Cannabis : voici ce que tout fumeur doit désormais savoir avant d’être dépisté au volant

Bonjour

17 septembre 2019. A Marseille le gouvernement, dirigé par Christophe Castaner, mouline et repart en guerre contre la drogues et ceux qui en vivent. Totale omission de la réduction des risques et de la légalisation du cannabis. Les médias, généralement, applaudissent. Ou demandent, comme toujours, à voir.

Demain 18 septembre, à Paris, séance académique de l’Académie nationale de Pharmacie avec, en « question d’actualité » : « RÉSULTATS DE L’ÉTUDE FRANÇAISE VIGICANN : EFFETS DU CANNABIS FUMÉ SUR LA VIGILANCE ET LES PERFORMANCES DE CONDUITE DES FUMEURS OCCASIONNELS ET CHRONIQUES ». Un travail du Pr Jean-Claude Alvarez, chef de service du laboratoire de Pharmacologie-Toxicologie du CHU de Garches, , (INSERM U-1173).

Où l’on apprend que paradoxalement, à dose égale, un fumeur occasionnel de cannabis est plus facilement qu’un chronique dépisté par le test salivaire. Et que l’effet du THC sur la conduite automobile ne dépend pas de sa concentration dans le sang, mais du mode de consommation du fumeur… La preuve par l’étude française Vigicann 1. Résumé :

Vrais joints de qualité d’origine contrôlée

« Le test salivaire permet un dépistage d’autant plus efficace que, depuis un an environ, il n’est plus nécessaire de le valider par une analyse sanguine. Il suffit désormais de faire analyser par un laboratoire agréé un échantillon de salive du conducteur détecté positif. Ce qui évite les faux positifs… Ce qui facilite les contrôles. Mais, il était toujours impossible pour la police ou la gendarmerie de faire la différence entre fumeurs chroniques et occasionnels, et ce qu’elle que soit la dose absorbée.  Pour la première fois, une étude analyse les effets du cannabis sur la conduite chez des consommateurs occasionnels (1-2 joints/semaine) et chroniques (1-2 joints/jour) à partir de tests effectués sur de « vrais » fumeurs auxquels les chercheurs ont volontairement fourni de « vrais » joints (de qualité) (sic).

« L’étude confirme que la consommation de cannabis fumé conduit à une augmentation rapide du THC dans le sang des fumeurs, à l’origine d’un allongement de leur temps de réaction et d’une modification de leurs performances de conduite. Mais : les effets sont plus prononcés chez les fumeurs occasionnels avec des temps de réaction plus importants pour une même dose consommée ; les effets durent plus longtemps chez les fumeurs occasionnels que chez les fumeurs chroniques (13h vs 8h chez les fumeurs chroniques). »

On regrettera que les auteurs-citoyens n’en disent pas plus, au sein de leur Académie, quant à l’origine des joints de qualités utilisés – et quant à leur position sur la dépénalisation.

A demain @jynau

1 Effect of Smoked Cannabis on Vigilance and Accident Risk Using Simulated Driving in Occasional and Chronic Users and the Pharmacokinetic-Pharmacodynamic Relationship. Clin Chem. 2019 May;65(5):684-693. doi: 10.1373/clinchem.2018.299727. Epub 2019 Mar 14.

Cette étude, contrôlée et randomisée, a été menée en double aveugle et en cross-over par des équipes du laboratoire de pharmacologie – toxicologie et du service d’explorations fonctionnelles de l’hôpital Raymond-Poincaré AP-HP et de l’unité Inserm / Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines 1173 « Infection et inflammation chronique », dirigées par le Dr Sarah Hartley et le Pr Jean-Claude Alvarez.

Vape news et «maladie sans nom» : l’hypothèse infectieuse désormais abandonnée par les CDC

Bonjour

Toutes les situations pathologiques de ce type renvoient au même casse-tête : cause infectieuse ou toxique ? D’un côté les univers bactériens et viraux (sans oublier les agents transmissibles non conventionnels). De l’autre le monde clos des substances chimiques incompatibles avec l’humain. La « maladie sans nom » qui émerge et inquiète outre-Atlantique d’échappe pas à cette grille d’analyse.

