Le Pr Didier Raoult s’en va-t-en guerre contre trois géants mondiaux de l’information médicale

Bonjour

30/05/2020. Après la saison 1, « Chloroquine », bientôt « Raoult contre le reste du monde de l’édition». Loin d’être abattu par la récente et volumineuse publication du Lancet  qui le ciblait, le microbiologiste marseillais est désormais soutenu par une vague inattendue de critiques contre le célèbre hebdomadaire londonien (nous y reviendrons).

Et il contre-attaque aujourd’hui du haut de la tribune que lui offre, cette fois, Le Figaro : «Quand les publications scientifiques véhiculent de fausses informations». Une tribune qui ne manque pas de sel quand on sait que le Pr Didier Raoult, directeur de l’IHU Méditerranée Infection de Marseille est l’un des scientifiques qui détient le record, presque inhumain, du nombre de « publications scientifiques ».

« L’information scientifique ou thérapeutique est devenue un enjeu financier tellement extraordinaire que ceci peut être soumis à des manipulations hors du commun, nous explique-t-il aujourd’hui dans Le Figaro. Les informations concernant la possibilité d’utiliser ou non le médicament qui voudrait trouver sa place (contre l’hydroxychloroquine) pour le Covid (le Remdesivir de Gilead) entraînent des fluctuations du cours de Gilead qui porte sur plusieurs milliards de dollars après chaque annonce scientifique ou d’autorité. Par ailleurs, le marché de l’édition scientifique est considérable et génère des bénéfices extrêmes de l’ordre de 35%. Et il a d’ailleurs un capital qui est construit en partie avec les mêmes gestionnaires de fonds américains que Gilead. »

 Après nous avoir rassuré (« Je n’ai jamais eu de contact avec Donald Trump ni avec Bolsonaro ») Didier Raoult évoque le maquis où le politique vient se greffer sur le capitalisme pharmaceutique et  des intérêts financiers « qui sont colossaux et dépassent ce que j’avais connu jusque-là ». Tout ceci pour expliquer que, « comme dans les situations de guerre », l’heure est venue de « prendre les informations et les communiqués avec la plus grande prudence ». Nous traversons, dit-il, une époque de guerre où « la réalité scientifique et médicale passe au deuxième plan ». Et de cibler l’ennemi :

1 The Lancet  qui « a publié une étude aux résultats effarants pour qui a réellement vu et traité des malades. »

« Le Lancet a publié une étude, que peu de scientifiques croient, utilisant des données de pays (l’Australie) qui nient leur participation à cette étude qui ne donne ni source ni capacité d’utilisation. Elle donne des résultats qui sont effarants pour n’importe qui a réellement vu et traité des malades. Il s’agit d’auteurs qui n’ont aucune spécialisation dans le domaine ni épidémiologique, ni en maladies infectieuses, ni en virologie, mais qui dirigent une start-up dont l’objectif est d’analyser les big data. Ils ont aussi publié un article douteux dans le New England Journal of Medecine prétendant connaître l’ethnicité de patients français, ce qui est impossible car illégal. »

2 The British Medical Journal qui aurait « délibérément dissimulé des données ». « Un de ces papiers mettait deux analyses, montrant que l’hydroxychloroquine avait un effet favorable sur l’évolution de la maladie et sur les marqueurs biologiques, qui ont été enlevées dans la version définitive (et nous avons les deux versions). Par ailleurs, il a [été] publié une étude française où l’association azithromycine plus hydroxychloroquine, qui donnait des résultats significativement supérieurs à tous les autres protocoles, n’a pas été analysée. Le résultat était à la portée de tous et montrait une différence significative.

3 The New England Journal Journal of Medicine « qui était le meilleur de tous les journaux ». « Il a publié trois séries de papiers sur le Remdesivir qui ressemble plus à de la publicité qu’à de l’information scientifique, y compris en dissimulant les vrais dangers du Remdesivir qui sont les insuffisances rénales en les groupant avec d’autres effets secondaires (qui comportent la constipation et la nausée!) de façon à ne pas analyser individuellement les vrais risques. »

« Nous sommes, conclut le Pr Raoult, dans une époque de guerre politique et industrielle qui amène à être extrêmement prudent dans l’analyse des données des journaux qui ont fait pendant un temps la gloire de la médecine et qui malheureusement à cette occasion perdent, aux yeux d’une grande partie de la communauté scientifique qui a les capacités de l’analyser, la crédibilité qu’ils avaient mis des décennies à acquérir. » Tout n’est sans doute pas faux dans ce qu’explique aujourd’hui celui qui fut longtemps l’un des gardiens du sérail dont il dénonce aujourd’hui les pratiques. Il ne reste plus à savoir qui combat pour qui et pourquoi. Et à découvrir la vérité. Ce qui ne saurait tarder.

