@Xavier Bertrand a définitivement choisi : oui au camp de l’homéopathie et du remboursement !

Bonjour

C’est, résume Le Quotidien du Médecin (Loan Tranthimy) un soutien inattendu pour les acteurs pro-homéopathie. Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé (2005-2009 ; 2010-2012), aujourd’hui président de la région des Hauts-de-France, a annoncé le 14 avril dans un tweet avoir signé une pétition demandant « le maintien du remboursement de l’homéopathie ». Ce soutien a aussitôt déclenché l’ire des « anti-homéopathie », qui ont rétorqué via plusieurs centaines de tweets à celui qui, qouiqu’isolé à droite, ne désespère pas de revenir aux affaires centrales.

Xavier Bertrand ✔@xavierbertrand Le déremboursement de l’homéopathie est une fausse bonne idée et coûterait plus cher ! Je suis comme des millions de Français, je veux le maintien du remboursement de l’#homéopathie. Je signe la pétition #MonHomeoMonChoix !https://www.monhomeomonchoix.fr/ 

Sourde oreille ex-ministérielle

Cette pétition contre le déremboursement des médicaments homéopathiques (132 000 signatures à l’heure où nous écrivons ces lignes) a été lancée par dix-huit organisations professionnelles, des sociétés savantes, des associations de patients et des laboratoires ; et ce via une  campagne de mobilisation intitulée « Mon homéo, mon choix ». Objectif affiché : « donner la parole aux Français pour qu’ils expriment leur attachement à cette thérapeutique et revendiquent le maintien de son remboursement ».

L’ancien ministre s’expliquera-t-il plus avant ? Osera-t-il dépasser la seule vision comptable du sujet ? Aborder sa dimension médicale, philosophique ?  Sollicité par Le Quotidien du Médecin Xavier Bertrand a fait la sourde oreille 1. On peut toutefois utilement revenir à ce qu’il déclarait  au Monde (Sandrine Blanchard) dans ce papier publié le 16 septembre 2005 :

« Xavier Bertrand est catégorique. « Tant que je serai ministre, on ne touchera pas à l’homéopathie«  , a indiqué au Monde , jeudi 15 septembre, le ministre de la Santé. Interrogé sur le sort qu’il entendait réserver aux petits tubes de granules au moment où la Haute Autorité de santé (HAS) prône le déremboursement de 221 médicaments à service médical rendu (SMR) insuffisant (Le Monde du 16 septembre), M. Bertrand répond que le déremboursement de l’homéopathie n’aurait pas d’avantage financier. Il affirme ainsi que « dérembourser l’homéopathie serait une fausse bonne idée, car, aussitôt, on assisterait à un transfert des prescriptions sur l’allopathie, ce qui, économiquement, coûterait plus cher » .

« Cette décision ne manquera pas de satisfaire les laboratoires français Boiron, leader mondial de ce secteur, qui bataillent depuis plus de deux ans pour défendre leurs produits. Le vieux débat sur la nécessité ou non de maintenir dans la liste des médicaments remboursables des spécialités homéopathiques dont l’intérêt thérapeutique n’a jamais été scientifiquement prouvé est donc clos. En 2003, le ministère de la Santé avait rouvert le dossier en décidant de baisser le taux de remboursement des médicaments homéopathiques de 65 % à 35 %, jetant alors le trouble sur cette médecine alternative.

Respecter l’équité

Pour Jean-François Mattei, ministre de l’époque, il s’agissait de respecter « l’équité »entre les laboratoires pharmaceutiques. Alors que des dizaines de spécialités allopathiques venaient de subir une diminution de leur niveau de remboursement pour cause de SMR insuffisant, rien ne justifiait, à ses yeux, que l’homéopathie ­ dont le SMR n’a jamais été évalué par la commission de la transparence ­ continue d’être prise en charge à 65 % (…)

Philippe Douste-Blazy, le successeur de M. Mattei, a botté en touche. Soulignant que « 10 millions de Français en consomment, 25 000 médecins en prescrivent, le tout pour 70 millions d’euros par an, soit une goutte d’eau dans les dépenses pharmaceutiques«  , il décida de ne pas dérembourser l’homéopathie tout en promettant de demander à la Haute Autorité de santé de trancher sur l’intérêt de cette médecine douce. Las. M. Douste-Blazy ne saisira jamais l’instance scientifique indépendante sur cette question. Et M. Bertrand non plus.