Tout converge aujourd’hui pour laisser penser que le vecteur commun (la « cigarette électronique ») n’est pas la cause première des tableaux cliniques pulmonaires aujourd’hui observés et recensés. De la même manière, oserait-on dire, que l’anophèle femelle n’est pas l’agent du paludisme. Faire la part entre la transmission et la cause première.

Il faut ici (merci à Umberto Ucelli, fidèle critique) se reporter aux remarquables informations destinées à la presse et diffusées par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des Etats-Unis : «  CDC, FDA, States Continue to Investigate Severe Pulmonary Disease Among People Who Use E-cigarettes ».

Effet Werther

Où l’on apprend que rien, en l’état des données disponibles, ne permet plus de retenir l’hypothèse d’un agent infectieux unique. Pour autant aucun agent toxique n’a été identifié qui permettrait d’expliquer les symptômes observés chez les 149 patients atypiques identifiés dans quinze Etats (CA, CT, IL, IN, IA, MN, MI, NC, NJ, NM, NY, PA, TX, UT, and WI) entre le 28 juin et le 20 août.

Tout indique donc que l’on ne peut conclure. Et d’ores et déjà se pose la question de l’impact de la diffusion de ces informations sur une possible amplification du phénomène. Entre « effet Werther » et « prophétie semi-auto-réalisatrice ». Mais, comme rien n’est simple, se pose aussi dans le même temps, au vu du nombre des personnes concernées par la vape en France, la question du silence total, sur ce sujet, de la Direction Générale de la Santé.

A demain  @jynau

«Mourir d’avoir été vacciné»: Le Monde doit-il ferrailler contre les Prs Joyeux et Montagnier ?

Bonjour

Pierre Desproges est mort et on ne rit plus. Peut-on, sous des cieux démocratiques, débattre de tout avec tout le monde ? « Selon une étude, 79,4 % de tous les enfants décédés du syndrome de mort subite du nourrisson ont reçu un vaccin la même journée », affirme la page Facebook Advitae Santé naturelle, qui ajoute : « Et ce serait juste une coïncidence ? » Voilà une antienne anti-vaccinale amplement chantée sur les deux rives de l’Atlantique. Faire un lien entre la vaccination et la mort subite du nourrisson. Evoquer les deux faits, laisser planer dans le brouillard de l’angoisse, les concepts de causalité et de corrélation. La rumeur peut prospérer.  

Il faut aussi et surtout, en France, y ajouter la voix et l’aura du Pr Luc Montagnier (lauréat du Nobel 2008 pour avoir co-découvert le VIH, en 1983) sans oublier le poids sociétal du Pr Henri Joyeux – deux opposants aux obligations vaccinales en vigueur qui se plaisent à user de cette une rhétorique. On se souvient de la conférence tenue à Paris en 2017. Déclaration du Nobel :

« Nous sommes ici pour lancer une alerte, à tout le pays, au monde. Je voudrais alerter sur la mort subite du nourrisson. C’est quelque chose d’épouvantable, la cause est inconnue, mais il existe des faits scientifiques, montrant qu’un grand nombre de ces morts intervient après une vaccination. On ne peut pas démontrer une causalité, mais il y a une relation temporelle. [Les vaccins avec un adjuvant aluminique] sont responsables d’une tempête immunitaire chez le nourrisson (…) Ce qui est en cause, c’est la vaccination de masse, cela doit disparaître (…). » (Libération)

Wakefield et Pasteur

Nous écrivions alors : « Sur la scène de son théâtre de variétés, poursuivant son voyage vers l’irrationnel, le Pr Luc Montagnier a remis en cause le bien-fondé du retrait du Lancet  de ces travaux plus que controversés du britannique Andrew Wakefield sur le vaccin ROR et l’autisme. Le Quotidien du Médecin : ‘’Et lorsque dans la salle Serge Rader, pharmacien militant anti-vaccin, proche de Michèle Rivasi mais aussi du Nicolas Dupont-Aignan, se lève pour estimer qu’une statue de Wakefield devrait siéger à côté de Pasteur, sa diatribe est applaudie’’ ».

Aujourd’hui « Les Décodeurs » du Monde (Adrien Sénécat) reviennent sur le sujet : « Non, les vaccins ne sont pas responsables de la mort subite du nourrisson ». Où l’on peut redouter, paradoxalement, qu’ils prennent le risque, en « décodant », de légitimer les errances du Pr Montagnier.

