Maladie de la «vache folle»: graves questions après la mort d’une chercheuse de l’INRA

Bonjour

Où l’on reparle des prions pathologiques. La famille d’une chercheuse âgée de 33 ans, morte lundi 17 juin d’une forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, a porté plainte contre l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) où elle avait travaillé et où elle aurait été contaminée, en 2010, par un prion responsable de cette maladie. L’affaire a été révélée, vendredi 21 juin, par Mediapart (Pascale Pascariello) et confirmée par les avocats de la famille de même que par l’INRA. Ce dernier affirme aujourd’hui, que « tous les éléments relatifs à l’accident et aux mesures de sécurité seront communiqués aux autorités sanitaires et à la justice ».

Coment comprendre ? L’accident qui pourrait être à l’origine de la contamination date de 2010, lorsque la jeune femme travaillait (en contrat à durée déterminée) à l’unité de virologie et immunologie moléculaire de Jouy-en-Josas (Yvelines), un laboratoire sécurisé spécialisé dans l’étude des prions. Sous certaines conditions ces structures protéiques naturelles peuvent devenir hautement pathogènes : l’un des variants est responsable d’une forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob: l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB ou maladie de la « vache folle »).

« Le 31 mai 2010, la jeune femme, assistante-ingénieure âgée de 24 ans, participait à des études sur la neurotoxicité de ces agents pathogènes sur différentes lignées de souris transgéniques. Elle s’est alors piqué le pouce droit avec une pince, qui a traversé ses deux gants en latex et entraîné un saignement, rapportent plusieurs médias -dont Le Monde (Hervé Morin). Dans la ‘’déclaration d’accident de service’’ rédigée le même jour, il est précisé que la ‘’plaie saignante’’ a été soignée après contact téléphonique avec l’infirmière du centre, le médecin étant absent. »

Grande tristesse

Toutes les précautions ont-elles été prises pour prévenir puis prendre en charge une éventuelle infection ? C’est ce que demandent les avocats de la famille d’Emilie J. (Marc et Julien Bensimhon), qui soulèvent quatre questions précises : la jeune femme avait-elle bénéficié de la formation nécessaire face au risque de contamination ? Etait-elle équipée des gants anti-coupures qui auraient pu prévenir l’accident ? Le protocole qui impose une décontamination sur place et immédiate a-t-il été respecté ? L’INRA a-t-il veillé à la santé de la jeune femme après cet incident ? « Nous avons décidé de porter cette affaire sur le terrain médiatique, parce que l’INRA s’est désintéressé du sujet »,soutient Marc Bensimhon.

Est-ce vrai ?  Et si oui que faudra-t-il en conclure ? L’INRA, qui ne conteste pas la survenue de l’accident en 2010, a rendu public vendredi 21 juin ce communiqué :

« C’est avec une grande tristesse que l’INRA, sa direction et ses collègues ont appris le décès d’une ancienne chercheuse de l’INRA, qui a travaillé au sein de l’unité Virologie et immunologie moléculaire à Jouy-en-Josas de 2009 à 2012.

Il s’agirait d’un cas de maladie de Creutzfeld-Jakob nouveau variant. Les autorités sanitaires (Santé Publique France) en charge de la surveillance de ces maladies poursuivent leurs investigations. Cette ancienne chercheuse ayant eu un accident de service en 2010 lors d’une expérimentation au sein du laboratoire, il est essentiel de comprendre les causes de la maladie.

« L’INRA a répondu à la famille et aux autorités sanitaires en transmettant les pièces qui étaient demandées, et réaffirme son engagement de transparence : tous les éléments relatifs à l’accident et aux mesures de sécurité seront communiquées aux autorités sanitaires et à la justice. Car il est essentiel que toute la vérité soit faite, c’est essentiel pour sa famille, mais aussi pour l’ensemble de la communauté scientifique. L’INRA va par ailleurs contribuer à la mission confiée par la Ministre de la Recherche à l’IGAENR et à l’inspection santé et sécurité au travail, destinée à évaluer les mesures de sécurité dans les laboratoires de recherche sur les prions.»

