Hydroxychloroquine: «Oui à son utilisation immédiate et très large, mais à deux conditions »

Bonjour

C’est une réflexion-proposition hautement dérangeante dans cette controverse grossissante qui fait rage. Elle vient d’être publiée sur le site du Quotidien du Médecin. Question : utiliser ou non l’hydroxychloroquine contre le Covid-19 ? La réponse est apportée par Pierre Tambourin, 76 ans, personnalité connue et respectée du milieu scientifique, ancien directeur de recherche à l’Inserm et ancien directeur du département des Sciences de la Vie du CNRS, créateur et directeur de Genopole Evry de 1998 à 2017. Il plaide aujourd’hui pour une utilisation large et rapide de cette spécialité pharmaceutique dans cette indication controversée –  mais à deux conditions. Extrait de sa contribution :

«  (…) L’hydroxychloroquine et son possible usage comme médicament pour traiter l’épidémie de COVID-19 pose un problème plus complexe encore. C’est une molécule, substitut de la quinine, découverte dans les années 1940, prescrite comme anti-paludéen, ayant induit des résistances non négligeables, utilisée plus largement mais avec beaucoup de prudence quant aux doses utilisées dans des connectivites (maladies auto-immunes comme le lupus, l’arthrite rhumatoïde, etc.), à la toxicité indiscutable, parfois redoutable, due en partie au temps de vie très long et très variable de cette molécule dans l’organisme (plusieurs semaines ou mois).

« C’est une molécule très prisée des rhumatologues. Elle s’est révélée inhibitrice de virus, comme le SARS, mais essentiellement in vitro et pratiquement pas in vivo. Dans le cas du COVID-19, l’hydroxychloroquine démontre également un effet inhibiteur in vitro sur la multiplication du virus. Un effet indiscutable in vivo n’a pas encore été démontré. Ces différences pourraient aisément s’expliquer par ses propriétés immunomodulatrices et anti-inflammatoires, elles aussi bien connues qui, in vivo, pourraient contrecarrer les effets antiviraux. On peut, aussi, plus simplement penser à des cellules in vitro très différentes des cellules cibles du virus in vivo. De là, la grande prudence des experts.

« Face à ce produit, on trouve des médecins et des chercheurs partagés en deux camps : un groupe de taille modeste, conduit par Didier Raoult, scientifique de qualité, souhaite, au vu de leurs connaissances cliniques et scientifiques du produit, pouvoir l’utiliser largement dans le traitement du COVID-19 pour éviter, selon eux, le tsunami qui submergera les hôpitaux et, si possible, offrir à tous les malades une possibilité de traitement efficace.

« Dans ce débat complexe, il est difficile de ne pas se perdre »

« L’autre groupe, plus imposant, plus calme, de spécialistes incontestables, exige, au nom de l’éthique, au nom de l’absence de résultats in vivo et des effets toxiques de cette molécule, que la réalité de ses effets in vivo soit clairement démontrée avant toute utilisation massive chez l’homme. Or, chacun sait que cette éventuelle démonstration n’interviendra pas avant la vague de malades en situation clinique très grave, vague accentuée par des mesures de confinement prises trop tardivement et insuffisamment respectées.

« À côté de ces deux problématiques, d’un côté le médicament, de l’autre, des médecins divisés, on trouve la masse des malades avérés, la masse plus importante de ceux qui ont peur de le devenir et la masse plus importante encore de ceux qui voudraient, à l’image de ce qui se fait dans le traitement pour le paludisme, prendre à leur guise ce médicament comme moyen de prévention.

« Dans ce débat complexe, il est difficile de ne pas se perdre. Sans utilisation d’hydroxychloroquine (ou de toute autre molécule susceptible d’atténuer les symptômes), le désastre médical est devant nous, inéluctable, quel que soit le dévouement de tous ceux qui, au sein des hôpitaux, se battent jour et nuit pour sauver un maximum de malades du COVID-19 mais aussi pour aider les malades atteints d’autres pathologies ou dont on a reporté l’opération par manque d‘un personnel médical fortement mobilisé par le COVID19. Avec l’hydroxychloroquine, nombre de ces malades survivront, peut-être, au prix parfois d’effets secondaires graves, voire dans certains cas mortels.

Trois questions et deux conditions

« Il est donc parfaitement normal que face à des questions aussi difficiles, un pays se divise. Pour ma part, il me semble que le choix doit être clairement fait en répondant en notre âme et conscience à trois questions.

