Stars et cœurs brisés : saurons-nous la vérité sur George Michael et Debbie Reynolds ?

 

Bonjour

On l’aurait parié, si de tels paris existaient : les premiers résultats de l’autopsie de la « pop star » britannique George Michael n’ont pas permis de conclure. On se souvient peut-être que l’inoubliable  chanteur de « Freedom », « Careless Whisper » ou « Jesus to a Child », avait été découvert mort le jour de Noël en son domicile de Goring-on-Thames. par son compagnon Fadi Fawaz. Il n’avait que 53 ans et avait vendu plus de cent millions de disques. C’était, disent les gazettes, un « artiste tourmenté par la drogue ». Un artiste maudit, aurait-on écrit jadis.

Mort, certes. Mais de quoi ? On ne pouvait en rester là.  « Une autopsie a eu lieu hier dans le cadre de l’enquête sur la mort de George Michael » et les résultats ne sont « pas concluants » quant à la cause de la mort a, vendredi 20 décembre, indiqué la police britannique.  Elle a aussi annoncé « de nouveaux examens » dont les résultats ne seront « pas connus avant plusieurs semaines ». « La mort de George Michael est toujours considérée comme inexpliquée, mais pas suspecte », explique encore la police dans un communiqué. Mort inexpliquée sans être suspecte ? Est-ce là une forme, britannique, d’humour ? Est-ce du Holmes, du Dr Watson ?

Mystères des cœurs brisés

« J’étais venu chez lui pour le réveiller et il s’en était allé, reposant en paix sur son lit », a déclaré Fadi Fawaz au  Daily Telegraph. Selon son manager Michael Lippman, cité par le magazine Billboard, le chanteur  a été retrouvé « dans son lit » après une crise cardiaque. De lui les gazettes rappellent à l’envi qu’il avait survécu à une pneumonie ; « avait admis » avoir consommé de la drogue ; avait révélé son homosexualité en 1998 après avoir été arrêté pour attentat à la pudeur dans des toilettes publiques à Los Angeles ; avait expliqué ensuite plus tard ne pas avoir voulu en parler tant que sa mère vivait. La date de ses funérailles n’a pas, pour l’heure, été communiquée.

Les mêmes gazettes observent encore que cette mort coïncide presque avec celle de deux autres stars : Debbie Reynolds  mère de l’actrice Carrie Fisher, morte quelques heures avant elle d’une crise cardiaque survenue dans un avion parti de Londres pour Los Angeles. De Debbie Reynolds on dit qu’elle a succombé à un AVC. Lors d’une déclaration publique, Todd Fisher a expliqué que le décès de sa sœur Carrie Fisher était trop dur à supporter pour sa mère : «Elle était traversée par beaucoup d’émotions et de stress après avoir perdu Carrie, et c’est cela qui déclenché ce qu’il s’est passé.» « Ce que sous-entend Todd Fisher, c’est que pour sa mère, la perte de sa fille était trop insupportable pour qu’elle continue à vivre, écrit Slate.fr (Vincent Manilève). Sur internet, des gens ont commencé à dire que Debbie Reynolds serait morte d’un ‘’cœur brisé’’».

 « Ballonisation » apicale transitoire

 Et le médecin spécialisé Jeremy Samuel décrit sur Slate.com  la «cardiomyopathie takotsubo». Où la mort d’une star permet, en marge de la réalité médico-légale, de faire un peu de pédagogie cardiologique :

« La cardiomyopathie takotsubo (CT) est une insuffisance cardiaque aiguë récemment décrite qui se manifeste comme un infarctus aigu du myocarde et se caractérise par des symptômes ischémiques, une élévation du segment ST à l’électrocardiogramme, et des marqueurs de pathologie cardiaque élevés. Bien que sa cause exacte reste inconnue, ce syndrome est typiquement provoqué par un stress physique ou émotionnel intense, y compris des maladies diverses et des interventions chirurgicales.

« Ce syndrome a été initialement décrit dans la population japonaise, mais il a récemment été rapporté en Europe et aux Etats-Unis. Il survient le plus souvent après la ménopause chez des femmes âgées de 55 à 75 ans, avec une incidence estimée à 1/36 000 dans la population générale.

