Promotion de l’hydroxychloroquine: Philippe Douste-Blazy nie toute forme de conflit d’intérêts

Bonjour

07/04/2020. Comme un bref retour dans un monde ancien. C’est un sous-chapitre dans une affaire moderne devenue tentaculaire. Philippe Douste-Blazy, ancien ministre est aujourd’hui l’un des thuriféraires les plus connus du Pr Didier Raoult (IHU Méditerranée Infection), l’un des promoteurs les plus médiatisés de l’hydroxychloroquine (Plaquenil, Sanofi Aventis) dans le traitement du Covid-19. Il a notamment initié une pétition (#NePerdonsPlusDeTemps) qui a recueilli, en quelques jours, près de 400 000 signatures.

L’ancien ministre était ce matin l’invité d’Europe 1. Il a repris son propos, préconisant le traitement préconisé par le Pr Raoult associant hydroxychloroquine et azithromycine. « Les médecins italiens, portugais et marocains voient que lorsqu’ils donnent ce médicament tôt, ils ont une baisse des symptômes de leurs patients » a-t-il plaidé.  On sait que, pour l’heure, son confrère Olivier Véran, qui occupe le siège qu’il occupa, se refuse à généraliser sur le territoire l’usage de la chloroquine.

« (…) Pardon, mais ce n’est pas monsieur Douste-Blazy, qui a été ministre de la Santé, et qui sait très bien comment les choses fonctionnent,  qui va décider tout seul, contre les sociétés savantes contre des centaines d’experts . Je ne peux pas la prendre seul sans l’aval des sociétés savantes, contre des centaines d’experts de toutes les sociétés savantes….  déclarait-il dans une interview pour Brut (32’) en fin de semaine dernière. Si je le faisais je ferai un pari sur la santé des Français. je suis allé aussi loin que je le pouvais à ce stade pour autoriser la prescription de la chloroquine, j’ai mouillé ma propre chemise (…) »

« Il y aurait conflit d’intérêts si j’avais une rémunération »

Ce matin, sur Europe 1, Philippe Douste-Blazy tacle bien au-delà du ministre en exercice. Il aborde la grande question de l’articulation entre le scientifique et le politique.  « (…) Ma démarche n’est pas politique, elle est purement scientifique. (…) explique-t-il. Est-ce que c’est une société savante qui doit ou pas décider pour le politique ? (….) Le rôle du politique, dans les périodes difficiles, c’est de choisir. »

Il ajoute que « l’Agence Régionale de Santé montre que le taux de mortalité entre les gens hospitalisés et les gens qui décèdent est le plus bas chez les patients que le Pr Raoult traite à Marseille parce que ce traitement y est donné ». Trouve d’autres arguments, plaide, veut convaincre.

Puis viennent les questions des auditeurs, et cette observation, plusieurs fois formulée : le Pr Philippe Douste-Blazy fait partie du Conseil d’administration de l’Institut Hospitalo-Universitaire Méditerranée Infection du Pr Didier Raoult. On perçoit la flèche. Comment comprendre ? L’ancien ministre explique bien volontiers qu’il ne s’en est jamais caché – et qu’il n’est pas le seul. Il en est membre « au même titre que d’autres professeurs de médecine, que d’autres chercheurs et en particulier M. Delfraissy qui est le président du Comité national d’éthique ». 

Un problème ? « Il y aurait conflit d’intérêts si j’avais une rémunération, si j’avais des billets d’avion qui m’étaient payés, si j’avais des restaurants, si j’avais des intérêts… explique-t-il. Or il n’y a aucun. Jamais de ma vie… Personne, personne ne pourra jamais trouver qu’il y a eu un intérêt. Non, je le fais parce que je suis tout simplement un médecin. Parce que je trouve que ce que fait le Pr Raoult est extrêmement remarquable (….) »

A demain @jynau

La guerre contre l’épidémie nous fera-t-elle oublier celle pour la survie de l’hôpital public ?

Bonjour

07/04/2020. Mémoire: songer à ne pas la perdre. C’est un épisode de campagne qui, soudain, nous rappelle où nous étions encore il y a quelques semaines. Vendredi 2 avril lors d’une conférence de presse téléphonique concernant la situation épidémique dans le Grand Est, Christophe Lannelongue a expliqué, foi du charbonnier, qu’il n’y avait « pas de raison de remettre en cause » le comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers. Un « COPERMO ». Ce dernier prévoit notamment la suppression sur cinq ans de 174 lits (sur 1 577 en 2018) et de 598 postes au CHRU de Nancy (sur environ 9 000). « Nous aurons quelques semaines de retard mais la trajectoire restera la même », a-t-il osé.

