Urgences en crise : la vérité enfin révélée sur la mort de «la patiente de Lariboisière»

Bonjour

11 juin 2019. Une centaine de service d’urgences en grève, montée en puissance des syndicats du secteur. Abcès collecté. Est-ce un hasard ? Le jour même où la contestation de la politique hospitalière prend un ampleur sans précédent, le voile est levé sur les causes de la mort, le 17 décembre 2018, de « la patiente de Lariboisière » : Micheline M., 55 ans, employée de la police municipale et originaire de Martinique.

Le 18 décembre dernier l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) avisait le procureur de la République de Paris de la survenue du « décès inexpliqué » d’une patiente, 55 ans – état sans gravité apparente, au sein du service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière. Ce décès avait été constaté à 6 h 20. Cette femme avait été prise en charge la veille par la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris et amenée à l’hôpital Lariboisière vers 18 h 45. Elle a été accueillie par l’infirmière d’accueil et d’orientation et enregistrée dans le circuit de prise en charge du service. L’affaire de la femme retrouvée morte aux urgences de Lariboisière commençait.

Un mois plus tard, l’AP-HP publie un long communiqué politiquement plus que correct. Une ombre de mea culpa et la pleine lumière sur tout ce qui sera mis en œuvre faute de l’avoir été auparavant. Où l’on découvre les résultats de l’enquête interne diligentée par l’AP-HP. Rapport remis le 12 janvier 2019.

Dramatiquement exemplaire

En janvier dernier on apprenait l’existence d’un « œdème pulmonaire » aux conséquences fatales. Aujourd’hui ce sont les résultats de l’enquête préliminaire sont dévoilés par Le Monde (Cécile Bouanchaud). Où l’on apprend que Selon le rapport d’autopsie, les causes de la mort de Micheline M. sont « compatibles » avec une méningite, elle-même cause de l’embolie pulmonaire.

L’histoire est dramatiquement exemplaire. A plusieurs titres. Le 17 décembre 2018, Micheline M. souffre depuis la veille de douleurs aux mollets et de maux de tête. Elle ne se rend pas directement aux urgences mais va consulter au centre médical de Stalingrad, non loin de chez elle, dans le 19e arrondissement de Paris. A 18 heures elle fait un malaise devant l’établissement, sur le point de fermer. Un agent de sûreté travaillant dans le bâtiment est alors prévenu et se rend auprès de la patiente à qui il propose son aide.

Elle réclame, « tremblante », d’être reçue par un médecin – en vain. Contre la volonté de la patiente, qui souhaite rentrer se reposer chez elle, l’agent de sécurité appelle les pompiers, qui arrivent sur place vers 18 h 20. Les sapeurs-pompiers de Paris procèdent à un bilan de santé, notant sur une fiche d’intervention les symptômes dont souffre la quinquagénaire.  Arrivé à l’hôpital vers 18 h 50 avec la patiente, le chef d’équipe des pompiers transmet la fiche d’intervention.

Vers 19 heures, la patiente est brièvement examinée. L’infirmière constate alors une fièvre de 40,1° et lui administre un Doliprane. Lorsqu’elle lui demande de décliner son identité, cette dernière prononce « quelque chose d’inaudible », avant de confirmer en hochant la tête que le nom inscrit sur le bracelet d’admission est le bon, alors qu’il est erroné – un bracelet qui sera perdu après sa mort précise Le Monde.

Il est 19 heures passées lorsque la patiente est conduite, sur un brancard, dans la salle où se trouvent de nombreuses autres personnes alitées. Commence alors une longue attente. Ce n’est qu’à 23 h 55 qu’elle est finalement appelée, sous une mauvaise identité, pour une consultation avec un médecin.

Selon les éléments de l’enquête, une infirmière l’appelle une première fois en salle d’attente, puis à l’accueil, avant de réitérer son appel dans la salle du circuit court. Faute de réponse, Micheline M. est alors inscrite dans le logiciel comme « ne répondant pas à l’appel ». A 1 h 18, elle est déclarée « en fugue » par un membre du personnel médical qui n’a pas pu être identifié.

Rejet de l' »erreur humaine« 

 A 4 heures du matin, une infirmière l’inscrit comme « définitivement sortie », l’excluant alors officiellement du circuit. Deux heures plus tard la patiente est découverte inanimée par une infirmière qui la pensait endormie. Après quinze minutes de tentative de réanimation, elle est déclarée morte. En regardant dans ses affaires, les membres du personnel découvrent alors que la victime avait été enregistrée sous une mauvaise identité.

