Emmanuel Macron relance la polémique sur le caractère cancérigène ou pas d’un insecticide

Bonjour

Et à nouveau une « petite phrase » qui vienne dynamiter l’ensemble de la prestation médiatique. L’affaire est racontée dans le détail par Le Monde (Faustine Vincent). C’était sous les ors de l’Elysée, vendredi 1er février. Emmanuel Macron y avait réuni des élus d’outre-mer dans le cadre de son Grand Débat National. Sujet obligé de la discussion, médical et politique, le chlordécone, un insecticide organochloréécotoxique et persistant, un perturbateur endocrinien dont la dangerosité n’est plus à prouver. Il fut logtemps utilisé comme substitut au lindane contre le charançon du bananier (Cosmopolites sordidus) dans le monde Atlantique francophone (de 1972 à 1993 dans les Antilles françaises). Face à la centaine d’élus ultramarins, le président, en bras de chemise et micro à la main, a déclaré :

 « Il ne faut pas dire que c’est cancérigène. Il est établi que ce produit n’est pas bon, il y a des prévalences qui ont été reconnues scientifiquement, mais il ne faut pas aller jusqu’à dire que c’est cancérigène parce qu’on dit quelque chose qui n’est pas vrai et qu’on alimente les peurs. »

Alimenter les peurs ? Polémique immédiate. D’abord, nous dit Le Monde, avec plusieurs des élus présents confrontés à un « empoisonnement collectif » ; ensuite avec des spécialistes du sujet.  « Des scientifiques, auteurs d’une étude citée lors de l’échange avec le président, sont sortis de leur réserve afin de rappeler des faits dûment vérifiables’’, rapporte le quotidien. Dans un courageux communiqué, publié le 2 février le professeur Pascal Blanchet, urologue, et le Dr Luc Multigner, directeur de recherche  à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), énumèrent les travaux et classifications scientifiques prouvant la dangerosité du chlordécone. Ils rappellent que leur propre étude, menée en 2010, a démontré que « l’exposition au chlordécone est associée à une augmentation de risque de survenue du cancer de la prostate ».

Leurs conclusions ont été publiées en 2010 dans le Journal of Clinical Oncology : « Chlordecone Exposure and Risk of Prostate Cancer ». « Le président affirme des choses inexactes et minimise le problème », se désole auprès du Monde le Dr Luc Multigner, qui précise « condamner tout autant les discours alarmistes » sur la dangerosité de l’insecticide.

Il faut aussi tenir compte des conclusions, publiés en octobre 2018, par Santé publique France :

« Le principal message est que les taux d’incidence du cancer de la prostate en Guadeloupe et en Martinique se situent parmi les plus élevés au monde.  Un résultat à rapprocher de la situation d’autres îles de la Caraïbe et de la population américaine et britannique d’origine africaine. Cependant, l’analyse spatiale de la distribution des cas de cancer de la prostate en Martinique ne montre pas d’excès dans les zones contaminées par la chlordécone.  Le rôle d’autres facteurs de risque expliquant ce taux élevé de cancer de la prostate reste à étudier. »

Et maintenant ? Contacté, l’Elysée a tenté, le 4 février, d’éteindre la polémique – récusant tout « retour en arrière » et en plaidant un « malentendu » :

 « Le président n’a jamais dit que le chlordécone n’était pas cancérigène. Quand il dit : “Il ne faut pas dire que c’est cancérigène”, c’est une façon de dire : “On ne peut pas se contenter de dire que c’est cancérigène, il faut aussi agir.”  La pensée du président est limpide et n’a pas bougé sur ce sujet. [Emmanuel Macron] n’est pas un scientifique mais un responsable politique. ce n’est donc pas à lui de dire si le chlordécone est cancérigène ou pas. La polémique est mal venue car c’est un sujet sur lequel nous avons fait preuve de transparence et de notre volonté d’agir.»