C’est peu dire que ces propos ont suscité la colère dans une France qui découvre les vertus des soignants et celles de l’hôpital public ; une France qui réinvente chaque soir les rites de la communion laïque et solidaire. Sur les réseaux sociaux, les déclarations de M. Lannelongue ont déclenché une vague indignée :  de réactions outrées : « incompréhensible », « inadmissible », « irresponsable », « inhumain », « monstrueux ».

Olivier Véran a vite pris le pouls de cette ire : le ministre des Solidarités et de la Santé a dû tweeter le dimanche 5 avril : « à Nancy comme partout, l’heure est à la mobilisation de tous pour faire face au #COVID19 ». « L’heure viendra de tirer les enseignements de cette crise sans précédent & de refonder notre Hôpital. Tous les plans de réorganisation sont évidemment suspendus à la grande consultation qui suivra ».

« Coûte que coûte »

Maigre tweet qu’il lui a fallu développer dès le lendemain, lors d’une nouvelle conférence de presse. Où l’on entendit le ministre annoncer, avec l’emphase minimale qui est parfois la sienne, la nécessité de « suspendre la portée » des projets et réorganisations hospitalières engagées avant la crise due au Covid-19, – et ce jusqu’à la réalisation de « l’inventaire de l’épidémie avec les soignants ».

« La crise du Covid-19 change la donne hospitalière. Ce changement s’inscrira, à n’en pas douter, dans la durée. Pour sortir de la crise, il conviendra donc, au-delà de l’indispensable reconnaissance due au personnel hospitalier, […] de réinterroger en profondeur nos réflexes et nos manières de penser en matière de gestion hospitalière, pour préparer grand plan d’investissement de notre système de santé » a-t-il annoncé ; il faisait ici référence au « plan massif » pour l’hôpital après la crise sanitaire promis le 25 mars, à Mulhouse, par Emmanuel Macron.

« D’ici là, il convient de considérer avec humilité les projets, les réorganisations engagées avant cette crise, et d’en suspendre toute la portée, jusqu’à ce que l’inventaire de cette épidémie, tout l’inventaire, ait pu être effectué avec tous les soignants. Car l’hôpital devra s’armer pour répondre avec résilience aux épidémies, tout en poursuivant ses missions fondamentales, notamment vis-à-vis des maladies chroniques ou des pathologies fonctionnelles. »

Où l’on retrouve, dans les mots ministériels, le redoutable concept d’humilité. Il tranche désormais radicalement avec les certitudes assénées, sous les ors de la République, hier encore, par l’exécutif en général, le sanitaire en particulier. Quand il fallait « coûte que coûte » réduire le nombre des lits pour mieux voguer vers « l’hôpital-entreprise ». Quand on avait oublié la réalité du risque épidémique. Il conviendra de s’en souvenir.

A demain @jynau

Remdesivir: le bien peu banal communiqué de Gilead sur son médicament expérimental

Bonjour

05/04/2020. C’est une « lettre ouverte » de Daniel O’Day, CEO de Gilead Sciences, influente société pharmaceutique américaine spécialisée dans les médicaments antiviraux. Elle nous parle aujourd’hui de son  remdesivir, initialement développé contre la maladie à virus Ebola. Une molécule déjà au cœur des espoirs et de polémiques pharmaceutiques autour du Covid-19. Que nous dit le CEO dans sa lettre ouverte datée du 4 avril ?

« Au cours de la semaine dernière, Gilead a travaillé, en collaboration avec les autorités de santé, à la mise en place de programmes d’accès complémentaires pour mettre à disposition des patients, notre médicament expérimental contre le Covid-19, remdesivir, écrit-il. Ces programmes permettent à certains hôpitaux ou médecins de demander l’utilisation de remdesivir pour plusieurs patients gravement malades qui ne peuvent pas participer aux essais cliniques en cours. »

Il ajoute que l’Agence européenne des médicaments a annoncé hier ses recommandations pour la mise en œuvre par les Etats membres de programmes d’accès complémentaires au remdesivir : « EMA provides recommendations on compassionate use of remdesivir for COVID-19 ». Et le CEO de poursuivre :