« Les patients se présentent généralement avec des douleurs thoraciques de type angor ou une dyspnée, une élévation du segment ST et une prolongation de l’intervalle QT à l’électrocardiographie, une élévation faible à modérée des enzymes cardiaques et des marqueurs, et une « ballonisation » apicale transitoire du ventricule gauche. Contrairement aux syndromes coronaires aigus (SCA), les patients avec une CT n’ont ni signes de coronaropathie détectables à l’angiographie ni maladie coronaire non obstructive. Les complications les plus fréquemment décrites sont le choc cardiogénique et l’obstruction du flux sanguin à la sortie du ventricule gauche, les AVC, et la formation de thrombose apicale. »

Les mêmes gazettes observent encore que ces morts sont enregistrées à l’issue d’une année marquée par la disparition de David Bowie, décédé en janvier, Prince, mort fin avril, ou encore le guitariste britannique Rick Parfitt, décédé la veille de Noël.  Autant de morts plus ou moins expliquées. Et les gazettes de conclurent, en cette fin d’année, que les morts ne meurent jamais.

A demain

 

Infarctus du myocarde : la belle histoire anglaise de la troponine et des statines préventives

 

Bonjour

En cette fin d’année à nouveau ensanglantée la BBC a trouvé des raisons d’espérer : les risques d’infarctus du myocarde peuvent être détectés simplement, des années à l’avance, pour des sommes modiques, à partir d’un simple test sanguin. Et ces risques peuvent alors être réduits. Tout ceci est expliqué dans une publication du Journal of the American College of Cardiology “High-Sensitivity Cardiac Troponin, Statin Therapy, and Risk of Coronary Heart Disease”. C’est là une méthode diagnostique qui pourrait se substituer à la traditionnelle prise de la tension artérielle (plus ou moins bien effectuée) associée aux analyses récurrentes (plus ou moins bien comprises) des lipides sanguins.

Tout tourne ici autour de la « troponine ». On nomme ainsi un complexe de protéines (une protéine hétérotrimérique) qui a pour fonction de sensibiliser les cellules musculaires au calcium. C’est aussi une structure aux visages multiples que l’on trouve au sein des muscles, le cardiaque comme les squelettiques. Elle peut, de ce fait, être un reflet sanguin de la souffrance du myocarde. Depuis quelques années son dosage est ainsi demandé (en urgence) par tous les soignants qui, face à des douleurs thoraciques, redoutent la survenue un infarctus.

Pas de miracles

D’une grande utilité, la troponine ne permet pas, à elle seule, de réaliser des miracles. L’interprétation des résultats obtenus alimente de nombreux débats au sein de la communauté médicale spécialisée. On a en effet  observé que l’augmentation franche des taux de troponine est le plus souvent retardée par rapport aux manifestations de la douleur – et ce  même dans le cas d’un infarctus du myocarde en cours de constitution.

«Nous ne disposons que de trois méthodes pour savoir que nous sommes face à une personne victime d’un infarctus du myocarde, nous expliquait, il y a peu, le Pr François Mach, chef de service de cardiologie des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) Il y a la douleur, le tracé de l’électrocardiogramme et un dosage sanguin de la troponine.  Mais nous savons bien que la douleur peut prendre bien des visages différents et parfois même être absente. De la même manière le recours à l’électrocardiographe n’est pas toujours signifiant. Quand au dosage sanguin il est certes très utile mais ne  devient parlant  que dans les deux à quatre heures qui suivent la douleur. C’est dire toute l’importance que nous pouvons accorder à des outils qui pourraient nous renseigner de l’existence d’une rupture de plaque d’athérome au moment même où elle se produit.»

Un baromètre de la pompe cardiaque

C’est dans ce contexte que s’inscrit la publication d’une équipe de chercheurs britanniques dirigée par le Pr Nicholas L. Mills (University Centre for Cardiovascular Science, Edinburgh). Ils expliquent que des dosages sanguins réguliers de troponine associés, le cas échéant, à des prescriptions de médicaments de la famille des statines, permettent de réduire le risque d’être victime (et de mourir) d’une crise cardiaque.

Leur travail au long cours (mené contre placebo) a été mené sur 3318 hommes volontaires qui ne présentaient pas d’antécédents de pathologie cardio-vasculaires mais des anomalies sanguines modérées (LDL cholesterol concentrations 152 to 228 mg/dl). Et tout cela est dynamique. Pour la BBC l’un des auteurs de cette publication use de la métaphore atmosphérique: « la troponine est presque comme un baromètre de la santé cardiaque. Si l’aiguille monte, c’est mauvais. Si elle descend, c’est bon signe. » Et on peut influencer l’appareil en ayant recours aux statines. Tout cela sur une période allant jusqu’à quinze ans.

