Polémique cœur artificiel : CARMAT n’avait pas dit ce que tout le monde avait bien compris

Bonjour

Comment mettre de l’eau dans son vinaigre ? La société CARMAT, qui publiait ce 14 février ses résultats annuels, fait in fine savoir qu’elle va bientôt déposer une demande à l’Agence nationale du médicament (ANSM) pour une reprise de son étude PIVOT interrompue après la mort du premier volontaire. Il en allait différemment il y a quelques jours, quand Stéphane Piat, directeur général, accusait dans Le Parisien l’ANSM de ne pas saisir ce que CARMAT voulait ; que l’innovation réclamait parfois des arrangements avec le pointillisme éthique. Puis de révéler que le dernier greffé était responsable de sa mort .

Aujourd’hui le ciel est redevenu serein ; es menaces voilées n’ont jamais existé, même voilées. Jamais le directeur général n’a déclaré que la société allait quitter la France pour des latitudes plus accommodantes. Carmat restera en France tout en prospectant à l’étranger où de nouveaux patients seront enrôlés. Entendre : les ponts seront vite reconstruits avec l’ANSM dont CARMAT salue le travail. C’est à peine si la société formule a minima un appel pour « plus de pragmatisme sur l’innovation de rupture » (sic) ; message-jargon  qui semble presque être entendu côté ministère de la Santé.

La vie des affaires

Pour le reste, c’est la vie habituelle des affaires avec ce langage qui n’appartient qu’à elles :

« A compter du 1er septembre 2016, Stéphane Piat a pris la fonction du Directeur général de la société. Son expertise reconnue dans le domaine des dispositifs médicaux, acquise au sein de grands groupes de cardiologie nord-américains, constitue un atout majeur dans l’exécution de la stratégie clinique et d’accès au marché de CARMAT

« Conformément à sa stratégie clinique, CARMAT confirme travailler sur l’ouverture de l’étude PIVOT à d’autres pays de la zone européenne en plus de la France. L’objectif est d’accélérer le recrutement de l’étude et surtout de sélectionner au mieux le profil des patients afin de maximiser les chances de succès de l’étude. Par ailleurs, CARMAT étudie dès à présent les opportunités de développement sur le marché américain et a pris contact avec la FDA (Food and Drug Administration), le marché américain disposant du potentiel le plus important pour les assistances circulatoires mécaniques.

« La levée de fonds réalisée l’an dernier a permis également de lancer des investissements ciblés sur le développement des processus de production. Ces derniers donneront des résultats en termes de qualité et de productivité dès le début du premier semestre de cette année. »

A l’horizon, bientôt : les débats éthiques sur les indications exactes confrontées à celle des greffons (gratuits), la fixation du prix et celle du remboursement par l’assurance maladie.

A demain

 

 

Cœur artificiel : Carmat explique que le dernier greffé est le seul responsable de sa mort

 

Bonjour

Ailleurs ce serait un coup de théâtre. Ici c’est un épisode que l’on préférera ne pas qualifier. Résumons. Hier 6 février, Stéphane Piat, Directeur général de la société CARMAT engage un bras de fer avec les autorités sanitaires françaises. Dans Le Parisien, il menace de quitter l’Hexagone pour des contrées plus ouvertes à l’innovation, moins tatillonnes sur la réglementation sinon sur l’éthique de certains essais cliniques.

Emotions diverses dans le milieu de la politique cardiologique et chute en bourse de la prometteuse entreprise. Peu de temps après que nous ayons relaté l’affaire CARMAT prenait la parole :   

 « CARMAT apporte aujourd’hui des précisions sur la suspension de l’étude PIVOT de son cœur artificiel. Comme indiqué dans le communiqué du 30 novembre 2016, la société confirme que la prothèse a fonctionné correctement durant son utilisation par le 1er patient de l’étude PIVOT. Cependant, CARMAT a jugé important d’apporter une précision sur la cause du décès afin de rectifier certaines informations parues dans la presse aujourd’hui (sic). Le décès est en effet lié à l’interruption de l’alimentation du système, consécutive à une mauvaise manipulation des batteries par le patient qui a causé l’arrêt de la prothèse. »

 Où l’on comprend que la mort de ce malade ne saurait être imputable au fabricant. C’est le malade lui-même qui est responsable de l’interruption de l’alimentation de son cœur. Comment ? Pourquoi ? On ne le dit pas.

