Cancer : donner un peu moins de 500 euros pour le dépister ? Un étrange communiqué de l’AP-HP

Bonjour

Où l’on reparle d’une affaire jamais résolue : celle de la « méthode de filtrage du sang qui permet un dépistage précoce du cancer » ; une méthode mise au point Patrizia Paterlini-Bréchot professeure de biologie cellulaire et moléculaire et d’oncologie à l’université Paris Descartes ; directrice d’une équipe de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) et « conseillère scientifique d’une entreprise qu’elle a fondée ».

Nous avons, sur ce blog, consacré plusieurs textes à cette affaire à bien des égards troublante. On la voit aujourd’hui réapparaître sous la forme, peu banale, d’un « communiqué de presse » sur le site de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris : « Détection du cancer : Le Professeur Patrizia Paterlini-Bréchot nommée finaliste du Prix de l’inventeur Européen 2019 pour ses travaux ». Où l’on retrouve, sous une forme bien étrange, aux frontières du discours publicitaire, le discours tenu depuis des années :

« L’invention de Patrizia Paterlini-Bréchot permet aux médecins de détecter les cellules cancéreuses dans un échantillon de sang bien avant qu’une tumeur ne puisse être détectée grâce aux méthodes classiques d’imagerie médicale. Une détection qui intervient avant même que le patient ne développe des métastases, un stade de propagation où 90 % des patients perdent leur combat contre la maladie (…)

On estime à 18,1 millions le nombre de cancers diagnostiqués dans le monde en 2018 et à 9,6 millions le nombre de personnes ayant succombé à la maladie l’an dernier. Certains cancers sont particulièrement difficiles à diagnostiquer : le cancer du poumon, par exemple, n’est détecté à un stade précoce que dans 15 % des cas. Trouver une méthode efficace et non contraignante pour diagnostiquer les cancers le plus tôt possible permettrait de sauver des millions de vies chaque année. Cela a été l’objectif de toute la carrière de la chercheuse italienne (…) C’est en 2000 que l’inventrice a partagé les résultats de son nouveau procédé – nommé ISET® (Isolation by Size of Tumour cells) – dans des revues scientifiques, avant de déposer une demande pour le premier d’une longue série de brevets européens. »

Et encore ceci, toujours sur le site de l’AP-HP :

« La méthode de Patrizia Paterlini-Bréchot consiste à prélever, diluer puis déposer le sang dans une petite fiole en plastique contenant un filtre en polycarbonate ultrafin, qui va fonctionner comme un filtre à café. La fiole est ensuite déposée dans une sorte de centrifugeuse qui va générer une légère aspiration permettant au sang de passer à travers le filtre.

« Tandis que les cellules les plus petites vont passer à travers les pores du filtre, les cellules tumorales, s’il y en a, vont être retenues parce qu’elles sont plus grosses. Une manipulation qui peut être réalisée en seulement 15 minutes environ. Elle est si précise qu’elle peut détecter une seule CTC dans un échantillon de 10 millilitres de sang, soit parmi près de 50 milliards de cellules sanguines. Les oncologues peuvent ensuite étudier au microscope les cellules capturées par le filtre afin de déterminer s’il s’agit bien de cellules cancéreuses et ainsi effectuer d’autres analyses en conséquence. Les patients peuvent alors passer d’autres examens pour déterminer la teneur et la durée du traitement à recevoir, et cela bien avant l’apparition des métastases. »

Pour diffuser son invention, Patrizia Paterlini-Bréchot a fondé Rarecells Diagnostics en 2009. L’entreprise est une spin-off de l’université Paris-Descartes, de l’INSERM et de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris et détient la licence exclusive des brevets du test ISET, qu’elle distribue et élabore. Le contrat de licence stipule que les redevances doivent revenir aux institutions publiques qui détiennent les brevets.