« A l’unisson, les personnels hospitaliers interrogés soulignent ‘’une charge de travail très importante la nuit du drame’’, souligne Le Monde. Rejetant ‘’une erreur humaine’, ils privilégient une explication structurelle sur l’organisation des urgences, ‘’saturée en permanence’’.». Sans surprise, le directeur des ressources humaines de l’hôpital estime, lui, que le personnel était ‘’en nombre suffisant’’ ce soir-là, quand le DRH des médecins précise pour sa part que les effectifs de sa section étaient respectés. 

La famille de la défunte a déposé plainte, le 14 janvier,pour « homicide involontaire » et « omission de porter secours à personne en danger ». Ce drame révèle-t-il les coulisses d’une organisation hospitalière à bout de souffle ?

A demain @jynau

PMA transparente : pourquoi ne pas vous offrir la vision de vos embryons sur votre portable ?

Bonjour

Attention, nous relayons une publicité. Une publicité diffusée auprès de la presse spécialisée par l’Institut Marquès 1. Où la publicité nous apprend qu’ « une scientifique démontre pour la première fois l’impact positif des émotions sur les résultats des traitements de procréation médicalement assistée ». Et que « les femmes qui peuvent suivre le développement de leurs embryons en temps réel, grâce à l’Embryomobile développé par l’Institut Marquès, ont plus de chance de tomber enceintes ». Extrait de cette publicité :

« Regarder les images des embryons en cours de développement dans l’incubateur augmente jusqu’à 11% le taux de grossesse des patientes ayant subi un cycle de fécondation in vitro. De plus, les taux augmentent proportionnellement au nombre de fois où ils se connectent pour être avec eux (sic).

C’est la conclusion tirée de l’étude scientifique présentée lors des 21èmes Journées de la Société de Médecine de la Reproduction (SMR) 2019, où l’abstract de l’Institut Marquès a été sélectionné parmi les trois meilleurs de l’année 2019. 

« Etude rétrospective ; 934 femmes (entre 2016 et 2018) ayant subi un cycle de FIV et un transfert d’embryon. Les participantes avaient accès via l’application en ligne « Embryomobile » (re-sic)  aux images en temps réel de leurs embryons, en cours de développement dans l’incubateur, l’Embryoscope. Elles ont pu les voir pendant cinq jours, du début de la FIV jusqu’à ce que l’embryon atteigne le stade de blastocyste et soit prêt à être implanté dans l’utérus maternel. « Pour la première fois, nous avons trouvé quelque chose que la patiente elle-même peut faire pour améliorer les taux de grossesse dans les traitements de FIV », affirme le Dr Marisa López-Teijón, directrice de l’Institut Marquès. »

Grâce à cette étude, l’Institut Marquès « estime avoir  démontré que l’impact des émotions sur les taux de grossesse est sous-estimé ». Et de nous parler de la « Psycho-Neuro-Immune-Endocrinologie » qui étudie les interrelations esprit-corps et leurs implications cliniques. « Selon ce domaine scientifique interdisciplinaire, l’amélioration de la réceptivité de l’utérus pourrait s’expliquer par le lien émotionnel d’une femme avec ses embryons, si elle peut les voir quotidiennement avant leur implantation ».   

Réceptivité utérine

« Dans l’étude, les résultats ont été analysés chez 934 patientes ayant suivi un traitement de FIV avec don d’ovocytes et transfert d’un seul embryon frais, distribuées en cinq groupes en fonction du nombre de visualisations totales (de 0 à plus de 30). Les groupes sont comparables en termes d’âge des donneuses, des receveuses et de la qualité des embryons. Il a été observé que le taux de grossesse augmentait par rapport au nombre de fois où elles observaient leurs embryons: 72,3% chez celles ayant dépassé les 30 visualisations contre 61% chez celles n’ayant pas observé leurs embryons.Il est significatif que l’augmentation la plus notable se produit surtout lorsque les 30 visualisations sont dépassées. L’étude révèle également que les taux augmentent proportionnellement avec le nombre de fois où elles se connectent pour être avec les embryons. »

« Notre hypothèse est que la stimulation visuelle répétée des images de leurs embryons induit chez la femme une cascade de réactions qui commencent dans le cerveau et qui génèrent une connexion émotionnelle avec eux et activent les systèmes immunitaire ainsi que l’hormonal améliorant la réceptivité de son utérus », explique la directrice de l’Institut Marquès.