On lira leur argumentaire, fondé sur de sérieuses publications. Ils reviennent notamment sur l’affirmation selon laquelle « 79,4 % de tous les enfants décédés du syndrome de mort subite du nourrisson ont reçu un vaccin la même journée », relayée par Advitae Santé naturelle et qu’ils qualifie de « complètement fallacieuse ». Explications :

« Cette page Facebook prétend s’appuyer sur le site américain childrenhealthdefense.org. Ce dernier cite bien le chiffre de 79,4 %, mais dans un tout autre contexte. Il s’agit en réalité de la proportion d’enfants qui ont reçu plus d’un vaccin le même jour parmi les cas de morts d’enfants signalées au programme américain de sécurité vaccinale entre 1997 et 2013. Et le site childrenhealthdefense.org lui-même déforme le sens de cette statistique en y voyant un signe que les vaccins pourraient être responsables de la mort subite du nourrisson.

L’étude scientifique dont vient ce fameux chiffre, publiée en 2015 dans la revue Clinical Infectious Diseases, visait à comparer les causes de mortalité signalées au programme de sécurité vaccinale à celles de la population dans son ensemble. Or, les auteurs n’ont relevé aucune surmortalité liée à la vaccination, y compris en ce qui concerne les morts inattendues des nourrissons.

S’il peut être tentant d’associer des événements à cause d’une coïncidence temporelle, les analyses des chercheurs ont là encore conclu que les vaccins ne sont pas en cause. Au contraire, les auteurs de l’étude notent que les effets secondaires graves des vaccins sont en fin de compte rarissimes puisque, en moyenne, seul un cas de mort est rapporté aux autorités pour un million de vaccins distribués, sans qu’il y ait nécessairement de lien de cause à effet entre l’injection et le décès. »

De la raison et de la déraison

On pourrait ajouter les informations données par  l’OMS : « Vaccination: 10 idées fausses à corriger « .

« Idée fausse n°3 : Le vaccin combiné contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche et le vaccin contre la poliomyélite sont responsables du syndrome de mort subite du nourrisson. FAUX

« Il n’existe pas de lien de cause à effet entre l’administration de ces vaccins et la mort subite du nourrisson. Toutefois, ces vaccins sont administrés à un âge où les bébés peuvent être frappés par le syndrome de mort subite du nourrisson (MSN). En d’autres termes, les décès par MSN survenant après la vaccination sont une coïncidence et se seraient produits même si le nourrisson n’avait pas été vacciné. Il est important de ne pas oublier que ces quatre maladies sont potentiellement mortelles et que les nourrissons qui n’ont pas été protégés contre celles-ci par la vaccination courent un risque de décès ou d’incapacité grave. »

Tout ceci sera-il suffisant pour convaincre celles et ceux qui sont persuadés du contraire – ou tentés de l’être ? Faire appel à la raison au risque d’amplifier la déraison ? User de la logique et paradoxalement nourrir le complotisme ? Amplifier ainsi la parole du Pr Luc Montagnier, cette personnalité atypique que nul ne sait plus aujourd’hui présenter : pastorien contrarié, coauteur d’une découverte majeure, prix Nobel renié par l’Institut Pasteur. Des déclarations controversées, l’émergence récurrente de l’étrange, un voyage sans retour vers l’irrationnel. Un mystère à raconter. Une biographie qui reste à faire.

A demain @jynau

Maladie de la «vache folle»: graves questions après la mort d’une chercheuse de l’INRA

Bonjour

Où l’on reparle des prions pathologiques. La famille d’une chercheuse âgée de 33 ans, morte lundi 17 juin d’une forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, a porté plainte contre l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) où elle avait travaillé et où elle aurait été contaminée, en 2010, par un prion responsable de cette maladie. L’affaire a été révélée, vendredi 21 juin, par Mediapart (Pascale Pascariello) et confirmée par les avocats de la famille de même que par l’INRA. Ce dernier affirme aujourd’hui, que « tous les éléments relatifs à l’accident et aux mesures de sécurité seront communiqués aux autorités sanitaires et à la justice ».

Coment comprendre ? L’accident qui pourrait être à l’origine de la contamination date de 2010, lorsque la jeune femme travaillait (en contrat à durée déterminée) à l’unité de virologie et immunologie moléculaire de Jouy-en-Josas (Yvelines), un laboratoire sécurisé spécialisé dans l’étude des prions. Sous certaines conditions ces structures protéiques naturelles peuvent devenir hautement pathogènes : l’un des variants est responsable d’une forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob: l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB ou maladie de la « vache folle »).

