Covid-19 et risque pandémique. Le jour où le virus aura atteint le vaste continent africain

Bonjour

19 février 2020. Bulletin quotidien : 75 200 cas, 2012 morts.Un jour prochain il faudra traiter du continent africain. Et pourquoi pas dès aujourd’hui, comme nous y incite The Lancet avec une publication originale : « Preparedness and vulnerability of African countries against importations of COVID-19: a modelling study » 1 Published Online February 19, 2020 https://doi.org/10.1016/ S0140-6736(20)30411-6

Où il apparaît que l’Egypte, l’Algérie et l’Afrique du Sud sont les pays a priori les plus exposés au risque d’apparition de l’épidémie due au nouveau coronavirus chinois. Mais ce sont aussi les pays qui disposent des systèmes de santé les plus préparés du continent et qui, à ce titre sont les moins vulnérables. Les pays à risque modéré (Nigéria, Éthiopie, Soudan, Angola, Tanzanie, Ghana et Kenya) sont quant à eux moins préparés et plus vulnérables. A ce titre il auraient impérativement ont d’un soutien pour les aider à détecter et à gérer les cas importés de Covid-19.

Ces résultats proviennent d’une étude de modélisation qui estime la préparation (la capacité du système de santé) et la vulnérabilité (les conditions démographiques, environnementales, socioéconomiques et politiques qui pourraient avoir une incidence sur la capacité d’un pays à réagir) des pays africains. Sans oublier leur probabilité d’importer des cas de Covid-19 de Chine. Le risque global d’importation de cas en Afrique est plus faible qu’en Europe mais que la capacité de réponse et de réaction est plus limitée en Afrique.

Il faut ici savoir que la Chine est le premier partenaire commercial de l’Afrique et que l’Algérie, l’Éthiopie, l’Afrique du Sud et le Nigéria ont été inclus dans les treize pays prioritaires identifiés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), sur la base de leurs liens directs et du volume de leurs voyages en Chine. Un premier cas africain officiel de Covid-19  a été confirmé en Egypte le 14 février 2020.

« Plusieurs mesures visant à empêcher l’importation de cas en provenance de Chine ont déjà été mises en œuvre dans de nombreux pays africains, résume The Lancet.  Cependant, la limitation et le contrôle de la transmission après l’importation nécessitent des mesures supplémentaires : surveillance accrue, identification rapide des cas suspects, transfert et l’isolement des patients, diagnostic rapide, recherche des contacts e suivi des contacts potentiels. Ces mesures nécessitent une expertise et des ressources techniques et opérationnelles, qui dépendent fortement des systèmes de santé.

 «Les pays africains ont récemment renforcé leur état de préparation pour gérer les importations de cas de Covid-19, y compris la surveillance des aéroports, le contrôle de la température aux points d’entrée, les recommandations pour éviter les voyages en Chine et l’amélioration des informations sanitaires fournies aux professionnels de la santé et au grand public. Publique. Cependant, certains pays restent mal équipés », explique le Dr Vittoria Colizza (Inserm, Université de la Sorbonne, France) qui a dirigé ce travail.

Elle ajoute :

«Alors que près des trois quarts de tous les pays africains ont un plan de préparation à une pandémie de grippe, la plupart sont dépassés et jugés insuffisants pour faire face à une pandémie mondiale. En outre, malgré les efforts déployés par l’OMS pour améliorer la capacité de diagnostic, certains pays ne disposent pas des ressources nécessaires pour tester rapidement le virus, ce qui signifie que des tests devront être effectués dans d’autres pays.

« Il est essentiel de former, d’équiper et de renforcer les capacités de diagnostic des laboratoires hospitaliers proches des maladies infectieuses et des services d’urgence afin de réduire le délai de livraison des résultats, de gérer plus rapidement les cas confirmés et les contacts, et de préserver des mesures strictes de contrôle des infections. De même, l’augmentation du nombre de lits et de fournitures disponibles dans les pays à ressources limitées est cruciale pour préparer une éventuelle transmission locale après l’importation.»

On peut le dire autrement : nous sommes d’ores et déjà ici confronté à un possible problème de santé publique majeur.