Qui la contredira ? Avec cette application, « dans un exercice de transparence » (re-re-sic) « la clinique souhaite offrir sécurité et tranquillité aux futurs parents pendant les jours précédant le transfert de l’embryon, une option particulièrement utile et proche pour les patients internationaux ». Rappel: il s’agissait d’une publicité relayée. Une telle pratique existe-t-elle en France ? Interrogeons l’Agence de la Biomédecine.

A demain @jynau

1 L’entreprise se présente ainsi : « L’Institut Marquès est un centre de référence international en matière de Gynécologie, Obstétrique et Procréation Médicalement Assistée, basé à Barcelone, Londres, Irlande (Dublin et Clane), Italie (Rome et Milan) et Koweït. En Italie, grâce à son siège à Milan et à la collaboration avec la clinique Villa Salaria à Rome, l’Institut Marquès offre une solution complète pour les personnes souffrant de problèmes de stérilité. Le centre, fort expérimenté dans des cas particulièrement difficiles, aide aux personnes du monde entier à réaliser leur rêve de devenir parents. L’Institut Marquès offre les taux de réussite de grossesse les plus élevés, avec 89% par cycle de FIV avec don d’ovocytes. Leader en innovation, il développe un important axe de recherche sur les bénéfices de la musique en début de vie et la stimulation fœtale. www.institutomarques.com/fr/ »

Incurie: savez-vous combien de cigarettes fumées ne sont pas achetées chez un buraliste ?

Bonjour

C’est un chiffre qu’aucun représentant de l’Etat de commentera. Un chiffre qui dit l’incurie et l’addiction. Une proportion qui fait mal à Bercy et remet en question tous les propos sanitaires lénifiants sur l’amélioration de la situation française. Tenons-le pour fiable : le dernier rapport STELLA publié par le cabinet KPMG,  révèle que 28,4% des cigarettes consommées en France en 2018 n’ont pas été achetées auprès d’un buraliste français – soit une hausse de 3,8 points par rapport à 2017.

Site des buralistes français : « Ces 28,4 % de marché parallèle pour 2018 se décomposent de la façon suivante : 14,4 points correspondent à de la contrebande et de la contrefaçon (13,1 en 2017) 14 points correspondent à des achats frontaliers ou ailleurs à l’étranger, dans le cadre des limites autorisées ou pas (11,5 en 2017). Dans le segment « contrebande et contrefaçon », la contrefaçon est pratiquement triplée par rapport à l’année précédente. Elle représente un volume de 2,3 millions de paquets. Cette année, le rapport KPMG Stella a été réalisé, avec la même méthodologie que les années précédentes, pour le compte de Philip Morris. »

Gérald Darmanin ne commentera pas. Ce n’est pas le cas d’Eric Sensi-Minautier, directeur des affaires publiques pour BAT Europe de l’Ouest 1 – et porte-voix de Big Tobacco :  

« Cette hausse des achats hors réseaux est le résultat de la politique de choc de prix initiée en 2018 par le gouvernement, visant à porter progressivement le paquet de cigarettes à 10 € d’ici à 2020. La politique de choc fiscal engagée par le gouvernement français fait le bonheur des pays voisins. Et ce n’est que le début. Les achats transfrontaliers et la contrebande continueront à croître inéluctablement tant que la France poursuivra une politique fiscale déconnectée de celle de ses voisins. »

Big Tobacco Europe rappelle que la France métropolitaine compte sept pays frontaliers qui proposent tous des prix moins élevés pour les cigarettes – un sujet sanitaire majeur jamais abordé lors des élections européennes. Et BAT France d’en appeler à la ministre de la Justice d’accélérer la publication du décret visant à verbaliser les achats de tabac à la sauvette. Où le citoyen, fumeur ou pas, a, très clairement cette fois, le sentiment de marcher sur la tête.