Où l’on retrouve les brouillards de la corrélation et de la causalité. Et les limites de l’ « en même temps » macronien face à la complexité de certains sujets.  Emmanuel Macron avait dénoncé en septembre dernier qu’il y avait là un « scandale environnemental » dans lequel l’Etat avait « sa part de responsabilité ». Il faut selon lui permettre la la reconnaissance de la « maladie professionnelle » pour les travailleurs agricoles, qui ont été les plus exposés au pesticide. Pour autant rien de simple. « A chaque fois que le lien peut être prouvé entre le chlordécone et une maladie, on indemnisera », assure-t-on au Palais de l’Elysée – où l’on insiste : « les études scientifiques n’ont pas établi de lien direct » entre l’insecticide et les affections cancéreuses.

A demain

@jynau

 

Dépression : pourquoi payer 300 euros pour espérer une rémission ? Voici les explications

Bonjour

Nous rapportions il y a quelques jours  la peu banale publicité faite pour un dépistage génétique (non remboursé par l’assurance maladie) qui permettrait d’optimiser les effets de certains médicaments antidépresseurs déjà sur le marché. Une proposition signée Eurofins Biomnis, « expert de la biologie médicale au service de la médecine personnalisée ».

La firme expliquait pourquoi certaines personnes souffrant de dépression répondaient mieux que d’autres aux antidépresseurs les plus courants.  « En cause, le gène ABCB1, codant pour la glycoprotéine-P (P-gp), localisée au sein de la barrière hémato-encéphalique, pouvant limiter ou favoriser le passage de ces antidépresseurs dans le cerveau, nous expliquait-on. Trois patients sur quatre possèdent le variant limitant leur passage et donc leur efficacité. Eurofins Biomnis, propose depuis fin 2018, un test génétique, à l’aide d’une simple prise de sang, permettant de spécifier chez chaque patient l’expression du gène ABCB1. Détenir une telle information permet ainsi aux psychiatres de prescrire le bon traitement, à la bonne dose et au bon patient et ainsi, augmenter les chances de rémission. »

Pourquoi ce test « simple, rapide, disponible partout en France sur prescription d’un psychiatre » est-il facturé pour 300€ non remboursables ? Nous avons posé la question à Eurofins Biomnis 1. Voici ses réponses :

« Pour l’instant, le test n’est pas inscrit à la nomenclature des actes de biologie médicale et ne peut pas donc être pris en charge à ce jour par la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM). De manière générale, pour qu’un test soit inscrit sur cette liste et donc remboursé, il y a plusieurs étapes officielles préalables :

A l’issue de l’étude de différentes études cliniques, publications, avis des sociétés savantes, il y a une soumission à l’HAS (Haute Autorité de Santé). Puis la HAS va étudier l’intérêt médical de ce test, les impacts médico-économiques, et en fonction émettre un avis favorable. Des réunions CHAB (Commission de hiérarchisation des actes de biologie) sont ensuite organisées avec la CNAM pour décider du prix, de la  technique dédiée, les conditions/indications pour le remboursement. Enfin publication dans le Journal Officiel avec un résumé de tout ce qui a été décidé et précision quant à la date de l’application (en général un mois après la parution au JO) »

La firme ajoute que ce  processus prend plusieurs années voire parfois une dizaine d’années ou plus. Elle précise  d’autre part qu’il existe,depuis 2015, une procédure officielle en biologie pour l’innovation avec la parution d’une liste complémentaire et d’une liste RIHN (référentiel des actes innovants) qui permet d’identifier et de collecter les différentes données sur un test avant soumission à la HAS – et décision ou non d’une prise en charge par la collectivité. De manière plus rare, un passage à la nomenclature peut se faire beaucoup plus rapidement notamment dans le cas d’épidémies (dernier test en date avec le virus Zika).