« Le marché mondial du dépistage des CTC était estimé à 8,2 milliards d’euros en 2017 et devrait atteindre 24,9 milliards en 2023. Patrizia Paterlini-Bréchot est une véritable pionnière sur ce marché, ajoute encore  l’AP-HP.  Son test ISET® est disponible en France depuis février 2017 pour un coût qui avoisine les 500 euros, pour l’instant pas encore couvert par l’assurance maladie (sic). » Où l’on retrouve l’impasse que nous évoquions il y a deux ans lorsque la Pr Patrizia Paterlini-Bréchot venait de publier « Tuer le cancer » (éditions Stock).

Efficace le test ISET® ? Comment savoir ? 1 Disponible partout en France ? Il y a deux ans il n’était pratiqué que sur un seul site : le Laboratoire Probio (9, rue Stanislas – 75006). Le prélèvement de sang n’yétait effectué que sur rendez-vous les mardis et jeudis entre 9h00 et 11h00. Aujourd’hui ce prélèvement n’est plus effectué que les jeudis. Le prix n’a pas changé. Seule étrange nouveauté : le « communiqué de presse » de l’AP-HP.

A demain

@jynau

1 En janvier 2017 l’Institut National du Cancer nous précisait  que la technique ISET® était soutenue par l’Institut National du Cancer (INCa) était soutenue à hauteur de 1,6 M€ sous la forme de quatre ‘’Appels à projets’’ – et que cette technique était « actuellement en cours d’évaluation ».

 

Pr Dominique Stéhelin (1943-2019). Un brillant pionnier de la recherche des gènes du cancer

Bonjour

La science sait parfois, elle aussi, être une jungle. Carnet du Monde daté du 11 avril 2019. On y apprend la mort, survenue le 5 avril, du Pr Dominique Stéhelin. « Esprit brillant, il appartenait à ces grands chercheurs qui allient une intelligence exceptionnelle à une formidable intuition, résume avec justesse La Voix du Nord. Il avait ainsi apporté une contribution majeure à la découverte des oncogènes, une catégorie de gènes dont l’altération favorise la survenue des cancers. »

Pour l’avoir rencontré à plusieurs reprises dans les années 1980 (pour Le Monde) nous gardons de Dominique Stéhélin le souvenir d’un biologiste hors du commun, brillant, pédagogue, charismatique – le représentant d’une nouvelle génération incarnée quelques années plus tôt par son confrère Philippe Maupas (1939-1981) . Deux hommes promis au Nobel de médecine qui, de manière différente mais également injuste leur échappa.

« Au début des années 1970, les mécanismes du cancer faisaient l’objet de nombreux débats, rappelle l’Inserm dans la biographie qu’il lu avait consacré. Les uns pensaient que les causes de la cancérisation étaient externes aux cellules (théorie virale des cancers), alors que d’autres défendaient une origine cellulaire des dérèglements cancérigènes (théorie génétique). La connaissance des virus et l’avènement de la biologie moléculaire ont permis de clarifier ce débat. Le premier virus identifié pour causer des tumeurs (sarcomes) chez le poulet fut le virus du sarcome de Rous en 1911 par le chercheur américain Peyton Rous.

 « En 1976, Dominique Stéhelin, alors chercheur détaché du CNRS dans le laboratoire de Michael Bishop à San Francisco, démontre par une technique d’hybridation différentielle, la présence d’un fragment d’ADN du virus du sarcome de Rous dans le génome de cellules normales non infectées. Cela démontrait que le gène src du virus avait sa contrepartie dans les cellules normales et sa caractérisation a permis de montrer que le virus était devenu cancérigène, en incorporant et en modifiant ce gène dans son génome. Quinze ans plus tard, en 1989, le prix Nobel de physiologie et médecine a été décerné pour cette découverte de l’origine cellulaire des oncogènes rétroviraux aux co-auteurs du travail, les américains Michael Bishop et Harold Varmus. »

Le Monde du 10 octobre 1989

C’était il y a trente ans. Et nous gardons également en mémoire la profonde injustice que ressentit la communauté scientifique spécialisée en apprenant  l’exclusion du chercheur français d’une récompense qu’il méritait amplement de partager – et ce d’autant que les deux lauréats plaidèrent sa cause. En vain. Rue des Italiens, Le Monde daté du 10 octobre 1989 :

« Le prix Nobel de médecine a été décerné, lundi 9 octobre, à deux chercheurs américains de San-Francisco, J. Michael Bishop et Harold E. Varmus, pour leur découverte de  » l’origine cellulaire des oncogènes rétroviraux « .