A demain @jynau

          
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British American Tobacco (BAT) se présente ainsi : « Entreprise fondée en 1902, BAT est la seconde plus grande entreprise de tabac manufacturé au monde en parts de marché. Ses marques sont vendues dans plus de 200 pays. Sa filiale française, British American Tobacco France emploie près de 250 collaborateurs à travers le pays. Son activité comprend le soutien commercial, la vente et la distribution des produits du tabac du Groupe BAT sur le territoire national ainsi que ses gammes innovantes de produits de vapotage.e 

Agnès Buzyn soudain face à Yannick Jadot, à Xavier Bertrand et à 900 000 Français proHoméo

Bonjour

C’est l’autre front politique, majeur, sur lequel Agnès Buzyn est en première ligne : en même temps que la crise ouverte des urgences, le déremboursement pré-annoncé des spécialités homéopathiques. « Les défenseurs de l’homéopathie remboursée ne désarment pas » observe Le Quotidien du Médecin  (Loan Tranthimy). La Haute autorité de santé (HAS) vient de demander aux journalistes de « réserver la date » : elle rendra son « avis définitif » le 28 juin. Ce qui réactive l’énergie  du collectif MonHoméoMonchoix  auréolé d’une pétition qui a récolté près de 900 000 signatures.

On sait que cette association ultra-pro-homéopathie est composée d’ « organisations professionnelles », de « sociétés savantes », d’ « associations de patients » – sans oublier les trois firmes très directement concernées (Boiron, Lehning et Weleda). C’est une forme original de lobbying qui cristallise la colère entretenue depuis la désormais célèbre « fuite médiatique » de l’avis provisoire du Comité de transparence de la HAS.

Officiellement l’avis définitif sera transmis au gouvernement qui tranchera. Or Agnès Buzyn a d’ores et déjà abandonné son pouvoir de décision en annonçant qu’elle suivrait l’avis de la HAS. Et elle l’a réaffirmé au Quotidien du Médecin :   les produits homéopathiques seront déremboursés « s’il s’avère qu’ils ne sont pas efficaces » car « ce n’est pas à la solidarité nationale de payer pour des thérapies sans effets scientifiquement prouvés ».

Effondrement et marginalité

« Le déremboursement inquiète fortement les patients car cela va toucher à leur pouvoir d’achat et pénaliser les plus fragiles. Mais il y a aussi la crainte de sortir l’homéopathie du champ du système de santé. Pour nous, cela est insupportable », répond en écho Joël Siccardi, président de l’association Homéo Patients France (AHP), créée en 1998, qui « réunit les utilisateurs d’homéopathie ». Quant au  Dr Charles Bentz, président du Syndicat national des médecins homéopathes français (SNMHF) : « Notre préoccupation est l’avenir même de cette pratique thérapeutique. Un déremboursement créerait un effondrement de la formation, ou bien elle deviendrait marginale pour les médecins mais aussi pour les non-médecins. Là est notre grande crainte car nos patients courraient un grand risque ».

Sans oublier le Dr Antoine Demonceaux, président de l’association SafeMed qui dénonce le « biais scientifique » de la méthode d’évaluation de la HAS : « On parle de molécules ! Si un médicament n’a pas molécules, cela ne peut pas marcher. Si cela ne peut pas marcher, alors c’est inefficace… Mais on occulte les recherches physiques, biophysiques des médicaments homéopathiques qui ne sont certes pas des médicaments portant des molécules mais qui sont une réalité de médicaments. Les dés sont pipés à l’avance ».

L’effervescence dépasse de loin les soignants. Agnès Buzyn et le gouvernement doivent aussi désormais compter avec deux nouveaux poids lourds du paysage politique national. Xavier Bertrand tout d’abord qui n’a jamais caché sa position, plus économique que pro-homéopathique : « Le déremboursement de l’homéopathie est une fausse bonne idée et coûterait plus cher ! ». Xavier Bertrand existe politiquement. Ancien ministre de la Santé, aujourd’hui retiré dans son fief nordiste il est, débâcle de son camp oblige, amplement courtisé pour revenir aux affaires républicaines. On dit même qu’il a l’oreille du Président.