« Politiquement, cela ne vaut pas la peine pour un ministre de susciter beaucoup d’émoi dans la population pour quelques millions«  , analyse Jean-François Bergmann, vice-président de la commission d’autorisation de mise sur le marché.  Mais, ajoute-t-il, « en tant que professeur de thérapeutique, il est difficile d’expliquer le fondement rationnel d’un système de soins qui veut, d’un côté, dérembourser les veinotoniques et qui, de l’autre, continue à rembourser l’homéopathie. Dans les deux cas, c’est de la placebothérapie«  . »

Georgina Dufoix, Jean-François Mattei, Philippe Douste-Blazy, Xavier Bertrand, Marisol Touraine ne sont plus ministres de la Santé. L’homéopathie est toujours remboursée. On attend aujourd’hui Agnès Buzyn (et son couperet HAS) au tournant. Ce sera avant le prochain été.

A demain

@jynau

1 Observons que Xavier Bertrand ne s’est d’autre part jamais expliqué (à notre connaissance) sur la question de l’obligation de la vaccination anti-grippale des professionnels de santé. Cell-ci figure à  l’article L. 3111-4 du code de la santé. Or cette disposition a été «suspendue» par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure, depuis, « fortement recommandée» sans jamais être imposée. Le décret du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé et des Solidarités du gouvernement dirigé par Dominique de Villepin. »

 

 

Cigarette électronique contre Champix® : voici nos réponses à quelques méchantes critiques

Bonjour

Nous traitions ici même, il y a quelques heures de l’étude ECSMOKE ; étude lancée en octobre dernier financée par des deniers publics (un million d’euros) ayant pour objectif d’évaluer l’efficacité de la cigarette électronique (avec ou sans nicotine) par rapport à un médicament « aidant au sevrage tabagique » (varénicline, Champix®). Et nous nous interrogions sur les difficultés rencontrée par ses promoteurs pour recruter un minimum de 650 personnes volontaires « fumant au moins dix cigarettes par jour, âgées de 18 à 70 ans et souhaitant arrêter de fumer ». Et ce en dépit de la publicité faite sur le sujet par l’AP-HP.

Deux critiques n’ont guère tardé. Tout d’abord celle, courtoisement formulée sous forme de commentaire, d’Ivan Berlin (Pitié-Salpêtrière, AP-HP) coordinateur de cette étude :

« Cher Jean-Yves Nau,
Comme je vous ai déjà écrit, je veux bien présenter cette étude et ses enjeux à tous ceux qui s’y intéressent. Je refuse toute critique de la part des personnes qui ne connaissent pas ses détails méthodologiques.
Vous écrivez votre blog mais vous ne répondez jamais à ma demande de discussion ouverte.
C’est facile d’être négatif, faire des critiques sans connaitre les détails. Ça fait lire votre blog.
Par ailleurs, notre recrutement est excellent, nous souhaitons finir l’étude le plus tôt possible pour rendre public les résultats le plus tôt possible – d’où la nouvelle campagne de recrutement.
Ivan Berlin »

Ensuite celle postée sur Twitter, de Bertrand Dautzenberg (Pitié-Salpêtrière, AP-HP): « Contrairement à ce qu’affirme JY Naux [sic] sans vérifie [re-sic] les faits, le recrutement de l’étude ecsmoke fonctionne bien (recrutement plus rapide qu’anticipé). JY Nau insinue qu’il y a des conflits d’intérêts, c’est faux, merci à lui de préciser ou de se rétracter. »

Nos réponses

1 Le recrutement. Nous écrivions, en citant nos sources, qu’il manquait encore à cette étude lancée en octobre dernier  plus de 500 personnes sur les 650 nécessaires. Ivan Berlin et Bertrand Dautzenberg affirment l’un que le « recrutement est excellent », l’autre que ce recrutement « fonctionne bien »  et mieux : qu’il est « plus rapide qu’anticipé ». Dont acte.

Questions : Quel était le plan initial de recrutement ? Où en est-il précisément ? Quelles sont les modalités de la « nouvelle campagne de recrutement ? Quand cette étude sera-t-elle terminée ? Quand les résultats seront-ils rendus publics ?

Précisons qu’en octobre nous avions, sur ce blog, donné toutes les précisions pour aider les personnes intéressées à s’informer et, le cas échéant, à participer à cette étude.