On attend donc que la vérité soit faite. Et qu’elle soit dite.

A demain @jynau

Leucémies et électricité : les troublantes recommandations sur les Lignes à Haute Tension

Bonjour

Alors ? Dangereuses ou pas ? On ne le saura pas. Ou du moins pas de sitôt. Telle est la principale conclusion d’un avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) – « avis du 5 avril rendu public vendredi 21 juin » : « Effets sanitaires liés à l’exposition aux champs électromagnétiques basses fréquences ».

Nous sommes ici aux confins des inquiétudes de l’exécutif, de l’invisible et de la réduction des risques. Six ans de travail. L’Anses avait été saisie le 27 février 2013 par les ministères en charge de la santé, du travail, de l’environnement et de l’agriculture. Deux missions. D’abord approfondir l’expertise scientifique relative aux conséquences sur la santé animale et les performances zootechniques de l’exposition aux champs électromagnétiques basses fréquences. Ensuite réaliser une mise à jour de l’expertise scientifique sur les effets sanitaires liés à l’exposition aux champs électromagnétiques basses fréquences, pour la population générale et les travailleurs.

Cœur du sujet, en 2013 : l’étude Géocap (Sermage-Faure et al. 2013), dont l’objectif était d’étudier l’influence de différentes expositions environnementales en France sur le risque de cancer de l’enfant. Elle avait « mis en évidence », chez les enfants âgés de moins de 5 ans, une association statistiquement significative entre le fait d’habiter à moins de 50 m de l’aplomb d’une ligne de transport d’électricité à très haute tension (supérieure à 225 kV) et le risque de développer une leucémie infantile. C’était une nouvelle étude épidémiologique sur un vieux sujet à très haut potentiel polémique.

« Ce n’était pas la première, tant s’en faut, à mettre en évidence une telle association, mais d’autres enquêtes épidémiologiques donnent des résultats contradictoires, se souvient Le Monde (Stéphane Foucart). La co-saisine par le ministère de l’agriculture était justifiée par les suspicions d’effets délétères sur les animaux d’élevage. L’Anses a abordé cet aspect dans un rapport précédent, rendu en 2015, qui ne mettait pas en évidence de liens. »

Où en sommes nous, six ans plus tard ?  « S’agissant des suspicions d’effets sur les humains, nous avons voulu passer en revue l’ensemble de la littérature sur le sujet, des études menées in vitro ou sur l’animal, aux études épidémiologiques disponibles, précise Olivier Merckel, chef de l’unité Agents physiques, nouvelles technologies et grands aménagements à l’Anses. Plusieurs ont été publiées depuis 2010 et trouvent plutôt moins fréquemment de lien entre lignes à haute tension et leucémies infantiles que les études plus anciennes, mais un certain nombre d’entre elles indiquent toutefois une association. »

L’angoisse des « gueules noires » de Moselle

En 2010, l’Anses soulignait « la convergence d’études épidémiologiques » qui montraient une association entre la survenue de leucémie infantile et l’exposition aux champs magnétiques basses fréquences à des niveaux supérieurs à 0,2 µT ou 0,4 µT [microTesla]. Au regard des nouvelles données, l’Agence confirme le niveau de preuve « limité » associé à cet effet à long terme.  Dans le cadre de cette expertise, l’Anses explique avoir  financé une étude afin de quantifier la part de la population française, et plus spécifiquement les enfants, exposée à de tels niveaux de champs émis par une ligne à haute tension. Cette étude a été menée par une équipe de l’Inserm et du CHU de Caen. Elle indique qu’environ 40 000 enfants de moins de 15 ans (0,35 % de la population) sont exposés à leur domicile à un champ magnétique supérieur à 0,4 µT, et environ 8 000 enfants (0,18 %) sont scolarisés dans une école exposée à un champ magnétique supérieur à 0,4 µT.