« Le 31 mai 2010, la jeune femme, assistante-ingénieure âgée de 24 ans, participait à des études sur la neurotoxicité de ces agents pathogènes sur différentes lignées de souris transgéniques. Elle s’est alors piqué le pouce droit avec une pince, qui a traversé ses deux gants en latex et entraîné un saignement, rapportent plusieurs médias -dont Le Monde (Hervé Morin). Dans la ‘’déclaration d’accident de service’’ rédigée le même jour, il est précisé que la ‘’plaie saignante’’ a été soignée après contact téléphonique avec l’infirmière du centre, le médecin étant absent. »

Grande tristesse

Toutes les précautions ont-elles été prises pour prévenir puis prendre en charge une éventuelle infection ? C’est ce que demandent les avocats de la famille d’Emilie J. (Marc et Julien Bensimhon), qui soulèvent quatre questions précises : la jeune femme avait-elle bénéficié de la formation nécessaire face au risque de contamination ? Etait-elle équipée des gants anti-coupures qui auraient pu prévenir l’accident ? Le protocole qui impose une décontamination sur place et immédiate a-t-il été respecté ? L’INRA a-t-il veillé à la santé de la jeune femme après cet incident ? « Nous avons décidé de porter cette affaire sur le terrain médiatique, parce que l’INRA s’est désintéressé du sujet »,soutient Marc Bensimhon.

Est-ce vrai ?  Et si oui que faudra-t-il en conclure ? L’INRA, qui ne conteste pas la survenue de l’accident en 2010, a rendu public vendredi 21 juin ce communiqué :

« C’est avec une grande tristesse que l’INRA, sa direction et ses collègues ont appris le décès d’une ancienne chercheuse de l’INRA, qui a travaillé au sein de l’unité Virologie et immunologie moléculaire à Jouy-en-Josas de 2009 à 2012.

Il s’agirait d’un cas de maladie de Creutzfeld-Jakob nouveau variant. Les autorités sanitaires (Santé Publique France) en charge de la surveillance de ces maladies poursuivent leurs investigations. Cette ancienne chercheuse ayant eu un accident de service en 2010 lors d’une expérimentation au sein du laboratoire, il est essentiel de comprendre les causes de la maladie.

« L’INRA a répondu à la famille et aux autorités sanitaires en transmettant les pièces qui étaient demandées, et réaffirme son engagement de transparence : tous les éléments relatifs à l’accident et aux mesures de sécurité seront communiquées aux autorités sanitaires et à la justice. Car il est essentiel que toute la vérité soit faite, c’est essentiel pour sa famille, mais aussi pour l’ensemble de la communauté scientifique. L’INRA va par ailleurs contribuer à la mission confiée par la Ministre de la Recherche à l’IGAENR et à l’inspection santé et sécurité au travail, destinée à évaluer les mesures de sécurité dans les laboratoires de recherche sur les prions.»

On attend donc que la vérité soit faite. Et qu’elle soit dite.

A demain @jynau

Leucémies et électricité : les troublantes recommandations sur les Lignes à Haute Tension

Bonjour

Alors ? Dangereuses ou pas ? On ne le saura pas. Ou du moins pas de sitôt. Telle est la principale conclusion d’un avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) – « avis du 5 avril rendu public vendredi 21 juin » : « Effets sanitaires liés à l’exposition aux champs électromagnétiques basses fréquences ».

Nous sommes ici aux confins des inquiétudes de l’exécutif, de l’invisible et de la réduction des risques. Six ans de travail. L’Anses avait été saisie le 27 février 2013 par les ministères en charge de la santé, du travail, de l’environnement et de l’agriculture. Deux missions. D’abord approfondir l’expertise scientifique relative aux conséquences sur la santé animale et les performances zootechniques de l’exposition aux champs électromagnétiques basses fréquences. Ensuite réaliser une mise à jour de l’expertise scientifique sur les effets sanitaires liés à l’exposition aux champs électromagnétiques basses fréquences, pour la population générale et les travailleurs.