« L’attribution de ce prix a immédiatement entraîné la réaction du professeur Dominique Stehelin, spécialiste français des oncogènes, qui a été le premier à travailler sur le sujet à l’époque où il appartenait au laboratoire _ de 1972 à 1975 _ de San-Francisco. « Je suis très déçu, je trouve cela très injuste et très moche », a déclaré le professeur, affirmant qu’il avait, lui seul, découvert les « gènes du cancer » (oncogènes) et que « ses travaux lui appartiennent ». Le professeur Stehelin, qui travaille actuellement à Lille, a ajouté : « Je ne comprends pas pourquoi la communauté scientifique refuse de m’attribuer cette découverte, sans doute parce que je n’ai pas « ramé » et parce que travailler à Lille est jugé moins prestigieux que d’être chercheur à San-Francisco. » »

A son retour des Etats-Unis, Dominique Stéhelin avait mis en place  une équipe de recherche à l’Institut Pasteur de Lille et poursuit la découverte et la caractérisation de nouveaux oncogènes. Il poursuivit son œuvre, montrant aussi que des rétrovirus peuvent contenir deux oncogènes susceptibles de leur conférer des propriétés “transformantes” accrues et/ou de cancériser des cellules. Et plus généralement le rôle essentiel des oncogènes dans tous les processus cellulaires normaux et clarifie leur implication dans le cancer lorsqu’ils sont dérégulés.

Il fut aussi à l’origine de la création en 1996 de l’Institut de biologie de Lille, avec le soutien du CNRS, de la région Nord Pas de Calais et de l’Etat. De très nombreux chercheurs français et étrangers ont été formés dans le laboratoire de Dominique Stéhelin, qui a su les attirer par ses qualités scientifiques, associées à son charisme et son ouverture d’esprit. Plusieurs sont devenus directeurs de laboratoires à l’Inserm, au CNRS, dans des laboratoires internationaux, ou directeurs de département dans l’industrie pharmaceutique.

On pourrait gloser sur la meurtrissure durablement vécue par ce biologiste. On ne gardera que le souvenir d’un homme hors du commun, brillant, pédagogue, charismatique. Son intelligence et son intuition. Son regard et son sourire.

A demain

@jynau

 

Pesticides, ondes, Wi-Fi et cancers pédiatriques : en direct de Sainte-Pazanne (Loire-Atlantique)

Bonjour

Le rationnel peut-il éclairer l’étrange, l’épidémiologie le comprendre ? On se souvient au « signalement d’un particulier » neuf cas de cancers pédiatriques (diagnostiqués avant 17 ans) ont été répertoriés sur les douze cancers signalés sur le secteur de Sainte-Pazanne (communes de Sainte-Pazanne, Saint-Mars de Coutais, Sainte-Hilaire-de-Chaléons et Rouans). Sur ces neuf cancers pédiatriques, six sont des cancers du sang. Pourquoi un tel « cluster » (groupement) ? Après celle des « bébés nés sans bras » l’affaire intrigue, inquiète, fait polémique, met directement en cause Santé publique France et ses experts.

Le 4 avril dernier une réunion publique a été organisée par l’ARS Pays de la Loire et Santé publique France. Près de 800 personnes ont répondu à l’appel du Collectif « Stop aux cancers de nos enfants » et à la Mairie de Sainte-Pazanne :

« Cas de cancers pédiatriques à Ste Pazanne (44) L’ARS Pays de la Loire et Santé publique France mobilisés pour apporter des réponses aux familles ».  Résumé officiel :

« Cet échange avec les familles et leurs proches a permis de répondre à leurs questions et inquiétudes et de leur présenter le projet d’enquête épidémiologique qui sera mise en place dans les plus brefs délais.