A demain @jynau

Après la chloroquine, les annonces publicitaires de Gilead Sciences sur son remdesivir

Bonjour

23/05/2020. Nous sommes au lendemain de la publication critique à grand écho du Lancet sur l’hydroxychloroquine. C’est un message mandé aux journalistes français, depuis Boulogne-Billancourt, et qui concerne le déjà célèbre remdesivir 1une récidive. C’est aussi un symptôme signifiant de l’évolution des pratiques pharmaceutiques en phase pandémique. Extraits (nous soulignons):

« Gilead Sciences a publié aujourd’hui la déclaration suivante du Dr Merdad Parsey, MD, PhD, Chief Medical Officer, Gilead Sciences, sur les données de l’étude conduite par le National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID) sur le remdesivir, médicament antiviral expérimental, publiées dans le New England Journal of Medicine (NEJM) : Remdesivir for the Treatment of Covid-19 — Preliminary Report

« Nous sommes heureux que les résultats de l’essai du NIAID sur le remdesivir chez des patients hospitalisés présentant une forme avancée de COVID-19 soient publiés dans une revue scientifique à comité de lecture. Ces résultats soutiennent l’utilisation du remdesivir dans cette population, avec un bénéfice le plus important observé parmi les patients qui nécessitaient une oxygénothérapie mais qui n’étaient pas sous ventilation mécanique. Les résultats de notre étude de phase 3 SIMPLE-Sévère, qui évalue remdesivir dans une population semblable de patients COVID-19 nécessitant une supplémentation en oxygène mais qui ne sont pas sous ventilation mécanique, devraient être publiés prochainement.

« Ces données de l’étude SIMPLE-Sévère soutiennent une durée de traitement de 5 jours plutôt que de 10 jours pour le traitement de certains patients, en fonction de leur état clinique. En outre, les résultats de notre étude de phase 3 SIMPLE-Modéré, qui évalue le remdesivir chez des patients hospitalisés présentant une forme de COVID-19 avec atteinte pulmonaire et ne nécessitant pas d’oxygénothérapie, sont attendus à la fin de ce mois. Cette étude devrait apporter davantage d’informations sur l’intérêt de 5 ou 10 jours de traitement par le remdesivir versus les traitements standards chez des patients à un stade plus précoce de la maladie. »

Gilead Sciences ajoute « attendre avec intérêt la mise en place des études étudiant le remdesivir associé à d’autres molécules afin de comprendre si de telles associations sont susceptibles d’améliorer l’efficacité clinique ». Gilead Sciences qui se dit « pleinement engagé pour poursuivre les études sur le remdesivir afin d’améliorer notre compréhension du traitement contre le COVID-19 » et poursuivre « également notre collaboration avec les gouvernements et les autorités réglementaires de par le monde afin d’apporter une réponse à la situation d’urgence actuelle ».

Où l’on voit que tout est presque parfait dans le meilleur des mondes possibles. Où il est presque démontré « que les choses ne peuvent être autrement : car, tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin ».

A demain @jynau

1 Gilead Sciences présente ainsi son remdesivir : « Le remdesivir est un médicament antiviral en cours de développement qui fait actuellement l’objet de nombreux essais cliniques internationaux. La sécurité et l’efficacité du remdesivir pour le traitement du Covid-19 n’ont pas encore été établies. Aucune utilisation du remdesivir n’a été approuvée par la FDA. Pour plus d’informations concernant l’utilisation autorisée et les dispositions légales relatives à l’autorisation d’utilisation en urgence aux États-Unis, veuillez consulter la fiche d’informations émise à l’intention des professionnels de santé et la lettre d’autorisation de la FDA disponible à l’adresse www.gilead.com/remdesivir. »

Et soudain le futur vaccin anti-pandémie de Sanofi devint, en France, une affaire d’Etat

Bonjour

14/05/2020. En découdre, coûte que coûte. Pandémique le temps est, en France, électrique. Il aura suffi que Paul Hudson, directeur général de Sanofi, géant pharmaceutique (pour partie) français prenne la parole et amorce une forme de chantage pour que la classe politique – puis l’Elysée-  s’embrase. Rappel : Paul Hudson a déclaré à l’agence de presse Bloomberg que si Sanofi parvenait à élaborer un vaccin contre la Covid-19, son groupe servirait « en premier » les Etats-Unis.