Maison de la Chimie

Et puis, à ses côtés, Yannick Jadot, encore auréolé de son score aux élections européennes. Un écologiste qui entend bien conquérir le pouvoir exécutif et qui déclarait il y a peu sur France-Inter :

« Il y a aujourd’hui des millions de Français qui utilisent l’homéopathie. C’est un coût extrêmement faible, ça participe de soigner et je crois qu’on ne peut pas simplement analyser l’impact d’un médicament au regard de sa composition, c’est le résultat qui compte…. –Donc rembourser un placebo, s’il fonctionne, c’est bien  ? –L’enjeu, c’est de soigner. S’il est prouvé que l’homéopathie participe de soigner des personnes qui s’y retrouvent,  franchement, au regard du coût de l’homéopathie, c’est pas un sujet. »

Nous en sommes ici, à la confluence de la médecine et de la science, du pouvoir et de la croyance. La prochaine étape est fixée au 12 juin, date de l’audition des laboratoires par les experts de la Commission de la transparence. Puis, le 26 juin  cette Commission adoptera en séance plénière « l’avis définitif sur l’intérêt de maintenir le remboursement des médicaments homéopathiques en séance plénière». Enfin, le 28 juin  « exclusivement réservé aux journalistes », le bouquet final :  à 9h 15 une conférence de presse en présence du Pr Dominique Le Guludec, Présidente du Collège de la HAS, du Pr Christian Thuilliez,  Président de la Commission de la transparence et de Mathilde Grande – Cheffe du service évaluation des médicaments. Des membres de la Commission de la transparence seront également présents.

Une question, déjà, tracasse et alerte : comment interpréter le fait que, pour parler de l’homéopathie, on réunisse les journalistes au sein de la Maison de la Chimie ?

A demain @jynau

Contre l’embrasement des urgences : 97,69 euros brut et un rafraîchissement des peintures

Bonjour

Ainsi donc, face aux urgentistes en détresse, Agnès Buzyn a fait un geste financier en promettant une homogénéisation »de la « prime individuelle de risque » pour le personnel médical. Il fallait y penser ! Créée il y a près de vingt ans par Laurent Fabius alors ministre de l’Economie («Arrêté du 21 décembre 2000 fixant le montant mensuel de l’indemnité forfaitaire de risque allouée à certains fonctionnaires hospitaliers ») cette prime (97,69 euros brut par mois) s’adressait au départ aux soignants des structures psychiatriques ou exerçant en établissements pénitentiaires. 

Vingt ans plus tard, Agnès Buzyn : « cette prime n’est pas portée partout à son juste niveau, des inégalités existent entre hôpitaux pour des situations pourtant analogues ». Cette aide sera désormais « mobilisée partout où cela est justifié » a-t-elle insisté, évoquant un engagement moral indispensable vis-à-vis de ceux qui soignent « en assumant cette part de risque ». « En avril dernier, déjà, pour calmer la colère des personnels des urgences de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), le directeur général Martin Hirsch avait annoncé le relèvement de cette prime de 5,76 euros par mois à ‘’environ 60’’, rappelle Le Quotidien du Médecin ( Anne Bayle-IniguezCyrille Dupuis).

Cette indemnité forfaitaire est versée aux soignants de la fonction publique affectés en permanence à certains services jugés dangereux en raison de la spécificité des patients qu’ils accueillent. Où l’on comprend que désormais les services d’accueil des urgences sont considérés comme des zones à risque.

Essuyer les plâtres

Sur l’autre front, celui des soignants non médicaux la ministre a annoncé la création d’une « nouvelle prime de coopération » dont le montant reste à définir. Le principe : « les médecins peuvent déléguer aux paramédicaux de leurs équipes des tâches qui leur étaient jusque-là réservées ». Cette « opportunité nouvelle est à la fois porteuse de solutions de fond pour fluidifier les prises en charge [c’est] une formidable occasion de reconnaître tous les talents d’une équipe » affirme Agnès Buzyn.

Enfin (et toujours sans définir d’enveloppe financière) la ministre a assuré que chaque Agence Régionale de Santé devra apporter son « soutien aux hôpitaux qui traversent des épisodes de tension ». « Il faut leur donner les moyens, sans délai, de rétablir des conditions de travail décentes pour les équipes », a-t-elle martelé. Et toujours dans un souci de décence Agnès Buzyn décide aussi de mobiliser les ARS pour engager des « travaux de rénovation architecturale » dans les services d’urgences où les besoins se font sentir.

De quoi parle-t-on ? A la fois d’améliorer la qualité de l’accueil de patients et les conditions de travail des personnels hospitaliers. « Je ne veux plus voir des services d’urgences vétustes, il n’est plus admissible d’être en retard dans les travaux de rénovation », s’est-elle agacée, évoquant même l’image inacceptable de « peintures défraîchies ou en lambeaux ». Et d’ajouter:« travailler dans des locaux modernes et propres, c’est bien la moindre des choses ». Certes. Il faudra, pour cela, commencer par finir d’essuyer les plâtres.