Bras de fer – poker

Où l’on saisit aussi que CARMAT sort une carte de sa manche pour faire plier l’ANSM, son Agence de tutelle technique et éthique. Sera-ce suffisant ? Il faut lire CARMAT pour percevoir ce qu’il peut en être de ce bras de fer – poker :

« Durant les différents échanges avec l’ANSM relatifs à la reprise des essais, il est apparu que le périmètre d’analyse demandé était plus large que celui retenu par la société. Etant donné la nature des questions restées en suspens, CARMAT n’était pas en mesure de satisfaire les exigences requises dans les délais impartis. Afin de se donner le temps nécessaire de fournir les éléments requis pour une réponse la plus complète possible, la société a décidé de retirer sa demande initiale de reprise des essais, dans le strict respect des procédures en vigueur, prévoyant de soumettre une nouvelle demande prochainement avec les éléments requis. La conduite de l’étude PIVOT en France restera suspendue jusqu’à l’acceptation de cette nouvelle demande par l’ANSM. »

Et pour saisir pleinement tout le sel on complétera par la lecture (sur abonnement) du Parisien de ce 7 février : « L’appel du pied au fabricant de cœur artificiel » (Florence Méréo). On y apprend que Marisol Touraine a demandé au « délégué ministériel à l’innovation » de « recevoir prochainement CARMAT ». Calmer le jeu, en somme. En prenant le risque de donner l’impression de désavouer l’ANSM.

Hier le fabricant ne redoutait pas de parler de la « déception des patients qui attendent d’être implantés ». Aujourd’hui il explique que les équipes « Support-Formation » de CARMAT travaillent activement à « renforcer la sécurité des prochains patients ». Pour prévenir au mieux un nouveau décès qui, en toute hypothèse, ne saurait lui être imputé.

A demain

 

 

Ethique cardiologique : violente polémique autour de l’avenir du cœur artificiel Carmat

 

Bonjour

« CARMAT concepteur et développeur du projet de cœur artificiel total le plus avancé au monde, visant à offrir une alternative thérapeutique aux malades souffrant d’insuffisance cardiaque biventriculaire terminale… »

C’était une promesse française d’Eldorado, cela ressemblerait presque à une déconfiture. Encensée par les gazettes depuis des années l’aventure Carmat prend l’eau et ne se poursuivra pas en France. Après le décès d’un cinquième malade équipé de son prototype cœur artificiel, la société, engagée dans un « bras de fer » avec les autorités sanitaires, a retiré sa demande de reprise de l’essai clinique en France. Le directeur général de l’entreprise, Stéphane Piat, dans une interview au Parisien :

« Nous travaillons pour apporter à l’Agence de sécurité du médicament (ANSM) les éléments nécessaires pour une reprise dans les plus brefs délais », assure le directeur général de l’entreprise, Mais, en France, l’innovation, tel le cœur Carmat, connaît des blocages, alors qu’elle devrait être le fruit d’une collaboration forte entre les autorités, l’entreprise, les spécialistes, les patients… Nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde. On est dans la tourmente : la situation avec les autorités n’est pas claire. »

« Déception des patients »

Après la mort, à la mi-octobre, du cinquième greffé le groupe avait annoncé qu’il donnerait toutes les explications à l’ANSM, sa tutelle éthique et réglementaire. Une autopsie avait été pratiquée suivie d’une demande de reprise de l’essai clinique dès le 15 novembre. Mais voici que Carmat a changé d’avis et retiré sa demande. Pourquoi ? Des procédures trop « lourdes » qui « brideraient l’innovation médicale ». Stéphane Piat :

« Les demandes de documents sont trop importantes par rapport au problème identifié. Si l’attente des autorités est le risque zéro, beaucoup vont être déçus, en premier lieu les patients qui attendent d’être implantés.

Où l’on voit que M. Piat ne prend pas de gants avec les patients. En clair, en finir avec le concept de précaution à la française et passer au stade, nettement plus pragmatique, du bénéfice/risque. Contactée par l’Agence France-Presse, l’entreprise basée à Vélizy-Villacoublay (Yvelines) n’a pas souhaité apporter de précision sur les conséquences pratiques du retrait de sa demande, indiquant seulement qu’une conférence de presse sera organisée fin février. L’ANSM n’était quant à elle pas joignable dans l’immédiat. Pourquoi ne pas préciser quelle est la nature des documents que Carmat ne veut (ou ne peut) donner? Où l’on voit que le travail de la presse n’a rien de simple dès lors qu’elle ne se borne pas à applaudir aux exploits.