Bien que 90% des leucémies infantiles aiguës soient aujourd’hui sans cause connue et que les facteurs de risque liés aux cancers puissent être multiples, l’ARS a saisi Santé publique France pour poursuivre les investigations. L’étude qui sera mise en place par SpF a pour objectif de rechercher d’éventuelles expositions communes. Elle s’appuie sur un protocole standardisé consistant à : vérifier qu’il s’agit bien de cas qui répondent à la même définition clinique ; définir le périmètre géographique et temporel des cas étudiés ; évaluer s’il y a un réel excès de cas de cancers observés dans la zone étudiée par rapport à celui habituellement attendu dans cette même zone ; faire la synthèse de la littérature sur les expositions à risque à rechercher ; mener une enquête auprès de chacune des familles concernées pour documenter les expositions à risque, notamment environnementales. »

Téléphones portables, pesticides, Wi-Fi …

Cette « première étape »  a été menée avec l’ensemble des partenaires au niveau local (CHU de Nantes, registre général des tumeurs de Loire-Atlantique et Vendée) et national (registre national des cancers de l’enfant). Elle  devra permettre « d’identifier des hypothèses afin d’orienter des investigations complémentaires ». Les premières conclusions seront rendues à l’automne 2019 avec « une restitution aux familles concernées dans un premier temps ». Enfin une réunion d’information va être prochainement organisée par l’ARS auprès des professionnels de santé du secteur de Sainte-Pazanne.

Souhaitable, cet échange a-t-il vraiment permis de répondre « aux questions et inquiétudes » des familles et de leurs proches ? On peut raisonnablement en douter au vu de ce qu’en ont rapporté les médias présents.

« Jeudi 4 avril, un millier de personnes – réparties dans trois salles municipales, équipées de moyens de retransmission, de cette ville de 6 500 habitants – se sont retrouvées, durant trois heures, à la réunion publique organisée à la demande du collectif Stop aux cancers de nos enfants,  indique pour sa part Le Monde (Patricia Jolly).  D’abord prévu début mai, ce rendez-vous a été avancé à la demande du collectif (…) Depuis le 1er avril, trois autres jeunes, tombés malades au cours de la même période, se sont fait connaître. Téléphones portables, antennes d’opérateurs téléphoniques, Wi-Fi, lignes à haute tension, utilisation des pesticides, tensions de la vie quotidienne, augmentation de la population de la commune… Dans l’assistance, on a beaucoup supputé sur les causes possibles des cancers diagnostiqués dans la zone. »

En avril 2017, le signalement à l’ARS de six cas de cancers pédiatriques – dont quatre de leucémies aiguës – avait provoqué le déclenchement d’une première enquête. L’agence avait alors listé « quatre pistes » – la pollution des sols aux hydrocarbures, la pollution de l’air au benzène, l’utilisation de pesticides et la présence de radon, un gaz radioactif naturel très présent dans les sols de la région. Mais sans parvenir à dégager de « cause prédominante ».

« Il est possible qu’il n’y ait aucun risque et il est possible qu’il y en ait un, a reconnu le Dr Thierry Le Guen de l’ARS des Pays de la Loire. Aujourd’hui, je ne sais pas répondre à cette question. » « Maintenant que je vous ai écouté, en tant que maman, qu’est-ce que je fais ? », l’a interrogé une femme désireuse de voir appliquer des « principes de précaution » parallèlement à la future étude épidémiologique.  « Il ne faut pas céder à la panique, nous ne sommes pas face à une épidémie », a répondu le Dr Le Guen. En est-il bien certain ?

Tout était dit. Il reste à attendre.

A demain

@jynau

 

Vertus du «bio» : quand l’Académie nationale de médecine fait la leçon aux journalistes 

Bonjour

Parfois, depuis la rue Bonaparte, l’institution lance des missiles. Ainsi : « Rôle de l’alimentation « bio » sur le cancer, l’Académie nationale de médecine alerte sur l’interprétation trop rapide des résultats épidémiologiques ». Où l’on voit la vieille Académie dénoncer à sa manière le traitement journalistique d’une information scientifique et médicale.