Explications : ce pays « partage le risque » des recherches dans le cadre d’un partenariat avec l’Autorité américaine pour la recherche et le développement avancés dans le domaine biomédical (Barda). Le gouvernement américain « a le droit aux plus grosses précommandes », car les Etats-Unis « ont investi pour essayer de protéger leur population », a expliqué M. Hudson. Si l’Europe et la France veulent également la priorité il leur faudra, aussi, payer. On parle ici d’un vaccin qui, au mieux, ne sera pas sur le marché « avant dix-huit ou vingt-quatre mois ». 

« Inacceptable » a aussitôt réagi la secrétaire d’Etat à l’économie, Agnès Pannier-Runacher : « Pour nous, ce serait inacceptable qu’il y ait un accès privilégié de tel ou tel pays sous un prétexte qui serait un prétexte pécuniaire ».  Suivirent une levée unanime de boucliers au sein la classe politique.

« Cette décision est scandaleuse ! Le gouvernement doit agir avec la plus grande fermeté pour empêcher cette décision, réagit le Parti socialiste. L’engagement des Français pour développer un champion dans la filière de la santé ne peut pas aboutir à le voir préférer d’autres marchés pour lancer ses vaccins. […] Parce que la santé est un bien commun à soustraire aux jeux du marché, aucune entreprise française ne doit pouvoir jouer contre notre propre souveraineté sanitaire sans s’exposer à une nationalisation. » Et le PS de demander au gouvernement d’agir « avec la plus grande fermeté pour empêcher cette décision », d’affirmer haut et fort « notre indépendance stratégique en matière de santé ».

Extraire le vaccin des lois du marché

Plus à gauche, pour La France Insoumise, la députée (Meurthe-et-Moselle) Caroline Fiat dénonçait «un PDG surpayé, des licenciements nuisant à l’activité, des dividendes records, et maintenant une absence de patriotisme… » Selon elle, « ce laboratoire symbolise ce que le capitalisme fait de pire » et « un vaccin doit profiter à toutes et tous, sans négociation ».

A droite, Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé devenu président de la région Hauts-de-France, interpella  directement Emmanuel Macron, jugeant « impensable qu’une entreprise qui a son siège en France et qui bénéficie de crédits d’impôts recherche délivre un vaccin aux États-Unis avant nous ».

Plus à droite encore Marine Le Pen estimait que « Sanofi n’est plus une entreprise française », avant d’interroger nos pratiques : « Les États-Unis font du patriotisme économique et passent des clauses de priorité d’approvisionnement. La question est de savoir si on pleure sur le patriotisme des autres, ou si on en fait nous aussi un peu ».

La présidence de la République ne pouvait plus rester muette. Tout doit être fait pour que le vaccin soit «accessible le plus rapidement possible et distribué de manière juste et équitable, c’est-à-dire disponible partout, pour tous, et au même moment», a fait savoir le Palais de l’Élysée. La présidence s’est «émue de cette déclaration qui ne correspond pas, par ailleurs, à la réalité de la relation entre le groupe Sanofi et le gouvernement français dans la recherche pour le vaccin.» «Les efforts déployés ces dernières semaines et ces derniers mois montrent qu’il est nécessaire que le vaccin soit un bien public et mondial, c’est-à-dire extrait des lois du marché», rappelle-t-on dans l’entourage d’Emmanuel Macron.

Extraire e futur vaccin anti-pandémique des lois du marché ? Emmanuel Macron recevra des dirigeants de Sanofi en début de semaine prochaine pour en discuter. Nous saurons, alors, si le très vieux monde a, déjà, à ce point changé.