A demain @jynau

Urgences. Agnès Buzyn lâche du lest : 97,69 euros brut mensuel «partout où c’est justifié»

Bonjour

D-Day, certes, mais pas le Plan Marshal réclamé. Et encore moins de « miracle ». « Face au mouvement de grève qui menace d’embraser l’ensemble des services d’accueil des urgences du pays, le gouvernement change de ton, annonce Le Monde (François Béguin). Accusée ces dernières semaines de n’avoir pas mesuré l’ampleur du malaise et de l’épuisement des soignants qui y travaillent, la ministre de la santé, Agnès Buzyn, a reconnu, jeudi 6 juin, au  Congrès des urgentistes congrès des urgentistes, à Paris, leur « détresse ». « Le quotidien est devenu insupportable pour beaucoup d’entre vous », a-t-elle admis, ajoutant : « Ces difficultés, je ne les regarde pas avec une distance froide de gestionnaire. »

L’empathie suffira-t-elle, à quelques heures d’une manifestation rassemblant à Paris des infirmiers et des aides-soignants venus des quelque quatre-vingt services en grève à travers toute la France ? Agnès Buzyn a annoncé le lancement « d’une mission nationale » chargée d’élaborer une « stratégie d’ensemble » pour « adapter nos urgences aux nouveaux besoins de santé ». Le Pr. Pierre Carli, président du Conseil National de l’Urgence Hospitalière et le député Thomas Mesnier devront « mener une grande réflexion pour la refondation des urgences, intégrant les professionnels médicaux et soignants ».

La ministre n’a donné aucun chiffre mais demandé aux Agences Régionales de Santé d’apporter « plus directement et plus spontanément » (sic) leur soutien financier aux hôpitaux« qui font face à un surcroît d’activité et à des afflux exceptionnels ».

Le Monde ajoute que Mme Buzyn a également fait un geste en direction des soignants en grève qui réclament une augmentation de salaire de 300 euros net mensuel. Elle a ainsi « fait part de son souhait » (re-sic) que la « prime sécurité » soit relevée « partout où cela est justifié ». Certains personnels des urgences touchent déjà en partie cette prime forfaitaire de risque d’un montant de 97,69 euros brut par mois. « Cette prime n’est pas portée partout à son juste niveau, des inégalités existent entre hôpitaux pour des situations pourtant analogues », reconnaît la ministre 1.

« Après avoir récemment assuré qu’elle n’avait pas de ‘’solution miracle’’ pour les urgences, notamment pour résoudre la pénurie de médecins, Mme Buzyn a donc lâché un peu de lest, tout en veillant à ne pas réveiller les demandes des personnels d’autres services » commente Le Monde. Pour l’heure l’affaire est entendue :  Agnès Buzyn n’a pas obtenu du gouvernement et du président les moyens nécessaire pour un Plan Marshall destiné aux urgences et aux hôpitaux de France.

A demain

@jynau

1 Extraits du communiqué officiel: « Afin d’améliorer les capacités d’adaptation des services d’urgences aux situations exceptionnelles, des crédits spécifiques à la main des ARS seront désormais directement fléchés pour permettre aux établissements de santé concernés de faire face à augmentation très importante de l’activité d’un
service d’urgence.

Une homogénéisation de la prime individuelle de risque pour le personnel paramédical: La ministre a annoncé la réalisation d’un état des lieux, pour homogénéiser son utilisation, de la prime individuelle existante visant à reconnaître l’exposition des personnels à des conditions de travail difficiles, voire dans certaines situations à des agressions verbales et mêmes physiques.

Une prime de coopération pour le personnel paramédical : Pour réduire l’attente aux urgences, les médecins doivent pouvoir déléguer des compétences aux autres personnels soignants grâce à la mise en place des protocoles de coopération. La ministre a
appelé les professionnels urgentistes à proposer des modèles de délégation de tâches, prévus dans la loi santé, qui aboutiront à la mise en place d’une prime de coopération pour les personnels paramédicaux concernés.

Quand et comment Agnès Buzyn parviendra-t-elle à en finir avec la crise montante des urgences ?