Tout avait commencé en octobre par un communiqué  du service de presse de l’INRA : « Moins de cancers chez les consommateurs d’aliments bio ? ». « Prenons le pari : c’est un communiqué de presse qui sera amplement repris, écrivions-nous alors.  Comment pourrait-il en être autrement avec ce pitch : ‘’ Une diminution de 25% du risque de cancer a été observée chez les consommateurs « réguliers » d’aliments bio, par rapport aux personnes qui en consomment moins souvent. C’est ce que révèle une étude épidémiologique 1 menée par une équipe de l’Inra, Inserm, Université Paris 13, CNAM, grâce à l’analyse d’un échantillon de 68 946 participants de la cohorte NutriNet-Santé’’. »

 L’affaire fut aussitôt relayée par les militants de Générations Futures qui remplaça le point d’interrogation initial par un autre, d’exclamation. « Une nouvelle étude INSERM/INRA montre que les consommateurs réguliers de bio ont un risque moindre de 25 % de développer un cancer par rapport aux non-consommateurs de produits bio ! ».

Forêts pavées de biais

Puis reprise par Le Monde (Stéphane Foucart, Pascale Santi) : « L’alimentation bio réduit de 25 % les risques de cancer. Selon une étude menée sur 70 000 personnes, la présence de résidus de pesticides dans l’alimentation conventionnelle explique ce résultat. » Quelques jours plus tard notre collègue Stéphane Foucart revenait sur le sujet dans les colonnes du Monde, sans nullement redouter de s’aventurer dans une forêt pavée de biais, dans les brouillards des chemins mêlés des corrélations et des causalités.

 En écho : « Prudence, prudence, prudence avec ces annonces, écrivait Hervé Maisonneuve sur son blog spécialisé. Je vous suggère d’écouter tranquillement John P. A. Ioannidis (Stanford University School of Medicine) qui explique que la plupart des recherches en nutrition sont biaisées, voire fausses. Il faut des spins dans les communiqués de presse pour faire le buzz… ». 

Aujourd’hui (cinq mois plus tard) l’Académie nationale de médecine donne de la voix : « La presse et les médias ont largement relayé les travaux d’une équipe française reconnue, publiée en octobre 2018 dans une revue internationale, avec la conclusion que la consommation d’une alimentation organique 2  en d’autres termes « bio » réduisait le risque d’incidence de certains cancers. Pour cela les auteurs ont comparé le nombre de cancers observé chez des personnes affirmant consommer une alimentation « bio » et ceux qui n’en consommaient pas. »

Rédacteurs de communiqués de presse

« Cette étude est intéressante et les auteurs ont réalisé un important travail » ajoutent les académiciens diplomates.Avant de dégainer : « Cependant il existe un certain nombre de biais méthodologiques qui ne permettent pas de soutenir les conclusions des auteurs ». Et de rappeler qu’ils avaient déjà exposé 3 la complexité des méthodes épidémiologiques et les critères de qualité qui les sous-tendent dans un rapport publié en 2011. 

« En effet les deux groupes de personnes évaluées diffèrent non seulement par le fait que les uns consomment une alimentation « bio », mais également par d’autres facteurs : le sexe, l’âge de la première grossesse, facteur déterminant pour le risque de cancer du sein, la consommation de fruits et légumes, le niveau socio-économique, l’activité physique… tous facteurs susceptibles d’expliquer à eux seuls une différence.

 « De plus les sujets inclus dans l’étude devaient dire s’ils consommaient une alimentation « bio » de temps en temps, sans précision ni sur la quantité ni sur la durée de cette consommation. Enfin la survenue de cancers n’était appréciée que sur une période de 4,5 ans ce qui est très court pour la genèse d’un cancer par exposition à des produits.