Cœurs féminins

«Les dosages de troponine aideront les médecins à identifier les personnes apparemment en bonne santé mais qui ont une maladie cardiaque silencieuse afin que nous puissions cibler les traitements préventifs sur ceux qui sont susceptibles d’en bénéficier le plus » souligne le Pr Mills.

Troponine ou pas, reste l’essentiel pragmatique : la meilleure façon de prévenir les affections cardiaques demeurent une alimentation saine, une activité physique régulière, le refus du surpoids. Et le refus absolu (quoi qu’il en coûte) de la consommation de tabac.

Pour l’heure le travail britannique (qui n’est pas grevé par des conflits d’intérêts) n’a été mené que sur les hommes. On voit toutefois mal pourquoi ses enseignements ne vaudraient pas également pour les cœurs féminins.

A demain

Pacemaker Medtronic®: les suites kafkaïennes de la tragédie funéraire de Bourges

 

Bonjour

Les tragédies ne sont pas faites pour s’éterniser. Celle de Bourges, cité de Jacques Cœur, n’a que trop duré. Nous venons d’en découvrir la trame. La suite ajoute à l’insupportable.

Au départ, donc, le service de cardiologie du CHU de Tours (Indre-et-Loire). Un médecin implante, chez une femme de 81 ans, un stimulateur cardiaque modèle Micra Medtronic®. Il s’agit d’un pacemaker spectaculairement miniaturisé, sans sonde, qui peut être implanté au sein des cavités cardiaque via la veine fémorale. Un dispositif  dont on retrouve la trace officielle le 18 octobre sur le site de la Haute Autorité de Santé.

Manque de respect

Peu de temps après, le 22 novembre, sa patiente décède à son domicile, non loin de Bourges (Cher). Au moment des formalités funéraires la famille signale la présence de cet implant. Medtronic® affirme que son nouveau matériel (à la différence des anciens) est compatible avec l’incinération ou l’inhumation. Or, à Bourges, les différentes autorités affirment le contraire à la famille. Commence alors une somme de difficultés chaotiques, invraisemblable. « Une forme de manque de respect » dit, sobrement, la famille.

Les différentes parties concernées (le fabricant, les pompes funèbres, les services de l’Etat) annoncent tour à tour : l’impossibilité technique (puis légale) du retrait du pacemaker par un chirurgien ; le refus réitéré du procureur de la République de mandater un médecin légiste pour ce cas de mort naturelle reconnue par le SAMU 18 ; l’impossibilité légale de faire ce geste par un thanatopracteur ; le refus de la mairie d’autoriser la fermeture du cercueil et donc tout déplacement permettant éventuellement de faire cette crémation dans un autre crématorium…

Nous avons expliqué, sur le site Slate.fr, les raisons de cet imbroglio tragique 1. Nous sommes aujourd’hui onze jours après la mort.  « Notre mère, notre sœur se trouve toujours face à un trou noir, véritable vide juridique sans solution aucune, explique la famille à qui peut l’entendre.  Son corps doit être conservé sine fine en chambre funéraire puis prochainement en “cellule négative”…. Notre famille, effondrée et meurtrie, se voit ainsi refuser : toutes obsèques, et cérémonie religieuse catholique ; tout adieu digne de la société; tout travail de deuil face à l’inconnu… ».

Jacques Cœur et Jean-Christophe Ruffin

On a vu ce qu’il en est du procureur de la République de Bourges : il « a refusé par deux fois de désigner un médecin légiste pour effectuer l’explantation qui permettrait la crémation ou l’inhumation. Sans aucune explication.  Nathalie Colin, nouvelle préfète du Cher, ne semble pas plus soucieuse d’user de son pouvoir pour trouver une humaine solution. Reste  Pascal Blanc, maire de Bourges depuis deux ans.

Hier, 2 décembre, les services municipaux ont, entre deux portes, donné à la famille un document autorisant le transport du corps du funérarium de  Bourges au crématorium de Bordeaux Mérignac. Là, en dépit des textes réglementaires, la crémation pourrait se faire sans explantation de l’implant. Cinq cents kilomètres au bas mot, en passant par Tours. La mairie serait disposée (pourquoi ?) à prendre en charge les frais du transport.