2 Le conflit d’intérêt. Nous n’ « affirmons » ni n’ « insinuons ». Nous parlons d’une étude « potentiellement grevée de conflits d’intérêts » ; et ce en renvoyant à deux papiers publiés sur ce blog (l’un le 14 octobre 2018, l’autre le 17 octobre 2018) comportant des éléments permettant de soulever la question au regard de la promotion faire pour le Champix® de la multinationale pharmaceutique Pfizer. Ivan Berlin nous avait alors répondu fort courtoisement :

« Cher M. JY Nau, Je suis très content qu’un journaliste de renom comme vous s’intéresse à l’épidémie tabagique et au sevrage tabagique. Toutefois, il me semble que vous n’étiez pas présent à cette conférence de presse, en tout cas je ne vous ai pas vu. C’aurait été enfin une occasion de se parler et d’aborder plusieurs sujets dont vous écrivez. A votre disposition. »

A quel titre devrions-nous, dès lors, nous « rétracter » ?

3 La méthodologie. Ivan Berlin n’ignore pas qu’ECSMOKE fait l’objet de nombreuses critiques de spécialistes – non du Champix® mais de la réduction des risques et du vapotage.Une partie de ces critiques a été formulées sur ce blog le 31 octobre 2018 (par Sébastien Béziau, Jacques Le Houezec, Patrick Favrel, Jean-Pierre Couteron, William Lowenstein).

Aujourd’hui Ivan Berlin dit « refuser toute critique de la part des personnes qui ne connaissent pas les détails méthodologiques » de cette étude. Tout laisse penser que ces cinq spécialistes sont pleinement au fait de ces détails qui n’ont par aielleurs (et fort heureusement) rien de secret. Pourquoi se refuse-t-il, dès lors, à répondre à leurs critiques ?

4 L’absence de réponse. « Vous écrivez votre blog mais vous ne répondez jamais à ma demande de discussion ouverte » nous écrit Ivan Berlin. Nous prenons bonne note ce cette demande – la première après le commentaire du 17 octobre dans lequel M. Berlin expliquait être à notre disposition. Il sait, depuis, que notre blog lui est ouvert. Comme il l’est à Bertrand Dautzenberg.

5 L’audience de notre blog. « C’est facile d’être négatif, faire des critiques sans connaître les détails. Ça fait lire votre blog ». Le propos nous semble quelque peu excessif. S’il est, de fait, aisé d’être dans la négativité il nous semble connaître assez bien les détails du sujet.

Quant à l’audience de notre blog, elle est effectivement très nettement en pointe dès lors que nous traitons des questions médicales et politiques relatives à la cigarette électronique et à la réduction des risques. Faudrait-il se flageller ? Où se féliciter de voir là un symptôme de l’intérêt général pour ces questions – une donnée qui ne peut que nous inciter à persévérer. En cherchant, merci Sénèque, à éviter les erreurs et sans jamais diaboliser.

Bien cordialement

A demain

@jyanu

E-cigarette contre Champix® : un million d’euros d’argent public vont-ils partir en fumée ?

Bonjour

L’affaire, fort coûteuse, est bien mal partie. Elle a pour nom ECSMOKE : une étude nationale prévue pour être menée dans onze hôpitaux et un dispensaire. Objectif : évaluer l’efficacité de la cigarette électronique (avec ou sans nicotine) comparée à un médicament « aidant au sevrage tabagique » (varénicline, Champix®). Encore faut-il,  pour cela, obtenir la participation d’un minimum de 650 personnes « fumant au moins dix cigarettes par jour, âgées de 18 à 70 ans et souhaitant arrêter de fumer ». Ce qui ne devrait pas, en France, être bien difficile à trouver. Cette étude est financée par les autorités de santé (PHRC 2015). Son coût : entre 900.000 et un million d’euros. Bien lire : entre 900.000 et un million d’euros.

Pour nombre de spécialistes d’addictologie et de réduction des risques ECSMOKE souffre de nombreux défauts méthodologiques. Lancée bien trop tardivement, incroyablement coûteuse, potentiellement grevée de conflits d’intérêts, elle ne saurait selon eux répondre utilement aux questions soulevées. «  Dans cette étude, l’inconscient contre le vapotage est à ciel ouvert » nous résumait le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions en octobre dernier, au moment du lancement.