A demain @jynau

Vaccin contre la Covid-19 : quand le géant Sanofi avoue publiquement l’insupportable vérité

Bonjour

14/05/2020. C’est un cas d’école. Une pierre blanche posée à mi-chemin entre deux mondes : celui d’avant la pandémie et celui à venir qui, comme on le sait, sera radicalement différent. Résumons l’affaire. Marco Cavaleri, directeur de la stratégie de l’Agence européenne du médicament vient d’annoncer qu’un vaccin contre la Covid-19  pourrait être prêt d’ici un an (scénario « optimiste »). La veille, Paul Hudson, directeur général de Sanofi, géant pharmaceutique (pour partie) français annonçait (publiquement) ce qui, en d’autres temps, n’aurait guère choqué ; à savoir que dans l’hypothèse où il parviendrait à élaborer un vaccin contre la Covid-19, son groupe servirait « en premier » les Etats-Unis.

Pourquoi ? Tout simplement parce que ce pays « partage le risque » des recherches dans le cadre d’un partenariat avec l’Autorité pour la recherche et le développement avancés dans le domaine biomédical (Barda). Le gouvernement américain « a le droit aux plus grosses précommandes », car les Etats-Unis « ont investi pour essayer de protéger leur population », a-t-il argué dans un entretien à l’agence de presse Bloomberg. Il a précisé que cette avance pourrait être de quelques jours ou de quelques semaines. Viendraient, ensuite, l’Europe, la France et le reste du monde.

Aussitôt, cris d’orfraie politiques de ce côté-ci de l’Atlantique. « Inacceptable ! » a réagi jeudi 14 mai la secrétaire d’Etat à l’économie, Agnès Pannier-Runacher, au micro de Sud Radio : « Pour nous, ce serait inacceptable qu’il y ait un accès privilégié de tel ou tel pays sous un prétexte qui serait un prétexte pécuniaire » (sic). Et Mme Pannier-Runacher d’expliquer avoir « immédiatement contacté » Sanofi après les propos de son directeur général. « Le patron de Sanofi France m’a confirmé que le vaccin serait accessible à tous les pays et évidemment (…) aux Français, ce d’autant qu’il a des capacités de production en France. »

« Cette décision est scandaleuse ! »

Devant l’ampleur de la polémique montante, le responsable français du géant pharmaceutique a aussitôt répondu sur BFM-TV que Sanofi ne distribuerait pas prioritairement aux Etats-Unis un éventuel vaccin contre le Covid-19 – du moins si l’Union européenne se montrait aussi « efficace » pour financer son développement : « Les Américains sont efficaces en cette période. Il faut que l’UE soit aussi efficace en nous aidant à mettre à disposition très vite ce vaccin. »

« Cette décision est scandaleuse ! Le gouvernement doit agir avec la plus grande fermeté pour empêcher cette décision », a réagi le Parti socialiste français. L’engagement des Français pour développer un champion dans la filière de la santé ne peut pas aboutir à le voir préférer d’autres marchés pour lancer ses vaccins. […] Parce que la santé est un bien commun à soustraire aux jeux du marché, aucune entreprise française ne doit pouvoir jouer contre notre propre souveraineté sanitaire sans s’exposer à une nationalisation. »

Le même jour on pouvait, dans les colonnes du Monde, lire une tribune intitulée « S’unir pour un vaccin contre le Covid-19 accessible à tous ». Un texte signé par plus 130 « personnalités internationales » 1 qui réclament de garantir un accès universel et gratuit au prochain vaccin contre le Covid-19. Une publication qui précède la réunion, le 18 mai, de l’Assemblée mondiale de la santé de l’OMS.

« Nous demandons aux ministres de la santé réunis à l’Assemblée mondiale de la santé de se rallier d’urgence à la cause d’un vaccin pour tous contre cette maladie, écrivent les signataires. Les gouvernements et les partenaires internationaux doivent s’engager : lorsqu’un vaccin sûr et efficace sera développé, il devra être produit rapidement à grande échelle et mis gratuitement à la disposition de tous, dans tous les pays. Il en va de même pour tous les traitements, diagnostics et autres technologies contre le Covid-19. »

Un texte à mi-chemin entre deux mondes : celui d’avant, et celui qui reste entièrement à inventer. Sanofi n’a pas commenté.

