe, Agnès Buzyn détaille les nombreuses réformes qui devront être déployées en matière de santé et de retraite pendant la législature qui s’ouvre. Plusieurs d’entre elles sont de nature à entraîner de nouvelles recompositions dans le secteur de la protection sociale complémentaire. »

Schizophrénie étatique

L’Argus de l’assurance y perçoit la fin des mutuelles étudiantes et annonce le « passage à la trappe » du RSI (adossé au régime général « dès le 1er janvier 2018 »). Il faudra aussi compter avec l’objectif d’un « reste à charge zéro à l’horizon 2022 » pour l’optique ainsi que pour les prothèses dentaires et auditives. Une cible qui « suppose de gagner en efficience tout au long de la chaîne de valeur, de définir un panier de soins indispensables, à tarifs opposables, en fixant des plafonds de prix, et un partage de la prise en charge entre assurance maladie obligatoire et complémentaire ».

Autre terrain à déminer : le chantier des dépassements d’honoraires (la ministre souhaite, sans plus de précision, inciter les professionnels de santé à les modérer). Quant au tiers payant, il reste à l’ordre du jour, mais devient « généralisable » et non plus « généralisé ». Un projet en ligne avec les récentes déclarations du Premier ministre qui, dans une interview au Parisien le 7 juin dernier, se déclarait « dubitatif » à propos du tiers payant généralisé voulu, réclamé et plus ou moins obtenu par Marisol Touraine, aujourd’hui disparue du paysage politique.

L’innovation figure aussi en bonne place parmi les projets de la nouvelle ministre, à commencer par numérique (développement de la télémédecine, d’une médecine prédictive, etc.). Tout ou presque sur les prothèses. Rien quant à la lutte contre le tabac, première cause évitable de mortalité prématurée. Les présidents et les gouvernements changent, la schizophrénie étatique reste.

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Infections urinaires : diriez-vous oui à un vaccin protecteur contre Escherichia coli ? 

 

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C’est une information mandée de Genève. Des chercheurs des Hôpitaux universitaires et de la Faculté de médecine de la ville mettent la dernière main à l’élaboration d’un vaccin protecteur contre les infections urinaires dues à la bactérie Escherichia coli. Tout est expliqué dans une publication de The Lancet Infectious Diseases : « Safety, immunogenicity, and preliminary clinical efficacy of a vaccine against extraintestinal pathogenic Escherichia coli in women with a history of recurrent urinary tract infection: a randomised, single-blind, placebo-controlled phase 1b trial ». Une publication datant de février dernier mais remise en lumière après la signature d’un accord avec une partenaire industriel. Ce travail avait été financé par GlycoVaxyn et Janssen Vaccines.

Les chercheurs rappellent le potentiel infectieux d’Escherichia coli de plus en plus fréquemment retrouvée en milieu communautaire et hospitalier dans le monde entier. Rappelons que, découverte en 1885 par Theodor Escherich, dans des selles de chèvres, ce coliforme fécal est généralement commensal. Certaines souches peuvent être pathogènes, à l’origine notamment d’infections digestives ou urinaires.

« L’émergence de la bactérie et de ses conséquences entraînent un nombre plus important d’échecs de traitement des infections, d’admissions à l’hôpital et même de mortalité, ainsi qu’une augmentation des coûts annuels de deux milliards de dollars aux Etats-Unis. Ces raisons confirment l’urgence de trouver un vaccin contre ce problème de santé publique. Le développement d’un vaccin spécifique Escherichia coli dans des localisations extra-intestinales, permettrait de prévenir des infections urinaires sans ingérer de solutions anti-microbiennes et offrirait un avantage clinique important. »

Résultats en demi-teinte

Il existe deux tableaux principaux : la cystite (infection de la vessie) et la pyélonéphrite (infection du rein). Pour des raisons anatomiques les femmes sont plus exposées à ce risque que les hommes. Entre 50 et 60% d’entre elles contractent une infection urinaire au moins une fois dans leur vie. Parmi les infections dites non compliquées (non associées à des troubles des voies urinaires), 75 à 85% sont dues à Escherichia coli. Et après une infection urinaire non compliquée, 25% des femmes en contractent une nouvelle dans les 6 à 12 mois suivants et 5% en contractent plusieurs dans l’année. Il existe bien, en d’autres termes, un marché pour un vaccin.

Sous la direction du Pr Stephan Harbarth et de la Dre Angela Huttner les chercheurs suisses ont mis au point un candidat vaccin contenant des antigènes de quatre sérotypes de cette bactérie. Durant le premier semestre de 2014 cette préparation a été administrée à 93 femmes – tandis que 95 recevaient un placebo. Il s’agissait de volontaires âgées de 18 à 70 ans, en bonne santé mais avec des antécédents d’infections urinaires récurrentes depuis au moins cinq ans.

Résultats en demi-teinte : 52% des vaccinées n’ont pas souffert d’infection urinaire pendant les neuf mois de mois de l’étude – contre 41% des femmes ayant reçu le placebo. D’autre part 36% des vaccinées et 48% des receveuses de placebo ont contracté au moins une infection. « Finalement, les chercheurs peuvent affirmer que le nombre de patientes sans infection au cours de la période de l’étude était d’environ 20% plus élevé chez les vaccinées que chez les autres, et que le nombre moyen d’épisodes récurrents a été réduit d’environ 40%, souligne-t-on à Genève. D’autres études sur des doses plus élevées et les différentes formulations du vaccin candidat seront poursuivies. »

Le marché existe, les travaux continuent.

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« Tabac chauffé » sans danger pour la santé : mais de qui Philip Morris se moque-t-il ?  

