Google s’est emparé, en secret, des données de santé de millions de citoyens américains

Bonjour

Ce n’est pas une exclusivité de Mediapart mais bien du Wall Street Journal ( Rob Copeland) :« News exclusive : Google’s ‘Project Nightingale’ Gathers Personal Health Data on Millions of Americans » (« Nightingale, le projet secret de Google, amasse les données personnelles de santé de millions d’Américains »).

« Google semble prêt à tout pour augmenter sa présence en milieu médical, résume déjà, en France, un cabinet spécialisé qui parle de ‘’vassalisation du monde médical’’. D’après le Wall Street Journal, la firme de Mountain View, associée à Ascension – le deuxième réseau de santé américain – collecterait et analyserait des données médicales, sans l’avis des patients ou des médecins. Parmi ces données figurent des diagnostics médicaux, des résultats de tests, ou encore les noms et dates de naissance des patients. Cette révélation, en plus de poser un problème d’un point de vue éthique et sécuritaire (sic), soulève un certain nombre de questions ».

Les faits : le géant du numérique, via sa plate-forme d’hébergement de données en ligne (Google Cloud), a signé un accord avec la société Ascension qui exploite deux mille six cents sites de soins, dont cent cinquante hôpitaux et cinquante maisons de personnes âgées. « Le contrat – le plus important négocié par Google dans le secteur – prévoit le transfert des dossiers médicaux complets : identité des patients, diagnostics, résultats d’examens, antécédents » résume Le Monde (Alexandre Piquard).  Objectif :  tenter de développer, grâce à l’analyse des données et à l’aide de l’intelligence artificielle (IA), des outils permettant de suggérer aux médecins des examens complémentaires, des prestations supplémentaires ou des traitements, voire d’identifier des anomalies dans le parcours de soins, explique le Wall Street Journal.

Question : comment est-il possible que les patients n’aient pas été informés ? Google et Ascension ont précisé a posteriori que l’accord était légal, respectant notamment le Health Insurance Portability and Accountability Act (Hippa). Ce texte de 1996 consacré au système d’assurance santé américain prévoit que les acteurs privés du secteur peuvent partager des données sans mettre les patients au courant si « les informations sont utilisées pour aider l’entité à assurer ses missions de santé ». Or, c’est le cas, insiste Google : « Ces données ne peuvent pas être – et ne seront pas – combinées avec les autres données détenues sur des consommateurs par Google », assure l’entreprise dans son communiqué.

Marchandisation-exploitation du corps humain

Ainsi Google de promettre, la main sur le cœur, que les millions de patients concernés ne verront pas leurs données de santé croisées (à des fins publicitaires) avec les nombreuses informations issues de leurs recherches sur Internet ou sur la plate-forme de vidéos YouTube à des fins publicitaires, promet l’entreprise. Ascension est une structure privée catholique (sic) et associative.

Voilà donc bien une nouvelle et spectaculaire avancée des GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) dans le champ de la santé. L’accord avec Ascension est un test pour la firme de Mountain View, en Californie : elle développe – gratuitement, selon le Wall Street Journal – des applications ou des algorithmes censés aider les soignants. « Nous cherchons à fournir des outils qu’Ascension pourrait utiliser pour apporter des améliorations dans la qualité clinique et la sécurité des patients », écrit Tariq Shaukat, le dirigeant de Google Cloud.

Unifier et croiser de grandes bases de données, puis faire ingérer le passé médical d’un patient à des logiciels d’IA permettrait (en théorie) de trouver de nouvelles corrélations, voire d’améliorer les traitements et d’assister les médecins – ou, au minimum, de réduire les dépenses ou d’augmenter les revenus …. Un avant-goût du paradis numérisé.

Rappel du Monde : Google a établi en 2016 un partenariat avec le groupe pharmaceutique français Sanofi pour étudier des traitements du diabète ; il a été élargi en juin pour améliorer le développement de médicaments « personnalisés », ainsi que le suivi de leurs effets sur les patients. La maison mère de Google, Alphabet, possède également Calico, une filiale de recherches pour prolonger la vie, et aussi Verily, qui s’est associée en mai à Novartis, Sanofi, Pfizer et Otsuka pour améliorer le lourd processus des essais cliniques, consistant à tester des médicaments sur des cobayes. Une récente acquisition de Google a également alimenté les spéculations sur ses réelles ambitions dans la santé : celle de Fitbit. Le rachat de ce producteur de bracelets connectés pour le sport et le bien-être pourrait permettre de disposer d’appareils capables de mesure des données de santé.