Mais encore ? Considérant l’ensemble de ces résultats, l’Agence « réitère sa recommandation de limiter, par précaution, le nombre de personnes sensibles exposées autour des lignes à hautes tension ainsi que les expositions ». À ce titre, elle recommande « de ne pas installer ou aménager de nouveaux établissements accueillant des personnes sensibles (hôpitaux, écoles…) à proximité immédiate des lignes à très haute tension, ni d’implanter de nouvelles lignes au-dessus de tels établissements ».

Ce n’est pas tout. A des niveaux d’exposition élevés (pouvant être rencontrés en milieu professionnel) des études expérimentales ont mis en évidence la possibilité de certains « effets biologiques » (« stress oxydant, effets génotoxiques, effets sur la physiologie cellulaire »). S’alarmer ? Pas vraiment : l’Anses indique que les études épidémiologiques « sont trop hétérogènes pour établir un lien entre l’exposition professionnelle et l’apparition de pathologies chroniques, en particulier maladies neurodégénératives et tumeurs du système nerveux ». Que faire ? « Il apparaît nécessaire de poursuivre les recherches concernant le risque éventuel de pathologies associées à l’exposition aux champs magnétiques basses fréquences » répond l’Agence.

Et cette dernière « d’attirer l’attention sur les cas d’exposition de la femme enceinte au travail ». Pourquoi ? Car « il a été montré que dans certains scénarios d’exposition professionnelle, la densité de courant induite chez le fœtus peut être supérieure aux valeurs limites recommandées pour la population générale ». L’Anses recommande donc « de mieux informer et sensibiliser les femmes sur les dispositions réglementaires d’aménagement de leur poste de travail lorsqu’elles sont enceintes, afin de limiter l’exposition du fœtus aux champs électromagnétiques basses fréquences ».

21 juin 2019. Le jour même de la publication de cet avis, Le Monde (Patricia Jolly) nous apprend que la veille, lors d’une audience à la chambre sociale de la Cour de cassation réunie en formation plénière, l’avocate générale, Catherine Courcol-Bouchard, a requis le rejet du pourvoi formé par ces « gueules noires » de Moselle contre une décision de la cour d’appel de Metz de 2017. Plus de 700 mineurs exposés à un cocktail de produits toxiques et cancérogènes durant toute leur carrière professionnelle, vivent dans la peur de tomber malade à tout moment. Ils réclament justice depuis juin 2013.

On ne tirera bien évidemment aucune conclusion de ce qui n’est qu’une coïncidence : l’Anses venait alors d’être saisie par les ministères en charge de la santé, du travail, de l’environnement et de l’agriculture inquiets des possibles effets délétères de l’électricité sur les animaux et sur les jeunes humains.

A demain @jynau

Biologie synthétisée : Dieu est peut-être encore un peu plus compliqué qu’imaginé

Bonjour

Comment le vivant est-il structuré ? Traduction : comment est-il né ? Deux questions au cœur des entreprises de la biologie synthétique, cette nouvelle frontière biologique, religieuse et symbolique : créer un vivant spontanément, ex nihilo – l’Homme dépassant le Créateur.

Il y a un an Bertrand Jordan rapportait, dans l’une de ses rafraîchissantes « Chroniques génomiques » de l’aride Médecine/Sciences 1 un très très joli travail. Celui, réalisé au département de chimie du Scripps Research Institute (La Jolla, Californie) associé à l’entreprise Synthorx de la  synthése de deux nouvelles bases analogues aux classiques C, T, A et G et qui pouvaient former dans l’ADN une nouvelle paire de bases. 