Ainsi même si cette étude met en évidence un « signal » entre alimentation « bio » et la moindre survenue d’un cancer, l’Académie nationale de médecine considère qu’à ce jour, au vu de cette seule étude, le lien de causalité entre alimentation « bio » et cancer ne peut être affirmé et invite à la prudence dans l’interprétation trop rapide de ces résultats. Il reste aux académiciens à remonter l’échelle des causalités –  à s’intéresser à la confection des « communiqués de presse » et à leurs auteurs ; des communiqués élégamment confectionnés ; des communiqués qui, bien souvent – « spins et buzz » – expliquent finalement la manière dont « la presse et les médias » relatent les avancées de la science.

A demain

@jynau

 1 The frequency of organic food consumption is inversely associated with cancer risk: results from the NutriNet-Santé prospective Cohort. JAMA Internal Medicine. 22 octobre 2018 (Julia Baudry, Karen E. Assmann, Mathilde Touvier, Benjamin Allès, Louise Seconda, Paule Latino-Martel, Khaled Ezzedine, Pilar Galan, Serge Hercberg, Denis Lairon & Emmanuelle Kesse-Guyot).

2 « Organic food consumption » = alimentation “bio” : sans utilisation d’engrais synthétiques, pesticides,  modifications génétiques, et médicaments vétérinaires pour les animaux.

3 Rapport ANM 2011 http://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2014/01/RapportEpidemiologieANM_FlahaultSpira_04nov2011.pdf

 

Implants mammaires et anxiété : ils sont retirés du marché mais ne sont pas à explanter

Bonjour

Le scoop était presque parfait. Comme révélé depuis la veille, l‘Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANSM) a décidé, jeudi 4 avril, de retirer du marché des implants mammaires macrotexturés et des implants mammaires à surface recouverte de polyuréthane. Explication officielle :

« Depuis l’apparition en 2011 des premiers cas de lymphomes anaplasiques à grandes cellules associés aux implants mammaires (LAGC-AIM), l’ANSM a mené de nombreuses investigations afin d’étudier le lien entre la survenue de cas de LAGC et la texture des implants mammaires.Au regard de l’ensemble des informations dont elle dispose, dont des avis d’experts indépendants, l’ANSM considère que la texturation de certains implants macrotexturés et implants à surface recouverte de polyuréthane constitue un facteur de risque dans l’apparition de LAGC-AIM.

 « Ainsi, l’ANSM prend la décision, par mesure de précaution, de retirer du marché ces implants afin de réduire l’exposition des femmes au risque de LAGC qui reste un risque rare mais grave.Compte tenu de la rareté de ce risque, l’ANSM ne recommande pas d’explantation préventive pour les femmes porteuses de ces implants. L’ANSM met en place le numéro vert 0.800.71.02.35 pour répondre aux interrogations des patientes. Celles-ci sont également invitées à consulter un professionnel de santé en cas de questions complémentaires. » 

 La plus grande prudence

Depuis 2011, 59 cas de lymphomes anaplasiques à grandes cellules associés aux implants mammaires (LAGC-AIM) ont été déclarés en France. En 2017, le nombre de femmes portant des implants mammaires en France est estimé à 400 000.

Pour autant la même ANSM ne recommande pas d’explantation préventive pour les femmes porteuses de ces implants. Cette agence suit en cela les conclusions de son groupe d’experts (CSST) qui a auditionné les 7 et 8 février 2019 des patientes, des professionnels de santé, des autorités sanitaires européennes et internationales et des fabricants, afin d’émettre un avis sur la place des implants mammaires texturés en chirurgie esthétique et reconstructrice. Extrait de cet avis :

« Dans le contexte de la recommandation faite par l’ANSM d’utiliser préférentiellement des implants lisses et compte tenu des doutes émis par les professionnels de santé, il convient d’interdire le recours à la texture Biocell d’Allergan. La plus grande prudence doit être réservée aux implants mammaires de textures équivalentes et aux implants polyuréthane. Le comité ne recommande toutefois pas d’explantation préventive de ces implants texturés. »

Dès le 5 avril la décision de l’ANSM entrera en vigueur : par mesure de précaution, retirer du marché certains implants macrotexturés de texture équivalente à l’enveloppe Biocell d’Allergan et en polyuréthane afin de réduire l’exposition des femmes au risque de LAGC-AIM qui reste un risque rare mais grave. Pour autant :