Qu’en est-il du « test ABCB1 » ? Réponse :

« Ce test étant innovant (et n’étant donc pas encore inscrit à la NABM) nous le proposons en amont sur une période de non remboursement. C’est en effet la pratique générale des laboratoires de biologie médicale: nous proposons régulièrement dans le cadre de l’innovation, d’une recherche de gain de chances pour le patient et d’aide de moyens pour le médecin, des tests d’intérêt encore non inscrits à cette liste de remboursement.

« Ce fut notamment le cas pour le DPNI [diagnostic pré-natal non invasif] de la trisomie 21 (lancement Biomnis en 2014 avec remboursement fin 2018) mais également, liste non exhaustive, pour le rhésus D fœtal (suivi de la femme enceinte que nous proposions depuis quinze ans avec un passage au remboursement en juillet 2017), le dépistage de la tuberculose latente….. A noter que ce sujet est similaire en oncologie puisque nous proposons depuis 2015 un test de dépistage de risque de toxicité au traitement par chimiothérapies aux fluoropyrimidines (5-FU). »

Où l’on comprend que – sauf à se satisfaire des inégalités économiques face à la souffrance – les rouages entre l’évaluation et la prise en charge par l’Assurance Maladie mériteraient, parfois, d’être sérieusement huilés.

A demain

@jynau

1 Eurofins Biomnis se présente ainsi : « Leader européen dans le secteur de la biologie médicale spécialisée, EurofinsBiomnis effectue plus de 32 000 analyses par jour sur un panel de plus de 2 500 examens, y compris les actes spécialisés pour lesquels il dispose de tous les agréments nécessaires. Fondé en 1897 par Marcel Mérieux, Eurofins Biomnisdemeure l’acteur de référence en biologie spécialisée en France grâce à une innovation et un investissement technologique permanents, notamment dans les domaines de la biologie de la femme, de l’oncologie et de la médecine personnalisée, ainsi que de la génétique chromosomique et moléculaire. Plateforme européenne de la division Clinical Diagnostics du Groupe Eurofins, EurofinsBiomnis poursuit aujourd’hui son développement international. www.eurofins-biomnis.com

 

 

«PMA pour toutes» : effacement de la frontière de la reproduction sexuée chez les mammifères

Bonjour

Sans être véritablement une première scientifique c’est bien, a priori, un événement que l’on peut qualifier d’historique. Une équipe de biologistes dirigés par Zhi-Kun Li, membre de l’Académie chinoise des  sciences vient d’annoncer être parvenu à faire naître des souriceaux de deux souris femelles à partir de cellules souches embryonnaires associées à « une édition ciblée du génome ». Devenues adultes, les souris ont pu à leur tour donner naissance à des souriceaux en bonne santé. Tout, ou presque, est expliqué dans la revue Cell Stem Cell :  « Generation of Bimaternal and Bipaternal Mice from Hypomethylated Haploid ESCs with Imprinting Region Deletions »

Officiellement les chercheurs chinois cherchaient à expliquer « pourquoi, à la différence des reptiles, des amphibiens et de certains poissons, qui peuvent recourir à la parthénogenèse, les mammifères passent-ils obligatoirement par la reproduction sexuée ». La vérité est sans doute un peu plus compliquée, la Chine investissant largement aujourd’hui dans des travaux  (et des applications) situés au-delà des frontières définies, depuis plus d’un demi-siècle, par la bioéthique occidentale.

En 2028 ou 2038

Utilisation de cellules souches embryonnaires de souris femelles dotées d’un seul jeu de chromosome; modifications génétiques des régions identifiées comme participant à l’ « empreinte parentale » ; introduction de ces « succédanés de spermatozoïdes »  dans des ovocytes d’autre souris femelles…

Obtention d’embryons transférés dans les utérus d’autres souris où ils se sont développés jusqu’au terme. Sur 210 embryons, 29 souris sont nées viables et se sont reproduites de manière naturelle – donnant naissance à des souriceaux en bonne santé.