Où l’on voit, pleinement en action, l’avancée d’une nouvelle forme de marchandisation-exploitation du corps humain, malade ou pas.

A demain @jynau

L’argent de la bière peut-il soutenir la lutte contre les violences faites aux femmes ?

Bonjour

Il est des communiqués de presse qui, désormais, ne peuvent plus ne pas interroger, troubler, déranger. Ainsi, celui du  Paris Beer Club annonçant qu’il « sera présent à la Nuit des Relais pour soutenir la Fondation des Femmes ». Ce sera le 25 novembre, à 20 heures.

Le Paris Beer Club (ex-“Bières et Papilles”) est une « association engagée depuis sa création contre les préjugés misogynes et le sexisme ordinaire ».  Aussi a-t-elle « spontanément répondu présent à la « Nuit des Relais », la « grande course contre les violences faites aux femmes organisée par la Fondation des Femmes ». Précision : lors de la Paris Beer Week, l’association célèbre non seulement la diversité des brasseries artisanales, mais aussi l’ouverture d’esprit dont il faudrait faire preuve quand on parle de bière (sic).

Il faut ici entendre que la « lutte contre le sexisme » est « heureusement très soutenue dans la communauté de la bière artisanale ». « Petit à petit, nous essayons de mettre fin aux stéréotypes de genre autour de la bière, car ils sont offensants en plus d’être potentiellement dangereux, explique-t-on encore. Percevoir les femmes comme des objets qui servent à accomplir le désir des hommes engendre beaucoup de réelles violences faites contre elles, d’autant plus si celles-ci contrarient cette fausse utopie masculine. »

Extrait du communiqué :

« Lors de la dernière course à Paris, sous la nef du Grand Palais, grâce à la mobilisation sans précédent de plus de 4 000 parisien.ne.s, plus de 230 000 € ont été collectés et ont ainsi permis la réalisation d’une quarantaine de projets de lutte contre les violences partout en France. ‘’Une course bon esprit, à la finalité fédératrice, couplée à une levée de fonds qui a été un réel projet d’équipe, très motivant’’, témoigne Marie, capitaine de l’équipe Les Germaines à la Nuit des Relais 2018. Cette année, l’objectif reste le même pour la Fondation des Femmes avec la Nuit des Relais 2019 : rassembler des équipes de 5 à 10 personnes jusqu’au 15 novembre, date de clôture des inscriptions, qui collectent chacune 1 000 € avant la course ensuite intégralement redistribués aux initiatives associatives à fort impact. »

Applaudir ? Sourire ? Ignorer ? On ne peut manquer de se souvenir de deux « lettres ouvertes » 1 récemment publiées dans Le Figaro : «Violences contre les femmes: n’oublions pas le rôle de l’alcool !». Ces deux textes étaient été adressés à la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn et à la secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa. Dans les deux cas les signataires dénonçaint l’absence de mesures de prévention et de prise en charge de l’alcoolisme et des addictions dans la lutte contre les violences conjugales.

On ne connaît pas, si elles existent, les réponses de Mmes Schiappa et Buzyn.

A demain @jynau

1 La première lettre ouverte est signée par: Pr Michel Reynaud (psychiatre et addictologue, président du Fonds Actions Addictions), Pr Laurent Bègue (professeur de psychologie sociale à l’Université Grenoble Alpes), Bernard Basset (vice-président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie – ANPAA), Pr Amine Benyamina (psychiatre, addictologue, Président de la Fédération Française d’Addictologie), Pr Mickaël Naassila (Professeur de physiologie à l’université de Picardie Jules Verne et Président de la Société française d’alcoologie) et Dr Jean-Michel Delile (psychiatre addictologue, président de la Fédération addiction).

La seconde lettre ouverte est signée par: Betty Morisset pour le CoPMA (Collectif de proches de malades alcooliques), Françoise Gaudel pour la FPEA (France patients experts addictions), Felix Le Moan pour la CAMERUP (Coordination des associations et mouvements d’entraide reconnus d’utilité publique – aide et accompagnement des personnes en difficulté avec l’alcool et de leur entourage), Jean-Claude Tomczak pour les Amis de la Santé.