A demain @jynau

1 Marius Gilbert, Giulia Pullano, Francesco Pinotti, Eugenio Valdano, Chiara Poletto, Pierre-Yves Boëlle, Eric D’Ortenzio, Yazdan Yazdanpanah, Serge Paul Eholie, Mathias Altmann, Bernardo Gutierrez, Moritz U G Kraemer, Vittoria Colizza. This study was funded by the EU Framework Programme for Research and Innovation Horizon 2020, Agence Nationale de la Recherche. It was conducted by researchers from Université Libre de Bruxelles, Fonds National de la Recherche Scientifiques, INSERM, Sorbonne Université, Institut Pierre Louis d’Epidémiologie et de Santé Publique, Networks and Services Laboratory at Orange Experience Design Laboratory Chatillion, The Semel Institute for Neuroscience and Human Behavior, David Geffen School of Medicine, University of California Los Angeles, Université de Paris, Bichat Claude Bernard Hospital, Assistance publique–Hôpitaux de Paris, Centre Hospitalier Universitaire de Treichville, Université Félix Houphouet-Boigny, Maladies Infectieuses Dans Les Pays à Ressources Limitées, INSERM U1219, University of Bordeaux, University of Oxford, Harvard Medical School, Harvard University, Boston Children’s Hospital.

Covid-19 et croisières : l'OMS, dépassée par les événements, navigue désormais à courte vue

Bonjour

19 février 2020. Bulletin quotidien : 75 200 cas, 2012 morts. A Genève, citant une étude du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies portant sur plus de 72 000 cas, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a précisé que plus de 80 % des patients souffraient d’une forme bénigne de la maladie. Toujours selon ce travail, jusqu’à 39 ans, le taux de mortalité du Covid-19 reste très bas avant 40 ans 0,2 %), puis s’élève progressivement avec l’âge. Que deviennent les 20% souffrant d’une forme « non-bénigne » ? Le patron de l’OMS ne le dit pas.

Jusqu’à présent le principal foyer de contamination hors de Chine demeurait le désormais célèbre paquebot de croisière Diamond-Princess, dont l’évacuation vient de commencer. On se souvient qu’il avait été été placé en quarantaine début février dans le port de Yokohama, près de Tokyo, avec plus de 3 700 personnes à son bord – 2 666 croisiéristes et 1 045 membres d’équipage. Selon le dernier bilan 542 personnes étaient désormais contaminées à bord – soit 88 cas de plus que la veille. A bord, les passagers étaient confinés dans leurs cabines mais pouvaient sortir pour de brèves promenades sur un pont du navire avec l’obligation de porter un masque, des gants et rester à distance des autres croisiéristes. On attend, ici, les témoiganges « vécus ».

La période de quarantaine étant théoriquement terminée aujourd’hui (rappelons que la période maximale d’incubation supposée de la maladie Covid-19 est de quatorze jours) cinq cents passagers ne présentant pas de symptômes (dont les tests se sont révélés négatifs, qui n’ont pas eu de contact avec des personnes porteuses du virus) ont commencé à débarquer mercredi. Une fois libérées, elles ne subiront « aucune restriction à leurs mouvements ». Le débarquement des milliers d’autres passagers devrait se poursuivre durant plusieurs jours, les personnes étant testées négatives au coronavirus pouvant progressivement être évacuées.

« Gestion totalement cahotique de la crise »

Les personnes à bord sont originaires de cinquante-six pays et territoires, dont la moitié du Japon, selon l’opérateur américain Princess Cruises, qui décompte également des centaines d’employés philippins et des centaines de croisiéristes américains. 

Monté à bord du bâtiment, le Pr Kentaro Iwata, spécialiste japonais des maladies infectieuses à l’université de Kobe, a fait grand bruit en qualifiant de « totalement chaotique » la gestion de la crise du coronavirus par Tokyo dans des vidéos vues des centaines de milliers de fois. « Ce navire est totalement inapproprié au contrôle de propagation des infections. Il n’y a pas de distinction entre les zones vertes (saines) et rouges (celles potentiellement infectées) » et « le personnel peut circuler d’un endroit à l’autre, manger, téléphoner », raconte-t-il. « J’ai été en Afrique pour traiter l’épidémie d’Ebola. J’ai été dans d’autres pays pour le choléra, en Chine en 2003 pour m’occuper du SRAS (…). Jamais je n’ai eu peur d’être moi-même infecté, dit-il dans la vidéo en anglais. Mais à l’intérieur du Diamond-Princess, j’ai eu peur (…) car il n’y avait aucun moyen de dire où se trouvait le virus. » Il s’est déclaré si inquiet qu’il s’est placé en quarantaine pour quatorze jours afin de ne pas risquer de contaminer sa famille.