La pose du prototype Carmat chez un cinquième malade marquait l’entrée de l’essai clinique dans sa dernière phase, avant l’éventuelle hypothèse d’un début de commercialisation de la prothèse. Cette étape, expliquait Stéphane Piat en décembre à l’Agence France-Presse, devait inclure entre quinze et vingt patients au total. Cette phase cruciale (menée en France et à l’étranger) avait comme principal objectif de soumettre un dossier de demande de marquage CE (sésame nécessaire pour commercialiser la prothèse dans l’Union européenne) – et ce « avant fin 2018 ».

Réparer les vivants

« C’était le premier patient que nous faisions avec une gestion automatisée du flux sanguin du cœur », à l’aide d’un algorithme permettant d’adapter le flux du sang aux besoins du corps, avait alors détaillé M. Piat. Sans lever le voile sur les circonstances exactes du dernier décès M. Piat redit aujourd’hui que le fonctionnement de la prothèse n’était « pas en cause ». Le groupe Carmat semble décidé à poursuivre la série d’essais à l’étranger, faute d’y arriver en France. « Nous, nous sommes prêts à repartir. Mais je m’interroge : veut-on vraiment faire de l’innovation en France ? Certains systèmes réglementaires étrangers sont plus à l’écoute » dit Stéphane Piat en soulignant que la société travaillera « avec les personnes qui sont capables de comprendre [leur] problématique ». Les choses sont enfin dites. Est-ce une menace ? Serait-ce une forme diplomatique de chantage ?

C’est, clairement, un changement de gouvernance. M. Piat est devenu directeur général de Carmat le 1er septembre 2016 après avoir longtemps travaillé aux États-Unis. Il peut, à ce titre, esquisser une comparaison entre la FDA et l’ANSM. « Ils ont une approche plus pragmatique, plus souple », juge-t-il. Le groupe a vient d’ailleurs d’accueillir à son conseil d’administration le chirurgien cardiaque Michael Mack, membre notamment du conseil d’administration de la Société américaine de cardiologie (1). On rappellera que le prototype de Carmat est issu des travaux menés en France, au sein de l’AP-HP, par le Pr Alain Carpentier.

« Nous ne pouvons pas continuer au rythme d’un ou deux patients par an. Nous sommes à un moment de l’étude où il faut aller vite pour progresser », fait valoir Stéphane Piat. L’AFP observe que toutes ces interrogations sur l’avenir français de l’entreprise étaient reçues froidement à la Bourse de Paris, où son titre chutait à la mi-séance (lundi 6 février) de 6,15 % à 27,63 euros.

On peut le dire autrement. Réparer les vivants, très certainement. Mais pas à n’importe quel prix.

A demain

1 Extrait du communiqué de presse de Carmat (daté du 25 janvier 2017) : « Le Dr Michael Mack, 70 ans, est un chirurgien cardiaque américain de renommée internationale disposant d’une longue expérience dans l’introduction de dispositifs médicaux et de procédures innovants dans le domaine des maladies cardiovasculaires. Il est l’auteur de plus de 500 publications scientifiques et a reçu la Citation Présidentielle du Collège américain de cardiologie (ACC) et le prix Transcatheter Cardiovascular Therapeutics (TCT) pour « l’œuvre d’une vie » (Lifetime Achievement Award). Il est actuellement directeur du Département Cardiovasculaire du groupe Baylor Scott & White Health à Dallas (Texas), administrateur du Conseil Américain de Chirurgie Thoracique et membre du comité consultatif de la FDA MDEpiNet1 . Le docteur Mack est diplômé du Boston College (Massachussetts), de l’Université St. Louis (Missouri) et de l’École médicale du Sud-Ouest de l’Université du Texas. »

 

Cigarette électronique : faudrait-il, désormais, redouter qu’elle nuise au cœur des vapoteurs ?