1 Suis-je prêt, étant malade, à être écarté d’un traitement efficace pour laisser la place à un autre patient à probabilité de survie potentielle très supérieure à la mienne ? La réponse sera non, bien sûr. Qui peut accepter de vivre un tel choix ? La réponse sera : traitez les deux !

2 Suis-je prêt, au vu de mon état de gravité, à prendre, de l’hydroxychloroquine avec comme conséquences possibles : pas d’effet / un effet mineur / un effet secondaire peut-être grave / un effet thérapeutique incertain mais pas impossible sachant qu’il n’y a pas d’autre solution ? La réponse sera oui (et pour ce qui me concerne, sans réserve).

3 Si je ne présente encore aucun caractère d’une infection par le COVID-19 et si j’ai été au contact avec des porteurs de ce virus, puis-je prendre de l’hydroxychloroquine à titre préventif ? La réponse doit être clairement non.

« Oui à une utilisation immédiate et très large, mais à deux conditions. On a compris qu’en dépit du peu de connaissances actuelles de la sensibilité du COVID-19 à l’hydroxychloroquine, je plaide pour son utilisation immédiate, très large mais à condition que :

1) Les malades pouvant en bénéficier soient clairement informés de ses effets toxiques possibles en particulier que l’automédication peut être très dangereuse.

2) Ce médicament ne soit administré que par des médecins ayant une connaissance suffisante des effets secondaires de ce médicament, ce qui impose une information immédiate et complète du corps médical assortie de recommandations très strictes de la Haute Autorité de Santé sur les modalités d’utilisation à respecter prenant en compte les connaissances, mêmes réduites, apportées par nos collègues chinois et les équipes françaises ayant utilisé ces médicaments.

Et Pierre Tambourin de conclure en ces termes, que l’on n’ose imaginer prophétiques :

« Je n’ose imaginer une situation où la vague de malades graves, avec son cortège de centaines ou de milliers de morts, serait là et la démonstration ultérieure que l’hydroxychloroquine, refusée avant et pendant cette période, pour les raisons évoquées ci-dessus, est bien un médicament efficace ! Nous ne sommes plus du tout dans la situation de 1985 du virus du sida et de la ciclosporine ». Ceux qui se souviennent de cet épisode ne peuvent que confirmer : non, nous ne sommes plus du tout, en 2020, dans cette situation.

A demain @jynau

Hydroxychloroquine : Jean-Luc Mélenchon a longuement échangé avec le Pr Didier Raoult

Bonjour

27/03/2030. C’est une nouvelle pièce, de taille, à verser au dossier de l’affaire tentaculaire de l’hydroxychloroquine. Une pièce politique, sociologique dans un contexte qui porte en lui bien des germes de polémiques, bien des risques de confusion scientifique. Cela tient en quelques mots : Jean-Luc Mélenchon a échangé avec le Pr Didier Raoult.

Et Jean-Luc Mélenchon tient à le faire savoir haut et fort. . « Coronavirus : Jean-Luc Mélenchon s’est entretenu par téléphone avec l’infectiologue Didier Raoult. Le chef de file de La France Insoumise a voulu en savoir plus sur le traitement à la chloroquine préconisé par l’infectiologue pour lutter contre le coronavirus. Et il n’a «pas été déçu» nous apprend Le Figaro (Pierre Lepelletier).

On sait tout ou presque, via la presse, des compétences et des outrances provocatrices, du Pr Didier Raoult, microbiologiste à Marseille – comme de celles du politique Jean-Luc Mélenchon, ancien ministre aujourd’hui député de Marseille.  Le premier vient de se faire connaître du plus grand nombre grâce à ses recommandations (controversées) quant à l’usage qui devrait être fait de l’hydroxychloroquine contre le Covid-19. Il est, dans ce combat, opposé à une fraction du gouvernement et soutenu par nombre de responsables du parti Les Républicains.

Jean-Luc Mélenchon a voulu en savoir un peu plus. Et le chef de file de La France Insoumise a joint le Pr Raoult par téléphone jeudi 26 mars au matin, avant de narrer son échange dans une note de blog. Extraits  :

« (…)  Je peux dire que le tableau fait de ce professeur Didier Raoult, présenté comme un sauvage malpoli et provocateur m’a évidemment tapé dans le nez. En effet je connais trop bien l’odeur de la peinture dont dispose la bonne société, ses médias et ses plumes à gage. Moi-même ne suis-je pas un animal agressif, demi-dément qui se croit « sacré » et se prend pour la République ? On me permettra de ne pas adhérer à ma caricature. Ici encore, c’est trop pour être honnête.