« Compte tenu de la rareté du risque de survenue de LAGC-AIM et de l’avis du CSST, l’ANSM ne recommande pas d’explantation préventive des implants macrotexturés et des implants à surface recouverte de polyuréthane. »

Résumons. D’une part on interdit par précaution un implant potentiellement dangereux. De l’autre on ne recommande pas l’explantation de ce même implant chez les milliers de femmes qui en sont porteuses. Une ambivalence largement médiatisée. Le rationnel des experts et des dirigeants de l’ANSM mériterait, ici de faire preuve d’une plus grande pédagogie – ne serait-ce que pour ne pas être poursuivi, ultérieurement, pour non assistance à personne en danger et/ou préjudice caractérisé d’anxiété.

Aucune statistique fiable

Cette observation est d’autant plus justifiée que la décision de l’ANSM vient d’être dénoncée par  Société Française des Chirurgiens Esthétiques Plasticiens (SOFCEP) 1:

« La SOFCEP rappelle qu’à ce jour aucune statistique fiable ne peut être exploitée de manière scientifique prouvant la sur – représentation des autres textures dans la survenue de cette pathologie très rare soit un cas pour plus de 20 000 patientes, comparé par exemple au risque de cancer du sein de 1/9. Cette annonce est inutilement anxiogène pour les 85% de patientes porteuses d’implants texturés.

« Nous tenons à les rassurer, à ce jour, aucune explantation n’est justifiée et une simple surveillance par son chirurgien suffit. Depuis 2011, les plasticiens, informés de cette nouvelle pathologie, ont tous été formés à la diagnostiquer et à s’appuyer sur le réseau lymphopath pour la confirmer. Pris dans sa phase initiale, le simple retrait de l’implant et sa capsule permet de traiter la pathologie.

« A tort, l’ANSM considère, avec cette décision, protéger les patientes contre la pathologie rarissime que représente le LAGC-AIM. Elle prive cependant ces mêmes patientes de prothèses qui ont permis ces dernières années une avancée significative en chirurgie mammaire (…) Cette décision hâtive basée sur des statistiques non significatives représente une perte de chance pour les patientes. La SOFCEP estime que cette décision n’est pas une réponse de sécurité sanitaire adaptée aux problèmes posés par le LAGC-AIM. »

A demain

@jynau

1 La Société Française des Chirurgiens Esthétiques Plasticiens se présente comme une société savante créée il y a 31 ans, qui regroupe exclusivement des chirurgiens plasticiens français, diplômés en Chirurgie Plastique, Reconstructrice et Esthétique, et dont l’activité principale est la chirurgie esthétique. Ses 300 membres représentent aujourd’hui un groupe de praticiens très présents au sein de la société internationale des chirurgiens esthétiques plasticiens (ISAPS) les situant au 3ème rang derrière les Etats-Unis et le Brésil.

«Scoop sur les implants mammaires siliconés». L’Agence du médicament a été doublée

Bonjour

« La décision est historique. D’après les informations du Monde (Emeline Cazi et Stéphane Horel) et du Consortium international des journalistes d’investigation, l’Agence nationale française de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) doit annoncer, jeudi 4 avril, l’interdiction des implants mammaires macrotexturés en silicone et des implants en polyuréthane.»

De fait les journalistes sont invités, demain 4 avril, par le Dr Dominique Martin, Directeur général de l’ANSM, et le Dr Christelle Ratignier-Carbonneil, Directrice générale adjointe de l’ANSM pour partager un « petit déjeuner presse ». Thème abordé :  « Implants mammaires et risque de lymphomes anaplasiques à grandes cellules ».

L’ANSM n’avait pas pensé aux possibles fuites. Dans une lettre adressée aux fabricants le 2 avril, révélée par Le Monde, l’agence explique que cette décision de police sanitaire a été prise « au vu du danger rare mais grave » que posent ces implants, soit « l’augmentation significative » des cas de lymphomes anaplasiques à grandes cellules (LAGC) depuis 2011. Le LAGC, écrit l’ANSM, « est une pathologie cancéreuse rare mais susceptible de conduire au décès des patientes ».