Cœur du sujet, en 2013 : l’étude Géocap (Sermage-Faure et al. 2013), dont l’objectif était d’étudier l’influence de différentes expositions environnementales en France sur le risque de cancer de l’enfant. Elle avait « mis en évidence », chez les enfants âgés de moins de 5 ans, une association statistiquement significative entre le fait d’habiter à moins de 50 m de l’aplomb d’une ligne de transport d’électricité à très haute tension (supérieure à 225 kV) et le risque de développer une leucémie infantile. C’était une nouvelle étude épidémiologique sur un vieux sujet à très haut potentiel polémique.

« Ce n’était pas la première, tant s’en faut, à mettre en évidence une telle association, mais d’autres enquêtes épidémiologiques donnent des résultats contradictoires, se souvient Le Monde (Stéphane Foucart). La co-saisine par le ministère de l’agriculture était justifiée par les suspicions d’effets délétères sur les animaux d’élevage. L’Anses a abordé cet aspect dans un rapport précédent, rendu en 2015, qui ne mettait pas en évidence de liens. »

Où en sommes nous, six ans plus tard ?  « S’agissant des suspicions d’effets sur les humains, nous avons voulu passer en revue l’ensemble de la littérature sur le sujet, des études menées in vitro ou sur l’animal, aux études épidémiologiques disponibles, précise Olivier Merckel, chef de l’unité Agents physiques, nouvelles technologies et grands aménagements à l’Anses. Plusieurs ont été publiées depuis 2010 et trouvent plutôt moins fréquemment de lien entre lignes à haute tension et leucémies infantiles que les études plus anciennes, mais un certain nombre d’entre elles indiquent toutefois une association. »

L’angoisse des « gueules noires » de Moselle

En 2010, l’Anses soulignait « la convergence d’études épidémiologiques » qui montraient une association entre la survenue de leucémie infantile et l’exposition aux champs magnétiques basses fréquences à des niveaux supérieurs à 0,2 µT ou 0,4 µT [microTesla]. Au regard des nouvelles données, l’Agence confirme le niveau de preuve « limité » associé à cet effet à long terme.  Dans le cadre de cette expertise, l’Anses explique avoir  financé une étude afin de quantifier la part de la population française, et plus spécifiquement les enfants, exposée à de tels niveaux de champs émis par une ligne à haute tension. Cette étude a été menée par une équipe de l’Inserm et du CHU de Caen. Elle indique qu’environ 40 000 enfants de moins de 15 ans (0,35 % de la population) sont exposés à leur domicile à un champ magnétique supérieur à 0,4 µT, et environ 8 000 enfants (0,18 %) sont scolarisés dans une école exposée à un champ magnétique supérieur à 0,4 µT.

Mais encore ? Considérant l’ensemble de ces résultats, l’Agence « réitère sa recommandation de limiter, par précaution, le nombre de personnes sensibles exposées autour des lignes à hautes tension ainsi que les expositions ». À ce titre, elle recommande « de ne pas installer ou aménager de nouveaux établissements accueillant des personnes sensibles (hôpitaux, écoles…) à proximité immédiate des lignes à très haute tension, ni d’implanter de nouvelles lignes au-dessus de tels établissements ».

Ce n’est pas tout. A des niveaux d’exposition élevés (pouvant être rencontrés en milieu professionnel) des études expérimentales ont mis en évidence la possibilité de certains « effets biologiques » (« stress oxydant, effets génotoxiques, effets sur la physiologie cellulaire »). S’alarmer ? Pas vraiment : l’Anses indique que les études épidémiologiques « sont trop hétérogènes pour établir un lien entre l’exposition professionnelle et l’apparition de pathologies chroniques, en particulier maladies neurodégénératives et tumeurs du système nerveux ». Que faire ? « Il apparaît nécessaire de poursuivre les recherches concernant le risque éventuel de pathologies associées à l’exposition aux champs magnétiques basses fréquences » répond l’Agence.

Et cette dernière « d’attirer l’attention sur les cas d’exposition de la femme enceinte au travail ». Pourquoi ? Car « il a été montré que dans certains scénarios d’exposition professionnelle, la densité de courant induite chez le fœtus peut être supérieure aux valeurs limites recommandées pour la population générale ». L’Anses recommande donc « de mieux informer et sensibiliser les femmes sur les dispositions réglementaires d’aménagement de leur poste de travail lorsqu’elles sont enceintes, afin de limiter l’exposition du fœtus aux champs électromagnétiques basses fréquences ».