Les tragédies ne sont pas faites pour s’éterniser. Celle de Bourges, cité de Jacques Cœur et de Jean-Christophe Ruffin, durera encore : faute de place aucune crémation n’est envisageable, à Bordeaux-Mérignac, avant le 12 décembre prochain.

A demain

1 « Le casse-tête tragique du nouveau pacemaker miniature qui interdit d’organiser des obsèques » Slate.fr 1er décembre 2016.

L’invraisemblable tragédie funéraire engendrée par le nouveau pacemaker de Medtronic®

 

Bonjour

C’est une affaire exemplaire et paradoxale. Une tragédie où un pacemaker miniaturisé réveille des angoisses éternelles.  Nous sommes là aux frontières du progrès thérapeutique et de l’absurde administratif. Un dossier qui voit une famille respecter les règles, dire la vérité, et  un procureur de la République s’obstiner à maintenir cette même famille dans la souffrance.

Nous avons révélé cette affaire sur Slate.fr 1. Elle commence à prendre une dimension nationale et pourrait, à terme, conduire à une réflexion sur l’évolution nécessaire des pratiques funéraires. Au départ c’est l’appel désespéré d’une famille, la découverte d’une situation kafkaïenne, une attente insupportable. Voici le témoignage qui nous avait  été adressé et que nous avons rapporté sur le site pure player :

 Corps en « cellule négative »

 « Nous sommes dans une situation impossible. Notre sœur, notre mère, est décédée le 22 novembre dernier et ses obsèques ne peuvent être organisées. On lui avait implanté il y a peu, au CHU de Tours,  un nouveau modèle miniature de pacemaker au sein même de son cœur. Le fabricant dit que son matériel est compatible avec l’incinération ou l’inhumation. Or, à Bourges, les différentes autorités nous affirment le contraire.

 « C’est une somme de difficultés chaotiques, une forme de manque de respect. Les différentes parties concernées (le fabricant, les pompes funèbres, les services de l’Etat) nous annoncent tour à tour : l’impossibilité technique (puis légale) du retrait du pacemaker par un chirurgien ; le refus réitéré du procureur de la République de mandater un médecin légiste pour ce cas de mort naturelle reconnue par le SAMU 18 ; l’impossibilité légale de faire ce geste par un thanatopracteur ; le refus de la mairie d’autoriser la fermeture du cercueil et donc tout déplacement permettant éventuellement de faire cette crémation dans un autre crématorium… 

« Notre mère, notre sœur se trouve face à un trou noir, véritable vide juridique sans solution aucune. Son corps doit être conservé sine fine en chambre funéraire puis prochainement en “cellule négative”…. Notre famille, effondrée et meurtrie, se voit ainsi refuser : toutes obsèques, et cérémonie religieuse catholique ; tout adieu digne de la société; tout travail de deuil face à l’inconnu… ».

Marché en expansion

Tout résulte ici des progrès accomplis par  Medtronic® firme internationale spécialisée dans les stimulateurs cardiaques. Cette firme commercialise depuis peu son modèle Micra Medtronic®. Il s’agit d’un pacemaker spectaculairement miniaturisé, sans sonde, qui peut être implanté au sein des cavités cardiaque via la veine fémorale. Un dispositif  particulièrement innovant dont on retrouve la trace officielle le 18 octobre sur le site de la Haute Autorité de Santé.

« Les systèmes sans sonde, c’est le futur. Le jour où ce sera remboursé, je ne mettrai plus que ça (sic). Cela va extrêmement vite: dans les cinq ou dix  ans, on ne mettra plus que ça » expliquait en janvier dernier  le Dr Philippe Ritter (CHU de Bordeaux), lors d’une conférence de presse de Medtronic. L’appareil a obtenu le marquage CE en avril 2015. Une vingtaine de centres français ont été formés à l’implantation de ce matériel qui entend occuper une place importante dans un marché important : tous stimulateurs confondus, environ 66.000 implantations sont réalisées chaque année en France y compris les remplacements.

Aujourd’hui deux mille exemplaires de Micra Medtronic® ont déjà été implantés dans l’Union européenne. Mais la progression de la diffusion se heurte, en France, à un problème de taille qui n’avait pas été prévu par la firme : l’explantation du matériel en cas de décès du malade –  avant inhumation ou incinération. Cette explantation est imposée par deux articles du code général des collectivités territoriales  2.