Une seconde expérience a été menée à partir de deux souris mâles : douze souriceaux sont nés de cette manipulation – mais ils sont tous morts 48 heures après leur naissance. Où l’on voit que les faits et la Nature peuvent parfois être têtus.

User de cette technique dans cette autre catégorie de mammifères qu’est l’espèce humaine ? Donner corps, chair et âme à la reproduction définitivement déba²rrassée de la sexualité ? « Il est peu plausible que ce genre de technologie puisse être appliqué à l’homme dans un avenir proche, estime Dusko Ilic (King’s College de Londres) qui n’a pas participé aux travaux. Le risque d’anomalies sévères est trop élevé et cela prendrait des années de recherche, sur différents types d’animaux, pour arriver à comprendre comment cette méthode pourrait être appliquée en toute sécurité ».

 Pour sa part, et sans se prononcer sur la dimension éthique de l’affaire, Axel Kahn, généticien et philosophe français, vient d’estimer, sur France Inter, à « dix ou vingt ans » le délai nécessaire avant de disposer, chez la femme, du savoir-faire.

A demain

Assistance médicale à la procréation : depuis près de 30 ans ils ne se parlent plus. Leurs noms ?

 

Bonjour

Même les Etats Généraux de la Bioéthique ne les réuniront pas. On peut, au choix, voir là une fâcherie enkystée, un conflit d’ego qui a définitivement mal tourné, une vieille opposition politique radicalisée. C’est aussi, pour les plus optimistes, un symptôme éclairant témoignant à sa maière de deux visions de la bioéthique.

L’un est médecin, l’autre pas. Les deux le font savoir régulièrement, dans les médias, depuis près de quarante ans. Le premier a 74 ans et milita un temps au sein de l’Union des étudiants communistes (UEC).Le  second a quatre de plus, a connu Jean Rostand et se pose en ennemi absolu du libéralisme économique. Les deux tirent, pour l’essentiel, leur aura médiatique, après la naissance d’ « Amandine-premier-bébé-éprouvette-français-né-en-1982 », de leurs engagements publics respectifs. Les deux ont tôt compris l’importance d’avoir un accès facilité dans les médias généralistes.

On aura reconnu, à notre droite, René Frydman et, sur l’autre rive, Jacques Testart. Ce dernier a, une nouvelle fois, la parole dans les colonnes du Monde. Pour un entretien-autobiographie militant (Catherine Vincent). L’actualité, s’il en fallait une, est toute trouvée : les Etats généraux de la bioéthique et son dernier ouvrage en date 1 dans lequel il dénonce « les promesses suicidaires des transhumanistes ».

Confidences d’un trappeur

Où l’on retrouve son histoire, ses souvenirs de « trappeur de banlieue » quand, déjà, il « adorait capturer les animaux vivants. C’était dans une zone qui ne s’appelait pas encore le « 9-3 », avec des vaches, des hannetons, des mésanges et des mulots. Et, à 12 ans, l’athée Jean Rostand.

On retrouve le jeune homme en pension dans le Var, à l’Ecole pratique d’agriculture de Hyères ; avec bientôt, un diplôme de jardinier-horticulteur-arboriculteur-apiculteur. 1958. La guerre. L’Ecole supérieure d’agriculture d’Alger. Confidence :

« Dans un pays en guerre, on ne parle pas -politique : on relate les faits divers, les horreurs qui arrivent aux uns et aux autres. Plus de la moitié de ma promotion était constituée de Français d’Algérie. J’entendais donc surtout le son de cloche des pieds-noirs, mais je tombais parfois sur des tracts du FLN et je ne savais pas trop quoi penser… Et puis, au bout d’un an, j’ai rencontré Danièle, une juive pied-noir qui est devenue ma femme. Ses parents étaient commerçants à Alger, ils sont partis comme tout le monde en  1962 et je suis rentré avec eux. Je me suis marié avec Danièle – la première de mes trois épouses. Nous nous sommes inscrits au PCF, que j’ai quitté après Mai  68 pour adhérer à la Ligue communiste. »