Bonjour

Ancien de Colgate Palmolive, Frédéric de Wilde est aujourd’hui le président de Philip Morris International Europe. Le site des buralistes français nous apprend qu’il a accordé un entretien à Losange, leur « magazine 100% »  ; entretien éclairant en ce qu’il donne de nouvelles précisions sur la grande nouveauté de sa firme : le « tabac fumé » (marque Iqos) que son groupe vient de lancer sur certains marchés-tests en France 1.

Frédéric de Wilde : « En dehors de la Chine et des États-Unis, environ trois cigarettes sur dix vendues sont fabriquées par le groupe Philip Morris International. Il y a environ 1,1 milliard de fumeurs actuellement sur notre planète. L’Organisation mondiale de la Santé estime que ce nombre évoluera peu jusqu’en 2025. Notre groupe se devait donc d’offrir une alternative à nos consommateurs adultes, avec des produits potentiellement moins nocifs. »

Pleinement nocifs

Ainsi donc Philip Morris reconnaît publiquement qu’il commercialise, à haute dose, des produits pleinement nocifs. Question des buralistes : « quid de la validité scientifique du ‘’risques potentiellement réduits’’ » ? Frédéric de Wilde :

« PMI conduit des recherches approfondies sur Iqos pour en vérifier le potentiel de réduction du risque de maladies liées au tabagisme par comparaison avec la fumée de cigarette. Notre recherche est très avancée et s’inspire des normes et des pratiques adoptées depuis longtemps dans l’industrie pharmaceutique comme des recommandations et orientations de la Food and Drug Administration aux États-Unis pour les produits de tabac à risque modifié. Les données à ce jour pointent clairement en direction d’une réduction des risques par comparaison avec la fumée. »

« La vapeur d’Iqos contient, en moyenne 90 à 95 % de niveaux inférieurs, de constituants nocifs et potentiellement nocifs – à l’exclusion de la nicotine – par rapport à la fumée provenant d’une cigarette de référence conçue à des fins de recherche scientifique ; comme mesuré selon les modèles de laboratoire, la vapeur générée par Iqos est significativement moins toxique que la fumée de cigarette ; les fumeurs qui ont complètement adopté Iqos, dans deux études cliniques sur une semaine et deux études sur trois mois, ont réduit leur exposition à 15 constituants nocifs. Les niveaux d’exposition mesurés ont approché ceux observés chez les personnes qui ont cessé de fumer pendant la durée des études ».

Tour de bras

Nocif ou pas Philip Morris implante Iqos à tour de bras. Outre le Japon l’objet est commercialisé dans quatorze pays européens : Danemark, Allemagne, Grèce, Italie, Lituanie, Monaco, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Espagne, Suisse, Royaume-Uni – et la France depuis le mai 2017.

 Ancien de Colgate Palmolive, Frédéric de Wilde ne nous dit pas tout sur le sujet. A commencer par ce qui se passe en Suisse. Il faut ici consulter vapolitique.blogspot.fr : « Philip Morris avoue la pyrolyse de l’Iqos mais tente de faire retirer l’étude lausannoise » (Philippe Poirson).   Où il est question de la pyrolyse, cette décomposition chimique d’un composé organique dû à une augmentation importante de sa température et qui génère d’autres produits qu’il ne contenait pas.

« La fumée dégagée par l’Iqos contient des éléments provenant de pyrolyse et de dégradation thermochimique qui sont les mêmes composés nocifs que dans la fumée de cigarette de tabac conventionnelle », souligne une étude conduite par une équipe de recherche lausannoise publiée dans JAMA Internal Medicine le 22 mai dernier.

« Nous n’avons jamais affirmé que l’Iqos est dépourvu de processus pyrolytiques, bien connus pour augmenter avec l’augmentation de la température, et qui sont responsables de la plupart des composés nocifs ou potentiellement nocifs (HPHC) restant trouvés dans l’aérosol de l’Iqos. Cependant, aucune combustion ne se produit dans l’Iqos » peut-on lire dans la réponse publiée le 30 mai sur le site de Philip Morris. Puis, début juin, Jean-Daniel Tissot, doyen de la faculté de biologie et médecine de l’Université de Lausanne, a reçu un courrier de Philip Morris exigeant le retrait de l’étude…

Silence de la nouvelle ministre

« En d’autres termes, réduire les cigarettes classiques allumées à un processus de combustion complète serait abusif, estime Philippe Poirson. Or ce sont les résidus de combustion incomplète et pyrolyse qui forment les composés les plus nocifs du tabagisme, point bien connu des spécialistes sérieux sur la question. (…) la génération de monoxyde de carbone (CO) en est un élément clef. Sa présence atteste de combustion incomplète ou de pyrolyse. Le processus de dégradation des composés en absence d’oxygène produit du CO en place du CO2 dégagé en combustion complète. L’étude lausannoise confirme la présence de CO dans la fumée produite par l’Iqos. De son côté, les cadres scientifiques de Philip Morris en contestent le taux mesuré mais pas sa présence. Difficile dans ces conditions d’accorder crédit aux médias présentant l’Iqos comme produit « smokeless » sans fumée. »

En France, face aux allégations d’une moindre nocivité les autorités sanitaires font comme si rien n’existait. La nouvelle ministre de la Santé fait comme celle qui l’a précédée. Aucune réponse fournie aux fumeurs qui s’interrogeront. Comme avec la cigarette électronique, aucune étude, aucun conseil qui s’inscrirait dans une politique citoyenne du moindre risque.

A demain

1 « IQOS, le « tabac chauffé à moindre nocivité » arrive en France. Silence des autorités » Journalisme et santé publique, 14 avril 2017