La célébrissime icône publicitaire de Marlboro vient de mourir, à 90 ans. Pourquoi ?

Bonjour

Il s’appelait Robert C. Norris et des millions de Terriens connaissaient son sourire, le port de son chapeau de cowboy et son célèbre geste : s’allumer une cigarette. Il fut et restera le premier «Marlboro Man». Et il vient de mourir. On lira sa biographie, exemplaire, dans The New York Times (Mariel Padilla) : « Robert Norris, Marlboro Man Who Didn’t Smoke, Dies at 90 ».

Où l’on apprend que Robert Norris, loin d’être un acteur était un éleveur dans un ranc. En 1955 son profil est repéré par des publicitairees. Le chapeau, le ranch, les grands espaces, le vent fais du matin, la fin des Indiens et la pleine liberté de fumer des Marlboro….  Sa mâle prestance avait alors été utilisée pour changer l’image de la marque Marlboro, née en 1924 et à l’époque perçue comme une marque exclusivement féminine. « La campagne de publicité mondialement célèbre, jugée comme l’une des meilleures de l’histoire, a contribué à faire de Marlboro la première marque de cigarette au monde » rappelle aujourd’hui Le Figaro.

Ainsi, et pendant près de quinze ans, Robert Norris a contribué à ce changement d’image – avant de faire une croix sur l’usage de son visage. Et ce « pour arrêter de donner le mauvais exemple à ses enfants ». «Marlboro Man» n’avait jamais fumé. Il est mort le 3 novembre 2019 à Colorado Springs au Pikes Peak Hospice & Palliative Care. Son décès a été annoncé sur le site Ted Cross Ranches. Aucune cause précise n’a été donnée. Robert Norris n’avait jamais fumé.

On peut y voir, une nouvelle fois une double duplicité : de Big Tobacco et sa vieille et toujours fidèle alliée, la  publicité.

A demain @jynau

Porteur d’un gène pathologique ? Non, vous n’êtes pas tenu d’en informer votre assureur !

Bonjour

La justice française peut ne pas plier sous le joug des puissants assureurs. Une histoire exemplaire vient nous le démontrer. « L’assureur Aviva refuse de verser la garantie prévue à la famille d’un homme décédé en 2018, au motif que ce dernier n’avait pas déclaré qu’il était porteur du gène responsable, à terme, de la maladie de Huntington » rapportait, en septembre, Mediapart (Louise Fessard).

Et l’on vient d’apprendre que le Tribunal de grande instance (TGI) de Nanterre vient de condamner l’assureur à verser environ 300.000 euros dus au titre de la garantie, et 3.000 euros de dommages et intérêts – décision rendue le 25 octobre et  que l’AFP a pu consulter.

L’histoire est simple autant qu’édifiante. Le défunt avait souscrit un « contrat de garantie décès » en 2016. Il se savait alors, depuis 2003, porteur du gène responsable de la maladie de Huntington. Une information obtenue via un test génétique qu’il avait fait pratiquer dans la perspective de devenir père et alors que, dans sa famille, des cas avaient été recensés.

En 2016, il n’avait aucun des symptômes de cette affection neurologique dégénérative. Un médecin qui le suivait avait ainsi pu rédiger, en 2017,  un certificat médical le déclarant « indemne de tout signe neurologique ». Après son décès en 2018, l’assureur Aviva avait appris « incidemment » (sic) que le défunt était porteur du gène anormal. Il avait alors refusé la garantie, estimant qu’il aurait dû le mentionner dans le formulaire médical et qu’il avait donc fait une « fausse déclaration intentionnelle ».

Le principe de non-discrimination génétique

Sa veuve, qui élève trois jeunes enfants, avait assigné l’assureur en justice. Après une audience tenue le 23 septembre, le TGI de Nanterre lui a donné raison. « L’assureur ne peut opposer au candidat à une assurance le résultat de tests génétiques prédictifs ayant pour objet la recherche d’une maladie qui n’est pas encore déclarée ni, par voie de conséquence, lui reprocher de ne pas dévoiler, au moment de son adhésion, une telle prédisposition dès lors que la maladie ne s’est pas encore manifestée » fait valoir la justice française.