Hypermédiatisée l’affaire du Diamond Princess (comme celle d’autres paquebots de croisière « contaminés ») a bouleversé ce secteur de l’économie touristique. Le nombre et la concentration-promiscuité des passagers associés aux contraintes des mises en quarantaine changent brutalement la donne. Au point que l’OMS elle-même s’interroge.

«  Si nous devons interrompre toutes les croisières du monde au cas où il y aurait un contact potentiel avec un possible agent pathogène, où nous arrêterons-nous ? », vient ainsi de déclarer  le Dr Michael Ryan, directeur des urgences de l’OMS. On se souvient que l’organisation onusienne s’était déjà prononcée contre la restriction brutale des voyages – et que son message avait alors été superbement ignoré. Aujourd’hui les Etats-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont, entre autres,  interdit l’entrée sur leur territoire aux étrangers s’étant récemment rendus en Chine. Jusqu’à la Russie qui vient d’annoncer qu’elle fermait ses frontières aux ressortissants chinois – prenant le risque de réveiller les mânes marxistes-léninistes.  

Des raisons d’espérer ? Face à l’épidémie, Pékin vient d’annonder une exemption des « droits de douane punitifs » qu’il imposait dans le cadre de sa guerre commerciale avec Washington sur certains produits médicaux américains. Des équipements utilisés pour la transfusion de patients ou pour mesurer la pression artérielle seront ainsi exemptés à partir du 2 mars.

A Macao, les célèbres casinos rouvriront sous peu, après la décision des autorités sanitaires de mettre fin à deux semaines de fermeture.

A demain @jynau

Olivier Véran, la réduction des risques et la Française de la Dépendance aux Jeux

Bonjour

Ainsi donc Olivier Véran, 39ans, nouveau ministre des Solidarités et de la Santé. A peine nommé que, déjà, les médias commencent à brosser son portrait. On oublie l’ancienne hématologue parisienne, on se penche sur le neurologue grenoblois. On interroge ses confrères, on confirme son appétit pour la politique, on regrette son aisance à manier la langue technocratique. Et quelques uns de se féliciter de la nomination de l’un des rares responsables politiques de la majorité à manifester un intérêt pour la réduction des risques – et notamment pour la réduction des risques tabagiques via la promotion de la cigarette électronique. Sovape et SOS Addictions rediffusent ainsi son intervention lors du « Sommet de la vape  2019 » :

Saisissons cette occasion pour reprendre une question majeure, au croisement de l’addiction, de l’argent et de l’exercice de la politique. On la trouve aujourd’hui parfaitement exposée sur Slate.fr 1 : « Pourquoi les gagnants au loto ou aux jeux de hasard dilapident-ils leur argent? ». Et la réponse y est apportée par Sébastien Chaumont, docteur en mathématiques appliquées et probabilités à l’université Nancy I-Henri Poincaré:

« En tant que mathématicien, je ne peux moi aussi que m’étonner devant des gens qui gaspillent leur argent en face de cette ridicule probabilité de gain, confie-t-il. Ces personnes achètent du rêve, etc. Oui c’est vrai, c’est clair. Mais j’avoue que la meilleure explication m’avait été donnée par un biologiste-comportementaliste, il y a longtemps. Il faisait le parallèle avec un dispositif expérimental qu’on appelle la boîte de Skinner.»

Boîte de Skinner ? C’est très simple, nous explique-t-il. On met une souris dans une boîte dont elle ne peut pas s’échapper. Il n’y a qu’un seul objet dans la boîte. Un bouton, ou levier, et un dispositif qui fournit de la nourriture lorsqu’on appuie dessus. On s’arrange pour que l’occupant de la boîte ne puisse pas voir ou entendre ce qui se passe à l’extérieur. Ce dispositif sert à étudier le comportement. Il y a des variantes, mais je fais au plus simple.