Nous sommes en avril de l’année suivante, et rien n’avance. En dépit de la publicité faite par l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris 1 le Dr Ivan Berlin (Pitié-Salpêtrière) peine à recruter : il manque encore …. 500 volontaires comme vient de l’indiquer France Bleu Paris (Mélodie Pépin), repris par Vap’You et Vap’News :

« L’AP-HP semble galérer depuis des mois pour trouver des volontaires. Pour rappel, contrairement à ce prétendent les communiqués, cette étude ECSMOKE ne compare LA vape, mais seulement un seul matériel, une seule saveur, deux taux de nicotine, zéro (!) et 12 mg/ml ce qui est potentiellement insuffisant pour la plupart des fumeurs. Donc une étude à 900.000€ (avec nos impôts) pour rien, ou peut-être juste pour essayer de montrer qu’un médicament (la varénicline) est ‘’aussi’’ efficace que la vape (avec des pré-requis d’usage complètement biaisés) ».

Au risque de choquer, la question doit être posée : ne conviendrait-il pas, tout bien pesé, d’arrêter les frais ?

A demain

@jynau

1 Pour notre part nous indiquions, dès novembre sur ce blog,  que les fumeurs intéressés pour participer à l’étude pouvaient contacter le centre coordinateur par téléphone : 0622938609 et/ou retrouver toutes les informations sur  aphp.fr. Nous ajoutions qu’en pratique des médecins spécialisés dans le sevrage tabagique de douze consultations de tabacologie de plusieurs hôpitaux à Angers, Caen, Clamart, Clermont-Ferrand, La Rochelle, Lille, Lyon, Nancy, Nîmes, Paris, Poitiers et Villejuif prendraient en charge chaque fumeur participant à l’étude pendant six mois en leur fournissant une cigarette électronique personnelle à puissance réglable et des liquides spécifiques saveur tabac blond (soit avec 12 mg/ml nicotine, soit sans nicotine), des comprimés de varénicline ou sa version placebo.

A l’adresse d’Agnès Buzyn, voici un résumé : doléances urgentes des soignants de l’AP-HP 

Bonjour

Bloguer c’est aussi, parfois, relayer. Ainsi, aujourd’hui, cette tribune publiée sur le site du Journal du Dimanche : « Ecoutons les soignants avant que la résignation ne l’emporte ». Tribune originale qui résume ce qu’il en fut du « Grand Débat National » 1 pour les médecins, infirmiers et autres salariés des hôpitaux parisiens (AP-HP). Une tribune publiée alors même que débute un mouvement de « grève illimitée » dans quatre des principaux services d’urgence de l’AP-HP. La « restitution » de ces discussions aura lieu demain 15 avril.

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a décliné l’invitation à y assister. Pourquoi ? Elle n’entendra donc pas, elle qui est officiellement en charge du renouveau d’un système hospitalier français en perte d’identité, l’appel lancé à « un changement général ». Elle n’entendra ni les doléances exprimées par les soignants hospitaliers de la capitale ni cette phrase qui résume tout : « Le premier constat unanimement partagé est le manque de temps et de personnels menant à la déshumanisation, les actes techniques sont valorisés mais le temps d’échange auprès ou autour du patient disparaît. »

Extraits :

«  L’hôpital public, ignoré dans les questions du grand débat national, a été évoqué largement lors des réunions publiques. A l’initiative du personnel, sept débats ont été organisés dans sept sites de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris 2, accompagnés par quatre garants d’origines diverses 3. Soignants, médecins, administratifs, patients et citoyens ont pu s’exprimer et apporter des propositions. Au total, 614 personnes ont participé. La restitution de ces débats aura lieu le 15 avril, et bien que la ministre de la Santé ait décliné notre invitation, il nous semble important de faire connaitre les conclusions de ces réunions.

 « Sans surprise, il est apparu que l’hôpital est une communauté, où on ne vient pas travailler par hasard : toutes et tous ont manifesté avec force l’attachement à leur métier et au service public. Mais de l’aide-soignante au chef de pôle, du brancardier à la diététicienne, du kiné à l’infirmière, tous ont exprimé les mêmes constats, le même désarroi, et la même inquiétude pour l’avenir. L’aspiration au changement est générale.