Explosions des piles au lithium

La difficulté tient, ici, paradoxalement, à la miniaturisation du nouveau pacemaker et à sa situation au sein du corps. Jusqu’ici le retrait du dispositif, placé en sous-cutané, ne posait aucun problème pour le thanatopracteur. Il en va tout différemment avec le Micra Medtronic® dont l’explantation réclame un geste chirurgical invasif que personne ne semble, en pratique, disposé à pratiquer.

« Nous sommes totalement opposé à inhumer ou à incinérer des corps sans respecter scrupuleusement la réglementation en vigueur, nous a expliqué un responsable de la société OGF, leader français des services funéraires et gestionnaire de l’unique crématorium de Bourges. Il s’agit ici de répondre à des impératifs de sécurité des personnes et de l’environnement. Pour ce qui est des crémations le risque, bien connu, est celui des explosions dès lors que le corps reste porteur de stimulateur équipé de piles au lithium. Nous avons déjà dû déplorer six explosions de ce type depuis le début de l’année, à cause d’un non-respect des dispositions en vigueur. Ces événements rendent inutilisables pendant de longues périodes les crématoriums, posant alors d’importantes difficultés pratiques aux familles concernées. »

Au siège de Medtronic France® on ne nie pas qu’il existe là un problème émergent – un problème que l’on pensait avoir prévenu. « Notre société a fait faire des expérimentations aux Etats-Unis démontrant que, du fait même de ses caractéristiques techniques, le nouveau dispositif ne présentait aucun risque lors de crémation du corps. Il ne nous semblait donc pas que nous pourrions rencontrer des difficultés. » Tel n’est pas le cas et plusieurs impasses similaires à celle de Bourges sont apparues ces derniers jours.

Créon de Bourges

« Dans certains cas des dérogations ont pu être obtenues. Mais, plus généralement, la Direction Générale de la Santé a souhaité reprendre l’expertise réalisée aux Etats-Unis et la faire expérimenter par un laboratoire spécialisé, nous a-t-on expliqué chez Medtronic France. Cela prendra du temps, peut-être quelques mois, avant de modifier la réglementation. » Dans l’attente aucune disposition dérogaroire ne semble prévue à court terme. Et la famille de Bourges est au désespoir.

Depuis la publication de Slate.fr des éléments complémentaires sont apparus. « La miniaturisation des dispositifs médicaux implantables actifs (DMIA) cardiaques pose effectivement des problèmes de respect de la réglementation relative à la crémation, nous a explique le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé. L’article R2213-15 du CGCT dispose en effet qu’en cas de port d’un DMIA, le médecin ou le thanatopracteur en assure le retrait. Une commande a été passée à l’INERIS afin de connaître le comportement de ces DMIA miniatures dans le cas d’une incinération. Les résultats de cette étude sont attendus prochainement. »

Reste le cas de Bourges – et plus particulièrement celui du rôle joué par le procureur de la République de la préfecture du Cher. La Nouvelle République du Centre-Ouest (François Bluteau) rapporte, dans son édition d’Indre-et-Loire, que le cardiologue du CHU de Tours qui avait pratiqué l’intervention n’avait pas pu, pour des raisons pratiques et réglementaires, pratiquer l’explantation du stimulateur. Mais il précise également que le procureur de la République de Bourges « a refusé par deux fois de désigner un médecin légiste pour effectuer l’opération ». Un procureur inaccessible, dans sa tour d’ivoire républicaine.

On a connu « L’Apollon de Bellac ». Faudra-t-il écrire  « Le Créon de Bourges » ?

A demain

1 « Le casse-tête tragique du nouveau pacemaker miniature qui interdit d’organiser des obsèques » Slate.fr 1er décembre 2016. Le sujet a, depuis, été repris par de  nombreux médias. Certains (dont RTL – Maxime Magnier  et Pourquoi Docteur – Audrey Vaugrente ) ont eu l’élégance confraternelle de citer leur source.

2 Article 2213-15 : « Avant son inhumation ou sa crémation, le corps d’une personne décédée est mis en bière.

« La housse imperméable éventuellement utilisée pour envelopper le corps avant sa mise en bière est fabriquée dans un matériau biodégradable. Elle doit répondre à des caractéristiques de composition, de résistance et d’étanchéité fixées par arrêté du ministre chargé de la santé après avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail et du Conseil national des opérations funéraires.