Mettons-nous, avec notre mathématicien, à la place de la souris joueuse.

« I Si le dispositif fonctionne normalement (à chaque fois qu’on appuie sur le bouton, une boulette de nourriture tombe dans la boîte où vous êtes enfermé), alors vous allez appuyer plusieurs fois, le temps de comprendre comment ça marche. Puis vous allez simplement appuyer quand vous aurez faim. Point.

II Si on débranche le dispositif et qu’on ne le rebranche jamais (vous aurez beau appuyer sur le bouton, ça ne marche plus, rien ne se passe), qu’allez-vous faire? Ben, vous allez paniquer et compulsivement appuyer sur le bouton. Des dizaines de fois, des centaines peut-être. Et, au bout d’un moment, vous allez arrêter. Vous êtes convaincu que ça ne sert plus à rien. De temps en temps, de plus en plus rarement, vous allez appuyer une fois, au cas où. Et vous allez juste vous laisser mourir, pleurant sur cette source de nourriture définitivement épuisée.

III Si le dispositif est débranché « au hasard ». Qu’allez vous faire si maintenant on débranche aléatoirement le dispositif de manière totalement imprévisible. Une fois que vous aurez compris comment ça marche, vous allez appuyer sans cesse sur le bouton. Quand il fonctionne, et quand il ne fonctionne pas. Sans limite, sans avoir faim et sans considération de ce dont vous avez besoin sur le moment –pour profiter des moments impossibles à prévoir, où vous pouvez obtenir de la nourriture. Et pour éviter d’avoir faim et de ne plus avoir de nourriture à un moment où le dispositif ne fonctionne plus. C’est terriblement logique. Cela correspond à la peur du manque provoquée par le hasard. »

Conclusion du mathématicien: « en face d’un système dont le résultat est aléatoire (imprévisible), on «devient fou», dans le sens où l’on adopte des comportements irrationnels, dans la mesure où l’on croit que c’est la seule façon d’obtenir ce qui est important pour nous». Ou comment réduire le citoyen à une forme d’esclavage.

Morale: Offrez sans limite: les gens ne prendront que ce dont ils ont besoin. Ne donnez rien: personne ne viendra vous voir Donnez un peu, aléatoirement: les gens seront accro.

C’est le mécanisme mis au point et développé massivement et de manière croissante par la Française des Jeux. Rien n’interdit de l’élargir au champ politique et au concept sanitaire de la réduction des risques. Coment ne pas entrer dans la boîte ? Ou comment parvenir à en sortir sans les soignants spécialisés en addictologie? Et, aujourd’hui, d’espérer en une action d’un ministre qui, à la différence de la quasi-totalité de ses prédécesseurs, adopterait la logique plein et entière de la réduction des risques.

A demain @jynau

1 Pourquoi le loto rend-il accro ? Slate.fr

Covid-19, communisme et argent sale : Pékin met ses billets de banque en quarantaine

Bonjour

Argent. Quand il faudra un souvenir symbolique on retiendra celui-ci : aujourd’hui 15 février Pékin nettoie et met en quarantaine les billets de banque usagés pour limiter la propagation du Covid-19  (annonce de la Banque centrale chinoise).

« Les billets désinfectés aux rayons ultraviolets ou à haute température sont mis sous scellés et isolés pendant sept ou quatorze jours » rapporte l’AFP. Après cette période de « quarantaine », dont la durée dépend de la sévérité de l’épidémie du coronavirus dans la région concernée, les billets de banque peuvent être remis en circulation, a indiqué Fan Yifei, vice-gouverneur de la Banque centrale chinoise, lors d’une conférence de presse.

Smartphone. Il faut ici savoir que depuis le début de l’épidémie, les Chinois évitent d’utiliser de l’argent liquide par peur de la contamination – et que nombre d’entre eux utilisent leur smartphone pour régler leurs achats au quotidien. La Banque centrale a par ailleurs réalisé avant les congés du Nouvel an lunaire fin janvier «une émission d’urgence» de nouveaux billets de banque pour un montant de 4 milliards de yuans (530 millions d’euros) à l’intention du Hubei, province à l’épicentre de l’épidémie.