« Didier Raoult est trop mal aimé par les belles personnes pour ne pas éveiller l’intérêt. Surtout quand ça part des amis de madame Buzyn (…) Bien sûr, j’ignore les raisons pour lesquelles ces gens détestent Didier Raoult et pourquoi ils se sentent obligé de le couvrir de sarcasmes et de suspicions. Pourquoi ne se contentent-ils pas le réfuter sur le plan de la science ? Donc, sachant que sa caricature n’est qu’une projection de la haine de ses détracteurs, je me suis approché avec gourmandise. Et je n’ai pas été déçu. Un contact téléphonique, ce n’est pas grand-chose mais c’est aussi des fois assez pour se faire une idée sur une personne.

« 26 mars 10h30. Aucune difficulté pour le joindre à l’heure dite. Mon intention était de le consulter sur sa vision des moyens pour surmonter la crise actuelle de l’épidémie de COVID-19. Je l’ai interrogé sur une série limitée de questions préparées avec mes collègues députés insoumis. Mon souci est de ne pas entrer, malgré l’envie que j’en ai, dans le domaine qui n’est pas de ma compétence, c’est-à-dire l’évaluation scientifique du procédé de soins qu’il applique. Je me suis contenté de demander quelle garantie on pouvait avoir de non-dangerosité.

« Les composants du remède qu’il met en œuvre sont déjà été prescrits depuis des décennies. La chloroquine a déjà été prescrite à 1 milliard de personnes et l’antibiotique qu’il y joint pour son traitement a été également appliqué à plus d’un milliard d’êtres humains dans le monde. Ces prescriptions ne provoquent pas plus de difficultés qu’avec n’importe quel autre médicament autorisé. Pourquoi la chloroquine qui était en vente libre a-t-elle été classé soudainement comme substance « vénéneuse » en janvier dernier ? Didier Raoult me dit qu’il n’en sait rien. Il maintient cette réponse même quand j’insiste. D’ailleurs, tout au long de l’entretien que j’ai eu avec lui, je ne l’ai entendu accuser ou dénigrer personne. Cela m’a paru assez inhabituel pour que je vous le signale compte tenu du contexte si tendu à son sujet (…)

La mise disposition de tests n’est pas une difficulté scientifique. On sait comment faire et on sait le faire. C’est seulement une question d’organisation pour rassembler les composants de ces testsen très grand nombre. C’est donc exclusivement une question de logistique et de coordination des moyens. Lui-même opère 2000 tests par jour. (…)

Comment comprendre les divergences d’appréciation dans le monde médical ? Je comprends à sa réponse qu’elles résultent de débats normaux liés aux méthodes de la science elle-même. Le problème n’est pas là. Le problème, c’est la définition de la stratégie de combat que l’on déploie contre l’épidémie. La façon de réagir n’est pas la même selon les spécialités médicales. Il y a une réaction particulière quand on est un épidémiologiste habitué à gérer des situations d’urgence et de contamination foudroyante. Il en va autrement quand on est habitué à des études inscrites dans le temps long, avec des échantillons de populations connues et stables comme l’est par exemple aujourd’hui la population contaminée par le sida. Il est donc vain de voir des complots là où il s’agit simplement d’habitude de pratiques professionnelles différentes qui formatent une manière d’agir. Donc ce n’est pas une raison pour en faire une guerre de religion me suis-je dit.

Jean-Luc Mélenchon termine en expliquant que le Pr Raoult l’a autorisé à parler de leur contact. « Il va de soi, écrit-il, que ces quelques lignes sont sous ma seule responsabilité. Elles correspondent à ce que j’ai noté et qui me paraissait important en réponse aux questions que j’avais sélectionnées. Je ne lui ai pas proposé de me relire, pensant qu’il avait sans doute plus urgent et mieux à faire que cela. J’ai été frappé par le calme, la courtoisie et le ton souriant de mon interlocuteur. »

A demain @jynau

Mea culpa : Emmanuel Macron promet une nouvelle fois de sauver l’hôpital public français

Bonjour

25/03/2020. Emmanuel Macron vient, une nouvelle fois de s’exprimer face aux Français pour redire que nous étions en guerre contre un virus. C’était, cette fois, depuis l’hôpital militaire qui venait d’être installé à Mulhouse sur le parking d’un centre hospitalier submergé par les victimes du coronavirus.