Puis la rencontre avec l’extraordinaire Charles Thibault, de l’Institut national de la recherche agronomique ; puis celle avec le non moins remarquable Emile Papiernik de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. La suite est connue qui, dans la foulée de Louis Brown (1978) le verra passer de la physiologie de la reproduction bovine à l’humaine. Et, déjà, les premières tensions avec René Frydman :

« Il essayait de s’approprier le laboratoire comme si j’étais son technicien, ce que je ne supportais pas du tout. Et puis, il y a eu la grossesse d’Amandine. Et l’accouchement, je ne l’ai pas vécu. Je l’ai appris à 3 heures du matin par un coup de fil de Frydman, qui m’annonce que le bébé [Amandine] est sorti, que ça s’est très bien passé et qu’on a une conférence de presse à midi ! ».

Viré de l’hôpital Béclère

Nous souvenons de l’ambiance triomphaliste bon enfant. Qui, alors, percevait les tensions au sein du jeune duo réuni par Papiernik ? Reste, aujourd’hui, une mémoire vive :

« Le battage médiatique qui a suivi la naissance d’Amandine nous a transformés – abusivement – en -héros. On en rigolait ensemble, on allait dans des congrès à l’autre bout du monde… C’était assez confortable, bien sûr. Mais en même temps, je trouvais que ce n’était pas mérité. Entre Frydman et moi, les choses ont continué de se dégrader. Nous avions monté un vrai laboratoire hospitalier, avec du bon matériel, mais nous étions de moins en moins souvent d’accord. Frydman voulait qu’on congèle les ovules, moi j’étais contre car, à l’époque, cela créait des anomalies chromosomiques… Nous avions beaucoup d’autres sources de conflits. Jusqu’à ce que j’apprenne, en  1990, que j’étais viré de l’hôpital Béclère.

« Où en sont, aujourd’hui, vos relations avec René Frydman ? » lui demande Le Monde.  « On ne s’est pas reparlé depuis 1990 » 2.

On lira la suite qui témoigne pleinement de la prescience de Testart quant aux dérives potentielles à venir, avec l’émergence du diagnostic pré-implantatoire et celle de l’ICSI. Prophétie et militantisme pluriel contre les menaces d’un nouvel eugénisme, démocratique.

Aujourd’hui un nouveau livre et, toujours, un besoin d’espérance qui fait que cet athé est parfois courtisé par des catholiques.  Et toujours, chez Testart, ce sens de la formule :

«  Le transhumanisme, c’est le nouveau nom de l’eugénisme. C’est l’amélioration de l’espèce par d’autres moyens que la génétique. C’est la perspective de fabriquer des humains plus intelligents qui vont vivre trois siècles, quand les autres deviendront des sous-hommes. Et cette perspective, qui créera une humanité à deux vitesses, est en passe d’être acceptée par la société. »

A demain

1 Testart J. Rousseaux A. « Au péril de l’humain » Editions du Seuil

2 On retrouve toutefois leur deux noms parmi les signataires de la tribune « GPA : ‘’Non au marché de la personne humaine’’ » publiée dans Le Monde du 19 janvier dernier

L’étrange obscurité de l’Institut Pasteur vis-à-vis de ses généreux donateurs

Bonjour

Tancer en usant d’un  langage châtié. Cela donne un communiqué de presse et un rapport qui passe au crible  les exercices financiers de 2013 à 2016. Ou quand l’antique maison de la rue Cambon fait de sérieuses remontrances à l’intouchable institution de la rue du Docteur-Roux. Rive droite contre rive gauche, le passé français concentré.