« Si la personne décédée était porteuse d’une prothèse fonctionnant au moyen d’une pile, un médecin ou un thanatopracteur atteste de la récupération de l’appareil avant la mise en bière. »

Article 2213-34 : « La crémation est autorisée par le maire de la commune de décès ou, s’il y a eu transport du corps avant mise en bière, du lieu de fermeture du cercueil.

Cette autorisation est accordée sur les justifications suivantes :

1° L’expression écrite des dernières volontés du défunt ou, à défaut, la demande de toute personne qui a qualité pour pourvoir aux funérailles et justifie de son état civil et de son domicile ;

2° Un certificat de décès établi par le médecin ayant constaté le décès, affirmant que celui-ci ne pose pas de problème médico-légal ;

3° Le cas échéant, l’attestation du médecin ou du thanatopracteur prévue au troisième alinéa de l’article R. 2213-15. (…) ».

 

 

Vif embarras en haut lieu après un cinquième mort équipé d’un cœur artificiel Carmat

 

Bonjour

Pourquoi les responsables de Carmat n’ont-ils pas parlé en temps et en heure ? Et que font ceux de l’Agence nationale de sécurité des médicaments et des dispositifs de santé (ANSM)? Une nouvelle fois cela ressemble à une double faille:  dans la communication d’entreprise et dans celle d’une institution sanitaire chaque jour un peu plus sur le grill.

L’information est donnée (tardivement) par Europe 1 qui pourrait avoir eu, dans ce dossier, connaissance de données privilégiées : « Mort du cinquième patient équipé d’un cœur artificiel Carmat ».

« Un cinquième patient équipé d’un cœur artificiel Carmat a perdu la vie. Il est mort à Nantes en octobre, environ un mois et demi après sa transplantation, selon une information Europe 1. Il était le premier à recevoir ce cœur artificiel dans le cadre d’une deuxième phase de tests qui doit concerner vingt patients à travers l’Europe. L’Agence du médicament a suspendu ces essais dans l’attente de résultats d’expertises pour déterminer les raisons de ce nouveau décès.

« La société Carmat avait annoncé en juillet avoir reçu l’autorisation pour lancer de nouveaux tests auprès de volontaires. Le dispositif, particulièrement dédié aux personnes en insuffisance cardiaque biventriculaire terminale, était alors ouvert à d’autres patients en attente de greffe cardiaque avec de faibles chances de l’obtenir. Quatre personnes équipées de ce cœur artificiel étaient décédées lors de la première phase de tests, la dernière en janvier. »

Pré-commercial

On n’en saura pas plus. Pour l’heure le site de Carmat reste muet sur cet événement. Outre les derniers résultats financiers on y apprend que le Conseil d’administration a nommé Stéphane Piat comme nouveau Directeur général de la société à compter du 1er septembre 2016, en remplacement de Marcello Conviti:

« La société étant arrivée à une étape cruciale de son développement avec le lancement effectif de l’étude PIVOT et la phase pré- commerciale, le Conseil d’administration a jugé que l’expertise reconnue de Stéphane dans le domaine des dispositifs médicaux constitue un atout clé dans l’exécution de la stratégie d’accès au marché ».

Plus d’un mois de silence

Et l’ANSM ? Dans la soirée du mercredi 30 novembre elle s’est bornée à indiquer avoir demandé à la société Carmat de suspendre toutes les implantations de sa prothèse cardiaque après cette cinquième mort.

Cette Agence a précisé qu’elle avait eu l’information en octobre, ajoutant ne pas savoir pour l’heure si le cœur greffé était « en cause » ou non.  « On a demandé à Carmat de nous apporter des informations sur les causes du décès », a ajouté la porte-parole. Plus d’un mois d’attente. Combien encore ?

A demain

Cholestérol, frontières, mortalité vasculaire: les statines sauvent de nombreuses vies en Suisse

 

Bonjour

Il est une manière suisse de revenir sur une polémique, une manière de calmer le jeu. On sait comment, à échéance régulière certains se servent des statines pour, en France, jeter de l’huile médiatique sur le feu de la discorde médicale. L’affaire n’est ni sans justification ni, parfois, sans vertus. On se souvient  de la dernière émission télévisée sur le sujet – grosse audience sur Arte.