« En plus de ces programmes, Gilead continue de mettre à disposition remdesivir pour les enfants et les femmes enceintes, sur la base de demandes individuelles d’usage compassionnel. Au total, depuis le début de la pandémie, ce sont plus de 1 700 patients qui ont déjà été traités dans le monde grâce à ces usages compassionnels individuels. »

Avant de faire œuvre de transparence :

« Le remdesivir reste un médicament expérimental qui n’a été approuvé par les autorités nulle part dans le monde. La sécurité et l’efficacité du traitement ne sont pas encore connues et même si nous connaissons l’urgence, notre responsabilité et notre éthique nous imposent de déterminer si ce médicament est efficace et sûr.

« C’est pour cela que de nombreux essais cliniques sont en cours avec le remdesivir, pour des milliers de patients atteints de Covid-19 à travers le monde. Nous savons l’urgence à trouver des solutions larges et efficaces. Ainsi, notre engagement est total et nous mettons tout en œuvre par tous les moyens possibles pour donner accès au remdesivir : essais cliniques, programmes d’accès complémentaires, usage compassionnel individuel.

Encore faut-il que l’intendance suive :

« Pour fournir suffisamment de produit pour les essais cliniques, l’usage compassionnel individuel et le programme d’accès complémentaire, nous avons dû augmenter nos stocks en partant de zéro. Depuis le mois de janvier, nous avons accéléré la production du traitement. Dès que nous avons eu connaissance du fait que le remdesivir pourrait être un traitement potentiel contre le nouveau coronavirus, nos équipes ont travaillé pour mettre en place une production à grande échelle. Et ceci alors même qu’ils existent encore de nombreuses inconnues concernant la durée de l’épidémie, son ampleur et alors même que nous ne savons pas encore si le remdesivir est un médicament sûr et efficace contre le Covid-19. »

A quand une lettre ouverte de Sanofi-Aventis sur son hydroxychloroquine ?

Suit une longue description des efforts consentis par Gilead Sciences pour développer la production d’un médicament qui n’a toujours pas fait la preuve de son efficacité  – « parce que nous devons être prêts au cas où les patients auraient besoin du remdesivir ».

« Nous savions qu’il serait difficile de produire les quantités nécessaires dans un laps de temps si court. L’un de nos défis est le temps nécessaire pour produire le remdesivir. Il s’agit, en effet, d’une production longue, nécessitant de recourir à des techniques chimiques spécialisées comportant de multiples réactions chimiques, dont certaines peuvent prendre plusieurs semaines. Avant d’obtenir des unités de traitements prêts à être administrés aux patients, nous devons nous procurer des matières premières rares et avoir accès à des usines de fabrication en conditions stériles dont les capacités sont limitées au niveau mondial. »

Et dans ce contexte les  équipes de Gilead Sciences sont arrivées à diminuer le temps de production « qui devait être d’environ un an à environ six mois ». Mieux : en deux mois Gilead Sciences a considérablement augmenté sa capacité de production du remdesivir. Son stock s’élève aujourd’hui à 1,5 million de doses individuelles – ce qui pourrait permettre à plus de 140 000 patients d’être traités. Mieux encore :

« Les 1,5 million de doses individuelles seront mises à disposition pour l’usage compassionnel individuel, les programmes d’accès complémentaires et les essais cliniques et seront données pour une distribution plus large, après obtention d’éventuelles autorisations réglementaires dans le futur. Nous sommes, encore une fois, conscients de la responsabilité qui est la nôtre en disposant d’un traitement potentiel et nous pensons que le mettre à disposition des patients gratuitement est une nécessité pour faciliter l’accès aux patients le plus rapidement possible, face à l’urgence sanitaire causée par cette pandémie. »

Plus loin un objectif ambitieux : produire plus de 500 000 traitements d’ici octobre et plus d’un million d’ici la fin de cette année. « Nous maintenons un effort constant et intense, tout en attendant de connaître les données cliniques qui permettront de savoir si remdesivir est un médicament sûr et efficace » conclut le CEO.

Ne pas pécher par naïveté, certes. Mais observer néanmoins, en temps de pandémie, l’évolution rapide de la communication de l’un des géants de Big Pharma. Et attendre que le même phénomène se produise à la direction de Sanofi Aventis, toujours aussi ambiguë quant à l’usage qui peut ou non être fait de son hydroxychloroquine (Plaquénil) contre le Covid-19.