Pour Me Elodie Lachambre, avocate de la famille, il s’agit d’une « interprétation large » du principe de non-discrimination génétique, inscrit dans le code de la santé publique 1. « Le tribunal a répondu à tous les arguments en défense, que ce soit en interdisant à l’assureur de tenir compte d’une information issue d’un test génétique, quelle que soit la manière dont il en a eu connaissance, mais aussi en confirmant que, quelles que soient les prédispositions génétiques de l’assuré, elles ne remettent pas en cause le caractère aléatoire du contrat », explique-t-elle

Interrogé par l’AFP, l’assureur Aviva (3 millions de clients en France, 4 500 collaborateurs) a indiqué « prendre acte » de cette décision et ne pas souhaiter faire de commentaire. On aurait pourtant aimé connaître sa perception du principe de non-discrimination génétique.

A demain @jynau

1 Article L1141-1 : « Les entreprises et organismes qui proposent une garantie des risques d’invalidité ou de décès ne doivent pas tenir compte des résultats de l’examen des caractéristiques génétiques d’une personne demandant à bénéficier de cette garantie, même si ceux-ci leur sont transmis par la personne concernée ou avec son accord. En outre, ils ne peuvent poser aucune question relative aux tests génétiques et à leurs résultats, ni demander à une personne de se soumettre à des tests génétiques avant que ne soit conclu le contrat et pendant toute la durée de celui-ci. »

Agnès Buzyn va devoir autoriser l’usage de la publicité par les dentistes et les médecins

Bonjour

Non. L’Etat français ne peut plus interdire aux médecins et aux chirurgiens-dentistes d’user des outils de la publicité. Cette interdit n’est pas conforme au droit européen. Ainsi vient de décider, dans sa sagesse, le Conseil d’Etat qui entend contraindre désormais le gouvernement « de procéder à l’abrogation » de cette règle « devenue illégale ».

Ce n’est pas faute d’avoir prévenu : dès juin 2018, le Conseil d’Etat avait prévenu dans une étude que cette interdiction était « susceptible d’être affectée par l’évolution de la jurisprudence européenne ». Una an auparavant la Cour de justice de Luxembourg avait en effet acté que les traités fondateurs de l’UE « s’opposent à une législation nationale (…) qui interdit de manière générale et absolue toute publicité » pour les spécialistes de l’art thérapeutique dentaire.

Puis, début 2019, l’Autorité de la concurrence avait à son tour pointé « la nécessité de modifier à brève échéance » le code de la santé publique et rapportait alors que le gouvernement « travaill(ait) à leur refonte (…) dans un délai de 6 à 12 mois ».

Aujourd’hui la décision rendue par le Conseil d’Etat contraint désormais Agnès Buzyn à tenir compte de ce « changement de circonstances ». Or la ministre des Solidarités et de la Santé avait précisément rejeté, en octobre 201, la demande d’un médecin qui contestait ce refus « pour excès de pouvoir ». Pour le Conseil d’Etat, dès lors que « l’acte réglementaire est devenu illégal (…), il revient au juge d’annuler ce refus pour contraindre l’autorité compétente de procéder à son abrogation ».

Les loups publicitaires dans la bergerie des soignants

A charge pour le « pouvoir réglementaire » de définir de nouveaux « procédés de publicité compatibles avec les exigences de protection de la santé publique, de dignité de la profession médicale, de confraternité entre praticiens et de confiance des malades envers les médecins ». Cette décision est bien évidemment saluée par Me Fabrice Di Vizio, qui a plaidé ce dossier. Il annonce aujourd’hui dans un communiqué son intention de « poursuivre l’Etat et réclamer des dommages et intérêts pour tous les praticiens sanctionnés à tort ».

On attend désormais avec le plus vif intérêt les suites qu’Agnès Buzyn donnera à cet épineux dossier : comment d’abroger l’interdiction de publicité au profit d’une « libre communication « non commerciale, loyale et honnête » ? Comment se limiter à la seule publication d’informations relatives à leurs compétences, à leurs pratiques professionnelles, aux actes et activités pratiquées habituellement … et s’abstenir de citer des témoignages de tiers, comme des anciens patients (sur le modèle TripAdvisor) ?

Comment concilier la « liberté de communiquer » et l’interdiction qui est faite «d’exercer la profession comme un commerce », conformément à la déontologie médicale consacrée par le droit français et européen ? Comment ne pas attiser ici l’esprit de lucre ? Et comment entrouvrir la porte de la bergerie des soignants sans y faire entrer les loups, toujours affamés, de la publicité ?