« Le premier constat unanimement partagé est le manque de temps et de personnels menant à la déshumanisation. Les actes techniques sont valorisés mais le temps d’échange auprès ou autour du patient disparaît. Les sous-effectifs en personnel dans les services cliniques et techniques (radiologie, laboratoires…) entraînent une dégradation de la qualité de vie au travail et en conséquence, de la qualité et sécurité des soins. ‘Pour bien faire son travail, il faut du temps et le temps c’est des humains.’ L’intensification du travail, la course à l’activité pour être ‘rentable’, conduit à une perte de sens : ‘Nous considérons que la médecine publique ne doit pas forcément être rentable, ce qui ne veut pas dire qu’elle doit perdre de l’argent, mais elle doit rendre service au public.’ Les soignants n’en peuvent plus de faire les frais des restrictions budgétaires, de constater, année après année, que des postes sont supprimés. ‘Des économies ne pourraient-elles pas être faites ailleurs que sur le dos des équipes?’. Les personnels des hôpitaux, soignants ou administratifs, ne veulent plus s’entendre dire qu’il suffirait de mieux s’organiser et que leur malaise n’est pas lié au manque de moyens humains ou matériels…

« Les soignants (médecins ou paramédicaux) de même que les personnels administratifs, constatent l’absence de prise en compte des difficultés rencontrées au quotidien (‘faire toujours plus avec de moins en moins’) et regrettent l’absence de concertation et que leurs propositions d’amélioration ne soient pas entendues. A l’hôpital, ‘ceux qui font’ ne discutent pas de l’organisation de leur travail avec ‘ceux qui prennent les décisions’. Quel meilleur expert du travail que celui qui le réalise? Ainsi la transition numérique, qui devait dégager du temps, s’est accompagnée d’un glissement de tâches administratives vers les soignants, intensifiant davantage un travail déjà soumis à des contraintes d’activité toujours croissante.

« Le trop faible niveau de rémunération des paramédicaux, et la précarité pour certains métiers ne sont plus tolérables. ‘Le salaire d’une infirmière est passé en vingt ans de 1,7 fois le SMIC à 1,3 fois le SMIC avec des loyers qui ont explosés durant la même période, comment voulez-vous qu’on s’en sorte?‘. »

Au terme de ces débats, des pistes d’amélioration et propositions ont été avancées. Il apparaît ainsi que les soignants veulent participer aux décisions qui les concernent. Qu’ils veulent retrouver leur fonction première : soigner et préserver la qualité des soins qu’ils prodiguent, mais  le faire avec des conditions de travail « sereines et décentes ». « Il faut renforcer les moyens en personnels, afin d’éviter les remplacements de personnels sans tenir compte des spécificités de chaque service, peut-on lire en conclusion de la tribune. Une revalorisation salariale globale des soignants paramédicaux est indispensable. Elle doit être spécifique pour les personnels ayant acquis de nouvelles compétences telles que les pratiques avancées. »

« La richesse des échanges au cours de ces débats a été unanimement appréciée, écrivent-ils encore. Il faut recommencer, réunir régulièrement les professionnels de l’hôpital et les citoyens usagers pour améliorer l’organisation du travail. Redonnons aux soignants et aux administratifs le plaisir de travailler ensemble. Faisons-le avant que la résignation ou l’abandon ne l’emporte. »

Absente de cette restitution Agnès Buzyn percevra-t-elle néanmoins l’ampleur et l’urgence de ces doléances ? Et ce avant que ne l’emporte la violence ?

A demain

@jynau

1  Organisateurs des débats publics à l’AP-HP : Sophie Crozier Médecin, Hôpital La Pitié, N De Castro Médecin, Hôpital Saint Louis, A Gervais Médecin, Hôpital Louis Mourier, O Hentic Médecin, Hôpital Beaujon, T Morvan Infirmière, Hôpital Saint Louis, N Muller Médecin, Hôpital Beaujon, I Nègre Médecin, Hôpital Kremlin Bicêtre, P Pelloux Médecin, Hôpital Necker, R Salomon Médecin Necker, C Trivalle Médecin, Hôpital Paul Brousse.

2 Hôpital Beaujon le 15/2/2019 ; Hôpital Paul Brousse le 18/2/2019 ; Hôpital de la Pitié-Salpêtrière le 19/02/2019 ; Hôpital Louis Mourier le 20/02/2019 ; Hôpital Saint-Louis le 20/02/ 2019 ; Hôpital du Kremlin-Bicêtre le 25/02/2019 ; Hôpital Necker-Enfants Malades le 28/02/2019.

3 Jacques Archimbaud, ancien vice-président de la commission nationale du débat public, Marie Citrini représentante des usagers au conseil de surveillance de l’AP-HP, Béatrice Crickx, PUPH de dermatologie retraitée, ancienne présidente de CCM de Bichat, Claire Hédon présidente d’ATQ quart monde, journaliste.