« Ces chercheurs avaient même réussi à faire répliquer cet ADN par une bactérie, à assurer (grâce à diverses manipulations de haute volée) sa transcription et sa traduction et ainsi à insérer dans une protéine un acide aminé anormal (ne faisant pas partie des vingt acides aminés classiques) ajoutait-il. Bien que très intéressant et novateur, ce travail comportait une limite : les deux bases artificielles ne forment pas de liaisons hydrogène au sein de la double hélice de l’ADN (comme le font G et C, d’une part, A et T, d’autre part) et leur association repose sur la compatibilité de leurs formes. »

Or voici que Bertrand Jordan récidive 2 :

« Un article récemment publié dans la revue Science par un ensemble de laboratoires et d’entreprises démontre, lui, la possibilité de concevoir des bases alternatives qui peuvent s’associer par des liaisons hydrogène et respectent ainsi la structure de la double hélice 3. Ces auteurs obtiennent ainsi un système baptisé « hachimoji » comprenant huit (« hachi » en japonais) lettres (« moji ») — les quatre habituelles plus quatre nouvelles — et montrent qu’il possède les propriétés minimales nécessaires à un système biologique capable de porter de l’information. »

Le Vatican

Comment, au-delà de la technique, ne pas être pris de vertige ? « Sur un plan plus philosophique ce travail confirme que les bases C, A, T et G utilisées par tous les organismes terrestres ne sont pas les seules possibles, prolonge Bertrand Jordan. Leur ubiquité dans notre monde vivant reflète simplement le fait que nous descendons tous du même organisme qui s’est trouvé fonctionner avec ces éléments : le hasard de la constitution du premier « réplicateur » s’est combiné avec la nécessité de la sélection naturelle pour aboutir aux organismes d’hier et d’aujourd’hui. »

Et cette mise en garde :

« Nous aurions bien tort, dans nos tentatives de découvrir des traces de vie sur Mars, sur le satellite Europe (une lune de Jupiter) et peut-être, plus tard, sur des planètes extrasolaires, de cibler trop précisément nos analyses sur des molécules semblables à celles que nous connaissons. Même si une vie apparue ailleurs est fondée sur la chimie du carbone, de l’oxygène et de l’azote, même si elle utilise une molécule d’ADN comme mémoire génétique, il n’y a aucune raison pour s’attendre à ce que les bases alignées le long de cette molécule soient nos habituels C, A, T ou G… »

Aucune raison de ne pas croire aux miracles nés de l’alignement des planètes. Aucune raison d’imaginer que le Vatican ne figure pas sur la liste des abonnés de Médecine/Sciences et de ses transcendantes « Chroniques génomiques ».

A demain

@jynau

  1. Jordan B.. Bases alternatives et organismes synthétiques. Med Sci (Paris). 2018 ; 34 : 179–182. [CrossRef] [EDP Sciences] [PubMed] [Google Scholar]
  2. Jordan B Extension du domaine du codage : l’ADN hachimoji Med Sci (Paris) 2019 ; 35 : 483–485
  3. Hoshika, Leal NA, Kim MJ, et al. Hachimoji DNA and RNA: a genetic system with eight building blocks. Science 2019; 363 : 884–7. [Google Scholar]

Le corps et la testostérone des femmes athlètes appartiennent-ils aux juges-arbitres du sport ?

Bonjour

Jusqu’où la médecine, l’endocrinologie, l’industrie pharmaceutique peuvent-elles collaborer à une telle entreprise ? Depuis Lausanne (Suisse) le Tribunal arbitral du sport (TAS) a rejeté, mercredi 1er mai, le recours de la célèbre athlète sud-africaine Caster Semenya . Cette dernière contestait les règles de la Fédération internationale d’athlétisme – des règles qui imposent aux athlètes hyperandrogynes ( dont le corps produit naturellement des concentrations élevées de testostérone) à prendre des traitements pour « normaliser » leurs taux hormonaux.