A demain @jynau

«Guerre» et virus : lettre d’Annie Ernaux à Emmanuel Macron, président de la République

Bonjour

02/03/2020. On applaudira ou pas. C’est, aussi, un symptôme. Elle cite Boris Vian et Alain Souchon. « Monsieur le Président/Je vous fais une lettre/ Que vous lirez peut-être/ Si vous avez le temps.» Et « Rien ne vaut la vie ». C’est une courte lettre, datée du 30 mars, adressée à Emmanuel Macron, signée Annie Ernaux et publiée au jourd’hui dans la percutante collection Tracts de Gallimard 1.

On ne présente plus Annie Ernaux , « femme de lettres » dont l’œuvre littéraire, pour l’essentiel autobiographique tisse des liens étroits entre sa vie et la sociologie. Aujourd’hui elle s’attaque au président de la République en contestant l’usage qu’il a fait (et qu’il continue de faire) du mot « guerre ».  

« Aujourd’hui, quoique vous le proclamiez, nous ne sommes pas en guerre, l’ennemi ici n’est pas humain, pas notre semblable, il n’a ni pensée ni volonté de nuire, ignore les frontières, les conditions sociales, se reproduit à l’aveugle en sautant d’un individu à un autre, écrit-elle. Les armes, puisque vous tenez à ce lexique guerrier, ce sont les lits d’hôpital, les respirateurs, les masques et les tests, c’est le nombre de médecins, de scientifiques, d’infirmières et d’aides-soignants, c’est la recherche médicale. »

L’attaque suit, en règle :

 « Or depuis que vous dirigez la France, vous êtes resté sourd aux cris d’alarme du monde de la santé qui depuis des mois réclamait des moyens et ce qu’on pouvait lire sur la banderole d’une manif en novembre dernier – L’État compte ses sous, on comptera les morts – résonne tragiquement aujourd’hui. Vous préfériez prêter l’oreille aux intérêts privés, à ceux qui prônent le désengagement de l’État, l’optimisation des ressources, dans ce langage technocratique dépourvu de chair qui noie le poisson de la réalité.

Mais regardez, ce sont les services publics qui, en ce moment, assurent majoritairement le fonctionnement du pays, les hôpitaux en premier – les cliniques privées, elles, participent peu à votre effort de guerre – l’Éducation nationale et ses milliers de professeurs, d’instituteurs si mal payés, la Poste, EDF.(…) »

Puis la mise en garde :

« Prenez garde, Monsieur le Président, aux effets de ce temps de confinement, de bouleversement du cours des choses. (…) Nous sommes nombreux à ne plus vouloir de ce monde dont l’épidémie révèle les inégalités criantes, le gouffre qui existe entre le confinement d’une famille de sept personnes dans 60 m2 et celui de résidents secondaires à la campagne ou à la mer. Nombreux à vouloir au contraire un monde où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, soient garantis à tous, un monde dont les solidarités actuelles montrent, justement, la possibilité. »

Avant l’espoir :

« Il se dit que vous avez été élu par les puissances d’argent, les grands groupes et les lobbies, que par conséquent vous ne ferez jamais que la politique qui les favorise. Vous pourriez démontrer demain qu’il n’en est rien. »

A demain

1 Des extraits de cette lettre ont été lus par Augustin Trapenard dans le cadre de l’émission « Lettres d’intérieur » sur France Inter le 30 mars 2020.

Est-il moral d’isoler les résidents des Ehpad ? Voici un appel solennel des médecins soignants

Bonjour

01/04/2020. On ne s’est jamais autant penché qu’aujourd’hui sur les résidents des Ehpad. Après l’avis du Comité national d’éthique sur le confinement des personnes âgées hébergées nous avons appris la publication de celui du Conseil scientifique que l’on peut lire ici. Au gouvernement, à Olivier Véran de nous apprendre en quoi ils s’opposent, en quoi ils sont complémentaires.

Et déjà l’exécutif est ciblé par un autre document, un texte signé du Dr Jean-Paul Ortiz, président de la puissante CSMF. Un appel solennel. Extraits :

« Depuis le début de la crise du COVID-19, les médecins coordonnateurs des EHPAD, et autres structures, alertent sur les conditions d’exercice et le bilan dramatique qu’il faudra affronter lorsque l’épidémie sera terminée.