Un passage aura tout particulièrement retenu l’attention des soignants hospitaliers, en guerre depuis plus d’un an afin de pouvoir disposer des moyens nécessaires pour, simplement, accomplir leur métier. Des soignants d’abord ignorés par le gouvernement et le président. Puis à peine entendus dans leurs revendications. Des soignants qui reçurent des promesses mais qui, il y a peu encore, manifestaient à leur manière, haut et fort, leur désarroi et leur colère. Des soignants aujourd’hui applaudis, chaque soir aux fenêtres et aux balcons des villes de France.

Ce soir, après ces applaudissements, Emmanuel Macron a annoncé « un plan massif »pour la refonte des hôpitaux. « Nos soignants se sont battus pour sauver des vies. L’engagement que je prends ce soir, c’est qu’un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’hôpital sera mis en place, a-t-il souligné. Nos soignants qui se battent aujourd’hui pour sauver des vies se sont hier battus souvent pour sauver l’hôpital, notre médecine. Beaucoup a été fait, sans doute pas suffisamment vite, pas suffisamment fort ».

Nous étions le Jour de l’Annonciation. Les soignants pourront voir là un euphémisme et, en même temps, un mea culpa.

A demain @jynau

«Crash test» pour l’hôpital français ; l’appel solennel et politique de Martin Hirsch

Bonjour

25/03/2020. Pourquoi, pour quelles raisons politiques en sommes-nous là ? Il y a quelques jours le Pr Jean-François Delfraissy avait eu cette formule : cette vague épidémique constituera un « crash test » pour l’hôpital public français. Bien dit. Nous sommes au stade du test. « Hier en Île-de-France, nous avons passé le cap des 1 000 patients graves pris en charge dans les réanimations des hôpitaux, a déclaré, mercredi 25 mars, sur franceinfo Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) qui, avec la Fondation de France et l’Institut Pasteur, lance « Tous unis contre le virus », un appel aux dons pour soutenir les soignants, les chercheurs et les personnes fragiles.

« Oui, les équipes tiennent, mais elles ont besoin de quatre fortes assurances. Dans mes interventions précédentes, je savais devant moi que j’avais une visibilité d’une semaine sur la capacité d’en prendre davantage. Là, j’ai une visibilité de trois jours » ajoute l’ancien président d’Emmaüs France  (2002-2007).

Il demande aujourd’hui de pouvoir mettre un respirateur pour chaque malade grave, et rapidement. « Je ne veux pas qu’on connaisse les difficultés qu’on a connues sur les masques, car les respirateurs permettent de sauver des vies. Les réanimateurs, qu’on a réunis jusqu’à tard hier soir pour recenser nos besoins, me disaient que ça aller piquer fort les yeux… Quand ils disent ça, c’est que la situation est grave ».

Deuxième demande du directeur de l’AP-HP : obtenir davantage de soignants au sein des hôpitaux. « On a besoin de toutes les équipes, de tous les personnels, qu’ils soient volontaires ou qu’on fasse appel à la réquisition. Aujourd’hui, les techniciens, les médecins, les infirmiers, travaillent tout le temps. Je ne veux pas qu’on soit face à un épuisement, affirme un directeur général qui ne redoute plus de tenir le discours d’un général d’armée. Il faut qu’on ait les milliers de personnes supplémentaires dont on a besoin pour être auprès des patients, auprès des malades, auprès des malades graves. »

Avant tout, ne pas dégringoler

Sa troisième demande concerne la reconnaissance envers les personnels soignants : « On a aujourd’hui des soignants qui font des efforts qu’on peut qualifier de surhumains. Des primes ? Je ne sais pas, mais il faut qu’on leur dise aujourd’hui ‘merci’. Il ne faut pas mégoter avec eux. C’est moral, c’est pour le moral des troupes. Ils en ont besoin. »

Enfin, quatrième demande : que les médicaments ne soient pas « en manque » au sein de l’AP-HP et que les industriels et pouvoirs publics puissent se coordonner au mieux. « Il va falloir produire des médicaments essentiels et assurer l’approvisionnement. On est dans un moment qu’on peut qualifier de moment ‘charnière’, poursuit Martin Hirsch. Je ne veux pas que ça soit un moment de bascule, ce qu’on appelle quand on est dans une escalade difficile le ‘crux’, le moment où toutes les prises comptent pour ne pas dégringoler, ne pas se casser la gueule. On peut y arriver, mais il faut que ces assurances soient là.