AP-HP, urgences : après l’affaire de Lariboisière, voici le temps de la «grève illimitée»

Bonjour

Nouveau symptôme signifiant de troubles vécus par le système hospitalier français. Et prolongement de la récente « affaire de Lariboisière » : une femme âgée de 55 ans retrouvée morte dans la zone d’attente des urgences de cet hôpital douze heures après son admission – sans avoir été examinée par un médecin. Expliquer cette « défaillance » dans la prise en charge d’une patiente ? « Il n’y a pas de faute individuelle d’un soignant, mais une série de dysfonctionnements qui n’ont pas permis d’arrêter le processus menant au drame », avait expliqué au Monde le Pr Dominique Pateron, le président de la collégiale des urgences de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), à l’issue d’une mission d’enquête. Les capacités du service avait été dépassées.

Puis, dans une tribune publiée (toujours dans Le Monde) en janvier, quatorze chefs de service 1 avaient jugé que cette saturation permanente des urgences « augmentait considérablement les risques d’erreurs médicales et use les équipes ». Ils avaient appelé à un « grand plan en faveur des urgences », prévoyant notamment la possibilité de « filtrer l’accès » à ces lieux de soins.

Et loin de s’être résorbé l’abcès a grossi. En dépit des initiatives de Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP les infirmiers et les aides-soignants de quatre services d’urgence (SAU) parisiens (Lariboisière, Pitié-Salpêtrière, Saint-Louis, Tenon) devraient rejoindre ceux de l’hôpital Saint-Antoine dans une grève illimitée. Objectif :  obtenir une amélioration de leurs conditions de travail et des augmentations de salaire. Un mouvement dont les organisateurs espèrent qu’il s’étendra  aux vingt autres SAU du groupe puis à ceux de l’ensemble du pays. Un mouvement qui  ne devrait pas perturber  la prise en charge des patients : les grévistes sont assignés de manière à assurer une continuité des soins. Un mouvement soutenu par les syndicats SUD et CGT.

Palais de l’Elysée

Outre les quarante-cinq nouveaux postes déjà promis (à répartir entre les vingt-cinq services), Martin Hirsch a annoncé dans une lettre envoyée aux syndicats le 9 avril qu’un groupe de travail établirait « dans un délai de deux mois » de tels ratios. « Je m’engage à assurer un parallélisme entre l’augmentation de l’activité et le renforcement des effectifs, ce qui est un vrai progrès,assure-t-il au Monde (François Béguin). Comme, en plus nous veillerons à bien remplacer les congés de maternité, à titulariser plus vite, et à renforcer les effectifs de sécurité, les agents vont voir un réel effet. »

Outre la « dégradation de la qualité de la prise en charge » dans les SAU, les grévistes pointent également l’augmentation de l’agressivité et des violences dans ces services où sont accueillis des patients en situation de précarité – parfois atteints de pathologies psychiatriques. Martin Hirsch assure qu’il va « accélérer »la mise en œuvre d’un plan visant à renforcer la sécurité de l’ensemble des sites. Ce sera non, en revanche, pour l’octroi d’une prime mensuelle de 300 euros : les grévistes doivent sur ce point s’adresser à la ministre Agnès Buzyn – ou, mieux, au Palais de l’Elysée.

A demain

@jynau

 Philippe Juvin, chef de service des urgences, hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP), Paris; Marie-Christine Ballester, chef de service des urgences, hôpital Foch, Suresnes ; Sebastien Beaune, chef de service des urgences, hôpital Ambroise-Paré, Boulogne-Billancourt ; Enrique Casalino,chef de service des urgences-SMUR, CHU Bichat, Paris et CHU Beaujon, Clichy ; Arnaud Depil-Duval, chef de service des urgences, CH Eure-Seine, Evreux-Vernon ; Benoît Doumenc, chef de service des urgences, CHU Cochin, Paris ; Luc-Marie Joly, chef de service des urgences, CHU Rouen ; Mehdi Khellaf, chef de service des urgences, CHU Henri-Mondor, Créteil ; Catherine Le Gall, chef du service des urgences, centre hospitalier d’Argenteuil ; Eric Roupie, chef de service des urgences-SAMU 14, CHU de Caen ; Jeannot Schmidt, chef de pôle SAMU-SMUR-Urgences CHU Clermont-Ferrand/CH de Riom ; Mathias Wargon, chef de service des urgences-SMUR, CH de Saint-Denis ; Eric Wiel, chef de service des urgences-SAMU du Nord, CHU de Lille ; Caroline Zanker, chef de service des urgences, hôpital franco-britannique de Levallois.