Bonjour

6 juin 2019. Il y a trois quarts de siècle c’était le D-Day. Puis vint le célèbre Plan Marshall (« Programme de rétablissement européen ») un vaste dispositif  de prêts américains accordés de ce côté-ci de l’Atlantique pour aider à la reconstruction des villes et des installations bombardées. Générosité ? On a aujourd’hui généralement oublié que ces prêts étaient assortis de la condition d’importer pour un montant équivalent d’équipements et autres produits venus des Etats-Unis.

Aujourd’hui c’est bien, toutes proportions gardées, un « Plan Marshall » que réclame, dans les colonnes du Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez) le très mesuré Dr François Braun,  président de SAMU-Urgences de France. Un Plan Marshall avec, dans l’attente, des bouffées d’oxygène « pour passer l’été ». Et, le même jour, on annonce qu’Agnès Buzyn devrait « faire des annonces ». Le Congrès des urgentistes se tient à Paris et une manifestation animée est programmée entre Montparnasse et le ministère de la Santé.

Soignants grévistes et représentants syndicaux accusent la ministre de n’avoir pas mesuré l’ampleur du malaise des soignants. « Elle est très méprisante, aucune négociation n’a été ouverte avec les personnels alors que des services d’urgence sont en grève depuis des semaines », dénonce Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF). L’heure est grave. Le Dr Braun:

« L’année dernière, on allait dans le mur. Cette année, nous y sommes ! Les services sont en train de lâcher. L’Observatoire de la souffrance au travail des praticiens hospitaliers a enregistré davantage de déclarations de collègues en burn-out sur les quatre premiers mois de 2019 que sur tout 2018. À Tourcoing, à Lons-le-Saunier, la situation est dramatique. Cette souffrance, jusque-là médicale, s’est étendue aux paramédicaux. On embauche des infirmières en intérim, c’est du jamais vu. Nous sommes arrivés au bout du système. »

« Aujourd’hui ,dit-il, plus de 100 services d’urgences se sont mobilisés. Si rien n’est fait, la moitié des services d’urgences seront en grève cet été ou dans l’impossibilité de bosser. Nous avons besoin d’un plan Marshall pour les urgences. Qu’on nous donne de l’oxygène pour passer l’été ! Directeurs d’hôpital et ARS doivent maintenir à tout prix l’activité des urgences cet été. Quand un service tourne sans médecins, on nous dit :  »Débrouillez-vous » Non ! Ça suffit ! Les PH dont l’activité ne relève pas de l’urgence doivent désormais s’investir davantage et venir faire leur boulot aux urgences. Nous n’avons pas besoin de plus d’urgentistes mais de plus de temps. 40 à 50 % de notre activité ne relève pas de l’urgence. Certains services ne font plus d’entrées directes de patients et préfèrent les faire passer par chez nous, c’est plus confortable, les examens complémentaires sont faits. Eux peuvent se permettre de fermer des lits en été, nous non. »

Où l’on mesure l’ampleur du défi posé à la ministres des Solidarités et de la Santé – défi compliqué de la défaillance croissante de la médecine de ville. « Ce n’était pas le cas il y a 15 ans. Les pouvoirs publics ont laissé faire par complaisance, accuse le Dr Braun. Cet été, les libéraux vont probablement tous partir en même temps en vacances, comme à chaque fois, et les conseils départementaux de l’Ordre ne diront rien, comme à chaque fois. Non, ce n’est plus possible ! C’est de la responsabilité de l’Ordre des médecins de maintenir la permanence des soins sur les territoires pendant les vacances. »

Or l’Ordre vient précisément de s’adresser solennellement à Agnès Buzyn et au gouvernement. « Malgré de nombreuses alertes, des grèves hospitalières se multiplient partout en France, observe-t-il. La crise des services d’urgences est l’un des symptômes les plus aigus de l’extrême difficulté dans laquelle se trouve l’hôpital public. » Dans ce contexte l’Ordre « appelle avec gravité à l’organisation d’une concertation d’urgence impliquant tous les acteurs afin qu’une réponse durable soit apportée aux revendications des professionnels de santé. » « Leur souffrance face aux conditions de travail actuelles doit être entendue ».

Entendre politiquement la souffrance ? Emmanuel Macron donnera-t-il à Agnès Buzyn a-t-elle les moyens d’un « Plan Marshall » pour les urgences de France ?

A demain

@jynau