Cheveux. Un autre symbole ? Depuis le 12 février, des dizaines de membres du corps médical de Wuhan se sont rasé la tête. Œuvrant au cœur de l’épicentre de l’épidémie ils espèrent ainsi réduire les risques de transmission de la maladie. Nul ne sait ce que nous dit, ici, la virologie.

A demain @jynau

L’affaire des millions de cartes Vitale truquées : la Sécurité sociale nous dit-elle la vérité ?

Bonjour

En septembre dernier on apprenait, quelque peu stupéfait, qu’il y aurait « des millions de cartes Vitale utilisées de manière frauduleuse en France ». La députée La République en marche (LRM) Carole Grandjean et la sénatrice UDI Nathalie Goulet venaient de dévoiler, lors d’une conférence de presse, un « point d’étape » de leurs travaux sur la « fraude sociale en France ». Elles y dénonçaient notamment desincohérences dans certains registres de l’Etat.

Cette intervention, observaient alors Les Décodeurs » du Monde (Adrien Sénécat), devait donner lieu à de nombreux articles de presse. Certains mettaient l’accent sur les mesures proposées par les deux parlementaires. « Fraude sociale : comment débusquer les “assurés fantômes », annonçaient ainsi Les Echos. Mais d’autres sont plus alarmistes : « Il existe des millions de zombies dans les fichiers de la Sécurité sociale ! », dénonçait le magistrat Charles Prats dans Le Figaro, pour un coût qui se chiffrerait, selon lui, en dizaines de milliards d’euros. « Fraude sociale : 67 millions de Français, 84 millions de cartes Vitale », renchérissait L’Est éclair.

Contrairement aux articles les plus alarmistes, les parlementaires ne se risquaient pas à évoquer « des millions de cartes Vitale de trop en circulation ». « S’il est certain que des cartes Vitale sont indûment en circulation, les travaux parlementaires mentionnés ne permettent pas de dire, comme l’ont fait certains médias, dont Europe 1, qu’il y a aujourd’hui ‘’84 millions de personnes éligibles aux prestations sociales’’ ou que des millions de personnes de nationalité étrangère qui n’habitent plus en France en profiteraient massivement. » soulignait Le Monde.

A quand le biométrique infalsifiable ?

Le Figaro (Luc Lenoir) revient aujourd’hui sur le sujet. « La Sécurité sociale s’est-elle emmêlé les pinceaux dans ses estimations, et laquelle faut-il croire ? Après avoir évoqué mardi 11 février, par l’intermédiaire de sa directrice auditionnée en commission parlementaire, le chiffre de 2,6 millions de cartes vitales en trop en France, l’administration a publié jeudi 13 un communiqué révisant fortement à la baisse cette quantité, souligne le quotidien. La Sécurité sociale estime ainsi que ‘’fin 2019, le nombre de cartes Vitale surnuméraires (régimes où le nombre de cartes Vitale valides est supérieur au nombre d’assurés) s’établit à 609 000 et ne concerne pas le régime général’’».

Jointe par Le Figaro, la direction de la Sécurité sociale est revenue sur cet écart. L’estimation à 2,6 millions de cartes vitales reposerait sur «la différence entre les cartes actives et une estimation de la population éligible». Dans le second cas, la Sécu a comparé par régime «le nombre de cartes actives et le nombre d’assurés de plus de 16 ans», trouvant même une différence négative d’environ 200.000 cartes dans le régime général. Une méthode qui «semble plus affinée», selon le service public.

La correction n’a cependant pas convaincu certains parlementaires travaillant sur le sujet sensible de la fraude aux prestations sociales. Où l’on retrouve la sénatrice Nathalie Goulet (UDI), qui avait conduit une première commission d’enquête sur le sujet et qui évoque une «omerta» de la part de l’administration, qui «fait disparaître 2 millions de cartes vitales en surnombre».