Arte à Genève et Zurich

Regarde-t-on la chaîne franco-allemande dans la Confédération ? C’est fort possible. «  Dernièrement, un débat public a eu lieu sur les statines et leur efficacité dans le traitement du cholestérol. Certains médias s’en sont d’ailleurs fait l’écho, ce qui a pour effet d’inquiéter certains patients, qui s’interrogent aujourd’hui sur l’opportunité de leur traitement » nous écrivent les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Le Pr François Mach, chef du service de cardiologie des HUG est également questionnés sur le sujet par ses patients. Il fallait réagir. Voici l’essentiel de ce que nous communiquent les HUG le Pr François Mach – et ce conformément à l’avis de la Société Suisse de Cardiologie :

«  Aucun autre médicament en médecine préventive ne possède un niveau de preuves d’efficacité clinique aussi élevé que les statines. Elles allongent l’espérance de vie des patients à risque, diminuent les événements cardiovasculaires (infarctus et AVC notamment) et ont un risque d’effets indésirables limité largement compensé par l’ampleur des bénéfices.

« Nier les bienfaits d’un traitement de statine et leur impact sur l’espérance de vie réfute les faits et évidences scientifiques et peut s’avérer dangereux pour les patients qui pourraient remettre en question le bien-fondé de leur traitement. Nier les progrès thérapeutiques, porter la suspicion sur les médecins, c’est aussi ignorer l’amélioration incontestable du pronostic cardiovasculaire.

« Depuis 1990, le taux de mortalité par crise cardiaque a baissé de 40% en moyenne dans les pays membres de l’OCDE. En Suisse, l’effet est tout aussi spectaculaire, avec une diminution de la mortalité cardiovasculaire d’environ 30% pour les années 1998 à 2007 (…)

Conflits d’intérêts

« Il y a plus de 20 ans, des scientifiques ont mis en doute la relation entre cholestérol élevé et maladies cardio-neuro-vasculaires, en s’appuyant sur les résultats d’études de traitements anciens (les fibrates) diminuant peu les taux sanguins du mauvais cholestérol (le LDL-cholestérol). Par la suite, cette controverse n’a pas été confirmée par les nombreuses études incluant des participants recevant les traitements modernes de l’hypercholestérolémie, les statines (…).

« Les statines, aujourd’hui disponibles pour la plupart sous forme de médicaments génériques, diminuent de manière spectaculaire le LDL-cholestérol, avec un risque d’effets indésirables faibles, et le plus souvent bénins (crampes musculaires). Les premiers essais avec les statines ont été réalisés auprès de patients ayant fait un infarctus du myocarde. Puis, leur utilisation a été généralisée à des sujets à risque élevé d’accident coronaire ou cérébral, notamment hypertendus, diabétiques ou insuffisants rénaux. Les résultats ont fait l’objet de très nombreuses publications, rassemblés dans plusieurs publications de méta-analyses et sont convergents et sans appel: les statines diminuent le risque de futurs événements cardiovasculaires, notamment la mortalité, et ceci en prévention primaire et en prévention secondaire. »

Voilà qui est clair et compréhensible par tout citoyen de part et d’autre de la frontière. Rien n’est dit quant aux éventuels liens (voire conflits) d’intérêts. C’est, selon toute évidence une omission de ce communiqué de presse. Elle qui manquera pas d’être sous peu réparée.

A demain

Statines et cholestérol : nous étions 1,7 million assis sur nos canapés devant Arte. Et après ?

 

Bonjour

De même que le dépistage du cancer du sein (ou de la prostate) le « cholestérol » alimente des oppositions farouches. Ce sont des guerres de religions sans divinités, des affrontements d’autant plus violents que chacun veut en découdre coûte que coûte. Chacun sa part de vérité, chacun voulant démontrer, chacun sa part de méchanceté. C’est dire si l’on redoutait, l’autre soir, le documentaire suivi d’un débat que proposait Arte à grand renfort de publicités.

Bluff sur bluff

Arte diffusa. On comptabilisa : nous fûmes environ 1,7 million, le 18 octobre, sur nos canapés, à regarder des images expliquant (pas assez) qu’il nous faudrait un peu plus nous remuer. 1, 7 million et plus de 88 000 visions en différé  Un score considérable qui, incidemment, dit l’appétit du grand public pour les émissions médicales et scientifiques à connotation pédagogique. Des émissions que la télévision, le plus souvent, snobe. Pourquoi ?