On parle ici, officiellement, de « femmes DSD » (différences de développement sexuel), qui présentent un taux de testostérone supérieur à 5 nmol/L. Des femmes qui ne sont pas « malades ». Et on  sait que ces athlètes sont surreprésentées dans les épreuves mêlant force et endurance (du 400 m au mile). « Avantage inique, disent les unes – Don naturel, répondent les autres » résume l’AFP.

Dans sa décision de 160 pages, le TAS ne juge pas le règlement « invalide » comme le demandait la double championne olympique. Pour autant il émet notamment  de « sérieuses préoccupations au sujet de sa future application pratique »Il a demandé à Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) d’amender son règlement.

Trois points posent particulièrement problème aux experts : la difficulté d’appliquer un principe de responsabilité objective en fixant un seuil de taux de testostérone à respecter ; la difficulté de prouver un véritable avantage athlétique chez les athlètes hyperandrogènes sur les distances du 1 500 m et du mile ; les éventuels effets secondaires du traitement hormonal. Comment, en d’autres termes, fixer des frontières face à la variété biologique présente dans l’espèce humaine ?

« C’est du délire »

« La corrélation directe entre le taux de testostérone et les performances est une conception des années 1980. Ce sont des idées préconçues parce que cette ligne ne regarde la performance que par le prisme de la testostérone, expliquait au Monde (Anthony Hernandez) il y a un an,  Pierre-Jean Vazel, entraîneur d’athlétisme. Aujourd’hui, on sait que ce n’est pas juste. Les performances dépendent de plusieurs facteurs qui se combinent comme le taux, le caryotype XX ou XY, les différents gènes mais aussi les récepteurs androgènes… D’ailleurs, parmi les femmes « DSD », certaines présentent un syndrome d’insensibilité complète ou partielle, leurs récepteurs ne reconnaissent pas ou peu la testostérone qui circule dans leur corps dans des proportions impossibles à quantifier. Or, ces dernières sont mises dans le même sac que les autres. Cela illustre l’absurdité de tout ça. »

L’absurdité et le danger. «  L’IAAF est incapable de préserver le secret médical, ajoutait Pierre-Jean Vazel. En 2009, lors des Mondiaux de Berlin, ils avaient livré en pâture une jeune fille de 17 ans. Tout le monde pérorait sur les organes sexuels, sur le taux de testostérone et sur le corps de Caster Semenya. Cette catégorie ‘’DSD’’ ouvre la même boîte de Pandore. On n’a pas à savoir qui a un micropénis, des testicules pas descendus ou tel caryotype… C’est du délire. Cela ne regarde que ces athlètes et le CIO envisage de les faire concourir dans une catégorie troisième genre. Et ça va à l’encontre des statuts de l’IAAF censée protéger la santé des athlètes. »

A quel titre, de quel droit, pourrait-on imposer à Caster Semenya et à ses semblables de prendre des « traitements » pour réduire leurs taux sanguins de testostérone ?

A demain

@jynau

Emmanuel Macron relance la polémique sur le caractère cancérigène ou pas d’un insecticide

Bonjour

Et à nouveau une « petite phrase » qui vienne dynamiter l’ensemble de la prestation médiatique. L’affaire est racontée dans le détail par Le Monde (Faustine Vincent). C’était sous les ors de l’Elysée, vendredi 1er février. Emmanuel Macron y avait réuni des élus d’outre-mer dans le cadre de son Grand Débat National. Sujet obligé de la discussion, médical et politique, le chlordécone, un insecticide organochloréécotoxique et persistant, un perturbateur endocrinien dont la dangerosité n’est plus à prouver. Il fut logtemps utilisé comme substitut au lindane contre le charançon du bananier (Cosmopolites sordidus) dans le monde Atlantique francophone (de 1972 à 1993 dans les Antilles françaises). Face à la centaine d’élus ultramarins, le président, en bras de chemise et micro à la main, a déclaré :