Bonjour

Ce n’est pas une preuve. C’est l’ombre portée du début d’un soupçon. C’est aussi, peut-être, un nouveau ressac polémique. C’est une publication dans le JAMA Cardiology :  « Increased Cardiac Sympathetic Activity and Oxidative Stress in Habitual Electronic Cigarette UsersImplications for Cardiovascular Risk ». Ce travail a été dirigé par Roya S. Moheimani (David Geffen School of Medicine, University of California, Los Angeles). Soit, une nouvelle fois, une étude de très petite taille mais sur un sujet encore peu abordé : l’hypothétique impact de la cigarette électronique sur la santé cardiovasculaire.

Ce travail « cas contrôle » a été menée auprès de 42 volontaires (21-45 ans) – dont 23 utilisateurs de cigarettes électroniques. Les données des vapoteurs ont été comparées à celles de 19 volontaires non-fumeurs et non utilisateurs de cigarette électronique.

Sympathique

Les chercheurs ont mesuré la variabilité du rythme cardiaque et ont observé des modifications de la régulation orthosympathique au bénéfice du système nerveux sympathique. Le recours du système nerveux sympathique est évalué par les auteurs via la mesure des variations du rythme cardiaque des volontaires. Mais encore ? L’activité du système nerveux sympathique ne serait pas le seul marqueur de risque cardiovasculaire influencé par la cigarette électronique. Une augmentation du stress oxydatif serait également observée – via la mesure de l’oxydabilité du LDL cholestérol qui serait significativement plus élevée chez les utilisateurs de cigarette électronique que chez les non utilisateurs.

 « La principale nouveauté de ces résultats est la découverte, chez des patients en bonne santé, non-fumeurs, mais utilisateurs de cigarettes électroniques des signaux que l’on retrouve habituellement chez des patients à risque cardiovasculaire, y compris chez les fumeurs », résument les auteurs de l’étude. Mais comme toujours dans ce type de micro-travail ces mêmes auteurs restent prudents : « Nous ne pouvons pas établir un lien de causalité sur la base de cette unique étude de taille modeste. D’autres recherches devront être entreprises pour explorer les potentiels effets de la cigarette électronique sur la santé cardiovasculaire. » Un grand classique.

Renaissance

Ces résultats ne convainquent pas les principaux spécialistes du dossier. « Les utilisateurs étaient en majorité des anciens fumeurs masculins, et les contrôles majoritairement des femmes qui n’avaient jamais fumé » résume au Quotidien du Médecin le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue à la Pitié-Salpêtrière. Même en l’absence de nicotine dans le sang, des produits de dégradation comme la cotinine peuvent expliquer l’incohérence cardiaque. « C’est un phénomène bien connu chez les anciens fumeurs à qui l’on propose d’ailleurs des séances de relaxation et de resynchronisation cardiaque, explique-t-il. On pourrait probablement obtenir les mêmes résultats avec d’autres produits de substitution comme les patchs à la nicotine. » Mais personne ne s’intéresse à de tels sujets.

La cigarette électronique n’a pas d’effet sur la C reactive protéine et le fribrinogène, deux facteurs démontrés de risques cardiovasculaires, mais des effets sur des paramètres discrets dont on n’a jamais démontré l’effet sur le risque cardiovasculaire (oxydation des LDL, effet sur la variabilité cardiaque…), observe le Dr Philippe Presles, tabacologue (SOS Addictions) , D’une manière générale, peu de nos confrères comprennent la notion de réduction du risque : ce n’est pas le risque zéro, mais le risque réduit au maximum. »

De fait c’est là une notion assez difficile à faire percevoir. La cigarette électronique est de ce point de vue éclairante. Tout se passe comme si certains percevaient la perspective politique quand d’autres restaient dans les deux dimensions d’avant la Renaissance. On aimerait, déjà, connaître la suite.

A demain

 

Stars et cœurs brisés : saurons-nous la vérité sur George Michael et Debbie Reynolds ?

 

Bonjour

On l’aurait parié, si de tels paris existaient : les premiers résultats de l’autopsie de la « pop star » britannique George Michael n’ont pas permis de conclure. On se souvient peut-être que l’inoubliable  chanteur de « Freedom », « Careless Whisper » ou « Jesus to a Child », avait été découvert mort le jour de Noël en son domicile de Goring-on-Thames. par son compagnon Fadi Fawaz. Il n’avait que 53 ans et avait vendu plus de cent millions de disques. C’était, disent les gazettes, un « artiste tourmenté par la drogue ». Un artiste maudit, aurait-on écrit jadis.