L’État n’ignore pas cette réalité. Les chiffres de l’épidémie communiqués tous les jours par le Ministère de la Santé ne font jamais état des dramatiques statistiques que nous pouvons imaginer dans les EHPAD et qui, hélas, pourraient représenter jusqu’à 70% des décès en France.
Les médecins libéraux, acteurs majeurs de la médecine libérale et sociale, demandent solennellement de mettre en œuvre de toute urgence les mesures suivantes (nous soulignons):

  1. L’ensemble des soignants, mais aussi tous les acteurs (aides-soignants, auxiliaires de vie, agents d’entretien, etc.) doivent prioritairement bénéficier de tests de dépistage. Et lorsque celui-ci est positif, le personnel concerné doit être mis en quatorzaine.
     
  2. Les résidents des EHPAD qui sont positifs au test, fiévreux et en pneumopathie, doivent être placés dans des établissements de soins de suite et de réadaptation (SSR), pour bénéficier de protocoles d’aides pour les détresses respiratoires mais aussi de protocoles permettant les produits injectables dans leur prise en charge pour assurer une digne fin de vie. Quant aux résidents positifs non décompensés, ils doivent aussi être placés dans un établissement de surveillance spécifique.
     
  3. Que le personnel qui pratique les soins à la personne et plus particulièrement les aides-soignants et infirmier(e)s, soit prioritairement équipé de l’ensemble des protections nécessaires à leur travail quotidien (lunettes, blouses, masques, gants, …). C’est encore trop peu le cas actuellement dans ces structures. »

Pour la CSMF ces trois mesures sont le minimum acceptable pour une prise en charge convenable dans les EHPAD qui ne doivent plus, espère-t-elle, « être un monde parallèle ».

A demain @jynau

1 Créée en 1928, la Confédération des Syndicats Médicaux Français est le premier syndicat de médecins français. Elle regroupe des syndicats de médecins libéraux généralistes et spécialistes et deux structures nationales, Les Généralistes-CSMF (médecins généralistes) et Les Spé-CSMF (médecins spécialistes). Elle fédère également 101 syndicats présents dans chaque département de métropole et d’outre-mer, les médecins à exercice particulier (MEP) et les médecins hospitaliers exerçant en libéral.

Est-il moral d’isoler les résidents des Ehpad ? Voici la réponse du Comité national d’éthique

Bonjour

01/04/2020. L’affaire fait grand bruit, émeut, bouleverse, angoisse. Depuis le 11 mars 2020, le Gouvernement a décidé de la suspension intégrale des visites de personnes extérieures à l’établissement dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées (EHPAD, USLD). Puis, le 28 mars 2020,  le Gouvernement a recommandé très fortement aux directrices et directeurs d’établissement, en lien avec le personnel soignant, de renforcer ces mesures de protection – et ce même en l’absence de cas suspect ou confirmé au sein de l’établissement.

En pratique, dans le cadre de leur pouvoir d’organisation de leur service, les directrices et directeurs peuvent ainsi, après analyse avec le personnel soignant de l’état de santé des personnes et des risques encourus, décider d’une limitation des déplacements des résidents au sein de l’établissement, allant de l’interdiction des activités collectives et des prises de repas collectives à une limitation de l’accès aux espaces communs y compris les ascenseurs, jusqu’à un confinement individuel en chambre.

Mais l’affaire n’était pas aussi simple. Et au regard des enjeux éthiques soulevés par ces mesures, le Gouvernement a souhaité être éclairé par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) sur les conditions dans lesquelles ces décisions peuvent être mises en œuvre, en particulier dans les établissements accueillant des personnes atteintes de troubles cognitifs. Un CCNE bousculé, sollicité après-coup, ce qu’il ne semble guère avoir apprécié 1.

Question: « Au regard de ses avantages sur le plan de la santé publique mais aussi des conditions à mettre en œuvre pour garantir le respect du confinement par les résidents, y compris les résidents atteints de troubles cognitifs, une décision nationale de confinement préventif de l’ensemble des résidents paraît-elle justifiée ? Si oui, quels garde-fous devraient être prévus par le Gouvernement ? »

Le CCNE a rendu son avis le 30 mars 2020. Un texte inhabituellement court (cinq pages) signé de Karine Lefeuvre, présidente par interim du CCNE (depuis le départ du Pr Jean-François Delfraissy). Extraits (nous soulignons) :

« Un renforcement des mesures de confinement pour les résidents des EHPAD et des USLD, voire des mesures de contention pour ceux dont les capacités cognitives ou comportementales sont trop altérées pour qu’ils puissent les comprendre et les respecter, ne saurait être décidé de manière générale et non contextualisée, tant la situation des établissements diffère.