 « Il ne faut pas dire que c’est cancérigène. Il est établi que ce produit n’est pas bon, il y a des prévalences qui ont été reconnues scientifiquement, mais il ne faut pas aller jusqu’à dire que c’est cancérigène parce qu’on dit quelque chose qui n’est pas vrai et qu’on alimente les peurs. »

Alimenter les peurs ? Polémique immédiate. D’abord, nous dit Le Monde, avec plusieurs des élus présents confrontés à un « empoisonnement collectif » ; ensuite avec des spécialistes du sujet.  « Des scientifiques, auteurs d’une étude citée lors de l’échange avec le président, sont sortis de leur réserve afin de rappeler des faits dûment vérifiables’’, rapporte le quotidien. Dans un courageux communiqué, publié le 2 février le professeur Pascal Blanchet, urologue, et le Dr Luc Multigner, directeur de recherche  à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), énumèrent les travaux et classifications scientifiques prouvant la dangerosité du chlordécone. Ils rappellent que leur propre étude, menée en 2010, a démontré que « l’exposition au chlordécone est associée à une augmentation de risque de survenue du cancer de la prostate ».

Leurs conclusions ont été publiées en 2010 dans le Journal of Clinical Oncology : « Chlordecone Exposure and Risk of Prostate Cancer ». « Le président affirme des choses inexactes et minimise le problème », se désole auprès du Monde le Dr Luc Multigner, qui précise « condamner tout autant les discours alarmistes » sur la dangerosité de l’insecticide.

Il faut aussi tenir compte des conclusions, publiés en octobre 2018, par Santé publique France :

« Le principal message est que les taux d’incidence du cancer de la prostate en Guadeloupe et en Martinique se situent parmi les plus élevés au monde.  Un résultat à rapprocher de la situation d’autres îles de la Caraïbe et de la population américaine et britannique d’origine africaine. Cependant, l’analyse spatiale de la distribution des cas de cancer de la prostate en Martinique ne montre pas d’excès dans les zones contaminées par la chlordécone.  Le rôle d’autres facteurs de risque expliquant ce taux élevé de cancer de la prostate reste à étudier. »

Et maintenant ? Contacté, l’Elysée a tenté, le 4 février, d’éteindre la polémique – récusant tout « retour en arrière » et en plaidant un « malentendu » :

 « Le président n’a jamais dit que le chlordécone n’était pas cancérigène. Quand il dit : “Il ne faut pas dire que c’est cancérigène”, c’est une façon de dire : “On ne peut pas se contenter de dire que c’est cancérigène, il faut aussi agir.”  La pensée du président est limpide et n’a pas bougé sur ce sujet. [Emmanuel Macron] n’est pas un scientifique mais un responsable politique. ce n’est donc pas à lui de dire si le chlordécone est cancérigène ou pas. La polémique est mal venue car c’est un sujet sur lequel nous avons fait preuve de transparence et de notre volonté d’agir.»

Où l’on retrouve les brouillards de la corrélation et de la causalité. Et les limites de l’ « en même temps » macronien face à la complexité de certains sujets.  Emmanuel Macron avait dénoncé en septembre dernier qu’il y avait là un « scandale environnemental » dans lequel l’Etat avait « sa part de responsabilité ». Il faut selon lui permettre la la reconnaissance de la « maladie professionnelle » pour les travailleurs agricoles, qui ont été les plus exposés au pesticide. Pour autant rien de simple. « A chaque fois que le lien peut être prouvé entre le chlordécone et une maladie, on indemnisera », assure-t-on au Palais de l’Elysée – où l’on insiste : « les études scientifiques n’ont pas établi de lien direct » entre l’insecticide et les affections cancéreuses.

A demain

@jynau

 

Dépression : pourquoi payer 300 euros pour espérer une rémission ? Voici les explications

Bonjour

Nous rapportions il y a quelques jours  la peu banale publicité faite pour un dépistage génétique (non remboursé par l’assurance maladie) qui permettrait d’optimiser les effets de certains médicaments antidépresseurs déjà sur le marché. Une proposition signée Eurofins Biomnis, « expert de la biologie médicale au service de la médecine personnalisée ».