 

 

La farce et les dindons français : comment l’Etat pourrait-il en finir un jour avec le tabac ?

Bonjour

12 avril 2019. Chercher l’erreur. « Un euro de plus sur chaque paquet de cigarettes, ça rapporte gros, observe  aujourd’hui Solveig Godeluck (Les Echos). L’augmentation de la fiscalité sur les produits du tabac a permis de prélever 900 millions d’euros de plus en 2018, d’après les chiffres du programme de stabilité transmis par Bercy à Bruxelles.  A l’automne 2017, dans le projet de budget de la Sécurité sociale, le gouvernement avait inscrit une recette supplémentaire de 510 millions d’euros sur l’année. »

Au total, les taxes sur les tabacs ont rapporté près de 13 milliards d’euros (hors TVA) en 2018 contre 11,9 milliards en 2017. « Cette bonne surprise pour le budget est un peu moins réjouissante pour la santé publique et pour les comptes de la Sécurité sociale à long terme, poursuivent Les Echos. Cela signifie que la consommation légale de tabac a un peu moins baissé que prévu. Les volumes de cigarettes ont néanmoins diminué de 9,1 % en 2018, a calculé l’association ‘’Droits des non-fumeurs’’, une baisse substantielle. » Mais l’Etat s’attendait à un recul plus important encore de la consommation compte tenu de l’ampleur du renchérissement des taxes. Gouverner c’est, aussi, calculer.

Cigarette électronique/réduction des risques

Résumons. Il y a un an se mettait en place, à l’initiative du gouvernement, un programme d’augmentation par étapes des prix/relèvement de la fiscalité jusqu’en 2020. Il s’agissait, officiellement de lutter contre la consommation de tabac en annonçant que le paquet de cigarettes atteindrait un minimum de 10 euros en 2020. On observe d’autre part (et en dépit du déni gouvernemental quant aux vertus de la cigarette électronique/réduction des risques) que les tentatives pour arrêter de fumer sont sur une pente croissante encouragées par une meilleure prise en charge des substituts nicotiniques par la collectivité.

C’est dans ce contexte que les pouvoirs publics/autorités sanitaires ont annoncé (sans jamais fournir de données statistiques objectives) une diminution, en un an et demi, de 1,6 million de fumeurs.  « De leur côté, notent Les Echos, les industriels du tabac ont vu leur chiffre d’affaires augmenter de 3,9 % en 2018 du fait de l’augmentation du prix moyen, en dépit de la baisse des volumes, note ‘’Droits des non-fumeurs’’. Un chiffre d’affaire qui s’est élevé à 15,65 milliards. » Sans parler des ventes parallèles, des achats à l’étranger et de la contrebande qui, par définition, ne figure pas dans les statistiques officielles. Où est l’erreur ?

A demain

@jynau

 

Autisme : Emmanuel Macron présentera-t-il ses excuses à l’ensemble des psychiatres français ? 

Bonjour

Elle voulait, d’un mouvement du menton,  « changer la donne », elle est parvenue à liguer contre elle tous les pédopsychiatres et psychiatres du service public. Sophie Cluzel, 58 ans, est depuis près de deux ans, secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées. Elle s’exprimait le 1er avril dernier,  sur les ondes de RMC (1er avril). Et elle a très volontiers succombé à l’invitation « anti-psy » de Jean-Jacques Bourdin :

« J-J B : Il va falloir que l’on arrête une fois pour toutes de placer ces enfants autistes devant des psychiatres …

S.C. : Complètement d’accord avec vous ! C’est bien pour ça qu’on change la donne, qu’on arrête de parler de psychiatrie, qu’on parle vraiment d’une très bonne prise en charge, très très précoce

– Ce n’est pas un enfant qui a perdu la raison … ! Certainement pas !

– Non, il des troubles de la communication…

– Voilà …

– Des troubles d’interactions avec ses pairs, et donc c’est comme ça qu’on change la donne (…) »

‘Nous sommes atterrés »

Depuis l’ire couvait dans l’ensemble de la communauté psychiatrique française 1. Et voici, dix jours plus tard, ce communiqué : « Pédopsychiatres et psychiatres du service public exigent des excuses à la suite des propos outranciers de Sophie Cluzel, Secrétaire d’Etat au Handicap ». Un texte adressé à Sophie Cluzel avec copie « à Monsieur le président de la République à Madame la ministre des Solidarités et de la Santé ». Extraits :

« Psychiatres et pédopsychiatres du service public, nous sommes atterrés par votre sortie médiatique sur les ondes de RMC. Vous y avez affirmé votre volonté ‘’de ne plus placer les enfants autistes devant un psychiatre’’, en dénonçant une ‘’prise en charge inadéquate dans les hôpitaux psychiatriques où ils n’ont rien à faire’’. Vous avez même souhaité ‘’que l’on arrête de parler de psychiatrie’’.