Mort, certes. Mais de quoi ? On ne pouvait en rester là.  « Une autopsie a eu lieu hier dans le cadre de l’enquête sur la mort de George Michael » et les résultats ne sont « pas concluants » quant à la cause de la mort a, vendredi 20 décembre, indiqué la police britannique.  Elle a aussi annoncé « de nouveaux examens » dont les résultats ne seront « pas connus avant plusieurs semaines ». « La mort de George Michael est toujours considérée comme inexpliquée, mais pas suspecte », explique encore la police dans un communiqué. Mort inexpliquée sans être suspecte ? Est-ce là une forme, britannique, d’humour ? Est-ce du Holmes, du Dr Watson ?

Mystères des cœurs brisés

« J’étais venu chez lui pour le réveiller et il s’en était allé, reposant en paix sur son lit », a déclaré Fadi Fawaz au  Daily Telegraph. Selon son manager Michael Lippman, cité par le magazine Billboard, le chanteur  a été retrouvé « dans son lit » après une crise cardiaque. De lui les gazettes rappellent à l’envi qu’il avait survécu à une pneumonie ; « avait admis » avoir consommé de la drogue ; avait révélé son homosexualité en 1998 après avoir été arrêté pour attentat à la pudeur dans des toilettes publiques à Los Angeles ; avait expliqué ensuite plus tard ne pas avoir voulu en parler tant que sa mère vivait. La date de ses funérailles n’a pas, pour l’heure, été communiquée.

Les mêmes gazettes observent encore que cette mort coïncide presque avec celle de deux autres stars : Debbie Reynolds  mère de l’actrice Carrie Fisher, morte quelques heures avant elle d’une crise cardiaque survenue dans un avion parti de Londres pour Los Angeles. De Debbie Reynolds on dit qu’elle a succombé à un AVC. Lors d’une déclaration publique, Todd Fisher a expliqué que le décès de sa sœur Carrie Fisher était trop dur à supporter pour sa mère : «Elle était traversée par beaucoup d’émotions et de stress après avoir perdu Carrie, et c’est cela qui déclenché ce qu’il s’est passé.» « Ce que sous-entend Todd Fisher, c’est que pour sa mère, la perte de sa fille était trop insupportable pour qu’elle continue à vivre, écrit Slate.fr (Vincent Manilève). Sur internet, des gens ont commencé à dire que Debbie Reynolds serait morte d’un ‘’cœur brisé’’».

 « Ballonisation » apicale transitoire

 Et le médecin spécialisé Jeremy Samuel décrit sur Slate.com  la «cardiomyopathie takotsubo». Où la mort d’une star permet, en marge de la réalité médico-légale, de faire un peu de pédagogie cardiologique :

« La cardiomyopathie takotsubo (CT) est une insuffisance cardiaque aiguë récemment décrite qui se manifeste comme un infarctus aigu du myocarde et se caractérise par des symptômes ischémiques, une élévation du segment ST à l’électrocardiogramme, et des marqueurs de pathologie cardiaque élevés. Bien que sa cause exacte reste inconnue, ce syndrome est typiquement provoqué par un stress physique ou émotionnel intense, y compris des maladies diverses et des interventions chirurgicales.

« Ce syndrome a été initialement décrit dans la population japonaise, mais il a récemment été rapporté en Europe et aux Etats-Unis. Il survient le plus souvent après la ménopause chez des femmes âgées de 55 à 75 ans, avec une incidence estimée à 1/36 000 dans la population générale.

« Les patients se présentent généralement avec des douleurs thoraciques de type angor ou une dyspnée, une élévation du segment ST et une prolongation de l’intervalle QT à l’électrocardiographie, une élévation faible à modérée des enzymes cardiaques et des marqueurs, et une « ballonisation » apicale transitoire du ventricule gauche. Contrairement aux syndromes coronaires aigus (SCA), les patients avec une CT n’ont ni signes de coronaropathie détectables à l’angiographie ni maladie coronaire non obstructive. Les complications les plus fréquemment décrites sont le choc cardiogénique et l’obstruction du flux sanguin à la sortie du ventricule gauche, les AVC, et la formation de thrombose apicale. »

Les mêmes gazettes observent encore que ces morts sont enregistrées à l’issue d’une année marquée par la disparition de David Bowie, décédé en janvier, Prince, mort fin avril, ou encore le guitariste britannique Rick Parfitt, décédé la veille de Noël.  Autant de morts plus ou moins expliquées. Et les gazettes de conclurent, en cette fin d’année, que les morts ne meurent jamais.