Que comprendre ? Qui croire ? La Sécurité sociale souligne «qu’avoir une carte Vitale ne signifie pas avoir des droits ouverts pour la prise en charge des soins par l’Assurance Maladie. La fonction première de la carte Vitale est de dématérialiser les paiements (remboursements des assurés et règlement des factures des professionnels de santé).» Et la même Sécurité sociale reconnaît qu’une Carte vitale «peut permettre une fraude aux prestations». Pour réduire le risque de fraude, elle évoque la diffusion d’une nouvelle génération de cartes Vitale avec photo, l’actualisation d’une liste d’opposition des cartes Vitale et la désactivation des cartes de personnes en fin de droits ou décédées.

Où l’on en vient à songer à la nécessité politique de la modernité : la carte Vitale biométrique.

A demain @jynau

Suite à la mort de l'infirmière poignardée, le cri du «Printemps de la psychiatrie»

Bonjour

14 février 2020. Depuis l’aube les médias généralistes bruissent à l’unisson des ravages politiques induits par des « vidéos-intimes-à-caractère-sexuel-postées-sur-les réseaux-sociaux » 1. On trouve néanmoins quelques échos de la mort, le 13 février,  d’une infirmière, âgée de 30 ans mortellement poignardée à l’arme blanche par un patient d’une unité psychiatrique à Thouars, dans les Deux-Sèvres. Cette infirmière, mère de deux enfants, a été agressée par un patient, âgé de 20 ans, qui cherchait à quitter cette unité psychiatrique du Centre hospitalier Nord Deux-Sèvres. Il lui a porté un coup de couteau au thorax, manquant de blesser également une autre infirmière. Héliportée au CHU de Poitiers, la jeune femme est morte peu après.

Il y a quelques heures Le Monde renvoyait à « La psychiatrie ‘’au bord de l’implosion’’ en France » (18 septembre 2019). Il faut aussi, désormais, compter avec un texte du « Printemps de la psychiatrie » 2. Un exercice difficile puisque ses auteurs reconnaissent ne pas avoit les détails de l’enchaînement des faits, sur l’effectif du service, sur les conditions d’hospitalisation, sur l’état clinique de ce patient, sur l’état de saturation du service de l’hôpital … ce qui « les invite à la prudence ».

Pour autant ce texte (nous soulignons):

« Cette situation est inacceptable. Il est inacceptable qu’une professionnelle de santé meurt dans l’exercice de ses fonctions. Il est inacceptable qu’une personne hospitalisée pour des soins recourt à un tel acte de violence. Il est également inacceptable que toute cette horreur se produisent dans le climat de destruction de l’hôpital public et de la psychiatrie publique en particulier (…)

« Ce que nous savons, de manière générale, c’est que depuis 2008 l’augmentation des moyens en psychiatrie finance exclusivement du sécuritaire (chambres d’isolement, caméras de surveillance, renforcement de la hauteur des murs…). Aucun investissement dans des moyens humains n’a été fait sauf à créer des unités pour malades difficiles et des unités d’hospitalisation spécialement aménagées (UHSA) pour les détenus.

«  Douze ans plus tard, après des mois de lutte, les soignants sont toujours dans la rue pour dénoncer la honte quotidienne dans l’exercice de leur travail, l’indignité des conditions d’accueil et de soins des patients, les tensions régnantes à l’hôpital tant avec l’administration, entre collègues, avec les usagers etc.

«  Depuis plus d’une dizaine d’années, les rapports du contrôleur général des lieux de privation de liberté indiquent la déshumanisation globale qui règne dans la psychiatrie publique, le sous-effectif, le manque de formation, les maltraitances ordinaires…

« Quand allons-nous arrêter ces politiques criminelles qui sont un terrain propice à ce que le pire surgisse ? Politiques de santé qui non seulement n’arrangent rien mais aggravent encore plus la situation et sa brutalité. »

Sanctuaire couvert par la dissuasion nucléaire

S’ils ne savent rien des causes précises du drame deThouars, il connaissent bien, en revanche,  « la catastrophe qui sévit dans l’hôpital public dans son ensemble et dans les secteurs de psychiatrie en particulier ».  « Nous vivons au quotidien des drames : des personnes qui se suicident, des professionnels en burn-out, des usagers attachés et enfermés quand ils ne sont pas mis à la rue faute de structures ambulatoires, des familles qui ne sont pas entendues ni écoutées… »

Ils observent encore, depuis leur spécialité, que « la violence de la société s’infiltre dans tous les espaces de la société » et que « le monde du soin n’y échappe pas ».