« C’est plus qu’un appel à l’aide. Je le dis avec solennité : jusqu’à présent, on tient, encore une fois. Il y a quelques temps, je pouvais dire : je vois ce qui va se passer dans un délai d’une semaine. Là, on est mercredi. Je sais que pendant les trois jours qui viennent, ça devrait aller. Mais je ne veux pas me retrouver ce week-end avec toutes celles et tous ceux qui font des efforts surhumains, à leur dire : on n’a pas tout fait, la France n’a pas tout fait, les moyens de vous soutenir, de vous aider et de vous donner des assurances n’ont pas été suffisants. On peut le faire ! »

Voilà donc les demandes pour l’AP-HP. On peut imaginer qu’elles sont similaires dans d’autres établissement hospitaliers dont les directions ne disposent pas de la même puissance de feu, du même porte-voix. « Crash test ». Plus le temps passe et mieux on mesure que la formule du Pr Delfraissy ne concernait pas seulement l’hôpital public français mais bien le système médico-social français dans son ensemble, l’hospitalier et le libéral, les médecins et l’ensemble de ceux dont la mission est, au sens le plus large, de soigner. Tenir, bien évidemment. Mais aussi, demain comprendre pourquoi.

A demain  @jynau

Rituels, les fenêtres, les balcons, l’Annonciation

25/03/2020 L’heure est aussi au rituel, ancien et nouveaux. On découvre, chaque soir, en lieu et place du début de l’antique messe télévisée du « 20 heures », les applaudissements et les cris pour saluer et soutenir les soignants. On apprend que la conférence des évêques de France a décidé de faire sonner les cloches des églises sur tout le territoire national ce mercredi 25 mars, jour de l’Annonciation, à 19h30. Les évêques entendent ainsi témoigner du soutien de l’Église catholique à «la nation toute entière», a déclaré le président de la conférence des évêques, Mgr Eric de Moulins-Beaufort. Les évêques appellent aussi les Français à déposer une bougie à leur fenêtre «en signe d’espérance, une marque de communion de pensée et de prière avec les défunts, les malades et leurs proches, avec tous les soignants et tous ceux qui rendent possible la vie de notre pays».

Le Covid-19 sera bel et bien reconnu comme maladie professionnelle chez les soignants

Bonjour

23/03/2020. Enfin. Nous évoquions il y a quelques heures l’incompréhensible, l’inacceptable situation faisant que le Covid-19 n’était pas, en France, reconnue maladie professionnelle chez les soignants. Quelques heures plus tard, voici les propos tenus, solennellement par Olivier Véran, ministre de la Santé :

«  Hier, deux nouveaux médecins, un médecin généraliste et un médecin gynécologue, ont trouvé la mort en faisant leur métier. Ils ont trouvé la mort parce qu’il était médecin. Pour ses deux confrères, j’ai une pensée particulière, qui éclaire d’une lumière dramatique la hauteur de l’engagement des soignants au service de leurs malades. Nous ne les oublierons. Nous ne les oublierons jamais.

D’autres médecins, soignants, personnes portant assistance aux plus fragiles contractent le virus chaque jour dans nos hôpitaux, dans leurs cabinets ou au domicile de leurs patients. Pour tous ces soignants qui tombent malades, je le dis : le coronavirus sera systématiquement et automatiquement reconnu comme une maladie professionnelle. C’est la moindre des choses. Il n’y a aucun débat là-dessus. » Enfin.

A demain @jynau

Covid-19: pourquoi n’est-il pas reconnu comme maladie professionnelle chez les soignants?

Bonjour

23/03/2020. Après l’annonce, hier, de la mort du Dr Jean-Jacques Razafindranazy, médecin urgentiste de l’hôpital de Compiègne âgé de 67 ans victime du Covid-19 on apprend  aujourd’hui que deux médecins originaires du Haut-Rhin et de Moselle sont décédés des mêmes causes. Selon la clinique du Diaconat de Mulhouse (Haut-Rhin), le Dr Jean-Marie Boegle, gynécologue-obstétricien de 66 ans, est mort «des suites» du Covid-19, a indiqué dans un communiqué cette clinique, où ce médecin exerçait «depuis 35 ans», faisant preuve d’une «exemplarité sans faille». «Il avait contracté le virus auprès de l’une de ses patientes lors d’une consultation au sein de son cabinet», précise le communiqué de la clinique.