A demain

 

Infarctus du myocarde : la belle histoire anglaise de la troponine et des statines préventives

 

Bonjour

En cette fin d’année à nouveau ensanglantée la BBC a trouvé des raisons d’espérer : les risques d’infarctus du myocarde peuvent être détectés simplement, des années à l’avance, pour des sommes modiques, à partir d’un simple test sanguin. Et ces risques peuvent alors être réduits. Tout ceci est expliqué dans une publication du Journal of the American College of Cardiology “High-Sensitivity Cardiac Troponin, Statin Therapy, and Risk of Coronary Heart Disease”. C’est là une méthode diagnostique qui pourrait se substituer à la traditionnelle prise de la tension artérielle (plus ou moins bien effectuée) associée aux analyses récurrentes (plus ou moins bien comprises) des lipides sanguins.

Tout tourne ici autour de la « troponine ». On nomme ainsi un complexe de protéines (une protéine hétérotrimérique) qui a pour fonction de sensibiliser les cellules musculaires au calcium. C’est aussi une structure aux visages multiples que l’on trouve au sein des muscles, le cardiaque comme les squelettiques. Elle peut, de ce fait, être un reflet sanguin de la souffrance du myocarde. Depuis quelques années son dosage est ainsi demandé (en urgence) par tous les soignants qui, face à des douleurs thoraciques, redoutent la survenue un infarctus.

Pas de miracles

D’une grande utilité, la troponine ne permet pas, à elle seule, de réaliser des miracles. L’interprétation des résultats obtenus alimente de nombreux débats au sein de la communauté médicale spécialisée. On a en effet  observé que l’augmentation franche des taux de troponine est le plus souvent retardée par rapport aux manifestations de la douleur – et ce  même dans le cas d’un infarctus du myocarde en cours de constitution.

«Nous ne disposons que de trois méthodes pour savoir que nous sommes face à une personne victime d’un infarctus du myocarde, nous expliquait, il y a peu, le Pr François Mach, chef de service de cardiologie des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) Il y a la douleur, le tracé de l’électrocardiogramme et un dosage sanguin de la troponine.  Mais nous savons bien que la douleur peut prendre bien des visages différents et parfois même être absente. De la même manière le recours à l’électrocardiographe n’est pas toujours signifiant. Quand au dosage sanguin il est certes très utile mais ne  devient parlant  que dans les deux à quatre heures qui suivent la douleur. C’est dire toute l’importance que nous pouvons accorder à des outils qui pourraient nous renseigner de l’existence d’une rupture de plaque d’athérome au moment même où elle se produit.»

Un baromètre de la pompe cardiaque

C’est dans ce contexte que s’inscrit la publication d’une équipe de chercheurs britanniques dirigée par le Pr Nicholas L. Mills (University Centre for Cardiovascular Science, Edinburgh). Ils expliquent que des dosages sanguins réguliers de troponine associés, le cas échéant, à des prescriptions de médicaments de la famille des statines, permettent de réduire le risque d’être victime (et de mourir) d’une crise cardiaque.

Leur travail au long cours (mené contre placebo) a été mené sur 3318 hommes volontaires qui ne présentaient pas d’antécédents de pathologie cardio-vasculaires mais des anomalies sanguines modérées (LDL cholesterol concentrations 152 to 228 mg/dl). Et tout cela est dynamique. Pour la BBC l’un des auteurs de cette publication use de la métaphore atmosphérique: « la troponine est presque comme un baromètre de la santé cardiaque. Si l’aiguille monte, c’est mauvais. Si elle descend, c’est bon signe. » Et on peut influencer l’appareil en ayant recours aux statines. Tout cela sur une période allant jusqu’à quinze ans.

Cœurs féminins

«Les dosages de troponine aideront les médecins à identifier les personnes apparemment en bonne santé mais qui ont une maladie cardiaque silencieuse afin que nous puissions cibler les traitements préventifs sur ceux qui sont susceptibles d’en bénéficier le plus » souligne le Pr Mills.