« Si les mécanismes biologiques de la maladie sont encore inconnus, précise le quotidien vespéral, il est désormais établi que le port de ces implants dits macrotexturés en est la cause. Conçus pour leur « effet velcro », qui permet à la prothèse de mieux adhérer aux tissus, ces implants pourraient créer une inflammation chronique qui déclencherait la maladie. A ce jour, 688 cas de LAGC ont été répertoriés dans le monde. On en comptait 58 en France, en février dernier, dont trois mortels.

Tout va très vite désormais, dans ce domaine. « L’ANSM annoncera demain l’interdiction des implants mammaires macrotexturés en silicone et des implants en polyuréthane, prévient une attachée de presse quelques minutes après le scoop du Monde.  Nous vous proposons la réaction du Dr Jacques Saboye, président de la Société française de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique ». On n’ose imaginer, demain, l’ambiance du petit déjeuner de presse.

A demain

@jynau

 

Que faire face au cluster de cancers pédiatriques de Sainte-Pazanne (Loire-Atlantique) ?

Bonjour

Face à l’étrange, désormais et en urgence, la transparence officielle. L’Agence Régionale de Santé (ARS) des Pays de la Loire a fait savoir, le 29 mars 2019, qu’elle saisissait Santé publique France :

« L’ARS Pays de la Loire a reçu le 25 février 2019 un signalement de la part d’un particulier, concernant trois cas de cancers pédiatriques, dont deux leucémies aiguës, sur le secteur de Sainte-Pazanne (44). Un premier signalement en avril 2017 de six cas de cancers pédiatriques, dont quatre cas de leucémies aiguës, avait fait l’objet d’une investigation. Ces travaux ont conclu à un excès de cas de leucémies sur deux ans parmi les enfants de moins de 15 ans, par rapport aux données observées au cours des années précédentes sur ce même secteur. L’analyse des facteurs de risque environnementaux n’a pas montré de cause prédominante.

Bien que 90% des leucémies infantiles aiguës soient aujourd’hui sans cause connue et que les facteurs de risque liés aux cancers puissent être multiples, l’ARS a décidé de poursuivre les investigations. Elle a saisi Santé publique France pour mener l’enquête épidémiologique dont les premières conclusions seront rendues à l’automne 2019. »

Mieux former les généralistes

Aussitôt Santé publique France a indiqué  que des équipes d’épidémiologistes allaient « immédiatement débuter les investigations et études nécessaires » et que ces travaux « seront rendus publics ». Faire la lumière, donc, sur neuf cas de cancers pédiatriques, dont trois mortels, survenus à Sainte-Pazanne (Loire-Atlantique) depuis 2015.

« Cette saisine par l’ARS Pays de la Loire fait suite à la demande de familles de cette commune de 6 500 habitants, inquiètes de constater l’apparition depuis décembre 2015 de cas de cancers sur des enfants et adolescents de 3 à 19 ans, causant le décès de trois d’entre eux, précise l’AFP. « A notre connaissance, au moins neuf cas de cancers pédiatriques sont avérés sur le secteur de Sainte-Pazanne », a déclaré le collectif « Stop aux cancers de nos enfants », qui ne s’avance pas sur les éventuelles causes du phénomène. »

Pourquoi ? Certains évoquent, dans le secteur, une forte concentration de radon, gaz radioactif d’origine naturelle. Pour le maire, Bernard Morrilleau, il est encore trop tôt pour établir des conclusions. Il préconise de « faire des analyses approfondies pour essayer de comprendre ». Le collectif demande que les médecins généralistes soient mieux formés pour diagnostiquer le plus tôt possible les cancers des enfants.

L’ARS et Santé publique France, en lien avec la mairie  organiseront une réunion publique et un « point presse », jeudi 4 avril 2019 à 19h30, à Sainte-Pazanne (Salle Escale). »

A demain

@jynau