« Le CCNE rappelle vivement que l’environnement familial ou amical dont les résidents ne peuvent plus momentanément profiter est, pour nombre d’entre eux, le lien qui les rattache au monde extérieur et leur raison essentielle de vivre, comme en témoignent de façon unanime les professionnels de terrain. Les en priver de manière trop brutale pourrait provoquer une sérieuse altération de leur état de santé de façon irrémédiable et même enlever à certains le désir de vivre. La prise de conscience de cette situation est aussi de nature à causer à leurs proches une souffrance majeure à laquelle il faut être particulièrement attentif.

« Avant toute prise de décision au cas par cas et pour tempérer la rigueur incontestable des mesures d’isolement et de contrainte, tous les moyens (humains et ressources) doivent être identifiés et mobilisés, dans chaque établissement : personnels disponibles, y compris dans l’environnement de l’établissement, utilisation contrôlée de locaux disponibles et d’espaces extérieurs ou de loisirs, recours aux nouvelles technologies de communication numérique, dans le respect des règles générales de prévention.

« Le déploiement rapide de moyens humains nécessaires pour remplacer les professionnels arrêtés pour maladie afin que les soins de base (se nourrir, se laver, se déplacer) soient toujours assurés, ainsi que des moyens supplémentaires (par exemple, pour assurer la protection sanitaire et l’accompagnement) est nécessaire en ce domaine, en n’omettant pas de prévoir des moyens humains nouveaux en compétences, pour faciliter des médiations à distance entre la famille et les résidents confinés, ainsi que la présence de volontaires bénévoles, souvent indispensables pour permettre, par exemple, l’utilisation effective des nouvelles technologies par des populations qui n’en ont pas toujours la maîtrise, s’agissant des résidents comme des personnes de l’environnement familial (…)

« La préservation d’un espace de circulation physique, même limité, nous semble impératif en dépit des mesures d’isolement, afin d’éviter que le confinement, quelle que soit sa justification au regard des impératifs de santé publique, ne devienne pour ceux qui n’ont plus la liberté de choisir leur cadre et leur mode de vie, une mesure de coercition. Pour les résidents « testés négativement », la visite de proches, eux-mêmes contrôlés négativement, pourrait être autorisée, dans des conditions strictes de sécurité sanitaires . Cette proposition exige évidemment que des tests puissent être proposés à grande échelle. (…)

« Concernant plus particulièrement les personnes présentant des troubles cognitifs, vouloir leur imposer un confinement est extrêmement complexe, pouvant engendrer d’autres risques, notamment la décompensation psychique. Comment imposer une mesure de restriction des libertés qui ne peut pas être comprise, entre autres parce que les enjeux ne peuvent pas être mémorisés ? Les mesures de santé publique et de confinement reposant sur le principe de la compréhension, par chacun, de ces dynamiques de solidarité, qu’en est-il des personnes qui ne sont plus en état d’assumer leur propre responsabilité, mais qui vivent encore à domicile ou en établissement ouvert (résidence autonomie, EHPAD hors secteur fermé) sécurisé par la routine soignante instaurée au quotidien, désorganisée aujourd’hui par défaut de soignants ? Faudra-t-il aller jusqu’à contraindre ces personnes en leur appliquant des mesures de contention, physique ou pharmacologique ?. La réponse à cette question complexe est loin d’être évidente, mais pour chaque situation, cette question doit être posée et la réponse élaborée en fonction du contexte spécifique (…)

« Tout renforcement des mesures de confinement doit ainsi être décidé par le médecin coordonnateur et le directeur de l’établissement, en lien avec les instances et tutelles dont ils dépendent. Il doit être adapté aux capacités de chaque établissement, avec une information, constamment tracée et en toute transparence, des mesures prises à l’adresse des professionnels de santé, des personnels et bénévoles des établissements, des usagers et de leurs familles et des proches aidants, ainsi que des citoyens. Pour la mise en œuvre pratique de ces préconisations, le CCNE rappelle sa recommandation du 13 mars 2020 de mettre en place des cellules éthiques de soutien. »

On précise, auprès d’Olivier Véran que, sur le fondement de cet avis, le ministère des solidarités et de la santé « travaille, avec les représentants du secteur, aux principes généraux et aux actions concrètes à mettre en œuvre pour garantir une application éthique des mesures de protection au sein des établissements ».