En Moselle, le Dr Sylvain Welling, généraliste de 60 ans, est décédé à l’hôpital de Saint-Avold où il avait été admis pour des «problèmes respiratoires», a indiqué Gilbert Weber, maire de la commune mosellane où ce médecin exerçait. Le maire dit ignorer s’il y avait des cas de Covid-19 dans sa commune de plus de 5.000 habitants, située dans l’est de la Moselle.

Peu après l’annonce du premier décès le Syndicat national français des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs (Snphare) a demandé que l’infection à Covid-19 soit inscrite dans la liste des maladies professionnelles des professionnels de santé. « Nul ne peut affirmer que la contamination dans ce contexte est extraprofessionnelle, d’autant qu’aucune mesure de dépistage n’est effectuée sur le personnel soignant, et que notre collègue a été exposé professionnellement dès le début de la crise sanitaire dans l’Oise, souligne ce syndicat. Les établissements hospitaliers sont responsables de la protection de leurs salariés. La pénurie de masques, toujours présente dans les établissements de santé, impose le contingentement et l’économie au-delà de ce qui est raisonnable. Les solutions hydro-alcooliques manquent aussi. »

Pour le Snphare le précédent de l’épidémie de SRAS (2003) rappelle « que le taux de contamination attendu pour les personnels soignants sera très nettement supérieur à celui de la population générale ». « Il le sera d’autant plus que les mesures de protection sont contingentées et que le port de masque FFP2 est aujourd’hui à négocier au cas par cas. Une partie des patients infectés sont asymptomatiques, les personnels soignants ne sont pas confinés, ils sont au contact des patients et sont à leur tour de puissants vecteurs potentiels de l’infection.  Si le confinement est indispensable, les professions dérogeant à ce confinement dans l’intérêt de la Nation doivent pouvoir être protégées pour limiter la propagation de l’épidémie, et pour leur propre santé, en ville comme dans les établissements de santé. »

« Il est scandaleux que les pouvoirs publics n’aient pas encore anticipé »

C’est pourquoi ce syndicat demande au Président de la République française « de protéger le personnel soignant durant toute cette crise du coronavirus : confinement total de la population, approvisionnement en masques chirurgicaux et FFP2 suffisant pour une pratique médicale et paramédicale conventionnelle, dépistages systématiques répétés ».

 « Depuis le début de la crise sanitaire, médecins, infirmières, aides-soignants, pharmaciens dénoncent le manque de masques, ahuris de devoir travailler sans, d’avoir à se rationner ou de se contenter de simples masques chirurgicaux, pourtant inefficaces pour se protéger d’une contamination, rappelle aujourd’hui Le Monde (service société et service planète). ‘’Comment l’Etat n’a-t-il pas pu anticiper les stocks ? Nous sommes pour la plupart à court de gel hydroalcoolique, nous utilisons des masques FFP2 (protection de référence en cas d’épidémie) périmés, et nos pharmacies n’ont toujours rien reçu. J’ai le sentiment d’avoir été envoyée au casse-pipe’’, s’indigne Maryse Balmy, médecin généraliste dans le Val-d’Oise, testée positive au Covid-19. Lui aussi contaminé, Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France, redoute une ‘’hécatombe’’ parmi les soignants. Furieux de voir la France contrainte de pratiquer une ‘’médecine de catastrophe’’, il tempête contre ‘’l’administration, qui a été en dessous de tout. Elle devra rendre des comptes’’ ».

 Combien de professionnels de santé sont-ils déjà contaminés ? Le Monde précise qu’en Espagne, ils représentent 12 % des cas confirmés mais, qu’en France, « le flou demeure » : aucun chiffre n’a été communiqué au niveau national. Le Pr Jérôme Salomon Directeur général de la santé, Jérôme Salomon, n’y est pas favorable. « Je ne suis pas certain qu’un décompte particulier parmi les soignants [testés positifs] soit une bonne idée, a-t-il explique le 22 mars. Certains n’ont pas envie d’afficher qu’ils ont pu être contaminés. Et beaucoup de gens sont positifs dans d’autres circonstances. » Quant au nombre de soignants malades, il n’est fourni qu’au compte-gouttes par les structures hospitalières. En Ile-de-France, où la situation est tendue, la direction de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a indiqué, le 20 mars, que 345 de ses soignants ont été infectés et dépistés, dont trois sont hospitalisés et deux en réanimation. Au CHU de Stasbourg, 238 soignants qui sont testés positifs au virus, un chiffre qui a doublé en quelques jours.