Que nous disent les manteaux d’hermine de la Cour des Comptes ? Que l’Institut Pasteur est une fondation reconnue d’utilité publique depuis sa création (1887), que ses missions sociales, « au sens de la générosité publique », ne sont pas « formellement définies » et que les ressources collectées sont passées de 58,4 M€  en 2013 à 62 M€ en 2016. A comparer aux 57 M€ de subventions directes versées en 2016 par la puissance publique.

On apprend encore que l’Institut Pasteur élabore et diffuse auprès des donateurs un « compte d’emploi des ressources issues de la générosité publique » (CER) et que les règles propres de ce compte se heurtent à une règle statutaire de l’Institut Pasteur, « selon  laquelle les dons et legs sont répartis en recettes d’exploitation et en recettes exceptionnelles de  part et d’autre d’un seuil de 300 000 €, seuil qui ne correspond plus à la réalité de la collecte  réalisée par l’Institut ».

Information claire, explicite et compréhensible

« Par ailleurs, ajoute la Cour, l’Institut Pasteur a adopté une interprétation contestable du règlement comptable n° 2008-12 du 7 mai 2008 afférent à l’établissement du compte d’emploi annuel des ressources des associations et fondations concernant la répartition des coûts entre missions sociales et frais de fonctionnement : une part trop importante des charges, en particulier les charges générales et les coûts des directions générales, est ventilée sur l’ensemble des entités, y compris les laboratoires, et vient donc artificiellement abonder les dépenses des missions sociales. » Tricherie ? Le mot n’est pas prononcé.

Plus grave peut-être : le calcul du ratio de collecte, indicateur suivi par les donateurs et qui doit traduire l’efficacité de la collecte, doit être revu – il inclut actuellement une partie des produits financiers part attribuée à la générosité publique) alors qu’il devrait se limiter aux ressources nouvelles collectées sur l’exercice. Et pour finir il manque encore, à l’attention des donateurs « une information claire, explicite et compréhensible sur l’utilisation des ressources issues de la générosité publique ».

Au chapitre des « recommandations » la Cour demande notamment à Pasteur de faire preuve, enfin, de transparence, d’améliorer la sincérité des prévisions budgétaires, de respecter le cadre budgétaire, de créer un « comité de déontologie indépendant chargé de traiter les situations de potentiels conflits d’intérêts », de revoir la répartition des coûts entre missions sociales et frais de fonctionnement dans le compte d’emploi des ressources et d’améliorer la transparence et la lisibilité des documents d’information destinés aux donateurs.

A la tête de Pasteur, depuis quelques jours, le Pr Stewart Cole nommé directeur général pour un mandat de quatre ans. Le Pr Cole est spécialiste de pathogenèse microbienne et un nouvel air vivifiant souffle, dit-on, rue du Docteur Roux. Il n’est pas interdit d’espérer que la vieille maison se souvienne qu’elle n’existerait pas sans la générosité publique. Pas interdit d’espérer qu’elle ouvre totalement, enfin, tous ses volets.

A demain

 

 

Variole : faut-il l’ajouter aux onze vaccins que le gouvernement entend rendre obligatoires ?

Bonjour

La génétique et la santé publique ont parfois des allures de serpent de mer. A commencer par celui du virus de la variole. Officiellement disparu (ou presque) de la surface de la Terre depuis 1980 il réapparaît à échéance régulière : des équipes scientifiques annoncent dans des conclaves avoir l’intention de le « reconstruire » ; ou y être (presque) parvenu. Emotions dans la communauté et interrogations éthiques sur ce que les biologistes sont en droit de réaliser dans leurs cornues généticiennes.

L’affaire rebondit aujourd’hui avec une savante indiscrétion de la revue Science (Kai Kupferschmidt) :  « How Canadian researchers reconstituted an extinct poxvirus for $100,000 using mail-order DNA ». Où l’on apprend qu’un groupe dirigé par le virologiste David Evans (Université de l’Alberta, Edmonton, Canada) est parvenu à synthétiser un virus cousin germain de celui de la variole – et ce à partir d’éléments génétiques commandés à distance et livrés par la poste – pour un coût global de 100 000 dollars.  