« Nous vous demandons des excuses. Nous ne pouvons accepter la violence de vos propos et nous nous interrogeons sur les enjeux de votre intervention. Il ne peut s’agir d’erreurs à répétition. Après Marie-Arlette Carlotti, Ségolène de Neuville, les gouvernements se suivent, mais les secrétaires d’État au handicap lancent leurs bombes les unes après les autres à l’encontre du travail effectué par les psychiatres et les équipes hospitalières. Ils annulent ainsi les constats de notre ministre de tutelle réaffirmant la nécessité d’allouer plus de moyens à l’hôpital public. (…)»

« Nous ne rencontrons que très rarement ces enfants Asperger pour lesquels le plan de stratégie nationale contre l’autisme a d’ailleurs été fait, et donc ne s’adressant pas aux problématiques de la grande majorité des enfants et adultes ‘’TSA’’. Aussi nous ne pouvons accepter vos propos aussi grotesques que calomnieux. Nous tenons encore et encore à réaffirmer nos positions éthiques : Non, L’annonce du diagnostic TSA ne peut le plus souvent se suffire à lui-même (…) Non, nous ne pouvons pas abandonner les enfants ‘’TSA’’ et leurs familles alors que les risques d’exclusion sociale sont inhérents à ces troubles (…) Non, les services hospitaliers ne discriminent pas les patients. Ils accueillent tout type de troubles, y compris ceux qui sont à risque de faire exploser les institutions. (…) Non, nous ne réclamons pas le monopole (…) »

Emmanuel et Brigitte

« En nous désignant comme bouc émissaire de l’incurie de l’Etat, peut être retardez-vous le moment où les familles de vous demanderont des comptes ! Aux côtés des familles, nous souhaitons connaître vos propositions face au manque de places adaptées au sein des institutions médico-sociales, en particulier en ESAT et en foyer occupationnel. En interdisant ‘’le passage devant un psychiatre’’, vous évitez ainsi que des médecins ne se fassent les porte-voix des épreuves vécues par la majorité des TSA ‘’non haut niveau’’, présentant un retard global, sans accès langage, avec des comorbidités (auto-et/ou d’hétéro-agressivité). 

« En vous exprimant ainsi, vous effectuez un clivage dramatique entre les missions de la solidarité et de la santé et celles du handicap. Vous dissociez de façon toute à fait archaïque la souffrance physique, la souffrance psychique et la souffrance sociale. Vous apparaissez ainsi hors de la réalité vécue des humains présentant des handicaps et de leurs familles placés sous votre responsabilité (…)

«Aussi nous exigeons des excuses publiques pour vos propos disqualifiant nos compétences et notre engagement professionnel. Face à votre discours discriminant et glaçant, nous opposons nos inventions thérapeutiques ‘’ sur mesure ‘’  et notre détermination éthique qui sont des graines semées auprès des enfants les plus vulnérables et leurs familles et qui nous permettent de rêver en ce printemps nouveau. »

Sophie Cluzel s’excusera-t-elle ? Agnès Buzyn le fera-t-elle à sa place ? On peut imaginer qu’Emmanuel Macron (qui avec son épouse Brigitte avait, il y a un an, exprimé publiquement son engagement personnel concernant la prise en charge de l’autisme) aura à cœur de retisser le lien rompu entre son gouvernement et ces professionnels.

A demain

1 Le Conseil national professionnel de psychiatrie (qui regroupe l’ensemble des sociétés savantes et syndicats de psychiatrie) « condamne à l’unanimité et avec la plus grande fermeté les propos irresponsables et scandaleux de la secrétaire d’Etat aux personnes handicapées prononcés le 1er avril 2019.»

Quant au Syndicat national des psychiatres privés il écrit : «Face aux mensonges, à l’ignorance totale, au mépris et au déni pour le travail fourni et difficile des psychiatres, affichés par les représentants du peuple et certains médias qui les relaient nous sommes  scandalisés et exigeons qu’un débat soit organisé avec des représentants de la psychiatrie. Le sujet de l’Autisme est tristement devenu un enjeu politique ».