Reconnaître le Covid-10 maladie professionnelle chez les soignants ? L’heure est amplement venue de soulever la question estime le  Pr Alexandre Mignon, anesthésiste-réanimateur à l’hôpital Cochin (AP-HP) qui vient d’accorder un long entretien aux Echos (daté 20-21 mars 2020). « Les soignants sont les premiers et les plus exposés. Si une large partie d’entre eux tombent malades, aura-t-on encore les moyens humains de soigner tout le monde ? La question mérite effectivement d’être posée. Il est scandaleux que les pouvoirs publics n’aient pas encore anticipé le Covid-19 comme maladie professionnelle, entraînant une indemnisation, explique-t-il. Quand les soignants sont testés, c’est uniquement pour les écarter de la chaîne des soins s’ils sont positifs, afin de ne pas propager le virus. Combien d’entre nous, brancardiers, infirmières, médecins hospitaliers et de ville, etc., vont-ils contracter la maladie ? Plus de 60 %, c’est sûr, d’après moi, plus ! On peut faire sortir de terre un hôpital en quelques jours – à condition d’y mettre les moyens –, on peut importer massivement de Chine des masques, des médicaments ou des respirateurs artificiels. Mais on ne peut pas former une infirmière ou un médecin en quelques jours. »

A demain @jynau

NB https://jeanyvesnau.com/2020/03/23/le-covid-19-sera-bel-et-bien-reconnu-comme-maladie-professionnelle-chez-les-soignants/

L'opération transparence d'Olivier Véran sur les pénuries de masques et de dépistage

Bonjour

21/03/2020. Organisé en urgence c’est un long et inédit « point presse » qu’a tenu Olivier Véran  au ministère des Solidarités et de la Santé. Une présentation très largement consacrée aux masques protecteurs contre la progression de l’épidémie de Covid-19 – et à la polémique née de la pénurie massive de ces outils de prévention. Une présentation qui, pour la première fois, a permis de faire un point chiffré sur les causes de la pénurie, sur la situation présente et sur la politique mise en œuvre pour pallier au mieux et au plus vite les failles actuelles. Une présentation, enfin, qui démontre une nouvelle fois tout l’intérêt qu’il y a, pour l’exécutif comme pour la collectivité, à dire les faits et les chiffres, à faire la transparence.

Avec, il est vrai une question majeure ici soulevée qui devra trouver une véritable réponse documentée :  comment a-t-on pu voir fondre un stock qui, il y a dix ans était fort d’un milliard de masques.

Extraits des propos ministériels- des propos qui, à l’évidence, marquent un nouveau tournant dans la stratégie de communication du gouvernement :

« Ces derniers jours, un enjeu est sur toutes les lèvres : les équipements en masques et en protections. Je dis aux soignants que je comprends et partage leurs attentes et, parfois, leur colère. Face à une épidémie d’une telle ampleur, il pourrait être facile de mobiliser notre énergie sur la recherche de responsabilités. Il sera temps au moment voulu de tirer toutes les conséquences. Je veux me livrer aujourd’hui à un exercice de transparence absolue et vous présenter la situation telle qu’elle est :
 

« Suite à de premières alertes sérieuses (…) les pouvoirs publics ont décidé il y a une dizaine d’années d’équiper la France de nouveaux masques. Quels que soient les processus de décision qui ont conduit à ce que ces stocks ne soient pas renouvelés, ils se sont réduits année après année. Il ne restait notamment aucun stock d’Etat de masque FFP2.

« J’entends, bien sûr, l’urgence de donner des masques à ceux qui nous protègent »

« Il a été décidé de recourir dès le mois de janvier à l’importation de masques de tous les pays producteurs avant même les premiers cas sur notre territoire. Nous avons mis en œuvre tout pour augmenter notre stock sur un marché tendu.
 

« La France a ainsi passé plusieurs commandes à l’étranger auprès d’industriels en capacité de fournir rapidement de gros volumes. Nous avons passé commande pour plus de 250 millions de masques, qui seront livrés progressivement au cours des prochaines semaines, sans compter les dons de masques supplémentaires par de grandes entreprises. Je tiens à les remercier.
 

« J’entends, bien sûr, l’urgence de donner des masques à ceux qui nous protègent, qui nous soignent, qui sont malades. Ma responsabilité de ministre, c’est de faire en sorte que ces masques soient livrés. Nous disposons à ce jour d’un stock d’Etat de 86 millions de masques : 5 millions de masques de type FFP2 et 81 millions chirurgicaux. Nous prévoyons une consommation de 24 millions de masques par semaine. (…) Je connais la durée de nos stocks, je ne connais pas encore celle de l’épidémie.