Vaste et indispensable travail. A conduire dans la plus extrême urgence alors que l’on commence, dans ces espaces, à faire le recensement des victimes.

A demain @jynau

1 « Au préalable, il conviendra de noter que la réponse à cette saisine, attendue dans des délais très courts compte tenu de l’urgence d’une prise de décision en la matière, est difficilement compatible avec une réflexion éthique approfondie qui suppose un regard pluridisciplinaire sur la question posée et la possibilité d’un dialogue confrontant des opinions pouvant être différentes. Néanmoins, malgré ce temps court, le CCNE a rapidement mis en place un groupe de travail qui s’est réuni le 27 mars 2020, puis a élaboré un projet de lettre de réponse transmis, dans la même journée, à l’ensemble des membres du CCNE, et discuté avec eux ».

Le groupe de travail était composé des personnes suivantes : François Ansermet, Régis Aubry, Sophie Crozier, Pierre Delmas-Goyon, Pierre-Henri Duée, Karine Lefeuvre et Frédéric Worms.

Johnson & Johnson annonce un «candidat vaccin» et, déjà, un milliard de doses en 2021

Bonjour

30/03/2020. C’est la première annonce massue du genre https://www.jnj.com/coronavirus. Est-ce la dernière ? La multinationale américaine Johnson & Johnson (J&J) annonce un « candidat vaccin » contre le COVID-19 et ce grâce à un partenariat historique avec le Ministère de la santé américain. Elle s’engage aussi à fournir  milliard de doses de vaccins dans le monde pour une utilisation d’urgence afin de faire face à la pandémie.

Que l’on se comprenne bien : il s’agit d’un « candidat vaccin » dont les essais de phase 1 chez l’homme sont prévus « au plus tard en septembre 2020 ». Extraits de l’annonce :

« Johnson & Johnson a commencé ses efforts de recherche en janvier 2020, dès que la séquence du coronavirus (COVID-19) est devenue disponible, pour rechercher des candidats vaccins potentiels. Les équipes de recherche de Janssen, en collaboration avec le Beth Israel Deaconess Medical Center, qui fait partie de la Harvard Medical School, ont identifié et testé plusieurs candidats vaccins en utilisant la technologie Janssen AdVac®.

« Grâce à des collaborations avec des scientifiques de plusieurs institutions universitaires, les vaccins identifiés ont ensuite été testés pour sélectionner ceux qui étaient les plus prometteurs pour produire une réponse immunitaire lors des essais précliniques. Sur la base de ces travaux, Johnson & Johnson a identifié un candidat vaccin COVID-19 de premier plan. Grâce à un calendrier accéléré, J&J vise à lancer une étude clinique de phase 1 en septembre 2020, avec des données cliniques sur la sécurité et l’efficacité qui devraient être disponibles d’ici la fin de l’année. »

« Depuis plus de 20 ans, Johnson & Johnson a investi des milliards de dollars dans les antiviraux et les vaccins. Le programme de vaccins COVID-19 s’appuie sur les technologies éprouvées AdVac® et PER.C6® de Janssen qui permettent de développer rapidement de nouveaux candidats vaccins et de produire à grande échelle le candidat vaccin optimal. La même technologie a été utilisée pour développer et fabriquer le vaccin Ebola et construire nos candidats vaccins Zika, RSV et VIH qui sont en phase 2 ou 3 de développement clinique. »

Dans la meilleure des hypothèses « cela pourrait permettre la disponibilité du vaccin « pour une utilisation d’urgence au début de l’année 2021 ». À titre de comparaison, le processus classique de développement d’un vaccin implique un certain nombre d’étapes de recherche différentes, s’étendant sur 5 à 7 ans, avant même qu’un candidat ne soit considéré pour approbation.

D’ores et déjà Johnson & Johnson et BARDA (Biomedical Advanced Research and Development Authority) s’engagent ensemble plus d’1 milliard de dollars. J & J va « mettre en œuvre de nouvelles capacités de production de vaccins aux États-Unis et une capacité supplémentaire à l’extérieur des États-Unis pour commencer cette production et assurer l’approvisionnement mondial en vaccin ».

C’est la première annonce massue du genre. Qui parmi les géants de Big Pharma, dira mieux ?

A demain @jynau