Troponine ou pas, reste l’essentiel pragmatique : la meilleure façon de prévenir les affections cardiaques demeurent une alimentation saine, une activité physique régulière, le refus du surpoids. Et le refus absolu (quoi qu’il en coûte) de la consommation de tabac.

Pour l’heure le travail britannique (qui n’est pas grevé par des conflits d’intérêts) n’a été mené que sur les hommes. On voit toutefois mal pourquoi ses enseignements ne vaudraient pas également pour les cœurs féminins.

A demain

Pacemaker Medtronic®: les suites kafkaïennes de la tragédie funéraire de Bourges

 

Bonjour

Les tragédies ne sont pas faites pour s’éterniser. Celle de Bourges, cité de Jacques Cœur, n’a que trop duré. Nous venons d’en découvrir la trame. La suite ajoute à l’insupportable.

Au départ, donc, le service de cardiologie du CHU de Tours (Indre-et-Loire). Un médecin implante, chez une femme de 81 ans, un stimulateur cardiaque modèle Micra Medtronic®. Il s’agit d’un pacemaker spectaculairement miniaturisé, sans sonde, qui peut être implanté au sein des cavités cardiaque via la veine fémorale. Un dispositif  dont on retrouve la trace officielle le 18 octobre sur le site de la Haute Autorité de Santé.

Manque de respect

Peu de temps après, le 22 novembre, sa patiente décède à son domicile, non loin de Bourges (Cher). Au moment des formalités funéraires la famille signale la présence de cet implant. Medtronic® affirme que son nouveau matériel (à la différence des anciens) est compatible avec l’incinération ou l’inhumation. Or, à Bourges, les différentes autorités affirment le contraire à la famille. Commence alors une somme de difficultés chaotiques, invraisemblable. « Une forme de manque de respect » dit, sobrement, la famille.

Les différentes parties concernées (le fabricant, les pompes funèbres, les services de l’Etat) annoncent tour à tour : l’impossibilité technique (puis légale) du retrait du pacemaker par un chirurgien ; le refus réitéré du procureur de la République de mandater un médecin légiste pour ce cas de mort naturelle reconnue par le SAMU 18 ; l’impossibilité légale de faire ce geste par un thanatopracteur ; le refus de la mairie d’autoriser la fermeture du cercueil et donc tout déplacement permettant éventuellement de faire cette crémation dans un autre crématorium…

Nous avons expliqué, sur le site Slate.fr, les raisons de cet imbroglio tragique 1. Nous sommes aujourd’hui onze jours après la mort.  « Notre mère, notre sœur se trouve toujours face à un trou noir, véritable vide juridique sans solution aucune, explique la famille à qui peut l’entendre.  Son corps doit être conservé sine fine en chambre funéraire puis prochainement en “cellule négative”…. Notre famille, effondrée et meurtrie, se voit ainsi refuser : toutes obsèques, et cérémonie religieuse catholique ; tout adieu digne de la société; tout travail de deuil face à l’inconnu… ».

Jacques Cœur et Jean-Christophe Ruffin

On a vu ce qu’il en est du procureur de la République de Bourges : il « a refusé par deux fois de désigner un médecin légiste pour effectuer l’explantation qui permettrait la crémation ou l’inhumation. Sans aucune explication.  Nathalie Colin, nouvelle préfète du Cher, ne semble pas plus soucieuse d’user de son pouvoir pour trouver une humaine solution. Reste  Pascal Blanc, maire de Bourges depuis deux ans.

Hier, 2 décembre, les services municipaux ont, entre deux portes, donné à la famille un document autorisant le transport du corps du funérarium de  Bourges au crématorium de Bordeaux Mérignac. Là, en dépit des textes réglementaires, la crémation pourrait se faire sans explantation de l’implant. Cinq cents kilomètres au bas mot, en passant par Tours. La mairie serait disposée (pourquoi ?) à prendre en charge les frais du transport.

Les tragédies ne sont pas faites pour s’éterniser. Celle de Bourges, cité de Jacques Cœur et de Jean-Christophe Ruffin, durera encore : faute de place aucune crémation n’est envisageable, à Bordeaux-Mérignac, avant le 12 décembre prochain.

A demain

1 « Le casse-tête tragique du nouveau pacemaker miniature qui interdit d’organiser des obsèques » Slate.fr 1er décembre 2016.