A demain @jynau

1 Parmi les signataires : Gordon Brown, premier ministre du Royaume-Uni (2007-2010), Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Liberia (2006-2018) ; Imran Khan, premier ministre de la République islamique du Pakistan ; Thomas Piketty, économiste ; Cyril Ramaphosa, président de l’Afrique du Sud ; Joseph Stiglitz, économiste américain. La liste complète se trouve sur Oxfam.org

« Scandale des masques » : mais pourquoi Edouard Philippe ajoute-t-il à la polémique ?

Bonjour

05/05/2020. Mais pourquoi, lui si calme, a-t-il pris ce nouveau risque ? Edouard Philippe, Premier ministre vient d’exposer son « plan de déconfinement » devant les sénateurs. Et il n’a pu faire l’économie de l’émergence de la violente polémique sur les « masques mis en vente par la grande distribution ». On se souvient de la violente tribune de tous les Ordres des professions de santé exprimant ici leur « dégoût » et leur « consternation ». On aura ensuite remarqué l’étrange silence du président de la République face à ses « héros en blouse blanche ». Puis on aura observé l’incapacité récurrente d’Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances à expliquer l’inexplicable. A point o

Vinrent alors lire mal contenue des géants de la grande distribution se défendant d’avoir constitué des « stocks cachés » de masques à usage unique.  Les groupes Carrefour et Leclerc ont annoncé avoir sécurisé respectivement 225 millions et 170 millions de masques . « Je trouve ça dégueulasse car ça casse le front qui s’est construit entre le personnel de santé et le monde économique », a réagi le président du géant Leclerc, Michel-Edouard Leclerc, dans une interview au Journal du dimanche.  C’est de la diffamation que de raconter que Leclerc ou Système U ont enfoui les masques dans des caves pendant que d’autres en avaient besoin. Il faut arrêter les conneries, il n’y a pas de loup. » « Cette polémique des masques est insensée et infondée », a tweeté le PDG de Système U, Dominique Schelcher.

Puis vient de monter bientôt en première ligne le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, dénonçant « une mauvaise polémique ». « Je constate que la grande distribution, depuis le début de la crise sanitaire, a parfaitement joué le jeu notamment pour garantir la sécurité de l’approvisionnement alimentaire des Français, a-t-il expliqué sur France Inter.  Ce que nous souhaitons, c’est très simple : c’est que le plus grand nombre de Français puisse trouver des masques dans les lieux de consommation habituels. »

Silence du Palais de l’Elysée

Le chef de file des députés d’opposition Les Républicains (LR), Damien Abad, a pour sa part fustigé l’Etat pour son « défaut d’anticipation » face aux « grandes surfaces » :

« Comment se fait-il que l’Etat français soit supplanté par les grandes surfaces et qu’on n’ait pas pu préempter les commandes de masques, et les stocks pour les distribuer aux masseurs, dentistes, sages-femmes, infirmiers libéraux… à toutes celles et tous ceux qui ont manqué de masques et ont dû gérer la pénurie au quotidien ? Il ne s’agit pas de mettre en cause les grandes surfaces mais ce qui est incompréhensible, c’est que Carrefour et Leclerc sont plus puissants que l’Etat et ont la capacité de faire des commandes massives ».

Et, enfin, Edouard Philippe qui devant les sénateurs affirme qu’il s’agissait d’un « malentendu qui a échauffé ce week-end quelques esprits peut-être en mal de polémique ». Que cherche, ici, le Premier ministre ? Et que pense de tout cela le président de la République ?

A demain @jynau

Epidémie : Emmanuel Macron vante désormais les innombrables vertus de l’Etat-providence

Bonjour

13/03/2020. Ce fut, hier, le mantra présidentiel : « Quoi qu’il en coûte » « Whatever the cost ». Il faudra revenir et décrypter cette « Adresse aux Français » d’Emmanuel Macron. Elle marque une étape essentielle dans la réponse française, sanitaire et économique, à la progression de l’épidémie du nouveau coronavirus. Mais elle se caractérise aussi par une évolution politique considérable du chef de l’Etat, aux frontières du philosophique. Extrait :

« Mes chers compatriotes, il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties. Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe.

« Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai. »

Ainsi donc, la « santé gratuite », une santé « sans condition de revenu, de parcours ou de profession » est un «bien précieux», ne doit pas être considéré comme un « coût » ou une « charge ». C’est bien au contraire un « atout indispensable » dès lors que le « destin frappe ». La redécouverte, en somme, de l’Etat-providence, aux antipodes des discours enflammés du candidat à l’élection présidentielle : « Une start-up nation est une nation où chacun peut se dire qu’il pourra créer une startup. Je veux que la France en soit une» (Emmanuel Macron).

Rappelons que l’Etat-providence est une forme de politique adoptée par certains Etats qui se dotent de larges compétences réglementaires, économiques et sociales. Pourquoi ? Pour assurer une panoplie plus ou moins étendue de fonctions sociales au bénéfice de leurs citoyens. Bien évidemment l’État-providence est aux antipodes de la conception (néo)-libérale d’un État limité à des fonctions d’ordre public et de sécurité. Quoi qu’il en coûte ?

A demain @jynau

Emmanuel Macron a tranché: la santé sans prix, les écoles fermées, les municipales maintenues

Bonjour

12/03/2020. Vingt-six longues minutes télévisées pour convaincre. Le président de la République a-t-il convaincu, su concilier l’autorité, inciter à la mobilisation, prêcher la solidarité ? Nous y reviendrons. Premiers extraits :

Crèches, écoles, collèges, lycées, transports : « Pour notre intérêt collectif, dès lundi [16 mars] et jusqu’à nouvel ordre, les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités seront fermées. Fermés pour une raison simple : nos enfants et nos plus jeunes, selon les scientifiques, sont celles et ceux qui propagent, semble-t-il, le plus rapidement le virus. Les transports publics seront maintenus, car les arrêter, ce serait tout bloquer , y compris la possibilité de soigner. »


 Municipales : « J’ai interrogé les scientifiques sur nos élections municipales, dont le premier tour se tiendra dans quelques jours. Ils considèrent que rien ne s’oppose à ce que les Français, même les vulnérables, se rendent aux urnes. Mais il conviendra de veiller au respect strict des gestes barrières contre le virus et des recommandations sanitaires. »

Prévisions virologiques et épidémiologiques :  « En France, les meilleurs virologues, les meilleures épidémiologistes, des gens qui sont sur le terrain et que nous avons écoutés. Tous nous ont dit que malgré des efforts pour le freiner, le virus continue de se propager. Nous le savions, nous le redoutions. »
 « La maladie touchera d’abord les personnes les plus vulnérables. Beaucoup d’entre eux auront besoin de soins adaptés à l’hôpital, souvent d’assistance respiratoire. Il faudra aussi se préparer à une possible deuxième vague qui touchera un peu plus tard en nombre beaucoup plus réduit, des personnes plus jeunes, a priori moins exposées à la maladie, mais qu’il faudra soigner également. »

L’hommage aux héros en blouse blanche : « Cette épidémie qui affecte tous les continents et frappe tous les pays européens est la plus grave crise sanitaire qu’ait connue la France depuis un siècle. Si nous avons pu retarder la propagation du virus et limiter les cas sévères, c’est grâce à eux parce que tous ont répondu présents. C’est pourquoi, en votre nom, et avant toute chose, j’aimerais exprimer ce soir la reconnaissance à ces héros en blouse blanche. Ces milliers de femmes et d’hommes admirables qui n’ont d’autre boussole que le soin. »

La folie du capitalisme : « Mes chers compatriotes, il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile au grand jour les faiblesses de nos démocraties.
 « Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite, sans condition de revenus, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges, mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie, au fond à d’autres, est une folie. »

Le prix de la santé. Et puis ce mot, qui fera date : « La santé n’a pas de prix. Le gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies quoi qu’il en coûte. »

La santé n’a pas de prix ? Jusqu’ici tous les responsables politiques depuis des décennies ajoutaient que, certes … mais qu’elle avait un coût. Puis il y eut aussi cette formule-pirate : « la santé a un coût, mais elle n’a pas de prix ». C’était le mot d’ordre de la campagne médiatique lancée par Oxfam et par d’autres ONG qui se battaient pour la mise en place d’une couverture sanitaire universelle. La formule sera-t-elle, au lendemain de la pandémie reprise par Emmanuel Macron ?

A demain @jynau