« Aucun doute : si c’est possible pour le horsepox, c’est possible pour la variole », explique à Science Gerd Sutter (Université Ludwig-Maximilians, Munich). Avec toutes les conséquences que l’on imagine : l’ensemble de la population mondiale à vacciner pour la protéger contre cette menace sanitaire hautement contagieuse éradiquée depuis près d’un demi-siècle.

Orwell et le terrorisme biologique

La simplicité du processus mis en œuvre par les chercheurs canadiens et, plus généralement, la banalisation des techniques hier sophistiquées de génie génétique font que le spectre d’une utilisation terroriste à visée criminelle ne peut nullement être exclue. A l’inverse les optimistes parient ici sur une maîtrise grandissante de techniques qui ouvriront la voie à de nouveaux vaccins.

Interrogé par The Washington Post, Tom Frieden, ancien patron des Centers for Disease Control and Prevention américain estime que cette recherche pourrait mettre un terme au vieux débat sur le devenir des derniers échantillons du virus variolique, pieusement conservés dans des centres de recherche à Atlanta et Novossibirsk. « Nous vivons dans un meilleur des mondes où il existe une capacité à recréer des organismes qui ont existé dans le passé ou à créer des organismes qui n’ont jamais existé » explique-t-il. Brave new world… George Orwell et Aldous Huxley n’ont jamais été à ce point d’actualité.

A demain

 

Une maladie infectieuse mortelle d’origine inconnue est apparue à Monrovia (Libéria)

 

Bonjour

Les quelques informations disponibles font songer à l’attaque d’un thriller. A l’image du rocambolesque et militant « Résistants » de Thierry Crouzet.

Ainsi The New York Times : « Mystery Deaths in Liberia Linked to Funeral- WHO ». Pour l’heure l’Agence France Presse rapporte les principaux éléments disponibles. Une nouvelle maladie contagieuse vient d’apparaître dans le sud-est du Libéria et dans sa capitale, Monrovia. Principaux symptômes : fièvres et vomissements. Douze personnes sont mortes en moins de dix jours, selon le ministère libérien de la Santé. Des informations confirmées, depuis Genève, par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les premiers cas ont été enregistrés dans la province de Sinoe, dans le sud-est du Liberia.

Des analyses sont en cours pour porter un diagnostic mais d’ores et déjà les résultats sont négatifs pour les fièvre Ebola et de Lassa. «  Le bilan global est maintenant de vingt-et-une personnes tombées malades, dont douze sont décédées depuis le dimanche 23 avril » a déclaré Tarik Jasarevic porte-parole de l’OMS. À Monrovia, Sorbor George, le porte-parole du ministère libérien de la Santé a également parlé de douze décès parmi les malades enregistrés depuis que les symptômes se sont déclarés à Greenville, chef-lieu de la province de Sinoe.

Ni Lassa ni Ebola

Il a également affirmé que la maladie avait atteint Monrovia. « Un homme est venu de Sinoe pour assister à des funérailles à Monrovia et il est tombé malade. Il a montré les mêmes symptômes que les cas enregistrés dans le comté de Sinoe, et plus tard, il est mort, sa petite amie est aussi décédée suivant le même schéma » a-t-il expliqué. L’enquête épidémiologique se poursuit.

« Tous les échantillons testés ont été négatifs aux fièvres Ebola et de Lassa et des prélèvements ont été envoyés aux Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) à Atlanta pour des analyses toxicologiques » précise l’OMS. Des enquêteurs sanitaires ont été déployés pour déterminer un lien potentiel avec les malades dont certains ont assisté récemment aux funérailles d’un chef religieux.

On se souvient que le Liberia a fait partie (avec la Guinée et la Sierra Leone) des trois pays sévèrement affectés (28 600 cas et 11 300 morts) par une épidémie de fièvre Ebola entre 2013 et 2016.

A demain