21 juin 2019. Le jour même de la publication de cet avis, Le Monde (Patricia Jolly) nous apprend que la veille, lors d’une audience à la chambre sociale de la Cour de cassation réunie en formation plénière, l’avocate générale, Catherine Courcol-Bouchard, a requis le rejet du pourvoi formé par ces « gueules noires » de Moselle contre une décision de la cour d’appel de Metz de 2017. Plus de 700 mineurs exposés à un cocktail de produits toxiques et cancérogènes durant toute leur carrière professionnelle, vivent dans la peur de tomber malade à tout moment. Ils réclament justice depuis juin 2013.

On ne tirera bien évidemment aucune conclusion de ce qui n’est qu’une coïncidence : l’Anses venait alors d’être saisie par les ministères en charge de la santé, du travail, de l’environnement et de l’agriculture inquiets des possibles effets délétères de l’électricité sur les animaux et sur les jeunes humains.

A demain @jynau

Biologie synthétisée : Dieu est peut-être encore un peu plus compliqué qu’imaginé

Bonjour

Comment le vivant est-il structuré ? Traduction : comment est-il né ? Deux questions au cœur des entreprises de la biologie synthétique, cette nouvelle frontière biologique, religieuse et symbolique : créer un vivant spontanément, ex nihilo – l’Homme dépassant le Créateur.

Il y a un an Bertrand Jordan rapportait, dans l’une de ses rafraîchissantes « Chroniques génomiques » de l’aride Médecine/Sciences 1 un très très joli travail. Celui, réalisé au département de chimie du Scripps Research Institute (La Jolla, Californie) associé à l’entreprise Synthorx de la  synthése de deux nouvelles bases analogues aux classiques C, T, A et G et qui pouvaient former dans l’ADN une nouvelle paire de bases. 

« Ces chercheurs avaient même réussi à faire répliquer cet ADN par une bactérie, à assurer (grâce à diverses manipulations de haute volée) sa transcription et sa traduction et ainsi à insérer dans une protéine un acide aminé anormal (ne faisant pas partie des vingt acides aminés classiques) ajoutait-il. Bien que très intéressant et novateur, ce travail comportait une limite : les deux bases artificielles ne forment pas de liaisons hydrogène au sein de la double hélice de l’ADN (comme le font G et C, d’une part, A et T, d’autre part) et leur association repose sur la compatibilité de leurs formes. »

Or voici que Bertrand Jordan récidive 2 :

« Un article récemment publié dans la revue Science par un ensemble de laboratoires et d’entreprises démontre, lui, la possibilité de concevoir des bases alternatives qui peuvent s’associer par des liaisons hydrogène et respectent ainsi la structure de la double hélice 3. Ces auteurs obtiennent ainsi un système baptisé « hachimoji » comprenant huit (« hachi » en japonais) lettres (« moji ») — les quatre habituelles plus quatre nouvelles — et montrent qu’il possède les propriétés minimales nécessaires à un système biologique capable de porter de l’information. »

Le Vatican

Comment, au-delà de la technique, ne pas être pris de vertige ? « Sur un plan plus philosophique ce travail confirme que les bases C, A, T et G utilisées par tous les organismes terrestres ne sont pas les seules possibles, prolonge Bertrand Jordan. Leur ubiquité dans notre monde vivant reflète simplement le fait que nous descendons tous du même organisme qui s’est trouvé fonctionner avec ces éléments : le hasard de la constitution du premier « réplicateur » s’est combiné avec la nécessité de la sélection naturelle pour aboutir aux organismes d’hier et d’aujourd’hui. »

Et cette mise en garde :

« Nous aurions bien tort, dans nos tentatives de découvrir des traces de vie sur Mars, sur le satellite Europe (une lune de Jupiter) et peut-être, plus tard, sur des planètes extrasolaires, de cibler trop précisément nos analyses sur des molécules semblables à celles que nous connaissons. Même si une vie apparue ailleurs est fondée sur la chimie du carbone, de l’oxygène et de l’azote, même si elle utilise une molécule d’ADN comme mémoire génétique, il n’y a aucune raison pour s’attendre à ce que les bases alignées le long de cette molécule soient nos habituels C, A, T ou G… »

Aucune raison de ne pas croire aux miracles nés de l’alignement des planètes. Aucune raison d’imaginer que le Vatican ne figure pas sur la liste des abonnés de Médecine/Sciences et de ses transcendantes « Chroniques génomiques ».