Arte a diffusé et c’est l’heure des critiques. A commencer par celle, mordante et libre pensante de l’Association française pour l’information scientifique (AFIS) « Quand Arte nous trompe sur le cholestérol » :

« Le 18 octobre 2016, Arte, télévision du service public, diffusait un documentaire sans nuance intitulé « Cholestérol, le grand bluff », accréditant de nouveau la thèse de l’absence de lien entre cholestérol et maladie cardiovasculaire. Il aurait été regardé par 1,7 million de téléspectateurs. »

On se souvient de la violence et des brouillards de la précédente controverse sur l’usage des statines en prévention des risques cardiovasculaires. C’était en 2012 et 2013 avec la publication de deux ouvrages dont le succès tenait au caractère outrancier : Le Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux des Prs Philippe Even et Bernard Debré, La vérité sur le cholestérol, du Pr Even, préfacé par le Pr Debré.

Poursuites en justice ?

L’équation polémique est simple : niez le lien entre cholestérol et maladies cardiovasculaires et vous affirmez  l’inutilité  du traitement par les statines, médicaments pernicieux et veau d’or de Big Pharma. L’AFIS rappelle qu’en dépit des mises au point des autorités de santé et des associations professionnelles de médecins, « bon nombre de patients ont arrêté leur traitement » –elle ne dit toutefois pas combien. Elle cite d’autre part The Lancet, qui vient de publier une vaste méta-analyse (1) « confirmant de façon très nette le bénéfice des statines ». Mais cette étude s’intéresse également aux conséquences des controverses médiatiques sur ce thème :

«  Celles-ci n’ont pas concerné que la France et les auteurs estiment à environ : 200 000 personnes qui, au Royaume-Uni, ont interrompu leur traitement avec, pour conséquence, entre 2 000 et 6 000 événements cardiovasculaires supplémentaires ; 60 000 personnes qui auraient cessé la prise de statines en Australie, entraînant entre 1 500 et 3 000 crises cardiaques et AVC évitables et potentiellement mortels.

« En France, une récente étude  (juillet 2016) a cherché à évaluer l’’’impact d’un événement médiatique public sur l’utilisation des statines dans la population française’’, en l’occurrence la polémique des années 2012-2013 (2). Elle révèle que : l’arrêt de la prise de statines est passé de 8,5% par an à 11,9 % dans les neuf mois qui ont suivi la publication du livre de Philippe Even, soit une recrudescence de 40 % du nombre de patients qui ont arrêté leur traitement ; une surmortalité de 17% cette année-là, soit « entre 9 000 et 10 000 morts de plus [à l’échelle nationale] en 2013 qu’en 2011 et 2012 » pour le Pr Moore, l’un des signataires de l’étude, chef du département de pharmacologie au CHU de Bordeaux. »

Conflits d’intérêts

Julien Bezin, premier signataire de l’étude précise  toutefois qu’« il est difficile d’établir un lien direct entre communication médiatique et arrêt de traitement, on peut juste observer qu’à partir du moment où le livre est sorti, il y a eu plus d’arrêts de traitement par statines, alors que sur le plan scientifique, il n’y a pas eu de nouveautés majeures pendant la période étudiée pouvant l’expliquer» (3).

L’AFIS rappelle que les travaux scientifiques validés et les expertises collectives seront toujours une bien meilleure base pour les décisions en santé publique qu’une « expertise autoproclamée » s’affranchissant de toute évaluation scientifique. Et ce n’est pas la première fois qu’elle dénonce des « reportages mensongers » diffusés par la chaine Arte. Il faut aussi compter avec une analyse proposée par Medscape.com qui rappelle que cette guerre de tranchées se nourrit aussi des obus, innombrables,  des conflits d’intérêts.

L’émission est finie. Qui songera, demain, à se remuer ?

A demain

1  Rory Collins et al. “Interpretation of the evidence for the efficacy and safety of statin therapy”, The Lancet, Juillet 2016

2  Julien Bezin et al. “Impact of a public media event on the use of statins in the French population”, Archives of Cardiovascular Diseases, 27 juillet 2016.

3 Damien Mascret, «Cholestérol : les dangereuses conséquences des polémiques antistatines », Le Figaro, 28 juillet 2016