«Les masques ont d’abord été distribués au sein des zones de circulation active du virus, parce que notre choix a toujours été de donner la priorité aux personnels exposés et aux zones qui en avaient besoin.

« La France est désormais en mesure de fabriquer 6 millions de masques supplémentaires par semaine, pour moitié des FFP2. Dès avril, ce sera 8 millions par semaine. De nouvelles chaînes de distribution sont mises en place. La mise en place d’une chaîne de distribution adaptée a été complexe, mais elle fonctionne maintenant et permettra d’approvisionner rapidement les hôpitaux, l’ensemble des professionnels de santé et des patients pour qui l’usage du masque est recommandé.
 

Détail des distributions de masques dans les quinze jours

« Toutes les usines tournent à plein régime. Il faut ajouter à cela 40 prototypes qui sont en cours de test pour masques FFP2 ou chirurgicaux. De nombreuses alternatives innovantes sont en cours d’expertise.

« Nos priorités sont les suivantes :

« D’abord, protéger les professionnels de santé, prendre en charge les patients en ville comme à l’hôpital.

Protéger les personnes auprès des personnes âgées.

Protéger les soignants, c’est protéger les malades et c’est sauver des vies.

J’assume de donner la priorité à ceux qui soignent. Nous travaillons sans relâche à optimiser la distribution partout où des dysfonctionnements ont pu intervenir.

« A propos des choix de la distribution de masques dans les quinze jours : priorité sera donnée aux professionnels de santé, en ville comme à l’hôpital, et aux personnes qui interviennent auprès des personnes âgées en Ehpad pour préserver les capacités hospitalières.

  • Pour les médecins de ville, les biologistes, infirmiers de villes, 18 masques par semaine par profession.
  • Pour les masseurs et les kinés, 6 masques par semaine par profession.
  • Pour les pharmaciens, 18 masques par semaine par professions.
  • Pour les sages-femmes, 6 masques par semaine par profession pour prise en charge des femmes contaminées.
  • Pour les prestataires de service, une boîte de 50 masques par semaine et en moyenne par entreprise. »

Insuffisance en matière de dépistage

Tout en démontrant sa capacité à, dans ces moments difficile, faire preuve de pédagogie, Olivier Véran a exhorté les journalistes à ne « pas céder aux sirènes de la polémique », qu’il s’agisse de la pénurie de masques ou des insuffisances en matière de dépistage.

« Aujourd’hui, nous ne dépistons pas de manière automatique. Nous avons fait jusque-là le choix d’un usage rationnel des tests, car les tests ne servent pas à mesurer mais à contenir l’épidémie. Nous sommes alignés sur les recommandations des pratiques internationales. Les personnes ciblées sont, comme chez nos voisins européens, les personnes les plus à risque.


 « La France doit désormais tester et doit faire évoluer sa stratégie de dépistage. L’enjeu est d’être en mesure de multiplier les tests au moment de lever le confinement, nous devons pouvoir vérifier si les personnes pour lesquelles nous avons un doute présentent ou non la maladie.

« Ce n’est pas sur la base d’un dépistage massif que nous mettrons fin à l’épidémie, mais pour accroître notre surveillance une fois le confinement levé. »

Ce « point presse » a également confirmé le rôle majeur désormais conféré au Conseil scientifique présidé par le Pr Jean-François Delfraissy. C’est ainsi cette structure qui définira, lundi 23 mars, ce qu’il en sera de l’allongement ou pas des mesures de confinement en vigueur depuis le 17 mars. L’hypothèse d’une durée de six semaines semble aujourd’hui acquise. C’est encore ce Conseil scientifique qui donnera ses recommandations quant aux nécessaires évolutions des pratiques de dépistage et quant à  l’élargissement, lorsque cela sera possible, des distributions de masques, notamment aux membres des forces de l’ordre.

On notera, enfin, les plus grandes précautions prises par Olivier Véran quant aux espoirs, très largement médiatisés, nés de l’utilisation d’un médicament antipaludéen (hydroxychloroquine, Plaquenil) par le Pr Didier Raoult, membre de ce Conseil scientifique. Seuls de nouveaux essais cliniques, indépendants et répondant aux règles habituelles de ces derniers, permettront ici de conclure.

A demain @jynau