A demain

@jynau

  1. Jordan B.. Bases alternatives et organismes synthétiques. Med Sci (Paris). 2018 ; 34 : 179–182. [CrossRef] [EDP Sciences] [PubMed] [Google Scholar]
  2. Jordan B Extension du domaine du codage : l’ADN hachimoji Med Sci (Paris) 2019 ; 35 : 483–485
  3. Hoshika, Leal NA, Kim MJ, et al. Hachimoji DNA and RNA: a genetic system with eight building blocks. Science 2019; 363 : 884–7. [Google Scholar]

Le corps et la testostérone des femmes athlètes appartiennent-ils aux juges-arbitres du sport ?

Bonjour

Jusqu’où la médecine, l’endocrinologie, l’industrie pharmaceutique peuvent-elles collaborer à une telle entreprise ? Depuis Lausanne (Suisse) le Tribunal arbitral du sport (TAS) a rejeté, mercredi 1er mai, le recours de la célèbre athlète sud-africaine Caster Semenya . Cette dernière contestait les règles de la Fédération internationale d’athlétisme – des règles qui imposent aux athlètes hyperandrogynes ( dont le corps produit naturellement des concentrations élevées de testostérone) à prendre des traitements pour « normaliser » leurs taux hormonaux.

On parle ici, officiellement, de « femmes DSD » (différences de développement sexuel), qui présentent un taux de testostérone supérieur à 5 nmol/L. Des femmes qui ne sont pas « malades ». Et on  sait que ces athlètes sont surreprésentées dans les épreuves mêlant force et endurance (du 400 m au mile). « Avantage inique, disent les unes – Don naturel, répondent les autres » résume l’AFP.

Dans sa décision de 160 pages, le TAS ne juge pas le règlement « invalide » comme le demandait la double championne olympique. Pour autant il émet notamment  de « sérieuses préoccupations au sujet de sa future application pratique »Il a demandé à Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) d’amender son règlement.

Trois points posent particulièrement problème aux experts : la difficulté d’appliquer un principe de responsabilité objective en fixant un seuil de taux de testostérone à respecter ; la difficulté de prouver un véritable avantage athlétique chez les athlètes hyperandrogènes sur les distances du 1 500 m et du mile ; les éventuels effets secondaires du traitement hormonal. Comment, en d’autres termes, fixer des frontières face à la variété biologique présente dans l’espèce humaine ?

« C’est du délire »

« La corrélation directe entre le taux de testostérone et les performances est une conception des années 1980. Ce sont des idées préconçues parce que cette ligne ne regarde la performance que par le prisme de la testostérone, expliquait au Monde (Anthony Hernandez) il y a un an,  Pierre-Jean Vazel, entraîneur d’athlétisme. Aujourd’hui, on sait que ce n’est pas juste. Les performances dépendent de plusieurs facteurs qui se combinent comme le taux, le caryotype XX ou XY, les différents gènes mais aussi les récepteurs androgènes… D’ailleurs, parmi les femmes « DSD », certaines présentent un syndrome d’insensibilité complète ou partielle, leurs récepteurs ne reconnaissent pas ou peu la testostérone qui circule dans leur corps dans des proportions impossibles à quantifier. Or, ces dernières sont mises dans le même sac que les autres. Cela illustre l’absurdité de tout ça. »

L’absurdité et le danger. «  L’IAAF est incapable de préserver le secret médical, ajoutait Pierre-Jean Vazel. En 2009, lors des Mondiaux de Berlin, ils avaient livré en pâture une jeune fille de 17 ans. Tout le monde pérorait sur les organes sexuels, sur le taux de testostérone et sur le corps de Caster Semenya. Cette catégorie ‘’DSD’’ ouvre la même boîte de Pandore. On n’a pas à savoir qui a un micropénis, des testicules pas descendus ou tel caryotype… C’est du délire. Cela ne regarde que ces athlètes et le CIO envisage de les faire concourir dans une catégorie troisième genre. Et ça va à l’encontre des statuts de l’IAAF censée protéger la santé des athlètes. »

A quel titre, de quel droit, pourrait-on imposer à Caster Semenya et à ses semblables de prendre des « traitements » pour réduire leurs taux sanguins de testostérone ?

A demain

@jynau