Pour que des drames de la sorte ne puissent pas se répéter facilement, il faudrait, selon eux, « pouvoir prendre le temps de soigner, prendre le temps d’écouter et d’apaiser, avoir le temps de se soigner, créer un climat de confiance entre toutes les personnes présentes dans les lieux de soins… ». Il faudrait, au minimum, « sanctuariser les secteurs du lien humain et d’arrêter d’appliquer des logiques comptables, gestionnaires et déshumanisants qui renforcent toujours plus le terreau favorable au pire ».

Comment traduit-on, dans la novlangue managériale de l’hôpital décrite par le Pr Stéphane Velut 3 , le terme « sanctuariser » (Donner à un territoire le caractère d’un sanctuaire couvert par la dissuasion nucléaire) ?

A demain @jynau

1 Une affaire sordide autant que tristement éclairante quant au poids des « réseaux sociaux » dans le champ politique – une affaire dans laquelle réapparaît l’omniprésent et toujours inquiétant Dr Laurent Alexandre.

2 Voir ici le texte et les signataires du  manifeste « Pour un renouveau des soins psychiques »

3 Velut S,  L’hôpital une nouvelle industrie. Le langage comme symptôme  Editions Gallimard. Collection Tracts. 3,90 euros

Une infirmière, 30 ans, a été mortellement poignardée par un patient âgé de 20 ans (AFP).

Bonjour

14 février 2020, quelques lignes de l’AFP. Hier une infirmière, âgée de 30 ans, a été mortellement poignardée à l’arme blanche par un patient d’une unité psychiatrique à Thouars, dans les Deux-Sèvres. L’infirmière, mère de deux enfants, a été agressée par un patient, âgé de 20 ans, qui cherchait à quitter cette unité psychiatrique du Centre hospitalier Nord Deux-Sèvres. Il lui aurait porté un coup de couteau au thorax, manquant de blesser également une autre infirmière. Héliportée au CHU de Poitiers, la jeune femme est morte dans l’après-midi.

L’agresseur présumé, âgé de 20 ans, interné depuis une quinzaine de jours, a été interpellé et placé en garde à vue, après avoir été vu par un psychiatre. « Une enquête de flagrance a été ouverte pour meurtre et tentative de meurtre sur des personnes chargées d’une mission de service public », a annoncé le parquet. L’enquête a été confiée à la police judiciaire de Poitiers. « Une des priorités de l’enquête est de savoir comment le suspect s’est procuré une arme blanche », a précisé Natacha Rateau, procureure de la République à Niort.

« Ce genre de tentative de fuite arrive régulièrement, mais il était impossible de prévoir que ce patient serait armé d’un couteau », a observé un des collègues de la victime. « Cela met en lumière le manque de moyens de l’hôpital en général et de la psychiatrie en particulier », a-t-il dénoncé. Le Monde renvoie ici à « La psychiatrie ‘’au bord de l’implosion’’ en France » (18 septembre 2019).

14 février 2020. Nouvelle journée nationale des colères hospitalières. Agnès Buzyn est à nouveau l’invitée de France Inter. Epidémie de coronavirus ; pataquès de la réforme des retraites ; abandon définitif de sa candidature à la mairie de Paris sur la liste de Benjamin Griveaux (dont on apprend pendant l’émission que ce dernier abandonne le combat)… La ministre des Solidarités est interrogée sur la profonde crise de l’hôpital public français.

Elle reprend une nouvelle fois la liste des mesures prises et qui n’ont toujours rien résolu. Elle s’attachera, désormais, à voir la situation dans chaque hôpital français , avec des problèmes différents pour chacun, problèmes de charges, de locaux vétustes, ou de recrutement. Le temps presse. Cet après-midi la ministre sera à Carry-le-Rouet (Bouches-du-Rhône) pour saluer la fin de la mise en quarantaine des premiers rapatriés de Chine suspectés d’être infectés par le Covid-19. C’était, ici, une fausse alerte.

A demain @jynau