A demain

Alerte civique : vous êtes priés de nous rendre toute la cocaïne trouvée au bord de l’Atlantique !

Bonjour

« C’est une pêche à pied qui a de quoi surprendre s’amuse l’AFP sur son fil. Le parquet de Rennes a annoncé, dimanche 10 novembre, l’ouverture d’une enquête après la découverte, sur de nombreuses plages de la façade atlantique, de centaines de ballots de stupéfiants, contenant notamment de la cocaïne. »

Parquet de Rennes : « Depuis le 4 novembre des emballages suspects ont été retrouvés de la Loire-Atlantique jusque dans les Landes. Les premières analyses montrant que la cocaïne présente dans les paquets présente un degré de pureté important, elle est de ce fait particulièrement dangereuse ».

Selon Le Figaro (Etienne Jacob) tous les ballots récupérés comportaient des étiquettes sur lesquelles il était inscrit « Brillante », ou bien « Diamante ». Il pourrait s’agir d’un critère de qualité, selon les enquêteurs cités par le quotidien. Les analyses montrent en effet une pureté de 83 % sans produit de coupe, selon les premiers résultats du laboratoire.

« Marée blanche »

L’affaire est d’importance. Vendredi 8 novembre, les douaniers de La Rochelle ont récupéré près de 36 kilos de cocaïne, pour une valeur de plus de 3 millions d’euros, sur les plages allant de Capbreton au Vieux Boucau. Leurs collègues d’Arcachon ont fait de même, pour un total de 73 kilos, entre Lège Cap Ferret et Lacanau. Samedi, lors de trois sessions de ramassage distinctes, désormais baptisées «marée blanche» par les autorités, près de 156 kilos de marchandise ont été récupérés dans les Landes, entre Capbreton et Seignosse. Combien de millions d’euros au total ?

 L’enquête a été confiée par le parquet de Rennes à la section de recherches de la gendarmerie maritime, au groupement de gendarmerie de la région Pays de la Loire ainsi qu’à l’Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants. Le parquet de Rennes rappelle que « toute découverte doit être immédiatement portée à la connaissance des services de police ou de gendarmerie sans aucune manipulation ».

On précisera que le fait de transporter cette substance constitue un délit passible de dix années d’emprisonnement. Et si cette pêche n’est pas transportée 1 ? Tous les pêcheurs à pied apporteront-ils l’intégralité du fruit de leur récolte aux forces de police et de gendarmerie ? Qui pourrait en douter ?

A demain @jynau

1 Rappel de droit: « Celui qui trouve un trésor par hasard ne peut s’en prétendre possesseur de bonne foi, et il est dès lors possible au prétendu propriétaire dépossédé, d’exercer une action en revendication, laquelle est imprescriptible ». Ici, le propriétaire de la cocaïne se manifestera-t-il ?

Agnès Buzyn face à la colère hospitalière: curieuses confidences au Journal du Dimanche

Bonjour

La tempête gronde et nous vivons des temps médiatiques dominicaux ambigus.  Hier cette annonce à la veille de la manifestation nationale de jeudi 14 novembre des médecins et des personnels de l’hôpital public : « N’en jetez plus, la coupe est pleine. Chirurgiens, médecins, infirmières, psychologues… Dans trois tribunes publiées sur le site du Journal du Dimanche, ils jettent un regard cru sur l’évolution de leurs conditions de travail.

1 – « Notre mission de service public est de tout faire tout le temps, mais le gouvernement ne nous en donne pas les moyens. […] En épuisant les soignants, on les a fait fuir : spirale sociale infernale », écrivent Patrick Pelloux et treize praticiens de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf).

2 – Faute de personnel suffisant, « les blocs opératoires dysfonctionnent, au point que de nombreuses interventions programmées des mois à l’avance sont annulées le jour même », déplorent quinze praticiens réunis par Michel Tsimaratos de l’hôpital de la Timone à Marseille dans une lettre ouverte adressée aux parlementaires.