La firme expliquait pourquoi certaines personnes souffrant de dépression répondaient mieux que d’autres aux antidépresseurs les plus courants.  « En cause, le gène ABCB1, codant pour la glycoprotéine-P (P-gp), localisée au sein de la barrière hémato-encéphalique, pouvant limiter ou favoriser le passage de ces antidépresseurs dans le cerveau, nous expliquait-on. Trois patients sur quatre possèdent le variant limitant leur passage et donc leur efficacité. Eurofins Biomnis, propose depuis fin 2018, un test génétique, à l’aide d’une simple prise de sang, permettant de spécifier chez chaque patient l’expression du gène ABCB1. Détenir une telle information permet ainsi aux psychiatres de prescrire le bon traitement, à la bonne dose et au bon patient et ainsi, augmenter les chances de rémission. »

Pourquoi ce test « simple, rapide, disponible partout en France sur prescription d’un psychiatre » est-il facturé pour 300€ non remboursables ? Nous avons posé la question à Eurofins Biomnis 1. Voici ses réponses :

« Pour l’instant, le test n’est pas inscrit à la nomenclature des actes de biologie médicale et ne peut pas donc être pris en charge à ce jour par la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM). De manière générale, pour qu’un test soit inscrit sur cette liste et donc remboursé, il y a plusieurs étapes officielles préalables :

A l’issue de l’étude de différentes études cliniques, publications, avis des sociétés savantes, il y a une soumission à l’HAS (Haute Autorité de Santé). Puis la HAS va étudier l’intérêt médical de ce test, les impacts médico-économiques, et en fonction émettre un avis favorable. Des réunions CHAB (Commission de hiérarchisation des actes de biologie) sont ensuite organisées avec la CNAM pour décider du prix, de la  technique dédiée, les conditions/indications pour le remboursement. Enfin publication dans le Journal Officiel avec un résumé de tout ce qui a été décidé et précision quant à la date de l’application (en général un mois après la parution au JO) »

La firme ajoute que ce  processus prend plusieurs années voire parfois une dizaine d’années ou plus. Elle précise  d’autre part qu’il existe,depuis 2015, une procédure officielle en biologie pour l’innovation avec la parution d’une liste complémentaire et d’une liste RIHN (référentiel des actes innovants) qui permet d’identifier et de collecter les différentes données sur un test avant soumission à la HAS – et décision ou non d’une prise en charge par la collectivité. De manière plus rare, un passage à la nomenclature peut se faire beaucoup plus rapidement notamment dans le cas d’épidémies (dernier test en date avec le virus Zika).

Qu’en est-il du « test ABCB1 » ? Réponse :

« Ce test étant innovant (et n’étant donc pas encore inscrit à la NABM) nous le proposons en amont sur une période de non remboursement. C’est en effet la pratique générale des laboratoires de biologie médicale: nous proposons régulièrement dans le cadre de l’innovation, d’une recherche de gain de chances pour le patient et d’aide de moyens pour le médecin, des tests d’intérêt encore non inscrits à cette liste de remboursement.

« Ce fut notamment le cas pour le DPNI [diagnostic pré-natal non invasif] de la trisomie 21 (lancement Biomnis en 2014 avec remboursement fin 2018) mais également, liste non exhaustive, pour le rhésus D fœtal (suivi de la femme enceinte que nous proposions depuis quinze ans avec un passage au remboursement en juillet 2017), le dépistage de la tuberculose latente….. A noter que ce sujet est similaire en oncologie puisque nous proposons depuis 2015 un test de dépistage de risque de toxicité au traitement par chimiothérapies aux fluoropyrimidines (5-FU). »

Où l’on comprend que – sauf à se satisfaire des inégalités économiques face à la souffrance – les rouages entre l’évaluation et la prise en charge par l’Assurance Maladie mériteraient, parfois, d’être sérieusement huilés.