3 – Plus que de « malaise », Remy Nizard, chef de service du service de chirurgie orthopédique à l’hôpital Lariboisière à Paris, préfère parler « de désespérance ». Il s’interroge : « comment pouvons-nous collectivement accepter d’être l’un des pays de l’OCDE qui paye le moins bien ses infirmiers? »

A quoi joue le quotidien dominical ? Parallèlement aux trois tribunes il annonce « dévoiler les efforts d’Agnès Buzyn pour obtenir les moyens d’apaiser la fronde ». Cela donne, en Une « La guerre secrète d’Agnès Buzyn » (sic). Puis « Traitement de choc (Anne-Laure Barret et Hervé Gattegno avec le service politique) . Dévoiler ? Comment ? Extraits (nous soulignons) :

« Pour Agnès Buzyn, c’est l’heure de la revanche. Alors que médecins et soignants hospitaliers organisent jeudi une manifestation nationale, point d’orgue du mouvement né en mars, la ministre de la Santé semble avoir remporté un bras de fer engagé contre Bercy pour desserrer l’étau budgétaire. En septembre, ses annonces avaient fait un flop. La contestation n’a pas faibli depuis, au point d’inspirer à Emmanuel Macron la crainte d’une « coagulation » de la fronde des soignants avec celle des opposants à la réforme des retraites, à un mois de la grève reconductible du 5 décembre. C’est pourquoi la crise des urgences est redevenue une urgence.

« Les arbitrages n’étaient pas encore rendus samedi mais la décision essentielle est prise : l’exécutif va « ouvrir les vannes » (dixit une source gouvernementale) pour améliorer l’ordinaire des soignants et le fonctionnement des hôpitaux. « Primes », « investissements », « revalorisations » : ces termes ont fait leur réapparition dans les discussions entre les cabinets d’Agnès Buzyn et de Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics, qui ont multiplié les réunions ces dernières semaines sous l’égide d’Edouard Philippe.

« S’y ajoute l’idée, étudiée à Bercy, d’une reprise (totale ou partielle) par l’Etat de la dette astronomique des hôpitaux – 30 milliards d’euros! Objectif : redonner de l’oxygène au système de santé et permettre aux directeurs d’établissements d’investir à nouveau dans les équipements et le matériel, dont la dégradation alimente la frustration des personnels au quotidien.

Ce qui a changé? Le climat social, qui s’est durci, principalement autour de la question des retraites. La radicalisation du mouvement hospitalier, aussi, sur laquelle Buzyn a plusieurs fois attiré l’attention de Macron et de Philippe, allant jusqu’à comparer les blouses blanches au Gilets jaunes : « Les syndicats sont d’accord avec moi mais la base ne veut rien entendre, leur a-t-elle dit. Ils sont complètement débordés. » Sans oublier l’inquiétude des élus locaux, toutes couleurs politiques confondues, qui s’alarment à 4 mois des élections municipales de voir la crise s’enraciner dans leurs hôpitaux, souvent les premiers employeurs de leur ville.

L’addition de ces causes a fini par produire son effet. « Le Président veut absolument tenir sur sa réforme, donc il est prêt à lâcher sur le reste ; Buzyn a poussé son avantage », analyse un ministre influent. Après un échange vif en réunion, Darmanin lui a fait porter un bouquet de roses. Cadeau de bienvenue dans le grand bain de la politique? La suite a plutôt tourné à l’avantage de Buzyn. (…) »

On n’en saura guère plus. Sinon qu’il n’est pas question, bouquet de roses ou pas, de toucher au « point d’indice de la fonction publique ». Pas question de satisfaire la revendication majeure et préalable du Collectif Inter Urgences (300 euros d’augmentation de salaires) : cela représenterait « 9 milliards d’euros par an ». Guère plus sinon que la ministre « n’aurait pas été très loin d’une menace de démission » si elle n’obtenait pas gain de cause sur le déremboursement de l’homéopathie – ce qui ne manquera pas d’étonner quand on connaît un tant soit peu le dossier 1.

Guère plus sinon qu’elle serait parvenue à « trouver les arguments pour convaincre Macron, fils d’un professeur de neurologie du CHU d’Amiens » (sic) – notamment en lui narrant le « rôle néfaste de grands mandarins » tout en plaidant pour redonner du pouvoir aux médecins dans la direction des hôpitaux qui, comme chacun sait, sont devenus des entreprises depuis dix ans et la loi Bachelot. Agnès Buzyn aurait eu ce mot à l’attention du fils du neurologue : « Il faut à tout prix éviter que l’hôpital sorte de son lit. Sinon on ne l’y fera pas rentrer ».

C’est métaphoriquement dit : l’heure est à la contention hospitalière. Et à la relecture des trois tribunes médicales dominicales.

A demain @jynau