A demain

@jynau

1 Eurofins Biomnis se présente ainsi : « Leader européen dans le secteur de la biologie médicale spécialisée, EurofinsBiomnis effectue plus de 32 000 analyses par jour sur un panel de plus de 2 500 examens, y compris les actes spécialisés pour lesquels il dispose de tous les agréments nécessaires. Fondé en 1897 par Marcel Mérieux, Eurofins Biomnisdemeure l’acteur de référence en biologie spécialisée en France grâce à une innovation et un investissement technologique permanents, notamment dans les domaines de la biologie de la femme, de l’oncologie et de la médecine personnalisée, ainsi que de la génétique chromosomique et moléculaire. Plateforme européenne de la division Clinical Diagnostics du Groupe Eurofins, EurofinsBiomnis poursuit aujourd’hui son développement international. www.eurofins-biomnis.com

 

 

«PMA pour toutes» : effacement de la frontière de la reproduction sexuée chez les mammifères

Bonjour

Sans être véritablement une première scientifique c’est bien, a priori, un événement que l’on peut qualifier d’historique. Une équipe de biologistes dirigés par Zhi-Kun Li, membre de l’Académie chinoise des  sciences vient d’annoncer être parvenu à faire naître des souriceaux de deux souris femelles à partir de cellules souches embryonnaires associées à « une édition ciblée du génome ». Devenues adultes, les souris ont pu à leur tour donner naissance à des souriceaux en bonne santé. Tout, ou presque, est expliqué dans la revue Cell Stem Cell :  « Generation of Bimaternal and Bipaternal Mice from Hypomethylated Haploid ESCs with Imprinting Region Deletions »

Officiellement les chercheurs chinois cherchaient à expliquer « pourquoi, à la différence des reptiles, des amphibiens et de certains poissons, qui peuvent recourir à la parthénogenèse, les mammifères passent-ils obligatoirement par la reproduction sexuée ». La vérité est sans doute un peu plus compliquée, la Chine investissant largement aujourd’hui dans des travaux  (et des applications) situés au-delà des frontières définies, depuis plus d’un demi-siècle, par la bioéthique occidentale.

En 2028 ou 2038

Utilisation de cellules souches embryonnaires de souris femelles dotées d’un seul jeu de chromosome; modifications génétiques des régions identifiées comme participant à l’ « empreinte parentale » ; introduction de ces « succédanés de spermatozoïdes »  dans des ovocytes d’autre souris femelles…

Obtention d’embryons transférés dans les utérus d’autres souris où ils se sont développés jusqu’au terme. Sur 210 embryons, 29 souris sont nées viables et se sont reproduites de manière naturelle – donnant naissance à des souriceaux en bonne santé.

Une seconde expérience a été menée à partir de deux souris mâles : douze souriceaux sont nés de cette manipulation – mais ils sont tous morts 48 heures après leur naissance. Où l’on voit que les faits et la Nature peuvent parfois être têtus.

User de cette technique dans cette autre catégorie de mammifères qu’est l’espèce humaine ? Donner corps, chair et âme à la reproduction définitivement déba²rrassée de la sexualité ? « Il est peu plausible que ce genre de technologie puisse être appliqué à l’homme dans un avenir proche, estime Dusko Ilic (King’s College de Londres) qui n’a pas participé aux travaux. Le risque d’anomalies sévères est trop élevé et cela prendrait des années de recherche, sur différents types d’animaux, pour arriver à comprendre comment cette méthode pourrait être appliquée en toute sécurité ».

 Pour sa part, et sans se prononcer sur la dimension éthique de l’affaire, Axel Kahn, généticien et philosophe français, vient d’estimer, sur France Inter, à « dix ou vingt ans » le délai nécessaire avant de disposer, chez la femme, du savoir-faire.

A demain